Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/42

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enfants. J’ai pitié, mais la pitié n’enchaînera ni mon esprit ni mon cœur. Encore un verre de vodka.

— Dimitri, tu bois trop.

— Et si je vous tuais avec moi, toi et la petite Diane ?

— Dimitri, au nom du Ciel !

— C’est bon, je vous laisserai vivre.

Là-dessus le plus souvent il s’endormait.

Mme Dumont-Dufour se récrie : Supporter de telles scènes, entendre de telles injures ! Mais ce Blok traitait sa femme comme la dernière des dernières. Herminie était une Européenne. Mais lui, qui est-il sinon un sauvage, un Russe. Le Russe c’est un autre genre que le juif, mais en vérité, Mme Dumont-Dufour serait bien en peine de dire lequel est le meilleur des deux. Les Russes, les juifs et cette invention d’après-guerre, les Américains, voilà qui ne vaut pas lourd. Le meilleur ami de Pierre est un Américain. Mme Dumont-Dufour a déjà parlé à Mme Blok de cet Arthur Bruggle, venu en Europe comme laveur de vaisselle. Bien entendu Pierre qui a le goût du bizarre s’émerveille du voyage de Bruggle autant que de la folie de son père. À noter que cet Arthur Bruggle est un adolescent aux mains longues qui marche en dansant comme une panthère et a des yeux d’animal. Un phénomène quoi. Et d’abord avec un nom comme le sien, il devrait avoir des joues rouges et beaucoup d’optimisme, auquel cas, d’ailleurs, Pierre qui se vante d’aimer les plus extraordi-