Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 80.djvu/791

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son esprit, elle portera peut-être à nommer un ministère pour les affaires étrangères, ce qui est fort nécessaire dans des affaires aussi capitales que celles d’aujourd’hui… »

… Et, quelques jours après, il ajoutait : « Il faut attendre pour voir clair dans le parti que le roi de France prendra au sujet de la duchesse de Châteauroux, parce que de là dépendront bien des choses pour ou contre le système actuel ; je veux dire, ou pour donner plus de vigueur et d’égalité aux opérations, ou pour que les choses aillent toujours comme par le passé : malgré que le roi de France pense bien, mais comme il n’a pas assez de volonté sur certaines choses, parce qu’il paraît se défier de lui-même, pour forcer son ministère à penser comme lui et à agir en conséquence, ce dernier aura toujours le dessus, parce qu’il est chargé de l’exécution. Voilà ce qui est à craindre et ce que la duchesse de Châteauroux serait seule capable d’empêcher, si son crédit reprenait une certaine supériorité, parce qu’elle dit au roi des choses qui l’aiguillonnent et le décideront peut-être à agir [1]. »

Se montrer confiant et annoncer le succès qu’on désire a toujours paru, aux yeux des gens experts en intrigue, le meilleur moyen de le faire arriver. Les amis de Mme de Châteauroux ne manquaient pas de mettre cet expédient en usage. C’était parmi eux à qui ferait remarquer avec quelle sécheresse Louis XV avait pris congé de la reine, le soulagement qu’il paraissait éprouver à être délivré de sa présence, le soin qu’il mettait à écarter toute allusion aux scènes douloureuses de Metz. De là à conclure que les relations étaient déjà renouées avec la favorite, il n’y avait qu’un pas, et les donneurs d’avis, soi-disant bien informés, dont toutes les cours abondent, racontaient déjà tout bas qu’un commerce de lettres amoureuses était échangé journellement entre le camp de Fribourg et Paris. Le plus empressé comme le plus intéressé à répandre ces rumeurs était aussi le moins scrupuleux en fait de mensonges et de fanfaronnades ; je veux dire le duc de Richelieu. Ce n’était pas sans surprise, à la vérité, qu’on avait vu ce seigneur, que tout le monde croyait disgracié et perdu, revenir, comme si de rien n’était, prendre son service à l’armée et même dans l’antichambre royale. Le roi, de son côté, l’ayant reçu comme à l’ordinaire, il ne lui en fallut pas davantage pour laisser entendre à tout le monde qu’il était de nouveau dans la confidence de ses peines de cœur. — « Mon cher Valfons, disait-il à un jeune officier, son protégé (qui venait le trouver sous sa tente pour le consoler de sa défaveur), votre

  1. Chambrier à Frédéric, 19 octobre, 6, 10 novembre 1744. (Ministère des affaires étrangères.)