Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/495

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ami personnel de Saxe, comme il l’était aussi de Belle-Isle, et l’un des théoriciens militaires que tout le monde consultait le plus volontiers. Celui-là avait, cette fois, une raison toute particulière de témoigner pour l’opération de Cumberland une approbation admirative. Folard, en effet, professait une véritable prédilection pour l’ordre de bataille qui consiste à disposer des troupes en bataillon carré. Il prétendait en avoir trouvé les modèles dans ces monumens de l’antiquité qu’il ne cessait d’étudier, et c’était, disait-il, à une formation de ce genre qu’Épaminondas avait dû la victoire de Leuctres et celle de Mantinée. Lui-même, on peut se le rappeler, avait donné le conseil à Belle-Isle de suivre cet exemple dans sa fameuse sortie de Prague, et Belle-Isle s’en était bien trouvé. Ce fut le thème qu’il développa, à ce qu’il parait, avec complaisance dans plusieurs lettres à Maurice, et qui finit par lui attirer de la part de son ami une rebuffade un peu vive. Maurice prit la peine de lui démontrer que la composition de la colonne à laquelle il attribuait tant de mérite était le produit, non d’un calcul stratégique, mais d’un accident et d’une nécessité résultant de la configuration du terrain et même de la nature de la résistance qu’elle avait dû rencontrer : — « Parlons un peu, lui écrivit-il, de la colonne à laquelle vous revenez toujours ; le hasard a produit celle que les Anglais ont faite à Fontenoy : ils nous ont attaqués par lignes, mais comme leur centre trouvait une grande résistance au village de Fontenoy, leur droite a attaqué la brigade des gardes qu’elle a repliée ; voulant faire ensuite un quart de conversion pour prendre le village de Fontenoy en flanc et par derrière,.. comme ils avaient débordé, en le faisant, le terrain où était la brigade des gardes, ces deux lignes me présentaient le flanc, ce que tout le monde a pris pour une colonne, et, pour fermer ce flanc, ils avaient mis un bataillon ou deux en travers, ce qui formait le carré long… Vous voilà au fait, mon cher chevalier, et laissons là Épaminondas et toutes les colonnes du monde [1]. »

Le vainqueur de Fontenoy n’avait pas tort de se défendre, car ce n’était pas sa renommée seulement, c’était le rang élevé qu’il venait de gagner à la pointe de l’épée, c’était son droit de commander, presque même son droit de vivre dont on cherchait tout bas à le dépouiller. Quelque surprise qu’on eût éprouvée de voir sa fermeté d’âme dominer, pendant cette journée d’épreuve, le mal qui épuisait ses forces, on restait convaincu que cet effort suprême était le dernier soupir d’une âme expirante, et qu’il ne survivrait pas au moins moralement à ses victoires. On le voyait déjà ou enterré, ou réduit à cacher dans la retraite l’affaiblissement de ses facultés. Chacun se

  1. Maurice de Saxe à Folard, 18 Juillet 1745. (Ministère de la guerre.)