Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 83.djvu/25

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quartiers qu’attendent encore les électeurs de Cologne et de Bavière. Cette dépense ne peut être ni continuée ni surtout accrue. L’Angleterre ne peut tenir tête à tant d’ennemis à la fois, et puisqu’on ne peut songer à détacher la France de la Prusse, c’est la Prusse qu’il faut détacher de la France. Suivait un tableau, nullement adouci, assombri plutôt, au contraire, des périls de la situation ; rien n’était dissimulé, ni la défaillance à craindre de la part de la Hollande, ni l’invasion déjà préparée du sol anglais. La guerre de Bohême ne paraissait pas, disait Robinson, se présenter avec des chances plus favorables ; mais fussent-elles les meilleures possibles, on n’aboutirait jamais qu’à l’évacuation complète de cette province par les armes prussiennes, puisque la tentative de reprendre la Silésie avait malheureusement échoué. Or c’était là un avantage qu’on pouvait espérer obtenir du roi de Prusse sans coup férir, par un traité qui assurerait en même temps l’élection du grand-duc ; et, libre de ce côté, la reine pourrait consacrer toutes ses forces à venir en aide aux puissances maritimes. C’est le service qu’elles avaient le droit d’attendre de sa reconnaissance aussi bien que de sa générosité, pour prix de tant d’efforts consacrés depuis cinq années à sa cause. Le moment, d’ailleurs, ajouta-t-il en terminant, était précieux, il fallait se hâter de le saisir ; car la France hésitait encore à donner au roi de Prusse un secours d’argent qu’il sollicitait avec instance. Si elle se décidait à l’accorder, tout serait dit : la porte, un instant ouverte, serait refermée, et l’alliance des deux cours scellée à nouveau. — On se demande comment le cabinet anglais avait connaissance de ce détail diplomatique, tout intime, des rapports de la France et de la Prusse ? Était-ce Frédéric lui-même qui avait eu le sans-gêne un peu cynique d’en faire confidence ?

A la grande surprise de l’orateur, la reine le laissa achever sa harangue sans l’interrompre. — « Je ne la vis jamais si calme, » écrivait-il. Mais c’était le calme d’une résolution arrêtée, et cette possession de soi-même qui vient, avec l’âge, de l’habitude du commandement. — Quand il eut fini : — « Rien, dit-elle, n’égale ma reconnaissance pour la nation anglaise, et je le ferai voir par tout ce qui sera en mon pouvoir. » — Elle ajouta qu’elle allait conférer dès le lendemain avec ses ministres, et que le chancelier d’état ferait connaître sa réponse. Il n’y avait qu’un point sur lequel elle aimait mieux s’expliquer tout de suite, c’est que, quelle que fût sa résolution, paix ou guerre, elle n’enlèverait jamais un seul homme du voisinage du roi de Prusse ; il y allait de la sûreté de sa personne et de sa famille : avec un homme tel que ce roi, on ne pouvait jamais prendre trop de précautions.

La conversation tourna alors à un dialogue très pressant, mais sans que la reine élevât la voix ni donnât aucun signe : d’irritation…