Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 13.djvu/488

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Donc, un silence venait de se faire entre nous, l’un des plus mornes silences que ma vie ait jamais traversés. Et, au milieu de ce silence-là, une à une, avec d’imperceptibles bruissemens de chute dans le vide, il semblait que mes dernières vagues croyances un peu douces s’effeuillaient, au souffle de mes interlocuteurs, implacables en leur raisonnement, satisfaits en leurs conclusions.

Ils étaient pourtant hospitaliers, bons et accueillans, ces deux hommes qui m’écoutaient ; le premier, un Européen, lassé de nos agitations et de nos incertitudes, réfugié dans ce détachement que jadis prêchait le grand Bouddha, et devenu ici le chef de la Société théosophique ; l’autre, un Hindou, ayant conquis les plus hauts brevets d’érudition dans nos universités d’Europe, et puis revenu aux Indes, non sans dédain pour nos philosophies occidentales.

— Vous m’avez affirmé, repris-je, avoir la preuve absolue que quelque chose de nous, qu’un peu de notre individualité transitoire résiste pour un temps au choc de la mort. Au moins, pouvez-vous me la donner, cette preuve absolue ; pouvez-vous me montrer, me fournir une évidence ?…

— Nous vous le prouverons, répondit-il, par le raisonnement ; mais des preuves visibles, là devant vous, des évidences, non… Pour voir apparaître ceux que l’on appelle improprement des morts, — car il n’y a pas de morts, — il faut des sens spéciaux, des circonstances, des tempéramens particuliers. Mais vous pouvez bien nous croire sur parole, nous et tant d’autres essentiellement dignes de foi, qui avons vu des apparitions et qui en avons consigné les détails. Tenez, nous avons là, dans cette bibliothèque, des livres qui relatent… Quand vous serez demain établi parmi nous, vous les lirez…

Était-ce donc la peine de venir aux Indes, au vieux foyer initial des religions humaines, si c’est là tout ce qu’on y trouve : dans les temples, un brahmanisme enténébré d’idolâtrie ; ici, une sorte de positivisme réédité de Çakya-Mouni, et les livres spirites qui ont traîné par le monde entier !…

Après un silence encore, je demandai, désemparé, ayant conscience que j’allais redescendre à des curiosités enfantines, je demandai presque timidement qu’on m’indiquât des fakirs, de ces fakirs de l’Inde tant réputés prodigieux, qui ont des pouvoirs et font des quasi-miracles, pour au moins tenir une preuve de