Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/507

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toutes choses se passent heureusement, car il n’y a que Dieu qui sache comment tout cecy finira [1]. »

Seules les dépêches du Roi sont du ton qu’il faut. Ses ordres sont formels et réitérés, ses instructions précises, et cependant il laisse à ceux qui ont le commandement de ses armées la liberté nécessaire dans le détail de l’exécution. Dans une longue dépêche du 22 août au Duc de Bourgogne, où il lui ordonne de diligenter sa marche le plus possible, et de faire une disposition générale, tant pour l’avancement des troupes et la distribution des officiers généraux que pour la marche et l’attaque, il continue : « Si vous estes pressé par le maréchal de Boufflers, vous pouvez, sans attendre mon approbation ny mon consentement, suivre ce que vous croirez le plus convenable à mes intérêts et le plus propre à délivrer la ville de Lille, ne doutant pas que vous ne preniez le meilleur des partis, accompagné de la prudence et des précautions nécessaires. » Dans la prévision d’une action imminente, il va jusqu’à tracer au Duc de Bourgogne la conduite que personnellement il doit tenir. Après lui avoir recommandé de ne pas se coin mettre ni s’exposer mai à propos dans des lieux où sa présence ne serait pas nécessaire, il ajoute : « Vous le pouvez et devez faire dans une occasion dans laquelle vous pouvez animer les officiers et les troupes par votre présence. » Et deux jours après il lui écrivait encore : « Votre véritable et unique objet est de conserver Lille [2]. »

Des instructions aussi formelles et aussi répétées finissaient par produire leur effet, et, le 27 août, le duc de Bourgogne se mettait d’accord avec Vendôme pour lever le camp, non sans avoir écrit une dernière fois au Roi que si les armées de Marlborough et d’Eugène se rejoignaient aux environs de Lille, « il faudrait s’avancer sur eux avec beaucoup de lenteur, d’ordre et de précaution, et bien et mûrement peser le parti qu’il y aurait à prendre. » Assez habilement, en prenant un assez long circuit, ils trouvaient moyen de dérober leur marche à Marlborough. Berwick, prévenu, venait au-devant d’eux, et les deux armées, après avoir opéré leur jonction le 30, entraient le 1er septembre à Tournay. L’accord semblait rétabli entre les deux chefs, et la confiance renaissait dans l’armée. « Les lettres de Mgr le Duc de

  1. Dépôt de la Guerre, 2 082. Le Duc de Bourgogne au Roi, 17 et 21 août 1708, à Chamillart le 21 août 1708.
  2. Ibid., 2 082. Le Roi au Duc de Bourgogne, 22 et 24 août 1708.