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victorieux, il s’unit aux escadrons qui pourchassent les vaincus. Le cri des mourans, le gémissement effroyable de désespérance qui plane le soir sur un champ de bataille, il ne les entend pas. Il n’est occupé qu’à regarder devant lui si ces hommes qui fuient là-bas, au loin, sont des Autrichiens, et, pour les rejoindre, il presse le galop de son cheval exténué qui depuis le matin n’a mangé que quelques feuilles d’arbre. Tout à coup, à l’aspect d’un beau jeune homme répandant son sang par une large blessure, il se trouble : « Quand je pense, se dit-il, qu’un jour mon Herbert pourrait se traîner par terre dans un pareil état ! » Emotion de fauve aussitôt dissipée. Et il recommence à galoper furieusement. Le petit résultat qu’obtient une cavalerie éparpillée le navre : « Ah ! s’écrie-t-il, si j’avais été à la tête d’une division, la poursuite aurait donné davantage ! »

Il rentre au quartier général de Horitz, la nuit très avancée ; les lumières sont éteintes, les portes closes ; il frappe et on ne lui ouvre pas, et l’homme qui va être exalté dans toutes les langues, enveloppé dans son manteau, la tête appuyée sur le coussin d’une voiture, s’endort, accablé de fatigue et d’émotions, du plus doux de ses sommeils, sur le pavé de la grande place.

Le lendemain, le roi Guillaume visita le champ de bataille et assista aux obsèques solennelles du général Hiller. Aux prières des funérailles, aux sons du fifre et du tambour, aux hurrahs frénétiques des soldats, se mêlent les acclamations joyeuses des corbeaux reconnaissans du riche festin qu’on leur a préparé. En effet, il y avait eu, du côté prussien, 9 153 hommes tués ou blessés, — et, chose digne de méditation, la défensive soutenue par la première armée lui avait coûté près de deux fois autant que l’offensive des armées d’ailes. — Les Autrichiens avaient perdu environ 43 000 hommes en tués, blessés ou prisonniers, 187 canons. Le Dieu des armées devait être satisfait.


XII

Les enseignemens qui résultent de cette campagne sont nombreux : je ne noterai que les plus essentiels.

Nulle part l’artillerie prussienne ne put tenir contre l’artillerie autrichienne. Celle de la première armée, dans la partie anxieuse de la bataille, avant l’arrivée du Prince royal, ne réussit même pas à se déployer ; celle de l’armée de l’Elbe se borna à