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paradoxale et l’activité puissante de cette société. Une si tardive résurrection de documens d’une telle valeur est propre à nous rappeler une fois de plus ce que disait Fustel de Coulanges : « qu’on n’est jamais trop peu pressé d’écrire l’histoire. »


II. — UNE SOCIÉTÉ SECRÈTE CATHOLIQUE AU XVIIe SIÈCLE

Il faut avouer que, pour se dissimuler aux contemporains comme à la postérité, la Compagnie du Saint-Sacrement fit tout le possible.

Non pas, peut-être, qu’elle ait eu, aussi tôt que M. Allier l’affirme, le propos délibéré de vivre et de travailler dans l’ombre. Henri de Lévis, duc de Ventadour, lieutenant-général du Roi en Languedoc, mystique soldat qui, en 1627, conçut l’idée d’un vaste effort collectif de propagande et d’action catholique ; le Père Philippe d’Angoumois, capucin de Paris, et l’abbé de Grignan, ses premiers confidens, étaient, à ce qu’il semble, des dévots trop ingénus et trop enthousiastes pour croire tout de suite qu’un aussi beau et aussi utile dessein que le leur dût s’abriter dans une clandestinité humiliante. Aussi songèrent-ils d’abord à faire imprimer leurs statuts, et s’empressèrent-ils de donner avis à Louis XIII de leur entreprise et de solliciter son assentiment [1]. Mais il est certain aussi qu’en fait de reconnaissance et d’assentiment, ils se contentèrent vite, et de peu. « M. le Garde des sceaux Châteauneuf » leur eût aisément obtenu des lettres patentes « du grand sceau ; » ils refusèrent. Une lettre de cachet leur suffit, par laquelle le Roi faisait savoir à l’archevêque de Paris qu’il leur avait « permis de s’assembler, à la condition d’être informé de temps en temps de ce qui se passerait dans leurs assemblées. » Le refus, catégorique et persistant, que fit l’archevêque de Paris, d’ajouter son approbation à celle du Roi ne les arrêta pas plus qu’à Lyon le mécontentement (du

  1. D’Argenson, p. 17. — Et même en 1628, ils faisaient circuler, au moins parmi les personnes « que l’on jugeait propres à l’esprit de la Compagnie qui se projetait, » un « petit imprimé » de propagande (D’Argenson, p. 10-11). Ce ne fut que le 16 avril 1634 que la Compagnie résolut de ne point imprimer les règlemens. Les statuts du groupe de Poitiers, fondé en 1642, énoncent franchement le caractère mystérieux de la Compagnie ; ceux du groupe de Paris, rédigés en 1631, n’en font pas mention.