Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 17.djvu/617

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


légères dans les cheveux, des contes de fée, du théâtre merveilleux, de la vie prise comme un rêve aimable, à la pure façon bouddhique, et des danses traditionnelles, et des fêtes charmantes où le passant est reçu comme un hôte, et des œuvres pies, de toutes les choses d’art et de foi, où chacun, depuis tant de siècles, insoucieux de richesses accumulées, dépensait le surplus de son gain.

L’Anglais a ouvert le pays, opened up the country, comme il dit lui-même. Que l’image est exacte ! On voit une vieille colline dont les bois, les mousses, les rochers que le temps a jaunis, toutes les lignes mariées, toutes les teintes fondues donnent l’idée d’une seule vie totale. A travers les âges, soumises ensemble aux mêmes influences, les choses sont devenues parentes. Elles se tiennent ; par des liens invisibles, elles se prolongent l’une dans l’autre. Marquées d’empreintes analogues, toutes ont fini par n’être plus que le signe, que la traduction aux yeux des forces permanentes qui, lentement, les ont travaillées, et qui, réunies, composent une certaine nature. Arrivent un jour des ingénieurs : on pose des rails, des tuyaux fument, la dynamite détone, le calcaire éventré blesse les yeux de sa vive blancheur. Pourtant quelques arbres sont restés debout, ternis de poussière neuve ; au-dessus des tranchées où sonnent les coups de pic, la pierre a gardé un peu de son ancienne bruyère. Mais la présence de ces témoins d’autrefois ne fait que rendre plus laid le tumulte étranger. On se souvient alors des harmonies rompues. Même regret quand on retrouve ici, trop près des banques et des bureaux, ce qui survit du peuple de jadis : çà et là, dans une minuscule échoppe, un orfèvre vêtu de soie claire, coiffé d’une écharpe gaie, délicieusement dédaigneux de la vente et du chaland européen, ciselant aujourd’hui comme autrefois les calmes bouddhas et les bêtes prodigieuses — ou mieux encore, sur les quais où les wagons à bascule chargent le cardiff, une mignonne Birmane toute en rose — fleur mouvante sous la fleur ouverte de son parasol chinois, une grappe de mimosa tressée au jais mongol de ses cheveux, un sourire fardé sur sa lèvre, — trottinant menu dans l’étui de soie fleurie qui s’enroule en plis liquides à ses petits pieds.

Une large lumière, un éclat monotone, un flamboiement continu dans le ciel, et qui s’allume tout de suite, presque sans