Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/25

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« J’ai reçu une lettre de M. Monnard en réponse à une demande que je lui faisais sur la question suisse [1]. Je désirais savoir au juste les griefs pour avoir de quoi plaider ici. J’ai remis la lettre à Buloz qui (je le crois bien) l’a fait lire à M. Molé, et bien qu’il y eût deux ou trois mots que j’aurais voulu effacer parce qu’ici on ne croit plus aux paroles ardentes et qu’on prend pour déclamation tout ce qui passe le ton, je crois qu’elle n’aura pas produit mauvais effet. Au reste toute cette fermeté est jouée ici, et si vous teniez bon, on n’irait jamais très loin, je le crois bien. — Voudrez-vous remercier M. Monnard pour moi et lui faire, ainsi qu’à sa famille ; mille amitiés.

« Il faudra que vous ayez la bonté de savoir de M. Ducloux ce que je lui dois pour le port, et si je puis le payer à Risler.

« Qu’allez-vous faire cet hyver ? Un cours libre ; mais après ? Pour la Revue des Deux Mondes je vous dirai (entre nous) que je ne suis pas très sûr de son long avenir, au moins dans les mêmes mains. Buloz veut être nommé commissaire royal à l’Opéra, ce qui lui donnerait 6 000 francs et lui permettrait le repos ; il perd un œil en effet et est sur les dents. Quand il aura cette place (s’il l’a), il se retirera au moins ostensiblement de la Revue et je ne sais trop qui sera le chef actif ; car Bonnaire, son collègue, ne pourrait tenir longtemps à cette rude manœuvre. Si on la vendait, ce serait un vaisseau qui coulerait sous nous, très probablement.

« Je me dis cela ; et mon avenir, si isolé, s’en trouble par moment. On vient de fonder des chaires en province. Quinet est professeur de littérature comparée à Lyon ; on en garde une à Marmier, je l’espère. On m’a fait offrir le choix : aller en province ! et la voix ! Pourtant, en refusant ainsi toutes choses, je ne me dissimule pas que, d’autre part, ma position à tous vents devient intenable. — Enfin l’imprévoyance est le dieu des mortels, qui n’y peuvent rien comme moi.

« Ecrivez-moi, mes chers amis, le lendemain de votre première impression ; vous, Madame et chère amie, dites-moi toujours de ces bonnes paroles de foi qu’on aime à trouver comme consolation au cœur des amis, même quand on n’en a pour soi que le désir et le regret. Je me figure qu’un jour dans quelque

  1. Il s’agit des représentations faites par la France à la Suisse, au sujet du Prince Louis-Napoléon qui y avait élu domicile après son évasion et s’y trouvait « comme chez lui. »