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tique et contemplative au mariage. C’est dans un de ces ermitages que le poète Kalidasa a placé l’exquise idylle de Sakountala. Enfin, les graves ascètes ne sont pas toujours inaccessibles à l’attrait des sens. Ils y cèdent en des circonstances exceptionnelles, mais cette aventure nous est toujours présentée par la poésie hindoue sous le voile de la légende, comme un fait providentiel ayant un but sublime. Les poètes racontent que lorsque les Dieux veulent faire naître parmi les hommes un être doué de vertus divines, ils envoient à un ascète de haut mérite une de ces nymphes célestes appelées Apsaras, qui le séduit par sa beauté merveilleuse et met ensuite au monde un enfant qu’adoptent les anachorètes, qu’ils élèvent et qui sera plus tard un héros ou une reine illustre. Cette légende suggestive cacherait-elle un secret singulier des brahmanes ? Signifierait-elle qu’ils autorisaient parfois l’union momentanée d’un puissant ascète avec une femme de leur choix pour la digne incarnation d’une âme parée des plus hautes qualités spirituelles ? Il se peut. En tout cas, le fait prouve que les brahmanes considéraient l’ascétisme lui-même comme une source d’intégrité et de force pour les générations humaines.

On ne saurait imaginer de contraste plus violent que celui de ces ermitages avec les grandes capitales aujourd’hui disparues des temps légendaires de l’Inde, telles qu’Ayodhya, Indrapechta ou Hastinapoura. Vyasa et Valmiki les dépeignent comme splendides et vastes, ceintes de murs et pavoisées d’étendards, avec de larges rues savamment arrosées, pleines de bazars, de riches maisons à terrasses et de jardins publics. Des multitudes y fourmillent avec des masses de danseurs, de chanteurs et de comédiens, au milieu de la foule bariolée du peuple et des esclaves. Là règnent en maîtres, en des palais magnifiques, les rois entourés d’une cour opulente et d’un nombreux harem, car la polygamie a vite remplacé les mœurs patriarcales des Aryas primitifs. Toutefois il y a toujours une reine unique, dont l’aîné hérite du trône selon la loi. L’épopée et le drame représentent ces monarques comme des demi-dieux ornés de toutes les vertus ; mais, sauf Rama, dont la grande âme rayonne à travers ses exploits fantastiques et embrasse tous les êtres, ces rois indiens ont quelque chose de froid et de conventionnel. Sous l’emphase des épithètes, dont les encensent des poètes courtisans, ils apparaissent souvent légers, faibles et puérils. Dans la