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4S8 REVUE DES DEUX MONDES. l’avaient amené à se fatiguer bientôt de la poursuite d’un objet trop difficile à atteindre. Lorsque la tourmente révolutionnaire de 1830 était venue donner aux étudians de la cité saxonne une importance et un prestige imprévus, en leur permettant de se constituer les dé- fenseurs attitrés de l’ordre social contre les agressions des émeutiers socialistes, le collégien émancipé n’avait plus eu d’autre rêve que de pouvoir se joindre à ces jeunes « héros; » et c’est ainsi que, faute de titres suffisans pour être autorisé à s’inscrire dans les facultés de philosophie ou de sciences, il avait eu l’idée de devenir « étudiant en musique. » Après avoir jeté au feu son grand drame romantique, Leuhald et Adélaïde, il était allé suivre des cours d’harmonie qui sur- le-champ l’avaient rebuté, et sur-le-champ, aussi, s’était mis à com- poser toute sorte à’ ouvertures et de symphonies, où il avait imaginé d’employer des encres différentes pour accentuer le rôle distinct des divers groupes d’instrumens. Enfin sa mère, — résignée mainte- nant à admettre et à encourager la vocation musicale de son fils, — l’avait décidé à recevoir des leçons régulières d’un professeur juste- ment vénéré, le vieux Théodore Weinlich qui, un siècle après Jean- Sébastien Bach, exerçait les mêmes fonctions de maître de chapelle de la célèbre église Saint-Thomas. Notre étudiant se rendait chez lui deux fois par semaine et, docilement, faisait mine d’écouter ses savantes explications des règles élémentaires du contrepoint : mais celles-ci avaient en réalité d’autant moins de chances de l’intéresser que toute musique, depuis quelque temps, commençait à lui devenir entièrement indifférente, remplacée désormais dans son cœur par une passion nouvelle. Écoutons-le nous raconter lui-même, avec sa simple franchise ordinaire, cet épisode, — ou plutôt cette crise déci- sive, — de sa destinée : En compagnie de tous ceux des étudians qui n’avaient pu profiter des vacances de Pâques pour s’en retourner dans leurs familles, j’étais allé passer à la campagne trois jours et trois nuits, -dont la plus grande partie avait été employée au jeu : car le jeu, dès la première nuit de notre ex- pédition, avait jeté sur moi son attrait diabolique. Un groupe des plus parfaits vauriens d’entre nous, une demi-douzaine environ, s’étaient trouvés réunis, dès l’aube, dans la petite salle d’un cabaret, et y avaient fondé le centre d’une société de jeu qui, pendant le jour, s’était encore ren- forcée par l’arrivée d’autres camarades revenus de la ville. Un grand nombre venaient simplement pour voir si la partie durait toujours; un grand nombre aussi s’en allaient après avoir gagné ou perdu : moi seul, avec la demi-douzaine des compagnons susdits, avais tenu bon, jour et nuit, sans démordre. Tout d’abord, j’avais été amené à prendre part au jeu