Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/47

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Bret, vivement, lui prenant la main.

De me sentir si laid, parfois, tout seul…Tu pleures ?


Cyrano.

Ah ! non, cela, jamais ! Non, ce serait trop laid,
Si le long de ce nez une larme coulait !
Je ne laisserai pas, tant que j’en serai maître,
La divine beauté des larmes se commettre
Avec tant de laideur grossière !… Vois-tu bien,
Les larmes, il n’est rien de plus sublime, rien,
Et je ne voudrais pas qu’excitant la risée,
Une seule, par moi, fût ridiculisée !…


Le bret.

Va, ne t’attriste pas ! L’amour n’est que hasard !


Cyrano, secouant la tête.

Non ! J’aime Cléopâtre : ai-je l’air d’un César ?
J’adore Bérénice : ai-je l’aspect d’un Tite ?


Le bret.

Mais ton courage ! ton esprit ! — Cette petite
Qui t’offrait là, tantôt, ce modeste repas,
Ses yeux, tu l’as bien vu, ne te détestaient pas !


Cyrano, saisi.

C’est vrai !


Le bret.

C’est vrai ! Hé, bien ! alors ?… Mais, Roxane, elle-même,
Toute blême a suivi ton duel !…


Cyrano.

Toute blême a suivi ton duel !…Toute blême ?


Le bret.

Son cœur et son esprit déjà sont étonnés !
Ose, et lui parle, afin…


Cyrano.

Ose, et lui parle, afin…Qu’elle me rie au nez ?
Non ! — C’est la seule chose au monde que je craigne !


Le portier, introduisant quelqu’un à Cyrano.

Monsieur, on vous demande…


Cyrano, voyant la duègne.

Monsieur, on vous demande…Ah ! mon Dieu ! Sa duègne !