Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/193

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La nation, chancelant entre les bords de deux abîmes, commençait à se lasser de la prolongation de tant de dangers, de tant de dégradations, et des misères qui en sont la conséquence ; la voix publique réclamait bruyamment une libre représentation du peuple. On commençait à sentir que nul autre corps constitué d’hommes ne pouvait tenir tête aux difficultés pressantes. La nation, elle seule, ose toucher à la question de savoir s’il y a ou s’il n’y a pas de remède à la nécessité de payer à jamais quarante-quatre millions par an, en plus de ce qu’exigent les dépenses de l’Etat. En même temps, un esprit plus noble se manifesta, et l’amour de la liberté, et le patriotisme, et le respect de soi-même, qui est inséparable de ces glorieux sentiments, reprirent vie dans les cœurs des hommes. Le gouvernement avait à jouer une partie désespérée.

IX

Dans les districts manufacturiers de l’Angleterre régnaient depuis bien des années le mécontentement et la désaffection; cela était dû à ce système de double aristocratie qu’ont produit les causes déjà mentionnées. Les ouvriers des manufactures, ces ilotes du luxe, sont réduits, par ce système à la famine, privés d’affections, de santé, de tout loisir, de tout moyen d’acquérir l’instruction qui ser-