Page:Sophocle, trad. Leconte de Lisle, 1877.djvu/288

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TEIRÉSIAS.

Tu me contrains de révéler les secrets cachés dans mon esprit.


KRÉÔN.

Parle, mais ne dis rien par le désir du gain.


TEIRÉSIAS.

Je ne pense pas avoir parlé ainsi en ce qui te concernait.


KRÉÔN.

Sache que tu ne me feras point changer de pensée.


TEIRÉSIAS.

Sache bien à ton tour qu’il n’y aura pas beaucoup de révolutions des rapides roues de Hèlios, avant que tu n’aies payé les morts par la mort de quelqu’un de ton propre sang, pour avoir envoyé sous terre une âme encore vivante, pour l’avoir ignominieusement enfermée vivante dans le tombeau, et parce que tu retiens ici, loin des dieux souterrains, un cadavre non enseveli et non honoré. Et ceci n’appartient ni à toi, ni aux dieux Ouraniens, et tu agis ainsi par violence. C’est pourquoi les Érinnyes vengeresses du Hadès et des dieux te dressent des embûches, afin que tu subisses les mêmes maux. Vois si je parle ainsi corrompu par l’argent. Avant peu de temps les lamentations des hommes et des femmes éclateront dans tes demeures. Tel qu’un archer, je t’envoie sûrement ces flèches de colère au cœur, car tu m’irrites, et tu n’éviteras pas leur blessure cuisante.