Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/82

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ou d’emprunteur peu délicat, aujourd’hui pair de France et ultra par l’âme), MM. de Monval, m’avaient paru comme ayant toujours quelque chose de singulier, un respect effroyable pour les convenances (par exemple, Sinard). Ils cherchaient toujours à être de bon ton ou comme il faut, ainsi qu’on disait à Grenoble en 1793. Mais cette idée-là, j’étais loin de l’avoir clairement. Il n’y a pas un an que mon idée sur la noblesse est enfin arrivée à être complète. Par instinct, ma vie morale s’est passée à considérer attentivement cinq ou six idées principales, et à tâcher de voir la vérité sur elles.

Raymond de Bérenger était excellent et un véritable exemple de la maxime : noblesse oblige, tandis que Monval (mort colonel et généralement méprisé vers 1829, à Grenoble) était l’idéal d’un député du centre. Tout cela se voyait déjà fort bien quand ces Messieurs avaient quinze ans, vers 1798.

Je ne vois la vérité nettement sur la plupart de ces choses qu’en les écrivant, en 1835, tant elles ont été enveloppées jusqu’ici de l’auréole de la jeunesse, provenant de l’extrême vivacité des sensations.

A force d’employer des méthodes philosophiques, par exemple à force de classer mes amis de jeunesse par genres, comme M. Adrien de Jussieu fait pour ses plantes (en botanique), je cherche à atteindre cette vérité qui me fuit. Je m’aperçois que ce que je prenais pour de hautes montagnes, en 1800,