Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/83

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n’étaient la plupart que des taupinières ; mais c’est une découverte que je n’ai faite que bien tard.

Je vois que j’étais comme un cheval ombrageux, et c’est à un mot que me dit M. de Tracy (l’illustre comte Destutt de Tracy, pair de France, membre de l’Académie française et, bien mieux, auteur de la loi du 3 prairial* sur les Ecoles centrales), c’est à un mot que me dit M. de Tracy que je dois cette découverte.

Il me faut un exemple. Pour un rien, par exemple une porte à demi ouverte, la nuit, je me figurais deux hommes armés m’attendant pour m’empêcher d’arriver à une fenêtre donnant sur une galerie où je voyais ma maîtresse. C’était une illusion, qu’un homme sage comme Abraham Constantin*, mon ami, n’aurait point eue. Mais au bout de peu de secondes (quatre ou cinq tout au plus) le sacrifice de ma vie était fait et parfait, et je me précipitais comme un héros au devant des deux ennemis, qui se changeaient en une porte à demi fermée.

Il n’y a pas deux mois qu’une chose de ce genre, au moral toutefois, m’est encore arrivée. Le sacrifice était fait et tout le courage nécessaire était présent, quand après vingt heures je me suis aperçu, en relisant une lettre mal lue (de M. Herrard), que c’était une illusion. Je lis toujours fort vite ce qui me fait de la peine.

Donc, en classant ma vie comme une collection de plantes, je trouvai :