Page:Tamizey de Larroque - Une demi douzaine de lettres inédites adressées par des hommes célèbres au maréchal de Gramont.djvu/18

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la duchesse d’Aiguillon[1] ne se contentant pas de vous avoir escrit de moy comme elle a fait s’est encore vantée ici publiquement qu’elle vous avoit obligé de publier à la cour que je ruinois ma maison par la vente de mes terres et que j’envoyois faire à S. E. des propositions pour achever entièrement ma ruine. Et bien que je sois assuré que vous n’avés pas parlé de la sorte, qu’elle se vante que vous avés fait, je désire tant me conserver en l’honneur de vos bonnes grâces et de votre estime que vous aurez s’il vous plaist agréable que je vous esclaircisse sur tout ce qu’elle avance, pensant tirer ses avantages en me décriant partout autant qu’il lui est possible. Pour la ruine de ma maison, il ne faut que me connoistre un peu pour me croire incapable d’avoir une telle pensée et il ne faut pas connoistre la nature de mon bien pour scavoir que je ne puis en disposer quand je le voudrois, puisqu’il est substitué comme il se void par le testament de feu Monsieur le cardinal qui est asses public. Mais madame d’Aiguillon se sent capable de si grandes choses qu’elle croit pouvoir oster la memoire et persuader facilement ce qui n’est pas. Toutefois, je pense ne la devoir pas craindre auprès d’une personne aussi juste que vous, car si vous avés la bonté de faire réflexion sur le procédé de madame d’Aiguillon depuis dix-huit ans, vous jugerés qu’au lieu de me prouver beaucoup de bien comme elle veut faire croire, elle a abondé à me faire tous les maux imaginables sur l’honneur, sur la réputation et sur le bien. Et après qu’elle n’a voulu liquider aucune affaire comme elle le pouvoit facilement dans les commencemens, elle se plaint de ce que je vends quelque terre, lorsque je suis condamné par des arrest à payer les debtes qu’elle n’a pas voulu accomoder. Vous scavés, Monsieur, qu’il n’y a point d’homme qui voulut rien acheter de moy que pour le payement des créanciers de feu Monsieur le cardinal, au droit duquel il faut que

  1. Le document que l’on va lire, qui est un véritable acte d’accusation dressé par le petit neveu du cardinal de Richelieu contre la nièce de ce grand homme, est à rapprocher de l’histoire ou plutôt du panégyrique que nous devons à M. A. Bonneau-Avenant, sous ce titre : La duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, sa vie et ses œuvres charitable 1604-1675. (Paris, Didier, 1881, in-8°). J’avais déjà publié, il y a longtemps (Revue d’Aquitaine, t. xi, 1867. p. 137), une très piquante lettre du duc de Richelieu à la duchesse d’Aiguillon, document tiré de la collection Godefroy, de la bibliothèque de l’Institut, et relatif au mariage du jeune duc avec l’habile veuve de François-Alexandre d’Albret, seigneur de Pons, Anne du Vigean, mariage conclu (décembre 1649) malgré la différence des âges, des fortunes et des positions, malgré le courroux de la tante du naïf époux et le mécontement de la reine de France.