Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/32

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che pour retourner à la lettre, tout en inspectant Dourak.




Je commençai par souffler entre les feuillets pour les écarter, et je pus ainsi entrevoir les mots qui formaient le bout des lignes. Les premiers que je lus, tout inintelligibles qu’ils étaient, me causèrent une grande surprise ; c’étaient ceux-ci : « … cette lettre, vous serez déjà loin de… »

La ligne finissait là. Je crus m’être trompé. Qui sera loin ? loin de quoi ? et je me perdais en conjectures. Espérant que les lignes suivantes me découvriraient quelque chose, je repris mon travail, mais avec moins de fruit encore ; car, le papier se présentant de biais, les fins de lignes devenaient toujours plus courtes, et la dernière ne me laissait plus voir qu’une ou deux lettres.

Je lus des mots épars, des lambeaux de phrases, qui, sans m’apprendre rien de plus, me jetèrent néanmoins dans une vive anxiété.




Je m’occupai aussitôt de lire le revers intérieur de la feuille, qui m’offrait le commencement des lignes suivantes dans un espace de même forme, et je passai bientôt aux transports de la joie la plus douce que j’eusse encore ressentie. Le sens n’était pas complet, mais c’était mieux encore ; car j’en voyais assez pour suppléer librement et selon mon gré à ce qui en restait voilé.

« … Oui, Charles, disait-elle, je me le reproche maintenant ; mais plus je m’attachai à vous, plus il me