Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/39

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Pendant que M. Prévère parlait, le regret, l’espoir déçu avaient serré mon cœur, jusqu’à ce que la modestie de ses expressions et la noblesse de ses dernières paroles vinssent l’attendrir ; mais j’étais incapable de lui rien dire, et je comprimais en silence les larmes qui se pressaient à mes yeux fixés sur la terre. Il vit mon trouble, et continua :

… C’est d’ailleurs quelques années seulement, Charles, après lesquelles vous choisirez vous-même votre carrière. Libre à vous alors, après que vous aurez essayé vos forces, de voir si vous préférez aux situations plus brillantes que peut vous offrir la ville, une vie simple et obscure comme celle où vous me voyez. Je l’espère, la Providence nous rapprochera plus tard l’un de l’autre ; et si jamais elle inclinait votre cœur vers la même carrière où je suis engagé, ce petit troupeau, où vous êtes aimé, pourrait passer un jour de mes mains dans les vôtres.

Ces derniers mots firent briller dans mon cœur un vif éclair de joie. Je crus entrevoir mon vœu le plus cher caché sous les paroles de M. Prévère ; et aussitôt à mon abattement succédèrent les transports d’un énergique courage. Une ambition nouvelle m’enflammait ; l’absence, l’étude, les privations, me paraissaient légères, désirables, si c’était pour me rendre digne de Louise, revenir auprès d’elle et lui consacrer ma vie.

— Monsieur Prévère, lui dis-je alors, enhardi par cette idée, si je vous ai bien compris, vos paroles vont au-devant de mes plus chers désirs ; mais pensez-vous bien que je puisse faire ces choses avec l’espérance que Louise partage un jour mon sort, et que nous vivions auprès de vous ? Oh ! monsieur Prévère, si je savais que ce dût être là le terme de mes efforts, que me coûteraient