Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/42

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rayon de joie brillait parmi les larmes de sa paupière. Sur ses joues pâles, la rougeur d’une humble modestie accueillait mes accents de reconnaissance ; et, quand l’émotion m’eut coupé la voix, il prit ma main et la serra avec une étreinte de sensibilité où perçaient l’estime et quelque contentement. Puis nous nous levâmes en silence, et nous reprîmes tristement le chemin de la cure.




J’aurais voulu rencontrer Louise ; nous ne la vîmes point. Le chantre ne se montra pas, la cour était solitaire. Je compris que seul j’avais ignoré ce qui m’attendait, et je montai dans ma chambre pour faire un paquet de quelques hardes ; le reste devait me parvenir ensuite.

J’ôtai de la muraille, où je l’avais suspendu, un petit dessin de Louise qu’elle m’avait laissé prendre quelques jours auparavant. Il représentait la mare et ses alentours, avec le saule et le fantôme. Je le ployai soigneusement en deux, pour qu’il pût entrer dans la Bible que M. Prévère m’avait donnée lors de ma première communion. Ces deux objets me rappelleraient tout ce que j’aimais sur la terre.

M. Prévère entra. Nous étions si émus l’un et l’autre, que nous retardions, comme d’un commun accord, le moment de nous dire adieu, prolongeant le temps en discours indifférents. À la fin, il me remit quelque chose d’enveloppé dans du papier, c’étaient deux louis d’or et quelque monnaie. Alors il ouvrit ses bras ; et, confondant nos larmes, nous restâmes unis dans un long embrassement.