Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/48

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elle était occupée à écrire, et l’espoir que ces lignes m’étaient destinées vint sourire à ma tristesse. Mais, pendant que je regardais avec une avide curiosité les moindres mouvements de son ombre, elle-même, s’étant levée, parut à ma vue. Alors, comme si pour la première fois la beauté touchante de cette jeune personne eût frappé mes regards, les élans de la plus vive tendresse firent battre mon cœur, s’y confondant avec les douces émotions que la lettre y avait laissées. Quelques instants s’écoulèrent, pendant lesquels je pus reconnaître, à la tristesse de son visage, qu’une peine commune nous unissait encore ; puis, s’étant tournée vers la glace qui était au-dessus de la table, elle ôta son peigne, et ses beaux cheveux tombèrent flottants sur ses épaules. Je ne l’avais jamais vue sous cet air de grâce négligée ; aussi j’éprouvai un trouble secret, où le plaisir se mêlait à la honte d’avoir surpris ce mouvement, et je reculai sous le feuillage des tilleuls.

Dans ce moment, j’entendis s’ouvrir une porte dans la cour, et aussitôt après parut le chantre, une lumière à la main. Je voulus fuir ; mais, l’épouvante m’en ôtant la force, je ne pus que me traîner vers le petit mur qui bordait le cimetière. Après l’avoir escaladé, je me tapis derrière, incertain si j’avais été aperçu.




Le chantre s’était d’abord arrêté sous la fenêtre de Louise, comme pour s’assurer qu’elle ne reposait pas encore ; puis, attiré peut-être par le bruit que j’avais fait, il se remit à marcher. Une lueur, que de ma place je vis passer sur le haut des ogives, m’annonça qu’il approchait. Alors je rampai sur l’herbe jusqu’à la porte de l’église, que je refermai doucement sur moi.