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LE MONDE TRAGIQUE 75

des Grands-Bois : rien n’y fait. On ne se sent jamais à l’aise devant lui ! Depuis bientôt douze ans que je le sers tous les jours, c’est bizarre… mais je ne peux pas m’habituer — même à croire qu’il me voit.

HARTWIG, rêveur, et aussi à voix basse

Nous-mêmes, l’avons-nous jamais bien regardé ? Quand il apparaît, il nous surprend comme un inconnu. Lorsqu’il parle, événement rare, ce qu’il dit, bien que toujours simple, semble comme le reflet d’entre deux miroirs : on s’y perdrait à l’infini. — Tenez ! le mieux est de ne pas trop réfléchir sur le docteur, — si nous tenons à conserver un peu de bon sens jusqu’à la mort.

GOTTHOLD, grave, sur le même ton

C’est un homme naturellement impénétrable. Cette impression qu’il donne résiste, dans l’esprit, même à tous les heurts de la vie quotidienne. — Lorsqu’il arriva seul, à cheval, le jour même de la mort si imprévue du comte Ghérard d’Auërsperg-, à la fin des guerres contre le mystérieux Napoléon, — ce fut au crépuscule du matin. Quand on lui montra le testament par lequel le comte (qui avait, paraît -il, connu maître Janus sur les champs de bataille) lui léguait le soin d’éle-