Page:Wilde - Le Crime de Lord Arthur Savile, trad. Savine, 1905.djvu/20

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Elle paraissait merveilleusement belle, avec son opulente gorge d’un blanc ivoirin, ses grands yeux bleus de myosotis et les lourdes boucles de ses cheveux d’or. Des cheveux d’or pur[1], pas des cheveux de cette nuance paille pâle qui usurpe aujourd’hui le beau nom de l’or, des cheveux d’un or comme tissé de rayons de soleil ou caché dans un ambre étrange, des cheveux qui encadraient son visage comme d’un nimbe de sainte, avec quelque chose de la fascination d’une pécheresse.

C’était une curieuse étude psychologique que la sienne.

De bonne heure dans la vie, elle avait découvert cette importante vérité que rien ne ressemble plus à l’innocence qu’une imprudence, et, par une série d’escapades insouciantes, — la moitié d’entre elles tout à fait innocentes, — elle avait acquis tous les privilèges d’une personnalité.

Elle avait plusieurs fois changé de mari. En effet, le Debrett portait trois mariages à

  1. En français dans le texte.