Page:Wilde - Le Crime de Lord Arthur Savile, trad. Savine, 1905.djvu/38

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conscience du terrible mystère de la destinée, de l’effrayante idée du sort.

Que tout cela lui semblait fou et monstrueux !

Se pouvait-il que ce qui était écrit dans sa main, en caractères qu’il ne pouvait lire mais qu’un autre pouvait déchiffrer, fût quelque terrible secret de faute, quelque sanglant signe de crime !

N’y avait-il nulle échappatoire ?

Ne sommes-nous que des pions d’échiquier que met en jeu une puissance invisible, que des vases que le potier modèle à sa guise pour l’honneur ou la honte ?

Sa raison se révolta contre cette pensée et pourtant il sentait que quelque tragédie était suspendue sur sa tête et qu’il avait été tout d’un coup appelé à porter un fardeau intolérable.

Les acteurs sont vraiment des gens heureux ; ils peuvent choisir de jouer soit la tragédie soit la comédie, de souffrir ou d’égayer, de faire rire ou de faire pleurer. Mais, dans la vie réelle, c’est bien différent.