Page:Zola - Vérité.djvu/11

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introduit chez ces dames et que l’amour délicieux des deux jeunes gens attendrissait. Et, depuis trois ans, Marc et Geneviève, peu riches, ayant toutes sortes d’embarras d’argent et de tracas administratifs, menaient une adorable vie d’amour, dans leur village de huit cents habitants à peine.

Mécontente, Mme Duparque ne s’égaya pas des bons rires du père et de la fillette.

— Voilà un chemin de fer, dit-elle, qui ne vaut pas les pataches de ma jeunesse… Allons, déjeunons vite, nous n’arriverons jamais.

Elle s’était assise et elle versait déjà le lait dans les tasses. Pendant que Geneviève plaçait la haute chaise de la petite Louise entre elle et sa mère, pour surveiller l’enfant, Marc, d’humeur conciliante, voulut obtenir son pardon.

— Oui, n’est-ce pas ? je vous ai mises en retard… C’est votre faute, grand-maman, on dort trop bien chez vous, on y est si tranquille !

Mme Duparque, pressée, le nez dans sa tasse, ne daigna pas répondre. Mais Mme Berthereau, qui regardait longuement sa fille Geneviève, l’air si heureux entre son mari et son enfant, eut un pâle sourire. Et, de sa voix basse, comme involontaire, elle murmura, avec un lent coup d’œil autour d’elle :

— Oh ! oui, tranquille, si tranquille qu’on ne s’y sent pas même vivre.

— Pourtant, reprit Marc, il y a eu un bruit sur la place, à dix heures. Geneviève n’en revenait pas. Du tapage nocturne, sur la place des Capucins !

Il jouait de malheur, dans sa bonne volonté à faire rire le monde. La grand-mère répondit cette fois, l’air blessé.

— C’était la sortie de la chapelle des Capucins. Il y a eu, hier soir, à neuf heures, adoration du Saint-Sacrement.