Page:Zola - Vérité.djvu/43

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une angoisse avait grandi, comme une inquiétude qui passait sur toutes les têtes, en une menace venue de loin. Et le pis fut la sortie, parmi les murmures et les sourdes imprécations des groupes nombreux d’ouvriers et de paysans, amassés sur la place. Les histoires abominables dont Pélagie avait parlé circulaient dans cette foule, frémissante du crime. On se souvenait d’une sale histoire étouffée l’année précédente, d’un frère que ses supérieurs avaient fait disparaître, pour lui éviter la cour d’assises. Toutes sortes de vilains bruits couraient depuis cette époque, des monstruosités qui se passaient dans cette école, des enfants qui refusaient de parler, sous le coup d’une terreur profonde. Naturellement, ces mystérieuses abominations s’étaient encore exagérées en passant de bouche en bouche. Et l’indignation des gens entassés sur la place était faite des rumeurs réveillées, exaspérées dans les mémoires par le viol et le meurtre d’un élève des bons frères. Des accusations commençaient à se préciser, des mots de vengeance volaient : est-ce qu’on laisserait cette fois encore échapper le coupable ? est-ce qu’on n’allait pas fermer cette baraque à sanglantes ordures ? Et, quand la belle assistance s’écoula, quand parurent des robes de moine et des soutanes de prêtre, tout un groupe poursuivit de huées les pères Crabot et Philibin, blêmes et inquiets, tandis que le frère Fulgence faisait verrouiller solidement les portes de son école.

Marc, par curiosité, avait suivi la scène, d’une fenêtre de la petite maison de Mme Duparque ; et, intéressé vivement, il était même sorti un instant sur le seuil, afin de mieux voir et entendre. Que disait donc Férou, avec sa prophétie que le juif serait chargé de tout le crime, que l’instituteur laïque deviendrait le bouc émissaire de toute la cléricale enfiellée ? Loin de tourner ainsi, les choses