« Blessé d’une plaie inhumaine »

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Philippe Desportes Chansons

« Blessé d’une plaie inhumaine »

CHANSON

Blessé d’une playe -inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avançe à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.
Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint, helas n’y connoistre rien.
Comme un roc à l’onde marine,
Elle est dure aux flots de mes pleurs :

Et clost, de peur d’estre benine,
L’oreille au son de mes douleurs.
D’autant qu’elle poursuit ma vie.
D’ennuis mon service payant,
Je la diroy mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.
Las ! que ne me puis-je distraire,
Connoissant mon mal, de la voir ?
O ciel rigoureux et contraire !
Cest toy qui contrains mon vouloir.
Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gay papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’esbatant ;
Ainsi le desir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait, helas qu’aveugle je volle
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

CHANSON Que n’ay-je la langue aussi pronte, Lors qu’en tremblant je vous raconte L’ardeur qui me lait consumer, Que je fus prout à vous aimer ? Quand vostre œil de moy se retire, Je conte si bien mon martire Et l’efi`ort de vostre rigueur, Qu’il u’y a rocher si sauvage, Bois si dur, ne si sourd rivage, Qui n’ait pitié de ma langueur. Mes yeux deux rivieres coulantes, Mes paroles toutes brillantes, lles soupirs menus et pressez, Ma douleur tesmoignent assez. Mais, dès que de vous je m’approche Mon cœur se gelle et devient roche ; Devant vos attraits gracieux . .le pers esprit, voix et haleine ; Et, voulant vous’conter ma peine, Je ne sçay parler que des yeux. STANCES Si je languy d’un inartire inconnu, Si mon desir jadis tant retenu,