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Épîtres (Voltaire)/Épître 50

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Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 10 (p. 298-299).


ÉPÎTRE L.


À MADEMOISELLE DE LUBERT.


Charmante Iris, qui, sans chercher à plaire,
Savez si bien le secret de charmer ;
Vous dont le cœur, généreux et sincère,
Pour son repos sut trop bien l’art d’aimer ;
Vous dont l’esprit, formé par la lecture,
Ne parle pas toujours mode et coiffure ;
Souffrez, Iris, que ma muse aujourd’hui
Cherche à tromper un moment votre ennui.
Auprès de vous on voit toujours les Grâces :
Pourquoi bannir les Plaisirs et les Jeux ?
L’Amour les veut rassembler sur vos traces :
Pourquoi chercher à vous éloigner d’eux ?
Du noir chagrin volontaire victime,
Vous seule, Iris, faites votre tourment,
Et votre cœur croirait commettre un crime
S’il se prêtait à la joie un moment.
De vos malheurs je sais toute l’histoire ;

L’Amour, l’Hymen, ont trahi vos désirs[1] :
Oubliez-les ; ce n’est que des plaisirs
Dont nous devons conserver la mémoire.
Les maux passés ne sont plus de vrais maux ;
Le présent seul est de notre apanage,
Et l’avenir peut consoler le sage,
Mais ne saurait altérer son repos.
Du cher objet que votre cœur adore
Ne craignez rien ; comptez sur vos attraits :
Il vous aima ; son cœur vous aime encore,
Et son amour ne finira jamais.
Pour son bonheur bien moins que pour le vôtre,
De la Fortune il brigue les faveurs ;
Elle vous doit, après tant de rigueurs,
Pour son honneur rendre heureux l’un et l’autre.
D’un tendre ami, qui jamais ne rendit
À la Fortune un criminel hommage,
Ce sont les vœux. Goûtez, sur son présage,
Dès ce moment le sort qu’il vous prédit.



  1. La mère de M. le président Rougoot s’était opposée au mariage de son fils avec Mlle de Lubert, parce qu’elle ne voulait point avoir, disait-elle, une bru bel esprit. Voyez aussi l’épître xxxv, page 272.