Étude sur l’histoire d’Haïti/Tome 6/1.8

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Dezobry et E. Magdeleine, Lib.-éditeurs (Tome 6pp. 256-289).

chapitre viii.
Meurtre de Noblet et de Pujol. — Explosion de la salle d’artifice du Port-au-Prince et ses causes. — Dessalines vient dans l’Ouest. — Plan perfide attribué à Boisrond Tonnerre, Mentor et Borno Déléard, à son égard. — Faits relatifs à T. Tuat, son assassinat et spoliation de sa fortune. — Nouvelle vérification des titres de propriété à Jacmel. — Dessalines va dans le Sud. — Il fait brûler les bois de campèche sur tout le littoral. — Il confie provisoirement l’arrondissement de Jérémie à Bazile. — Il arrive aux Cayes. — Le général Moreau lui dénonce une conspiration concertée entre Geffrard et H. Christophe. — Les papiers de Geffrard sont livrés à A. Dupuy qui n’y trouve aucune trace de ce projet. — Assertions de B. Inginac à ce sujet, réfutées. — Conduite de Dessalines aux Cayes. — Il fait démolir plusieurs guildives. — Il mande Inginac aux Cayes. — Conciliabule entre B. Tonnerre, Mentor et B. Déléard, établissant des indices de conspiration de leur part. — Inginac arrive aux Cayes. — Dessalines lui ordonne de vérifier les comptes de l’administration et les titres de propriété. — Ce qu’il fait relativement à ces deux objets. — Examen de ce qui a rapport aux titres de propriété. — Décret du 1er septembre y relatif. — Décret du 2 septembre sur les douanes, etc. — Dessalines quitte les Cayes : ordre qu’il donne en partant. — Ses paroles à Lamarre, au Petit-Goave. — Il élève Germain Frère au généralat. — Il ordonne d’incorporer les jeunes gens dans la 12e demi-brigade. — Nouvelle vérification des titres de propriété. — Il retourne à Marchand. — Meurtre de Dalégrand. — Mort de Poutu, en duel.


Plus nous approchons de l’époque où un grand attentat mit fin à la vie de Dessalines, plus nous avons à signaler des faits qui concoururent à provoquer ce terrible drame.

L’illustre héros de l’indépendance nationale dans le Sud venait de terminer sa carrière, ou peut-être peu avant ce douloureux événement, quand l’empereur commit un de ces actes, un de ces crimes qui révoltent la conscience publique. Sous l’administration de Rigaud, il y avait à Miragoane un Français nommé Noblet, qui y exerçait les fonctions de trésorier. Cet homme, de même que Pelletier dont nous avons parlé dans notre 3e volume, avait des principes et des sentimens libéraux ; il avait hautement approuvé la liberté générale, il était l’ami des hommes éclairés de la race noire. À la fuite de Rigaud, redoutant encore plus les colons, ses compatriotes, que la fureur de Toussaint Louverture, il s’était éloigné du pays : pendant l’occupation française sous Leclerc et Rochambeau, il resta encore à l’étranger, par les mêmes motifs. Mais, dans le courant de 1804, il était revenu en Haïti, comptant sur son ancien dévouement à la race noire. En effet, sur l’attestation qui fut donnée à Dessalines de toute sa conduite, il l’avait admis à jouir de la qualité d’Haïtien. Noblet habitait Miragoane de nouveau et y vivait en bon et paisible citoyen, lorsqu’un ordre impérial le manda à Marchand. Pour y faire quoi, grand Dieu ! Pour y être assassiné, et il le fut, « parce qu’il avait osé rentrer en Haïti, après la publication qui anathématisait les Français.[1] »

Mais, et cet accueil qui lui fut fait à son retour dans le pays, et ce titre de citoyen d’Haïti qui lui fut accordé ?… À la nouvelle de cet assassinat, on ressentit une vive indignation dans le Sud, car Noblet y était généralement estimé.

Un nouvel assassinat occasionna le même sentiment dans l’Ouest, à peu près à la même époque.

En 1804, Pétion avait spécialement protégé le médecin français Pujol qui devint aussi Haïtien, comme tout autre de sa profession. Pujol lui portait des soins dévoués, comme à une grande partie des familles du Port-au-Prince où il résidait : il était un officier de santé de l’armée, étant encore plus chirurgien que médecin : en cette qualité, il soignait aussi les militaires malades. Jeune et d’un caractère enjoué, il s’était lié avec tous les officiers de l’état-major de Pétion et de l’empereur. Un de ces derniers (nous ignorons lequel) lui avait emprunté une belle bague en diamant, qu’il portait toujours au doigt, à l’occasion d’un bal donné au palais du Port-au-Prince, et avait emporté ce bijou à Marchand. Au mois de mai, Pujol y alla pour la réclamer ; il rencontra J.-P. Boyer qui y était pour assister au mariage de son jeune frère, Souverain Brun. Lié avec Boyer, Pujol et lui étaient logés dans la même maison. Pendant une nuit, on vint l’appeler sous prétexte de soins à donner à un malade ; il sortit, et à peu de distance de la maison, il fut assassiné lâchement par plusieurs individus.

On n’a jamais su qui ils étaient, car il va sans dire que le meurtre d’un blanc français, quoique devenu Haïtien, était une chose trop honorable à cette époque pour que la police impériale s’en émût[2]. Était-ce l’emprunteur de la bague qui, pour ne pas la restituer, avait appelé d’autres infâmes à la perpétration de ce crime, ou bien des individus qui en reçurent l’ordre ? Quoi qu’il en fût, cette action atroce ne put que faire rejaillir sur l’hôte de Marchand, une responsabilité qu’il encourait par des actions semblables, connues publiquement comme émanées de sa volonté.

Ces faits, et l’exécution des douze Polonais dont il a été question dans le chapitre précédent, occasionnèrent au Port-au-Prince un événement où le courage s’alliait au désespoir. On avait fait courir le bruit que Dessalines voulait faire tuer tous les blancs qu’il avait conservés jusqu’alors. Trois Français étaient employés à l’arsenal de cette ville, comme artificiers ; ils reçurent l’ordre de préparer des pièces d’artifice pour la prochaine arrivée de l’empereur ; deux d’entre eux prirent instantanément la résolution d’y mettre le feu, dans la salle même où ils travaillaient, préférant se tuer que d’être assassinés. Le troisième, qui ne voulut pas y adhérer, et qui a vécu quelques heures après l’explosion, en fit connaître la cause. Vers 2 heures de l’après-midi, une détonation se fit entendre, et la salle d’artifice fut emportée dans les airs : il s’y trouvait, dit-on, 3 à 4 milliers de poudre.

Le feu se communiqua aux autres parties de l’arsenal et au magasin de l’État qui y était contigu. Heureusement qu’il y avait des pompes qui furent employées à l’éteindre. Toutes les autorités militaires y accoururent avec les troupes, sorties des casernes qui n’en étaient pas fort éloignées. Le colonel Germain fit jouer bâtons et sabres par les officiers, et en peu d’instans on était maître de l’incendie, comme d’un fort pris d’assaut.

En juin, l’empereur arriva au Port-au-Prince. Après y avoir séjourné quelques jours, il passa à Léogane pour se rendre à Jacmel. On dit que dans ces villes, il fut courroucé contre Boisrond Tonnerre, à propos de quelques méfaits de sa façon ; que ce dernier, qui l’avait vu congédier Borgella, en lui disant qu’il était son principal dénonciateur, humilié, se promit de se venger en le poussant à des actes de fureur qui exciteraient le mécontentement contre lui. B. Tonnerre ne serait pas le seul qui eût conçu ce plan affreux. Mentor et Borno Déléard auraient été d’accord avec lui. Ces trois hommes se persuadaient qu’avec le caractère de Dessalines, ils réussiraient dans leurs vues, conçues peut-être avant son départ de Marchand, parce qu’il agréait presque toujours les conseils qui l’excitaient au mal.

Il y avait à Jacmel un Anglais nommé Thomas Thuat, négociant établi dans le pays depuis si longtemps, qu’il était en quelque sorte considéré comme un indigène, un Haïtien, aimé pour sa bienfaisance envers les malheureux, pour son obligeance envers tous. Déjà, en 1805, dans une tournée d’inspection effectuée par Inginac, sur l’ordre de l’empereur, il parait qu’il aurait acquis la preuve manifeste que Thomas Thuat avait fait des actes de contrebande (ce que faisaient bien d’autres étrangers dans les ports, et d’accord avec les fonctionnaires des finances) ; et Inginac l’aurait contraint à une restitution au trésor public de 24 mille piastres, et l’aurait condamné de sa propre autorité, à une amende égale à cette somme[3]. Nous disons de sa propre autorité, parce que nous n’avons trouvé jusqu’ici aucune disposition de loi qui autorisait une aussi énorme amende, et que dans tous les cas, un tribunal seul était habile à prononcer. L’ordonnance du 15 octobre 1804, sur la vente des cargaisons en gros, prévoyait seule une amende de 300 et de 500 gourdes contre les délinquans. Mais si celle de 24 mille gourdes fut réellement imposée à Thomas Thuat, ce fut une injustice commise envers lui ; et le propre d’une injustice est d’en entraîner d’autres, même des crimes.

Thomas Thuat était donc signalé d’avance à une basse cupidité : on le dénonça à l’empereur, aussitôt son arrivée à Jacmel, comme continuant à faire la contrebande. Il ordonna, dit-on, une visite domiciliaire chez cet Anglais par des agents de police : « Dessalines se convainquit de la véracité des rapports qui lui avaient été adressés. » Mais, agissant autrement que le directeur des domaines Inginac : « Il fit assassiner Thomas Thuat… Ses magasins furent séquestrés (confisqués) au profit de l’Etat ; sa caisse pleine d’or et d’argent fut livrée à Dessalines ; les sommes que celui-ci en retira furent employées à créer une maison de commerce éphémère, sous la raison sociale Innocent et Cie[4] »

Voilà la plus forte preuve de la contrebande que faisait l’infortuné Thomas Thuat ; voilà ce qui motiva son lâche assassinat. Et comment qualifier cette appropriation de la fortune de cet Anglais ? Dirons-nous aussi, en terme de commerce, Innocent assassinat, Spoliation et Cie ?

Lorsqu’un chef de gouvernement commet de pareils actes, ne provoque-t-il pas la sainte insurrection du peuple, par le gémissement qu’ils font sortir de tous les cœurs ? N’y a-t-il pas au fond de toutes les sociétés humaines, une morale éternelle qui s’indigne contre de telles atrocités, et qui les soulève pour frapper les chefs qui s’en rendent coupables ?

Après cet Anglais, — les Haïtiens : « L’empereur fit encore vérifier tous les titres de propriété, même ceux des citoyens qui avaient déjà été régulièrement mis en possession de leurs biens. Il quitta Jacmel après avoir excité beaucoup de mécontentement[5]. »

Ce ne fut pas là seulement qu’il excita du mécontentement : sur toute sa route par le Grand-Goave, le Petit-Goave, l’Anse-à-Veau, jusqu’à Jérémie, de Jérémie aux Cayes par Tiburon, ce fut un concert d’improbation, une unanimité de plaintes, à propos de l’incendie ordonné par Dessalines, de tout le bois de campêche coupé et exposé sur le littoral, pour être transporté dans les ports et vendu pour l’exportation. L’arrêté du 22 décembre 1804 avait défendu l’exploitation du campêche, sans doute pour favoriser la production des autres denrées, telles que sucre, café, coton, cacao, etc.[6]La contrainte et la rigueur étant le système général de l’empire, l’empereur devait arriver à cette exécution par le feu qui lui plaisait tant à voir. Un certain empereur romain ne fît-il pas incendier Rome, pour jouir de ce spectacle ? Les hommes de tous les temps et de toutes les races se ressemblent sous tous les rapports.

Toussaint Louverture avait défendu l’exploitation du bois d’acajou, dans l’Est où ce genre de travail était une ancienne industrie pour les habitans, en permettant celle du campêche et autres bois de teinture. Dessalines défendit cette dernière qui n’avait jamais été, effectivement, un produit d’exportation, non-seulement pour faire produire les autres denrées, mais parce que la plus grande partie des propriétés rurales appartenaient aux domaines de l’Etat, et qu’étant affermées aux chefs, les cultivateurs trouvaient dans l’exploitation du campêche, un moyen de se soustraire à leur autorité, quand ils ne faisaient pas eux-mêmes couper ce bois. Or, les cultivateurs étant contraints de rentrer et de travailler sur les anciennes habitations auxquelles ils avaient jadis appartenu, ils contrariaient le système agricole de l’empire sous ces deux rapports. Les particuliers propriétaires, les autorités militaires, mécontens eux-mêmes du gouvernement, n’observaient pas la défense faite à ce sujet par l’arrêté de 1804 ; ils facilitaient les cultivateurs qui, seuls, faisaient la coupe du campêche, parce que, d’un autre côté, ils en avaient besoin pour d’autres travaux.

Néanmoins, c’est une chose curieuse à observer, comment les cultivateurs s’ingéniaient à trouver le moyen d’acquérir leur indépendance personnelle, de l’autorité trop arbitraire de ces temps déjà reculés. Sous Toussaint Louverture, ils imaginèrent de s’associer pour acheter de petites portions de terre, où ils s’établissaient à l’abri des colons et des chefs militaires fermiers des biens séquestrés. Sous Dessalines, ce fut dans la coupe du bois de campêche qu’ils arrivaient en bien des endroits, à se soustraire aux seuls fermiers des biens du domaine, les colons n’existant plus. Il a fallu que Pétion arrivât au gouvernement du pays, pour satisfaire à ce besoin social, à ce légitime désir de l’homme, par la distribution des terres[7].

On rapporte que Dessalines, en faisant brûler les tas de campêche qu’il trouva sur sa route, s’exprima de manière à prouver qu’il voulait pousser la population du Sud à la révolte, pour trouver l’occasion d’y renouveler les horreurs de 1800 et 1801. S’il est vrai que B. Tonnerre, Mentor et B. Déléard contribuèrent, par leurs conseils ou leurs applaudissemens, à cette pensée homicide, même dans l’espoir qu’il perdrait sa tête à ce jeu, ils ont été bien coupables, bien criminels !

Etant à Jérémie, l’empereur chargea le colonel Bazile du commandement provisoire de l’arrondissement, vu la maladie du général Férou ; et la place fut confiée à René, chef de bataillon. Qu’il eût des soupçons contre Férou ou non, la maladie de ce dernier autorisait cette mesure par rapport au service. Bazile, né dans l’Ouest, avait été dans les troupes de Toussaint Louverture et fut nommé commandant du Corail, en 1800. Quoique dévoué à Dessalines, par ces antécédens mêmes, c’était un homme modéré : déjà, à cause de son dévouement, il avait été suspecté de projets inhumains, mais sans fondement ; il s’en était plaint à l’empereur, par une lettre en date du 22 juin 1805[8], où il rendait justice aux sentimens personnels de Férou avec qui il avait fait la guerre de l’indépendance, et où il priait l’empereur de le retirer du Sud. Dès qu’à Jérémie, on vit Dessalines si animé de fureur et placer Bazile au commandement de Férou, on supposa les plus mauvais desseins à cet officier, parce que les préventions populaires, suggérées le plus souvent par l’erreur, ne savent point tenir compte aux gouvernemens qui se croient menacés, des nécessités de leur situation, ni aux hommes dévoués qui servent sous eux, de ce que commandent leurs devoirs. C’est encore pis, quand les gouvernemens donnent de justes sujets de se plaindre d’eux.

Enfin, l’empereur était arrivé aux Cayes, le 1er août, avec les préventions qu’il avait eues contre Geffrard par rapporta Rigaud, dans des dispositions défavorables à la population de cette ville qui regrettait l’illustre général dont les cendres étaient encore chaudes, mais dont la mort prématurée avait fait tant de plaisir au chef de l’Etat. Tandis qu’il ne pensait qu’à une conspiration de la part de Geffrard pour favoriser le retour de Rigaud, le général Moreau, ancien officier aussi sous ce grand révolutionnaire, mais dont les sentimens s’étaient pervertis dès sa chute, en 1800 ; Moreau, pour obtenir le commandement de la 1re division du Sud, vacante comme la 2me division, lui affirma que Geffrard conspirait au moment de sa mort, en faveur du général en chef H. Christophe et d’accord avec lui. Il assura à l’empereur qu’il trouverait la preuve de cette conspiration dans la correspondance et les papiers de Geffrard, que, par ces motifs, il s’était empressé de mettre sous scellé. Nous avons dit qu’en effet, Moreau avait entendu citer le nom de Christophe dans le projet qui s’élaborait aux Cayes ; il était dans le vrai, sans pouvoir particulariser ses preuves. L’examen des papiers de Geffrard devenait donc d’un haut intérêt pour Dessalines, bien que lé général en chef eût été assez habile, dans le conseil secret du 1er janvier, pour détruire en partie ses anciennes préventions contre lui, en entrant dans ses idées de meurtre projeté contre Geffrard et Pétion. Mais un homme comme H. Christophe, qui, dans cette circonstance, avait montré un tact si fin, une politique si profonde, pour mieux conjurer contre la vie de l’empereur, un tel homme n’avait pu faire la sottise de se compromettre par correspondance écrite, littérale.

Sur la déclaration de Moreau, l’empereur chargea À. Dupuy, son aide de camp et secrétaire, de chercher dans ces papiers, surtout la correspondance entre Geffrard et Christophe, et toutes autres pièces qui auraient trait à une conspiration. Dupuy lui donna lecture de toutes les lettres respectives des deux généraux. D’après le registre de correspondance de Geffrard, elles se trouvaient en rapport de dates ; et les unes et les autres ne roulaient que sur des matières du service militaire (la constitution ayant donné le droit au général en chef de correspondre avec les généraux), sur des témoignages d’estime mutuelle[9]. Geffrard lui-même était trop intelligent, trop capable, pour consigner sur un registre ou laisser dans ses papiers, une trace quelconque de son projet. Les annotations de Poutu, qui avaient tant contribué à prévenir l’esprit de Dessalines contre Geffrard et d’autres, n’étaient-elles pas une leçon, un avertissement ?

Deux lettres seulement, de Papalier et de Glézil fils, parurent à Dupuy, dans tous ces papiers, pouvoir être soustraites à la connaissance de l’empereur qu’il voyait si irrité ; et cette conduite dépose encore une fois en faveur des sentimens et de la haute portée d’esprit de Dupuy, qui montra d’ailleurs tant de capacité. Il les remit lui-même à leurs auteurs[10]. Ces deux officiers avaient été envoyés à Jérémie par Geffrard, peu après la déclaration de l’indépendance, en janvier, à propos des intrigues ourdies là par des blancs avant les vengeances : intrigues ou trames rappelées dans la proclamation du 28 avril de cette année ; elles tendaient à porter Dessalines à se méfier de Férou et des hommes de couleur. Papalier et Glézil en avaient rendu compte à Geffrard dans ces lettres. Dans un moment où Dupuy voyait l’empereur disposé à tout accueillir contre les populations du Sud ; différant, par ses sentimens élevés et son dévouement au chef de l’Etat et au pays, de ceux de B. Tonnerre, de Mentor, de B. Déléard, il crut devoir ne pas réveiller dans son esprit ce qui eût pu le porter au mal. Il ne put, enfin, reprendre en sous-œuvre, l’œuvre perfide des colons. Il fit bien.

Nous lisons cependant dans l’Histoire d’Haïti (t. 3, p. 277 et 287), que « Dupuy trouva beaucoup de pièces pouvant compromettre de nombreuses familles, plusieurs lettres de Christophe. Il dit cependant à Dessalines, que la correspondance de Geffrard était toute d’amitié, et sauva ainsi un grand nombre d’individus de tous grades et de toutes conditions… » Enfin, avant de quitter les Cayes avec l’empereur, il aurait chargé Inginac de détruire ces lettres compromettantes dont lui et Diaquoi auraient déjà soustrait plusieurs : ce qu’Inginac aurait fait avant d’expédier à Marchand les papiers de Geffrard, comme il en avait reçu l’ordre de l’empereur[11].

Nous avouons ici ne pas avoir une foi aveugle en Inginac, en fait d’histoire.[12] Nous craignons qu’il ait voulu se faire un mérite en cela, pour racheter ce qui fut de sa part, excès de zèle, dans ce qui nous reste à dire de lui dans ces circonstances.

Quoi qu’il en soit, Dessalines n’ayant pas acquis la preuve de l’existence d’une conspiration entre Geffrard et Christophe, en revint plus fortement aux soupçons d’un prochain retour de Rigaud dans le pays, que Geffrard et toute la population du Sud voulaient favoriser. En proie à cette funeste idée qui le tourmentait, il ne mit aucune borne dans ses procédés vexatoires. À l’Anse-à-Veau, il avait accueilli les officiers de l’état-major de J.-L. François, élevé plusieurs de ses domestiques au rang d’officier : aux Cayes, il repoussa ceux de Geffrard, fit enrôler ses secrétaires comme soldats ; il ordonna la mutation dans les corps de troupes des officiers que Moreau lui désigna comme ayant été dévoués à ce général ; il n’en parlait qu’avec horreur, sans craindre de blesser le sentiment public qui vénérait sa mémoire : il en fit une idole !

En ordonnant la démolition de plusieurs guildives, aux termes du décret du 2 mai, il arriva qu’on en démolit qui existaient depuis dix ans, parce que la passion présidait à l’exécution de cet acte.

Il en fui de même à l’égard d’autres propriétés, pour lesquelles des mises en possession avaient été obtenues des agents du gouvernement ; et, comme il avait chargé Lhérisson, à Jérémie, de faire une nouvelle vérification de celles de la Grande-Anse, voulant en même temps faire vérifier les comptes des fonctionnaires de finances aux Cayes, il manda Inginac à bref délai pour l’en charger. Inginac lui parut propre à ces opérations, non-seulement par sa capacité incontestable, mais par le zèle qu’il avait montré au Port-au-Prince et à Jacmel : dans l’Ouest, il avait fait entrer 562 propriétés aux domaines publics.

En attendant l’arrivée de ce fonctionnaire, l’empereur se livrait à tous les plaisirs avec sa principale maîtresse, Euphémie Daguilh, à la danse dans les bals qu’il donnait. À son exemple, les officiers qui formaient son nombreux état-major, moins quelques-uns des plus respectables, se livraient aussi à tous les divertissemens. Le deuil universel qu’avait fait naître la mort inopinée de Geffrard, soupçonnée d’empoisonnement, en était d’autant plus froissé ; le flot de la haine montait incessamment contre l’empereur, responsable aux yeux de tous, malgré lé caractère sacré et inviolable de sa personne, déclarée telle par la constitution.

Pendant ce temps de plaisirs auxquels ils participaient largement, Boisrond Tonnerre, Mentor et Borno Déléard, tenaient entre eux un conciliabule dont nous donnons les particularités, d’après des notes que nous tenons depuis longtemps, d’un citoyen respectable qui était alors employé près du général Moreau, et à la véracité duquel on peut, selon nous, ajouter toute croyance. Lui-même n’en a eu connaissance qu’après la mort de Dessalines, et a reçu la confidence de ce fait, de Baillio, Franco-Haïtien, qui était imprimeur aux Cayes ; et c’est encore d’après lui que nous avons rapporté ce qui est dit plus avant de ces trois âdjudans-généraux de l’état-major de l’empereur. Nous consignons ici sa propre narration[13].

« Cette première impulsion donnée (celle qui tendait à exciter Dessalines aux voies extrêmes contre le Sud), un des conjurés, durant le séjour de Dessalines aux Cayes, demanda au sieur Baillio, imprimeur alors de cette ville, et obtint de lui un appartement dans la cour de la maison qu’il occupait, pour y donner un repas d’amis, et chargea ledit sieur Baillio, sous le sceau du secret, de faire à cet effet tous les préparatifs nécessaires : en conséquence, l’argent lui fut amplement donné. Au jour et à l’heure indiqués, dans la soirée, Boisrond Tonnerre, Mentor et Borno Déléard se rendirent au lieu du festin, où toutes les précautions furent prises pour que nulle personne (excepté le sieur Baillio) n’y entrât. Après le repas, on passa aux toasts. Le premier fut porté au nouveau Ministre de la guerre, c’est-à-dire à Mentor qui y a répondu ; ensuite au nouveau Ministre secrétaire d’Etat : c’était à Boisrond Tonnerre qui y a répondu aussi ; après, au nouveau Ministre des finances : c’était à Borno Déléard, qui y a également répondu.

« Dès lors, le sieur Baillio comprit qu’indubitablement il dut exister une conjuration contre Dessalines et son gouvernement ; mais au résultat, il ne put savoir quel fut le nouveau chef et le nouveau gouvernement que l’on avait en vue. Sur tout ce qui s’était passé et sur ce qui pourrait avoir lieu parla suite, un secret inviolable, sous peine de mort, fut recommandé au sieur Baillio.

« Dessalines quitta les Cayes et retourna dans l’Ouest. Peu après son départ de cette ville, M. Baillio reçut sous son couvert un écrit en forme de décret, comme ayant été rendu par Dessalines, à Marchand, portant proscription, pour ainsi dire, contre les gens les plus éclairés des classes jaune et noire. Lui, le sieur Baillio, fut chargé de faire une copie imprimée de ce sinistre écrit qui dut être ensuite remise en temps opportun au chef de la conjuration, afin d’exciter plus ardemment les esprits à la révolte : ce qu’il n’exécuta point. »

Voilà certainement des indices frappans d’une conjuration profondément méditée contre les jours de Dessalines. On conçoit et on excuse celle arrêtée entre H. Christophe, Geffrard et Pétion dont la vie était menacée ; mais ce triumvirat de Boisrond Tonnerre, Mentor et Borno Déléard, trois officiers jouissant de la confiance de Dessalines et en profitant pour le précipiter dans l’abîme, à quelle cause l’attribuer ? À la funeste ambition qui les égarait. En faveur de qui conspiraient-ils, puisqu’ils espéraient des positions si élevées dans le nouveau gouvernement ? Recherchons, rapprochons les diverses données de la tradition orale que nous trouvons dans l’Histoire d’Haïti, dont l’auteur a ignoré celle que nous venons de donner : peut-être la lumière jaillira-t-elle.

Parmi une infinité de propos attribués à Mentor, nous remarquons ceux-ci :

« Comme il savait que David-Troy ne pouvait qu’être hostile à l’empereur, il lui dit un jour en le rencontrant dans la rue (en 1805 déjà !) : — Est-ce qu’un ignorant tel que Dessalines est fait pour nous commander ? Des hommes tels que nous devraient être à la tête du gouvernement. J’organise un parti contre l’empereur ; sois des nôtres, tu acquerras une haute position quand j’aurai réussi. Je veux que Dessalines commette tant d’injustices, que le peuple soit obligé de se soulever contre lui[14]… »

« Mentor, qui avait fini par éprouver ce qu’il y avait de chimérique dans ses projets ambitieux (pour occuper une haute position, même celle de Dessalines), [15] s’était rallié au parti du général Christophe en lequel il reconnaissait un grand avenir. Quand il entendait Dessalines se prononcer contre l’éducation du peuple, il disait à l’écart à ceux qui parlaient d’améliorations morales et intellectuelles : Ne voyez-vous pas que Dessalines est un barbare, un tyran abominable ? Il est loin de penser comme le général Christophe, qui, à sa place, eût apprécié vos observations et vous en aurait su gré.[16] »

Si, dès 1805, alors que Christophe méditait déjà le renversement de l’empereur, Mentor parlait ainsi en sa faveur ; si, dans le conciliabule des Cayes, le premier toast lui fut porté comme le futur ministre de la guerre, il est donc à présumer que cet homme astucieux, lié à Boisrond Tonnerre et à Borno Déléard, non moins corrompus par l’ambition ; gagné déjà par Christophe, aura gagné lui-même ses deux collègues — aides de camp au projet du général en chef, par la perspective d’être encore collègues — ministres dans le nouveau gouvernement. Cette présomption expliquerait ce qui se passa chez Baillio. Il reste néanmoins à savoir si Christophe ne se fût pas défait de tous les trois, comme des hommes dangereux pour son pouvoir. Nous disons ainsi, d’après M. Madiou lui-même :

« Il (Mentor) ne craignit pas de s’efforcer d’inciter Dessalines contre Christophe, Geffrard et Pétion. Christophe ne tarda pas à découvrir qu’il ne convoitait pas moins que lui la première dignité de l’Etat… Il le savait capable des projets les plus audacieux… Il continua ses relations avec les généraux Pétion et Geffrard, et leur représenta Mentor comme un agent du parti colonial.[17] »

Si Christophe pensait ainsi de Mentor, dont il n’avait pu ignorer les aveux à Dessalines, relativement à la mission secrète qui le ramena a Haïti, il est probable qu’il se serait toujours défié de lui après s’en être servi pour arriver à son but.


Enfin, Inginac était arrivé aux Cayes. Il reçut de l’empereur une lettre qui lui enjoignait de vérifier les comptes de l’administration financière de cet arrondissement, que dirigeait Quenez ; elle se terminait par cette phrase : « Rappelez-vous que j’espère que ma confiance dans cette occurrence ne sera point trompée. » — Il paraît que verbalement, il lui aura dit encore : — « Si vous trahissez ma confiance, votre tête tombera comme celle d’un canard ; ainsi, prenez garde à vous. » En outre, « Inginac était aussi chargé d’anéantir les donations, testamens, ventes, faits par les blancs en faveur des indigènes.[18] »

C’était, il faut en convenir, lui imposer une rude besogne, sous des menaces terribles, en cas de faiblesse de sa part envers les comptables, et envers les particuliers mis en possession des biens qu’il fallait réunir aux domaines. S’il est vrai, comme il paraît, qu’Inginac trouva toute la comptabilité irrégulièrement tenue ; le trésor vide de fonds, n’ayant que des bons souscrits par des débiteurs qui ne payaient pas ; le magasin des domaines sans denrées, etc., il devait remplir son devoir en signalant ces faits à l’empereur, en faisant payer les débiteurs, en contraignant les fermiers de l’Etat à verser les denrées au magasin. Mais, c’était pour fournir aux dépenses scandaleuses de la maîtresse de l’empereur. Elle dévorait mille gourdes par jour depuis son arrivée aux Cayes : il réduisit ce scandale à huit cents gourdes par mois.[19]

La constitution impériale accordait un traitement fixe à l’impératrice, mais non pas aux concubines de l’empereur. Quand cet état de choses immoral subsistait avant et depuis son arrivée aux Cayes, et qu’on savait qu’il en était de même partout, on conçoit que les comptables se croyaient autorisés eux-mêmes à ne pas montrer de la probité dans la gestion des finances, que c’était un sauvequi peut pour chacun dans sa sphère d’action. Et l’empereur qui se fît donner par Inginac mille doublons, (seize mille piastres)[20] sur la vente opérée de 500 mille livres de café rentrées au magasin de l’Etat, faisait-il bien de s’approprier ainsi les fonds publics, alors qu’il avait de nombreuses habitations à ferme dont il ne payait pas le fermage au domaine, alors que les troupes n’étaient ni soldées, ni habillées ?

Si Inginac dut se montrer sévère envers les comptables publics, envers les fermiers de l’État, il n’y avait pas de motif pour qu’il ne le fût pas aussi envers les commerçans, nationaux et étrangers, dont la rapacité frustrait les droits dus au fisc, en complicité avec les comptables. Boisrond Canal était directeur de la douane ; il fut remplacé comme prévaricateur et complice de la conspiration de Geffrard, dit l’Histoire d’Haïti, étant accusé par son propre frère B. Tonnerre, « parce que Canal avait refusé de faire honneur à plusieurs de ses mandats[21]. » Barreau, négociant haïtien, devait au trésor une somme de près de 4000 gourdes ; l’empereur en fit son affaire afin de l’empocher. Un sieur Hopsengartner en devait 60 mille, un sieur Mackintosch en devait 120 mille, qu’ils furent contraints également de restituer au trésor. Ce dernier avait été signalé à Inginac par l’empereur lui-même, d’après une lettre en date du 8 septembre.

Si ces étrangers devaient réellement, il était juste qu’ils payassent ; mais si Inginac agit envers eux comme a l’égard de Thomas Thuat, en leur imposant une amende arbitraire équivalente aux droits dus par eux, il eut tort, et il devait encourir la responsabilité de son absolutisme aux yeux de la population irritée. Mackintosch surtout, comme Thomas Thuat, en faisant des fraudes et des contrebandes, rendait des services aux personnes malheureuses, même à celles qui ne l’étaient pas, aux fonctionnaires publics : c’était un moyen de corruption pour faire fermer les yeux sur son avidité. Il avait en outre facilité l’évasion de bien des Français pendant les exécutions à mort exercées aux Cayes. Sous ces deux rapports, il devait être mal vu de l’empereur, qui était hostile à la population et qui était loin d’approuver cette évasion : de là peut-être un excès de zèle de la part d’Inginac, qui craignait que sa tête ne tombât comme celle d’un canard. Nous le disons ainsi d’après ce qui suit :

« Les opérations de la vérification générale continuérent toujours avec une rare activité. Dessalines, satisfait d’Inginac, lui annonça qu’il le nommait grand officier de son empire et contrôleur général de toutes les opérations administratives. Il lui recommanda d’agir sans crainte, et lui promit de le soutenir par ses baïonnettes et ses bouches à feu[22]. »

Il faut avouer que ce fonctionnaire se trouvait alors, comme l’on dit vulgairement, « entre l’enclume et le marteau. » Menacé de périr comme un canard, il avait à redouter la hache populaire, et même ces baïonnettes et ces bouches à feu qui se laissent si facilement tourner contre tout gouvernement.

Voila pour la comptabilité, pour les finances. Passons maintenant aux titres de propriété.

Il paraît que depuis l’établissement des tribunaux civils, en 1805, les particuliers porteurs de testamens ou de tous autres actes de donation, recouraient à eux, pour échapper à l’administration et conformément aux anciennes lois en vigueur dans le pays, afin de foire admettre leurs droits par l’homologation ou l’insinuation, autrement dit l’enregistrement. Mais avant leur création, le gouvernement faisait juger ces droits administrativement par son ministre des finances, par ses directeurs des domaines : c’est ce qui résulte de l’arrêté du 7 février 1804, et encore du titre II de la loi sur les enfans nés hors mariage. Par ce dernier acte, c’était au ministre à juger de la validité des droits, en vertu de testamens notariés ou olographes, et l’on a déjà vu combien de vérifications ont eu lieu successivement, des titres de propriété pour lesquels l’administration avait prononcé la mise en possession. L’immixtion, en dernier lieu, des tribunaux civils dans cette matière, constituait un conflit entre l’ordre judiciaire et l’ordre administratif ; il déplut au gouvernement, parce qu’il est probable que des actes irréguliers furent admis par les tribunaux. Cela pouvait d’autant mieux arriver que l’administration elle-même en avait admis, soit par ignorance, soit par corruption des fonctionnaires.

C’est ce qui motiva l’appel d’Inginac aux Cayes. Comme il ne manquait pas de capacité, et qu’il était incorruptible, son zèle dans l’Ouest, joint à un caractère absolu et à des formes quelquefois brutales, dans cette époque de sa jeunesse (il faut le dire pour la vérité historique), l’avait fait distinguer par Dessalines qui avait bien et ce caractère et ces formes aussi. On conçoit alors que, menacé d’abord de la décapitation, puis fait grand de l’empire (d’après ses propres notes historiques), il se crut obligé d’aller à bras raccourci dans l’opération de la vérification des titres de propriété, comme il avait fait dans celle relative aux finances.

Or, si des particuliers avaient profité de faux actes simulés par des colons fuyant la proscription, pour se prétendre propriétaires de biens qui revenaient aux domaines publics, il faut reconnaître aussi qu’après tant de troubles, d’incendies, de révolutions dans le pays, il devait s’en trouver qui étaient démunis de leurs titres, qui n’avaient que des actes d’enquête à exhiber pour prouver leurs droits par une ancienne possession. Dans la formation de ces actes, il a pu se présenter encore de fausses attestations : delà la propension naturelle de l’administration à douter de tous, parce qu’avec son esprit fiscal, commun à toutes les administrations, elle devait vouloir tout retenir pour l’Etat.

C’est toujours une matière délicate que celle concernant la propriété : il suffit souvent d’une seule injustice caractérisée, de la part d’un gouvernement qui agit dans de telles circonstances, pour faire croire aux populations que toues ses décisions sont entachées de partialité. Un gouvernement bienveillant doit se conduire à cet égard avec beaucoup de prudence. Jugez donc lorsqu’il apparaît à chacun, comme animé d’un sentiment hostile contre les personnes, les propriétaires ; lorsqu’il ne met pas dans ses procédés, ces formes qui font souffrir avec résignation une dépossession ; lorsqu’il heurte la conscience publique en faisant parade de ses baïonnettes et de ses bouches à feu, et qu’on lui suppose des desseins, des désirs homicides !

Le 8 septembre, le jour même de son départ des Cayes, Dessalines adressa deux autres lettres a Inginac, — l’une par rapport aux papiers de Gefîrard qu’il devait expédier à Marchand, — l’autre pour lui ordonner de vérifier les titres de propriété. Il lui disait :

« Vous demanderez l’exhibition de tous les titres de propriété relatifs aux maisons, qui ont été déjà remises pendant mon séjour en cette ville, pour confirmer leurs propriétaires en possession d’icelles ; et ceux qui ne l’ont pas été encore doivent être astreints à votre examen, afin de vous assurer des véritables propriétaires qui seront par vous renvoyés également en jouissance de leurs biens, et vous ordonnerez de réunir aux domaines de l’Etat, les propriétés dont les titres des réclamans vous paraîtront illégaux, et ensuite vous m’en aviserez. J’ai ordonné à l’adjudant-général Papalier de vous fournir tous les moyens nécessaires dans vos opérations, tant en baïonnettes qu’en bouches à feu, si le cas le requiert. Je me plais à croire, Monsieur, que vous mettrez toute l’exactitude que je vous connais dans l’exécution du présent ordre. »

L’historien auquel nous empruntons cette lettre, ajoute :

« Inginac exécutera ces deux ordres avec tant de vigueur (peut-être de rigueur aussi), qu’il soulèvera contre lui l’animadversion de toute la population des Cayes.[23] »

Les deux notes que nous possédons sur les événemens survenus alors, s’accordent également à dire, — l’une : « que dans l’examen des titres de propriété, il y eut beaucoup d’injustices ; » — l’autre : « des actes révoltans furent commis contre la possession non-interrompue de propriétés patrimoniales d’un grand nombre d’habitans indigènes de ce département (du Sud), en faisant réunir aux domaines de l’Etat leurs biens, par cela qu’ils ne pouvaient exhiber les titres qui avaient été perdus dans la révolution.[24] »

Si, en partant des Cayes, Dessalines chargea Inginac de confirmer les titres qu’il avait admis lui-même, d’examiner tous autres ; s’il y eut injustice et dépossession, l’empereur d’abord, pour les titres non admis par lui, Inginac ensuite, pour tous autres dans ce cas, en furent les auteurs. C’est ce que nous qualifions excès de zèle de la part de ce dernier.

M. Madiou dit même, t. 3, p. 294 ; « Obligé de sévir contre les contrebandiers, les dilapidateurs, et se montrant beaucoup trop sévère dans l’examen des titres de propriété, il avait soulevé contre loi une animadversion générale… Néanmoins, il procédait toujours sans crainte à la révision des titres de propriété, ratifiait ceux qui étaient en due forme, et anéantissait ceux qu’il trouvait irréguliers, quoiqu’ils eussent été, la plupart, déjà sanctionnés par l’empereur. »

Cependant, dès le 1er septembre, huit jours avant l’ordre donné à Inginac, l’empereur avait reconnu le droit de l’autorité judiciaire, à juger de la validité des titres de propriété, en faisant concourir l’administration dans ces opérations ; c’est ce qui résulte du décret suivant :


Jacques, Empereur Ier d’Haïti, etc.

Considérant que les tribunaux ont, jusqu’à ce jour, homologué indistinctement tous les testamens qui leur ont été présentés ;

Considérant qu’au mépris de l’ordonnance du 7 février 1804 (rendue aux Cayes mêmes), qui fixe l’époque qui annule les ventes, testamens et donations faits par les blancs, les tribunaux n’ont cessé depuis leur installation, d’homologuer et insinuer de tels actes ;

Décrète :

1. À l’avenir, lorsqu’un testament portant donation, aura été présenté, soit à l’homologation, soit à l’insinuation, le tribunal civil, avant de faire droit, donnera connaissance à l’administrateur principal de la division, de la demande en homologation dudit testament, à l’effet de s’assurer si l’Etat nest pas fondé à réclamer contre ladite demande.

2. À l’avenir, aucun notaire ne pourra passer des actes portant vente ou donation, qu’au préalable le vendeur ou le donateur n’ait produit, outre ses titres de propriété, un certificat de l’administrateur principal de la division qui atteste que ledit donateur ou vendeur est légitime propriétaire, et que le bien qu’il veut vendre ou donner n’appartient ni en tout ni en partie au domaine de l’Etat.

3. Dans aucun cas, le tribunal ne pourra homologuer ou insinuer aucun acte portant donation, que le requérant en justice n’ait produit le certificat mentionné en l’article précédent.

4. Les dispositions du présent décret s’étendent même sur les actes passés entre Haïtiens.

5. Les commissaires impériaux près les tribunaux sont chargés, sous leur responsabilité personnelle, de surveiller l’exécution du présent, par les tribunaux.

6. Les administrateurs principaux de division qui, dans le cas de contravention au présent décret, de la part des tribunaux, n’auraient pas réclamé contre, seront poursuivis suivant toute la rigueur des lois.

7. Le présent décret sera lu, etc.


Si ce décret du 1er septembre disposait pour l’avenir ; s’il astreignait les tribunaux, déjà en possession du droit d’homologation et d’insinuation, à communiquer toute demande à cet effet à l’administrateur ; si celui-ci était tenu de veiller aux cas de contravention ; si le commissaire impérial, exerçant le ministère public, était aussi obligé de surveiller l’exécution de ce décret : comment se pouvait-il que, huit jours après, l’empereur donnât à Inginac seul le droit d’examiner les titres des propriétaires, afin de prononcer l’envoi en possession de ceux qu’il jugerait fondés et la réunion aux domaines des autres propriétés ? Ou il fallait retirer aux tribunaux le droit d’homologation et d’insinuation, pour continuer à l’administration l’examen et la décision de ces questions ; ou, en le leur confirmant par ce décret, entouré de toutes ces précautions, il fallait les laisser agir.

Ce fut moins une violence, une inconséquence de l’empereur, qu’une faute qu’on lui fit commettre en cette occasion, et qui devint fatale à son autorité et à sa personne. Car, si dans le cours ordinaire des choses, l’autorité judiciaire est la gardienne naturelle du droit de propriété, — dans les circonstances où se trouvait le pays, on ne pouvait refuser à l’administration, au gouvernement, la faculté, le droit de sauvegarder les intérêts du domaine public. C’était donc plutôt à loi qu’à l’autorité judiciaire, que revenait la mission de juger et de reconnaître les droits des citoyens qui se prétendaient propriétaires des biens qui avaient réellement appartenu aux colons, et qui présentaient des actes translatifs de ces propriétés et plutôt simulés ou extorqués que réels. Tout ce qu’on avait à attendre de lui, c’était qu’il ne mît aucune passion dans l’examen de ces actes, qu’il prescrivît des formalités à observer par les particuliers, dont les titres d’anciennes propriétés avaient pu se perdre dans le cours de la révolution[25].

S’il est vrai comme cela paraît assez constant, que Boisrond Tonnerre, dans ses vues perfides, poussait Dessalines à des actes arbitraires pour le faire haïr, il est à remarquer qu’il fut le rédacteur du décret du 1er septembre, qu’il le contresigna eu l’absence de J. Chanlatte, et que cet acte, suivi de la lettre à Inginac, du 8, contribua beaucoup à ce funeste résultat.

Un autre décret publié le 2 septembre par l’empereur, tend à prouver que, s’il trouva tant d’irrégularités et de fraudes dans l’administration des Cayes, à l’égard de laquelle il était hostile à cause des préventions qu’il avait contre les personnes, son gouvernement en était en quelque sorte responsable, pour n’avoir pas réglé les finances ou leur perception plus convenablement depuis trois ans qu’il régnait ; et cela ne doit pas encore étonner, lorsqu’on se rappelle que personnellement, il n’y entendait lieu, que son ministre des finances était un ignorant, que le chef des bureaux de ce dernier était un homme dont la corruption trouvait son compte à tout laisser dans le vague de l’arbitraire, pour mieux exploiter les agents comptables. Lisons une partie de ce décret pour comprendre cet état de choses.


Jacques, Empereur Ier d’Haïti, etc.

Ouï le rapport de ses ministres des finances et de la marine réunis ;

Considérant qu’il est instant de corriger les abus qui depuis longtemps, se sont glissés dans le service de l’administration de la marine ;

Considérant qu’il est instant de dégager le commerce des entraves qui le paralysent ;

Voulant, en conséquence, fixer définitivement les droits d’importation et d’exportation, et les rétributions que des fonctionnaires avides et infidèles portaient à un taux exagéré ;

Décrète :

1. Les droits d’entrée, de même que ceux de sortie, se percevront sur le pied de dix pour cent.

2. À l’avenir, les directeurs des douanes se conformeront strictement au tarif des prix annexé au présent décret, et ne pourront, dans aucun cas, exiger pour les droits d’importation ou d’exportation, au-delà du prix fixé par le présent décret.

(Viennent ensuite des dispositions corrélatives aux précédentes et aux motifs du décret, les tarifs des rétributions revenant aux fonctionnaires et du prix estimatif de la valeur des marchandises importées et des denrées exportées.)


Ce décret prouve dans quelle confusion se trouvait l’administration des finances, surtout dans la partie la plus essentielle aux intérêts du trésor public. Jusqu’alors on n’avait pas fixé le taux des droits à l’importation et à l’exportation ! Et sur quoi donc se basaient les directeurs de douanes et les administrateurs dont ils relevaient ? Il y a apparence qu’ils agissaient d’une manière aux Cayes, d’une autre manière dans chacun des autres ports ouverts au commerce étranger ; et alors, comment reconnaître leurs fraudes ?

L’article 8 de ce décret contient une disposition qu’il faut produire.

« Défend également Sa Majesté à ses ministres des finances et de la marine, d’établir et de faire percevoir par les administrateurs de leurs départemens respectifs, d’autres droits que ceux avoués par le présent décret, sous peine de punition. »

il paraît donc qu’auparavant, Vernet et Gérin ordonnaient sur ces matières ce qu’ils jugeaient convenable, et selon les lieux. Conçoit-on alors le beau jeu qu’avait Vastey dans ce dédale administratif ?


Enfin, le 8 septembre, Dessalines quitta la ville des Cayes, en chargeant le général Moreau du commandement provisoire de la 1re division du Sud, objet de tous les désirs de cet officier. Il donna le commandement de l’arrondissement à l’adjudant-général Papalier, et maintint le colonel Beauregard à celui de la place.

Au moment de son départ, il recommanda à ces trois officiers, sous la menace des peines les plus sévères, de visiter eux-mêmes à tour de rôle, tous les bâtimens qui arriveraient aux Cayes, afin de s’assurer si André Rigaud s’y trouvait ; que ce cas échéant, ils lui feraient trancher la tête à bord du navire qui l’aurait ramené.

Il aurait suffi de cet ordre, qui ne reposait que sur des préventions suggérées, pour exaspérer la population des Cayes, si d’ailleurs l’intention de Dessalines de la pousser à un mouvement insurrectionnel ne perçait pas dans ses procédés et ses paroles.

Il passa au Petit-Goave où le colonel Lamarre alla lui présenter ses hommages. « Lamarre, mon fils, lui dit-il, tiens prête la 24e demi-brigade ; car avant longtemps j’aurai besoin de toi et de ce corps pour descendre dans le Sud. Après ce que je viens d’y faire, si les citoyens ne se soulèvent pas contre moi, cest qu’ils ne sont pas hommes. »

Ces paroles n’étaient pas seulement imprudentes ; elles prouvaient la perversité des sentimens, les vues sanguinaires de Dessalines : il se complaisait dans l’attente d’un événement qui lui eût permis de punir le Sud, de l’opposition qu’il y avait trouvée à ses ordres par rapport au bois de campêche et aux guildives, des regrets que les citoyens de ce département avaient manifestés à la mort de Geffrard. Mais il méconnaissait l’influence qu’exercent sur le cœur et l’esprit des hommes, une tombe qui a reçu les restes d’un chef vénéré, et leurs intérêts légitimes froissés et violés.

À son arrivée au Port-au-Prince, il récompensa Germain Frère de toutes ses délations, de tout le despotisme qu’il mettait dans l’exercice de son autorité, en l’élevant au grade de général de brigade. Il lui ordonna de placer dans la 12e demi-brigade, son ancien corps, la plupart des jeunes gens de cette ville, sans doute en prévision de la campagne méditée contre le Sud. Malgré les précédentes vérifications des titres de propriété, par Inginac surtout, il en ordonna une nouvelle qui fut faite par lui-même[26].

Rendu à Marchand, Dessalines y fit fusiller, dès son arrivée, un nommé Dalégrand. Il allait contraindre un officier de garde à son palais, de passer aux verges sa propre mère, quand le colonel Charlolin Marcadieu réussit à l’en dissuader. « Les mots de sang et de massacre sortaient souvent de sa bouche ; il paraissait se défier d’un grand nombre de ses anciens amis ; Mentor presque seul possédait toujours toute sa confiance[27]. »

À cette époque, les Français ou leurs auxiliaires dans l’Est vinrent s’emparer du bourg d’Ouanaminthe ; mais le général Capois les en chassa aussitôt. En avisant Dessalines de ce fait, Christophe lui dénonça Capois comme négligeant son service militaire pour ne s’occuper que d’intrigues. L’empereur chargea, dit-on, le général en chef de surveiller ses moindres démarches ; mais ce dernier se prévalut de cet ordre pour le faire assassiner peu après.

On était alors aux premiers jours d’octobre. Tandis qu’aux Cayes et dans tout cet arrondissement, les populations étaient soulevées contre Dessalines, qui ignorait encore ce mouvement, à Marchand, il contraignait Poutu à vider un duel à mort avec Laurore Gabart, officier de la 4e demi-brigade. Poutu avait reçu une insulte grave de son adversaire. Dessalines décida qu’ils se battraient au pistolet jusqu’à ce que l’un des deux fût atteint mortellement : il assista à ce duel. Au douzième coup, le malheureux Poutu fut tué, aux grands applaudissemensde l’empereur qui se réjouissait de la mort de l’ancien secrétaire de Rigaud, sans se douter que sept jours après, il tomberait lui-même, frappé par les balles des troupes du Sud. Ce duel eut lieu le 10 octobre[28].

La nomenclature des actes impériaux mentionne, à la même date du 10 octobre, une « adresse de l’empereur au conseil supérieur, suivie du jugement dudit conseil, » sans dire l’objet de cette adresse ni de ce jugement. De plus, on ne sait comment était formé ce conseil ni quelles étaient ses attributions. Il y a donc tout lieu de présumer que ce fut un conseil ad hoc, composé d’officiers et de fonctionnaires supérieurs, pour examiner quelque grande question d’administration publique, et qui émit à cette occasion son opinion qualifiée de jugement.

Nous faisons cette conjecture d’après un document qui nous est tombé sous les yeux. Dans l’Enquête ordonnée par le parlement britannique, en 1832, pour parvenir à l’abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises, parmi le grand nombre de personnes entendues en vertu de cet acte, M. Robert Sutherland, fils de Robert Sutherland, négociant anglais qui habita le Port-au-Prince durant longues années, et qui y mourut en 1819, produisit une lettre de son père qui appuie notre conjecture. Nous allons le laisser parler lui-même à cet égard ; on lui posa la question suivante :

« Demande. — Savez-vous quel était l’état de la colonie (Haïti), en 1804, à l’époque ou elle devint libre ?

« Réponse. — Je possède un document fort curieux à ce sujet ; c’est une lettre de la main de mon père ; elle ne porte pas de date, mais comme il avait été autorisé, le 10 octobre 1806, à commercer par privilège exclusif avec Haïti, elle doit avoir été écrite vers cette èpoque. »

Précédemment, M. R. Sutherland avait dit au comité parlementaire, que : « son père était négociant et agent anglais à Haïti, parce qu’à cette époque il n’y avait pas d’agent accrédité, et qu’il en remplissait les fonctions. »

Ce dernier termina sa lettre par ces mots :

« Ce que je sais de l’attachement de Dessalines pour l’Angleterre ; d’un autre côté, sa politique, sa prudence et son intérêt personnel, m’autorisent à dire que l’on peut faire avec lui un traité qui assurera à la Grande-Bretagne la plus forte partie du commerce lucratif de cette île, et sera pour elle une source importante de richesse nationale, en ce que tous les produits précieux de Saint-Domingue lui seront remis en échange de ceux de ses manufactures. »

On peut donc conclure de cette lettre, que l’acte du 10 octobre, ou adresse, est celui qui, examiné par un conseil privé, accorda à Robert Sutherland le privilège personnel exclusif dont parle son fils : acte qui ne put avoir son effet, par la mort de Dessalines survenue sept jours après. On voit aussi que cette lettre était adressée, probablement au gouvernement britannique, puisque R. Sutherland en était un agent, quoique non accrédité, et qu’il provoquait un traité de ce gouvernement avec celui de Dessalines, par lequel ce privilège, ou monopole, eût été étendu à tous les commerçans anglais.

Dans sa lettre, il disait encore que les produits d’Haïti, en 1806, ne s’élevaient qu’à 15 millions de livres de café, 10 millions de livres de coton, et 4 millions de livres de cacao, sans compter d’autres articles de moindre valeur qu’il serait difficile de détailler.

D’un autre côté, M. Madiou porte l’exportation du café à 30,870,111 livres, non compris la quantité qui passait en contrebande et qui était, dit-il, presque égale[29].

Il y a lieu de croire, en effet, quant au café, que R. Sutherland accusait un chiffre trop inférieur ; et nous regrettons de ne pouvoir déterminer au juste quelles étaient les productions d’Haïti à cette époque, à quel taux s’élevaient les recettes et les dépenses de l’empire.

  1. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 272.
  2. J’ai entendu Boyer raconter la mort de Pujol : il croyait avoir su quels étaient ses assassins, mais il ne les nomma pas. M. Madiou s’est trompé en disant que Pujol avait été contraint de s’établir à Marchand.
  3. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 254, sans doute sur des notes d’Inginac qui en a fourni beaucoup à l’auteur.
  4. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 275. L’auteur ajoute que c’est sur une note fournie par Inginac. Innocent était le nom d’un fils naturel de Dessalines.
  5. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 275.
  6. Si l’on admet que le gouvernement avait le droit de contraindre à produire le sucre, le café, le coton, etc., plutôt que le campêche, il faudra aussi lui reconnaître le droit de contraindre le commerce étranger à former ses cargaisons d’exportation avec une égale quantité de ces trois espèces de denrées. Le producteur doit-il avoir moins de liberté que le commerçant ? Il faut éclairer les hommes sur ce qu’il est de leur intérêt de produire, et non les contraindre a préférer telle ou telle production.
  7. Dans le volume suivant, on verra la divergence de ses vues à ce sujet, avec celles du Sénat qui se cramponnait au vieux passé colonial.
  8. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 252.
  9. Notes de Glézil fils sur l’insurrection et la révolution de 1806.
  10. Déclaration particulière de Glézil fils.
  11. Assertion produite d’après des notes d’Inginac, et ses Mémoires de 1843.
  12. Mes suspicions contre ce citoyen de haute capacité, en fait d’histoire, ont eu pour origine ce que je vais dire : Un jour, je reprochais l’inconvenance de l’antidate des actes relatifs à l’élévation de Dessalines à la dignité impériale. Le général Inginac, avec qui je causais de cela, voulut me persuader qu’il n’y avait pas eu d’antidaté, que les généraux s’éiaient réellement assemblés au Port-au-Prince le 25 janvier 1804, ainsi du reste. Je demeurai convaincu qu’il ne fallait pas toujours ajouter foi à ce qu’il disait, quand il parlait de faits historiques ; et je crois n’être pas le seul qui pense ainsi.
  13. André Pilié, ancien administrateur à Jacmel, secrétaire d’Etat au moment du renversement de Boyer. En 1814, Baillio, qui avait pris parti avec les indépendans de la Côte-Ferme, vint à Jacmel où il raconta de nouveau ces faits à Pilié.
  14. T. 3, p. 237.
  15. Ibid., p. 213.
  16. Ibid., p. 256.
  17. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 213. Ceci se passait avant que Mentor se fût rallié à son parti.
  18. Ibid., p. 280 et 281.
  19. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 285. — « Dans chaque grande ville, les maîtresses de l’empereur coûtaient presque autant à l’Etat. »
  20. Ibid., ibid.
  21. Ibid., p. 281. — Si ce fait est vrai, il prouve la profonde immoralité de Boistond Tonnerre, conspirateur lui-même.
  22. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 285.
  23. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 286.
  24. Notes de Glézil fils et d’A. Pilié.
  25. C’est ce que fit le Sénat de la République d’Haïti, peu de mois après la mort de Dessalines, par les lois des 9 fevrier et 16 mars 1807. Il maintint les dispositions de l’art. 19 de l’arrêté du 7 fevrier 1804, pour toute la durée de la guerre civile existante alors et une année après sa fin, en ne reconnaissant qu’au gouvernement seul le droit de statuer sur ces sortes de réclamations ; car, de même, que Dessalines, le Sénat devait sauvegarder les intérêts du domaine public contre l’avidité des particuliers. Les citoyens durent subir cette nécessité du temps, entourée d’ailleurs des formes douces qu’un gouvernement doit mettre dans de tels cas.
  26. Lettre de G. Roux à Inginac, du 26 septembre, citée dans l’Hist. d’Haïti, t. 3, p. 290.
  27. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 292 et 293.
  28. M. Madiou s’est trompé en portant ce duel au commencement de 1806 (p. 266). J’ai eu occasion de voir une lettre écrite par Poutu à J.-P. Boyer, en date du 9 octobre, à 10 heures du soir. Il lui disait que le lendemain matin il devait vider un duel avec un ivrogne ; el dans le pressentiment de sa mort, il recommandait sa femme el son enfant à Boyer, en le chargeant de transmettre de sa part la même recommandation à Papalier qui, en ce moment-là, était dans l’insurrection des Cayes.
  29. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 182.