Étude sur la côte et les dunes du Médoc/I/3

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III. FORMATION DES DUNES ET DES ÉTANGS LITTORAUX.

Dunes


On appelle dunes des collines de sables que les vents accumulent et poussent devant eux. Les dunes sont essentiellement mobiles. Il y a les dunes continentales, comme au Sahara, et les dunes maritimes. C’est à cette dernière catégorie qu’appartiennent les dunes de France, dont les plus importantes et de beaucoup, sont celles des côtes de Gascogne. Parmi ces dernières sont les dunes du Médoc, dont nous avons uniquement à nous occuper.

Dans toute la région gasconne, on donne le nom de lèdes ou lettes aux vallons ou plaines basses, plus ou moins étendus, qui séparent les dunes entre elles. Sur plusieurs points, les lèdes ne sont que la continuation de la lande dont le sol est recouvert d’une faible couche de sable; telles sont la lède du Mourey, la lède de la Canillouse, celle du Gurp et celle de Lilhan, etc.… Ce sont des lèdes extérieures au massif des dunes ; la caractéristique des lèdes intérieures est d’être situées au-dessus du sol primitif.

On appelle piquey, ou terrier, ou poujeau les dunes coniques isolées, situées généralement un peu en dehors du massif des dunes, précisément dans ces lèdes extérieures. Un truc est un sommet de dune ou une petite éminence quelconque faisant saillie sur le terrain.

Le sable, seul élément constitutif des dunes, provient de la désagrégation et du broyage par les vagues des débris minéraux que charrient les courants marins. Ceux-ci trient ces débris et les déposent en divers points suivant leur intensité propre et suivant la densité de ces matériaux, abandonnant d’abord les galets et graviers, puis, en dernier lieu, les sables et les vases. « C’est, dit Brémontier, un des moyens que la nature, toujours sûre de parvenir à ses lins, emploie pour détruire et peut-être pour régénérer toute la surface du globe. »

Le sable des dunes de Gascogne est presque purement quartzeux.

« Le sable siliceux est nécessaire à la formation des grandes dunes, parce qu’il est le seul qui se dessèche immédiatement aux premiers rayons du soleil et qu’il est plus rebelle que tout autre à la végétation. » (de Lapparent).

Ce sable n’est cependant pas aussi sec qu’on se l’imagine communément. Il renferme une humidité constante encore plus grande au sommet qu’à la base des dunes. Cette humidité maintient une certaine adhérence entre les grains de sable, et c’est ce qui permet à la dune de progresser sans être dispersée et éparpillée. Les grains sont très ténus. Leur diamètre est en moyenne de 7 dixièmes de millimètre.

Formation des dunes. — Plusieurs conditions sont nécessaires à la formation des dunes. Il faut : que les courants marins charrient du sable à la côte ; que la mer, en se retirant à marée basse, laisse à découvert une étendue de plage assez grande pour que le sable y sèche ; qu’enfin les vents du large soufflent plus souvent que ceux de terre pour pousser le sable du rivage vers l’intérieur du pays. Enfin, il n’est pas indifférent que la côte reste fixe ou se déplace, soit aux dépens des eaux, soit à leur avantage, par suite d’érosion ou d’affaissement. Les empiétements de la mer surtout favorisent les apports sableux.

Ces conditions ne se trouvent que trop bien réalisées sur le littoral gascon, où les apports de sable par la mer ont été et sont encore considérables, où, avec une amplitude océanique de 5m, la distance horizontale entre le niveau de la haute mer et celui de la basse mer varie de 100 à 250m, où les vents d’ouest sont de beaucoup les vents dominants, où enfin l’érosion marine et l’affaissement reportent constamment la ligne des rivages vers l’est.

« Lorsque la côte de la mer est basse et le fond sablonneux, dit Cuvier (Discours sur les révolutions du globe), les vagues poussent ce sable vers le bord ; à chaque reflux, il s’en dessèche un peu et le vent qui souffle presque toujours de la mer en jette sur la plage. Ainsi se forment les dunes, ces monticules sablonneux, qui, si l’industrie de l’homme ne parvient pas à les fixer par des végétaux convenables, marchent lentement, mais invariablement vers l’intérieur des terres, et y couvrent les champs et les habitations, parce que le même vent qui élève les sables du rivage sur la dune jette celui-ci du sommet de la dune à son revers opposé à la mer. »

Le mode de formation des dunes s’explique donc aisément La mer amasse du sable sur la plage, en se retirant elle le laisse à découvert, ce sable s’assèche sous l’influence du soleil et des vents, devient meuble. Le vent du large le pousse et le rejette sur la rive au delà de la ligne des hautes marées. Là, il l’amoncelle, entasse grain sur grain, chacun de ceux-ci n’étant pas assez léger pour voler comme la poussière. Généralement du reste, des obstacles naturels viennent aider cette accumulation. Une touffe d'herbe, un caillou même suffit à retenir un peu de sable et à former un faible amas, un petit truc, suivant l’expression consacrée. Ce truc grandit, exhaussé par les sables qu’apporte encore le vent. La dune se forme. Elle a une pente douce du côté de la mer, car de ce côté vient le sable qui tend à remplir toute cavité, à s’arrêter contre tout obstacle et dont les grains glissent les uns sur les autres, les derniers poussés par-dessus les premiers. Cette pente varie de 7 à 20 degrés, soit de 20 % à 33 %. Du côté opposé, la masse prend un talus à terre coulante, soit, en moyenne, 30 degrés ou 60 %. En effet, à mesure que les nouveaux sables atteignent le sommet de la dune et le dépassent, ils entrent dans une zone abritée du vent, où ils n’obéissent plus qu’à la pesanteur qui leur fait prendre leur inclinaison naturelle d’éboulement.

Ainsi se constitue, parallèle à la côte, une première série de dunes d’un profil d’ailleurs très irrégulier. Mais forcément, ces dunes ne sont pas fixes. Le vent en fait ébouler la crête, il apporte aussi de nouveaux matériaux qu’il jette par-dessus ceux déjà entassés. Il grossit donc le versant est, et fait progresser de ce côté le talus à terre croulante. La dune s’éloigne donc du rivage en totalité, ou du moins pour la plus grande partie, et s’avance vers les terres en roulant sur elle-même. Car, le vent poussant les grains de sable les uns par-dessus les autres, ceux qui avaient été projetés d’abord le plus loin se retrouvent en arrière et à découvert après avoir été surmontés et dépassés par ceux chassés après eux. Ils sont alors repris par les vents, rejetés par-dessus les autres et ainsi de suite. Sur la place laissée par cette première série de dunes, au bord de la côte, et avec un intervalle plus ou moins grand qui est la lette, se forme, de la même manière, une autre série qui progresse vers les terres à la suite de la précédente et qui est à son tour suivie par une nouvelle. Il s’établit de la sorte plusieurs chaînes de dunes parallèles entre elles et au rivage. Au delà de ce système, en pleine lande, les ouragans, soulevant de grandes masses de sable, forment quelquefois des monticules isolés dits piqueys ou terriers, projetés çà et là comme des avant-coureurs du fléau. Telles sont, en Médoc, les dunes isolées de l’Hôpital de Grayan, de Vensac, et celles qui sont espacées depuis la Perge jusqu’à St-Isidore (Ricarde, Hon, Viney, etc.). Cependant pour ces piqueys du Médoc nous croyons devoir attribuer leur formation plutôt aux circonstances suivantes qu’aux ouragans. Ils se trouvent tous à l’est de lèdes vastes, mais couvertes d’une faible épaisseur de sable. Le vent a soulevé ce sable que les apports de la mer, peu abondants sur cette partie de la côte, ne suffisaient pas à renouveler. Il l’a accumulé contre quelques obstacles naturels du terrain et a formé ces petites dunes isolées dont le faible volume représente seulement les matériaux enlevés à la surface des lèdes sans adjonction d’apports marins.

Dans leur marche sous l’action des vents, les grains de sable ne font guère que rouler sur la surface du sol. Ordinairement, ils ne s’élèvent pas à plus de 0m50 de hauteur, mais par les grandes tempêtes, il en vole jusqu’à 2m. Leur vitesse, souvent très grande et qui varie suivant leur poids et l’intensité du veut, diminue rapidement. Le vent ne les emporte pas à plus de 200 mètres de la plage.

On peut se rendre compte de ces phénomènes aujourd’hui encore dans quelques dunes non fixées de Soulac et de Grayan et, plus au sud, sur la dune littorale des forêts domaniales. Si l’on s’y trouve un jour de grand vent, on voit les dunes blanches enveloppées d’une couche brumeuse et mouvante de poussière ; sur les crêtes, on est fouetté par ce sable volant dont les grains piquent vivement le visage et les mains comme des milliers d’épingles et pénètrent dans les yeux, les oreilles et jusqu’entre les lèvres fermées.

Le principal effort des courants atmosphériques se dépensant sur le littoral et leur intensité diminuant à mesure qu’ils s’avancent dans les terres, il en résulte que les petits graviers, les sables grossiers, bref, les matériaux les plus lourds, se déposent les premiers près de la rive, tandis que les sables fins seront poussés plus loin du côté des terres.


Mouvements des dunes. — « Le vent est l’unique moteur des sables » (de Vasselot). Ce moteur agissant avec des intensités variées et dans divers sens, car il ne souffle pas constamment du même point de l’horizon, produit naturellement des irrégularités dans la composition, la forme et la marche des dunes.

Généralement, les sommets tendent à s’accroître et les dépressions à s’approfondir.

Généralement aussi, les dunes prennent la forme d’un croissant dont la concavité regarde les terres, le côté opposé au vent. Ce fait peut s’observer aujourd’hui à chaque pas dans les dunes fixées, celles-ci ayant conservé la forme qu’elles avaient lors de leur boisement ou gazonnement. Il s’explique, parce qu’un courant atmosphérique donnant contre un monticule perd de sa force au sommet et augmente plutôt d’intensité sur les côtés où, par conséquent, il entraîne plus de sable (de Vasselot) ; parce qu’aussi et surtout les grains de sable, ayant moins de hauteur à franchir sur les bords de la dune qu’en son milieu, cheminent plus vite sur ces bords (de Lapparent).

Le mouvement le plus important des dunes est leur déplacement dans le sens du vent. Nous avons expliqué le mécanisme de cette progression. Il est à remarquer que cet avancement continuel tend à combler l’intervalle qui sépare deux séries de collines, souvent d’ailleurs pour en creuser un pareil sur un autre point. « De cette manière, dit M. de Lapparent, d’une part les rides cheminent devant elles, et d’autre part, leur élévation devient de plus en plus grande, à mesure qu’on marche dans le sens du vent. Elles constituent comme autant de vagues dont les crêtes viennent affleurer un même plan. La pente de ce plan est la direction moyenne, inclinée sur l’horizon, que le vent, d’abord horizontal, est forcé de prendre, tant par l’obstacle que les dunes lui opposent que par la composante verticale des remous qui se produisent entre deux ondulations consécutives. »

Par l’effet de ce mouvement, les dunes succèdent aux lèdes et les lèdes aux dunes ; un même point du sous-sol supporte, suivant les temps, une épaisseur variable du sable ; et comme, en définitive, la dune roule sur elle-même, chaque grain de sable est tour à tour à son sommet et à sa base.

On a souvent et avec justesse comparé la dune à la vague. Nous avons vu tout à l’heure que leur formation est semblable et leur profil pareil. Cette similitude se retrouve encore dans leur mode de progression, et nous pouvons dire avec M. Thoulet (Le bassin d’Arcachon) : « On observe une fois encore combien la nature est simple dans ses manifestations, demeure fidèle aux lois qui la régissent et les répète. Le glacier est un fleuve lent, la dune est une vague lente, l’air forme des vagues plus rapides que celles de la mer et, à mesure que la rapidité de ces vagues augmente, elles s’appellent son, chaleur, lumière, rayons actiniques. »

À la fin du xviiie siècle, d’après des observations suivies pendant huit ans par Brémontier, les dunes de la Teste avançaient de 20 à 25 mètres par an dans l’intérieur des terres, et, d’après les calculs du célèbre ingénieur, Bordeaux eût été ensevelie en 2 000 ans. On lit dans un mémoire intitulé : Projets d’amélioration pour une partie du Ve arrondissement de Bordeaux, présenté au conseil du dit arrondissement, le 26 messidor de l’an VIII par le citoyen Fleury fils aîné de la Teste, l’un de ses membres : « Elles (les dunes) envahissent chaque année, sur toute leur longueur, plus de 10 toises de toutes sortes de propriétés. » Or 10 toises valent à peu près 20 mètres.

Bien que l’avancement annuel des dunes du Médoc n’ait pas été mesuré spécialement à cette même époque, il est permis de penser qu’il devait être aussi de 20 mètres environ. Ces mesures concordent d’ailleurs avec les documents historiques. L’église de Lège, rebâtie en 1480 à quatre kilomètres de sa position primitive, dut être reportée encore en 1650 à trois kilomètres plus loin dans les terres. La fameuse basilique de Soulac, qui date du xiie siècle, fut complètement ensevelie en 1744, après des vicissitudes diverses. Il y eut à son sujet ce fait curieux, conséquence des lois exposées tout à l’heure sur le cheminement des dunes, à savoir que la dune après l’avoir couverte entièrement, découvrit ensuite, au commencement du xixe siècle, le faîte de l’édifice. Le vent avait poussé au delà la colline sableuse qui laissa alors émerger de son flanc occidental le clocher et les combles de l’église jadis perdue.

Il faut se garder de croire, nous l’avons dit, que la vitesse de progression des dunes ait été constante. Elle a varié sûrement aux diverses époques de l’histoire, elle variait même d’une année à l’autre, et évidemment dans une même année, suivant la violence des vents et la fréquence des tempêtes. Brémontier cite des dunes ayant, par de fortes tempêtes, avancé de deux pieds en 3 heures, de trois pieds en 6 jours. Tous ceux qui connaissent les dunes ont pu et peuvent voit encore de pareils phénomènes. D’autre part on a constaté de longs moments d’accalmie dans l’invasion des sables, La preuve en est sur la côte de Soulac, où jadis les apports sableux furent considérables, puis cessèrent, puis paraissent devoir reprendre.

Vers 1872, dans les Landes, la progression des dunes était de 4m30 en moyenne par an, et la quantité de sable transporté de 75mc par mètre courant de dune littorale. M. Raulin, observant que toutes les dunes d’un même rivage ne marchent pas à la fois, estime que l’avancement des dunes de la Guienne n’a dû être que de 1 à 2 mètres par an dans l’ensemble.

Toutes choses égales d’ailleurs, la vitesse de progression des dunes est en raison inverse de leur volume (Brémontier).

Les sables cheminent d’autant plus vite qu’ils sont plus rapprochés de la côte, car la force du vent est d’autant plus grande qu’elle s’est moins dépensée et a rencontré moins de résistances. Conséquemment les lèdes, qui séparent les chaînes de dunes entre elles, diminuent et tendent à disparaitre à mesure qu’on s’éloigne de l’océan. Chaque série de collines tend à rejoindre celle qui la précède à l’est. Encore un fait qu’il est facile de vérifier en parcourant les dunes.

Effets de l’invasion des sables. — Quels étaient les effets de l’invasion des sables ? Un ensevelissement, un ensevelissement lent et particulièrement effrayant par son inéluctabilité et son silence, mais qui ne devait jamais surprendre ni les hommes ni les animaux et auquel les populations pouvaient soustraire leurs biens meubles, leurs effets et la majeure partie de leurs récoltes. Seulement, c’était une réduction constante de la propriété, une disparition du sol productif, une diminution continuelle du capital foncier. Cependant Thore rapporte qu’un berger qui s’endormit abrité au pied d’une dune pendant une violente tempête y périt enseveli par le sable pendant son sommeil.

L’ensablement se fait « sans rien détruire et, pour ainsi dire, sans rien offenser, » selon la juste expression de Brégontier. Tout s’ensevelit et disparaît si tranquillement, que les végétaux périssent lentement par asphyxie sans changer de position et que le sommet des arbres est encore verdoyant au moment de disparaître. Des faits semblables se peuvent constater actuellement à Soulac dans une petite pineraie envahie par les sables qui ont obstrué la rue de l’Amélie.

Une fois dans le sable, les tissus végétaux se décomposent, mais pas très vile. Les minéraux, les édifices restent intacts, témoin la vieille église de Soulac, déblayée après plus de 150 ans d’ensevelissement et demeurée solide, contrairement à l’opinion de bien des contemporains de son exhumation.

La dépopulation était aussi un corollaire forcé de l’invasion des dunes. Enfin, comme nous allons le voir tout à l’heure, l’existence des marais et étangs littoraux est une autre de leurs conséquences.

Origine, date et causes de formation des dunes. — De quelle époque datent les dunes ? Il est nécessaire d’abord de faire une distinction. Il y a eu, en Médoc et sur tout le littoral aquitanique, deux catégories, deux époques de dunes: l’une récente, moderne, la seule généralement connue, dont les sables ont été fixés grâce à Brémontier et qui fait le sujet de ce travail ; l’autre très ancienne, préhistorique même, dont il faut dire ici quelques

Si l’on examine sur les profils donnés plus haut la constitution géologique de la côte, on voit au-dessus des argiles et alios qui datent de la fin de la période pliocène ou du commencement de l’époque quaternaire, une assise de sable de dune surmontée à son tour d’un banc d'alios sur lequel repose le sable de la dune moderne. Il est certain d’après cela, qu’il y a eu autrefois des dunes dont l’accumulation s’est arrêtée. Pendant cette période de repos, la végétation s’est installée sur ces dunes et il s’est formé une couche d’alios. Puis les dunes récentes se sont constituées et ont tout recouvert.

Ces anciennes dunes, bien moins étendues et bien moins élevées que les dunes modernes, ont dû ne pas occuper toute la longueur du littoral. Noms avons dit qu’autrefois la côte médocaine était très découpée et sinueuse ; il en était ainsi à l’époque des dunes préhistoriques en question. Ces sables ont dû s’amonceler d’abord sur les promontoires, sur les lignes de côtes saillantes où les courants charriant le sable rencontraient la première résistance. Pourquoi ces dunes se sont-elles arrêtées ? Comment se sont-elles fixées ? Il est difficile de le dire aujourd’hui. On doit cependant présumer qu’un changement dans la disposition et l’intensité des courants marins et des vents a provoqué une période de repos pendant laquelle la végétation spontanée s’est installée sur les sables et qui a permis la formation de la couche d’alios qui sépare les deux catégories de dépôts sableux. Il paraîtrait aussi que les Boïens auraient reboisé certaines dunes et que les forêts ainsi créées auraient été ensuite vers l’an 407 détruites par les Vandales, sauf deux petits lambeaux qui sont les vieilles forêts de la Teste.

M. de Lapparent dit au sujet des dunes de Gascogne : « Sans doute, au début de la période actuelle, il y a eu une ère des dunes, pendant laquelle les sables se sont accumulés sur le littoral. Mais bientôt la végétation naturelle a pris possession de ce territoire et la conquête eût sans doute été définitive, si l’homme dans son imprévoyance n’était pas venu détruire l’abri qui le protégeait. »

Avant lui Élie de Beaumont avait écrit : « L’aspect général du phénomène conduirait à penser que toutes les dunes d’un grand nombre de localités remontent à peu près à une même époque. Cette époque ne serait autre chose que le commencement de la période actuelle, qu’on pourrait appeler l’ère des dunes. À partir du moment où les dunes actuelles ont pris naissance, les choses se sont passées sur la surface du globe comme elles se passent aujourd’hui; auparavant la marche des choses était différente. » Et l’illustre géologue semble admettre que depuis le début de l’époque quaternaire, les dunes se forment sans interruption. Mais c’est là une erreur.

On ne peut pas douter, du reste, de l’existence des dunes anciennes, puisque la vieille forêt de la Teste, celle de la montagne de Lacanau, les bois du Mont de Carcans, du Grand et du Petit Mont d'Hourtin se trouvent plantés sur des éminences sablonneuses ayant tous les caractères des dunes. Ces bois et forêts renferment des pins et des chênes très gros et très vieux et sont les restes des forêts préxistantes aux dunes modernes, restes échappés à l’ensevelissement accompli par ces dernières.

Le mémoire de M. Fleury, précédemment cité, porte à ce sujet : « Le terrain sur lequel elles sont (les forêts de la Teste, de Lacanau et de Biscarosse) est parfaitement le même que celui des dunes et d’après cette égalité entre la nature des fonds, il ne peut rester aucun doute que ceux-là furent autrefois comme sont aujourd’hui les dunes qui les envahissent. Par la même conséquence, il devient évident que cette chaîne de dunes a été dans quelques parties encore plus avancée qu’elles ne sont aujourd’hui sur le plat pays et que les dunes qui existent maintenant se sont formées depuis la fixation des premières. »

Revenons maintenant aux dunes modernes et voyons à quelle époque elles ont dû commencer.

Nous avons dit dans le chapitre premier que ces dunes ont pris naissance, comme les phénomènes d’érosion et d’affaissement, dans les cataclysmes de l’an 580.

D’abord, il y a présomption pour qu’il en soit ainsi. Les dunes maritimes sont, en somme, un appareil littoral, dans la formation duquel la mer a une part d’action plus grande que le vent. L’océan est le générateur, le vent est le moteur. Ces accumulations de sable et les phénomènes de variations des rivages sont connexes. Celles-là ne se forment guère que sur des côtes affectées par ceux-ci. Les dunes des Pays-Bas en sont un exemple et, en France, toutes nos dunes, dans le Pas-de-Calais, en Bretagne, en Vendée et Saintonge, en Gascogne, et sur les côtes de la Méditerranée, se trouvent sur des rivages en mouvement.

Citons encore à ce propos l’éminent auteur du Traité de Géologie : « La liaison de l’œuvre des dunes, dit-il, avec celle de la mer est trop évidente pour que ces deux ordres de choses ne soient pas confondus dans une même étude. Ce n’est plus comme un produit des vents, mais bien à litre d’appareil littoral que les collines de sable mouvant contribuent sous cette forme à l’accroissement des continents. » On conçoit très bien du reste que le même courant marin qui corrode ou accroît un rivage y rejette aussi le sable qu’il charriait. Il est donc logique d’assigner aux dunes du Médoc la même date d’origine qu’aux perturbations des côtes de ce pays, c’est-à-dire la fin du vie siècle.

Les écrits de nos ancêtres et les documents historiques confirment cette opinion.

Avant le vie siècle, il n’est pas question des dunes. Les géographes et naturalistes latins qui nous ont laissé des descriptions assez détaillées de l’Aquitaine sont muets sur les sables mouvants, et certainement le phénomène des dunes est trop remarquable et a trop de conséquences pour qu’ils ne l’eussent pas mentionné, s’il avait existé à leur époque. Ausone, qui vivait au ive siècle (309-394), semble indiquer au contraire la stabilité des rives sablonneuses du Médoc de son temps, quand il écrit à Théon, habitant des environs de Soulac :

« Quid geris, extremis positus telluris in oris »
» Cultor arenarum vates ? cui littus arandum »
» Oceani finem juxta, solemque cadentem. »

Le même poète, s’adressant toujours à Théon, parie aussi du négoce considérable que son ami fait sur les côtes du Bas-Médoc.

Ammien Marcellin, contemporain d’Ausone (320-390), représente les côtes médocaines comme très accessibles et calmes de son temps, ce qui permettait au commerce de s’y faire en grand. « Aquitani, écrit-il, ad quorum littora ut proxima placidaque merces adventitiæ convehuntur, moribus ad molitiem lapsis in ditione venere Romanorum. »

Ces cultures, ce commerce n’auraient pu se faire, toute cette richesse et la mollesse des mœurs qui en était la conséquence n’auraient pu se produire, si les sables mouvants eussent alors existé.

Baurein prétend même qu’au ixe siècle les côtes du pays de Born n’étaient pas encore couvertes par les dunes, car les Normands y firent, à cette époque, une incursion et rapportèrent un riche butin ; s’il y avait eu des dunes, le pays ne pouvant plus faire de commerce, n’aurait pas été riche et les barbares n’y auraient pas abordé.

M. Delfortrie exagère, à notre avis, en ne faisant dater les dunes que du xvie siècle. C’est évidemment trop retardé. La vérité est qu’à cette époque seulement le phénomène commença à prendre de grandes proportions et à frapper les populations. On ne peut prendre pour un repère précis le depuis quelque temps de Montaigne.

Quant à Brémontier, qui fait remonter l’apparition des dunes juste au déluge, à la suite de calculs basés sur leur volume total et leur avancement annuel, sa conjecture, comme il dit d’ailleurs, se réfute d’elle-même.

Beaucoup d’auteurs semblent attribuer la formation des dunes modernes exclusivement aux défrichements, aux abus d’exploitation et de pâturage, aux incendies, et autres excès commis par l’homme dans les forêts qui s’étaient installées sur les anciennes dunes, excès qui rendirent leur mobilité à ces sables précédemment fixés (de Lapparent, J. Thoulet, etc.).

C’est ce qu’expose M. Élisée Reclus en ces termes :

« Il n’est pas douteux qu’avant le moyen-âge toutes les dunes du littoral étaient couvertes de bois. Dans les landes comme en Es- pagne le nom de Mont ou Montagne s’applique à la fois aux collines de sable et aux arbres qu’elles portent, on peut en conclure que toutes les hauteurs devenues mobiles plus tard, étaient jadis uniformément boisées et par conséquent non moins stables que les falaises des Pyrénées qui les continuent au sud. D’ailleurs, il reste encore sur les dunes quelques débris des anciennes forêts : non loin de Cazau, au sud du Bassin d’Arcachon, le voyageur peut s’égarer dans une solitude où se dressent des pins gigantesques, sans rivaux en France, et des chênes de plus de 10 mètres de tour,

» Mais presque tous ces bois, où de vieux titres nous montrent les seigneurs chassant le cerf, le sanglier, le chevreuil, furent abattus par les riverains imprévoyants ou brûlés par les pâtres ; les animaux lâchés dans les dunes, en broutèrent les herbes, en piétinèrent le sol ; les sables, redevenus libres, furent de nouveau soumis à l’action des vents d’ouest, qui sont les vents dominants de la côte. À chaque tempête, les crêtes des monticules au-dessus desquels la poussière tourbillonnait comme une brume, s’avançaient incessamment vers l'est ; les talus de sable croulant gagnaient les plaines de l’intérieur, et, dans leur marche, recouvraient landes et marais, villages et cultures. » (Nelle géographie universelle, La France. Chap. II.)

Il est certain que de nombreux abus de jouissance du fait de l’homme rendirent leur instabilité aux anciennes dunes déjà boisées, et que les invasions barbares, notamment, ravagèrent beaucoup de forêts.

L’ingénieur baron de Villers dit dans son Prospectus du projet général d'un port au bassin d’Arcachon (1779) : « On sait qu’il y avoit dans ces temps reculés une bien plus grande partie des dunes couvertes de bois que divers incendies ont détruites et qui n’ont pas été replantées…

» Le captal de Buch avoit déjà concédé des dunes et en avoit ensemencées lui-même en chênes et pinadas, son entreprise réussit supérieurement, déjà les arbres alloient produire, les sables commençoient à se fixer, mais des habitants mal intentionnés les incendièrent. Vraisemblablement la privation de pâturage dans les lieux semés à laquelle on les tenoit assujettis porta à cet excès ceux qui se trouvoient exclus de ce droit. »

L’inventaire de la terre de Lesparre en 1585 porte : « En front desquels lieux (le Verdon) est le pâturage des Cabans appartenant auxdits Seigneur et Dame, qui s’afferme à six vingt livres.

» Ils sont beaucoup gagnés par les sables de la mer. D’ailleurs comme étant un abord propre à toute heure et toute saison, abry et havre pour les navires, lointain et distant de six lieues du chasteau et ville de Lesparre, lesdits Saintongeois étrangers et malgré lesdits habitants de Soulac ont dégradé et dégarni de bois ledit lieu qui avoit été autrefois comme l’on dit, une belle fourest. »

Mais contrairement à l’opinion précitée, ces déboisements inconsidérés n’ont pas été la seule cause de formation des dunes. Ils n’en ont même été qu’une cause secondaire, une réunion d’accidents favorisant et accélérant le phénomène. La raison primordiale et principale de ce dernier réside dans l’apport des courants marins. Nous l’avons déjà dit d’une façon générale en traitant de la formation des dunes.

Au surplus il suffit de parcourir la côte, d’examiner les profils donnés ci-joint pour constater que la mer a autrefois, comme de nos jours, vomi sur sa rive d’énormes quantités de sable qui, poussées par le vent d’ouest, ont marché sur le pays et se sont ajoutées, sur plusieurs points, aux collines de sable rendues mouvantes par les déboisements. Cela est manifeste.

L’inventaire cité tout à l’heure le démontre jusqu’à l’évidence. Ne dit-il pas au xvie siècle : « les sables de la mer » pour désigner les dunes envahissantes !

Si l’apport des courants marins avait été nul ou négligeable, l’énorme volume des dunes modernes n’aurait jamais pu être fourni par les seules dunes anciennes. Celles-ci se seraient éparpillées, épuisées, sous l’action des vents et dans les divers accidents du terrain avant d’avoir pu constituer les montagnes que nous voyons aujourd’hui ; elles n’auraient pas suffi non plus, ou plutôt il leur aurait été impossible de former tous les étangs et marais littoraux qui existent et d’obstruer les boucauts ou canaux naturels qui reliaient autrefois ces Étangs à la mer. Il a fallu tous les sables apportés par les courants marins pour effectuer ce travail considérable que nous allons étudier.

Enfin, d’où viennent ces sables vomis par la mer ? Où est la source de ces incessantes alluvions ? Les uns y voient avec Brémontier des débris arrachés par l’érosion marine aux côtes rocheuses de France et d’Espagne. Cela semble logique.

Pour d’autres, dont MM. Delfortrie, Élisée Reclus, la cause de ces apports continuels est dans l’affaissement des côtes gasconnes. Le sable est enlevé au terrain pliocène immergé qui se retrouve au large à plus de 10 kilomètres de Capbreton, 20 kilomètres du Cap Ferret, 120 kilomètres de la Pointe de Grave. Le fait de retrouver sur les plages des galets et des blocs, évidemment arrachés aux assises d’alios ou de tourbe lignitiforme que recouvre le sable des plages et des dunes, vient à l’appui de cette thèse.

Cependant nous hésitons à admettre ce pliocène immergé comme la source unique des sables de nos côtes ; car ce sable paraît trop pur et trop fin pour ne pas avoir été longtemps charrié par les courants marins et ne pas venir de fort loin ; de plus parmi les galets que les vagues amassent par endroits sur les plages, comme à Montalivet, il en est beaucoup qui semblent absolument étrangers aux roches sédimentaires

du plateau gascon.

Étangs et marais littoraux


Les marais et étangs, qui forment une zone ininterrompue depuis Vensac jusqu’à Arcachon au pied et à l’est des dunes, sont une conséquence de ces dernières. Ils proviennent des eaux du pays amassées à la base des dunes et aussi, sur plusieurs points, de la fermeture par les sables d’anciennes échancrures de la côte, golfes ou estuaires.

En effet, l’ensemble de la moitié occidentale du Médoc s’incline vers l’ouest en pente très douce, il est vrai, pour arriver par-dessous les dunes au niveau de la mer. Il est facile de s’en convaincre en observant que l’altitude du terrain varie de 5 à 10 mètres du nord au sud dans la partie est des communes de Vensac, Vendays et Naujac, alors qu’au bord de l’océan, dans ces mêmes communes, le sol affleure à peu près au niveau de la mer, au pied de la dune littorale (V. le profil pris entre Hourtin et Pauillac, que donne M. Chambrelent dans son ouvrage : Les Landes de Gascogne). On conçoit dès lors, comment les eaux de toute cette partie du Médoc, qui, avant les dunes, se déversaient à la mer par divers cours d’eau (rivières, crastes, esteys, charrins) aujourd’hui obstrués et comblés par les sables, comment ces eaux ont été arrêtées par ces mêmes dunes et se sont accumulées contre ce gigantesque et infranchissable barrage en nappes de profondeur variable selon le relief du terrain.

De plus, la côte était autrefois sinueuse et découpée, elle présentait des parties rentrantes plus ou moins profondes, estuaires ou petits golfes, qui sont devenus les étangs d’aujourd’hui, par une transformation dont voici l’exposé.

Lorsque les cataclysmes du vie siècle eurent détruit l’ancien équilibre de la côte, les courants marins, qui du nord au sud charriaient les sables en même temps qu’ils corrodaient les pointes et les promontoires, déposaient leurs matériaux en arrivant dans les eaux calmes des golfes, obéissant en cela à la loi générale des sédimentations. Ces dépôts continuels ont rapproché peu à peu l’une de l’autre les deux pointes qui marquaient l’entrée du golfe ; ils exhaussaient aussi par places le fond de celui-ci. Généralement la pointe nord était prolongée vers le sud pendant que les courants faisaient reculer la pointe sud, mais la corrosion au sud étant plus lente que l’atterrissement au nord, la jonction finissait par se faire (cela se passe actuellement à Arcachon).

Au bout d’un certain temps, un cordon littoral a été constitué, réduisant le golfe à une lagune et ne le laissant plus communiquer avec la mer que par un exutoire ou chenal (appela boucaut en Gascogne) qui a fini par se comblera son tour. Sur le cordon littoral, les dunes ont pris naissance et elles l’ont augmenté en largeur comme en hauteur. Une fois le boucaut fermé, la lagune d’eau salée, lagune morte, ainsi formée, a reçu et dû conserver toutes les eaux douces qui lui arrivaient des terres environnantes. Il en est résulté une élévation considérable du niveau des eaux, par suite une augmentation énorme de la superficie submergée en même temps qu’une dilution progressive, puis une disparition complète du sel marin contenu dans les eaux primitives.

« Tels sont, dit M. de Lapparent, les nombreux étangs qui accompagnent la chaîne des dunes landaises et dont un seul, celui d’Arcachon, a gardé une communication directe avec la mer. Tous les autres en partie comblés, soit par le sable même des dunes, soit par » l’apport des cours d’eau de l’intérieur, ont perdu leur salure primitive, entraînée par voie d’infiltration sans jamais pouvoir se renouveler et sont aujourd’hui à uu niveau supérieur à celui de l’Océan. »

« La tradition est même, écrivait l’ingénieur de Villers dans son 3e mémoire (1779), que cet étang (Cazaux) étoit un port et tout indique qu’il en étoit de même de tous les autres étangs qui se trouvoient situés le long des dunes au nord et au sud du bassin d’Arcachon. Il est très vraisemblable que les sables ont bouché les entrées de ces havres, qui sont devenus par la succession des temps les étangs considérables que l’on y trouve aujourd’hui et que ces sables les ont en partie comblés et exhaussés tels qu’ils sont maintenant. »

À propos de Cazaux, rapportons ce fait probant qu’en forant un puits à la maison forestière de la Salie à l’ouest de l’étang de Cazaux et à 750m de la mer on a rencontré à 15 mètres de profondeur une couche de limon fluvial, lit de l’ancien boucaut, que les sables ont recouvert.

On lit dans le mémoire de M. Fleury de la Teste, auquel nous avons déjà fait des emprunts : « Il exista autrefois des bassins tels, par exemple, que celui d’Arcachon, quoique peut-être moins étendus. Quelques-uns avaient des issues assez considérables pour la petite navigation. On en cite un dans la partie du nord qu’on désigne sous le nom de port d’Anchise. Dans la partie du sud on en cite un autre vis à vis l’étang de Cazaux, dans lequel on distingue, en effet, un chenal très profond qui aboutit au pied des dunes qui le bordent. Enfin on en cite un troisième à Mimizan… Ces issues s’étant fermées successivement par les progrès des sables, il resta une grande quantité d’eau sans écoulement. Les eaux courantes ayant continué à s’y verser, il en est résulté ces lacs, ou étangs… »

Si les étangs du sud de la côte (Aureilhan, S’-Julien, Léon, Sous- tons) ont conservé aujourd’hui encore leur communication avec la mer, alors que les étangs du nord (Hourtin, Lacanau, Cazaux, Parentis) l’ont perdue, c’est d’abord que les courants marins qui charriaient le sable et qui ont obstrué tous ces petits golfes ou estuaires allaient généralement du nord au sud ; les golfes du nord recevaient leur premier choc et absorbaient la majeure partie des sables charriés. Ils ont donc dû se fermer plus tôt que ceux du sud qui ne recevaient que des courants appauvris en force et en matériaux. Une autre raison est que la côte sous-marine au sud est en pente plus rapide et forme une terrasse plus étroite qu’au nord, de sorte que les apports sableux y sont moindres. Il y a lieu de croire que ces étangs d’Aureilhan, St-Julien, etc.… auront leur boucaut obstrué à leur tour, à moins d’un changement dans le régime de la côte.

Cette résultante générale nord-sud des grands courants côtiers (qu’il ne faut pas confondre avec d’autres petits courants touchant même le rivage et se dirigeant en sens inverse) subsiste encore de nos jours. C’est à elle qu’est dû l’allongement très rapide de la pointe du Ferret, à l’entrée du bassin d’Arcachon, gigantesque réservoir que ses dimensions mettent en dehors des conditions des étangs voisins, mais dans lequel on constate cependant les progrès de cette obstruction dont nous donnions la théorie tout à l’heure. Le cap Ferret a son extrémité actuelle à quatre kilomètres au sud de la portion qui lui était donnée en 1658 par M. de Karney. D’autre part, la rive opposée du Moulleau est fortement rongée.

Remarquons que toutes les embouchures des boucauts, des étangs et des cours d’eau du littoral de Gascogne ont subi ou subissent plus ou moins ce déplacement du nord au sud. Il est donc logique d’affirmer que le boucaut de l’étang d’Hourtin a obéi à une translation semblable et que lorsqu’il s’est définitivement obstrué, son embouchure maritime se trouvait notablement au sud de l’emplacement qu’elle occupait antérieurement et qui correspondait à l’entrée de l’ancien golfe de Louvergne.

En comparant la carte de Belleyme (1786) à l’état actuel, on constate que depuis une centaine d’années, la rive est de l’étang d’Hourtin aurait reculé de 470 mètres vers Hourtin, la rive ouest aurait avancé de 440 mètres dans le même sens et que la côte aurait reculé de 700 mètres devant la mer. Ces déplacements résultent des progrès de la mer et du mouvement des dunes.