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Évangile d’une grand’mère/128

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 334-336).

CXXVIII

LE VOLEUR DISMAS CONVERTI.



Au milieu des blasphèmes, des injures, du tumulte et des cris, la voix du Fils de Dieu se fit entendre :

« Mon Père, s’écria Jésus, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »

Madeleine. Mais c’était la faute de ces méchants Juifs s’ils ne le savaient pas, car Notre-Seigneur avait dit et fait tout ce qu’il fallait pour les éclairer.

Grand’mère. Oui certainement, chère enfant, mais notre bon Sauveur veut encore tenter un dernier effort pour toucher leurs cœurs, pour les ramener à Dieu et pour leur obtenir les grâces et le pardon de son Père. Il fait pour eux ce qu’il fait pour nous, et nous faisons pour lui ce que font ces Juifs que nous traitons de barbares et de scélérats.

Madeleine. Oh ! Grand’mère, aucun chrétien ne torturerait le pauvre Jésus, comme l’ont fait ces misérables Juifs !

Grand’mère. Chère petite, chaque fois que nous péchons, c’est un soufflet, une injure que nous prodiguons à Notre-Seigneur ; chacun de nos péchés a été racheté par les coups, les blessures, les tortures, le sang répandu, le crucifiement et la mort de Notre-Seigneur ; ainsi chaque fois que nous péchons, nous sommes les complices de sa Passion.

Madeleine. Mais c’est affreux à penser, Grand’mère ! Nous sommes donc des monstres comme les Juifs.

Grand’mère. Nous sommes des monstres comme eux, si nous péchons mortellement ; mais nous ne sommes que de faibles et pauvres créatures, si nous péchons par entraînement, sans réflexion, sans volonté d’offenser notre bon Sauveur et avec le grand regret de l’avoir offensé. Plus ou moins, cependant, nous participons tous à sa Passion et chacun de nous y a ajouté son offense, son soufflet, son crachat. Nous avons donc bien raison de pleurer sur les souffrances que nous avons causées à Notre-Seigneur et sur nos péchés qu’il a voulu expier par sa Passion et par sa mort.

À cette douce et adorable parole :

« Mon Père pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font, » le cœur de Dismas, ce voleur crucifié à la droite de Jésus, fut touché d’un sincère et subit repentir. À tant d’amour, de miséricorde, il reconnut son Dieu ; et tournant vers Jésus ses yeux baignés de larmes : « Seigneur, lui dit-il, avec une humble confiance, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre Royaume ! »

Et Jésus lui répondit :

« Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis. »

Jacques. Le voleur a dû être bien content !

Grand’mère. Oui, il a été heureux de cette promesse qui nous montre qu’il n’est jamais trop tard pour se repentir et que les plus grands scélérats peuvent être pardonnés, si leur repentir est proportionné à leurs crimes et si leur foi est grande et leur amour ardent.

Henri. C’est très-commode cela, Grand’mère ! On peut être toute sa vie un méchant homme ; pourvu qu’on se repente au dernier moment, on est sauvé.

Grand’mère. Non, ce n’est pas comme tu le dis. D’abord il n’y a aucun agrément à être méchant, avare, égoïste, gourmand, paresseux, menteur, colère, etc., parce qu’on est méprisé, détesté de tout le monde, et tourmenté par la crainte de l’enfer. Ensuite, parce que les gens qui vivent ainsi, offensant Dieu, et voulant l’offenser, finissent par perdre toute foi, tout sentiment religieux, ne se repentent guère à la fin de leur vie, et ne croient jamais être assez près de la mort pour se repentir. Enfin, parce qu’il arrive souvent qu’on meurt subitement sans avoir le temps de se repentir et de demander pardon au bon Dieu ; de plus, le repentir forcé de la fin est bien douteux ; il ne faut pas s’y fier et le confondre avec le vrai et profond repentir du bon Larron.