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Évangile d’une grand’mère/26

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 73-76).

XXVI

LE PARALYTIQUE.



Nous allons reprendre l’histoire de Jésus.

Quelques jours après, il monta dans une barque, il retraversa le lac de Génézareth et revint à Capharnaüm, qu’il avait choisi pour sa demeure. Dès que le peuple eut appris dans quelle maison il demeurait, il y vint en foule, et il y venait tant de monde pour l’écouter parler, que l’intérieur de la maison et le devant de la porte ne pouvaient les contenir tous. Il y avait parmi tous ces gens plusieurs Pharisiens et Docteurs de la loi qui étaient venus de tous les villages de Galilée, de Judée et même de Jérusalem, pour écouter ce que disait Jésus, pour tâcher de le prendre en faute et porter plainte contre lui.

Jacques. Mais de quoi pouvaient se plaindre ces méchants, puisque Jésus ne faisait et ne disait que de bonnes choses, et à qui voulaient-ils se plaindre, puisque Jésus ne faisait de tort à personne ?

Grand’mère. C’est précisément ce qui les faisait tant enrager ; c’est que Jésus leur reprochait leur hypocrisie, leur dureté, leur orgueil, leur avarice, et que lui-même faisait et disait tout parfaitement et qu’ils étaient de plus en plus jaloux de sa sagesse, de sa science, de sa bonté et de sa puissance. Ils auraient voulu se plaindre au gouverneur romain, en lui faisant croire que Jésus excitait le peuple à la révolte ; mais ils ne trouvaient rien à redire, et ils étaient d’autant plus furieux.

Un jour que Jésus parlait au peuple, il vint des gens qui portaient un lit sur lequel était couché un pauvre paralytique ; ils cherchaient à entrer dans la maison où parlait Jésus, mais trouvant impossible de pénétrer au travers de la foule, ils grimpèrent sur le toit de la maison, en démolirent, c’est-à-dire en défirent une partie, descendirent par cette ouverture le paralytique avec son lit et le placèrent devant Jésus.

Louis. Comment les a-t-on laissés casser tout un toit sans les chasser ?

Grand’mère. Dans ce pays-là, les maisons n’avaient qu’un étage, les toits étaient presque plats et faits avec de très-grandes tuiles qu’on posait les unes près des autres, de manière qu’il était facile de découvrir une partie de la maison sans rien casser ; il n’y avait qu’à enlever les tuiles et les mettre en tas dans un coin.

Jésus, voyant leur foi, dit au malade :

« Mon fils, tes péchés te sont remis. »

Alors les Pharisiens et les Docteurs de la loi dirent en eux-mêmes :

« Quel est cet homme qui blasphème de la sorte ? Quel autre que Dieu peut remettre les péchés ? »

Mais Jésus, sachant ce qu’ils pensaient, leur adressa la parole et dit :

« Quelles sont ces pensées que vous avez dans le cœur ? Lequel est le plus facile, de dire : Vos péchés vous sont remis, ou de dire : Levez-vous et marchez ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés :

« Lève-toi, dit-il au paralytique, je te le commande ; emporte ton lit et va dans ta maison. »

Au même instant, le paralytique se leva en leur présence, emporta le grabat sur lequel il avait été couché, et s’en alla dans sa maison en rendant grâce à Dieu.

Tout le monde fut frappé d’étonnement et glorifiait Dieu ; et tous s’écriaient : « Nous avons vu aujourd’hui des choses merveilleuses ! »

Jeanne. Grand’mère, vous dites que les Pharisiens accusaient Jésus d’avoir blasphémé : qu’est-ce que c’est, blasphémer ?

Grand’mère. Blasphémer, c’est dire des choses irrespectueuses ou injurieuses pour le bon Dieu et pour les choses saintes.

Jacques. Mais Jésus n’avait rien dit d’injurieux pour le bon Dieu.

Grand’mère. Non, certainement ; mais en faisant ce grand miracle, il avait aussi pardonné au paralytique ses péchés, ce que Dieu seul a le pouvoir de faire, comme le disaient très-justement les Pharisiens ; et c’est comme s’il leur avait dit : « Je suis Dieu, c’est pour cela que je pardonne les péchés et que je guéris les paralytiques. » Et les Pharisiens ne pouvaient souffrir que Jésus fût reconnu comme Dieu et qu’il le prouvât par ses miracles. Ils étaient de ceux qui attendaient un Messie-Roi, puissant et glorieux, qui soumettrait toute la terre aux Juifs.