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Évangile d’une grand’mère/28

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 79-83).

XXVIII

LE MALADE DE LA PISCINE DE SILOÉ.



Quelque temps après, Jésus vint à Jérusalem pour une fête. Il y a à Jérusalem une piscine…

Armand. Qu’est-ce que c’est qu’une piscine ?

Grand’mère. Une piscine est une espèce de bassin ou de réservoir plein d’eau. Cette piscine dont je vous parle s’appelait la piscine des Brebis.

Marie-Thérèse. Pourquoi cela ?

Grand’mère. Parce qu’on y lavait les entrailles des brebis après qu’on les avait tuées pour le sacrifice. On nommait aussi cette piscine piscine de Bethsaïda ; et enfin on l’appelait piscine de Siloé, parce que c’était la fontaine ou la source de Siloé qui donnait de l’eau à la piscine de Bethsaïda près de la porte des Brebis, une des portes de Jérusalem.

Il y avait, près de la piscine de Bethsaïda, un grand bâtiment, avec cinq portiques, ou colonnades à arcades, qui s’appelaient Bethsaïda, ce qui veut dire maison de grâce, de bienfaisance.

Là se tenaient une foule de malades et d’infirmes, qui venaient puiser de l’eau pour se guérir ; mais il fallait prendre cette eau au moment où elle bouillonnait, ce qui arrivait quand un Ange envoyé de Dieu venait l’agiter. Beaucoup de malades se trouvaient guéris en se plongeant dans la piscine au moment où l’eau bouillonnait.

Il y avait là un malade, paralysé de tous les membres depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant étendu par terre et sachant qu’il était malade depuis si longtemps, lui dit :

« Veux-tu être guéri ? »

Le malade lui répondit :

« Seigneur, je n’ai personne qui m’aide à descendre dans la piscine pendant que l’eau bouillonne ; d’autres y descendent avant que je puisse y arriver. »

Jésus lui dit :

« Lève-toi, emporte ton lit et marche. »

Aussitôt cet homme fut guéri, et prenant son lit, il marchait. Or c’était un jour de sabbat. Les Juifs lui disaient :

« C’est aujourd’hui le jour du sabbat ; il ne vous est pas permis d’emporter votre lit. »

Jacques. Qu’ils sont bêtes ces Juifs ! Pourquoi ne voulaient-ils pas laisser ce pauvre homme emporter son lit ?

Grand’mère. Parce que d’après la loi juive, il n’était pas permis de porter des fardeaux le jour du sabbat.

Le paralytique répondit :

« Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton lit et marche ? »

les Juifs lui demandèrent :

« Quel est cet homme qui vous a dit : Prends ton lit et marche ? »

Mais celui qui avait été guéri ne savait qui c’était, parce que Jésus s’était de suite éloigné de la foule. Peu de temps après, Jésus le trouva dans le Temple et lui dit :

« Te voilà guéri : ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de plus triste encore. »

Cet homme alla trouver les Juifs et leur dit :

« Celui qui m’a guéri, c’est Jésus. »

Les Juifs, au lieu de reconnaître par tous ces miracles que Jésus était Dieu, le Messie promis et attendu pour sauver les hommes, le persécutèrent de plus en plus parce qu’il guérissait le jour du sabbat ; et ils cherchaient à le faire mourir, parce qu’il se faisait l’égal de Dieu, se disant Dieu et Fils de Dieu. Et Jésus leur dit :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que fait le Père, le Fils le fait aussi, parce que le Père aime le Fils et lui communique toute la puissance qu’il a lui-même. Car, ainsi que le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, de même le Fils donne la vie à qui il lui plaît. Le Père ne juge personne, mais il donne au Fils tout pouvoir de juger, afin que les hommes honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé.

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle. »

Élisabeth. Comme c’est beau ces paroles de Notre-Seigneur ! Et pourtant je ne comprends pas tout.

Grand’mère. Personne ne les comprend parfaitement, parce que ce sont des paroles divines qui expriment des choses que nous ne pouvons comprendre, de même que le mystère de l’Incarnation. Mais ce que nous pouvons tous comprendre, c’est que Notre-Seigneur déclarait devant tous, qu’il fallait croire en lui comme Dieu, croire qu’il était égal au Père Céleste, et qu’on ne connaissait pas le vrai Dieu quand on ne croyait pas en Notre-Seigneur.

Jésus continua à leur dire de très-belles choses, pour qu’ils crussent en lui, qu’ils fussent bien convaincus qu’il était réellement Dieu fait homme ; et il leur dit qu’il ne parlait pas ainsi pour sa propre gloire, mais pour la gloire de Dieu son Père, et pour le bonheur et le salut de tous les hommes. Mais les Juifs étaient comme sourds et aveugles ; ils ne voulaient ni comprendre ses paroles, ni voir ses miracles, et ils continuèrent à chercher les occasions de le prendre en faute, pour le faire mourir.

Jacques. Je déteste ces Juifs ! Ils sont méchants pour ce bon Jésus !

Grand’mère. On les verra bien plus méchants encore quand ils feront souffrir et si cruellement mourir le bon Jésus leur Dieu, leur Sauveur.

Valentine. Jamais les Français ne seraient si méchants.

Grand’mère. Il y en a des millions qui sont tout aussi méchants et qui font tout comme les Juifs. Ils ne persécutent pas Jésus homme, parce qu’ils ne le peuvent pas, qu’ils ne le voient pas, mais ils insultent Dieu homme, par leurs paroles, par leurs actions ; ils le crucifient par leur désir, par leur volonté ; ils le font souffrir par leurs méchantes et vilaines actions ; ils outragent et persécutent ses disciples les Prêtres ; ses amis, les bons chrétiens ; et son vicaire, le Pape, celui qui le remplace dans ce monde.

Henriette. Comment ! Grand’mère, des Français font tout cela ?

Grand’mère. Hélas ! oui, mon enfant. Et nous-mêmes, quand nous ne remplissons pas notre devoir, nous insultons notre bon Jésus, nous nous joignons aux Juifs qui l’outrageaient.

Petit-Louis. Oh ! mon Dieu, mon Dieu ! Que je suis fâché d’avoir été méchant ce matin ! Et puis hier aussi ! Je tâcherai de ne plus l’être jamais.

Tous les enfants. Et moi aussi, jamais je ne serai méchant !

Grand’mère. C’est très-bien, mes chers enfants ; tâchons de ne pas faire comme les Juifs, et soyons toujours pleins de tendresse et de reconnaissance envers le bon Jésus, notre Dieu. Je vais vous laisser sur cette bonne résolution et nous reprendrons demain la vie de Notre-Seigneur.