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Évangile d’une grand’mère/69

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 189-192).

LXIX

DISPUTE ENTRE LES APÔTRES.
JÉSUS DÉFEND DE SCANDALISER LES PETITS ENFANTS.



Lorsqu’ils furent entrés dans la maison, Notre-Seigneur demanda aux Apôtres et aux disciples :

« De quoi vous entreteniez-vous pendant le chemin ? »

Ils ne lui répondirent pas, parce qu’ils s’étaient disputés pendant la route, pour savoir quel était le premier, le plus grand d’entre eux. Alors Jésus s’assit, appela les douze Apôtres et leur dit :

« Celui qui veut être le premier doit être le dernier et le serviteur de tous. »

Louis. Comment cela ? Pourquoi le dernier ?

Grand’mère. Le dernier veut dire ici le plus humble ; le bon Dieu aime les humbles ; il déteste les orgueilleux ; et plus on se croit pécheur, sans vertus et sans mérite, plus on est en état de recevoir les grâces du bon Dieu, plus on est près de devenir Saint, et plus on est glorifié dans le Ciel.

Notre-Seigneur prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et après l’avoir embrassé, il dit :

« En vérité, je vous le dis, si vous ne changez et si vous ne devenez comme cet enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Celui donc qui se fait petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. Et qui reçoit en mon nom un petit enfant me reçoit. Mais celui qui scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin et qu’on le précipitât dans les profondeurs de la mer. »

Louis. Pourquoi cela ? C’est donc bien méchant de scandaliser un enfant ?

Grand’mère. Tu vois que Notre-Seigneur dit lui-même combien c’est abominable de scandaliser un enfant, c’est-à-dire de lui apprendre le mal, de diminuer sa foi, de tuer son âme, cette pauvre petite âme innocente et pure. Notre-Seigneur dit quel horrible crime cela est, puisque la punition sera si terrible, que d’être jeté au fond de la mer avec une meule au cou serait un bienfait pour le coupable. Et quand vous serez grands, mes chers enfants, aimez les enfants comme Notre-Seigneur les a aimés, soyez bons pour eux, instruisez-les dans le bien, donnez-leur de bons conseils, consolez-les dans leurs petits chagrins, n’abusez pas lâchement de votre force, de votre pouvoir, sur ces pauvres petits êtres sans défense, mais rendez-leur la vie douce, et disposez leurs cœurs à la tendresse, à l’amour du bon Dieu, à la charité envers tous ; faites comme notre bon Jésus, aimez-les, embrassez-les, et souvenez-vous de cette parole du Sauveur : « Qui reçoit un petit enfant en mon nom me reçoit. »

Camille. C’est donc pour cela, Grand’mère, que vous aimez tant les enfants ?

Grand’mère. Pour cela, chère petite, et aussi par un goût, un instinct naturel que je n’ai jamais pu dominer, ni diminuer.

Camille. Et pourquoi le diminuer, Grand’mère, puisqu’il nous rend tous heureux ?

Grand’mère, souriant. Aussi je me laisse aller ; mais continuons l’Évangile, qui est bien mieux que tout ce que je puis dire.

Notre-Seigneur dit encore aux disciples :

« Malheur au monde à cause de ses scandales ! Malheur à l’homme par qui le scandale arrive !

« Si donc votre main est pour vous une occasion de scandale et de péché, coupez-la… »

Henriette. Ah ! mon Dieu ! c’est la seconde fois que Notre-Seigneur dit cela.

Grand’mère, continuant. « Il vaut mieux entrer dans la vie éternelle privé d’une main, que d’en avoir deux et aller en enfer, dans le feu éternel, où le ver qui dévore ne meurt pas, et où le feu qui brûle ne s’éteint pas.

« Si votre pied est pour vous une occasion de péché, coupez-le. Il vaut mieux entrer dans la vie éternelle, privé d’un pied, que d’en avoir deux et être précipité dans l’enfer, dans le feu éternel, où le ver qui dévore ne meurt pas, où le feu qui brûle ne s’éteint pas.

« Si votre œil vous est une occasion de péché, arrachez-le ; il vaut mieux que vous entriez dans le royaume de Dieu privé d’un œil, que d’en avoir deux et être précipité dans le feu de l’enfer, où le ver qui dévore ne meurt pas, et où le feu qui brûle ne s’éteint pas. Car tous seront salés par le feu, comme toute victime doit être salée par le sel. »

Henriette. Grand’mère, c’est impossible ! On ne peut pas faire ce qu’ordonne Notre-Seigneur ! Comment veut-il qu’on se coupe les pieds et les mains, et qu’on arrache ses yeux ? C’est trop fort ! D’abord moi je ne me laisserai ni arracher les yeux, ni couper les pieds et les mains.

Grand’mère. Et tu feras très bien, ma pauvre fille ; tu as oublié ce que je t’ai expliqué à ce sujet il y a peu de jours ; c’est que Notre-Seigneur parle par comparaisons, ce qu’on appelle au figuré, et qu’il veut démontrer combien on doit être prêt à tout sacrifier, même les choses les plus nécessaires, plutôt que de pécher. Tu couperas tes pieds et tes mains au figuré, en les empêchant, par l’effet de ta volonté, de faire le mal ; de même pour tes autres membres. Notre-Seigneur répète ce précepte deux fois, et en termes plus énergiques la seconde fois pour nous faire voir combien il le juge nécessaire.

Louis. Et pourquoi Notre-Seigneur dit-il que tous seront salés par le feu ? On ne sale pas les hommes ; et le feu ne sale pas !

Grand’mère. Notre-Seigneur veut dire ici que dans l’enfer les damnés seront pénétrés et conservés par le feu éternel, comme les viandes sont pénétrées et conservées par le sel.

Notre-Seigneur leur dit en finissant :

« Je vous déclare en vérité que si deux d’entre vous ou plus se réunissent pour prier, ils obtiendront ce qu’ils demandent de mon Père qui est aux Cieux ; car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »