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Évangile d’une grand’mère/9

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 27-29).

IX

MASSACRE DES INNOCENTS.



Hérode attendait toujours le retour des Rois Mages, et il était très-impatient de les voir revenir, parce qu’il craignait beaucoup ce nouveau Roi dont lui avaient parlé les Mages. Voyant enfin qu’ils ne revenaient pas, il se mit dans une grande colère, car il ne savait comment faire pour trouver cet Enfant-Roi. Il pensa pourtant qu’un moyen sûr et excellent de s’en débarrasser était, de tuer tous les enfants âgés de moins de deux ans. De cette façon, pensa-t-il, je suis sûr de faire mourir ce Roi-Enfant que les Mages ont été saluer, car il n’a certainement pas encore deux ans. Le cruel Hérode ordonna donc à une troupe de soldats aussi méchants que lui, d’aller à Bethléem et de massacrer tous les enfants âgés de moins de deux ans.

Valentine. Quel abominable homme ! C’était affreux ! les pauvres parents devaient crier autant que les enfants !

Grand’mère. Certainement ! Longtemps auparavant, un Prophète nommé Jérémie

Petit-Louis. Qu’est-ce que c’est, un prophète ?

Grand’mère. Un prophète est un homme auquel le bon Dieu accorde le don de savoir et de dire ce qui arrivera dans l’avenir.

Valentine. Comment cela ? Comment disait-il l’avenir ?

Henriette. C’est comme si le bon Dieu m’accordait ce don, et que je te dise : Titine, tu seras méchante ce soir ; tu seras en pénitence demain ; tu seras morte dans dix ans. Et que cela arrive : je serais un prophète. N’est-ce pas, Grand’mère.

Grand’mère, souriant. Non, tu serais prophétesse ; heureusement que tu ne l’es pas, car tes prophéties ne seraient pas agréables à ma petite Valentine. Mais tu as bien compris et bien expliqué ce que c’est qu’un prophète ; seulement les Prophètes n’ont prédit que ce qui concernait la gloire de Dieu et le bien des hommes.

Je disais donc qu’un Prophète nommé Jérémie avait prédit ce malheur, ce crime horrible qu’on appelle le Massacre des Innocents ; il avait prédit qu’il y aurait ce jour-là des plaintes et des cris lamentables. Vous jugez ce que ce devait être ; les enfants massacrés à coups de coutelas, à coups de haches, tués à coups de massues et poussant des cris effroyables quand les soldats les arrachaient des bras de leurs mères pour les faire mourir. Les malheureuses mères, courant avec leurs enfants dans leur bras, cherchant à les cacher, à les sauver, se jetant sur leurs bourreaux pour se faire tuer à la place de leurs enfants, serrant les pauvres petits contre leur sein, espérant empêcher les soldats de les saisir ; et cela dans toutes les maisons, dans toutes les rues de Bethléem à la fois ! Ces pauvres petits innocents qui ont été tués pour Jésus-Christ, sont les premiers martyrs et on célèbre leur fête le 28 décembre, après Noël.

Joseph avait mené l’Enfant Jésus, et sa Mère en Égypte, comme le lui avait commandé l’Ange. Un an après, l’Ange apparut encore à Joseph pendant qu’il dormait et lui dit :

« Lève-toi, prends l’Enfant et sa Mère et retourne en Judée, parce que le Roi Hérode qui voulait faire mourir l’Enfant, est mort lui-même. »

Jacques. Hérode s’est-il corrigé avant de mourir ?

Grand’mère. Non ; il est mort méchant comme il avait vécu.

Joseph, qui obéissait toujours au bon Dieu et qui faisait sans hésiter tout ce qu’il lui commandait, emmena donc encore une fois l’Enfant et sa Mère et retourna en Judée. Mais ayant appris en route que le méchant Archélaüs, fils du Roi Hérode, était devenu Roi après la mort de son père, il se retira dans la province de Galilée, qui était son pays, dans une ville appelée Nazareth. L’enfant Jésus avait alors deux ans et demi. Lorsque Jésus fut grand et qu’il parcourut les autres provinces de la Judée, on l’appelait le Nazaréen, comme l’avaient prédit les Prophètes.

Et à présent, mes enfants, nous allons nous reposer. Demain nous verrons l’Enfant Jésus perdu dans Jérusalem.

Armand. Comment perdu ! Qui l’a perdu ?

Grand’mère. Tu le sauras demain.