Évangile de l’enfance/Édition Garnier

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ÉVANGILE DE L’ENFANCE[1]


Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit d’un seul Dieu.


Par le secours et la faveur du grand Dieu, nous commençons à écrire le livre des miracles de notre Maître, et Seigneur, et Sauveur, Jésus-Christ, qui est appelé l’Évangile de l’enfance, dans la paix du Seigneur ; ainsi soit-il.

I. — Nous trouvons dans le livre du pontife Joseph, qui vécut au temps du Christ [quelques-uns le prennent pour Cajapha, il dit] que Jésus parla même lorsqu’il était au berceau, et qu’il dit à sa mère Marie : Je suis Jésus, fils de Dieu, ce Verbe que vous avez enfanté, comme l’ange Gabriel vous l’a annoncé ; et mon père m’a envoyé pour le salut du monde.

II. — Or, l’an trois cent neuf de l’ère d’Alexandre, Auguste ordonna que chacun fût inscrit dans sa patrie. C’est pourquoi Joseph se leva ; et ayant pris Marie sa fiancée, il alla à Jérusalem, et vint à Bethléem pour être inscrit avec sa famille dans la ville de son père. Et quand ils furent arrivés près d’une caverne, Marie dit à Joseph que son temps d’accoucher était proche, et qu’elle ne pouvait point aller jusqu’à la ville : Mais, dit-elle, entrons dans cette caverne. Comme Joseph alla vite pour amener une femme qui l’aidât [dans l’accouchement], il vit une vieille Juive, originaire de Jérusalem, et lui dit : Holà ! ma bonne, venez ici, et entrez dans cette caverne, où vous trouverez une femme prête d’accoucher.

III. — Ainsi, après le coucher du soleil, la vieille, et avec elle Joseph, arrivèrent à la caverne, et y entrèrent tous les deux. Et voici, elle était remplie de lumières qui effaçaient l’éclat des lampes et des chandelles, et étaient plus grandes que la clarté du soleil ; l’enfant, enveloppé de langes, suçait les mamelles de la divine Marie, sa mère, étant couché dans la crèche. Comme ils admiraient tous les deux cette lumière, la vieille demande à la divine Marie : Êtes-vous la mère de cet enfant ? Et la divine Marie faisant signe que oui : Vous n’êtes pas, lui dit-elle, semblable aux filles d’Ève. La divine Marie disait : Comme entre tous les enfants il n’y en a point de semblable à mon fils, de même sa mère n’a point sa pareille entre les femmes. La vieille répondant et disant : Ma maîtresse, je suis venue pour acquérir un prix qui durera toujours ; notre divine Marie lui dit : Imposez vos mains à l’enfant ; ce que la vieille ayant fait, dès ce temps elle s’en alla purifiée. C’est pourquoi étant sortie, elle disait : Depuis ce temps je serai la servante de cet enfant tous les jours de ma vie.

IV. — Ensuite, lorsque les bergers furent venus, et qu’ayant allumé du feu ils se réjouissaient grandement, il leur apparut des armées célestes louant et célébrant le Dieu suprême ; et les bergers faisant la même chose, alors cette caverne paraissait très-semblable à un temple auguste, parce que les voix célestes de même que les terrestres célébraient et magnifiaient Dieu à cause de la naissance du Seigneur Christ. Or la vieille Juive, voyant ces miracles manifestes, rendait grâces à Dieu, disant : Je vous rends grâces, ô Dieu, Dieu d’Israël, parce que mes yeux ont vu la naissance du Sauveur du monde.

V. — Et lorsque le temps de la circoncision fut arrivé, c’est-à-dire le huitième jour, auquel la loi ordonnait de circoncire un enfant[2], ils le circoncirent dans la caverne ; et la vieille Juive prit cette pellicule (mais d’autres disent qu’elle prit la rognure du nombril) ; et elle la renferma dans un vase d’albâtre plein de vieille huile de nard. Or elle avait un fils parfumeur, à qui elle la remit, lui disant : Prenez garde de vendre ce vase d’albâtre rempli de parfum de nard, quand même on vous en offrirait trois cents deniers. Et c’est là ce vase d’albâtre que Marie la pécheresse acheta, et qu’elle répandit sur la tête et les pieds de notre Seigneur Jésus-Christ, et les essuya avec les cheveux de sa tête. Ayant laissé passer l’espace de dix jours, ils le portèrent à Jérusalem, et le quarantième après sa naissance ils le présentèrent dans le temple devant la face du Seigneur, offrant pour lui les dons, ce qui est prescrit par la loi de Moïse[3] : savoir, tout mâle premier-né sera appelé le saint de Dieu.

VI. — Et le vieillard Siméon le vit brillant comme une colonne de lumière lorsque la divine vierge Marie sa mère le portait dans ses bras, toute transportée de joie ; et les anges l’entouraient comme un cercle, le célébrant et se tenant comme des gardes auprès d’un roi[4]. C’est pourquoi Siméon s’approchant au plus vite de la divine Marie, et étendant les mains vers elle, il disait au Seigneur Christ[5] : Maintenant, ô mon Seigneur, votre serviteur s’en va en paix, selon votre parole : car mes yeux ont vu votre miséricorde, que vous avez préparée pour le salut de toutes les nations, la lumière de tous les peuples, et la gloire de votre peuple d’Israël. Anne la prophétesse était aussi là, et, s’approchant, elle rendait grâce à Dieu, et vantait le bonheur de la dame Marie.

VII. — Et il arriva, lorsque le Seigneur Jésus fut né à Bethléem, ville de Judée, au temps du roi Hérode, voici, des mages vinrent de l’Orient à Jérusalem, comme l’avait prédit Zorodastcht (Zoroastre) ; et ils avaient avec eux des présents, de l’or, de l’encens, et de la myrrhe ; et ils l’adorèrent, et lui offrirent leurs présents. Alors la dame Marie prit une des bandelettes dont l’enfant était enveloppé, et la leur donna au lieu de bénédiction ; et ils la reçurent d’elle comme un très-beau présent. Et à la même heure il leur apparut un ange en forme de l’étoile qui les avait auparavant conduits dans leur chemin, et dont ils suivirent la lumière en s’en allant, jusqu’à ce qu’ils fussent retournés dans leur patrie.

VIII. — Or il y avait des rois, et leurs princes, qui leur demandaient ce qu’ils avaient vu, ou ce qu’ils avaient fait ; comment ils étaient allés et revenus ; enfin quels compagnons de voyage ils avaient eus. Mais eux leur montrèrent cette bandelette que la divine Marie leur avait donnée : c’est pourquoi ils célébrèrent une fête, et, selon leur coutume, ils allumèrent du feu et l’adorèrent, et y jetèrent cette bandelette ; et le feu la saisit et l’environna. Et le feu étant éteint, ils en retirèrent la bandelette entière, comme si le feu ne l’eût pas touchée. C’est pourquoi ils commencèrent à la baiser, à la mettre sur leurs têtes et sur leurs yeux, disant : C’est certainement ici la vérité indubitable ! Sans doute que c’est une grande chose, que le feu n’a pu la brûler ou la perdre. Ensuite ils la prirent et la mirent dans leurs trésors avec vénération.

IX. — Mais Hérode, voyant que les mages tardaient et ne revenaient pas vers lui, fit venir les prêtres et les sages[6], et leur dit : Enseignez-moi où le Christ doit naître ; et lorsqu’ils eurent répondu : À Bethléem, ville de Judée, il commença à rouler dans son esprit le massacre du Seigneur Jésus-Christ. Alors l’ange du Seigneur apparut à Joseph en songe, et lui dit : Levez-vous, prenez l’enfant et sa mère, et allez en Égypte, vers le chant du coq. C’est pourquoi il se leva, et partit.

X. — Et comme il pensait en lui-même quel devait être son voyage, il fut surpris par l’aurore ; et la fatigue du chemin avait rompu la sangle de la selle. Et ils approchaient déjà d’une grande ville dans laquelle était une idole, à qui les autres idoles et les dieux d’Égypte offraient des dons et des vœux ; et auprès de cette idole se tenait un prêtre qui en était le ministre, et qui, chaque fois que Satan parlait par la bouche de cette idole, le rapportait aux habitants de l’Égypte et de ces contrées. Ce prêtre avait un fils de trois ans[7], obsédé d’une grande multitude de démons, lequel tenait plusieurs propos ; et lorsque les démons se saisissaient de lui, il déchirait ses habits, et courait tout nu en jetant des pierres aux passants. Or, dans le voisinage de cette idole était l’hôpital de cette ville, dans laquelle Joseph et la divine Marie furent à peine entrés, et descendus dans cet hôpital, que ses citoyens furent fort consternés ; et tous les princes et les prêtres de l’idole s’assemblèrent auprès de cette idole, lui demandant : Quelle est cette consternation et cette épouvante qui a saisi notre pays ? L’idole leur répondit : Il est arrivé ici un Dieu inconnu, qui est véritablement Dieu, et pas un autre que lui n’est digne du culte divin, parce qu’il est véritablement fils de Dieu[8] ; à sa seule renommée cette région a tremblé, et son arrivée la trouble et l’agite, et nous craignons beaucoup de la grandeur de son empire. Et à l’heure même cette idole fut renversée, et tous les habitants d’Égypte, outre les autres, accoururent à sa ruine.

XI. — Mais le fils du prêtre, attaqué de sa maladie accoutumée, entra dans l’hôpital, où il offensa Joseph et la divine Marie, que tous les autres avaient abandonnés par la fuite. Et parce que la divine Marie avait lavé les langes du Seigneur Christ, et les avait étendus sur une latte, cet enfant possédé arracha un de ces langes et le mit sur sa tête, et aussitôt les démons commencèrent à sortir de sa bouche, et à fuir sous la figure de corbeaux et de serpents. Depuis ce temps donc, par l’empire du Seigneur Christ, l’enfant fut guéri, et commença à chanter des louanges et à rendre grâce au Seigneur qui l’avait guéri. Et son père le voyant rétabli dans sa première santé : Mon fils, dit-il, que vous est-il arrivé ? et par quel moyen avez-vous été guéri ? Le fils répondit : Comme les démons m’agitaient, je suis entré dans l’hôpital, et j’y ai trouvé une femme d’un visage charmant, avec son enfant, dont elle avait étendu sur une latte les langes qu’elle venait de laver : pendant que j’en mettais sur ma tête un que j’avais arraché, les démons se sont enfuis, et m’ont quitté. Le père, transporté de joie, lui dit : Mon fils, il se peut faire que cet enfant soit le fils du Dieu vivant, qui a créé le ciel et la terre ; car aussitôt qu’il est venu vers nous l’idole a été brisée, et tous les dieux ont été renversés et détruits par une force supérieure.

XII. — Ainsi s’accomplit la prophétie qui dit[9] : J’ai appelé mon fils d’Égypte ; car Joseph et Marie, ayant appris que l’idole avait été renversée et détruite, furent tellement saisis de crainte et d’épouvante qu’ils dirent : Lorsque nous étions dans la terre d’Israël, Hérode a voulu faire mourir Jésus ; c’est pour cela qu’il a massacré tous les enfants de Bethléem et de ses environs, et il n’y a point de doute que les Égyptiens ne nous fassent brûler, s’ils apprennent que cette idole a été brisée et renversée.

XIII. — Étant donc sortis de là, ils parvinrent auprès d’un repaire de voleurs, qui, ayant dépouillé des voyageurs de leurs bagages et de leurs habits, les conduisaient enchaînés. Or ces voleurs entendaient un grand bruit, tel qu’est ordinairement celui d’un roi qui sort de sa ville, suivi d’une nombreuse armée et de sa cavalerie au son retentissant des tambours ; c’est pourquoi, laissant toute leur proie, ils s’enfuirent. Alors les captifs, se levant, détachaient les chaînes l’un de l’autre ; et ayant repris leurs bagages et s’en allant, lorsqu’ils virent approcher Joseph et Marie, ils leur demandèrent : Où est ce roi dont les voleurs, entendant le bruit de l’arrivée, nous ont laissé échapper sans nous faire aucun mal ? Joseph répondit : Il vient après nous.

XIV. — Ensuite ils vinrent dans une autre ville où était une femme possédée, dont Satan, maudit et rebelle, s’était emparé comme elle était allée une fois de nuit puiser de l’eau. Elle ne pouvait ni souffrir des habits[10], ni rester dans les maisons ; et chaque fois qu’on l’attachait avec des chaînes ou des courroies, elle les rompait, et fuyait toute nue dans les lieux déserts ; et, se tenant dans les carrefours et dans les cimetières, elle jetait des pierres aux hommes, de sorte qu’elle causait beaucoup de dommages à ses proches. La divine Marie l’ayant donc vue, en eut pitié ; et tout d’un coup Satan la quitta, et, s’enfuyant sous la forme d’un jeune homme, il dit : Malheur à moi à cause de vous, Marie, et de votre fils ! Ainsi cette femme fut délivrée de son tourment, et, revenant à son bon sens et rougissant de sa nudité, elle retourna vers ses proches, évitant la rencontre des hommes ; et ayant repris ses habits, elle expliqua la raison de son état à son père et à ses proches, lesquels, étant des principaux de la ville, reçurent chez eux la divine Marie et Joseph avec vénération.

XV. — Le jour suivant, ils partirent de chez eux, munis d’une honnête provision pour le voyage, et, sur le soir du même jour, ils arrivèrent dans une autre ville où l’on célébrait des noces ; mais l’épouse était devenue muette par les tromperies maudites de Satan et par le moyen de la magie, de sorte qu’elle ne pouvait plus ouvrir la bouche. Cette épouse muette, voyant donc la divine Marie lorsqu’elle entrait dans la ville en portant dans ses bras son fils le Seigneur Christ, elle étendit ses mains vers le Seigneur Christ, et l’ayant tiré à soi, elle le prit dans ses bras, et le serrant étroitement, elle lui donna de fréquents baisers, en l’agitant plusieurs fois et l’approchant de son corps. Aussitôt le nœud de sa langue se délia[11], et ses oreilles s’ouvrirent, et elle commença à chanter des louanges et des actions de grâces à Dieu, de ce qu’il lui avait rendu la santé. C’est pourquoi il se répandit cette nuit une si grande joie parmi les citoyens de cette ville qu’ils pensaient[12] que Dieu et ses anges étaient descendus vers eux.

XVI. — Ils y restèrent trois jours, traités avec grande vénération, et reçus avec un splendide appareil. Munis ensuite de provisions pour le voyage, ils les quittèrent, et vinrent dans une autre ville, dans laquelle ils désiraient passer la nuit parce qu’elle était florissante par la célébrité des hommes. Or il y avait dans cette ville une femme noble, laquelle étant un jour descendue vers le fleuve pour laver, voici que le maudit Satan, en forme de serpent, avait sauté sur elle, et s’était entortillé autour de son ventre, et toutes les nuits il s’étendait sur elle. Cette femme, ayant vu la divine dame Marie et le Seigneur Christ enfant dans son sein, priait la divine dame Marie qu’elle lui remit cet enfant pour le tenir et le baiser ; elle y ayant consenti, et ayant à peine approché l’enfant, Satan s’éloigna d’elle, et, fuyant, il la laissa ; et depuis ce jour cette femme ne le vit jamais. Tous les voisins louaient donc le Dieu suprême ; et cette femme les récompensait avec une grande honnêteté.

XVII. — Le jour suivant, la même femme prit de l’eau parfumée pour laver le Seigneur Jésus ; et, l’ayant lavé, elle mit à part cette eau chez elle. Il y avait là une jeune fille dont le corps était blanc de lèpre, qui, s’étant arrosée et lavée avec cette eau, fut guérie de sa lèpre depuis ce temps-là. Le peuple disait donc : Il n’y a point de doute que Joseph et Marie, et cet enfant, ne soient des dieux ; car ils ne paraissaient pas mortels. Or, comme ils se préparaient à partir, cette jeune fille que la lèpre avait infectée, s’approchant, les priait qu’ils la prissent pour compagne de voyage.

XVIII. — Ils y consentaient, et la jeune fille allait avec eux, jusqu’à ce qu’ils vinrent dans une ville dans laquelle était la forteresse d’un grand prince, dont le palais n’était pas loin de l’hôtellerie. Ils y allaient, lorsque la jeune fille les quitta, et étant entrée vers l’épouse du prince, et l’ayant trouvée triste et pleurante, elle lui demandait la cause de ses pleurs. Ne vous étonnez point, dit-elle, de mes sanglots ; car j’éprouve une grande calamité, que je n’oserai raconter à personne. Or la jeune fille dit : Peut-être que, si vous me confiez votre mal secret, le remède s’en trouvera auprès de moi. Tenant donc mon secret caché, répondit l’épouse du prince, vous ne le raconterez à aucun mortel. J’ai été mariée à ce prince qui, comme un roi, a plusieurs terres sous sa domination : ainsi, j’ai longtemps vécu avec lui, et il n’avait point d’enfant de moi. À la fin, je conçus de lui ; mais, hélas ! j’accouchai d’un fils lépreux, qu’il ne reconnut point pour sien lorsqu’il le vit, et il me dit : Ou tuez-le, ou abandonnez-le à quelque nourrice pour être élevé dans un lieu que je n’en entende jamais parler. D’ailleurs, prenez ce qui est à vous, je ne vous verrai jamais plus. Ainsi, je me suis consumée en déplorant mon affliction et ma condition misérable. Hélas ! mon fils ! Hélas ! mon époux ! Ne vous ai-je pas dit, reprit la jeune fille, que j’ai trouvé à votre mal un remède dont je vous réponds ? Car j’ai été aussi lépreuse ; mais Dieu, qui est Jésus, fils de la dame Marie, m’a guérie. Or cette femme lui demandant où était ce Dieu dont elle parlait : Il est ici avec vous, dit la jeune fille, dans la même maison. Mais comment, dit-elle, cela se peut-il faire ? Où est-il ? Voici, répliqua la jeune fille, Joseph et Marie. Or l’enfant qui est avec eux s’appelle Jésus, et c’est lui qui a guéri ma maladie et mon affliction. Mais comment, dit-elle, avez-vous été guérie de la lèpre ? ne me l’indiquerez-vous pas ? Pourquoi non, dit la jeune fille ; j’ai pris de l’eau dont son corps avait été lavé, je l’ai versée sur moi, et ma lèpre a disparu. C’est pourquoi l’épouse du prince, se levant, les logea chez elle, et prépara à Joseph un festin splendide dans une nombreuse assemblée. Or, le jour suivant, elle prit de l’eau parfumée pour en laver le Seigneur Jésus, et ensuite de la même eau elle arrosa son fils, qu’elle avait pris avec elle, et sur-le-champ son fils fut guéri de sa lèpre. Chantant donc des actions de grâces et des louanges à Dieu : Bienheureuse, dit-elle, est[13] la mère qui vous a enfanté, ô Jésus ! Est-ce ainsi que de l’eau dont votre corps a été lavé vous guérissez les hommes, qui participent avec vous à la même nature ? Au reste, elle fit des présents considérables à la dame Marie, et la laissa aller avec un honneur distingué.

XIX. — Étant ensuite arrivés dans une autre ville, ils désiraient y passer la nuit. C’est pourquoi ils entrèrent chez un homme nouvellement marié, mais qui, étant ensorcelé, ne pouvait pas jouir de sa femme ; et lorsqu’ils eurent passé cette nuit, son charme fut levé ; mais au point du jour, comme ils se préparaient à partir, l’époux les en empêcha, et leur prépara un grand festin.

XX. — Étant donc partis le lendemain et approchant d’une nouvelle ville, ils aperçoivent trois femmes qui revenaient d’un certain tombeau en pleurant beaucoup. La divine Marie, les ayant vues, dit à la jeune fille qui l’accompagnait : Allez, et demandez-leur quelle est leur condition, et quelle calamité leur est arrivée. La fille le leur ayant demandé, elles ne répondirent rien, et lui demandèrent à leur tour : D’où êtes-vous, et où allez-vous ? car le jour va finir, et la nuit approche. Nous sommes des voyageurs, dit la jeune fille, et nous cherchons une hôtellerie pour y passer la nuit. Elles dirent : Allez avec nous, et passez la nuit chez nous. Les ayant donc suivies, ils furent conduits dans une maison neuve, ornée, et diversement meublée. Or c’était le temps de l’hiver, et la jeune fille, étant entrée dans la chambre de ces femmes, les trouva encore qui pleuraient et se lamentaient. Il y avait auprès d’elles un mulet couvert d’une étoffe de soie, ayant un pendant d’ébène à son cou ; elles lui donnaient des baisers, et lui présentaient à manger. Or la jeune fille disant : Ô mesdames, que ce mulet est beau ! elles répondirent en pleurant, et dirent : Ce mulet que vous voyez a été notre frère, né de notre même mère que voilà ; et notre père en mourant nous ayant laissé de grandes richesses, comme nous n’avions que ce seul frère, nous lui cherchions un mariage avantageux, désirant lui préparer des noces, suivant l’usage des hommes ; mais des femmes, agitées des fureurs de la jalousie, l’ont ensorcelé à notre insu ; et une certaine nuit, ayant exactement fermé la porte de notre maison un peu avant l’aurore, nous vîmes que notre frère avait été changé en mulet, comme vous le voyez aujourd’hui. Étant donc tristes, comme vous voyez, parce que nous n’avions point de père pour nous consoler, nous n’avons laissé dans le monde aucun sage, ou mage, ou enchanteur, sans le faire venir ; mais cela ne nous a servi de rien du tout. C’est pourquoi, chaque fois que nos cœurs sont accablés de tristesse, nous nous levons, et nous allons avec notre mère que voilà auprès du tombeau de notre père, et après que nous y avons pleuré nous revenons.

XXI. — Ce qu’ayant entendu la jeune fille : Reprenez courage, dit-elle, et cessez vos pleurs, car le remède de votre douleur est proche, ou plutôt il est avec vous, et au milieu de votre maison. Car j’ai aussi été lépreuse, moi ; mais lorsque je vis cette femme et avec elle ce petit enfant qui se nomme Jésus, j’arrosai mon corps de l’eau dont sa mère l’avait lavé, et je fus guérie. Or je sais qu’il peut aussi remédier à votre mal ; c’est pourquoi levez-vous, allez voir madame Marie, et, l’ayant conduite dans votre cabinet, découvrez-lui votre secret, la priant humblement qu’elle ait pitié de vous. Après que les femmes eurent entendu le discours de la jeune fille, elles allèrent vite vers la divine dame Marie, et, l’ayant introduite chez elles, et s’étant assises devant elle en pleurant, elles lui dirent : Ô notre dame ! divine Marie ! ayez pitié de vos servantes, car il ne nous reste plus ni vieillard ni chef de famille, ni père ni frère, qui entre et sorte en notre présence ; mais ce mulet, que vous voyez, a été notre frère que des femmes, par enchantement, ont rendu tel que vous voyez ; c’est pourquoi nous vous prions que vous ayez pitié de nous. Alors la divine Marie, touchée de leur sort, ayant pris le Seigneur Jésus, le mit sur le dos du mulet, et dit à son fils : Hé ! Jésus-Christ, guérissez ce mulet par votre rare puissance, et rendez-lui la forme humaine et raisonnable, telle qu’il l’a eue auparavant. À peine cette parole fut-elle sortie de la bouche de la divine dame Marie que le mulet, changé tout à coup, reprit la forme humaine, et redevint un jeune homme, sans qu’il lui restât la moindre difformité. Alors lui, sa mère, et ses sœurs, adoraient la divine dame Marie, et baisaient l’enfant en l’élevant sur leurs têtes, disant[14] : Bienheureuse est votre mère, ô Jésus ! ô Sauveur du monde ! bienheureux sont les yeux[15] qui jouissent du bonheur de vous voir !

XXII. — Au reste, les deux sœurs disaient à leur mère : Certainement notre frère a repris sa première forme par le secours du Seigneur Jésus, et par la bénédiction de cette jeune fille qui nous a fait connaître Marie et son fils. Actuellement donc, comme notre frère est garçon, il est convenable que nous lui donnions en mariage cette jeune fille, leur servante. En ayant fait la demande à la divine Marie, qui la leur accorda, elles préparèrent à cette jeune fille des noces splendides ; et, changeant leur tristesse en joie et leurs pleurs en ris, elles commencèrent à se réjouir, à se divertir, à danser et chanter, après s’être parées de leurs habits et de leurs colliers les plus brillants, à cause de l’excès de leur plaisir. Ensuite, en glorifiant et louant Dieu, elles disaient : Ô Jésus fils de David, qui changez la tristesse en joie et les pleurs en ris ! Et Joseph et Marie y demeurèrent dix jours. Ensuite ils partirent, accablés d’honneurs par ces personnes, qui, leur ayant dit adieu et s’en étant retournées, versaient des larmes, et plus que les autres la jeune fille.

XXIII. — Au sortir de là étant arrivés dans une terre déserte, et ayant appris qu’elle était infestée par les voleurs, Joseph et la divine Marie se préparaient à la traverser de nuit. Et en marchant, voilà qu’ils aperçoivent dans le chemin deux larrons endormis, et avec eux une multitude de larrons qui étaient leurs associés, et ronflaient aussi. Et ces deux larrons qu’ils rencontraient étaient Titus et Dumachus[16] ; et Titus disait à Dumachus : Je vous prie de laisser en aller librement ces gens-là, de peur que nos associés ne les aperçoivent. Or, Dumachus le refusant, Titus lui dit une seconde fois : Prenez ces quarante drachmes, et cette ceinture que je vous donne, et qu’il lui présentait plus promptement qu’il ne le disait, de peur qu’il n’ouvrit la bouche ou qu’il ne parlât. Et la divine dame Marie, voyant que ce larron leur faisait du bien, lui dit : Le Seigneur Dieu vous recevra à sa droite, et vous accordera la rémission des péchés. Et le Seigneur Jésus répondit et dit à sa mère : Après trente ans, ô ma mère ! les Juifs me crucifieront à Jérusalem ; et ces deux larrons, en même temps que moi, seront élevés en croix, Titus à ma droite, et Dumachus à ma gauche ; et depuis ce jour-là Titus me précédera en paradis[17]. Et lorsqu’elle eut dit : Mon fils, que Dieu détourne cela de vous[18] ! ils allèrent de là à la ville des idoles, laquelle fut changée en collines de sable lorsqu’ils en eurent approché.

XXIV. — De là ils allèrent à ce Sycomore, qui s’appelle aujourd’hui Matarea, et le Seigneur Jésus produisit à Matarea une fontaine dans laquelle la divine Marie lava sa tunique ; et de la sueur qui y coula du Seigneur Jésus provint le baume dans cette région.

XXV. — Ensuite ils descendirent à Memphis, et ayant vu Pharaon, ils restèrent trois ans en Égypte, et le Seigneur Jésus fit en Égypte plusieurs miracles (qui ne sont écrits ni dans l’Évangile de l’enfance, ni dans l’Évangile parfait).

XXVI. — Mais les trois ans étant passés, il sortit d’Égypte, et revint ; et lorsqu’ils approchèrent de la Judée, Joseph craignit d’y entrer, car apprenant qu’Hérode était mort, et que son fils Archélaüs avait succédé à sa place, il eut peur ; et l’ange de Dieu alla en Judée, et lui apparut, et dit : Ô Joseph ! allez dans la ville de Nazareth ; et y demeurez.

(Chose étonnante, sans doute, que le maître des contrées fût ainsi porté et promené par les contrées.)

XXVII. — Étant ensuite entrés dans la ville de Bethléem, ils y voyaient des maladies nombreuses et difficiles qui incommodaient les yeux des enfants, de sorte que plusieurs mouraient. Il y avait là une femme ayant un fils malade, qu’elle amena à la divine dame Marie comme il était près de mourir, et qui la regarda lorsqu’elle lavait Jésus-Christ. Cette femme disait donc : Ô madame Marie, regardez mon fils qui souffre de cruels tourments. Et la divine Marie l’entendant : Prenez, dit-elle, un peu de cette eau dont j’ai lavé mon fils, et l’en arrosez. Prenant donc un peu de cette eau comme la divine Marie l’avait ordonné, elle en arrosa son fils, qui, lassé d’une violente agitation, s’assoupit ; et lorsqu’il eut un peu dormi, il s’éveilla après, sain et sauf. La mère fut si joyeuse de cet événement qu’elle alla revoir une seconde fois la divine Marie ; et la divine Marie lui disait : Rendez grâces à Dieu, qui a guéri votre fils.

XXVIII. — Il y a là une autre femme, voisine de celle dont le fils venait d’être guéri. Comme le fils de celle-ci avait la même maladie, et que ses yeux étaient presque fermés, elle se lamentait jour et nuit. La mère de l’enfant guéri lui dit : Pourquoi ne portez-vous pas votre fils vers la divine Marie, comme j’y ai porté mon fils lorsqu’il était à l’agonie de la mort, qui a été guéri avec l’eau dont le corps de son fils Jésus avait été lavé ? Ce que cette femme ayant appris d’elle, y alla aussi elle-même ; et ayant pris de la même eau, elle en lava son fils, dont le corps et les yeux recouvrèrent leur première santé. La divine Marie ordonna aussi à celle-ci, lorsqu’elle lui apporta son fils et lui raconta cet événement, de rendre grâces à Dieu pour la santé que son fils avait recouvrée, et de ne raconter à qui que ce soit ce qui était arrivé[19].

XXIX. — Il y avait dans la même ville deux femmes, épouses d’un homme dont chacune avait un fils malade ; l’une se nommait Marie, et le nom de son fils était Kaljufe[20]. Celle-là se leva, et ayant pris son fils, elle alla vers la divine Marie, mère de Jésus, et lui ayant présenté une très-belle serviette : Ô madame Marie ! dit-elle, recevez de moi cette serviette, et rendez-moi à la place un de vos langes. Marie le fit, et la mère de Kaljufe s’en allant, en fit une tunique dont elle habilla son fils. Ainsi sa maladie fut guérie ; mais le fils de sa rivale mourut. De là vint une mésintelligence entre elles : comme elles avaient le soin du ménage chacune leur semaine, et que c’était le tour de Marie mère de Kaljufe, elle chauffait le four pour cuire du pain ; et ayant laissé son fils Kaljufe auprès du four, elle sortit pour aller chercher de la farine. Sa rivale, le voyant seul [or le four chauffait à grand feu], le prit et le jeta dans le four, et se retira de là. Marie, revenant et voyant son fils Kaljufe rire couché au milieu du four[21], et le four refroidi comme si on n’y avait point mis de feu, elle connut que sa rivale l’avait jeté dans le feu. L’ayant donc retiré, elle le porta à la divine dame Marie, et lui raconta son accident. Taisez-vous, lui dit-elle, car je crains pour nous si vous divulguez ces choses. Ensuite sa rivale alla tirer de l’eau au puits, et voyant Kaljufe qui jouait auprès du puits, et qu’il n’y avait personne, elle le prit, et le jeta dans le puits. Et lorsque des personnes furent venues chercher de l’eau au puits, elles virent cet enfant assis sur la surface de l’eau, et lui ayant tendu des cordes, ils le retirèrent. Et cet enfant leur causa une si grande admiration qu’ils glorifiaient Dieu. Or, sa mère étant survenue, elle le prit et le porta vers la divine dame Marie, en pleurant et disant : Ô madame ! voyez ce que ma rivale a fait à mon fils, et comment elle l’a jeté dans un puits ; et il n’y a point de doute que quelque jour elle ne lui cause quelque malheur. La divine Marie lui dit : Dieu vengera l’injustice qu’elle vous a faite. Peu de jours après, comme sa rivale allait puiser de l’eau au puits, son enfant s’embarrassa dans la corde, de façon qu’il fut précipité dans le puits ; et ceux qui accoururent à son secours lui trouvèrent la tête cassée et les os brisés. Ainsi il périt misérablement ; et ce proverbe d’un auteur s’accomplit en elle[22] : « Ils ont creusé un puits, et ont jeté la terre fort loin ; mais ils sont tombés dans la fosse qu’ils avaient préparée. »

XXX. — Il y avait une autre femme qui avait deux enfants attaqués de la même maladie : l’un étant mort et l’autre près de mourir, elle le prit dans ses bras, et le porta à la divine dame Marie en fondant en larmes : Ô madame ! dit-elle, aidez-moi, et me donnez du secours ; car j’avais deux fils, je viens d’en ensevelir un, et je vois l’autre à deux doigts de la mort ; voyez comment je demande grâce à Dieu, et je le prie humblement ; et elle commença à dire : Ô Seigneur ! vous êtes clément, miséricordieux et doux ! vous m’avez donné deux fils, et comme vous en avez retiré un à vous, laissez-moi au moins celui-ci. C’est pourquoi la divine Marie, voyant la violence de ses larmes, eut pitié d’elle, et lui dit : Hé ! mettez votre fils dans le lit de mon fils, et couvrez-le de ses habits. Et lorsqu’elle l’eut mis dans le lit où le Christ était couché [or ses yeux allaient se fermer pour toujours], aussitôt que l’odeur des habits du Seigneur Jésus-Christ eut touché cet enfant, ses yeux s’ouvrirent, et, appelant sa mère d’une voix forte[23], il demanda du pain, et quand on lui en eut donné, il le suçait. Alors sa mère dit : Ô dame Marie ! je connais maintenant que la vertu de Dieu habite en vous, de sorte que votre fils guérit les enfants qui deviennent avec lui participants de la même nature, aussitôt qu’ils touchent ses habits. Cet enfant qui fut guéri de cette sorte est celui qui, dans l’Évangile, est appelé Barthélemy[24].

XXXI. — Au reste, il y avait là une femme lépreuse qui, allant voir la divine dame Marie, mère de Jésus, disait : Madame, aidez-moi ; et la divine dame Marie répondait : Quel secours demandez-vous ? Est-ce de l’or ou de l’argent, ou que votre corps soit guéri de la lèpre ? Mais qui est-ce, demandait cette femme, qui pourrait me donner cela ? La divine Marie lui dit : Attendez un moment, jusqu’à ce que j’aie lavé mon fils Jésus, et que je l’aie remis au lit. La femme attendait comme on lui avait dit, et Marie, après qu’elle eut mis Jésus au lit, donnant à la femme l’eau dont elle avait lavé son corps : Prenez, dit-elle, un peu de cette eau, et la répandez sur votre corps ; ce qu’ayant fait, étant guérie sur-le-champ, elle glorifiait Dieu, et lui rendait grâces.

XXXII. — Elle s’en alla donc après qu’elle eut demeuré trois jours chez elle ; et lorsqu’elle fut revenue à la ville, elle y vit un prince qui avait épousé la fille d’un autre prince ; mais, lorsqu’il eut regardé sa femme, il aperçut entre ses yeux des marques de lèpre, de la forme d’une étoile, de sorte que son mariage fut cassé et déclaré nul. Cette femme les ayant vues dans cet état, chagrines et fondant en pleurs, leur demanda la cause de leurs larmes. Mais ne vous informez pas, lui dirent-elles, de notre état ; car nous ne pouvons raconter notre malheur à aucun mortel, ou le communiquer à aucun étranger. Elle insistait cependant, et les priait de le lui confier, qu’elle leur en montrerait peut-être le remède. Comme ils lui montrèrent donc la jeune femme, et les marques de lèpre qui paraissaient entre ses yeux : Moi que vous voyez ici, dit la femme, j’ai eu la même maladie, et j’allai à Bethléem pour mes affaires. Y étant entrée dans une certaine caverne, je vis une femme nommée Marie, laquelle avait un fils qui s’appelait Jésus : me voyant lépreuse, elle me plaignit, et me donna de l’eau dont elle avait lavé le corps de son fils ; j’en arrosai mon corps, et j’ai été guérie. Ces femmes disaient donc : Ô madame, ne vous lèverez-vous pas, et partant avec nous, ne nous montrerez-vous pas la divine dame Marie ? Elle y consentant, elles se levèrent, et allèrent vers la divine dame Marie, portant avec elles de magnifiques présents ; et lorsqu’elles furent entrées, et lui eurent offert les présents, elles lui montraient cette jeune femme lépreuse qu’elles avaient amenée. La divine Marie disait donc : Que la miséricorde du Seigneur Jésus-Christ habite sur vous ! et leur donnant un peu de l’eau dont elle avait lavé le corps de Jésus-Christ, elle ordonnait qu’on en lavât la malade ; ce qu’elles firent, et tout d’un coup elle fut guérie, et elles et tous les assistants glorifiaient Dieu. Étant donc joyeuses et de retour dans leur ville, elles chantaient des louanges au Seigneur. Or le prince, apprenant que son épouse était guérie, la reçut chez lui ; et, célébrant de secondes noces, il rendit grâces à Dieu de ce que son épouse avait recouvré la santé.

XXXIII. — Il y avait aussi une jeune fille tourmentée par Satan ; car ce maudit lui apparaissait de temps en temps sous la forme d’un grand dragon, et avait envie de l’avaler ; il avait aussi sucé tout son sang, de sorte qu’elle ressemblait à un cadavre. Chaque fois donc qu’il s’approchait d’elle, joignant ses mains sur sa tête, elle criait et disait : Malheur ! malheur à moi ! parce qu’il n’y a personne qui me délivre de ce très-méchant dragon. Or son père et sa mère, et tous ceux qui étaient autour d’elle, ou la voyaient, s’attristaient sur elle, et pleuraient ; et tous ceux qui étaient présents pleuraient et se lamentaient, principalement lorsqu’elle pleurait, et disait : Ô mes frères et mes amis ! n’y a-t-il personne qui me délivre de cet homicide ? Mais la fille du prince, qui avait été guérie de sa lèpre, entendant la voix de cette jeune fille, monta sur le toit de son château, et la vit qui fondait en larmes les mains jointes sur sa tête, et toute l’assemblée qui l’environnait pleurant également. Ainsi elle demanda au mari de la possédée si la mère de sa femme était vivante. Lui ayant dit que son père et sa mère vivaient : Envoyez-moi, dit-elle, sa mère ; et lorsqu’elle la vit venir : Cette possédée, dit-elle, est-elle votre fille ? Oui, dit-elle, triste et pleurante ; ô madame ! elle est engendrée de moi. La fille du prince répondit : Cachez mon secret ; car je vous avoue que j’ai été lépreuse ; mais la dame Marie, mère de Jésus-Christ, m’a guérie. Que si vous désirez que votre fille recouvre sa première santé, la menant à Bethléem, cherchez Marie, mère de Jésus ; et ayez confiance que votre fille sera guérie ; car je crois que votre fille étant saine, vous reviendrez joyeuse. Elle n’eut pas achevé le mot, qu’elle se leva ; et étant partie avec sa fille pour le lieu désigné, elle alla vers la divine dame Marie, et lui apprit l’état de sa fille. La divine Marie ayant entendu sa prière, lui donna un peu de l’eau dont elle avait lavé le corps de son fils Jésus, et ordonna de la répandre sur le corps de la fille ; et lui ayant donné une petite bande des langes du Seigneur Jésus : Prenez, dit-elle, cette bande, et faites-la voir à votre ennemi chaque fois que vous le verrez ; et elle les renvoya en paix.

XXXIV. — Lorsqu’elles l’eurent quittée et furent de retour dans leur ville, le temps auquel Satan avait coutume de l’épouvanter approchait, et à la même heure ce maudit lui apparut sous la forme d’un grand dragon ; et la fille, le voyant, fut saisie de frayeur. Ô ma fille ! dit sa mère, cessez de craindre, et laissez-le approcher de vous ; alors vous lui opposerez la bande que la dame Marie vous a donnée, et voyons ce qui en arrivera. Ainsi ce Satan approchant en dragon terrible, le corps de la fille fut saisi d’une crainte effroyable ; mais aussitôt qu’elle montra cette bande mise sur sa tête et déployée aux yeux, il sortait de la bande des flammes et des étincelles de feu qui s’élançaient contre le dragon. Ah ! combien grand est ce miracle, qui arrivait à mesure que le dragon regardait la bande du Seigneur Jésus ! car le feu en sortait et se répandait contre sa tête et ses yeux, de sorte qu’il s’écriait d’une voix forte[25] : Qu’ai-je à faire avec vous, ô Jésus, fils de Marie ? Où fuirai-je loin de vous ? Et, étant tout effrayé et se retirant, il laissa la jeune fille. Ainsi il cessa de faire de la peine à cette jeune fille, qui chantait à Dieu des actions de grâces et des louanges, et avec elle tous ceux qui avaient été présents à ce miracle.

XXXV. — Dans ce même endroit était une autre femme dont le fils était tourmenté par Satan. Il se[26] nommait Judas, et chaque fois que Satan s’emparait de lui, il mordait tous ceux qui étaient présents ; et s’il ne se trouvait personne devant lui, il se mordait les mains et les autres membres. La mère de ce misérable entendant donc parler de la divine Marie et de son fils Jésus, se leva promptement ; et ayant pris son fils Judas dans ses bras, elle le porta vers la dame Marie. Cependant Jacques et Joses[27] venaient d’emmener le Seigneur enfant Jésus pour jouer avec les autres enfants ; et, étant sortis de la maison, ils s’étaient assis, et avec eux le Seigneur Jésus. Or, Judas le possédé s’approchant, et s’asseyant à la droite de Jésus, comme Satan le tourmentait suivant la coutume, il tâchait de mordre le Seigneur Jésus, et, ne pouvant pas l’atteindre, il le frappait au côté droit, de sorte que Jésus pleurait ; et à la même heure Satan, fuyant, sortit de cet enfant sous la forme d’un chien enragé. Or cet enfant qui frappa Jésus, et duquel Satan sortit sous la forme d’un chien, fut Judas Iscariote, qui le livra aux Juifs ; et les Juifs percèrent d’une lance ce même côté où Judas l’avait frappé.

XXXVI. — Lors donc que le Seigneur Jésus eut sept ans accomplis, un certain jour qu’il était avec d’autres enfants ses camarades du même âge, lesquels en jouant faisaient différentes figures avec de la terre, des ânes, des bœufs, des oiseaux, et autres semblables ; et chacun, vantant son ouvrage, tâchait de l’élever au-dessus de celui des autres. Alors le Seigneur Jésus disait aux enfants : Pour moi j’ordonnerai aux figures que j’ai faites qu’elles marchent. Ces enfants lui demandant s’il était le fils du Créateur, le Seigneur Jésus leur commandait qu’elles marchassent ; et à la même heure elles sautaient ; et lorsqu’il leur ordonnait de revenir, elles revenaient. Il avait aussi fait des figures d’oiseaux et de moineaux, lesquelles, lorsqu’il leur ordonnait de voler, volaient, et s’arrêtaient lorsqu’il le leur commandait ; que s’il leur présentait à manger et à boire, elles mangeaient et buvaient. Lorsque ensuite les enfants se furent en allés, et eurent rapporté les choses à leurs parents, leurs pères leur disaient : Gardez-vous, ô mes enfants ! d’aller davantage avec lui, parce qu’il est sorcier ; fuyez-le et l’évitez, et dès ce moment ne jouez jamais avec lui.

XXXVII. — Un certain jour aussi le Seigneur Jésus, jouant et courant avec des enfants, passait devant la boutique d’un teinturier, dont le nom était Salem, et il y avait dans sa boutique plusieurs pièces d’étoffe des citoyens de cette ville, qu’ils voulaient faire teindre de diverses couleurs. Le Seigneur Jésus, étant donc entré dans la boutique du teinturier, prit tous ces morceaux d’étoffe, et les jeta dans la chaudière de teinture. Salem étant de retour, et voyant ses étoffes perdues, commença à crier très-fort, et à gronder le Seigneur Jésus, disant : Que m’avez-vous fait, ô fils de Marie ! vous avez fait tort à moi et à mes citoyens ; car chacun demande la couleur qui lui convient, et vous êtes venu tout perdre. Le Seigneur Jésus répondait : De quelque pièce d’étoffe que vous vouliez changer la couleur, je vous la changerai. Et aussitôt il commença à tirer de la chaudière les morceaux d’étoffe teints chacun de la couleur que le teinturier désirait, jusqu’à ce qu’il les eût tous sortis[28]. Les Juifs, voyant ce prodige et ce miracle, glorifiaient Dieu.

XXXVIII. — Or Joseph, qui allait par toute la ville, menait avec lui le Seigneur Jésus, lorsqu’à cause de son métier[29] des personnes le demandaient pour leur faire des portes, ou des pots au lait, ou des cribles, ou des coffres ; et le Seigneur Jésus l’accompagnait où qu’il allât. Et chaque fois qu’il arrivait à Joseph de faire quelque ouvrage trop long ou trop court, trop large ou trop étroit, le Seigneur Jésus étendait sa main contre, et cela s’arrangeait aussitôt comme Joseph le désirait ; de sorte qu’il n’avait pas besoin d’achever aucun ouvrage de sa main, parce qu’il n’était pas fort entendu dans son métier.

XXXIX. — Or, un certain jour, Hérode, roi de Jérusalem, le fit venir et lui dit : Joseph, je veux que vous construisiez un trône de la mesure de ce lieu où j’ai coutume de m’asseoir. Joseph obéit ; et, mettant aussitôt la main à l’ouvrage, il demeura deux ans dans le palais, jusqu’à ce qu’il eût achevé la construction de ce trône. Et comme il le posait à sa place, il vit qu’il s’en manquait de chaque côté dix-huit pouces de la mesure fixée : ce qu’ayant vu, le roi se fâchait très-fort contre Joseph, et Joseph, craignant la colère du roi, allait coucher sans souper, n’ayant rien goûté du tout. Alors le Seigneur Jésus lui demandant pourquoi il avait peur : Parce que, dit Joseph, j’ai perdu un ouvrage auquel j’ai travaillé deux ans entiers. Et le Seigneur Jésus lui dit : Quittez la crainte, et ne vous abattez pas l’esprit ; vous prendrez un des côtés de ce trône, et moi l’autre, afin que nous le réduisions à la juste mesure. Et lorsque Joseph eut fait comme le Seigneur Jésus avait dit, et que l’un et l’autre tirait fortement de son côté, le trône obéit, et fut réduit à la juste mesure de ce lieu. Les assistants qui voyaient ce prodige en étaient étonnés, et glorifiaient Dieu. Or ce trône était fait de ce bois qui avait existé du temps de Soleiman[30], c’est-à-dire d’un bois marqueté de différentes formes et figures.

XL. — Un certain autre jour, le Seigneur Jésus étant venu dans la rue et ayant vu des enfants qui s’étaient assemblés pour jouer, il se mêla dans la troupe. Ceux-ci l’ayant vu, comme ils se cachaient pour qu’il les cherchât, le Seigneur Jésus vint à la porte d’une certaine maison, et demanda à des femmes qui étaient là, où ces enfants étaient allés. Et comme elles répondaient qu’il n’y avait personne là, le Seigneur Jésus reprit : Qui sont ceux que vous voyez dans le four ? Comme elles répondirent que c’étaient des chevreaux de trois ans, le Seigneur Jésus s’écria et dit : Sortez ici, chevreaux, vers votre pasteur. Et aussitôt les enfants sortaient semblables à des chevreaux, et bondissaient autour de lui ; ce que ces femmes ayant vu, elles furent fort étonnées, et la crainte et le tremblement les saisit. Tout d’un coup donc elles adoraient le Seigneur Jésus, et le priaient, disant : Ô notre Seigneur Jésus ! fils de Marie, vous êtes véritablement ce bon pasteur d’Israël[31] ! ayez pitié de vos servantes, qui se tiennent devant vous, et qui ne doutent point que vous, ô notre Seigneur ! ne soyez venu pour guérir, mais non pas pour détruire[32]. Ensuite, comme le Seigneur Jésus eut répondu que les enfants d’Israël étaient entre les peuples comme les Éthiopiens[33], les femmes disaient : Seigneur, vous connaissez toutes choses, et rien ne vous est caché[34] ; maintenant donc nous vous prions, et nous demandons à votre douceur que vous rétablissiez ces enfants, vos serviteurs, dans leur premier état. Le Seigneur Jésus disait donc : Venez, enfants, afin que nous nous en allions et que nous jouions ; et sur-le-champ, en présence de ces femmes, les chevreaux furent changés, et revinrent sous la forme d’enfants.

XLI. — Au mois d’Adar[35] Jésus assembla des enfants, et les rangea comme étant leur roi ; car ils avaient étendu leurs habits[36] par terre pour qu’il s’assît dessus, et avaient mis sur sa tête une couronne de fleurs, et se tenaient à droite et à gauche comme des gardes se tiennent auprès d’un roi. Or, si quelqu’un passait par ce chemin-là, ces enfants l’amenaient par force, disant : Venez ici, et adorez le roi, afin que vous fassiez un bon voyage.

XLII. — Cependant, tandis que ces choses se passaient, des hommes qui portaient un enfant dans une litière approchaient. Car cet enfant était allé sur la montagne chercher du bois avec ses camarades, et y ayant trouvé un nid de perdrix, et y ayant porté la main pour en prendre les œufs, un malin serpent se glissant du milieu du nid le piqua, de sorte qu’il implorait le secours de ses camarades, lesquels étant accourus promptement le trouvèrent étendu par terre comme mort ; et ses parents étaient venus, et, l’ayant enlevé, ils le reportaient à la ville. Étant donc parvenus à l’endroit où le Seigneur Jésus était assis comme un roi, et les autres enfants l’entouraient comme ses ministres, les enfants couraient au-devant de celui qui avait été mordu du serpent, et disaient à ses proches : Approchez, et saluez le roi. Mais comme ils ne voulaient pas approcher, à cause de la tristesse où ils étaient plongés, les enfants les entraînaient malgré eux. Et quand ils furent venus auprès du Seigneur Jésus, il leur demandait pourquoi ils portaient cet enfant. Et comme ils répondaient qu’un serpent l’avait mordu, le Seigneur Jésus disait aux enfants : Allez avec nous, afin que nous tuions ce serpent. Or les parents de l’enfant demandant qu’on les laissât en aller, parce que leur enfant était à l’agonie de la mort, les enfants répondaient, disant : N’avez-vous pas entendu ce que le roi a dit : Allons, et tuons le serpent ; et vous ne lui obéissez pas ? Et ils faisaient ainsi rebrousser chemin à la litière. Et lorsqu’ils furent arrivés auprès du nid, le Seigneur Jésus disait aux enfants : Est-ce là le trou du serpent ? Eux disant que oui, le serpent ayant été appelé par le Seigneur Jésus, paraissait aussitôt, et se soumettait à lui. Allez, lui dit-il, et sucez tout le venin que vous avez insinué à cet enfant. C’est pourquoi ce serpent, se glissant vers l’enfant, enleva de nouveau tout son venin ; et alors le Seigneur Jésus le maudit, pour qu’il mourût déchiré sur-le-champ ; et il toucha l’enfant de sa main, pour qu’il recouvrât sa première santé. Et comme il commençait à pleurer : Retenez vos larmes, lui dit le Seigneur Jésus ; car vous serez bientôt mon disciple ; et c’est lui qui est Simon le Chananéen, dont il est fait mention dans l’Évangile[37].

XLIII. — Un autre jour, Joseph avait envoyé son fils Jacques au bois, et le Seigneur Jésus l’avait accompagné ; et lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit où il y avait du bois, et que Jacques eut commencé à en ramasser, voilà qu’une maligne vipère le mordit, de sorte qu’il commençait à pleurer et à crier. Jésus, le voyant donc en cet état, s’approcha de lui, et souffla sur l’endroit où la vipère l’avait mordu, pour qu’il fût guéri sur-le-champ.

XLIV. — Un certain jour aussi que Jésus se trouvait parmi des enfants qui jouaient sur un toit, un des enfants, tombant d’en haut, mourut tout d’un coup. Or, les autres enfants s’enfuyant, le Seigneur Jésus resta seul sur le toit, et lorsque les parents de cet enfant furent venus, ils disaient au Seigneur Jésus : Vous avez jeté notre fils à bas du toit. Mais lui le niant, ils criaient en disant : Notre fils est mort, et voila celui qui l’a tué. Le Seigneur Jésus leur dit : Ne m’accusez pas d’une action dont vous ne pourrez nullement me convaincre ; mais écoutez, interrogeons l’enfant lui-même, qu’il mette au jour la vérité. Alors, le Seigneur Jésus, descendant, se tint debout sur la tête de l’enfant, et d’une voix forte : Zeinun[38], dit-il, Zeinun, qui est-ce qui vous a précipité du toit ? Alors le mort répondant : Seigneur, dit-il, ce n’est pas vous qui m’avez jeté, mais c’est quelqu’un qui m’en a fait tomber. Et lorsque le Seigneur eut dit aux assistants qu’ils fissent attention à ses paroles, tous ceux qui étaient présents louaient Dieu pour ce miracle.

XLV. — Une fois, la divine dame Marie avait ordonné au Seigneur Jésus de s’en aller, et de lui apporter de l’eau d’un puits. Lors donc qu’il fut allé puiser de l’eau, la cruche pleine se brisa en la retirant ; mais le Seigneur Jésus étendant sa serviette, en ramassa l’eau et la portait à sa mère, laquelle, étonnée d’une chose toute merveilleuse, tenait cependant cachées et conservait dans son cœur[39] toutes celles qu’elle avait vues.

XLVI. — Un autre jour, le Seigneur Jésus se trouvait encore avec des enfants sur le bord de l’eau, et ils avaient détourné l’eau de ce ruisseau par des fossés, se construisant de petites piscines ; et le Seigneur Jésus avait fait douze moineaux, et les avait arrangés, trois de chaque côté, autour de sa piscine. Or, c’était un jour de sabbat ; et le fils du Juif Hanani, s’approchant et les voyant agir de la sorte : Est-ce ainsi, dit-il, qu’un jour de sabbat vous faites des figures de terre ? Et accourant promptement, il détruisait leurs piscines. Mais lorsque le Seigneur Jésus eut frappé des mains sur les moineaux qu’il avait faits, ils s’envolaient en criant. Ensuite le fils d’Hanani s’approchant aussi de la piscine de Jésus pour la détruire, son eau s’évanouit, et le Seigneur Jésus lui dit : Comme cette eau s’est évanouie, de même votre vie s’évanouira ; et sur-le-champ cet enfant se dessécha.

XLVII. — Dans un autre temps, comme le Seigneur Jésus retournait le soir à la maison avec Joseph, il fut rencontré par un enfant qui, courant rapidement, le heurta et le fit tomber. Le Seigneur Jésus lui dit : Comme vous m’avez poussé, de même vous tomberez, et ne vous relèverez pas ; et, à la même heure, l’enfant tomba et expira.

XLVIII. — Au reste, il y avait à Jérusalem un certain Zachée qui enseignait la jeunesse. Il disait à Joseph : Pourquoi, ô Joseph, ne m’envoyez-vous pas Jésus pour qu’il apprenne les lettres ? Joseph le lui promettait, et le rapportait à la divine Marie. Ils le menaient donc au maître qui, aussitôt qu’il l’eut vu, lui écrivit un alphabet, et lui commanda qu’il dît aleph. Et lorsqu’il eut dit aleph, le maître lui ordonnait de prononcer beth. Le Seigneur Jésus lui repartit : Dites-moi premièrement la signification de la lettre aleph, et alors je prononcerai beth. Et comme le maître lui donnait des coups, le Seigneur Jésus expliquait les significations des lettres aleph et beth ; de même quelles figures des lettres étaient droites, obliques, doublées, avaient des points, en manquaient, pourquoi une lettre précédait une autre ; et il se mit à détailler et éclaircir plusieurs autres choses que le maître n avait jamais ni entendues ni lues dans aucun livre. Ensuite le Seigneur Jésus dit au maître : Faites attention à ce que je vais dire ; et il commença à réciter clairement et distinctement aleph, beth, gimel, daleth, jusqu’à la fin de l’alphabet. Ce que le maître admirant : Je pense, dit-il, que cet enfant est né avant Noé, et, se tournant vers Joseph : Vous m’avez, dit-il, donné à instruire un enfant plus savant que tous les maîtres. Il dit aussi à la divine Marie : Vous avez là un fils qui n’a besoin d’aucun enseignement.

XLIX. — Ils le menèrent ensuite à un autre maître qui, lorsqu’il le vit : Dites aleph, dit-il. Et lorsqu’il eut dit aleph, le maître lui commandait de prononcer beth. Le Seigneur Jésus lui répondit : Dites-moi premièrement la signification de la lettre aleph, et alors je prononcerai beth. Comme ce maître le frappait de la main, aussitôt sa main sécha, et il mourut. Alors Joseph disait à la divine Marie : Dorénavant ne le laissons plus sortir de la maison, parce que qui que ce soit qui le contrarie, il est puni de mort.

L. — Et lorsqu’il eut douze ans, ils le menèrent à Jérusalem à la fête[40], et, la fête passée, ils s’en retournaient ; mais le Seigneur Jésus restait en arrière dans le temple, parmi les docteurs et les vieillards, et les savants des enfants d’Israël, à qui il faisait diverses questions sur les sciences, et répondait aux leurs. Car il leur disait : Le messie, de qui est-il fils[41] ? Ils lui répondaient : Fils de David. Pourquoi donc, dit-il, l’appelle-t-il en esprit son Seigneur, quand il dit[42] : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, afin que je soumette vos ennemis aux traces de vos pieds ? Alors un certain prince des maîtres l’interrogeait : Avez-vous lu des livres ? Et des livres, répondait le Seigneur Jésus, et les choses qui sont renfermées dans les livres ; et il expliquait les livres et la loi, et les préceptes, et les statuts, et les mystères contenus dans les livres des prophètes, choses que l’entendement d’aucune créature n’a comprises. Ce maître disait donc : Pour moi, jusqu’à présent je n’ai vu ni entendu une telle science ; que pensez-vous que sera cet enfant[43] ?

LI. — Et comme il se trouvait là un philosophe savant dans l’astronomie, et qui demandait au Seigneur Jésus s’il avait étudié l’astronomie, le Seigneur Jésus lui répondait et expliquait le nombre des sphères et des corps célestes, et leurs natures et opérations : l’opposition, l’aspect trine, quadrat, et sextil ; leur progression et rétrogradation ; enfin le comput et le prognostic, et autres choses que jamais la raison d’aucun homme n’a approfondies.

LII. — Il y avait aussi parmi eux un philosophe très-savant en médecine et en science naturelle, qui, comme il demandait au Seigneur Jésus s’il avait étudié en médecine, lui, répondant, lui expliqua la physique et la métaphysique, l’hyperphysique et l’hypophysique, les vertus et les humeurs du corps et leurs effets ; le nombre des membres et des os, des veines, des artères, et des nerfs, aussi les tempéraments, le chaud et le sec, le froid et l’humide, et ceux qui en dérivaient ; quelle était l’opération de l’âme sur le corps, ses sensations et ses vertus ; les facultés de parler, de se fâcher, et de désirer ; enfin la congrégation et la dissipation, et autres choses que jamais l’entendement d’aucune créature n’a pénétrées. Alors ce philosophe se levait et adorait le Seigneur Jésus : Ô Seigneur Jésus, dit-il, désormais je serai votre disciple et votre serviteur.

LIII. — Comme ils s’entretenaient de ces choses et d’autres, la divine dame Marie arrivait, après avoir couru trois jours en le cherchant avec Joseph ; et le voyant assis entre les docteurs[44], les interrogeant et leur répondant tour à tour, elle lui disait : Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? voici que moi et votre père vous avons cherché avec une grande fatigue. Mais pourquoi, leur dit-il, me cherchiez-vous ? ne saviez-vous pas qu’il convient que je vaque dans la maison de mon père ? Mais eux ne comprenaient pas les paroles qu’il leur disait. Alors ces docteurs demandaient à Marie s’il était son fils ; et elle disant que oui : Ô Marie, disaient-ils, que vous êtes heureuse d’avoir un tel fils ! Or, il retournait avec eux à Nazareth[45], et il leur obéissait en toutes choses. Et sa mère conservait toutes ses paroles dans son cœur. Et le Seigneur Jésus profitait en taille, et en sagesse, et en grâce devant Dieu et les hommes.

LIV. — Et depuis ce jour il commença à cacher ses miracles et ses secrets, et à s’appliquer à la loi, jusqu’à ce qu’il eût trente ans accomplis[46] ; quand le père le déclara publiquement vers le Jourdain, par cette voix venue du ciel[47] : Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me plais ; le Saint-Esprit présent sous la forme d’une colombe blanche.

LV. — C’est là celui que nous adorons humblement, parce qu’il nous a donné l’essence et la vie, et nous a fait sortir du sein de nos mères[48], qui a pris un corps humain à cause de nous, et nous a rachetés afin que la miséricorde éternelle nous environnât, et qu’il nous donnât sa grâce par sa libéralité, sa bienfaisance, sa générosité, et sa bienveillance. À lui soit gloire et louange, et puissance, et empire, depuis ce temps dans les siècles éternels. Ainsi soit-il.


Fin de tout l’Évangile de l’enfance, par le secours du Dieu suprême, suivant ce que nous avons trouvé dans l’original.


  1. Voyez ci-devant, n° xiii, page 455 ; et aussi la note 6 de la page 462.
  2. Genes., xvii, v. 12 ; et Levit., xii, v. 3. (Note de Voltaire.)
  3. Exod., xiii, v. 2 ; et Luc, ii, v. 23. (Id.)
  4. Matth., iv, v. 11. (Id.)
  5. Luc, ii, v. 28. (Id.)
  6. Matth., ii, v. 4 (Note de Voltaire.)
  7. Marc., v, v. 9 ; et Luc, viii, v. 30. (Note de Voltaire.)
  8. Marc., v, v. 7 ; Matth., viii, v. 29 ; Luc, iv, v. 41. (Id.)
  9. Num., xxiv, v. 8 ; Osée, xi, v. 1 ; Matth., ii, v. 15. (Note de Voltaire.)
  10. Luc, chap. viii, v. 27 ; et Marc, v, v. 2. (Id.)
  11. Marc, vii, v. 35. (Note de Voltaire.)
  12. Act., xiv, v. 10. (Id.)
  13. Luc, xi, v. 27. (Note de Voltaire.)
  14. Luc, ii, v. 27. (Note de Voltaire.)
  15. Luc, x, v. 23. (Id.)
  16. Nicodème les appelle Dimas et Gestas, art. ix de son Évangile ; et Bède, Matha et Joca. (Note de Voltaire.) — Voyez page 517.
  17. Luc, xxiii, v. 43. (Id.)
  18. Matth., xvi, v. 22. (Id.)
  19. Matth., viii, 4 ; ix, 30 ; xii, 16. (Note de Voltaire.)
  20. Caleb. (Id.)
  21. Daniel, iii, 23. (Id.)
  22. Prov., xxiv, v. 27. (Note de Voltaire.)
  23. Act., ix, v. 40. (Id.)
  24. Matth., x, v. 3 ; Marc, iii, v. 18 ; et Luc, vi, v. 14. (Id.)
  25. Marc, i, v. 24 ; Luc, iv, v. 34, etc. (Note de Voltaire.)
  26. Luc, xxii, v. 3. ; et Jean, xiii, v. 26. (Id.)
  27. Deux fils de Joseph, frères de Jésus. (Id.) — Voyez l’art. xvii du Protévangile de Jacques, et la note 3 de la page 478.
  28. Pline (liv. XXXV, chap. ii, § 42) dit que les teinturiers d’Égypte savaient donner diverses couleurs aux étoffes, en les plongeant dans la même chaudière. (Note de Voltaire.)
  29. Marc, vi, v. 3 ; et Matth., xiii, v. 55. Justin, page 316 de son Dialogue avec Tryphon, dit que Jésus avait fait des charrues, des jougs, et autres ouvrages. Théodoret (liv. III, Hist., chap. xxiii) rapporte aussi que Libanius ayant demandé à son précepteur chrétien ce que faisait le charpentier, il lui répondit : « Il fait une bière pour Julien. » (Id.)
  30. Salomon. (Note de Voltaire.)
  31. Jean, x, v. 11. (Id.)
  32. Jean, iii, v. 17. (Id.)
  33. Jérém., xiii, v. 23. (Id.)
  34. Jean, xi, v. 24, seq. ; xvi, v. 30 ; et xxi, v. 17. (Note de Voltaire.)
  35. C’est le douzième chez les Juifs ; il répond à la fin de février et au commencement de mars. (Id.)
  36. Matth., xxi, v. 8. (Id.)
  37. Matth., x, v. 4. (Note de Voltaire.)
  38. Zénon. (Id.)
  39. Luc, ii, v. 19. (Note de Voltaire.)
  40. Luc, ii, v. 42. (Note de Voltaire.)
  41. Matth., xxii, v. 42. (Id.)
  42. Ps. cix, v. 1. (Note de Voltaire.)
  43. Luc, i, v. 66. (Id.)
  44. Luc, ii, v. 46. (Note de Voltaire.)
  45. Luc, ii, v. 51. (Id.)
  46. Luc, iii, v. 23. (Id.)
  47. Luc, iii, v. 22. (Note de Voltaire.)
  48. Ps. cxxxviii, v. 13. (Id.)