Évangile de l’enfance du Christ/Édition Garnier

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Ce fragment de l’Évangile de l’enfance du Christ, étant trop étendu pour entrer dans la notice, nous le ferons précéder l’Évangile complet dont nous avons fait mention à son article, n° xiii.


ÉVANGILE


DE L’ENFANCE DU CHRIST[1].


I. — Moi, Thomas, j’ai cru nécessaire de faire connaître à tous les Israélites, nos frères entre les nations, les œuvres enfantines et magnifiques du Christ qu’a opérées notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ, né dans notre région à Bethléem, en étant moi-même étonné, dont voici le commencement.

II. — L’enfant Jésus avait l’âge de cinq ans. Or, comme il avait plu et que la pluie avait cessé, Jésus, avec d’autres enfants hébreux, jouait au bord d’un ruisseau ; et les eaux courantes se rassemblaient dans des fossés. Alors les eaux devinrent incontinent pures et efficaces. Cependant il ne les frappa que de la parole, et elles lui obéissaient entièrement ; et ayant pris sur leur rive de la terre molle, il en forma des petits moineaux au nombre de douze. Or, il y avait avec lui des enfants qui jouaient ; et un certain Juif, ayant vu ce que Jésus avait fait avec de la terre un jour de sabbat, s’en alla sur-le-champ, et l’annonça à son père Joseph, disant : Voici que votre fils, en jouant près d’un ruisseau, a pris de la terre, en a formé douze moineaux, et il profane le sabbat. Joseph donc venant sur le lieu et le voyant, il le gronda en ces termes : Pourquoi faites-vous ces choses un jour de sabbat, puisqu’il n’est pas permis ? Mais Jésus, ayant frappé des mains, cria aux moineaux, et leur dit : Allez, volez, et souvenez-vous de moi étant vivants. Alors les petits moineaux s’envolèrent, et sortirent en criant ; et les Juifs, le voyant, l’admirèrent beaucoup ; et, s’en allant, ils racontèrent aux principaux d’entre eux le miracle que Jésus avait fait en leur présence.

III. — Or le fils d’Annas le scribe était là avec Joseph ; et ayant pris un rameau de saule, il fit écouler les eaux que Jésus avait assemblées. L’enfant Jésus le lui ayant vu faire, il en fut fâché, et lui dit : Sot que vous êtes, quel mal vous ont fait ces fossés, pour que vous répandiez les eaux ? Voilà sur l’heure que vous séchiez aussi vous-même comme un arbre, et que vous ne portiez ni feuilles, ni rameaux, ni fruits[2] ; et tout à coup il devint tout sec ; mais Jésus se retira, et s’en alla dans sa maison. Au reste, les parents de celui qui avait séché, l’ayant pris, l’emportèrent en pleurant sa jeunesse, et le conduisirent à Joseph, qu’ils accusaient : Pourquoi avez-vous un enfant de cette façon, qui opère de telles choses ? Ensuite Jésus, étant prié par toute l’assemblée, le guérit ; il lui laissa cependant un petit membre[3] sans mouvement et sans force, pour qu’ils y fissent attention.

IV. — Une autre fois, Jésus passait par le village, et un enfant, en courant se jeta avec violence sur son épaule ; de quoi Jésus, étant irrité, lui dit : Vous ne finirez pas votre chemin ; et aussitôt l’enfant tomba et mourut ; mais quelques-uns, voyant cela, dirent : D’où est né cet enfant, que chacune de ses paroles a un si prompt effet ? Et les parents du mort, s’approchant de Joseph, se plaignaient, disant : Puisque vous avez cet enfant, vous ne pouvez pas habiter avec nous dans notre ville, ou apprenez à votre enfant à bénir au lieu de faire des imprécations, ou sortez avec lui de ces lieux ; car il tue nos enfants.

V. — Joseph, ayant donc pris l’enfant à part, l’avertissait, disant : Pourquoi faites-vous de cette façon, et les faites-vous souffrir, nous haïr, et nous persécuter ? Jésus répondit : Je sais que ces paroles ne sont pas de vous ; je me tairai cependant à cause de vous ; mais ceux qui vous les ont suggérées en porteront la peine éternellement ; et sur-le-champ ses accusateurs furent privés des yeux ; et ceux qui virent cela en furent tous fort épouvantés, et ils hésitaient, et disaient de lui que tout discours qu’il proférerait, soit bon, soit mauvais, aurait son effet, et ils l’admiraient ; mais Joseph ayant vu cette œuvre de Jésus, se levant, lui prit l’oreille et la pinça. L’enfant en fut indigné, et lui dit : Qu’il vous suffise qu’ils cherchent, et qu’ils ne trouvent pas. Vous n’avez point du tout fait sagement. Ne savez-vous pas que je suis à vous ? Ne me chagrinez pas.

VI. — Au reste, un certain maître d’école nommé Zachée, étant dans un certain lieu, apprit ces choses de Jésus de la bouche de son père, et fut fort étonné de ce qu’un enfant tenait de tels propos. Et peu de jours après il alla vers Joseph, et lui dit : Vous avez un enfant judicieux, qui a de l’entendement ; allons donc, confiez-le-moi, pour qu’il apprenne les lettres. Et lorsque le maître fut assis pour enseigner les lettres à Jésus, il commença par la première, Aleph. Mais Jésus prononça la seconde Beth et Ghimel, et lui nomma les autres lettres jusqu’à la fin. Et, ayant ouvert le livre, il enseigna les prophètes au maître d’école, qui resta tout honteux parce qu’il ne savait pas d’où il avait appris les lettres ; et, se levant, il retourna à la maison, saisi d’admiration et étonné d’une chose incroyable.

VII. — Après cela, comme Jésus passait son chemin, il vit une boutique, et certain jeune homme qui trempait dans des chaudières des habits et divers morceaux d’étoffe de couleur brune, préparant le tout selon la volonté d’un chacun. Alors l’enfant Jésus étant entré vers le jeune homme qui était ainsi en ouvrage, il prit aussi des morceaux d’étoffe qui se trouvèrent sous sa main…



  1. Voyez ci-devant, n° xiii, page 455 ; et aussi la note 6 de la page 462.
  2. Marc, xi, v. 14. (Note de Voltaire.)
  3. Une main. Luc, vi, v. 8. (Id.)