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Œuvres (Ferrandière)/Fables/Fable 132

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Janet et Cotelle (Première partie : Fables — Seconde partie : Poésiesp. 145).

FABLE CXXXII.

LA TAUPE ET LE LIMAÇON.


Un limaçon rêvoit sur une taupinière ;
Du séjour souterrain la fameuse ouvrière
Travailloit alors vivement
À prolonger son obscur logement
En tortueuse galerie.
Par ses efforts l’insecte est repoussé,
Changé de place et renversé.
La terre tremble ici, j’y vais perdre la vie,
Disoit le peureux limaçon,
Quittons ce lieu, car il n’y fait pas bon.
En se traînant un trou l’arrête :
Autre embarras, autre frayeur ;
Mais un museau crotté s’approchant de sa tête,
Le voilà rassuré, tiré de son erreur.
Que maudit soit, dit-il, la taupe et son ravage,
Et sa longue maison ! pour si mince ménage,
Se plaire à déranger, culbuter, gâter tout,
Eut-on jamais un si bizarre goût ?
Cesse de travailler, et tu seras plus sage.
Les fainéans le sont-ils davantage,
Reprend le noir museau ? Tu te plains, et de quoi ?
Pour juger sainement laisse-là ta colère.
Je fais parfois du mal en vivant sous la terre ;
Mais ce qui vit dessus, à commencer par toi,
En fait toujours, en fera plus que moi ;
Oh ! tout se sait, on te connoît, compère :
Le plus coupable enfin ne peut jamais se taire.