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Œuvres (Ferrandière)/Fables/Fable 133

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Janet et Cotelle (Première partie : Fables — Seconde partie : Poésiesp. 146).

FABLE CXXXIII.

LE BAUDET ET LE CHIEN DE MÉTAIRIE.


Un baudet maltraité se lamentoit sans fin
Sur son malheureux sort : Bon ! lui dit un mâtin,
À quoi sert ton courroux contre la race humaine ?
S’affliger, mon ami, c’est inutile peine,
Car tout n’en va pas moins son train.
J’ai passé, comme toi, mes plus belles années
À murmurer contre les destinées ;
Mon état n’en valoit pas mieux,
Et j’étois détesté de toute mon engeance
Tant mon esprit étoit hargneux,
J’ai réfléchi, sers-toi de mon expérience :
Vois-tu là bas mon maître, excellent laboureur,
Mal vêtu, mal nourri, travaillant dès l’aurore,
Qui pourtant chante de bon cœur ?
Avec tous ses enfans le soir il rit encore,
Sans songer que malgré les services qu’il rend,
Devenu vieux, infirme, chancelant ;
De la misère il aura tout à craindre :
Voyant de près ses maux, je n’ose plus me plaindre.