Œuvres de Descartes/Édition Adam et Tannery/Tome 3/Texte entier

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René Descartes : Œuvres de Descartes, éd. Adam et Tannery, Tome 3

OEUVRES

��DE

��DESCARTES

��CORRESPONDANCE III

Janvikr 1640 — Juin 1643

�� � M. Darboux, de l' Académie des Sciences , doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Paris, et M. Boutroux, de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, professeur dliistoire de la philosophie moderne à la Sorbonne, ont suivi l'impression de cette publication en qualité de commissaires responsables.

�� �


ŒUVRES
DE
DESCARTES

PUBLIÉES
PAR
Charles ADAM & Paul TANNERY
SOUS LES AUSPICES
DU MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE

—————

CORRESPONDANCE
III
Janvier 1640 — Juin 1643


PARIS
LÉOPOLD CERF, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
12, RUE SAINTE-ANNE, 12

1899




CORRESPONDANCE
CORRESPONDANCE
CLXXXI.
Regius et Emilius a Descartes.
Utrecht, janvier 1640.

[A. Baillet], La Vie de Monsieur Des-Cartes, T. II, p. 20-21, 21-22, 36-37 et S7.

Nous réunissons ici trois lettres dont Baillet parle à plusieurs reprises de telle façon qu’il est impossible de les séparer. Ce sont les lettres VIII et X de Regius à Descartes, et entre les deux, une lettre d’Emilius, numé- rotée IX comme faisant partie de la collection des lettres de Regius. Il y est question surtout de l’oraison funèbre de Reneri, prononcée à Utrecht le 18 mars lôBg (voir lettre CLIX, t. II, p. 528) et qui venait seulement d’être imprimée (A et B), puis de la querelle que Regius cherchait à Plem- pius, de Louvain (C), enfin des machinations de Voetius contre Regius à Utrecht (D).

« La principale louange que M. Emilius avoit à donner à l’illustre défunt (Reneri), e’/o// d’avoir eu ajfei de courage pour fe défaire de l’autorité des Anciens et des Modernes qui l’avoient précédé, afin de rentrer dans la liberté que Dieu a donnée à nôtre raifon pour fe conduire dans la recherche de la Vérité, qui efi la feule Maîtreffe dont nousfofons obligei de nous rendre Seâateurs. C’étoit une réfolution véritablement héroïque qui ne pouvoit convenir qu’à des efprits du premier ordre. Mais il falloit que M. Defcartes, qui la luf avoit inspirée, comme à quelques autres perfonnes qui s’étoient attachées à luf dés le commencement de fa retraite en Hollande, fût le Directeur de cette entreprife (en marge : Pag. 1 14 et suiv. des orais. d'Emil.j. M. Emilius Jît valoir avec beaucoup d'éloquence les grands progre's que M. Reneri avoit faits dans la connoiffaucc de la Nature fous un Chef de cette qualité. Il rehauffa de couleurs fort vives l'honneur et l'avantage que la Ville et rUniver/i té avaient reçus de la difpofition oîi s'étoit trouvé M. Reneri de pouvoir y enfeigner les principes delà véritable Philofophie, qu'il prétendoit être demeurée inconnue au genre humain jufqu'à M. Defcartes. L'Auditoire en parut perfuadé (en marge : Lett. 10 MS. de Regius à Defcartes), et les Magiflrats, après avoir honoré ce difcours de leur approbation, ordonnèrent qu'il ferait imprimé & publiquement difîribué fous leur autorité, tant pour honorer la mémoire de leur Prof ejfeur, que pour donner des marques éclatantes de la reconnoijfance qu'ils avaient dufervice important que leur avoit rendu M. Defcartes en formant un tel Difciple. » (Baillet, II, 20-21).

« Il y • avait longtemps que M. Emilius cherchait à s'intro- duire dans la connoiffance et la familiarité de M. Defcartes. Les habitudes qu'il avoit eues autrefois avec M. Beeckman, Principal du Collège de Dort (en marge : Lettr. MS. d'Emil. à Defcart. n. IX parmy celles de Regius), lui avaient découvert une partie de fan mérite, et cet homme lui avoit infpiré une véjiératiou profonde pour lui. Depuis la mort de M. Beeckman", s'étant lié très étroitement avec M. Reneri, qu'il confidéroit non feulement comme fan Collègue, mais encore comme f on Compatriote à caufe dupais de Liège qui leur avoit donné la naiffance, il fentil augmenter extraordinairement la pajjlon qu'il avait conçue' à Dort pour fan efprit. La feule converfatian de M. Reneri l'avait rendu feâateur defes opinions et ferviteur de fa perfanne, jufqu'à ce que la leâure des ouvrages même de M. Defcartes acheva défaire cette conquête pour lafeâe de la nouvelle Philofo- phie. A la mort de cet intime ami, il s'étoit trouvé d'autant plus ho- noré de la commijfxan qu'il avait reçue d'en faire l'oraif an funèbre (en marge : V. les Lettr. de Reg. et d'Emil. à Delcart.) qu'on avoit mieux fécondé fan inclination fans qu'il eût été obligé de la faire paraître, et fans fe rendre par conféquent fufpeâ de flaterie. Mais il bénit fur tout la Providence, lors que le premier Magifîrat de la Ville luy envoya ordre exprés défaire les éloges de M. Defcartes et de la nouvelle Philofophie dans l' Or aif on funèbre de M. Reneri. Ce qu'il conjîdèra comme une faveur du Ciel, qu'il n'aurait jamais ofé efpérer quand il aurait eu la penfée de la folliciter. » (Baillet, II,

a. Le 20 mai lôSy.

�� � 21-22.) Baillct ajoute en marge ei entre paicnihèses : ■' Les tenues de l'unique Archimédede tiôtre fiécle, de l'unique Atlas de l'Univers, de confident de la Nature, de puifîant Hercule, d'UlylTe, et de Dédale, et plujieurs attires exprejjions fig-iirees, dont il s'c/t Jerri dans /on latin, ne Iiiy font l'enuës qu'au défaut de ce qu'il vouloil dire. »

C Baillct, après avoir rappelc le débat de i638 entre Plempius et Des-

cartes, et la façon dont Plempius en avait usé avec le philosophe en pu- bliant son livre De fundamentis Medicinœ [\^n\\. 1. p. b>^-b}'*^>. éclair- cissements), continue ainsi :

« M. Regius fut outré d'une conduite fi malhonnête (en marge : Lcttr. 10 MS. de Regius), et ayant confronté f on livre avec les Re- ponfes que M' Defcartes avoit faites prés de deux ans aupara^'anl à /es Objeâions, il ne pût retenir l'indignation qui liiy fil prendre la plume pour en marquer fes rejfenlimens à M' De/cartes. Les couleurs qu'il donne dans /a lettre à l'ingratitude et à la mauvai/e /oy de M' Plempius /ont /i vives, qu'on ne peut les exprimer de fa langue en la nôtre /ans entrer dans de /emblables tran/ports de colère contre une conduite /i lâche. Il dit qu'à l'égard des endroits oit M^ De/cartes découvrait les /ecrets les plus cachés de la Xalure, £■ oit con/ijloit la principale force de /es Réponfes, Plempius a eu la malice de faire le muet, ou d'en omettre au moins la plus grande partie. Et que pour ceux qu'il rapporte, il les e/lropie et les mitlile de telle manière qu'il en corromp entièrement le fens. Qu'à l'endroit oit il traite de la circu- lation dit fang, il fe contente de rapporter fmplement les difficultei, comme /i on n'y avoit pas encore fait de réponfes, quoique celles que M' De/cartes y avoit données fujfent très-convaincantes. Qu'à l'en- droit oit M' Defcartes rapporte plufieurs eau fes qui jointes enfemble produi/ent le battement du cicur, Plempius n'en rapporte qu'une qui e/î la chaleur. Si M De/cartes, après avoir allégué les raifons néce/- /aires pour la conviâion d'une cho/e,y en ajoute quelque autre moins nécejfaire J'ervant feulement à un plus grand éclaircijjément de la cho/e, Plempius ejl ajj'e\ de mauvai/e /py pour ne s'attacher qu'à cette dernière rai/on, cotnmeji elle avoit été donnée pour fondamentale ou e/entielle; et laiJJ'ant à /uppo/er que ce/eroit l'unique qui auroit été alléguée par M' Defcartes, il s'étudie à la rendre ridicule : ce qu'il fait ordinairement dans les endroits qu'il ne comprend pas. » (Baillct, II, 3(1-37.)

D « L'impre/fion de l'Orai/on funèbre de M' Reneri, Jaite pour le commencement de l'atmée 1640 par l'ordre des Magifrats, avoit

�� � encore aigri fort efprit de nouveau (à Voetius), mais elle ne l'avoit pas découragé. Il avoit crû, au contraire, que, fous les acclamations publiques que l'on donnoit à Af De/cartes, il pourroit agir plus four- dément et avec moins de foupçons contre luj (en marge : Lettr. MS. de Reg. 8 et lo. Lettr. d'Emil. à Desc, etc.). Mais pour venir à bout de cette entreprife, il falloit ruiner M' Regius. C'efï à quoy il travailla de toutes fes forces, s'étudiant à rechercher dans fes leçons etfes écrits de quoy luifufciter un procès. » (Baillet, II, 57.)

Sur l'origine de la guerre faite par Voetius à Regius, voir la lettre CLXIX ci-avant, du 14 juillet 1639, t. II, p. 568-569.

��CLXXXII.

Descartes a Mersenne.

29 janvier 1640.

1° Fac-similé de l'autographe, t. II de V Isographie des hommes célèbres

(Paris, Didot, 1828).

2" Texte de l'exemplaire de l'Institut, tome II, lettre 35, p. 203-207.

L'Isographie ne donne en fac-similé que deux pages de l'auto- graphe, celles qui correspondent à Clers., p. 202-203 (jusqu'à vers la fin de mars, ci-après p. 7, /. g) et à Clers., p. 20'] -208 (à partir de : i Affin que le vous mande, ci -après p. 14, l, 6), c'est-à-dire la première partie de la lettre et la dernière. Mais le reste a été corrigé, sur l'exemplaire de l'Institut, sans doute d'après l'original, les corrections des deux autres parties étant parfaitement conformes au texte du fac-similé. L'imprimé de Clerselier fournit, d'un bout à l'autre, nombre de variantes. Cette lettre était la 28' de la collection La Hire, n° {22) du classement de dont Poirier.

Mon Reueretid Père,

Il faut que ie commence ma lettre par la badinerie que M"" Riuet vous auoit efcrite", puifque c'efl par elle

3 M^ Riuet] N.

a. Voir lettre CLXXIX, t. II, p. 636, 1. 25.

�� � que vous auez commencé la voftre du dernier Dec, & que ie vous die qu’il c’eft trouué vn homme de ce pais fi habile en l’art de Charlatan que, fans rien du tout fçauoir en Mathématiques, il n’a pas laiffé de faire 5 profeffion de les enfeigner & de pafTer pour le plus fçauant de tous ceux qui s’en méfient. Et ce, par la feule impudence de fe vanter qu’il fçauoit tout ce qu’il auoit ouy dire eflre ignoré par les autres ; & de faire des liures qui prometoient des merueilles au titre,

10 mais qui ne contenoient au dedans que des fautes ou des pièces dérobées; & de dire effrontément toutes fortes d’iniures a ceux qui luy contredifoient, & les prouoquer par gageures. En forte qu’il ne fe rencon- troit perfonne qui luy ofafl refifter, iufques a ce

i5 qu’ayant enfin fait imprimer vn affez gros liure qu’il auoit continuellement promis depuis 6 ou 7 ans, vn ieune homme d’Vtrecht* en a fait vn autre ou il a re- marqué toutes fes fautes, & a decouuert toutes fes fourbes, & pour luy ofler fa vieille pratique de vouloir

20 gager, il l’a auerti dans ce liure qu’il ne deuoit plus parler de gager, s’il ne depofoit auparauant fon argent entre les mains de quelque Profeffeur en Mathéma- tiques, & que ce feroit pour les pau|ures, s’il le perdoit, & que, s’il faifoit autrement, on fe mocqueroit de fes

2 5 brauades & qu’on verroit par la qu’il ne vouloit gager

I Dec] Décembre 1639. — 2 c’eft] s’eft. — 4 Mathématique. — 7 impudence] hardiesse. — 1 1 dire effrontément] répliquer sans raifon. — 12 d’iniures] de chofes. — i5 enfin ayant. — 18 a omis. — 19 fourbes] fineffes. — 20 l’a auerti dans] a mis en. — plus] point. — 21 s’il ne... argent] qu’il n’euft depofé l’argent auparauant. — 22-23 Mathématique. — 2’3 s’il le perdoit] en cas qu’il perdift. — 24 &] ou. Correspondance.

��II, 203.

��qu’en paroles. Nonobftant cela, ce badin, n’ayant rien de mieux pour fe défendre, aprouoqué celuy d’Vtrecht a gager par vn deffi imprimé; a quoy l’autre repondit qu’il deuoit donc depofer fon argent, & dire touchant quoy il vouloit gager & quels arbitres il en vouloit croire, car le Charlatan n’auoit rien fait de tout cela. Mais par après il fut û fot que de mettre 600 II. entre les mains du Recleur de Leyde & de faire vn 2 deffi, fans dire encore de quoy il vouloit gager ny quels ar- bitres il en vouloit croire. Celuy d’Vtrecht depofa auffy fon argent & fit fommer le Charlatan par vn No- taire de fpecifier fur quoy il vouloit gager, &c. A quoy il ne voulut rien repondre fur le cham, mais, a ^ ou 6 iours de la, il fit imprimer vn j deffi ou il fpecifia vn point fur lequel il vouloit gager*, mais fans nommer encore de iuges, car tous ces deffis eftoient pour abufer le peuple & faire croire que c’eftoit l’autre qui n’ofoit gager & qui auoit tort. Or ce cherlatan ayant appris que celuy d’Vtrecht s’eftoit servi de mon conseil en ce qu’il auoit efcrit, il me nomma en fon 3 deffi, & c’eft ce qui a donné fuiet a M’ Riuet de faire

��10

��20

��I badin] mal-auifé. — 1-2 rien de mieux] point d’autres armes.

— 2 a prouoqué] n’a pas laiffé de prouoquer. — 3 deffi] Ecrit. — 5 arbitres] luges. — 6 fait] dé- terminé. — 7 par après] après ce fécond auertiffement . ■ — fi fot] bien fi Imprudent. — liu.

— 8 après Redeur] de l’Vni- uerfité aj. — 2] fécond. - 9- 10 arbitres] luges. — 10 en oui.

— Celuy d’Vtiecht] L’autre. —

��1 1 après &] le aj. — le Char- latan omis. — 12 &c] & quels luges il vouloit croire. — i3 il] le Charlatan. — 13-14: 3 ou 6] cinq ou fix. — 14 : 3] troifiéme. — i5 vn... lequel] vne chofe pour laquelle. — mais om. — 16 de] les. — 16-18 car... ayant] & pource qu’il auoit. — 20 ai’ant ce] tout aj. — efcrit] fait. — fon 3] ce troifiéme. — 21 & c’eft omis. — M. Riuetl Monfieur N.

�� � 11,203-204. 'CLXXXII. — 29 Janvier 1640. 7

fon conte. Depuis ce tems la on a fait tout ce qu'on a pu pour luy faire reconnoiflre quelques arbitres, car les iuges ne font point icy de droit pour les gageures, & on l'a tellement engagé peu a peu, qu'il ne peut

5 manquer d eflre condamné. Et les curateurs des pau- ures ont fait arefl de fon argent, mais pource qu'on luy a donné vn mois de tems pour efcrire fes defenfes & vn mois aux iuges pour les examiner, il ne peut eilre tout a fait condamné que vers la fin de Mars.

10 Pour le Liure Anglois touchant les Declinaifons de TAyman '% ie ne voy point qu'on y puilTe appuyer grand fondement; & au lieu de trois obferuations, i'en voudrois mille, auant que de m'y aflurer entière- ment, à caufe qu'il ne faut prefque rien pour les faire

i5 varier.

I le ne m'arrefte pas fort auffi au Liure nommé le Threfor Infiny, qui fera peut-eftre comme le moyen de deuenir riche de la Fallu. Pour les trois Poftulata

��2-3 luy... gageures] faire qu'il fe Ibumift à quelques lu- ges. — 5 manquer] éuiter. — aprïi Et] outre qu'on a veu clairement par fes fubterfuges, qu'il ne vouloit gager que de paroles, aj. — 6 arefl de] ar- refter, — après argent], car c'eft pour eux qu'il efl dépofé aj. — 7 de tems omis. — 8 iuges] Ar- bitres. — les examiner] donner leur Sentence. — 9 après fin] du

��mois aj. — 10 Pour le Liure. . . Texte de l'Institut. — 12 & . . . de] car. — après obferuations] ne fuffïfentpas pour cela, & a/. — i3 i'en voudrois] il en faudrojt plus de. — de] ie. — affurer] affuraffe. — i3-i4 entièrement ont. — i4neom. — prefque rien] fort peu de chofe, — 14- 1 5 les... varier] changer ces declinaifons. — 18 trois omis.

��a. Voir plus loin lettre du i" avril 1640, p. 46, et Y éclaircissement.

b. La Fallu. Descartes avait bien écrit ainsi, pour Palissi, comme il en convient, lettre du 11 mars 1640 (ci-après p. 37, 1. 23).

�� � 8 Correspondance. n, 204.

du Mathématicien de la Flèche, ie ne croy pas que per- fonne refufe de les receuoir, fi ce n'eft qu'il leur donne quelque interprétation equiuoque & non attendue,

l'ay veu l'Imprimé de Chorez % mais ie ne puis rien coniedurer de fon inuention, finon que ce fera vne 5 Charlatanerie, qui ne fera point en effet ce qu'il dit, mais feulement en apparence. Tay fceu, il y a long- temps, toutes les Expériences de l'Ayman dont vous m'écriuez, & puis aifement donner raifon de toutes dans mon Monde; mais ie tiens que c'eft vne extraua- 10 gance de vouloir expliquer toute la Phyfique par l'Ayman.

le ne croy pas vous auoir iamais écrit que le Solide de la Roulette^ ne fe peut donner; car ie ne me fou- uiens point de l'auoir iamais cherché, & ie iuge, au i5 contraire, qu'il eft aifé à trouuer. Mais ie fais fi peu d'eftat de toutes ces queflions particulières, & dont ie ne voy point d'vfage, que ie ferois marry d'y em- ployer vn feul moment,

le ne voy aucune difficulté en ce que vous propofez 20 contre laTorce des Reffors : car il ne peut y auoir deux torrens de Matière fubtile, qui aillent à l'encontre

1 la Flèche] France, Omnis cunque duci potejl Parallela .

Angultis reâilineus ejl diuifibi- — 3 equiuoque.., attendue],

lis in duos Squales; Ad onmem fort différente de l'ordinaire. —

reâam per Punâum quodcun- 5 ce fera vne] c'efl quelque. —

que duci potejî Perpendiculai-is; 6 ne fera] n'eft, — ce] telle. Omni redœ per Punâum quod-

a. Voir plus loin lettre du 1 1 mars 1640, p. 42, 1. i3.

b. Voir t. II, p, 395, 1. 20-23,

c. « Ces trois lignes latines n'étoient pas dans l'original de M. de La Hjre. » {Note de Pexemplaire de VInstitut.)

�� � Il, Î04-305. CLXXXII. — 29 Janvier 1640. 9

rvn de l'autre, & de quelque cofté que cette Matière fubtile entre dans les pores d'vn arc ou reffort, ii elle les rencontre auoir vne figure forcée, qui ne luy donne pas fi libre paflage que leur figure ordinaire, 5 elle fait eflfort pour les remettre en cette figure ordi- naire^.

Pour les Lunettes, ie voy bien, par la lettre de Mon- lieur du Maurier, qu il promet beaucoup; mais ie n'en attens pourtant rien que de Monfieur de Beaune.

10 le viens de reuoir mes Notes fur Galilée, où ie n'ay véritablement pas dit que les cors qui defcendent ne paiTent pas par tous les degrez de tardiueté; mais i'ay dit que cela ne fe peut déterminer fans fçauoir ce que c'eft que la Pe|fanteur, ce qui fignifie le mefme*^.

i5 Pour voflre inftance du Plan Incliné, elle prouue bien que toute vitefTe eft diuifible à l'infiny, ce que i'ac- corde ; mais non pas que, lors qu vn cors commence à defcendre, il pafTe par toutes ces diuifions. Et quand on frappe vne boule auec vn mail, ie ne croy pas que

2o vous penfiez- que cette boule, au commencement qu'elle fe meut, aille moins vifte que le mail; ny enfin que tous les cors qui font pouffez par d'autres, man- quent à fe mouuoir, dés le premier moment, d'vne vi- teffe proportionnée à celle des cors qui les meuuent.

a5 Or eft-il que, félon moy, la Pefanteur n'eft autre

2-3 fi elle omis. — 3 rencon- — t8 ces] fes. — Et omis. — trant. — 1 1 véritablement omis. 23 après moment] qu'ils fe meu- — après dit] expreflement aj. uent aj.

a. Cf. t. II, p. 626, art. i, et p. 635, art. 6.

b. Voir t. II, p. 633,1. 18-20.

c. Cf. t. II, p. 385, 1. 7-1 1; mais, par contre, voir t. II, p. 399, 1. 3-6.

Correspondance, III. 2

�� � lo Correspondance. n, *o5.

chofe finon que les cors terreftres font pouffez réel- lement vers le Centre de la Terre par la Matière fub- tile, d'où vous voyez aifément la conclufion. Mais il ne faut pas penfer, pour cela, que ces cors fe meu- uent au commencement fi vifte que cette Matière 5 fubtile ; car elle ne les pouffe qu'obliquement, & ils font beaucoup empefchez par l'air, principalement les plus légers.

le m'étonne de ce que vous n'auiez pas encore ouv qu'on peut mieux applatir vne baie de plomb auec vn lo marteau, fur vn Couffm ou fur vne Enclume fufpenduë & qui peut céder au coup, que fur vne Enclume ferme & immobile;. car c'efl vne expérience fort vulgaire. Et il y en a vne infinité de femblables, dans les Mecha- niques, qui dépendent toutes du mefme fondement : i5 à fçauoir, ce n'ell pas affez, pour platir vne baie de plomb, que de la fraper auec beaucoup de force, mais il faut auffi que cette force dure quelque temps, afin que les parties de cette baie ayent loifir cependant de changer de fituation. Or quand cette baie eil 20 fur vne enclume ferme, le marteau rejallit en haut, quafi au mefme infiant qu'il l'a frapée, & ainfî n'a pas le loifir de l'aplatir tant que fi l'enclume ou autre cors qui foutient cette baie, cédant au coup, fait que le marteau demeure plus long-temps appuyé 2 5 de contre ^

1-2 réellement^ directement. — après force] pour l'aplatir

— 2-3 par la matière fubtile aj. — 24 foutient] efl: fous. —

otnis. — 16 pour platir] de fra- 25 que le marteau] qu'il. —

per. — 1 7 que de la fraper ow/'5. 26 de contre] contre elle.

a. Voir t. II. p. 63 1, 1. i8-23.

�� � Il, 2o3-2o6. CLXXXII. — 29 Janvier 1640. 11

Lors que ie vous ay mandé que, s'il n'y auoit que l'air qui empefchaft la pierre de defcendre, elle de- uroit aller plus vifte, ou auffivifte, au commencement qu'à la fin, i'ay mis de | defcendre d'vne infinie vitefle. 5 Car it n'ay écrit cela que pour réfuter l'opinion de celuy qui dit que, fi vne pierre defcendoit dans le vuide, elle iroit d'vne infinie vitelTe, & que, dans l'air, c'eft feulement l'empefchement de l'air qui la re- tarde. Or pofant que la pierre ait cette inclination à

10 defcendre d'infinie vitefTe, dés le commencement qu'elle fe meut, l'augmentation qui, félon Galilée, & aufli félon moy à peu prés, fe fait en raifon double des temps, n'a aucun lieu ; & ainfi, pour monflrer l'ab- furdité de l'antécédent, i'ay dit que cette confe-

i5 quence abfurde en deuoit fuiure.

L'imagination de ceux qui difent qu'vn boulet de canon tiré contre vne muraille ne la touche pas, me femble ridicule.

On ne peut comparer la force d'vne preffe auec

20 celle de la Percuflion", que par les effets : car la preffe peut agir toufiours également pendant vn long- temps, au lieu que la force de la percuffion dure fort peu, & n'eil iamais égale deux momens de fuitte. Mais ne croyez pas que l'air intercepté, qui entre dans les

6 que fi vne] qu'vne. — def- à peu prés aufli lelon mo_v, la Cendant. — 7 elle omis. — l'air] fait aller. — 23 deu.x. momens noftre Air. — 12 auffi. . . le fait] vn moment.

a. Voir t. II, p. 632, art. 4.

b. Mydorge. Voir t. II, p. Sgz, 1. 20; cl", p. 618, 1. 25.

c. Cf. t. II, p. 63o, art. 1, et une remarque de Mersenne. dans l'éclair- cissement, lettre GCX ci-après (C/ers., IL 259-260).

�� � 12 Correspondance. 11,206-207.

pores des cors frapez, ait aucun grand effet : ce n'eft qu'vne pure imagination de ceux qui, ne voyant pas les vrayes caufes, les cherchent où il n'y a aucune apparence de les trouuer ; comme auffi lors qu'ils difent, in motu proieûorum, que c'eft l'air qui fait 5 durer le mouuement. Nugœ.

Pour conceuoir que la différence qui eft entre le Marbre blanc & le noir% a du raport auec celle qui eft entre vne table toute nuë & vne table couuerte d'vn tapis, il faut fçauoir que le marbre noir a bien ^ peu 10 prés les mefmes parties que le blanc, mais qu'il en a d'autres auec cela, qui font beaucoup plus molles ou déliées, & qui font celles qui le rendent noir : en forte qu'il diffère du blanc, comme vne pierre ponce dont tous les pores font, par exemple, remplis de poix i5 liquide, & vne pierre ponce qui n'a rien que de l'air dans fes pores. Et vous conceuez bien que des grains de fable, pouffez contre cette dernière, fe réfléchiront, au lieu qu'eftant pouffez contre l'autre, leur mouuement fera amorty par la molleffe de la 20 poix.

I L'inuention de bander plufieurs Arcs tout à la fois n'a rien du tout d'admirable ; car bien qu'il ne faille pas plus de force, intenfiuè, pour en bander mille que pour vn, il en faut toutesfois mille fois plus, extenjiuè. 25 Car, par exemple, fi ie bande le feul Arc BC, le haut de cet Arc eftant arrefté au poind B, ie dois feiile-

12-1 3 ou déliées omis. — 14 e/ 16 Pierre de Ponce, — 25 pour en bander vn.

a.. Cf. t. II, p. 590. art. i ; p. 6i8, 1. lo; p. 632, art. 3.

�� � II, aoy.

��CLXXXII. — 29 Janvier 1640. i j

ment tirer la corde C iufques à E; mais û ie veux ban- der les deux Arcs AB & BC tout d'vn coup, il faut que

����D

E

��le haut du premier foit attaché au poind A, & que B,

le haut du fécond, foit feulement attaché à la corde B, 5 en forte que, tirant la corde C, ie la

falTe defcendre iufques à F, & le haut

de Tare iufques à D, &c.

L'inuention de tirer de l'eau fort

vifte, auec des cordes & des poulies, 10 eft fort vulgaire, mais on y perd

autant de la force qu'on y gagne du

tems. Soit, par exemple, le feau D

pendu à vne corde qui eft attachée

au point C, & pafTée dans vne poulie i5 qui pend à vne autre corde attachée

au point B & paiTée derechef dans

vne poulie qui pend à la corde A, laquelle corde AB

���6-7 & le haut de l'arc] & B. — 8 à 3, p. 14, L'inuention. . .

��force, omis ainsi que la figure en marge.

�� � 14 Correspondance. ii, :o7-2os.

eftant tirée, on faffe monter le feau quatre fois auffi vide qu'à l'ordinaire ; mais il y faudra auffi quatre fois plus de force ^

Voila tout ce que i'ay trouué à répondre à vos lettres. 5

1. Affin que ie vous mande auffy quelques nou- uelles, ie vous diray que, la nuit qui a fuiui le iour des Roys cete année, il a fait icy vn vent û eftrange qu'il a arraché plufieurs arbres, renuerfé plufieurs moulins, cheminées, &c. ; & ie croy que, fi c'euft efté lo en eflé, que les arbres ont des feuilles, il n'en euft laiffé aucun en tout le pais, & toutefois i'ay ouy dire qu'a lo ou 12 lieues d'icy, dans la | mer, il n'y auoit pour lors aucun orage.

2. Il y a vne ville en Zelande nommée Veeren ou i5 Terueer, qui a depuis quelques années fouflfert beau- coup d'incommodité de la mer, laquelle en a fait abif- mer ou emporté plufieurs maifons, & la caufe de ce defafl;re eftoit vn banc de fable qui eftoit au deuant,

& faifoit que l'eau de la mer prenoit fon cours vers la 20 ville : or M' de Zuylichem m'a dit, il y a 8 iours, que ce banc de fable a difparu fubitement, en forte que la

6 Texte de r autographe. — i.~ 2, répété en marge et devant II

Mais. — 9-10 renuerfé... &c.; &.] y a, dans l'autographe, manque

nonobftant qu'ils n'ayent main- dans Clers.; demémele chiffre 3,

tenant aucunes feuilles. — 11 en ci-après l. 3, p. iS. — Veeren

efté] rpfté. — que les arbres] ou om, — 16 depuis... années"

qu'ils. — 1 2-1 3 toutefois... ou 12] cydeuant. — 17 incommoditez.

neantmoins à dix ou douze. — — 17-18 en a emporté, ou fait

i3-i4 il... lors] i'ay otiy direqu'il abifmer. — 19 au] là. — 21:8]

n'a fait alors. — i5 Z-e chiffre huit. — 22 de fable om.

a. Cf. t. II, p. 6?i, art. 2. .

��/

�� � Il, 208. CLXXXII. — 29 Janvier 1640. i ^

mer eft maintenant très profonde en l'endroit ou il eftoit.

■j. Hortenfms, eflant en Italie il y a quelques an- nées % fe voulut mefler de faire fon horofcope, & difl 5 a deux ieunes hommes de ce pais, qui eftoient auec luy, qu'il mourroit en l'an 16^9, & que, pour eux, ils ne viuroient pas longtems après. Or luy ellant mort cet efté, comme vous fçauez, ces deux ieunes hommes en ont eu telle apprehention, que Tvn d'eux eft defia

10 mort; & l'autre, qui efl le fils de Heinfius, efl fi lan- guiffant & fi trifte, qu'il femble faire tout fon poffible affin que l'aftrologie n'ait pas menti. Voyla vne belle fcience, qui fert à faire mourir des perfonnes qui n'euifent pas peut eftre efté malades fans elle.

i5 Vous verrez ce que i'efcris a M' MeifTonnier. Sa lettre le reprefente bien plus honnefte homme que les titres du liure qu'il m'a enuoyez*; car il y melle tant d'Aftrologie, de chiromencie & autres telles niaife- ries, que ie n'en puis auoir bonne opinion. l'appre-

20 hende pour vous le voyafge d'Italie, que vous voulez faire en efté, car il me femble qu'il vaudroit bien mieux le faire au commencement de l'hyuer : ie fuis, Mon Reuerend Père,

Voftre très humble & 25 très affeélionné feruiteur,

DESCARTES.

Du 29 lan. 1640.

14 peut- ftre pas. — après fans elle]. le fuis, aj,; tout le reste omis.

a. Voir . II, p. 570, 1. 6, et V éclaircissement, p. 574.

b. La lettre CLXXXIII ci-après.

�� � i6 Correspondance.

Page 5, 1. 17. — « Le jeune homme d'Uirecht », dont parle Descartes, est Jacobus A.* Waessenaer (ou Wassenaer). Il était arpenteur à Utrecht. Conseillé et dirigé par Descartes, il avait répondu au « gros livre » de Stampioen, la Nieuwe Stel-Regel, par les Aenmerkingen mentionnées t. II, p. 612, éclaircissement.

A ces deux ouvrages principaux s'en ajoutent bien d'autres, opuscules et pamphlets; la liste totale, dressée par Bierens de Haan, ne compte pas moins de seize numéros [Historisch-literarische Abtheilung d. Zeitschr. f. Math. u. Phys. XXXII, 5, p. 170-172). Nous en avons cité déjà quel- ques-uns à propos de la lettre CLXXV ci-avant, à Huygens (t. II, p. 61 1- 612). Voici maintenant les trois défis de Stampioen, avec la réponse de Waessenaer à l'un d'eux.

i" Dagh-Vaerd-Brief, Gesonden aenden Student van Padua, anders genaemt lacob à Waessenaer. Eensdeels : op dat hy lijn beloften mainti- neert. Ten anderen : op dat hy bewijst het gène van hem geschreven is, tegen den nieuwen Stel-Regel van lohan Stampioen de longe (2 pp. 4»). La lettre était signée : Mevroujve de Waerheyt haren vriendt, ende onder- danighsten Dienaer Johau Stampioen de Jonge". Ce premier défi date du commencement d'octobre.

2* Antwoorde Iacobi a Waessenaer, op den Dagh-vaerd-Brief van lan Stampioen de longe (5 pp., 4»).

3' TwEEDEN Dagh-Vaerd-Brief, gesonden aenden Student van Padua, anders ghenoumt lacob a Waessenaer, etc., comme ci-devant (4 pp., 4°). Date de ce second défi, 5 novembre 1639, le jour même où Stampioen déposa la somme de 600 florins entre les mains du Recteur Dedel (voir t. Il, p. 600 et p. 61 5, éclaircissement sur p. 609, 1. 4).

4» Derdë Dagh-Vaerd-Brief, etc. Date de ce troisième défi, i5 nov. 1639. Descartes, qui jusqu'alors ne s'était pas fait faute d'intervenir inco- gnito, ne fut mis en cause et son nom prononcé que dans cet écrit. Nous avons vu toutes les difficultés qu'il y eut à constituer des arbitres, Golius et Schooten, ainsi que Berlicom (lettre CLXXX ci-avani, de Huygens à Descartes, t. II, p. 639). Voir, pour la suite de cette affaire, lettres du I" février 1640 à Waessenaer, du 3 avril à Golius, etc.

Page 6, 1. i5. — « V. la gageure parmy les fragmens qui sont a la » fin de cet ouvrage. » [Note en marge de l'exemplaire de l'Institut.) Nous

a. Sic d'après l'autographe de Descartes; voir plus loin p. 21, 1. 6, et p. 28, 1. 17. Mais presque partout ailleurs, devant le nom Waessenaer, « A » semble bien être la préposition latine, substituée à la néerlandaise « Van ».

b. Assignation envoyée à l'étudiant de Padoue, autrement nommé Jacob de Waessenaer, d'une part, pour qu'il maintienne ses engagements, de l'autre, pour qu'il démontre ce qu'il a écrit contre la Nouvelle Méthode de Jan Stampioen le Jeune. — A Madame la Vérité, son ami et très humble serviteur, Jan Stampioen le Jeune.

�� � CLXXXII. — 29 Janvier 1640. 17

avons vu dans V Introduction (t. I, p. lix) que cette pièce avait encore été classée par dom Poirier, avec ce numéro et ce titre : a 7^. Le sujet » d'une gageure en i63g entre 2 mathématiciens de Hollande [écriture de V Descartes). » Elle n'a pas été retrouvée.

Page i5, 1. 17. — On peut juger de ces titres (Descartes ne parle pas d'autre chose, et peut-être le livre ne fut-il jamais imprimé), par la lettre suivante, que Meyssonnier avait écrite de Lyon au P.Mersenne, le 25 jan- vier 1639 {Lettres MSS. à Mers., Bibl. Nat., fr. n. a. 6206, f. 172 et 173, ou p. 334-336) :

Il le remercie « de la peine qu'il vous a pieu de prendre, a voir les deux » cayers de mon Pentagone », et lui envoie le troisième.

« Vous y lires la variété des inuentions que la curiosité des hommes » a fait naistre, pour establir quelque certitude aux conjectures » des choses cachées; et auouerés auec moy, comme je pense, que, pour » estre bon médecin, il faut sçauoir quelque chose du ciel, et par delà » l'ordinaire de ceste Médecine qui naist en moins d'une couple d'années » dans des esprits qui croyent de pouuoir comprendre tous les secrets de » la nature humaine, sans avoir conféré auec Platon, Pytagore, Ptolomee. » ny Paracelse ...»

« Je vous enuoyeray... la dernière (pièce), qui contient, si ie ne me » trompe, les moyens les plus abbregés, les plus certains et lès plus secrets, » de guérir les maux des hommes, et de dénouer les attaches des plus » fâcheuses incommodités, non seulement par le régime de vie ordinaire, » chirurgie, et pharmacie, mais aussi par les voies magnétiques, tirées et » demonstrees naturellement de la force des principes par les eifects du » ciel, par les parties de l'homme mesme,en telle sorte que d'un commun » consentement, les cincq, l'archétype, le firmament, les planettes et » les elemens, l'homme, influens du premier, confluent toujours en un » mesme point pour la guerison et conseruation de l'homme, qui est » l'abbregé des œuvres de Dieu. »

Meyssonnier parle, dans cette même lettre à Mersenne, d'un traité latin qu'il a fait « des causes de la peste », d'autres » de la goutte », « du vin », d'un autre encore non achevé « des Principes ou ie traitte des causes des » qualités qui sont en vostre Hure de causis sonorum ».

L'abbé Jacques Pernetti, t. II, p. 92, de ses Recherches pour servir à l'histoire de Lyon,ou les Lyonnois dignes de mémoire (2 vol. in-i 2, 1757 . s'exprime ainsi ; « Sa Belle Magie ou Science de l'esprit, son introduction à la Philosophie des Anges, sa traduction de la Magie naturelle de Porta, iom plus de tort à Meyssonnier que sonCours de Médecine et sa Pharma- copée abrégée ne lui feront d'honneur. »

��Correspondance. III.

�� � i8 Correspondance. ii,ï«h.

CLXXXIII.

Descartes a Meyssonnier.

[•29 janvier 1G40.] CoriF. MS., lîibl. Nat., MS. fr. n. a. 5i(To, f. 65.

Sans 110)11 ni date dans Clerselier, tome H, lettre 36, p. 208- •j lu; sans date dans la copie MS. Mais cette lettre a été écrite en même temps que la précédente (l'oir ci-avant p. i5, l. i5 ). L'exem- plaire de l'Institut nous apprend que le texte imprimé avait déjà été collaiiomié sur « la 72 de M. de la Hire », qui n'est autre que la copie sus-indiquée ; le 7 était d'abord un j , qu'on a facilement changé en 7; cette pièce a donc été la 12' {cote qu'elle porte toujours) avant d'être comptée pour la ^2' : voir notre Introduction, t. I, p. lu. Les additio)is et corrections faites sur cet exemplaire sont exactes, sauf quelques-unes pour lesquelles l'annotateur donne cet avertissement (en marge, p. 2 0()) : « dans toute celte lettre, dans l'original, au lieu de dans, il j- a en »; un autre annotateur avait, en effet, rayé tous les en et écrit dans à la place: il a remplacé de même nous n'oyons par nous n'entendons {p. ig, l. 18).

La copie, au reste, n'est pas complète. Elle porte pour titre : Ex- trait d'vne lettre de Monsieur Des Cartes escripte aMons' Meysson- nier Médecin de Lion, et commence : Mon opinion (ci-après, p. ig, l. J 2]. De plus, le copiste, après c^tc g\i\nâ^ (/. iJ) a ajouté en inter- ligne : nommée conarion ; Mersenne, au contraire, a inscrit de sa main, au haut de la copie : De la glande pineale. Enjin, /'Extrait ne comprend pas la souscription : le suis, etc. [p. 21, l. 2-5). Dom Poirier l'a classé sous le n" [jj).

La réponse de Meyssonnier, perdue comme la première lettre qu'il avait écrite à Descartes, fut adressée en Hollande par Mersenne le 10 mars 1640. Voir ci-après, lettre du i" avril, page 4'], l. i3 et suiv.

Monfieur,

l'euffe efté le premier à vous écrire, fi i'euffe eu le bien de vous connoiftre pour tel que vous vous décri-

�� � H. 208-200. CLXXXIII. — 29 Janvier 1640. 19

uez en la lettre que vous m'auez fait la faueur de m'enuoyer; car la recherche de la vérité efl fi necef- faire & fi ample, que le trauail de plufieurs milliers d'hommes y deuroit concourir : et il y a fi peu de per- 5 fonnes au monde qui l'entreprennent à bon efcient, que ceux qui le font fe doiuent d'autant plus | chérir les vns les autres, & tâcher à s'entr'aider en fe com- muniquant leurs obferuations & leurs penfées, ce que ie vous offre de ma part auec toute forte d'affedion.

10 Et afin de commencer, ie répondray icy à ce qu'il vous a pieu me demander, touchant Ivfage de la petite glande nommée Conarion* . A fçauoir, mon opinion efl que cete glande eft le principal fiege de lame, & le lieu ou fe font toutes nos penfées. La raifon qui me

i5 donne cete créance eft que ie ne trouue aucune partie en tout le cerueau, excepté celé la feule, qui ne foit double ; or eft-ii que, puis que nous ne voions qu'vne mefme chofe des deux yeux, ny n'oyons qu'vne mef- me voix des deux oreilles, & enfin que nous n'auons

20 iamais qu'vne penfée en mefme temps, il fault de ne- ceffité que les efpeces qui entrent par les deux veux, ou par les deux oreilles &c., s'aillent vnir en quelque partie du corps pour y eftre confiderées par l'ame ; or il eft impoffible d'en trouuer aucun autre ^, en toute

25 la tefte^, que cete glande ; outre qu'ele eft fcituée le plus a propos qu'il eft poflTible pour ce fubiet, à fçauoir au

22 &c. omis. — 23 partie du &. — 26 pour ce fuiet qu'il eft corpsl lieu. — y omis. — 24 or] poflTible.

a. Sic dans la copie; Descartes a probablement, par inadvertance, con- servé aucun d'après sa minute, après avoir changé lieu en partie du corps. — L. 23, la copie porte conjiderée au singulier.

�� � 20 Correspondance. h. 209-îio.

milieu, entre toutes les concauitez; & elle ell fouf- tenue & enuironée de petites branches des artères carotides, qui aportent les efpritz dans le cerueau. Mais pour les efpeces qui fe conferuent dans la mé- moire, ie n'imagine point qu'elles foient autre chofe 5 que comme les plis qui fe conferuent en ce papier, après qu'il a efté vne fois plié; & ainfy ie crois qu'elles font principalement receues en toute la fubftance du cerueau, bien que ie ne nye pas qu'elles ne puiiTent eftre aufî'y en quelque façon en cete glande, fur tout 10 en ceux qui ont Tefprit plus hebeté : car pour les efpritz fort bons & fort fubtilz, ie crois qu'ilz la doib- uent auoir toute libre a eux & fort mobile; comme nous voions aufly que dans les hommes elle eft plus petite que dans les beftes, tout au rebours des autres i5 parties du cerueau. le crois auffy que quelques vnes des efpeces qui feruent a la mémoire peuuenl eftre en diuerfes autres parties du corps, comme l'habitude d'vn loueur de lut n'eft pas feulement dans fa tefte, mais auffy en partie dans les mufcles de fes mains, &c. 20 Mais pour les | effigies des petitz chiens, qu'on dit paroiftre dans l'vrine de ceux qui ont efté mordus par des chiens enragez, ie vous aduoùe que i'ay toufiours creu que s'eftoit vne fable, & fi vous ne m'afl'eurez de les auoir veues bien diftindes & bien formées, i'auray z5 encore maintenant de la peine a les croire, bien que, s'il eft vray qu'elles fe voient, la caufe en puifle en quelque façon eftre rendue, ainfy que celles des mar-

2 de] des. — 4 dans] en. — omis. — 21 les] ces. — des] de. 6 ce] du. — 1 1 plus] le plus. — — 24 s'citoit] ce fuft. — que i3 a eux omis. — 16-17 vnes des ajoute avant fi. — 28 celle.

�� � 11, 2. o. CLXXXIV. — i'^ Février 1640. 21

ques, que les enfans reçoiuent des enuies de leurs mères ^. le fuis,

Monfieur,

Voflre tres-humble & tres-acquis feruiteur, descartes.

��Page 19, 1. 12. — Sur cette question de la glande conarion, nous avons deux lettres curieuses à Mersenne, l'une de Villiers, médecin de Sens, et l'autre de Meyssonnier, qui répond à Villiers. Toutes deux furent com- muniquées à Descartes, et nous les citerons comme éclaircissements d'une lettre ci-après, du 3o juillet 1640, lorsque le philosophe y répondra (Clers., II, 229 et 23 1).

��CLXXXIV. Descartes a Waessenaer.

jcr février 1640. Autographe, Londres, British Muséum, MS. Add. 21514.

Publiée par D.-J. Korteweg, Archives Néerlandaises,- 1. XXII, et par Bierens de Haan, Verslagen en Mededeelingen der Koninklijke Akademie van Wetenschappen, Afdeeling, y^ Reeks, Deel IIÎ, 1887. La lettre est antidatée : Descartes a iriis par avance la date du jour oit IVaesseiiaer devait expédier cette lettre, ainsi que deux autres, à Hooghdande (p. 22,1. 8).

Monfieur I. A. WaelTenaer*,

. Ick"" bidde u 'willen drie brieven fchriiven, 2 aen de twee profefTors Mat. van Leyden, Mynheer Golius en

a. Voir La Dioptrique, Discours cinquiesme, fin, p. 5o.

b. On trouvera aux éclaircissements une traduction française des par- ties de cette lettre qui sont en flamand.

�� � 22 Correspondance.

My' Schooien *, en de derde aen de Heer Berlykom, om huer vriendeliic te bidden huer opinie willen binnen een maend fchrifteliic geven. Ick fende u de copie van de brief aen de Heer Berlecom, fo aïs ick meint dat goed fal wefen dat ghy fchriiue; ghy 5 mach de twee andere van u felfs wel maecken, ende ick bidde u defe drie brieven ^ toekomende dienf- daeg, wefende den i Feb nieuwen ftiile, willen beftel- len aen Mynheer van Hoogelande, welche fal by die van de H. Berlicom aile fchriften daertoe hoorende lo byfetten ende hem door een bekende fchippur fenden. Ende om u de moeyte van ons leile fchriift copieeren te fpaeren,ick hebbe over acht daegen het felfde te Leyden gefonden, om te laeten lefen aen H. Golius en Schooten, fo dat men fal hetfelfde ooc aen de H. Ber- i5 licom fenden. Ghy moet die brieven alfo fchriiven, indien ghy binnen maendaeg geen fchriift van St(am- pioen) ontfang, geliic wy gelooven dat hy fal niet veel te fchriiven hebben, om te bewiifen dat fiin regel goed is ; maer indien ghy iet van hem ontfang aentwelc men 20 moet antwoorden, foo moet ghy hetfelfde hier fenden cito ciîo. Ick fal ooc geerne hebben u folutie op de twee queflie van St(ampioen), fo haell als fie gereed fiin, ende ick fal hier byvoegen het bewiis van onfen regel om den teerling wortel te trecken uyt twenae- 25 mige getallen.

a. En marge : met U eygen handt gefchreven ende ondegeteyckent, doch ongefloten.

b. En marge : Ick laet U OOC de forge om Mynheer Schotanus*te bidden fiine fententie te willen geven

�� � CLXXXIV. — I" Février 1640. 23

Premièrement, ie prouue que, lorfqu on a fouflrait les quarrez des parties l'vn de l'autre, û ce qui relie n'eft pas vn nombre cubique, la racine cherchée n'eft pas vn iîmple binôme, en faifant voir que toutes & 5 quantes fois que cete racine ell vn fimple binôme, la différence qui eft entre les quarrez des parties de fon cube eft vn nombre cubique. Soit x + \/ y la racine cherchée ; le cube donné eft égal à

x' -■ }xy-\-j XX \/y-]-y \/y,

•o & le quarré de x^+ j xy, qui eft la partie ratîonelle de ce cube, eft

x^ + 6 x'^y -[-€} XX yy;

puis le quarré de l'autre partie, j xx\J y + j y/j, eft 9 x^y -\- 6 XX y y + y"^ ; '5 & oftant ces quarrez l'vn de l'autre, il refte

x^ — T^ x'^ y-\- j XX y y — J^ ou bien

— x^-\-j x^y — j XX yy-\-y\

qui eft nombre cubique, ainfy qu'il faloit demonftrer.

ïo Et il eft a noter que la racine cubique de ce nombre eft XX — j, ou bien y — xx, c'eft a dire la différence qui eft entre les quarrez des parties de la racine x + \/j, en forte que, fans connoiftre cete racine, fi on me donne feulement fon cube, que ie nomme

25 a + ^ b, iQ tire la racine cubique de a a — b,oub — aa,

&.C. Ende ghy moet aile de Arbiters bidden te ant- woorden [op de] felfde j pointen die fiin in de [brief ] aen de H. Berlicom.

�� � 24 Correspondance.

que ie nomme c, & i'ay c égal à xx — y, ou bien y — XX.

Or la caufe pourquoy, lorfque, après auoir fouftrait les quarrez des parties l'vn de l'autre, on trouue que le refte n'eft pas nombre cubique, ie fais multiplier le 5 cube donné par ce refte, eft affin d'auoir vn binôme qui foit tel que la différence des quarrez de fes parties foit vn nombre cubique, & ainfy que, fi fa racine eft vn binôme, ce ne foit qu'vn fimple binôme, ce que ie demonftre en cete forte. Soit a + y/Z> le cube donné, lo & que a a — ^, ou b — a a, ne foit pas nombre cubique ; ie multiplie a '\- sj b par aa — b, il vient

a^ — ab + aa \/ b — b \l b\

& du quarré de a^ — ab, qui eft a^— la'^b -- aa bb, ayant fouftrait le quarré de a a \j b — b\J b ^ qui eft '5 a^b — zaabb -\- P, il vient a^ — j a^b+j aabb — b^, qui eft nombre cubique, ainfi qu'il faloit demonftrer, & fa racine eu. aa — b.

Maintenant, pour venir a la demonftration de la règle, ie prens a -\-^'b -pour le binôme donné, & ie 20 fuppofe que la racine cubique de a a — b fe peut tirer, & ie la nomme c; puis, pofant x + \/ y pour la racine cubique de a + V^ ^ > ^^y ^^^ ^^^^

x^ --■j xy-\- }xxyj y +y}/y^a + \/b; & par confequent la partie rationelle de ce cube 25

X- + ^ xy 30 a.

Et pour ce que c eft égal à xx — y, ainfy qu'il a efté dit cy deuant, i'ay y x) xx — c,& j xy -x) j x^ — ^ ex; aquoy adiouftant x^,i'ay 4x^ — ^ ex » a, ou bien 4x^

�� � CLXXXIV. — I- Février 1640. 25

» 3 ex + c2, ou bien 8x^ x>6 cx-- 2a; & faifant ^ 00 2 x, i'ay f co j c i -- 2 a. Or û la. racine de cete dé(uxiefme) équation n'eft pas vn nombre rationel, il efl euident que la racine cubique a-\-\/ b tïq peut eflre exprimée 5 par aucun binôme ; & û elle eft nombre rationel, ce doit eftre neceflairement vn nombre entier, a caufe que jc & 2a font nombres entiers. Et par confequent X, qui eft la moitié de i, eft neceflairement auflî nom- bre entier, ou la moitié d'vn nombre entier.

>o De plus, pofant n pour toute la racine cubique de a + ^ b, & ayant c pour la différence qui eft entre les quarrez de fes parties, i'ay î " + ^ pour la plus grande decesparties,&^« — j-,, pour la moindre; car le quarré ^^Ï^-Û^ qui eft ^;i«-^-c + ~^, eftant ofté du

>5 quarré de ; n + ^-^, qui efti«/i + ic + ^, il refte c, & n 4-^ eft égal a i. Mais, pour ce que le nombre n m'eft inconnu & eft le binôme que ie doy trouuer, la principale fubtilité de la règle confifte en ce que, au lieu de n, ie prens vne racine cubique rationelle,que

20 ie nommeray icy m, vn peu plus gran4e que n, mais qui ne Texcede pas de J, & que à m i'adioufte c diuifé par le mefmem; car, d'autant <que>rexces de ^ par deflus -^ eft toufiours moindre que celuy de m par defl'us n,il eft certain que m + ^ eft vn nombre rationel plus grand

î5 que i d'vne quantité qui eft moindre qu'vne vnité, & ainfy que i, ou bien « + ^, eftant necefl'airement vn nombre entier en cas que la racine cherchée foit vn binôme, ce nombre entier eft le plus grand qui foit compris dans le nombre rompu m + ~. En fuite de

3o q(uoy) tout le refte eft clair ; car, ayant ainfy trouué

��CORRESI-ONDANCE. III.

�� � Correspondance.

��le nombre qui doit eftre égal à {, pour fçauoir fi la racine de :(^ oo ^ c :j -f 2 a fe peut tirer, ie diuife par ce nombre het dobbel van 't ledige deel, c'eft a dire 2 a ; tôt het komende ick <voege.> "^ 5 c, & fi 3 c + y n'eft pas égal à II, il eft euident que le nombre pris pour 15' ne luy eft pas égal, & ainfy que la racine de {^ x» jci-\-2a n'eft pas rationelle; mais s'il eft égal, la moitié de i eft X, l'vne des parties de la racine cherchée^ du quarré de laquelle oftant c, i'ay y qui eft le quarré de l'autre partie. Et en tout cecy i'ay fuppofé a plus grand que y/ /», en fuite de quoy x eft aufl'y plus grand que \/ y ; mais quand a eft moindre que \/ b , il y a fi peu de changement que ce n'eft pas la peine de l'efcrire.

Il refte feulement encore icy a prouuer que l'excez de y par deftus ^ eft moindre que celuy de m par def-

fus n, & pour ce faire, ie prens AB égal à w, dont le quarré ABCD .-T g eft neceflairement plus grand que c, pource que c n'eft que la dift'e- rence qui eft entre les quarrez des parties de n. le prens donc le rec- tangle ABEF pour c, & ainfy A F eft^; puis ie prens A G pour m, en forte que EC eft moindre que j, & fai- fant AGHK égal à c, le redangle BGHI eft égal au reftangle lEFK, & pource que IK eft plus grand que IB, FK eft moindre que BG, & ainfy AK, qui eft ^,

a. a le double de la partie rationelle ». h. « à ce qui vient j'ajoute ».

���10

��i5

��20

��25

�� � CLXXXIV. — I" Février 1640. 27

eft moindre que A F, ou ^,dVne quantité moindre que celle dont m furpaffe » .• qui ell tout ce qu'il falloit demonftrer.

Ick fal hier nogh byvoegen een generael regel om 5 allerley andere wortels te trecken uyt binomifche getallen.

Bereydinge.

Treckt de quadraeten der deelen van malkanderen en de wortel der reile, indien fie een rationael getal is;

10 maer indien fie is een furdifche getal, fo menichvuldig het gegeven binomium door 't felfde refle, als ghy den cubic wortel wilt trecken; ende door het quadraet van \ felfde refle. als ghy wil den furfolid wortel trecken; ende door den cubus van 't felfde refle, als ghy wil

i5 den B furfolid wortel trecken; ende fo voorts van de andere.

Regel.

Treck een rationael wortel uyt hetheele binomium, wat grooter als de waere, fo dat geen helfte en fcheele ;

20 aen hem addeert den wortel van 't onderfcheyt tufchen de quadraeten der deelen gedivideert door den felfden rationael wortel, als het ledige deel van 't gegeven binomium is grooter als het ander deel; maer als 't kleinder is, fubflraheert den felfden. De helfte van 't

2 5 grootfle heele getal begrepen in dat aggregat, of in die refle, is het ledige deel van de wortel. Uyt wiens quadraet fubflraheert of aen 't felfde addeert de wor- tel van t onderfcheyt tufchen de quadraten der dee-

�� � 28 Correspondance.

len, ende komt het quadraet van 't ander deel. Wel verflaende als de wortel een binomifche getal is, 't welc men kan altiid weeten door de multiplicatie van 't gevonden binomium, want het komende moet wefen g^liic het gegeven getal, of anders de wortel is geen 5 binomium.

Merck dat hier overal als ick fpreek van de wortel, fonder te feggen wat wortel is, ick verftae den furfo- lid wortel, als ick wil den furfolid wortel trecken, ende alfoo van de andre. Maer ghy moet dit ailes wat lo beter fchicken als ick gefchreven hebbe, ende twee of j kleine exempelsbyvoegen. Ick ben

UE. feer dienilwilligen vriendt

DESCARTES.

Den eerften Feb. 1640. «5

A Monfieur Monfieur I. A. WaefTenaer Landtmeter woonende voor Claerenbergh.

Tôt Vtrecht 20

poort is betaelt tôt Amfterdam.

Traduction du texte flamand. Page 21,1.6 à p. 22, /. 26'.

Monsieur J. A. Waessenaer, Je vous prie de vouloir bien écrire trois lettres, deux aux deux profes- seurs de Mathématique de Leyde, Monsieur Golius et Monsieur Schooten, et la troisième au sieur Berlykom, pour les prier amicalement de vouloir bien donner leur opinion par écrit d'ici un mois. Je vous envoie copie de la lettre au sieur Berlicom, telle que je pense qu'il sera bon que vous

�� � CLXXXIV. — I" Février 1640. 29

l'écriviez : vous pouvez bien faire les deux autres de vous-même. Et je vous prie de vouloir bien adresser ces trois lettres [en marge : écrites de votre propre main et signées, mais non cachetées) mardi prochain, qui est le 1" février, nouveau style, à Monsieur van Hoogelande, lequel joindra à celle au sieur Berlicom tous les écrits concernant l'affaire et lui en- verra le tout par un patron de bateau bien connu. Et pour vous épargner la peine de copier notre dernier écrit, je l'ai envoyé à Leyde,il y a huit jours, afin de le faire lire aux S" Golius et Schootcn, si bien qu'on l'enverra aussi au S' Berlicom. Il faut que vous écriviez ainsi ces lettres, pour le cas où vous recevriez d'ici lundi quelque écrit de St(ampioen), vu que nous croyons qu'il n'aura pas beaucoup à écrire pour prouver que sa règle est bonne: seulement, si vous receviez de lui quelque chose à quoi l'on doive répon- dre, il faudra l'envoyer ici cito cito. J'aurai aussi plaisir à avoir votre solution des deux questions de St(ampioen), dès qu'elle sera achevée. Et je vais ajouter ici la démonstration de notre règle pour extraire la racine cubique des nombres binômes.

{En marge : Je vous laisse aussi le soin de prier Monsieur Schotanus de vouloir bien donner sa sentence, etc. Et vous devez prier tous les Arbitres de répondre sur les trois points qui sont dans la lettre au S' Berlicom.)

Page 27, l. 4 à p. 28, l. 22. — J'ajouterai encore ici une règle géné- rale pour extraire les autres racines quelconques des nombres binômes.

Préparation.

Soustrayez les carrés des parties, l'un de l'autre; et tirez la racine du reste, si elle est un nombre rationel; mais si c'est un nombre sourd (irra- lionel), multipliez le binôme donné par le même reste, lorsque vous voulez extraire la racine cubique; par le carré du reste, lorsque vous voulez extraire la racine sursolide; par le cube du reste, lorsque vous voulez extraire la racine B sursolide; et ainsi de suite pour les autres.

Règle.

Tirez du binôme entier une racine rationelle qui soit plus grande que la vraie, mais qui ne la dépasse pas de la moitié de l'unité; ajoutez-y la racine de la différence entre les carrés des parties, divisée par cette même racine rationelle, si la partie rationelle du binôme donné est plus grande que l'autre partie; si, au contraire, elle est plus petite, soustrayez au lieu d'a- jouter. La moitié du plus grand nombre entier contenu dans cette somme, ou dans ce reste, est la partie rationelle de la racine. Soustrayez du carré de cette partie ou ajoutez-y la racine de la différence entre les carrés des parties, vous aurez le carré de l'autre partie, bien entendu, lorsque la ra- cine est un ".ombre binôme : ce qu'on peut toujours savoir en multipliant le binôme trouvé, car on doit ainsi reproduire le nombre donné, ou autre- ment la racine n'en est pas un binôme.

Remarquez que partout où je parle ici de la racine, sans dire quelle ra-

�� � ?o

��Correspondance.

��cine c'est, j'entends la racine sursolide, lorsque je veux extraire la racine sursolide, et ainsi des autres. Mais il faudrait que vous arrangiez tout ceci un peu mieux que je ne l'ai écrit et que vous ajoutiez deux ou trois petits exemples. Je suis

Votre ami tout dévoué, Descartes.

Le premier février 1640.

A Monsieur I.-A. Waessenaer, arpenteur, demeurant devant Claeren- bergh, près Utrecht. — Port payé jusqu'à Amsterdam.

Page 21,1. 6. — La lettre ci-dessus a été découverte au British Mu- séum par D.-J. Korteweg, qui a, d'autre part, fait ressortir les preuves qu'elle apporte de la collaboration de Descartes au second écrit de Waes- senaer contre Stampioen : Den on-wissen Wis-konstenaer I.-I. Stampioe- nius ontdeckt, etc., Leyde, 1640 [voir t. II, p. 61 3, 2" al.). Cet écrit com- prend trois parties :

1» Un exposé en trente pages de la querelle entre Stampioen et Waesse- naer, avec une argumentation tendant à établir que l'autorité ne devrait pas laisser impunis ceux qui falsifient les mathématiques, car ils seraient plus coupables que ceux qui falsifient les monnaies. Cette partie était-elle plus ou moins ébauchée dans la pièce que Descartes appelle, p. 22, 1. 12, notre dernier écrit (ons leste schriift) et qu'il vient d'envoyer à Leyde pour la soumettre aux arbitres ? N'a-t-elle été rédigée que plus tard ? En tous cas, C. Huygens, dans sa lettre à Descartes du 14 août 1640, parle de cette Préface comme rédigée par son correspondant, et s'il pense que Descartes l'a fait traduire en flamand, il ne suppose même pas que Waessenaer y ait mis la main.

2" Vient en second lieu la règle, déjà annoncée dans le premier écrit, c'est-à-dire dans les Aenmerckingen (voir t. II, p. 612, 7' al.), et dont

M

l'objet est de mettre l/a -f 1^1 sous la forme .v -f y/ y [x, y étant ra- tionels en même temps que a et h], lorsque cela est possible. Stampioen ayant donné de ce problème, pour le cas de la racine cubique, une solu- tion très défectueuse, la règle en question forme naturellement le morceau capital, au point de vue de la querelle mathématique, de l'écrit Den on-wissen Wis-konstenaer. La présente lettre prouve amplement que l'in- vention de cette règle est exclusivement due à Descartes. Celui-ci n'en a, d'ailleurs, pas fait mystère, et l'on verra, dans la lettre à Mersenne du 3o septembre 1640 [Clers., II,25i), comment ill'expose pour M. Dounot. 3° Enfin on trouve les solutions de deux problèmes antérieurement proposés par Stampioen, et dont il n'avait pu se tirer lui-même qu'assez mal. A lire seulement l'allusion que fait Descartes (p. 22, 1. 22-23) à ces solutions, alors entre les mains de Waessenaer, on pourrait croire quielles représentent au moins la part de collaboration de ce dernier. Mais il suffit de dire que la première question n'est autre que celle dont Descartes avait déjà donné la solution à Stampioen en i633 (voir t. I, lettre LI, addi- tions, p. 573-578). Quant à la seconde, c'est le Problema astronomicum

�� � CLXXXIV. — i-^-^ Février 1640. ji

(voir t. II, p. 582, 5' al.) sur les ombres de trois bâtons inégaux; Des- cartes la proposera lui-même en 1643 [Clers., III, lettre 69, p. 469) comme « la plus propre qu'il sçache pour remarquer l'industrie de bien « demesler les équations ».

\S Additamentum qui suit les Commentaires de Schooten des éditions latines de la Géométrie de Descartes (1649, p. 295-336; 1659, p. 369-400), se trouve, d'ailleurs, consacré d'abord à la solution de ce problème, puis à la règle de l'extraction des racines des binômes.

Voici le début de cet Additamentum :

« Caeterùm ut pateat non facile Problema aliquod datum iri, quod hanc » Geometriam effugiat, aut ejusdem Methodo solvi non possit, subjungam » in ejus spécimen solutionem artificiosissimam Problematis, quod habe- 1) tur in libello ingeniosissimo, qui operâ Jacobi àWaessenaer, Anno 1640, i) sub titulo : Den oii-wissen Wis-konstenaer I.-I. Stampioenius, in lucem » prodiit. »

On lit plus loin (i" éd., p. 323; 2°, p. 389) : « Et tantum de solutione » Problematis, quod in speciem hujus Methodi afferre visum fuit : quas » cum talis sit,ut ad Arithmeticae quasstiones enodandas,non minus quàm » ad Geometriae Problemata resolvenda atque construenda deserviat, non » abs re fuerit, si Coronidis loco hic subjiciam regulam quandam gene- » ralem, ex eadem Methodo depromptam, extrahendi radiées quaslibet ex » quibuscunque Binom'iis, radicem binomiam habentibus, quae unà cum » praecedenti solutione tune temporis prodiit; prsesertim cum illa à nemine » (quod sciam) antea sit inventa, nec ab aliquo ea in re cuiquam satisfac- » lum; cujus demonstrationem, qualis à me inventa est, breviter sum » subjuncturus. »

Dans la démonstration qu'il annonce ainsi de la règle de Descartes, et qu'il donne comme trouvée par lui, Schooten a, d'ailleurs, introduit (i" éd., p. 334-335 ; 2" éd., p. 399) tout un passage qui est emprunté à cette lettre, notamment la figure plus haut, p. 26, et l'alinéa qui s'y rap- porte. Dans l'écrit Den on-tuissen Wis-konstenaer, il n'y a, d'ailleurs, aucune démonstration. On y lit : « De demonstfatie van deren Regel kan » so licht by yder een gevonden worden, dat ick woorby gae de selve te » stellen... »

En somme, quoique Schooten ne s'explique pas nettement sur l'auteur véritable de ces applications de la méthode cartésienne, il y a tout lieu de croire qu'il les attribuait, l'une comme l'autre, à Descartes lui-même.

Pour comprendre exactement la règle de Descartes, il faut tout d'abord se rappeler que, dans le langage mathématique de l'époque, binôme signifie proprement une expression de la forme a -j- \y~b~, a ei b étant rationels. C'est ce que Descartes appelle un simple binôme; mais il entend que la

n in

racine n^"' peut être de la forme \y u -j- »/ v .

n

C'est pourquoij si, étant donné à extraire \/a -j- y'B , on n'a point

�� � p Correspondance.

a* b égale à une puissance n"', Descartes multiplie a -\- i^ b par

(a* — b) "~T^ ; il ne considère, en effet, que le cas où n est un nombre pre- mier impair (la racine sursolide est la racine 5'"S la racine B sursolide est la racine 7"°°, etc.).

Il transforme ainsi Texpression a -j- l/Xen une autre A -f- l/"B , dans laquelle A* — B est une puissance n'™', à savoir celle de a* — b. Si on

aboutit ensuite à déterminer x et y rationels de façon que 1/A4- i^W—

", ^^ x + l^'y

X + U^X , on pourra conclure : |/j^|/ /, = „ -^ - ce qu'on

1/ (a» — i.) '^■' ramène aisément à la forme précitée J/ w + k' v .

n

Le problème est donc ramené en général à résoudre i/ a + k' fr = x-\- 1/ J^, en supposant a* — è = c" ; d'où c = x* — j^. On est conduit à une équation en x du degré n. Pour éviter les calculs que nécessiterait la recherche des racines de cette équation, il suffit, et c'est là l'artifice de Descartes, d'essayer comme racine la moitié du plus grand entier contenu dans »w + ^ , en prenant m rationel et de telle sorte que

C^tT^y b soit compris entre m et m ^. En effet, comme il le dé- montre d'une façon élémentaire, pour le cas de la racine cubique, l'excès de m + — sur 2.v sera toujours inférieur à l'unité.

P. 22, 1. I. — Ce Schooten, arbitre dans l'affaire Stampioen-Waesse- naer, est certainement Frans van Schooten le père, né en i58i, mort en 1646 professeur à l'Université de Leyde. Le Schooten, dont il est fait men- tion dans V éclaircissement qui précède, et auquel Descartes adressait, en septembre lôBg, la lettre CLXXI (t. H, p. 574) est, au contraire, Frans van Schooten le fils (i6i5-i66i), qui remplaça son père en 1646. Il était, dès auparavant, attaché à l'École des Ingénieurs dépendant de l'Univer- sité, et c'est probablement lui que Descartes désigne, avec Gillot, en écri- vant à Mersenne le i" mars i638 : « Il y en a icy qui l'entendent parfaite- » ment (ma Géométrie), entre lesquels deux font profession d'enseigner » les Mathématiques aux gens de guerre, n (Tome II, p. 3o, 1. 22-25; cf. ib., p. 89, 1. 14.)

C'est donc par erreur que, dans Véclaircissement, t. II, p. 642, sur p. 641, 1. 3, Schooten le fils a été indiqué comme étant l'arbitre collègue de Golius. L'ouvrage publié par Schooten le père porte d'ailleurs le titre : Tabulée sinnum, tangentium, secanlium ad Radium 100 000 000, auec^ l'vsage d'icelles en triangles plans (Amsterdam, 1627). Il est remarquable par son très petit format. Le fait que Stampioen, en i632, en avait soigné une édition en langue hollandaise, pouvait bien être une recommandation auprès de l'auteur. Mais elle devait être aisément contrebalancée par l'ac- tion de Schooten le fils, qui s'occupait déjà de traduire et d'annoter la Géométrie de Descartes. Aussi ce dernier se défiait-il surtout de Golius

�� � II MO. CLXXXV, — II Mars 1640. }}

comme arbitre, car il le jugeait incapable de comprendre ses travaux mathématiques (voir t.- II, p. 3o, 1. 26).

Page 32, note b. — Aux deux arbitres en titre, les professeurs Golius et Schooten, tous deux de l’Université de Leyde, on avait adjoint (acte du 8 janvier 1640) le professeur Bernard Schotanus, d’Utrecht (compatriote de Waessenaer), ainsi qu’Andréas van Berlicom, de Rotterdam (compatriote de Stampioen).

CLXXXV.

Descartes a Mersenne.

1 1 mars 1640. Texte de l’exemplaire de l’Institut, tome II, lettre 3/, p. 210-316.

« La 2g’ de la collection La Hire », gui était l’original d’oîi les corrections et additions ont été prises. Le n" {23) du classement de dont Poirier. Le texte de Clerselier, imprimé sur la minute, fournit d’importantes pariantes.

Mon Reuerend Père,

le voy par ce que i’ay dit, qu’vne baie de plomb s ap- platifl moins fur vne Enclume que fur vn Couffin*, combien les mefmeschofes peuuent élire regardées de 5 diuers biais, & combien il efl mal-aifé de le feruir des expériences qui font faites par d’autres. Mais, encore que ie veuille bien croire que tout ce que vous me mandez fur ce fujet foit véritable, ie ne doute aucu- nement, pour cela, que ce que ie vous en ay mandé ne

3 inoins] plus. — fur vn Couffin que fur vne Enclume.

a. Voir ci-avant, p. lo, 1. 9-26.

Correspondance. !II. 5

�� � le foit aussi ; mais le tout change selon que la proportion est changée, & pour bien faire cette expérience, il faut se seruir d’vn marteau qui ne foit pas fort gros : car s’il auoit la force de platir entièrement la baie fur l’enclume, il ne pouroit faire dauantage fur le coussin. Et outre cela, on doit mettre vne plaque de fer ou autre corps entre la baie & le coussin, afin qu’elle ne s’enfonse pas tellement dedans estant frapée, que le marteau appuyant contre ce couffin y perde fa force. Mais vne expérience plus vulgaire, qui reuient à ce mesme principe, & dont tous les cuisiniers de Paris vous affureront, c’efl que, lorsqu’ils veulent rompre l’os d’vne eclanche de mouton auec le dos d’vn couteau, ils le mettent feulement fur leur main ou fur vne feruiette, & frapant dessus, le cassent ainsi plus aisement que s’il eftoit fur vne table ou fur vne enclume. Ie ne puis dire combien il faut de pesanteur

��i-iy mais... le ne puis dire] Car lors que ie vous ay premièrement écrit, i’ay vfé des termes dont on a couftume d’vfer en propofant cette expérience, à caufe que ie croyois fermement que vous la fcauiez. Mais voyant depuis qu’elle vous eftoit nouuelle, fi i’ay bonne mémoire, i’ay adjoufté que, par vn coussin, i’entendois vne enclume suspenduë, ou bien vne plaque de fer mise fur vn coussin; car de prendre vn coussin tout feul & bien mol, il est aisé à croire que la baie fe doit enfoncer dedans, au lieu de s’applatir ; & au lieu d’vne enclume,vous prenez vn morceau de fer mis fur vn mur, où peut-estre il peut autant obeïr au coup, qu’il eft requis pour en augmenter la force. Il faut donc auoir d’vn cofté vne bonne enclume appuyée fur des couffins, en forte qu’elle puisse céder quelque peu, ou bien feulement vne plaque de fer mise sur vn coussin; & frapant deux baies de plomb de mefme force, & auec vn mesme marteau de médiocre grosseur, en forte qu’il ne puisse pas beaucoup apphitir la baie qui fera fur vne enclume ferme, ie m’aflure qu’il appiatira dauantage l’autre. Et de tout cela l’effet se change, selon que la II. 211. CLXXXV. — II Mars 1640. j<^

pour égaler la force d'vn coup de marteau; car c'eft vne quellion de fait, où le raifonnement ne fert de rien fans l'expérience. Il eft certain qu'vne liure de laine pefe autant qu'vne liure de fer ; mais il y a 5 grande différence en la percuflion, tant à caufe de la dureté qu'à caufe de la refiftance de l'air, & il y a des chofes qu'on enfonce mieux auec vn marteau de bois qu'auec vn de fer.

Ceux qui trempent l'Acier auec l'air ne le font pas

10 pour le rendre fort dur, mais, au contraire, afin qu'il le foit moins; car ie croy qu'il doit eflre fort mol pour feruir à ceux qui tirent les fils d'or.

le ne croy point qu'il fufl de la ciuilitc que i'écri- uiffe vne nouuelle lettre à M. le Cardinal de Baigné,

1 5 ny mefme que ie témoigne fçauoir que celle que i'a- uois écrite ait efté perdue^; mais pource que i'en ay encore la copie, ie vous l'enuoye, non point pour la faire voir à perfonne, fi ce n'efl que vous le iugiez fort à propos, mais feulement afin que vous fçachiez ce

20 que ie luy mandois.

le ne feray point imprimer mon Eflai de Metaphy- fique que ie ne fois à Leyde, où ie penfe aller dans

proportion eft changée; comme leur bois, que s'ils fe feruoient

il y a des chofes qu'on enfonce d'vn marteau de fer. De dire,

mieux auec vn marteau de bois, — i car om. — 4 fer] Plomb,

qu'auec vn de fer, & d'autres — 6-8 & il... de fer. om. —

au contraire; c'eft ainfi que les 10 fort] plus. — i3 fuft] foit.

charpentiers ou menuifiers fe — i3-i4 écriuiffe] écriue. —

ferueTit d'vn maillet de bois pour 14 Baigné] B. — 18 à perfonne

fraper fur leur cizeau, & fen- om. — 21 à p. 36, 1. 3, le..,

dent par ce moyen plus aifement Prince om.

a. Voir t. II, p. 464,1. 18; p. 565, 1. 8.

b. Voir t. II, p. 629, 1. 19.

�� � cinq ou fix femaines; & vous y adreflerez, s’il vous plaift, vos lettres chez le lieur Gillot, vis à vis de la Cour du Prince.

le ne doute point que plufieurs petits coups de marteau ne faffent enfin autant d’effet qu’vn fort grand 5 coup : ie dis autant en quantité, bien qu’ils puiffent eflre differens in modo; car il n’y a point de quantité qui ne foit diuifible en vne infinité de \ parties : & la Force, le Mouuement, la Percuifion, &c. font des efpeces de quantitez. ’o

le ne puis déterminer la vitei^Te dont chaque cors pefant defcend au commencement, car c’efl vne queftion purement de fait, & cela dépend de la viteffe de la Matière fubtile, laquelle ofle au commencement autant

de la proportion de la viteffe dont les cors • 5 defcendent, que le petit triangle ABC ofle du triangle AD E, fi on pofe la ligne BC pour le premier moment de viteffe, & D E pour le dernier. D’où vous pouuez aifément calculer la force de la Percuffion comparée auec la Pefanteur, pofitis ponendis. Et à caufe qu’en ces fuppofitions on fe peut beaucoup éloigner de la vérité, le tout eflant queflion de fait, ie ne m’en méleray point, s’il vous plaift.

7 car] mais apud me omnia 20 la force] le raport. — 21 com- fiunt Mathematicè in Natura, parée om. — 22 Et] Mais. —

&. — 8 &] Or. — i3 & cela] qu’en] que. — 23 on fe peut

qui. — 14 laquelle] Cette viteffe. beaucoup éloigner] peuuent eflre

— au commencement ofte. — extrêmement éloignées. — avant

17 pofe] fuppofeque. — iSpour] le tout] & que a/’. — 24 eftani]

reprefente. — 19 pour om. — efV vne.

��� � II. 21Î. CLXXXV. — 1 1 Mars 1640. jj

le paffe à vne autre de vos lettres. Ce que vous dites quelaviteffed'vn coup de marteau furprend la Nature, en forte qu'elle n"a pas loifir de ioindre Tes forces pour refifter, eft entièrement contre mon opinion; car elle 5 n'a point de forces à ioindre, ny befoin de temps pour cela, mais elle agit en tout Mathématiquement. La figure d'vn marteau, ou mouton, &c. change la pro- portion de fa force, à caufe que, plus il a de largeur au fens qu'il fe meut, plus l'air luy refiile. Quand deux

,0 boules de mail fe rencontrent, fi l'vne recule, ainfi qu'il arriue fouuent, c'efl par la mefme force qui la faifoit auancer auparauant : car la force du mouue- ment, & le cofté vers lequel il fe fait, font chofes toutes diuerfes, comme i'ay dit en ma Dioptrique*;

,5 mais cette boule ne recule pas fi vifte, à caufe qu'elle a transféré vne partie de fon mouuement à l'autre boule. Si vn cors qui fe meut en rencontre vn autre d'égale force qui foit immobile, fans doute qu'il le doit plutoft rompre que d'eftre rompu par luy, & fans

20 cela iamais vne baie de plomb ne pourroit percer vne cuirace, car le fer dont elle eft faite eft plus dur que du plomb.

Vous auez raifon que i'ay pris la Fallu pour Paliffi. C'eft ainfi que ie me fouuiens des noms des liures.

2 5 La matière fubtile poufije au premier moment le

r de vos lettres] Lettre. — 21 dont elle eft faite om. —

4 opinion] fens. — 11 la] le. — 22 du] le. — 23-24 Vous...

force] mouuement. — 14 toutes Hures, om. om. — i5 cette boule] elle. —

a. Dioptrique, p. 14 et 17.

b. Voir plus haut, p. 7, 1. 18.

�� � j8 Correspondance, ii, m-nx.

cors qui|defcend, & luy donne vn degré de vitefle ; puis au fécond moment elle pouffe vn peu moins, & luy donne encore prefque vn degré de viteffe, &' ainli des autres; ce qui fait ferè rationem duplicatam, au commencement que les cors defcendent. Mais 5 cette proportion fe perd entièrement, lors qu'ils ont defcendu plufieurs toifes, & la vitefle ne s'augmente plus, ou prefque plus.

In motu projedorum, ie ne croy point que le Miflile aille iamais moins vifte au commencement qu'à la fin, lo à conter dés le premier moment qu'il ceffe d'ellre pouffé par la main ou la machine; mais ie croy bien qu'vn moufquet, n'eftant efloigné que d'vn pied, ou demy pied, d'vne muraille, n'aura pas tant d'effet que s'il en efloit efloigné de quinze ou vingt pas, à caufe i5 que la baie, en fortant du moufquet, ne peut pas fi aifement chaffer l'air qui eft entre luy & cette muraille, & ainfi doit aller moins vifte que fi la muraille eftoit moins proche. Toutefois, c'eft à l'expérience à déter- miner fi cette différence eft fenfible, & ie doute fort 20 de toutes celles que ie n'ay pas faites moy-mefme. Affurez vous que ie n'en ay efcrit aucune comme cer- taine, que ie n'en fuffe tres-affuré. Affurez vous aufîi que la quadrature de l'Hyperbole n'eft pas moins dif- ficile que celle du Cercle, & que celuy qui la promet 25 fe fera trompé.

2 pouffe] le pouffe derechef, ou] d'vn aj. — 14-15 que...

mais. — 3 & luy] de façon qu'elle eftoit] qu'en eftant. — 1 5 quinze

luy. — 6-7 font defcendus. — ou vingt] dix ou douze. —

12 après ou] para/". — i3 après 17 cette] la. — 21 faites] veuës.

a. Cf. t. II, p. 1 19, art. 4, et p. iSg, art. tj..

�� � u, 2I3-JI4. CLXXXV. — II Mars 1640. jç

Pour la Phyfique, ie croyrois n'y rien fçauoir, fi ie ne fçauois que dire comment les chofes peuuent eftre, fans demonftrer qu'elles ne peuuent eftre autrement; car l'ayant réduite aux lois des Mathématiques, c'eft 5 chofe poffible, & ie croy le pouuoir en tout ce peu que ie croy fçauoir, bien que ie ne l'aye pas fait en mes EfTais, à caufe que ie n'ay pas voulu y donner mes Principes, & ie ne voy encore rien qui me conuie à les donner à l'auenir.

|le ne mets aucune différence entre les mouuemens violens & les naturels ; car qu'importe, fi vne pierre eft pouflee par \n homme, ou bien par la Matière fub- tile? Et ainfi, auoûant que les violens ne palfent pas par tous les degrez de tardiueté, il faut, ce me femble, i5 auoûer le mefme des naturels. Mais, comme vn hom- me, pouffant vne boule par vne adion parallèle à l'ho-

��10

��4-5 c'eft choie] cela eft. — 7 n'ay] n'y ay. — y om. — 8-9 ie ne voy... l'auenir] ie n'ay pas mefme aucune intention de les faire iamais imprimer, ny le refte de ma Phyfique, ny mefme au- cune autre chofe, que mes cinq ou fix feuilles touchant l'Exiftence de Dieu, à quoy ie penle eftre obligé en confcience ; car pour le refte, ie ne fçay point de Loy qui m'oblige à donner au monde des chofes qu'il té|moigne ne point defirer. Et fi quelques-vns le dé- lirent, fçachez que tous ceux qui font les dodes, fans l'eftre, & qui préfèrent leur vanité à la vé- rité, ne le veulent point; et que pour vne vintaine d'approba-

��teurs, qui ne me feroient aucun bien, il y auroit des milliers de malueillans, qui ne s'épargne- roient pas de me nuire, quand ils en auroient l'occafion. L'eft ce que l'expérience m'a fait con- noiltre depuis trois ans; & quoy que ie ne me repente point de ce que i'ay fait imprimer, i'ay toutesfois fi peu d'enuie d'y re- tourner, que ie ne le veux pas mefme laiffer imprimer en La- tin, autant que ie le pourray empefcher. — 12 bien omis. — -J4 après il] le aj. — ce me fem- ble oiîiis. — i5 le mefme omis. — 16 pouffant] prelfant. — pai vne] d'vne.

�� � 40 Correspondance. ii. «h

rizon, lors qu elle efl fur vn plan incliné, n'a pas tant de force à la mouuoir, etiam demptâ grauitate, que fi elle efloit fur vn plan qui fuft auffi parallèle à Fhori- zon, le mefme ell de la Matière fubtile, qui, la pouf- fant toufiours direftement de haut en bas, la fait com- 5 mencer à fe mouuoir beaucoup plus lentement, fur vn plan incliné, qu'en l'air libre.

le n'ay point encore receu les Coniques de Mon- fieur Pafcal le fils, ny le Catalogue des Plantes ; mais ie vous remercie tres-humblement de la graine de lo l'herbe fenfitiue, que ie viens tout maintenant de re- ceuoir, & nous aurons foin ici de la cultiuer le mieux qu'il fe poura ^.

Qui pourroit exadement expérimenter quel poids & quelle percuffion font le mefme effet, on pourroit i5 par là connoiflre de quelle viteffe le poids commence à fe mouuoir en defcendant ; mais ie croy cette expé- rience moralement impoffible.

La gajeure dont vous auoit écrit Monfieur Fàuet n'efl pas encore iugée, mais elle doit l'eftre bientoft ; 20 car les arbitres n ont différé à donner leurs auis que fur ce que ce badin a promis de faire imprimer fes

5 toufiours om. — 12 nous defenfes, n'eft qu'afin de faire

aurons] i'auray. — ici om. — mieux voir fon ignorance, qui

12- i3 le... poura] comme il eft fi extrême, que B. & | P. font

faut. — i9Riuet]Rio. — 20 iu- des Archimedesàcomparaifon*.

gée] finie. — 20 à p. 41 , 1. 4, elle le voudrois que vous entendif-

doit. . . delay.] vaut autant que fiez le Flamand, afin de vous en

finie, car le delay qu'on luy a enuoyer l'hiftoire, qui fera im-

donné pour faire imprimer fes primée dans quelques mois.

a. Voir lettre CLXXIX, t. II, p. 628, note a.

b. Voir t. II, p. 619, 1. 1 1-19, et p. 633, art. 5.

�� � 11,214-215. CLXXXV. — II Mars 1640. 41

defenfes, ce qu'on feroit bien aife qu'il fift, afin que tout le monde pùft mieux voir fa fottife; mais ie ne croy pas qu'il le falTe, & paffé 8 ou 1 5 iours, on ne luy donnera plus de delay*. 5 I Toutes les parties du marteau, ou autre inftrument à fraper, agilTent en mefme temps, & non comme des foldats qui tirent l'vn après l'autre. Mais le temps qu'il faut pour applatir vne baie, efl afin que les parties de cette baie aient loifir de changer de fituation , ce

10 qu'elles ne peuuent faire en vn inftant; & félon que les parties des cors frapez requièrent plus ou moins de temps pour changer de fituation & obéir au coup, ils peuuent eftre frapez auec plus d'effet fur vn coufiin, ou fur vne enclume, & auec vn maillet de bois, ou vn

i5 marteau de fer, &c. En forte que ces proportions changent en infinies façons.

Le mouuement des Miffiles safibiblit, ainfi que vous écriuez, à caufe qu'il fe communique aux parties de l'air qu'ils rencontrent, & auffi aux parties de la Ma-

20 tiere fubtile qui les repouffe en bas ; et le mefme efl d'vn boulet de canon. Mais ie ne voy pas qu'on puiffe fçauoir de là combien l'air efl moins denfe que ce boulet ; car on ne peut expérimenter combien il transfère de fon mouuement aux parties de cet air.

25 L'hifloire de h fille de la baffe Bretagne efl digne d'auoir eflé racontée par le fieur Petit, car c'efl affu- rement vne fable.

5 après du] mouton, ou aj. marteau. — 14-15 vn marteau

— 5-6 ou... fraper] &c. — oni. — 17 s'affoiblit] s'anéantit.

9 aient loifir de om. — chan- — ^ ainfi que] comme. — 19 aux

ger] changent. — 14 maillet] parties] à celles. — 26 Petit] N.

~ Correspondance. III. 6

�� � 42 Correspondance. ii. îis-hô.

Pour le beuueur Italien, il faudroit voir la chofe pour en bien iuger; mais fur le raport que vous en faites, ie dirois qu'il doit auoir vn trou fous le men- ton, qui luy ell refté de quelque bleffure, & que c'eft par là qu'il fait paffer ces liqueurs. 5

Pour les conuulfions de la fœur d'vn de vos Reli- gieux, ce n'efl rien fans doute de furnaturel, & les Médecins la doiuent guérir. Pour moy, encore que ie ne fois pas Dodeur, ie ne defefpererois pas pour cela d'y trouuer remède ; mais il faudroit élire fur les lieux lo & voir le fuiet.

le ne puis croire que ce que vous me mandez des parties de la Pierre d'Ayman de Chorez" foit gênerai, à fçauoir que ces parties feparées leuent beaucoup plus de fer à proportion que le tout; mais bien que i5 quelque partie de cette pierre fe fera trouuée beau- coup meilleure que le reile.

En frapant d'vn marteau fur le baffin d'vne balance, il efl certain qu'on doit commencer à fouleuer autant pefant, en l'autre baffin, |que le coup a de force ; mais 20 ce commencer à fouleuer ell imperceptible, ou pref- que imperceptible, à caufe qu'incontinent après le coup pert fa force.

le n'ay point oùy parler de l'Anglois, qu'on vous a dit promettre plus que l'ordinaire pour vuider les ma- 25

I le beuueur om. — l'Ita- et 22 imperceptible] infenfible.

lien. — 2-3 fur... faites] comme — 22 à caufe qu'] &. — après

vous l'écriuez. — 8-11 Pour... après] qu'il eft commencé à 'ou-

fuiet. om. — 14 ces] les. — 21 leuer, aj.

a. Voir ci-avant page 8,1. 4.

�� � 11,2,6. CLXXXV. — II Mars 1640. 4)

rais de ce pais ; mais il fe trouue par tout affez de gens qui promettent fans effeduer.

Il n'a fait ici grand froid qu'enuiron en mefme tems qu'à Paris, & il a dégelé depuis 12 ou 15 iours,

5 nonobftant que le vent foit quafi toufiours venu d'o- rient, ce qui efl rare en ce pais. Et aujourd'hui il a fort negé & fait encore affez froid.

Pour l'homme de Grenoble*, qui promet les Longi- tudes, & donne de nouuelles diflances du Soleil, il

10 faudroit voir fes raifons pour en iuger.

Vous enuoyerez ce qu'il vous plaira de moy à ce Seigneur Anglois* dont vous écriuez; mais ce fera donc, s'il vous plaift, auec la glofe que ie ne vous écrits iamais rien que fort à la halle, & fans deflein qu'autre

i5 que vous le voye. | Et il faut, s'il vous plaift, eftre exad à 'faire bien tranfcrire ces chofes de mathématiques, ou plutoft ne le point faire, car fouuent vne lettre changée gafte tout ; & des chofes qui ne font defia gueres bonnes, paroiftroient encore plus mauuaifes,

20 eftant mal efcrites.

le fuis marri de l'accident qui eft arriué à M"" de Beaune; mais ie ne m'eftonne pas de ce qu'il n'eft point encore à bout de fon entreprife, car ie fçay quelle eft très difficile^

25 Voilà la refponfe à tous les points que i'ay trouuez

3-7 II... froid om. — 8 l'hom- om. — & fans] ny à. — i5 à

me] celuy. — 11 ce] M. Can- p. 44, 1- 5, Et il faut... 1640.]

difche. — 12 m'écriuez. — 12- le fuis, M. R. P., Voftre tres-

i3 ce... plaift,] ie vous prie humble, & tres-obeïffant ferui-

que ce foit donc. — 14 tien teur, Descartes.

a. L'entreprise des lunettes. Voir ci-avant p. 9, 1. 7-9.

�� � 44 Correspondance.

en vos 4 dernières lettres, dont i'ay receu les deux dernières en mefme iour. le fuis de tout mon cœur,

Voftre tres-humble & tres-obeïflant feruiteur, descartes.

De ronziefme mars 1640.

Page 40, 1. 20, variantes. — Descartes parait avoir changé cette pre- mière rédaction, à causé du jugement un peu sévère qu'il exprime sur les mathématiciens 6. et P., probablement Beaugrand et P^/»7, qu'il n'a jamais ménagés dans ses lettres. — Quant à l'histoire de toute cette affaire, dont Descartes annonce la publication dans quelques mois, elle ne paraîtra qu'en novembre 1640, sous le titre : Den Onwissen Wis-Konstenaer I.-I. Stampioenius ontdeckt. Il en a déjà été question dans la lettre CLXXXIV, p. 3o ci-avant, éclaircissement sur p. 21, 1. 6.

Page 41, 1. 4. — Voir aussi pour cette affaire (entre Stampioen et Waessenaer) les lettres CLXXV, CLXXVI, etc., surtout le début de la CLXXXII» ci-avant, p. 4. Stampioen fît, en effet, imprimer les pamphlets suivants dès les premiers mois de 1640 (Cf. t. II, p. 612) :

I.-I. SxAMPioEmi -Wis-KoNSTiGH e«rfe Reden-Maetigh Bewijs. Op den Reghel Fol. 25, 26 en 27 van sijn Boeck ghenaemt den Nieuwen Stel- Regel ('s Graven-Hage, Ten Huyse van den Autheur in Sphaera Mundi, naest de Remonstransche kerck. 1640, in-4, pp. i-3o). Puis un second titre : Aen-Hangh op dit Reden-Maetigh Bewus. Waer in ghetoont wordt, het gène Waessenaer op den \elfden Regel gheschreven heeft, niet anders, als Rechte Beuselinghen \ijn, et un autre opuscule (pp. îi-58) :

I.-I. Stampioenu Vervolgh Op \ijn Reden-maetigh Bewijs, tfaer tnede betoont wordt, dat den Regel Fol. 25 in het Boeck, ghenaemt den Nieu- iven-Stel-Regel, van sich selven bestandigh is (in-4). I' donnait en même temps la copie d'une lettre aux Professeurs de Mathématique de l'Uni- versité de Leyde, Gool et Schooten, datée de La Haye, 8 février 1640.

Page 43, 1. 8. — Jacques de Valois, Ecossais, Trésorier général de France en Dauphiné, et Intendant de la maison de M. le Comte de Sault. Ainsi l'appelle J.-B. Morin dans son opuscule cité t. I, p. 291, éclaircis- sement de p. 289, 1. 2 : Lettres escrites au S' Morin par les plus célèbres Astronomes de France, approuuans son inuention des longitudes (Paris, Morin et Libert, i635). C'était aussi un ami de Gassend, avec qui il fît des observations astronomiques. Il écrivait encore à Mersenne, de Grenoble, le II oct. 1643 : « Je lis le Père Fournier sur ses obseruations et sur la » longitude, et trouve qu'il a raison... Le liure est bon et curieux. » [Bibl. Nat., MS. fr. n. a. 6206, p. 32i.j

�� � CLXXXVI. — I" Avril 1640. 45

Page 4?, I. 12. — La variante de Clerselier indique que ce « seigneur anglois » est sir Charles Cavendish, que Baillet appelle à toruMj^iord Candische (voir t. II, p. 457, éclaircissement, 1. 4 en rem.), le titre de lord appartenant à son frère aîné, William, le marquis de Newcastle, avec lequel Descartes entrera aussi plus tard en relations. Nous retrouverons encore sir Charles voulant s'occuper des lunettes (Clers., III, lettre io5), puis, en 1646, soulevant la question du centre d'oscillation du pendule. Au reste, la réputation de Descartes était déjà grande en Angleterre, grâce sans doute à Digby (cf. t. II, p. 336, 1. 1 1) et à Boswell {ib , p. 547, 1. 3). D'autre part, du « mathématicien anglais », dont il est question dans la lettre suivante {Clers. ,11, 216), John Pell, ou Johannes Pellius, on trouve dans les Lettres MSS. à Mersenne, une épître datée de Londres, 24 jan- vier 1640, contenant ces mots :

« Prasclara illa Geometrica, quorum mentionem facis, conspectu mihi » gratissima erunt. Quas si Gallicè conscripta sint, meâ causa non opus » est translationis laborem suscipere, qui ejus linguœ scripta sic satis bene » intelligam, tanquam ad loquendi scribendive in eâdem promptitudinem » non pervenerim. Interque alla praeclara ejus Monumenta, Cartesianis » potissimum delectatus, ea maximam partem in vcrnaculam meam » transtuli. »

« Tractatus ille Mechanicus (de quo summas tibi gratias ago) Majoris » illius operis, quod Autor promittit, admodum mihi salivam movet. » Palissius me quoque semel légère exorsum facile ad finem usque in » lectione suî non sine summâ delectatione detinuit. » [Bibl. Nat., fr. n. a. 6206, f. iSg, p. 3o8.)

��CLXXXVI.

Descartes a Mersenne.

[i" avril 1640.]

Texte de Clerselier, tome H, lettre 38, p. 116-220.

Sans date dans Clerselier. Mais elle est imprimée entre la 3j', du II mars, et la 3g', du 1 1 juin 1640. De plus, on voit par cette der- nière que Descartes n'a pas répondu sur-le-champ à une lettre de Mersenne écrite le sS mars; Une l'avait donc pas encore reçue, lors- qu'il répond dans celle-ci à trois lettres, des 4, 10 et 20 mars. On peut donc la dater presque certainement du dihianche i" avril, ou lundi 2 avril 1640.

�� � 46 Correspondance. 11,2.6-217?

Mon Reuerend Père,

Quoy que i'aye receu trois de vos lettres depuis ma dernière, ie n'y trouue pas toutesfois affez de matière pour remplir cette feuille. Car la première, du qua- trième Mars, ne contient que l'obferuation des decli- 5 naifons de l'Ayman, qui varient en Angleterre, auec vn raifonnement qu'vn Mathématicien, que vous ne nommez point, a fait fur ce fujet*; lequel raifonne- ment efl fort bon pour en découurir la caufe à l'aue- nir. Mais fi vous attendez que ie vous die par proui[fion 10 ma conjedure, comme ie ne croy pas que les decli- naifons de l'Ayman viennent d'ailleurs que des inéga- litez de la terre, auffi ne croy-je point que la variation de ces declinaifons ait vne autre caufe que les altéra- tions qui fe font en la maffe de la terre : foit que la 1 5 mer gagne d'vn cofté & perde de l'autre, ainfi qu'on voit à l'œil qu'elle fait en ce pais ; foit qu'il s'engendre d'vn cofté des mines de fer ou qu'on en épuife de l'au- tre; ou foit feulement qu'on ait tranfporté quelque quantité de fer, ou de brique, ou d'argile, d'vn cofté 20 de la ville de Londres vers l'autre. Car ie me fouuiens que, voulant voir l'heure à vn quadran, où il y auoit vne aiguille frotée d'Ayman, eftant aux champs proche d'vn logis qui auoit de grandes grilles de fer aux fe- neftres, i'ay trouué beaucoup de variation en l'aiguille, 25 en m'éloignant mefme à plus de cent pas de ce logis, & pafTant de fa partie orientale vers J'occidentale, pour en mieux remarquer la différence. Pour le Ciel, il n'eft pas croyable qu'il y foit arriué aiTez de chan- gement en û peu d'années, pour caufer cette varia- 3o

�� � II. ..7-2.8. CLXXXVI. — I" Avril 1640. . 47

tion ; car les Aftronomes l'auroient aifément remar- quée.

le vous remercie pour la féconde fois de la graine de l'herbe fenfitiue, que i ay trouuée en cette lettre,

5 après en auoir receu huit iours deuant dans vne autre ^.

l'ay receu auffi l'Effay touchant les Coniques du fils de M. PafcaP, & auant que d'en auoir lu la moitié, i'ay iugé qu'il auoit apris de Monfieur des-Argues; ce

10 qui m'a efté confirmé, incontinent après, par la con- feffion qu'il en fit luy-mefme*.

Voftre féconde lettre, du dixiefme Mars, en conte- noit vne autre de Monfieur M(eiffonnier)*', auquel ie ferois réponfe, fi ie penfois que celle-cy vous dûft en-

i5 core trouuer à Paris ; mais fi elle vous doit eftre en- uoyée plus loin, il n'y a pas d'apparence de la charger tant, & ie puis mettre icy, en peu de paroles, tout ce que i'ay à luy faire fçauoir, ce qui fera, s'il vous plaift, pour lors que vous luy écrirez. Qui eft (après mes

20 remerciemens pour la bien-veillance qu'il me témoi- gne) que, pour les efpeces qui feruent à la mémoire, ie ne nie pas abfolument qu'elles ne puifTent eftre en partie dans la Glande nommée Co\nanum, principa- lement dans les belles brutes, & en ceux qui ont l'ef-

25 prit groflier; car, pour les autres, ils n'auroient pas, ce me femble, tant de facilité qu'ils ont à imaginer vne infinité de chofes qu'ils n'ont iamais veuës, fi leur

a. Voir p. 40, 1. .0-1 3 ci-avant.

b. Voir lettres CLXXIX, t. II, p. 628, note a; et CLXXXV, p. 40, 1. 8-9 ci-avant.

c. Une réponse à la lettre CLXXXIII ci-avant, p. 18,

�� � 48 Correspondance. 11,218.

ame n etoit iointe à quelque partie du cerueau, qui fuft fort propre à receuoir toutes fortes de nou- uelles imprelfions, & par confequent fort mal propre à les conferuer. Or eft-il qu'il n'y a que cette Glande feule, à laquelle l'ame puiife eflre ainfi iointe; car 5 il n'y a qu'elle feule, en toute la tefte, qui ne foit point double. Mais ie croy que c'eft tout le refte du cerueau qui fert le plus à la mémoire, principale- ment fes parties intérieures, & mefme aufTi que tous les nerfs & les mufcles y peuuent feruir ; en forte 10 que, par exemple, vn loueur de luth a vne partie de fa mémoire en fes mains ; car la facilité de plier & de difpofer fes doigts en diuerfes façons, qu'il a acquife par habitude, aide à le faire fouuenir des paiTages pour l'exécution defquels il les doit ainfi difpofer. Ce i5 que vous croyrez aifement, s'il vous plaift de confi- derer que tout ce qu'on nomme Mémoire Locale eft hors de nous ; en forte que, lors que nous auons lu quelque liure, toutes les efpéces qui peuuent feruir à nous faire fouuenir de ce qui eft dedans, ne font pas 20 en noftre cerueau, mais il y en a auffi plufieurs dans le papier de l'exemplaire que nous auons lu. Et il n'importe pas que ces efpeces n'ayent point de reffem- blance auec les chofes dont elles nous font fouuenir; car fo'uuent celles qui font dans le cerueau n'en ont 25 pas dauantage, comme i'ay dit au quatrième Difcours de ma Diopt(rique)*. Mais, outre cette mémoire, qui dépend du cors, l'en reconnois encore vne autre, du tout intelleduelle, qui ne dépend que de l'ame feule. le ne trouuerois pas eftrange que la Glande Cona- 3o

a. Dioptrique, p. 3?.

�� � Il, ais-îig. CLXXXVI — i" Avril 1640. 49

rium fe trouuaft corrompue en la diffedion des lé- thargiques, car elle fe corrompt auffi fort prompte- ment en tous les autres; & la voulant voir à Leyde, il y a trois ans, en vne femme qu'on anatomifoit, quoy

5 que ie la cherchafTe fort curieufement, & fceufle fort bien où elle deuoit eflre, comme ayant accouftumé de la trouuer, dans les animaux tous fraif j chement tuez, fans aucune difficulté, il me fut toutesfois im- poffible de la reconnoiftre. Et vn vieil ProfefTeur qui

10 faifoit cette anatomie, nommé Valcher, me confefla qu'il ne l'auoit iamais pu voir en aucun cors humain; . ce que ie croy venir de ce qu'ils employent ordinai- rement quelques iours à voir les inteftins & autres parties, auant que d'ouurir la tefte.

i5 Pour la mobilité de cette glande, ie n'en veux point d'autre preuue que fa fituation : car n'eftant fouftenuë que par de petites artères qui l'enuironnent, il eft certain qu'il faut très peu de chofe pour la mouuoir; mais ie ne croy pas pour cela qu'elle fe puifTe beau-

20 coup écarter, ny çà, ny là.

Pour les marques d'enuie ^, ce qui vous fait croire qu'elles reffemblent fort parfaitement aux objets, ne vient que de ce que vous trouuez étrange qu'elles puiflent tant reflembler qu'elles font; mais fi vous les

3 5 comparez avec les portraits des plus mauuais pein- tres, vous les trouuerez encore beaucoup plus de- fedueufes. Mais pour IVrine des enragez, c'eft vne quellion de fait, en laquelle ie ne voy rien d'impof- fible ; non plus qu'en ce que vous m'écriuez de la

3o fécondité d'vn grain de blé, après auoir elle trempé

a. Voir ci-avant, p. 20, 1. 21, à p. 21, 1. 2.

C0KKE8PONDANCB. III. 7

�� � dans du fang, ou du fuc de fumier. Et pour ce que le Sieur N. ^ vous a dit de la pierre d’Ayman, il fuffit que vous m’ayez nommé voftre autheur, pour m’empefcher d’y adjoûter foy.

le viens à vollre dernière, du vingtiefme Mars, où 5 vous mandez me renuoyer le petit Catalogue des Plantes que ie vous auois enuoyé, que ie ne trouue pas toutesfois auec voftre lettre ; mais auffi n’en ay-ie nullement affaire, non plus que de celuy des Plantes du lardin Royal, que vous auez pris la peine de m’en- lo uoyer, fans que ie l’aye encore receu; mais i’apprens qu’ils l’ont à Leyde.

le n’ay point du tout oûy parler de ce que vous me mandez qu’on vous a écrit d’Angleterre, qu’on eftoit fur le point de m’y faire aller*’; mais ie vous diray, i5 entre nous, que c’eft vn pais dont ie prefererois la demeure à beaucoup d’autres; & pour la Religion, on dit que le Roy mefme eft Catholique de volonté : c’eft pourquoy ie vous prie de ne point détourner leurs bonines intentions. 20

Ie ne me sçaurois maintenant remettre aux Mathématiques pour chercher le Solide de la Roulette d ; mais ie ne le croy point impossible.

le vous ay mandé en ma précédente^ l’vnique raifon que ie fçache, qui puiffe empefcher qu’vn mouf- 2 5 quet ne faffe tant fort proche qu’vn peu loin, & il n’y

a. « le croy que c’eft Petit. » {Exemplaire de l’Institut.)

b. Voir t. II, p. 619, 1. iS-ig; p. 633, art. 5, et ci-avant, p. 40, 1. 9.

c. Voir ci-après la lettre CXCII, dernier article.

d. Page 8, 1. i3, ci-avant.

e. Page 38, 1. 9-19, ci-avant. M, »o. CLXXXVI. — I" Avril 1640. 51

a aucune apparence de vérité en celle que vous me mandez de M. Myd(orge). le fuis.

Page 46, 1. 8. — Ce mathématicien anglais est John Pell (Johannes Pellius), dont nous avons trois lettres écrites de Londres à Mersenne, pré- cisément sur ce sujet.

La- première est datée du 21 novembre 1639. Elle contient ce post- scriptum:u Chartam istam lusimMagneticis experimentis refertam (cf. plus » haut lettre CLXXXIl du -jp janv. 1640, p. 8, l. (fi"; percurri. Miratus » sum te de duobus insignioribus Londinensium inveniis nihil monuisse. » Quorum prius a R. Normanno ante 60 annos observatum et Gilberto » notum, Acûs, scilicet, in œquilibrio positœ, inclinatio sub horizonte » [Londinensi usque ad 71 gr. 5o'] post contactum Magnetis. Posterius » Johannes Marr Scotus in Horto Regio primus, et quidem casu, obser- » vavit, Anno i63?, idque doctioribus quibusdam communicavit, Acûs, » nempe, Magneticœ declinationem in Horizonte à vero Septentrionis » puncto numeratam, non esse, ut Giibertus pronunciat, in eodem loco » constantem, sed [hic apud nos insigniter] deminutam. Quanta vero ista » deminutio fuerit et quomodo observata, docebit H. Gellibrandi (amici » nostri, dum viveret) Tractatus, quem spero te vel cum his vel paulo post » accepturum. Meditationes vero nostras de causa istius deminutionis » posthac fortasse mittam.ubi tibi non ingratas fore istiusmodi studiorum » tuorum interpellationes intellexero. » (Bibl. Nat., MS. fr. n. a. 6206, f. i58, p. 3o6.)

La seconde lettre, du 24 janvier 1640, accompagne les Meditationes annoncées et contient l'historique de l'observation (7^., f. iSg, p. 3o8- 309). Elle fut sans doute envoyée le 4 mars à Descartes, qui y répond le i" avril.

Enfin, la troisième lettre, du 29 mars 1640, complète cet historique et y ajoute des observations faites en mer {Ib.,{. 160, p. 3io-3ii).

Dans le passage cité, Pell parle, en premier lieu, de Robert Norman, constructeur d'instruments mathématiques, auteur d'un in-4°, en i58r, intitulé : The Netve Attractive, containing a short discourse of the Magnes or Lodestone, and aniongest other his virtues, of a newe disco- vered secret and subtill propertie concerning the declinyng of the Needie touched theretvith under the plaine of the Horizon, avec une dédicace à William Borough, « the comptroller of the Navy », et un appendice de celui-ci, intitulé : A Discovery of the Variation qf the Compass. Il s'agit, dans l'ouvrage de Norman, de l'inclinaison magnétique.

Quant à la déclinaison, Pell parait ignorer les travaux d'EoMUND Gunter, « Professor of Astronomy in Gresham Collège », qui, en 1622, conclut de ses expériences faites à Limehouse que la direction de l'aiguille avait varié de 5° en quarante-deux ans; il en donna un aperçu, 1. H, c. v, de son Cross-Staff ; puis, en 1624, à la demande du prince Charles, il publia de

�� � 52

��Correspondance.

��nouvelles expériences faites dans les jardins de Whitehall. Gunter, né en i58i, mourut en 1626.

Henry Gellibrand (1597-1636), son successeur, confirma ses conclu- sions dans un ouvrage publié à Londres, in-4, i635 : A Discourse Mathe- matical of the Variation 0/ the Magneticall Needle togelher with its admirable diminution lately discovered.

Jacques de Valois, à Grenoble, eut connaissance de cet ouvrage de Gel- librand et en avisa Gassend à Aix. On trouve dans les observations de celui-ci, De Rébus Cœlestibus Commentarij, la note suivante : « 1640, » Mense Junio, Aquis Sextiis admonitus a Vaiesio editum Anglicè libel- » lum, ex quo constat variationem Magnetis sic decrescere, vt in eodem » loco (Lymhusij nempe propè Londinum) exquisitissimè obseruata anno » i58oOctobris à Burrusioexhibita fuerit gr. 11 -!-, anno 1622 à Gontero » grad.6, proximè anno 1634 gr. 4 ^. Explorare libuit an quas optimo » Galterio et mihi habita hue vsque fuit 5 proximè graduum,pari ratione n decreuerit. Itaque tum ad lineam meridianam ante 3o annos ductam, » tum ad recentiores applicata fuit acus semipedalis non receniior modo, » sed etiam illa qua vsus ante id tempus Galterius. Cœterùm cîim variatio » nunquam ad très gradus peruenerit, rarô ad duos cum semisse, tum » constantius et ad probatissimam lineam duorum duntaxat graduum fuit. 1) Mémento heinc corrigere Massiliensem obseruationem, etc. » {Gassendi Opéra, i658, t. IV, p. 437.)

Comme Gassend avait reçu l'année précédente une lettre datée de Rome, 2 juin 1639, du P. Athanase Kircher [Ib.., t. VI, p. 436-437), qui lui annonçait son prochain ouvrage De Arte Magneticd, il lui envoya, le 3 juillet 1640, le détail de ses observations, anciennes et nouvelles, sur la déclinaison de l'aimant [Ib., t. VI, p. 98-99). Le P. Bougerel, dans sa Vie de Gassendi, résume ainsi cette lettre, p. 183-184 « i' <i't ^ ce fçavant les » expériences qu'il avoit faites autrefois sur cette matière; d'abord à » Paris, où il avoit trouvé cette variation moindre que les auteurs ne la i> disoient; ensuite ayant renouvelé les mêmes expériences à Aix, à Digne, » à Marseille, il n'avoit jamais pu parvenir au même point. Dorosseus, s professeur de philosophie à Aix, et ensuite théologal à Arles, avoit » observé cette déclinaison en 1600, l'avoit trouvée de 9 degrés. Gautier » ayant remarqué qu'il ne s'étoit pas servi d une aiguille assez prolixe, fit » la même expérience à Aix, et ne la trouva pas de 7 degrés en 1620. Lui » Gassendi l'avoit aussi observée dans la même ville, et ne l'avoit trouvée I) que de 5 degrés ; quelque temps après elle n'étoit plus que de 4 et -, et n ajoute que cette déclinaison trouvée autrefois à Marseille de 3 degrés, » n'étoit plus de son temps que de 2 -j, et même moins de 2. »

Un peu plus tard, Jacques de Valois écrira à Mersenne, de Grenoble, le 1 1 oct. 1643 : « Je voudroys bien que vous luy eussiez fait sauoir(au Père » Fournier) ce que M' Petit, vous et moy, remarquasmes en vostre cou- » uent sur la variation de l'aymant a Paris, comme il se trouua bien sur- » pris, ne l'ayant trouué, sur le mesme méridien qu'il auoit autrefois tracé

�� � CLXXXVI. — i*^ Avril 1640. JJ

» sur la pierre de vostre cloistre, que de 2 degrés ou un peu plus, où au- » irefois il l'auoit trouuée de 5, ainsi que ledit Père remarque en parlant » dudit sieur Petit. » {Bibl. Nat., MS. fr. n. a. 6206, f. i65, p. 3îi.)

Enfin, le P. Bougerel conclut ainsi le résumé que nous avons rapporté : « J'ajouterai ici qu'Honoré Gautier, neveu du prieur de la Valette, se » servant des mêmes instrumens et de la même méridienne que son oncle, » observa à Aix, l'an 1645, que cette déclinaison n'étoit que de 2 degrés ; » que quatre ans après, le 14 mai 1649, il procéda à la même opération et » ne trouva plus que i degré -i-; que le 21 février i66î, à la réquisition » d'Honoré Bouche, historien de Provence, ayant renouvelé la même » observation auec les mêmes attentions que la première fois, il ne trouva » plus cette déclinaison que de 40 minutes. » {Vie de Gassendi, p. 184, Paris, Jacques Vincent, 1737.)

Page 47, 1. II. — On trouve, imprimé en marge, dans la seconde édi- tion du tome II des Lettres : « Des personnes qui croyent le bien sçauoir » disent que cela est faux : cela peut estre faux [mot barre' dans l'exem- » plaire de l'Institut, et remplacé par ceux-ci, écrits à la main : absoJu- » ment parlant); mais ie ne doute point que M. Descartes ne dise vray, » car il n'estoit point homme à controuuer des mensonges. » Cette note concerne les mots de la ligne 9, mis en italiques par Clersdier : qu'il (Pascal) auoitapris de Monsieur des-Argues.

Remarquons que la seconde édition des Lettres est de 1666, et la pre- mière de 1659. Entre les deux était survenue la mort de Pascal (19 août 1662), ainsi qu'une édition des- rraZ/e^f de l'Equilibre des Liqueurs et de la Pesanteur de la Masse de l'Air, par Monsieur Pascal (Paris, Guillaume Desprez, in-i2, 1 663, privilège du 8 avril, achevé d'imprimer le 17 novem- bre), avec une Préface de Monsieur Périer.On lit p. 9-10 de c&\\.QPréface (non paginée) : « ... Comme il [M. Pascal) trouvoit dans ces sciences la » vérité qu'il aymoit en tout avec une extrême passion, il y avançoit tel- » lement,pour peu qu'il s'y occupât, qu'à l'âge de seize ans il fit un Traité » des Coniques qui passa, au jugement des plus habiles, pour un des plus » grands efforts d'esprit qu'on se puisse imaginer. Aussi Monsieur Des- » cartes, qui estoit en Hollande depuis long temps, l'ayant leu, et ayant » oùy dire qu'il avoit esté fait par un enfant âgé de seize ans, ayma mieux » croire que Monsieur Pascal le père en estoit le véritable auteur, et qu'il » vouloit se dépouiller de la gloire qui luy appartenoit légitimement, pour » la faire passer à son fils, que de se persuader qu'un enfant de cet âge » fut capable d'un ouvrage de cette force, faisant voir, par cet éloignement » qu'il témoigna de croire une chose qui estoit très véritable, qu'elle estoit » en effet fncroyable et prodigieuse. »

Nous ne savons d'où Périer a pu tirer cette opinion de Descartes : peut- être du récit des conversations que celui-ci tint à Paris, car elle ne se trouve point dans ses Lettres. Quant à dire que Pascal était redevable de quelque chose à Desargues, c'est un fait dont Périer et plus tard Baillet

�� � (Vie de M. Des-Cartes, II, 40) auraient pu s’assurer en relisant VEssaj- (et non point Traité) pour les Coniques. II n’a été réimprimé que dans les Œuvres de Biaise Pascal , édition Bossut(La Haye, 1779, t. IV, p. 1-7). C’était un simple placard qui pouvait être affiché (il tient tout entier sur le recto d’une assez grande feuille); la Bibl. Nat. en possède un exemplaire (en tête d’un recueil intitulé : Invent, de Géométrie, V, 848, 3). Le titre est : Essay pour les Coniques par B. P.; il comprend trois définitions, trois lemmes et les énoncés de cinq théorèmes et de trois problèmes. On y lit (avant l’énoncé du quatrième théorème) :

« Nous demonstrerons aussi cette propriété, dont le premier inuenteur est Mr Desargues Lyonnois, vn des grands esprits de ce temps, et des plus versez aux Mathématiques, et entr’autres aux Coniques, dont les escripts sur cette matière, quoy qu’en petit nombre, en ont donné vn ample tesmoignage à ceux qui en auront voulu rcceuoir l’intelligence : et veux bien aduoûer que ie doibs le peu que i’ay irouué sur cette matiere à ses escrits, et que i’ay tasché d’imiter autant qu’il m’a este possible sa méthode sur ce subjet, qu’il a traitté sans se seruir du triangle par l’axe : Et traittant généralement de toutes les sections de Cône, la propriété merueilleuse dont est question est telle : ... etc. »

Le placard se termine ainsi : >

« Nous auons plusieurs autres Problèmes et Théorèmes, et plusieurs » conséquences des précédents; mais la défiance que i’ay de mon peu d’experience et de capacité, ne me permet pas d’en auancer dauantage, aduant » qu’il ait passé à l’examen des habiles gens, qui voudront nous obliger » d’en prendre la peine; après quoy, si l’on iuge que la chose mérite » d’estre continuée, nous essayrons de la pousser iusques où Dieu nous » donnera la force de la conduire. A Paris, M.DC.XL. »

La « confession », dont parle Descartes (p. 47, 1. lo-i i), est aussi clairement formulée que possible dans le premier des deux passages qui viennent d’être cités. Pour reconnaître, d’autre part, que Biaise Pascal, dans son Essay, procède comme un disciple de Desargues, Descartes n’avait certainement pas besoin d’en lire la moitié; car la première définition {lignes droites de même ordonnance) est empruntée au Brouillon-proiect de ibSg (voir t. II, p. 557, éclaircissement sur p. 555, 1. 25). L’accusation d’erreur, sinon de mensonge, lancée contre Descartes à propos de ce passage de ses lettres, est donc aussi ridicule que la riposte de Clerselier est faible. Quant à l’histoire racontée par Périer,elle est absolument invraisemblable, comme le remarquait déjà Bayle, dans son Dictionnaire historique : car elle supposerait, pour VEssajy, de la part de Descartes, une admiration dont il ne témoigne guère et qu’il n’était point dans son caractère d’éprouver. Il est donc au moins singulier que, dans son Histoire des Mathématiques (t. II, p. 62), Montucla ait reproduit les récits de Baillet.

La gloire de Pascal n’est, au reste, en rien diminuée par la remarque de Descartes, et Chasles l’a mise en pleine lumière dans son Aperçu historique, etc. (a" éd., Paris, Gauthier-Villars, 1875, p. 71-73), où l’on trouCLXXXVI. — i^-^ Avril 1640. 5^

vera une analyse complète de VEssay. Le premier lemme n'est autre, en effet, que la célèbre proposition de Vhexagramme mystique, sur laquelle Pascal établit les fondements d'un grand ouvrage, divisé en six Traités, sur les Coniques, ouvrage qu'il laissa sans y mettre la dernière main et qui est aujourd'hui perdu, mais que Leibniz a pu voir et dont il a parlé avec détails dans sa lettre à Périer, du 26 août 1676 [Œuvres de Biaise Pascal, éd. Bossut, t. V, p. 459-462). Desargues a lui-même pleinement reconnu l'importance capitale de ce théorème; dans V Examen des Œuvres du sieur Desargues, publié en 1644 par son détracteur Curabelle, on lit, p. 70-71 : « Mais comme le dit sieur, à la fin d'une Réponse à causes et moyens d'op- » position, etc., du 16 décembre 1642, remet d'en donner la clef quand la » démonstration de cette grande proposition la Pascale verra le jour, et 1 que le dit Pascal peut dire que les 4 livres d'Apollonius sont bien un cas, » ou bien une conséquence naturelle de cette grande proposition dont j'ai » laissé la glose à la liberté de l'auteur. . . » {Œuvres de Desargues, Paris, Leiber, 1864, t. "Il, p. 386-387;)

La même année 1644, dans son traité De mensuris, ponderibus, etc., Mersenne imprimait, en mentionnant Biaise Pascal : « Unicà propositione » universalissimâ, 400 corollariis armatâ, integrum Apollonium complexus » est.» A cette date, la composition des Traités des Coniques était donc très avancée, et le renom de Pascal, à vingt ans, effaçait celui de son maître Desargues, puisqu'il accomplissait l'œuvre que celui-ci avait seulement ébauchée dans son Brouillon-proiect, et que la terminologie de cet écrit (voir t. II, p. 556, éclaircissement) avait effarouché la plupart des « doctes ».

Pour Desargues, le théorème fondamental était celui de Vinvolution des six points où une droite rencontre une conique et les quatre côtés d'un quadrilatère inscrit. C'est bien le théorème dont Pascal, dans son Essay, donne un énoncé et annonce une démonstration, tout en attribuant l'in- vention à Desargues. Il était déjà exposé, sous une autre forme, et dé- montré dans le Brouillon-proiect de 1689 [Œuvres de Desargues, t. I, p. I7i-t78), ainsi que l'a parfaitement reconnu Jean de Beaugrand [ib., t. II, p. 364-365) dans un factum contre Desargues, du 20 juillet 1640 :

« Il sera donc plus à propos de retourner à la chose, et de monstrer que » la proposition qui faict la plus grande partie de ce Brouillon n'est qu'un » corollaire de la 17 proposition du 3 des Coniques d'Apollonius. On ne » pourra pas douter que ce que l'en ay demonstré en peu de lignes, ne » soit la mesme proposition, pour la composition de laquelle il lui a fallu » faire cette ample prouision à.arbres, de troncs, de souches, de ra- » cines, etc. : la voicy couchée presque aux mesmes termes dans les thèses » de M. B. P. que ie choisis, pource que, si ie la transcriuois comme elle » est dans le Brouillon, et qu'il me fallust nommer deffaillement ce que » l'on entend par ellypse, i'aurois peut-estre de la peine à me garentir de » quelque syncope ou défaillance de cœur. »

Suit l'énoncé, qui est, en effet, à peu près textuellement emprunté à

�� � j6 Correspondance.

VEssqy de Pascal, et où ne figurent pas les termes techniques de Desar- gues; puis la démonstration annoncée par Beaugrand. Celui-ci n'a pas voulu comprendre que l'intérêt de cette proposition était qu'elle pouvait être prouvée presque immédiatement, comme l'avait montré Desargues, et qu'elle pouvait dès lors servir de fondement pour la théorie des coniques. Dans son Aperçu historique {2' éd., p. ^j), Chasles ne connaissait encore le théorème de V involudon que par YEssay de Pascal et par ce passage de Beaugrand; d'autre part, par une singulière inadvertance, l'éditeur des Œuvres de Desargues (t. II, p. 379) a cru pouvoir conclure de ce dernier passage que les thèses de M. B. P. différaient de YEssay pour les Coniques et étaient plus étendues.

��CLXXXVII.

Descartes a Golius.

3 avril 1640. Autographe, Vienne, K, K. Hofbibliotek, IX, 114.

Une feuille, pliée en deux : la lettre occupe le premier feuillet, recto et verso, {ig et 24 lignes), ainsi que le recto du second; au dos, adresse et cachet de cire rouge, avec R et C entrelacés. Publiée par Faucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, t. II, 1860, p. 8-12, sans nom de destinataire, et sans les deux noms propres de la fin, Schotanus et Schooten.

Monfieur,

Vous m'auez bien obligé & bien fort affuré par la lettre que vous m'auez fait l'honneur de m'efcrire; mais i'efpere que vous excuferez aufly mes inquié- tudes, en confiderant combien il y a de tems que nous attendons voftre iugement, fans que i'aye pu fçauoir aucune raifon qui le retardaft *, fi ce n'eft maintenant

a. Le jugement de Golius et de Schooten, dans l'affaire Stampioen- Waessenaer. Descartes, le 1 1 mars 1640, l'attendait dans « Jiuit ou quinze jours » (p, 41, 1. 3), et, disait-il déjà le 29 janvier, « vers la fin de mars » (p. 7, 1. 9).

�� � CLXXXVII. — j Avril 1640. 57

que i'apprecie voftre deuil domeftique, lequel m'o- bligeroit icy a changer de difcours pour me con- douloir auec vous, fi ie ne penfois que la vieilleffe & les maladies qui trauoilloient la perfonne que vous 5 regretez, vous donnoient cy deuant plus de fuiet de la plaindre que ne doit faire a prefent le repos qu'elle a acquis.

Et pour reuenir a noftre affaire, ie vous fupplie très humblement de confiderer que vous ne fçauriez

10 fi peu différer a la terminer que cela ne foit grande- ment preiudiciable, non feulement a \V(aeffenaer) & a moy, de qui St(ampioen} ^ prend cependant occa- fion de médire; mais permettez, s'il vous plaifl, a mon affeâion, que ie vous die icy franchement que cela

i5 donne auffy occafion a plufieurs qui fçauent combien elle eft claire & indubitable, d'auoir diuerfes penfees au defauantage de M" mes iuges; iufques la que iay efté auerti de la Haye, que le bruit efloit qu'on cher- choit feulement quelque prétexte pour excufer la

20 règle de St(ampioen) & couurir la faueur qu'on luy vouloit faire, partie a caufe qu'on auoit peur de fes medifances, & partie auffy a caufe qu'on en eftoit prié par des gens qui ne m'ayment pas. Vous auez intereft a faire ceffer ces faux bruits; & croyez moy,

2S Monfieur, que de tous ceux qui vous peuuent main- tenant prier pour St(ampioen), il n'y en aura aucun qui fe foucie de luy après que cete affaire fera finie, ny qui n'ait meilleure opinion de vous, lorfque vous aurez donné vn iugement libre & équitable, que fi

3o vous auiez flefchi a leurs prières*.

a. L'autographe ne donne que les initiales W. et St.

Correspondance, III. 8

�� � jS Correspondance.

le n’auois point fait de reflexion fur ce que St(am- pioen) vous a efcrit, qu’on peut trouuer fon theoresme per regulam falfi' ; car cela est si esloigné de toute apparence de vérité, que ie ne pensois pas seulement qu’il fust besoin d’en parler ; & cela se voit clairement de 5 ce que, mesme par l'algebre, on n’y peut atteindre qu’en venant a vne équation cubique ; car la règle de faulx ne peut feruir que pour les queflions que l’algèbre réduit a la plus simple équation de toutes, qui est d’un membre égal a vn autre. Mais peut eftre que, lo par la règle de faulx, il entend qu’on doit effayer en tallonnant auec tous les membres" iufques a ce qu’on ait rencontré le vray, ce qui a eflé affez refuté ailleurs.

Au refte, encore que l’on pourroit trouuer ce i5 qu’il veut auoir par quelques nouueaux moyens, ce n’efl pas a dire que fa règle de faulx, de laquelle feule il ell queflion, fufl bonne pour cela, & i’admire extrêmement que vous daigniez regarder les nou- ueaux efcrits ’^ , aufquels il n’y aura iamais aucune 20 fin, fi vous ne l’y mettez parvoflre iugement; & pour ce que ie fçay qu’il ne vous faut pas vn demi quart d’heure de tems pour le donner, ie ne fçaurois com- prendre quelle raifon vous le fait différer; mais fi nous ne l’auons auant Pafque, ie croyray ne le de- 25 uoir plus attendre. M"^ Schotanus d’Vtrechf^ a offert, il y a long temps, d’enuoyer le fien, & ie m’afTure que

a. Lire : nombres? Ligne lo, le mot membre est également suspect.

b. Cf. la lettre CLXXV à [Huygens], t. II, p. G06-608.

c. Sur ces nouveaux écrits, voir p. 44, éclaircissement de p. 41, 1, 4.

d. Le 8 avril 1640. Le jugement ne fut rendu que le 24 mai.

e- Voir ci-avant, p. 22, note b, et Véclaircissement p. 33. CLXXXVII. — ^ Avril 1640. ^9

M' Schooten ne diffère qu'a voflre occafion; & enfin ie ne croy pas qu'il y ait au refte du monde vn feul mathématicien homme d'honneur, qui refufafl de le donner, en voyant la iuftice de la caufe. Obligez moy 5 donc que ie puiffe au moins obtenir de vous ce que i'efperois de tout autre ; car ie fuis,

Monfieur,

Voftre très humble & très afFeclionné feruiteur,

'O DESCARTES.

} auril 1640.

Aen Myn Heer Myn Heer Golius Profeffor Mathefeos i5 & linguarum o[rientalium]

Tôt Leyden.

Page 5;, 1. ?o. — Le père de Stampioen avait reçu à plusieurs reprises des récompenses publiques pour ses ouvrages de sciences, et les fonctions officielles qu'il remplissait àRotterdam lui assuraient de sérieuses relations (voir t. II, p. 58*1, éclaircissement sur p. 578, 1. 25). Quant à Stampioen le jeune, rappelons qu'il devait connaître personnellement Frans van Schoo- ten, l'un de ses juges (p. 32, éclaircissement sur p. 22. 1. i, ci-avant), que lui-même avait été professeur à V École Illustre de Rotterdam, et que, Des- cartes l'avoue, il s'était acquis une grande réputation Cp. 5, 1. 5-6). Enfin, son échec dans cette affaire n'em.pécha pas Huygens de le choisir, en 1644, pour enseigner les éléments des mathématiques à ses fils. Plus tard il devint arpenteur ordinaire [ordinaris Lantmeter] de la province de Hollande et travailla, de i65o à i653, à une carte de la haute inspection des digues de Schieland, publiée en 1660.

�� � 6o Correspondance.

��CLXXXVIII.

Regius a Descartes.

Utrecht, 5 mai 1640. [A. Baillet], La Vie de Mons. Des-Cartes, tome II, pages 24, Sg et io3.

La 1 1» de la collection des Lettres de Regius à Descartes,du 5 mai 1640. Baillet en résume trois passages : i" sur le traitement de Regius comme professeur (A); 2» sur son enseignement à Utrecht (B); 3» sur l'envoi des Méditations à Regius et à Emilius.

A [Augmentation des appointements de Regius proposée par ses Collègues.] « Ils ajjfeniblérent leur Univerjilé, et fur la proportion favorable du Reâeur Schotanus, il fut réfolu qu'on en feroit la demande aux Magifirats [en marge : Narrât. Hist. Acad. Ultr. p. 12]. Le Reâeur luy-même fut député au Sénat pour cet effet, avec lefeur Arnold Senguerdius, Profeffeur en Philofophie. Les Magi- firats n'eurent aucune peine à l'accorder, tant à caufe de lafatisfac- tion que M. Regius avoit donnée à tout le monde jufques-là, que parce que le feur Stratenus,fon ancien, qui avoit le plus d'intérêt de s'y oppofer, et de demander ces augmentations de gages pour luy, étoit des premiers & des plus ardens à folliciter pour fon nouveau Collègue [en marge : Lettr. XI MS. de Reg. à Defc.]. Ainji les appointemens de M. Regius, qui n'avoient été que de 400 Florins jusqu'alors, furent rehauffe\ de la moitié; mais il ne commença que l'année fuivante à toucher les 600 Florins. Encorey attacha-t-on un nouvel employ, qui conffioit à expliquer les Problêmes de Phyjique, lors qu'il ne feroit pas occupé de fa Botanique, cefl-à-dire de l'expli- cation des Plantes & des Simples. Il ^t part à M. Defcartes de la joye qu'il avoit reçue de cette commijjion, parce qu'elle luy préfentoit de nouvelles occafions d'enfeigner et d'étendre fa nouvelle Philofo' phie. » (Baillet, II, 24.)

B [Thèse ou Dispute publique, que M. Regius devoit faire le dixième jour de Juin 1640.] « M. Regius avoit eu foin auparavant [en marge : en May 1640] de prendre avec M. Defcartes des tnefures néceffaires pour mettre fes Théfes hors d'atteinte, et il luy avoit fait croire, en

�� � CLXXXIX. — 7 Mai 1640. 61

luy propofant la chofe, qu'il n'avoit dam ces Thé/es point d'autre dejfein que d'étendre fa philo/ophie, et de fuj' donner de l'éclat. Ses Ecoliers le prejfoient, dit-il [en marge : Lettr. XI de Regius, MS.], incejfamment défaire imprimer fa Phyfique, afin d'expofer aux yeux de tout l'Univers une Philofophie qui nefaifoit encore bruit que dans quelques provinces. Ilj'ft réflexion, et ayant crû qu'il ferait à pro- pos de fonder les efprits par quelque ejfar, il avoit eu la penfée de la réduire auparavant en quejlions, et de la propofer dans des difputes publiques. Mais quelques-uns de fes Collègues, appréhendant que les nouvelles opinions dont elle étoit remplie ne fjjent quelque tort à leur Univerjité, à caufe que fon établiffement étoit encore affe^ récent, crurent qu'il valait mieux la faire imprimer comme l'Ecrit d'un fimple particulier. M. Regius eflima néanmoins qu'il ferait bon de la faire précéder d'une difpute publique pour en être le prélude, et il choiftfes opinions concernant le mouvement du Cœur, des Artères, et du Sang, pour en former fes Thêfes, qu'il envoya enfuite à M. Def- cartes pour les corriger. » (Bailler, II, 59.)

« Cependant il (M. Defcartes) avoit fait voirjon manufcrit (le MS. des Méditations) à quelques amis d'Utrecht [en marge : dés le mois de Mai 1640] qui l'en avaient injlammentfollicité, et particulièrement à MeJJieurs Regius et Emilius qui en furent charmeijufqu'à l'extafe [en marge : Lettr. 1 1 de Regius MS. du 3 de Mai]. M. Defcartes, qui ne cherchait pas les éloges de fes amis, leur avoit enjoint d'exa- miner l'Ecrit, tant en Grammairiens qu'en Philofophes. Il fallut obéir, mais ils ne trouvèrent à toucher qu'à la ponâuation et à l'orto- graphe. » (Baillet, II, io3.)

��CLXXXIX.

Descartes a Pollot.

Leyde, 7 mai 1640. Copie MS., Genève, collection Budé, Lettr. de Desc. à Pollot, n" 3.

Publiée par E. de Budé, Lettres inédites de Descartes, p. 7 et 8, {Paris, Durand et Pedone-Lauriel, br. in-8, 1868).

�� � 02 Correspondance.

Monfieur,

Ce n'eft icy que de mauuais papier que ie vous enuoye, & c'efl plutoft vne importunité qu'vn pre- fent ; mais pour ce que, lorfque i'eu dernièrement l'honneur de vous voir, vous témoignaftes vouloir 5 prendre la peine d'enuoyer vn de ces mauuais liures a la Haye, i'ay penfé que ie ne deuois pas oublier de vous en faire prefenter deux par WaeiTenaer*. Et ie luy mande auffi qu'il y ioigne vn certain Pafquil*, que Stampion a fait cy deuant contre luy, fans auoir lo iamais été offenfé par luy en la moind re chofe ; car c'eft vne pièce qui me femble mériter d'eftre veûe par ceux qui ont quelque intereft a connoiftre les mœurs de cet homme, principallement s'ils font auertis que la folution qu'il promet la n'eft pas plus poffible que i5 de blanchir vn More, & qu'en gourmandant Waetfe- naer comm'il fait, pour ce qu'il auoit efcrit qu'il n'y a point de règle pour de telles impoffibilités, que luy fe vante de fçauoir, fes iniures & fes calomnies font d'autant plus grandes que tout ce qu'il dit eft plus 20 extrauagamment & plus ridiculement faux. Mais c'eft trop vous entretenir d'vn û fale fuiet, & ie n'aiou- teray autre chofe, fmon que ie fuis, &c.

DESCARTES.

De Leyde, ce 7""^ may 1640. 25

Page 62, 1. 8. — Sans doute les deux ouvrages (auxquels Descartes avait eu part), où Waessenaer répond à Stampioen : Aenmerckingen op den Nieutven Stel-Regel, etc. (voir t. II, p. 612, al. 7), et Antwoorde lacobi à Waessenaer, op den Dagh-vaerd-Brief van lan Stampioen de longe (p. 16, n» 2). Il semble que PoUot se trouvait alors à Utrecht,

�� � ^^+- CXC. — 24 Mai 1640. 6j

comme Waessenaer, tandis que Descartes, entre cette lettre et celle du ? avril, s'était transporté à Leyde, pour s^occuper de l'impression des Méditations {voir plus haut, p. ?5, I. 22).

Page 62, 1. q. — Sans doute l'opuscule suivant, antérieur au débat sur la Niemue Slel-Regel : Opesbaeringe der Valscher Practyckes ghepleeght door Jacobus a Waessenaer Landt-meter 'sHooffs Provinciael van i'trecht, over het on-wis-constigh nae-botsen der Solutie ghedaen door Johan Stampioen DE JoNGHE, op het Autwerpsch Vraegh-stuck anno i638. Judi- cum i5 : Nisi vitula mea aravissetis, meiim œnigma non pervestigassetis. ('s Gravenhage, ghedruckt ten Huyse vanden Autheur in Sphcera Mundi. i638, in-4, pp. 12). Voir t. II. page 612. al. 3.'

��CXC.

Descartes a Regius.

[Leyde, 24 mai 1640.]

Texte de Clerselier, tome I, lettre 8i', p. 384-3S9.

Sans date dans Clerselier. Mais Descartes dit à la fin qu'il vient de recevoir le jour même la sentence rendue dans l'affaire Stampioen- Waessenaer, et elle lui aura sans doute été communiquée sur l'heure, puisqu'il s'était transporté à Lerde auprès des Juges (lettre précédente, i" éclaircissement). Or, cette sentence est du 24 mai 1640. Descartes répond ici à la lettre CLXXXl'III, du S mai, p. 60, et Regius lui répondra le 3o mai, lettre CXCI ci-après.

Vir Clariflime,

Multùm me vobis deuinxiftis, tu & Clar. D. J£mi- lius, fcriptum quod ad vos miferam^ examinando & emendando. Video enim vos etiam interpuncliones & orthographicevitiacorrigerenon fuilTe dedignatos; fed magis me adhuc deuinxiiletis, û quid etiam in verbis fententijfque ipfis mutare voluiffetis. Nam quantulum-

a. Voir lettre CLXXXVIII. ci-avant p. 61, C.

�� � 64 Correspondance. i, 384.385.

cunque illud fuiflet, fpem ex eo concepiflem ea quae reliquiffetis minus effe vitiofa; nunc vereor ne iflud non fitis aggreffi, quia nimis multa vel forte omnia fuiffent delenda.

Quantum ad obiediones, in prima dicitis : ex eo 5 qudd in nobis fit aliquid fapientiœ^ potentice, bonitati's, quantitatis &c., nos formare ideam infinitœ velfaltem in- definitœ fapientiœ^ potentice, boniîatis, & alîarum perfec- tionum quœ Deo tribuuntur, vt etiam ideam infinitœ quantitatis^] quod totum libens concedo, & plané mihi 10 perfuadeo non effe aliam in nobis ideam Dei, quàm quae hoc pado formatur. Sed tota vis mei argumenti eft, quôd contendam me non poffe effe talis naturae vt illas perfediones, quse minutse in me funt, poffim co- gitando in infinitum extendere, nifi originem noflram i5 haberemus ab Ente, in quo adu reperiantur infinitse ; vt neque ex infpedione exiguse quantitatis, liue cor- poris finiti, poffem concipere quantitatem indefini- tam, nifi mundi etiam magnitudo effet vel faltem effe poffet indefinita. 20

In fecundâ dicitis : axiomatum clarè & difiinéïè intel- lleéîorum veritatem perfe effe manifefiam; quod etiam concedo, quandiu clarè & diilindè intelliguntur, quia mens noftra eft talis naturse, vt non poffit clarè intel- ledis non affentiri ; fed quia fsepè recordamur conclu- 25 fionum ex talibus praemiffis dedudarum, etiamfi ad ipfas praemiffas non attendamus, dico tune, fi Deum ignoremus, fingere nos poffe illas effe incertas, quan- tumuis recordemur ex claris principijs effe dedudas ; quia nempe talis forte fumus naturae, vt fallamur 3o

a. Cf. Meditationes de Prima Philosophia, 2*édit., 1642, p. 42-43.

�� � etiam in euidentiffimis ; ac proindè, ne tune quidem, cùm illas ex iflis principijs deduximus, /ci en tïam, fed tantùm perfuafionem, de illis nos habuiffe. Qiiee duo ita diftinguo, \t perfiia/io ûi, cùm fupereft aliqua ratio 5 qu?e nos poffit ad dubitandum impellere ; fcientia verô lit perfuafio à ratione tam forti, vt nullà vnquam for- tiore concuti poffit; qualem nullam habent qui Deum ignorant. Qui autem femel clarè intellexit rationes quae perfuadent Deum exiftere, illumque non efTe fal-

10 lacem, etiamii non amplius ad illas attendat, modo tantum recordetur huius conclufionis : Deus non efî fallax, remanebit in eo non tantùm perfuafio, fed vera fcientia tum huius, tum etiam aliarum omnium con- clufionum quarum fe rationes clarè aliquando percepisse recordabitur^.

Dicis etiam in tuis vltimis (quas heri receptse, me. vt fimul ad praecedentes refponderem, monuerunt) : omnem prcecipitantiam intempejïiui iudicij pendere ab ipfo corporù temperamento, tum acquijîto, tum innato’^;

20 quod nuUo modo polTum admittere, quia fie tolleretur libertas, & amplitudo noftrse voluntatis, quae poteft iftam praecipitantiam emendare ; vel, fi non faciat, error indè ortus priuatio quidem eft refpedu noftrî, fed refpedu Dei mera negatio.

25 Venio nune ad Thefes quas mififti ; & quia fcio te velle vt libéré fcribam meam mentem , tibi hic

a. Ib., p. 1 36-1 37 et 1 54-1 56.

b. Dans une lettre qui ne faisait pas partie de la collection vue par Baillet.

c. Cf. ib., Meditatio qtiarta, p. 49-62.

d. « Ces Thèses dévoient estre soutenues le 10 de juin 1640 par les Ecoliers de Regius. » (Note de l’exemplaire de l’Institut.) Voir, en effet, ci-avant, p. 60-61, B. 66 Correspondance. i, 385-386.

obtemperabo. Vbi habes : vicinus aè'r cui'us parti- cules &c., mallem : vicinus aè'r qui &c. potejl; neque enim lingulse particulae condenfantur, fed totus aër, per hoc quod eius particulse ma|gis ad inuicem ac- cédant. 5

Neque video cur Yelis perceptionem Vniuerfalium ma- gis ad imaginaîionem quàm ad intellecîum pertinere. Ego enim illam foli intelleélui tribuo, qui ideam ex fe ipfâ fingularem ad multa refert. Mallem etiam non dixifles affeclum ejfe tantiim duplicem, lœtitiam & trijïitiam, quia lo plané aliter afficimur ab ira quàm à metu, quamuis in vtroque fit trijîitia, & lie de cseteris.

Quantum ad auriculas cordis, addidiflem, id quod res eft, nos de ipfis curiofiùs non egifle, quia tantiim nias vt extremitates Venœ Cauœ & Arteriœ Venofœ, i5 reliquo ipfarum corpore, &c.

Omiferam dubium tuum de cordis ebullitione, quod mihi videris iam ipfe latis foluiffe ; cùm enim partes cordis fpontè fubfidant, vafis per quae fanguis egredi- tur adhuc patentibus, non defiftit egredi nec claudun- 20 tur vafa illa, donec cor fubfederit.

In titulo non ponerem de triplici coclione, fed tan- tùm de coélione.

Item etiam lineam nonam^, pro N . & C.*, rogo vt to- tani deleas; neque enim hîc valet Heruaei exemplum, 25 qui longiùs hinc abeil quàm ego, nec, vt puto, Vallaeo tam coniunctus eft quàm ego tibi ; & quamuis effet res fimilis, non tam exemple moueor quàm caufâ.

In Thefium lineâ prima, tollerem haec verba : caloris viuifici &c. 3o,

In fine, pro his verbis : in reclâ conformatione &c. ,

�� � I. ;^86-?87. CXC. — 24 Mai 1640. 67

mallem : in prœparatione particularum infenfibilium ex qiiibus alimenta confiant, vt eœ conformationem humano corpori componendo aptam acquirant. Hœc prceparatio alia efi communis & minus prœcipiia, quœ fit omnibus 5 vijs per quas particulœ tranfeunt ; alia particularis & prœcipua, quœ efi triplex : 1" in ventriculo & intefii- nis, 2" in hepate, 3" in corde, i" In ventriculo & intef- tinis fit^ ciim ,cibus ore mafiicatus & deglutitus, ficut & potus, vi caloris à corde communicati . & humoris

10 ab arterijs eà impulfi, difioluitur & in chylum conuer- titur. 2" In hepate, ciim chylus in illud, non per ali- quam vim attraclicem, fed folâ fuâ fluiditate & pref- fiione vicinarum partium delatus, fianguinique reliquo mixtus, ibi fermentatur, digeritur, & in chymum abit.

i5 3" \ In corde, ciim chymus, fanguini a reliquo corpore ad cor redeunti per mixtus, & fimul cum eo in hepate prœparatus , in verum & perfecîum fanguinem per ebullitionem pulfiificam commutatur. Atque hœc tertia coclio &c. Vides facile cur ponam codionem genera-

20 lem quse fit in omnibus vijs, & ex confequenti etiam in omni parte corporis ; quia vbicunque eft motus, fieri po- teftibi aliqua alteratio particularum quîe mouentur; & non video quid aliud coftio fit quàm talis alteratio ; nec cur potius illam in venis Gaftricis & Meferaicis, quàm

25 in reliquis omnibus fieri concédas. Non pono/wccwm fpirituofiim, quia non video diftinélè quid ifla verba fignificent. Non pono chyli partes meliores, fed chy- lum, quia omnes eius partes alendo corpori infer- uiunt; & fi benè calculum ponamus, ipfa etiam excre-

3o menta, praefertim quae ex venis excernuntur, quandiu funt in corpore, inter eius partes funt recenfenda ;

�� � 68 Correspondance. i, 387-388.

munere enim ibi lue funguntur ; & nulla ell pars quîe tandem non abeat in excrementum, modo id quod egreditur per infenfilem tranfpirationem, excremen- tum etiam appellemus. Chymum autem fermentari puto in hepate, &digeri, hoc eft, prout hoc verbum à 5 Chymicis vfurpatur, propter aliquam moram alterari.

Pagina ^ , delerem : quœ à copiojis eius fpirilibus & oîeoginojïtate moderatâ oritur ; neque enim hoc fatis clarè rem explicat.

In fine paginse 8, nomen meum rurfus inuenio, quod 10 forte honeftiùs quàm in titulo poflum diffimulare, modo, fi placet, epithetis magis tempères ; & malim etiam vero nomine De/cartes^ quàm fiélo Cartejius vocari.

Vbi dicis cur Pl(empius)* meas refponfiones muti- i5 laffet, pofTet forte addi probatio, quôd, biennio ante eius librum, à multis fuerint vifae & exfcriptae. Viden- turque etiam delenda haec verba : vel callido vel igno- ranti, & verba quàm mitiflima veritatem caufae meliùs confirmabunt. 20

Et finem paginae nona: fie mutarem : fecundà, quod fœtus in vtero exijiens , vbi ijio refpiraîionis vfu priuatur, duoshabet meatus, qui fpontè cîauduntur in adultis; vnum qui canaliculi injîar ejî,per\quem pai's fanguinis in dextro cordis Jinu rarefaéli in Aortam tranfmittitur, parte al- 25 terâ in pulmones abeunte ; & alium, per quem pars fan- guinis in finijîro cordis finu rarefaciendi è Vend Cauâ defluit, & alîeri parti ex pulmonibus venienti permifcetur. Neque enim negari poteft, quin fanguinis pars in foetu tranfeat per pulmones ; fed prseterea vfûs refpirationis 3o

a. Voir t. I, p. 536, fin de V éclaircissement, et ci-avant p. 3, G.

�� � 1, 38S. CXC. — 24 Mai 1640. 6^

explicatio. qus habetur pagina 10. praecedere débet eius caufas, quse dantur pag. 8.

QjLiantùm ad Venas Ladeas.nihil definio.quia non- dum illas vidi : led noui hic duos iuuenes Medicinse

5 Dodores fSiluius & Schagen nominantur). qui viden- mr non indodi, Si fe illas fepiùs obferualle affirmant. earumque va' las humoris regreffum verfus inteftina impedire. adeô vt plané à te dilTentiant; & ego in eorum fententiam valdè propendeo, ita vt lulpicer

10 Venas Lacteas ab illis Meferaicisineo tantum differre. quôd nulli arteriae fint coniunClœ, ideoque luccus ciborum in ijs albus eft. in alijs verô ftatim lit ruber. quia fangiiini perarteriascii"(^ulatopenT!ifcetur. Prima occafione illas in cane viuo fimul quaeremus : intérim.

i5 fi mihi credis, totum illud coroUarium omittes.

Quod ad difficultatem, quomodo cor pojjit deîumef- cere. fi pars fanguinis rarefacîi in eo remaneat, tacilè foluitur; quia minima tantùm eius pars manet. ven- triculis implendis non fufficiens : impetus enim quo

20 ille egreditur, fufficeret ad omnem educendum. nili prius valuulcc Arteriîe magnae & Venae arteriofe clau- derentur, quàm totus effet elapius; & quantumuis parua portio in ventriculis manens fufficit ad fermen- tationem.

25 Tandem tandem hodie accepimus fententiam* pro LA. Wfaeffenaer), cuius exemplar, poftquam erit exl- criptum, hoc eft poft vnam aut alteram diem, ad iplum mittam. Itafacla eft vt, il magnus aliquis fuiffet con- demnandus, non potuiffent ludices mitiorihus verbis

3o eius errores fignifîcare ; fed nihilominus nuUum' ver- bum ex ijs quae à \V(aeffenaer) fcripta funt non appro-

�� � 70 Correspondance. i. Î88-3S9.

bant, & nullum verbum, ex ijs quse ab eius aduerfario, non condemnant*.

I Si quid fit de quo ampliorem explicationem defi- deres, paratum me femper inuenies, vt feu fcriptis feu verbis tibi feruiam. Imô etiam, cùm iilse Thefes difpu- tabuntur, fi velis, Vltraieélum excurram ; fed modo nullus fciat, & in fpeculâ illâ; ex quâ D^ à Schurmans folet audire lediones, poffim latere. Vale.

t*age 66, 1. 24. — Les mots ;jro N. et C. paraissent représenter une abréviation de la ligne 9 du titre des Thèses de Regius, mais si elle suffi- sait à Descartes sur sa minute, il est improbable qu'il l'ait maintenue telle quelle dans sa lettre.

C. est évidemment pour Cartesio; on voit, en effet, plus loin (p. 68, 1. i3) que Regius avait inséré, sous cette forme, le nom de Descanes dans le titre de ses Thèses, et que notre philosophe lui en avait demandé la suppression; ce ne peut être que précisément sur la ligne 9.

Mais pour l'initiale précédente, N., au lieu d'un seul nom, le contexte qui suit en indique deux, celui de Harvey (Heruœus) et celui de Vallœus ou plutôt Waleus {Clerselier, I, lettre 84, p. BgS), c'est-à-dire l'anatomiste Jean de Wale, professeur à l'Université de Leyde, mort en 1649. Il fau- drait donc, ce semble, entendre que Regius, à la ligne 9 de son titre, avait mis 1 pro Heruœo, Waleo etCartesin, pour mentionner les auteurs dont il défendait l'opinion relative à la circulation du sang.

Au commencement de 1640, J. de Wale avait fait paraître à Amsterdam, 10-4", une Disputatio medica quant pro circulatione sanguinis Harveiana proposuit Walceus,unà cum ejusdem de usa lienis adversus medicos recen- tiares senlentia. Ses expériences et observations, à l'appui de la circulation du sang, ont eu une réelle importance.

Page 69, 1. 25. — Cette sentence, attendue de})uis environ cinq mois, se trouve p. 81-87 de l'ouvrage de Waessenaer, Den On-Wissen Wis-Kons- tenaer, etc.. publié en novembre 1640, et que nous réimprimerons dans les Œuvres de Descartes, puisque celui-ci en est en partie l'auteur. Elle se trouve aussi dans un opuscule précédent de Stampioen : Verclaringe ovcr het Gcvoelen by de E. H. Professoren Matheseos der Universiteyt tôt Leyden uj't-ghesproken, nopende den Regel Fol. 25 van J. Stampioen, ende 't ghene op de naem van een Waessenaer daer teghens is uyt-ghe-

a. « V, la fin de lu i2« lettre de M. Le Roy dattéc du [3o] May 1640. » [Note de l'exemplaire de l'Institut.)

�� � CXCI. — jo Mai 1640. 71

comen. Welcke dese Verclaeringhe soodanigli ghestelt is. dat yedcr cen daer tiyt can oordeelen dat den Regel fol. 2 5 beschreven \<in Johan Stam- pioen de Jonge in sijnen Nieinven Stel-Regel, seer lichl, generael. ende de tvaerheydt couform is, om daer door deii Teerling-wortel te trecken iiyt tiveenaemighe ghetallen f's Graven-Hage, inde Druckeryc vandcn Autheur in Sphœra Mundi. Anno 1640. in-4, pp. 28 .

��CXCI.

Regius a Descartes.

Utrecht, 3o mai 1640. A. Baillet], La Vie de Mous. Des-Cartes, tome II, pages S5, 5q-6o et m?.

La i2« de la collection des Lettres de Regius, du 2o/3o mai. Réponse à la lettre précédente, du 24 mai, p. 6?.

A « Ils (les Juges de Leyde) Jugèrent en faveur de ]Vae[fenaer, et adjugèrent les six cens livres- de Stanipio^ii aux pauvres. M. Defcartes envoya aiijjîtôt une copie de la Sentence à M. Regius en lui mar- quant l'indulgence des Juges, mais qui, nonobjlant la douceur des termes qu'ils y avaient employé^, n'auoient pas laiffé de faire con- noitre qu'ils approuvaient tout dans Waeffenaer, et condamnaient tout dans Stampioen [en marge : Lettr. 12 de Reg. MS.\ » ^Bailler, 11,55.)

B « // (Regius) réforma fes Théfes fur les remarques qu'il (Def- cartes) luy avait envoyées, et n'oublia pas fur tout d'ôter le nom forgé i/e Cartefius, pour y remettre celuy de Defcartes, comme il l'avait fouhaité. Il luy récrivit le XX, c'efi-à-dire le XXX de May, pour l'en remercier, et le prier injlamment de vouloir honorer fes Théfes de fa préfence. Ce qu'il croyait luy devoir être d'autant moins onéreux, qu'il le voyait fur le point de quitter le féjour de Leyde pour aller demeurer à Amersfort, à trois petites lieues d'Utrecht. M. Defcartes s'était offert le premier à ce voyage d'Utrecht, pour laffifler de plus prés, s'il en était befoin, et pour entendre même la difpute de fes Théfes, pourvu que l'on n'en fçùt rien, et qu'il pût demeurer caché dans l'Ecoute ou la Tribune de Madeniaifelle de Schurmans. M. Re- gius luy promit [en marge : Lettr. 1 2 de Reg. MS.] d'accomplir

�� � 72 Correspondance. 11,220.

exaâement ces conditions, et le Jupplia de vouloir être fon hôte pen- dant lejéjotir qu'il fer oit dans la ville, ajoutant que les Fêtes de la Pentecôte avoient fait différer le jour des Thé/es j uf qu'au 10J20 de Juin; mais que, la clio/e n'étant pas encore déterminée, il auroit foin de luf donner avis du jour fixé pour cela, dés qu'il l'aurait fait affi- cher. » (Bailler, II, 59-60.)

« Pour lui faire voir néanmoins {à. Defcartes) que les grands éloges qu'ils (Regius et Emil.ius) avoient donne:{ à cet ouvrage (les Médita- tions) ne dévoient pas lui être fufpeâs, ils lui propoférent [en marge : V. la fin de la lettr. 12 MS. de Regius] deux difficulté^ touchant l'idée que nous avons de l'Etre infini et infiniment parfait, et lui deman- dèrent un plus ample éclairciffiement à ce qu'il en avait écrit dans fon Traité. M. Defcartes leur accorda cette fatisfaélion avec plaiftr, fouhaitant de bon cœur qu'aux éloges prés, les Douleurs de Sorbonne fijfent le même jugement qu'eux de fon Traité. » (Baillet, II, io3.)

Il semble bien que les difficultés mentionnées (paragr. C) touchant l'idée de l'Etre infini et infiniment parfait soient celles auxquelles Descartes ré- pond au commencement de la lettre précédente GXC. Elles n'auraient donc pas été formulées dans la 1 1"' lettre de Regius, ci-avant CLXXXVIII, mais dans une ou deux lettres intermédiaires entre cette 1 1" et la présente, où Regius aurait seulement remercié Descartes de ses explications. (?)

��CXCII.

Descartes a Mersenne.

Leyde, 1 1 juin 1640. Autographe, Bibliothèque de l'Institut.

La 3o' de la colle'ction La Hire, et le ?z' [24) du classement de dont Poirier. Variantes d'après Clerselier, tome II, lettre 3g,

p. 220-22Ç.

Mon Reuerend Père,

le confeffe que i'ay tardé long tems a vous efcrire, mais mon changement de demeure fut caufe que ie ne

�� � H, 2Î0. CXCII. — II Juin 1640. 7}

fis pas refponfe a voftre lettre du 25 Mars, qui eft la plus anciene receuë depuis mes dernières, & ie viens de receuoir vos deux autres en mefme tems, l'vne du I luin & l'autre du 6 May, fans que ie fçache d'où 5 vient que celle cy a tant efté par les chemins ; mais affin que ie n'oublie rien a quoy ie doiue refponfe, ie commenceray par la plus anciene :

I . Ou vous mandez m'auoir enuoyé le liure du lar- din des Plantes par la voye du Maire, par laquelle ie

10 ne l'ay point receu, mais par M. de Zuylichem qui me l'enuoya dernièrement, eftant fur le point de partir pour l'armée, & me manda qu'il auoit encore d'autres chofes a me communiquer de voftre part, qu'il refer- uoit pour vn autre tems qu'il auroit plus de loyfir, &

i5 ie n'ay pas receu depuis de fes nouuelles. le vous re- mercie bien humblement de ce liure ; mais il eft peu a mon vfage, car il ne contient que des noms, & ie ne cherche que des chofes.

��I : 25] vingt cinquiefme. — après eftj celle de aj. — 2 après anciene] datte que i'aye aj. — depuis mes dernières ont. — 3 autres] dernières. — l'vne] quoyque l'vne foit. — 4 • i] fixielme. — 6] fixiefme. — 4-

5 fans... chemins] le ne fçay qui peut eftre la caufe que cette dernière a tant tardé; c'eft celle où eftoit la Lettre que M. le Comte d'Igby vous a écrite". —

6 que... rien] de ne rien oublier.

��— 8 Ou] en laquelle (le numéro- tage I, 2, 3...,eti marge de l'au- tographe, manque dans Clers.).

— liure du om. — \o après ma.\s] ie l'ay receu depuis peu aj. — i o- 1 1 Zuylichem. ., eftant] Z. lors qu'il eftoit. — 12 &. . . auoit] & il me mandoit auoir. — i3 de voftre part à me communiquer.

— i3-i5 qu'il... receu] def- quelles il m'écrirqit vne autre fois, mais ie n'ay pas encore eu.

��a. Voir plus haut, p. 5o, 1. 9-10.

b. Cf. ci-avant, p. 5o, 1. i3-i5.

Correspondance. III.

��10

�� � 74 Correspondance. n, 220-221.

2. Il imporjte peu que le S"" Petit ^ & fes femblables facent imprimer tout ce qu'il leur plaira, & ie ne cherche point l'approbation de telles gens.

j . Vous m'efcriuez de Galilée comme s'il efloit en- core viuant, & ie penfois qu'il fuft mort il y a long 5 tems*; s'il ell vray qu'il ait des tables exafles pour les afpeds & Ecclipfes des planètes de lupiter, il eft cer- tain qu'il a plus fait que perfonne pour les longitudes; mais ie m'eftonne fort qu'il ait pu faire de telles tables, vu qu'on n'en a pu encore faire pour la lune. 10

4. La raifon pourquoy vn os de mouton fe cafTe mieux fur la main que fur vne enclume ", ne me femble pas eflre qu'il fupporte dauantage le coup, comme vous efcriuez ; car, foit que AB foit vne enclume, foit la main d'vn homme, i5 quand on frape fur le milieu de l'os C, il fupporte luy feul tout le coup ; ou bien mefme, lorfqu'il eft fur la main, elle luy ayde plus a le fupporter que l'enclume, a caufe qu'elle obeïft dauantage, & ie ne doute point 20 que la vraye raifon qui le rend plus caffable fur la main, ne foit que le marteau appuyé plus long tems

I m'importe. — S Petit] fieur — après faire] iufqu'à prefent

N. — 6 très - exactes. — 7 de d'exactes aj. — i3 après pas]

lupiter] louiales. — 8 a .. per- pouuoir aj. — i3- 14 comme

fonne] mérite l'honneur d'auoir vous efcriuez om. — 14 qu'AB.

trouué le plus. — 9 en ait. — — 17 luy feul om. — 19 après

de telles tables] d'exades pour que] ne fait a;'. — 2 1 vraye] feule.

ces Planètes. — 10 encore om. — caffable] aifé à caffer.

a. Voir t. II, p. 144, 1. i5; p. 191, 1. 25, etc.

b. Voir t. II, p. 100, éclaircissement de p. 96, 1. i.

c. Cf. p. 34, 1. 10, ci-avant.

��� � 11,221-222. CXCII. — II Juin 1640. 7^

deffus. Mais la proportion qui doit eftre entre la force du coup & fa durée, pour rendre l'adion plus grande, varie félon que les parties du cors frapé requerent plus ou moins de tems^ pour fe deioindre. 5 ^ . le n ay pas a prefent mémoire de ce que ie vous ay cy deuant efcrit touchant la viteiTe du coulement de l'eau; mais il fe rapportoit, ce me femble, a l'ex- périence que vous en auiez faite.

6. Pour entendre ce que vous demandez de la part

lo de M"" des Argues, comment la dureté des cors peut venir du feul repos de leurs parties, il faut remarquer que le mouuement eft différent de la détermination qu'ont les cors a fe mouuoir plutoft vers vn cofté que vers vn autre, ainfy que i'ay efcrit en ma Dioptrique";

i5 & qu'il ne faut proprement de la force que pour mou- uoir les cors, & non pour j déterminer le cofté vers le- quel ils fe doiuent mouuoir; car cete détermination ne dépend pas tant de la force du moteur, que de la fi- tuation, tant de ce moteur que des autres cors circon-

20 uoyfins. Il faut remarquer auffy qu'il n'y a point de vuide en la nature, ny de rarefadion & condenfation, telles que les defcriuent les Philofophes; mais que, quand vn cors fe raréfie, c'eft qu'il entre quelque autre cors plus fubtil dans fes pores, &c. D'où il fuit qu'au-

2 5 cun cors ne peut fe mouuoir, qu'il ne chaffe quelque autre cors de fa place au mefme inftant, & que cet

5 la mémoire. — 6 touchant] qu'autre. — 26 au mefme in- de. — 17 doiuent mouuoir] Ûant, om. après place, aj. après meuuent. — 23 et 25-26 quel- chaffe (I. 25).

a. Descartes avait d'abord écrit/or<re, qu'il a barré.

b. Ton'iC II, p. 571, 1. 9.

c. Dioptrique, p. 14 et 17.

�� � M

��jd Correspondance. ii, 2«.

autre n'en chaiTe derechef vn autre, & ainfy de fuite, iufques au dernier, qui rentre en la place que laifle le premier. En forte qu'aucun cors ne peut fe mouuoir, qu'il n'y ait tout vn cercle de cors qui fe meuuent en- femble en mefme tems. Et enfin il faut remarquer 5 que tous les cors qui fe meuuent en rond ou autre- ment, ne tendent a continuer leur mouuement qu'en ligne droite, comme on void qu'vne pierre qui efloit agitée en rond dans vne fonde, ne va plus qu'en ligne

droite, après en eftre fortie. Soit lo donc maintenant A vne pierre, au- tour de laquelle ie fuppofe qu'il n'y .-tfL^ - ^ ^^^ ^^ l'air, & que les parties de

^ô^^'^^r-^- ^'-N, cet air fe meuuent continuellement,

r.,.\\sv^.'ii^v-^N; non toutes d vn melme colté, comme i5

^"IV^oS;-, V^;,'^^'>>"', lorfqu'il fait vent, car ce n'eft pas cela ^"^4*jH^"-Cvr <iui le rend liquide, mais qu'elles fe ■"v^,C3:"jV!" meuuent en diuers fens; ou mefme, affin d'auoir mieux fur quoy arefter fon imagination, on peut penfer que chafcune de ces 20 parties tournoyé en rond, en l'endroit ou elle efl; & penfons que cete pierre efl poufTée d'A vers M : il efl euident qu'elle n'aura aucune difficulté a continuer fon mouuement vers la, bien que, pour ce faire, elle doiue chafler deuant foy les parties d'air qui font vers B, & 2 5 celles cy les parties qui font vers C, & celles qui font

2 iul'qu'au. — 5 en] au. — 7 ne 10 après] lors qu'elle. — eftre]

om. — qu' om. — 8 qui eftoit] eft. — 17-18 qu'elles fe meuuent

eftant. — 9 ne va plus qu'] om. — 20 ces] fes. — 11 en l'en-

continuë fon mouuement. — droit] dans l'endroit. — 24 ce] le.

a. Voir t. I, pages 206 et 3oi.

�� � II, SJ2-Ï23. CXCII. — II Juin 1640. 77

vers D,lefquelles doiuem rentrer en la plajce que laiffe cete pierre ; car toutes ces parties d'air fe mouuoient défia, & elle ne change rien en elles, finon qu'au lieu que leur mouuement efloit referré en de petits cer- 5 clés, elle leur fait continuer fuiuant vn plus grand cercle; ce qui leur eft mefme plus naturel, a caufe que, plus vn cercle eft grand, plus il approche de la ligne droite. Mais quand la pierre A eft arriuée iuf- ques au cors M, que ie fuppofe eftre dur, c'eft a dire

10 eftre compofé de parties qui fe repofent & font iointes a la mafle de la terre, elle y trouue de la refiftence, a caufe que, pour pafTer outre, il ne faut pas feulement qu'elle détermine vers quel cofté les parties de ce cors M fe doiuent mouuoir, pour luy faire place, mais il

i5 faut, outre cela, qu'elle leur communique de fon mou- uement : a quoy il eft befoin de plus de force. Et il peut ayfement arriuer qu'elle n'en ait pas afl'ez pour re- muer aucune des parties de ce cors, a fçauoir, fi elles font toutes plus fermement iointes l'vne a l'autre que

20 ne font les fienes. Mais fi on fuppofe que ce cors M ne foit pas ioint a la mafife de la terre, mais enuironné d'air tout autour, il faut remarquer qu'il interromp le cours des parties de cet air, qui, au lieu de continuer leurs mouuemens en lignes droites, font contraintes,

2 5 en le rencontrant, de fe reflefchir, en forte qu'il n'y a rien qui empefche que ces parties d'air ne meuuent ce cors, ainfy que l'eau meut les bateaux qui flotent de- dans, finon qu'elles ne font pas toutes déterminées a le poufiTer vers vn mefme cofté, a quoy la pierre A leur

5 elle le leur. — 10 & qui font. force de. — 21 mais] & qu'il foit. — 17 n'en... pour] n'aura pas la — 27-28 ainfy. . . dedans om.

�� � yS Correspondance. ii, 223-234.

ayde fans beaucoup de force, quand elle rencontre ce cors M. Et de la on entend pourquoy vn tas de fable n'eft pas vn cors fi dur qu'vn gros caillou, dont les parties ne différent de ces grains de fable qu'en ce qu'elles fe touchent immédiatement l'vne l'autre ; car 5 chafque grain de fable, eftant enuironné d'air prefque tout autour, n'eft pas fi ioint a les voyfms que les par- ties du caillou font entre elles. Pour les mufcles de noftre cors, ils ne font durs, eftant tendus, qu'a caufe qu'ils font pleins d'efprits animaux, ainfy qu'vn balon 10 eft dur, quand il eft plein d'air, ce qui ne fait | rien contre la queftion précédente; *car les parties exté- rieures du mufcle ou du balon, eftant iointes & fans mouuement a l'efgard l'vne de l'autre, les intérieures ne feruent qu'a remplir fefpace qui eft au dedans, a i5 quoy elles feruent aufly bien, ayant les mouuemens qu'elles ont, que fi elles n'en auoient aucun. le me fuis vn peu plus eftendu fur cet article que fur les autres, a caufe que vous le demandiez au nom de M"" des Argues, a qui ie defire tefmoigner que ie fuis 20 fon très humble feruiteur.

7. Les graines de l'herbe fenfitiue ne font point encore leuées en aucun lieu, quoy que l'en aye donné a plufieurs qui les ont femées curieufement".

4 qu'en ce] finon. — 6 de] de uent] ce qu'elles font. — lôayant]

ce. — 7 a fes voyfins] aux autres auec. — ij Au refte aj. av. le.

grains. — 8du]quicompofentle. — 18 plus om. — 18-19 cet...

— entre elles] iointes l'vne à l'au- autres] ce fuiet. — 20 defire] fe-

tre. — 9 eftant] &. — 14 a l'ef- roisbienaife de. — 23 ap. leuées]

gard] au refpeét. — i5 l'efpace] icy aj. — 28-24 l'en... curieufe-

la place. — i5-i6 a quoy elles fer- ment] plufieurs en ayent femé.

a. Voir p. 40, 1. 10, et p. 47, 1. 3, ci-avant.

�� � ",224. CXCII. — II Juin 1640. 79

8. En la page 104 de ma Dioptrique, i'ay effacé de- puis la ligne 10, ou font les mots y? on tire du point B, iufques a lantepenultiefme ligne, ou font ces mots : De plus,Ji on tire; & i'ay mis, au lieu de cela : a caufe 5 que tant les lignes AB & NI que les lignes A L & G.I font parallèles, les triangles ALB & IG.N font fem- blables. D'où il fuit que AL efl a I G. comme A B efi a NI; ou bien, pourceque A B & B I font égales, comme BI efl a NI. Puis fi on tire &c.^

10 9. La raifon qui me fait dire que les cors qui def- cendent font moins pouffez par la matière fubtile a la fin de leur mouuement qu'au commencement, n'ell autre finon qu'il y a moins d'inégalité entre leur vi- teffe & celle de cete matière fubtile. Car, par exemple,

i5 fi le cors A, eftant fans mouue- ment, efl; rencontré par le cors B, B A C qui tende a fe mouuoir vers C, de [~\ q q telle viteffe qu'il puiffe faire vne lieue en vn quart d'heure, il fera dauantage pouffé par

20 ce cors B, qu'il ne feroit, s'il fe mouuoit defia de foy mefme vers C, de telle viteffe qu'il puft faire vne lieue en demie heure, & il n'en fera point pouffé du tout, s'il fe meut defia auffy viffe que luy, c'eft a dire en forte qu'il puiffe faire vne lieue en vn quart.

25 10. La façon dont l'explique la pefanteur n'a aucune

1-9 En la page... tire 6-c. om. après Car, aj. après faire. — 23-

— i3 ap. autre] chofe aj. — 24 aulfy. .. faire] vers C, de telle

13-14 d'inégalité... celle] de dif- viteffe, qu'il fafle. — 24 après

proportion entre leur mouue- quart] d'heure, &c. aj. — -zb et

ment & celuy. — 14 Car] Ainfi p. 80, 1. i, s'explique, que. — 14-18 par exemple om.

a. Cf. t. II, p. 638, 1. 4 à 9.

�� � 8o Correspondance. h, an-îas.

affinité auec celle dont l'explique la lumière; & ie ne voy aucune raifon pourquoy les cors peferoient moins rhyuer que l'efté.

II. le ne mets point icy comment on peut cal- culer combien il faudroit de coups d'vn petit mar- 5 teau pour égaler la force d Vn gros, a caufe qu'il y a tant de chofes a confiderer en tels calculs, & ils s'accordent fi difficilement auec Texperience & fer- uent fi peu, qu'il eft, ce me femble, mieux de n'en point parler. 'o

Voyla pour vofl;re lettre du 2^ Mars. le viens a la fuiuante du 6 May. le [vous remercie de la pierre qui fe remue dans le vinaigre ; i'en viens de faire l'expé- rience, & ie l'ay mife auffy dans de refprit de vitriol, ou elle s'efl; remuée encore plus que dans du vinai- 1 5 gre, ce qui me fait croyre qu'elle fait le mefme en toute forte d'eaux fortes ; & ie n'en puis iuger autre chofe, finon qu'elle a plufieurs pores, qui reçoiuent facilement les parties de ces liqueurs, mais qui n'ont pas la figure propre a receuoir les parties de l'eau douce, ny des autres liqueurs qui n'ont point cet efFeâ:; & que, lorfque les parties du vinaigre entrent dans les pores qui font en la partie inférieure de cete pierre, elles en font fortir des parties d'air ou d'eau qui y eftoient, & qui, fe dilatant lorfqu'elles fortent, 25 (comme prouuent les petits bouillons qu'on voit alors autour de la pierre), la remuent & la fouleuent; en

8 les expériences. — 11 : 25] dire. — 23 en. . . inférieure] au-

vingt-cinquiefme. — 12 : 6] deffous. — 26-27 signes de la

fixiefme. — i4de ow.ar. l'elprit. parenthèse om. — 27 la foule-

— 17 'toutes fortes. — iuger] uent & la remuent.

��20

�� � 10

��II, ïï5-a26. CXCII. — II Juin 1640. 81

fuite de quoy, elle doit couler vers le penchant de l'af- fiete, ainfy qu elle fait.

2. Les efforts du Geoflaticien " me touchent fort

peu, & ie feray bien ayfe de ne point voir fes efcrits,

5 iufques a ce qu'ils foient imprimez, ou bien que M"" de

Beaune ait pris la peine de les voir, & qu'il les ait

approuuez.

j. le n'ay point icy ouy parler de l'ingénieur qui fiche des pieux en terre fans fraper ; mais ie ne doute point que cela ne fe puilfe faire par la force de la preffe"', qui peut par ce moyen eftre comparée auec celle de la percuffion ; mais il en faudroit plufieurs diuerfes expériences, auant qu'on en pufl faire des règles générales.

i5 4. le ne fçache point qu'il y ait d'autre raifon pour- quoy vn œuf fe romp moins, lorfqu'on le preffe par les 2 bouts que par le cofté, finon que, fes parties eflant plus égales en ce fens la, il faudroit qu'il y en eufl plus qui commenceaffent a fe feparer, des le premier

20 moment qu'il commenceroit a fe rompre.

5 . l'explique comment la lumière trouue des pores droits de tous coflez dans les cors tranfparens, par l'exemple d'vn tas de boules rondes, qui, eflant iointes l'vne a l'autre^ compofent vn cors plus de dix fois plus

4 ap. ne] les aj. — fes efcrits uez] approuue. — 8 oUy parler om. — 5 bien] du moins. — M"^] icy. — 17 : 2] deux. — 24 plus Monfieur. — 6-7 ait approu- de ont.

a. Sur les écrits de Beaugrand contre Descartes, voir t. II, p. 5o8, éclaircissement de p. 5o2, 1. 2.

b. Voir ci-après lettre CCXII du 36 octobre 1640 {Clers., II, 259-260), note de Mersenne aux éclaircissements.

Correspondance. III. 11

�� � 82 Correspondance. «i, ms-îïô.

folide que n eft aucun de ceux qui font icy tranfpa- rens, comme il me femble que ie puis prouuer; & toutefois, fur quelque cofté que ce cors foit tourné, |fi on iette du fable deffus, ce fable defcendra iufques au defTous par les angles qui font autour de ces boules, 5 & fuiura des lignes allez droites pour transférer fon adion en ligne exadement droite; comme i'ay efcrit, en diuers lieux % que l'adion de la lumière fuit des lignes exadement droites, nonobftant que la matière fubtile, qui la tranfmet, ne compofe pas de telles lo lignes.

6. le croy auoir mis au i difcours de ma Dioptri- que"' la raifon a priori pourquoy la reflexion fe fait a angles égaux, & ie m'ellonne que vous la demandiez encore. «5

7. La méthode que i'ay donnée pour les tangentes eft bonne pour les conchoide , cifToide & fem- blables% mais non pas pour la quadratrice, fi on n'y adioufte quelque chofe. Car cete quadratrice eft du nombre des lignes que i'ay voulu exclure de m"a Geo- 20 metrie comme n'eftant que Mechaniques.

8. Pour les retours Géométriques des queftions trouuées par l'Algèbre, ils font toufiours fi faciles,

I icy owj. — 2 il... que om. droites. — comme] car. — efcrit]

— 3 foit tourné ce cors. — ap. dit. — 12 : 2] fécond. — 17 les cors] comipofé de boules aj . Conchoides & la Cyssoide, &.

— 4-6 defcendra... des] paffera — 20-21 voulu... n'eftant] dit au trauers, en. — 7 lignes. — n'eftre. — 22 queftions] chofes.

a. Dioptrique, p. 7 et 8.

b. Ib., p. i3-i6.

c. Géométrie, p. 317.

�� � 11,226-127. CXCII. — II Juin 1640. 8j

mais auec cela fi longs & ennuieux a efcrire, quand les queûionsfont vn peu belles, qu'ils ne méritent pas qu'vn homme qui fçait quelque chofe fi^ arefte, & c eft vn employ qui neft bon que pour le Geoftaticien ou 5 fes femblables.

9. Il ne faut pas eftimer la pefanteur des nues par celle de l'eau qui en vient, mais penfer que les parties de cete eau eftant feparees l'vne de l'autre, ainfy qu'elles doiuent eflre pour compofer vne nue, ont

10 incomparablement plus de fuperficie que lors qu'elles compofent des gouttes d'eau ; & que c'efl a raifon de l'eflendue de cete fuperficie que l'air les fouftient.

10. Lorfque le bout d'vne aprefl:e de mie de pain frais efl; mis fur de l'eau, & qu'elle l'attire 2 ou 3 pouces de

1 5 haut, cela vient de ce que les pores de ce pain, eftans plus grans qu'il n'eft de befoin pour les parties de l'air, elles y font enuironnées de la matière fubtile qui les y fait mouuoir plus vifte que hors de ces pores; & pource que tous les cors qui fe meuuent tendent a fortir

20 des lieux ou ils font, quand ces parties d'air | fortent de ceux de ces pores qui touchent la fuperficie de

I & fi ennuieux. -^ 1-2 a ef- l'eau] ou fur du vin aj. — 2

crire... belles] aux plus grandes ou 3] à deux ou trois. — 14-

Queftions. — 3-4 fiarefte. .. bon] i5dehautow. — 16 de om. —

prenne la peine de les écrire, & les parties] ne receuoir que. —

ne font bons. — 10 que] félon 17 elles] les parties de cet Air

l'eftenduë de laquelle il faut — ap. enuironnées] tout autour

qu'elles diuifent l'Air pour def- aj. — 18 y om. — que. . . pores]

cendre, qu'elles n'en ont. — qu'elles ne fe meuuent ailleurs

ap. qu'elles] les aj. — 11-12 & où elles s'entretouchent. que... fouflient. om. — 140/7.

a. «Sic pour sy.

b. Jean de Beaugrand. Cf. plus haut, p. 8[, 1. 3.

�� � 84

��Correspondance.

��II, ny.

��1 entrent. . . pain] fuccedent. — 2 en om. — 3 ap. pores] de ce pain aj. — faifoit] failbient les parties de. — 4 fortent. — 6 il arriue] c'eft. — 7 en... des] dans tous les, — 8 le viens] l'en fuis. — 9 I"] premier. — 11- 12 bouts... pieds] extremitez du Cors. — i2-i3 fçauoir. . . il] prendre garde qu'on ne fçauroit

��couper les bras en aucun lieu, qu'il. — 14 s'y] fe. — ap. ter- minent] en ce lieu-là aj. — 14- 1 5 comme . . . bras] &. — 1 5 ap. fait] aifément aJ. — 16 du fang om. — 16-17 lorfque . . . alloient] nonobftant que les plus gros Tuyaux, qui paflbient. — 17- 18 a. . . font] foient. — 18 bou- chez. — 22 ne... d'y] peut bien y.

��10

��l'eau, les parties de cete eau entrent dans le pain en leur place, & a caufe qu elles en remplirent mieux les pores, elles ne s'y meuuent pas fi ville que faifoit l'air; d'où vient qu'elles n'en refortent pas, fi ce n eft pour monter encore plus haut, en la place de l'air qui tend a fortir de pores de ce pain, & il arriue le mefme en la plus part des cors bruflez ou calcinez par la force du feu. le viens a voflre dernière du I" luin.

1 . Pour la circulation du fang, il ne faut pas pen- fer qu'elle ne fe face qu'aux bouts des doigs & des pieds; mais il faut fçauoir qu'il n'y a aucun endroit dans le cors, ou il n'y ait plufieurs petites venes & ar- tères qui s'y terminent ; comme, par exemple, il y en a au milieu du bras, par lefquelles fe fait la circulation du fang, lorfque le relie du bras efl couppé, & non plus par les branches qui alloient vers la main, a caufe que leurs extremitez font bouchées.

2. 11 n'y a point de doute que les plis de la mémoire s'empefchent les vns les autres, & qu'on ne peut pas 20 auoir vne infinité de tels plis dans le cerueau; mais on

ne laifle pas d'y en auoir plufieurs; & la mémoire intel- leduelle a fes efpeces a part, qui ne dépendent nulle-

��i5

�� � II. "7- CXCII. — II Juin 1640. 8ç

ment de ces plis, dont ie ne iuge pas que le nombre doiue eftre fort grand ^

j. le n'explique pas fans ame le fentiment de la douleur; car, félon moy,la douleur nefl que dans l'en- 5 tendement; mais inexpliqué tous les mouuemens exté- rieurs qui accompagnent en nous ce fentiment, lef- quels feuls fe trouuent aux befles, & non la douleur proprement dite.

4. le voulois aller voir auiourd'huy M. de Saumaife,

10 pour luy demander la confirmation de Thiftoire que vous me mandez de fon père, & des j prodiges qu'il a efcrits, comme arriués en ce pais, ou ie n'en ay point du tout ouy parler qu'a luy mefme, qui me raconta le dernier il y a quelque tems, a fçauoir qu'a Wefel vne

■ 5 dent eftoit creue dans la bouche dvn pendu, non pas en vne nuit, mais en peu de tems; ce qui ne lairra pas fans doute d'eflre faux, auffy bien que les deux autres, car nous auons icy des gazettes qui ne les auroient pas oubliez.

20 5 . le ne fçay rien dire de la declinaifon de l'aiguille : . ejî quœjlio fadi ^ .

I iuge] croy. — 2 doiue... 11 : 3] trois. — qu'il] qu'on luy.

fort] foit gueres. — 4 ap. dou- — 12 arriués en] venans de.

leur] &.C. flj. — félon... dans] — i3 du tout oui. — mefme]

ce fentiment cfl en l'Ame ou en. feul. — me] les. — i3-i4 le der-

— 5 ap. l'entendement] mefme nier oui, — i5 dans... d'vn]

aj. — i'expliquej bien aj . — fort longue à vn. — 18 qui

7-8 &.... dite o;«. — 9 voulois] n'auroient. — 19 oubliez] ou-

penfois. — Saumaife] F. — 10 la blié de telles chofes. — 20 rien^

confirmation] des nouuelles. — que.

a. Voir ci-avant page 20, 1. 6.

b. Page 5i, éclaircissement.

�� �

6. Ie suis fort peu curieux de voir ce que Mr Fermat a escrit de nouueau sur les tangentes *.

7. Et pour ceux qui veulent gloser sur ce que i’ay efcrit de la conchoide, ce ne peuuent eftre que des efprits de bas aloy : car ie n’en ay donné que la construdion, qui eft fort courte, & i’ay auerti que, par la façon que i’auois donnée, on s’y pouuoit engager en de longs calculs ; d’où ils deuoient connoiftre que i’auois diuers moyens pour les tangentes, que ie ne leur auois point voulu dire.

8. Il n’y a point de faute au bas de la page ^51; car le fens eft, qu’on pourroit s’engager dans vn long calcul, fi on cherchoit le poind ou C G coupe D H ^

9. Il y a long tems que i’ay fceu le paflage du Deuteronome : Sanguis enim eorumpro anima ejî, & ie I’ay cité en ma refponfe aux objedions de Fromondus ^, en le prefTant d’en donner l’explication par la Philofophie ordinaire, mais il ne m’a rien répliqué.

10. La matière fubtile n’elargift pas indifféremment les pores de tous les cors, mais feulement ceux qui


I Fermat] F. — 5 efprits] hommes. — bas aloy] grand loisir. — 6 fort om, — & i’ay auerti] en auertiffant. — 9 diuers] d’autres. — les tangentes] y paruenir, mais. — 9- 1 o ne leur auois] n’auois. — i o point] pas. — dire] leur dire tout, ny m’expliquer plus clairement pour les Tangentes, comme ils auroient aifement reconnu de mon ftile, s’ils auoient eu de l’efprit. — i3 DH,] BH, etc. — 14 les padages. — i5 pro anima] anima. — ap. ejl] &c. aj. — 16 Fromondus] M. Fromond. — 16-18 en le. . . répliqué] que ie luy ay enuoyces {sic) il y a plus de deux ans.

a. Lire B H avec Clerselier. Il s’agit du point où la normale coupe la directrice de la conchoide.

b. Tome I, p. 414, 1. 27. s’y trouuent difpofez, & qui font trop eftroits d’vn coflé & de l’autre trop larges, comme font ceux dvn arc plié, & non ceux de l’or ny du plomb, S:c.

11 . La façon dont i’explique le flus & reflus de la 5 mer, n’a rien du tout de commun auec celle de Galilée . ’

12. L’obferuation qu’il y a toufiours vne nue proche du foleil, qui reçoit les rayons pour faire l’arc en ciel, eft apertement fauffe ; car on voit l’arc en ciel en des

10 fontaines, ou il n’y a point de telles nues.

I j . l’efcriray a M’ de Zuylichem pour luy demander le Hure de Mr de la Chambre^, & vous en diray mon fentiment.

14. le ne vous refpons rien touchant ce qu’on vous

i5 aefcrit d’Angleterre, pource que ie ne croy pas qu’on vous l’ait efcrit pour me le mander; mais ie vous puis dire, entre nous, que, bien que l’offre de cefeigneur* me femble très grande, pour luy, a vn homme qu’il n’a iamais vu, & que ie luy en fois très obligé, elle eft

20 toutefois fort petite pour moy; & que, bien que il y ait plus de 10 ans que i’ay eu enuie d’aller en Angleterre*^, il me feroit néanmoins plushonnefle d’y aller

I s’y] fe. — 1-2 difpofez... La lettre de Clers. Jînil là, et

larges] trop larges d’vn coflé, & se termine par la formule : le

trop étroits de l’autre. — 3 ny] fuis, M. R. P., Voftre tres-

ou. — 9 apertement fauffe] entie- humble, & tres-obeïffant ferui>

rement imaginaire. — 10 nues.] teur, Descartes.

a. Voir 1. 1, p. 304. 1. 7.

b. Les Characteres des passions, par le sieur de la Chambre. mcdecin de Mgr le Chancelier (Paris, P. Rocolet et P. Biaise, 1640, in-4), Privilège du 15 décembre l639.

c. Voir t. I, page 147, éclaircissement, et p. 191, 1. i5. pour mon feul plaifir, que d'y eftre attiré par telle promeffe.

I'oubliois a vous dire que la gageure dont M' Riuet vous auoit efcrit efl terminée, et perdue entièrement pour le badin qu'il vous mandoit vouloir difputer 5 contre moy. le fuis,

Mon Reu"'^ Père,

Voftre très humble & très affedionné feruiteur,

DESCARTES. lO

De Leyde, le 11 Iuin 1640.

Page, 74, 1. 6. — Galilée ne mourut qu'un an et demi plus tard, le 8 janvier 1642. La nouvelle en fut aussitôt mandée à Mersenne, par une lettre du F. Jean-François Nicéron, datée de Rome, 2 février 1642 :

« Enfin, c'est a ce coup qu'il faut que les Mathématiques portent le deuil, puisque leur gloire est esteinte en la personne de Galilée, qui mourut a sa villa auprès de Florence, le mercredy 8 januier durant la nuit. On luy a fait l'Epitaphe que ie vous enuoye cy ioint, dont vous ferés part a vos amis, que ie salue, et M' Naudé entre autres, s'il est arriué a Paris. Vous voyés la diligence que i'apporte a satisfaire votre » curiosité. » {Bibl. Nat., fr. n. a. 6205, p. 225.)

Page 86, 1. 2. — Ce nouvel écrit de Fermat sur les tangentes est celui qui commence par les mots Doctrinam tangentium (Œuvres de Fermat, Paris, Gauthier-Villars, t. I, 1891, p. 158-167). Fermat y développe l'application de sa méthode à la cissoïde, à la conchoïde, et aussi aux courbes mécaniques [secundo casui, quem difficilem indicabat Domimis Descartes, cui nihil difficile), la cycloïde, la quadratrice; enfin il indique comment trouver les points d'inflexion.

Cet écrit ramena naturellement l'attention des mathématiciens de Paris sur la méthode des tangentes de Descartes, et la comparaison ne fut pas précisément à l'avantage de cette dernière. Le 4 août 1640, Roberval, qui, depuis le 1er juin 1638, n'avait pas écrit à Fermat, lui adressa une lettre (ib., t. II, p. 199-202), qui contient ces appréciations assez justes; et qui prouvent bien d'ailleurs qu'il ne conservait alors aucune animosité contre Descartes :

« Sur tout je suis ravi de votre invention de minimis et maximis et du

a. Le 24 mai 1640. Voir t. II, p. 636, 1. 25, et ci-avant, p. 40, 1. 19. CXCII. — II Juin 1640. 89

» moyen par lequel vous l'appliquez à la recherche des touchantes des » lignes courbes, et ne crois pas que jusques ici il se soit vu rien sur ce » sujet qui ne cédât de beaucoup à ce que vous nojjs en avez donné. Car » l'invention de M. Descartes, à laquelle j'assigne le premier lieu après » la votre, n'en approche que de bien loin, parce que, quoiqu'elle puisse » être rendue universelle, ce qu'il n'a pas fait, et le pourra maintenant, à » l'imitation de votre dernière addition, toutefois elle est, sans comparai- B son, plus longue, plus embarrassée et plus difficile. »

« Je vous dirai que j'ai d'autant plus admiré votre invention qu'à peine » croyais-je que, pour trouver les touchantes des lignes courbes qui n'ont » rapport qu'à d'autres courbes ou partie à des droites et partie à des » courbes, on pût s'en servir, ce que M. Descartes avoue de la sienne sur » le sujet de la roulette [cj^cloïJe] et autres lignes pareilles, lesquelles, pour » cette considération, il rejette de la Géométrie : sans raison, puisqu'à » l'imitation de votre dernière addition, sa méthode peut être rendue uni- » verselle comme la vôtre, mais avec une difficulté, laquelle bien souvent » ne se pourroit presque surmonter par un esprit humain. . . »

Parlant ensuite de sa propre méthode, Roberval ajoute : « Elle n'est » pas inventée avec une si subtile et si profonde géométrie que la vôtre » ou celle de M. Descartes et, partant, parait avec moins d'artitïce; en ré- » compense, elle me semble plus simple, plus naturelle et plus courte. »

Dès le 6 mai 1640 (voir plus haut, p. 82, art. 7), Mersenne avait parlé à Descartes de ce qu'il entendait dire sur la méthode des tangentes de ce dernier. Les articles 6, 7, 8, de la réponse de Descartes à la lettre de Mer- senne du I""' juin, concernent toujours le même sujet.

La construction que donne sans démonstration Descartes, dans sa Géo- métrie, p. 36 1, pour la tangente à la conchoïde est en réalité très élégante (elle revient à celle qui est fondée sur la considération du centre instan- tané de rotation). Il est très improbable qu'il l'ait trouvée par sa méthode analytique; on doit donc l'en croire, lorsqu'il affirme (p. 86, 1. 9), qu'il avait, pour construire les tangentes, divers moyens qu'il n'a pas voulu dire.

Page 87, 1. 17. — Au début de la lettre {variante p. 73, )..4-5), Des- cartes nommait, d'après sa minute M. le comte dIgby » comme ce « seigneur », dont Mersenne lui avait communiqué dès le 20 mars 1640 (voir plus haut, p. 5o, 1. 14), le désir de faire venir notre philosophe en Angleterre. A-t-il supprimé cette désignation parce qu'il n'était pas sûr du titre réel de ce a seigneur >-? En tout cas, il n'y avait point de comte Digby; à la vérité Lord John Digby (i58o-i654) avait été fait comte de Bristol le 17 septembre 1622, tandis que son fils, George Digby (1612- 1677) entra à la Chambre des Lords en 1641 comme baron Digby. Mais aucun des deux ne paraît avoir correspondu avec Mersenne, ni s'être suffisamment intéressé à la philosophie pour désirer attirer Descartes en Angleterre. Il s'agit donc presque certainement de sir Kenelm Correspondance. III. 13

�� � ço Correspondance.

Digby, lequel appartenait à une branche cadette et portait seulement le titre de chevalier [knight], mais jouissait en tous cas d'une grande for- tune. C'est lui que nous avons déjà vu témoigner pour Descartes un vif intérêt (t. II, p. 192, 1. 20, et p. 336, 1. 11); il avait séjourné à Paris de i636 à 1.638; en 1639, il était retourné en Angleterre, où il prit, comme papiste, une part active à l'agitation politique. Après divers incidents et un nouveau voyage en France (en 1641], il rit la connaissance person- nelle de Descartes, en allant le visiter en Hollande pendant huit jours. En 1644, il fit imprimer à Paris deux ouvrages philosophiques : A Trea- tise oftlie Nature of Bodies. — A Treatise declaring tlie Opérations and Nature of Man's Soûl, oui ofwhich the Immorlality of reasonables soûls is evinced, traités dans lesquels, en somme, il reste assez fidèle à Aristote. Esprit ouvert, mais inquiet, très crédule et entiché des qualités occultes, Kenelm Digby n'était pas fait pour contracter une liaison sérieuse avec Descartes. Ce dernier, qui ignorait l'anglais, n'a d'ailleurs jamais lu les ouvrages de Digby (Clers., t. I, p. 75, cf. ib., p. 38).

��CXCIII.

Descartes a Wilhelm.

[Leyde, i3 juin 1640.] Autographe, Leyde, Bibl. de l'Univ., Collection Huygens.

Une feuille, moyen format, pliée en deux : la lettre ( iS lignes, sans les en-tête, souscription, signature, date) n'occupe que le recto du premier feuillet ; au verso du second, l'adresse avec un cachet de cire rouge, oii les deux lettres R et C sont très lisibles. Publiée par F. de Careil, Œuvres inédites de Descartes, t. II, 1860, p. 12 et i3. L'autographe n'est pas daté. Mais cette lettre parait écrite de Leyde, comme la suivante, le logis du S Gillot, qu'il indique, étant précisé- ment son adresse à Leyde, telle qu'il la donne à Mersennc, p. 36, l. 2 ci-avant. En outre, cette lettre paraît aussi du mois de juin, comme la suivante, et les mercredis {p. 91, l. 21) de juin 1640 étant les 6, i3, 20 et 24, elle serait du i3, du moins si le traitement dont il est question pour la flic de Wilhelm, a, comme il semble, demandé quelques jours, mais non une quinzaine; à la date du 24 juin (voir lettre suivante), l'enfant venait de retourner auprès de son père. Descartes a dît, en effet, écrire alors aussitôt à ce dernier.

�� � CXCIII. — 1} Juin 1640. 91

Monfieur,

��5

��Nous venons de voir M"^ voftre fille*, M' Hooghe- lande & moy, & nous auions auffy enuoyé quérir le M" Chieftien; mais il eftoit forti de la ville, pour eftre

5 de retour a ce foir. C efl pourquoy nous auons remis a demain, qu'on Fauertira de fe trouuer fur les 2 heu- res chez le S' Gillot, ou nous irons auffy; Sl (i c'efl: voftre commodité de vous trouuer icy en ce tems la, on pourra commencer en voftre prefence, ou bien

10 mefme, encore que vous ne veniez point, on ne lairra pas de commencer, fi ce n'eft que vous donniez autre ordre : a fçauoir, on lairra faire le Chirurgien, pour ce qui eft de l'application extérieure des chofes qui peuuent feruir a redreffer les os. el' M"" de Hooghe-

i5 lande s'eft laiffé perfuadcr d'entreprendre le refte ; en quoy iefuis affuré qu'il ne manquera pas de faire tout le mieux qui luy fera poffible. Il vous falue, &. ie fuis,

Monfieur,

Voftre très humble & très obeiffant 20 feruiteur, descartes.

Du Mercredy, a 6 heures du foir.

Adresse :

A Monfieur Monfieur de Wilhelm, a5 Confeiller de fon Alteffe

& du Confeil de Brabant, Inde bout ftraet,

A la Hâve

�� � 92 Correspondance,

Page 91, 1. 2. — Quelle était cette fille de Wilhelm, et quel âge pou- vait-elle avoir? Wilhelm avait épousé, le 16 janvier i63?, la plus jeune sœur de Huygens, et on trouve dans le Dagboek de celui-ci :

« 21 Dec. i633. Soror Constantia parit primogenitum s\x\jLm[lege pri- » mogenitam suam] circà meridiem. »

6 Juli i636. Parit soror Wilhmu filium primum, liberorum tertium, » CoNSTANTiNUM, circa 6am rnatutinam. n

« 3i Dec. 1637. Assisto, nomine D. Vogelaer, cum Spieringio baptis- » mati JoANN-«, filiae sororis Constantiœ. »

Ce Dagboek de Huygens offre une lacune pour 1634, et ce tut sans doute cette année que naquit une seconde fille de Wilhelm (le premier enfant, né le 21 déc. i633, étant déjà une fille, puisque Constantin, né le 6 juillet i636, était le premier fils et le troisième enfant). La petite malade que soignait Descartes, était donc ou Fainée du 21 déc. i6?3, ou la cadette de 1634: aurait-il appelé, en effet, cérémonieusement « Mad'^"^ vostre fille » la petite Joanna, née à la fin de 163-, et qui n'avait, en juin 1640, que deux ans et demi ? Pourtant on ne retrouve, dans le Dagboek, aucune autre mention des deux premières filles, comme si elles étaient mortes en bas âge, tandis qu'on lit à propos de la dernière :

« I Maij i656. Obit mane neptis mea Joanna de Wilhelm.

��CXCIV.

Descartes a Wilhelm.

Leyde, 24 juin 1640.

Autographe, Leyde, Bibi. de l'Univ., Collection Huygens.

Une feuille, moyen format, pliée en deux : la lettre est tout entière sur le recto du premier feuillet {20 lignes, plus l'en-léle, la sig-na- ture, etc.); au verso du second, l'adresse et un cachet de cire rouge avec R et C entrelacés. — Publiée par Faucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, i. II, 1860, p. 14 et i5. — Voir l'en-téte de la lettre précédente, p- go.

Monfieur,

le croy bien que vous ne remarquerez pas encore grand changement en M"^ voftre fille, & auffy que

�� � CXCIV. — 24 Juin 1640. pj

vous n'en efperez pas encore li tofl, a caufe qu il ar- riue bien plus ordinairement que les maladies qui vienent fort vifte, foyent fort long tems a s'en aller, que non pas, au contraire, que celles qui ont efté plu- 5 (leurs années a fe former, fe pafTent en peu de iours. Mais û vous iugez que les remèdes de M de Hoghe- lande luy foient vtiles, i'ay a vous offrir de fa part tout ce qui efl en fon pouuoir; & il dit pouuoir bien luy enuoyer a la Haye quelques poudres, qui appa-

10 remment luy feruiroient, mais qu'il ne pourroit pas néanmoins luy enuoyer les mefmes chofes qu'il luy pourroit faire prendre icy, a caufe qu'il faut fouuent faire la guerre a l'œil, & augmenter ou diminuer la force du médicament, félon qu'on a vu l'effed; des

i5 precedens. Et enfin ie voy bien que ce qui le fait eflre icy plus retenu, efl que, le mal eflant fort inueteré, il n'en ofe afTurer la guerifon, mais feulement offrir de faire fon mieux. Et moy, ie vous puis afTurer de ma part que ie fuis.

��20 Monfieur

��Voflre très obeifTant feruiteur, descartes.

De Leyde, le 24 Juin 1640.

Adresse : 2 5 A Monfieur

Monfieur De Wilhelm,

Confeiller de fon AltefTe

& du Confeil de Brabant,

A la Haye

�� � ç>4 Correspondance. i", so.

CXCV. Descartes a Mersenne.

[Leyde], 22 juillet 1640. Texte de Clerselier, tome I!I, lettre 2, p. 5o-5i.

Mon Reuerend Père,

Ce mot n eft que pour vous remercier de l'affedion que vous m'auez témoignée en la difpute contre les Thefes des lefuites*. lecris à leur Redeur pour les prier tous en gênerai de s'addreiTer à moy, s'ils ont 5 des objedions à propofer contre ce que i'ay écrit : car ie ne veux point auoir affaire à aucun d'eux en parti- culier, fmon en tant qu'il fera auoûé de tout l'Ordre; fuppofant que ceux qui n'en pourront eitre auoùez, n'auront pas vne bonne intention. Comme, en effet, il 10 paroifl, ce femble, par la "Velitation que vous m'auez enuoyée, que celuy qui l'a faite a pluftofl: deffeind'obf- curcir que d'éclaircir la vérité, l'y répondray dans huit iours, comme il mérite, cS: à toutes vos autres lettres; ce qui m'efl impoffible pour ce voyage. Au i5 relie, ie feins d'ignorer l'autheur de ces Thefes dans la lettre que l'écris à leur Redeur, pour auoir plus d'occafion de m'addrefler à tout le cors; & en effet vous ne m'auiez point fait fçauoir fon nom dans vos premières lettres. Mais il me femble que vous m'auez 20 autrefois mandé que ce Père eft parent de Monfieur

�� � m, 5o-5i. CXCV. — 22 Juillet 1640. 9^

P(etit)^. Si cela eft, ie ne m'eftonne pas qu'il ait voulu engager fa réputation pour l'amour de fon parent; mais ie m'eflonne de ce qu'il a ofé m'enuoyer fa belle Velitation, veu qu'elle ne fert qu'à me monflrer fon 5 impuiffance, pour ce qu'il n'y dit pas vn feul mot contre moyjmais feulement contre des chimères, qu'il a feintes pour les réfuter & me les attribuer à faux. Comme ce qu'il me fait dire, que cejfat determinatio \deor/um, tanquam fi annïhilaretur, nec vlla fuccederet

10 furfum; & que manetfola & eadem determinatio dextror- fum^ faifant force fur le mot de /o/a, auquel ie n'ay iamais penfé"". le ne fçay fi i'ay bien deuiné; mais ie coniedure que cette Velitation a eflé la Préface que le Répondant a recitée, auant que de commencer la

i5 difpute. Vous m'apprendrez, s'il vous plaifl, ce qui

n eft.

le vous enuoye icy d'autres Thefes % dans lefquelles

on n'a- rien du tout fuiuy que mes opinions, afin que

vous fçachiez que s'il y en a qui les rejettent, il v en a

20 auffi d'autres qui les embraffent. Peut-eftre que quel- ques-vns de vos Médecins ne feront pas marris de voir ces Thefes; & celuy qui les a faites en prépare encore de femblables fur toute la Phyfiologie de la Médecine, & mefme, fi ie luy voulois promettre affi-

25 ftance_, fur tout le refte; mais ie ne la luy ofe pro- mettre, à caufe qu'il y a mille chofes que i'ignore; &

a. L'exemplaire de l'Institut donne le nom de Petit, accepté par Baillet

(II. 79)-

b. Voir ci-après la lettre du 29 juillet 1640 (Clers., III, p. 77, B).

c. Les thèses soumises à Descartes par Regius (lettre CLXXXVIII, p. 60 ci-avant, B), et que les écoliers de celui-ci soutinrent à Utrecht en juin 1640.

�� � 96 Correspondance. m. 5>-

ceux qui enfeignent font comme obligez de dire leur iugement de toutes chofes. le fuis.

Mon R. Père,

Voflre tres-humble & tres-obeïfTant feruiteur, descartes.

��Page 94, 1. 4. — Voici les renseignements de Baillet (t. II, p. 7?) sur ces thèses soutenues au collège des Jésuites de Paris (plus tard collège Louis-le-Grand, alors collège de Clermont) :

« Le P. Bourdin avoit choisi pour soutenir la principale de ces Thèses » un jeune homme de beaucoup d'esprit et de feu, nommé Charles Potier, » fils du Lieutenant particulier du Présidial de Château-Thierry, seigneur » de Berales, qui fut dans la suite de sa vie l'un des admirateurs et des » sectateurs de M. Descartes, malgré les impressions de son maître. La 1 Thèse dédiée à M. l'Abbé Lestandart [en marge : Claudio Lestandart » Abb. de Valle Sécréta] fut soutenue pendant deux jours de suite, qui » étoient le dernier de Juin et le premier de Juillet 1640. On en écrivit i> aussitôt à M. Descartes, et on lui manda qu'il y avoit trois articles qui » sembloient le regarder [en marge : Art. 3 de la p. 11. Art. 3 et 4 de la » p. j 5 de la Thèse). On lui en envoya l'extrait, et celuy qui prit ce soin i> étoit le- Père Mersenne, qui s'étoit trouvé de retour de son voyage assez » à propos pour assister à la Thèse', et pour défendre les opinions de son i> ami dans la dispute. Ce Père n'avoit pas oublié de lui envoyer en même n tems le préambule de la Thèse, c'est-à-dire le discours composé par le » Professeur pour faire l'ouverture de la dispute, parce qu'il étoit entière- » ment contre lui, en lui marquant que c'étoit le Professeur même qui le » lui envoyoit par son ministère. »

Les trois articles, dont parle Baillet, sont sans doute ceux que reproduit textuellement Descartes dans la lettre suivante au Recteur du collège de Clermont sur \a. matière subtile, la réflexion et la réfraction; et le préam- bule n'est autre que la vélitation à laquelle il répond dans la lettre du 29 juillet 1640.

�� � m,5i-5». CXCVI. — 22 Juillet 1640. 97

��CXCVI.

Descartes au P. [Hayneuve].

[Leyde, 22 juillet 1640,] Texte de Clerselier, tome III, lettre 3, p. 5 1-54.

« Ad Reuerendissimum Rectorem Collegij Claromontani », dit Clerselier, saus donner de date. Mais cette lettre a été envoyée avec la précédente, du 22 juillet 1640 (p. g4, l. 4), et le Recteur du Collège de Clermont à Paris était alors le P. Julien Hayneuve. Cler- selier fait suivre le texte latin, qui seul est de Descartes, d'une version française, lettre 4, p. 54-58.

Reuerendiffime Pater,

Cùm fummam in Patribus veftrae Societatis ad do- cendum benignitatem, & fummam vtilitatis publicae curam effe fciam, cùmque hae meae literae non alio

5 inftituto fcribantur, quàm vt vobis docendi mei, mul- torumque hominum Ivtilitati profpiciendi anfam prae- beant, confido eas veftrse Reuerentiae gratas fore. Nec idcirco vllam hîc prsefabor excufationem, quôd forte ignotus vos interpellem, fed dicam tantùm me moni-

10 tum fuiffe, quafdam Thefes in veftro Parifienfi Col- legio publiée nuper fuiffe defenfas, quas quidem inté- gras non vidi, fed ex ijs haec excerpta ad me miffa funt^ : Ex pagina 1 1 : Vt, ad explicandam lucis- & colorum aclionem in oculos, non fuficit motio Jîéîœ cuiufdam ma-

«5 teriœ fubtilis per aè'rem fufœ^ ^ iîa neque motus aé'rïs fatis

a. Voir ci-avant p. 96, éclaircissement.

h. Cf. Dioptrique, discours premier, p. 4-7.

Correspondance. III. i3

�� � c>8 Correspondance. m, sa.

expUcare poteji vim plané miram & adltonem fonorum in aurem.

Et ex pagina i ^ : Lucis & coîorum aélîonem in oculos explicare per moium maîeriœ cuiufdam fubtilis, fufœ per aé'ris & îranfparentium corporum poros, quant lucida 5 corpora moueant, & quâ tangant oculos modis varijs, atque omnino aliter quam per fpecies intenîionales^, ejl ci- catricem curare nouo vulnere, & gratis implicare fefe ijfdem & infuper nouis difficultatibus ; has afferre, & inanitaîem fubtilis illius materiœ demonjîrare . . . lo

Vniuerfale hoc reflexionuni principium : Angulus re- flexionis œqualis efl angulo incidentiae ^,aliunde videtur demonjlrandum aut explicandum, quàm à dijlindâ vir- tute & determinatione, eâque geminâ, circa motum pilce, exempli gratiâ, alijfque id genus; ex quibus, nifi aliud i3 afferatur, contrarium manifejlè concluditur. Idem cen- fendum de refraûionum principijs, quœ qui vellet ijfdem ex capitibus demonfîrare, is, fuâ delufus Analyjî, oppo- fiîum confîceret.

Quoniam autem opiniones quae ibi refutantur, ne- 20 minem, quod fciam, praeter me authorem habent, fummopere gauifus fum, hinc mihi datam effe occa- fionem flagitandi vt me errorum meorum monere dignemini ; & quidem occafionem tam iuftam vt, pro veftrâ prudentiâ & charitate, vix id mihi recufare pof- 25 fitis. Nam certè neque nomen eius à quo Thefes illae fadse funt, ad me fcriptum fuif, neque etiam nomen fcientiae quam docet, etfi vel Phylicam effe vel Mathe-

a. Cf. Dioptrique, discours premier, p. 5.

b. Ib., discours second, p. i3-i6.

c. Voir plus hiaut page 94, I. t6.

�� � 111,52-33. CXCVI. — 22 Juillet 1640. 99

fim facile ex argumento conijciam. Cùmque nouerim I omnia membra veftri Corporis tam ardè inter fe efle coniunda, vt nihil vnquam ab vno fiât, quod non ab omnibus approbetur, habeantque idcirco multô plus 5 authoritatis quae à veftris quàm quee à priuatis fcri- buntur, non immeritô, vt opinor, à V. R. velpotiùs à totâveilrâ Societate peto, & expedo, id quod ab vno ex veftris publiée fuit promiffum.

Prseterea profiteor me ab omni pertinaciâ quàm

10 maxime effe alienum, nec minus paratum ad difcen- dum quàm vllus alius poffit elfe ad docendum ; quod iam ante etiam profeflus fum in Differtatione de Me- thodo, quae meorum Speciminum praefatio eft; ibique exprelTè (pag. 75) rogaui omnes qui aliquid contra ea

i5 quse.proponebam dicendum haberent, ne fuas ad me obieéliones mittere grauarentur. Inter illa autem quEe propofui, vnum ex prsecipuis eft materia ijîa fubtilis, cuius inanitatem coram difcipulis veftris haud dubiè demonftraftis; nec etiam ex vltimis ea funt quse de

20 reflexione & refraflione fcripfi, in quibus meâ me delufum fuifl'e Analyfi haud dubiè etiam ijs probaftis. Neque enim fas efle exiftimo fufpicari tantos viros aliquid in Thefibus fuis affirmare, & inter difputan- dum auditoribus promittere, quod non redè fciant,

25 & priùs difcipulos fuos accuratè docuerint. Sed rogo & obteftor vt, quando quidem opiniones mese dignae vifse funt, quae publiée in fcholis veftris refutarentur, me quoque non indignum iudicetis ad quem refuta- tiones iftas mittatis, quique inter veftros difcipulos

3o cenferi poffim.

Atque vt non tantùm ad illa de quibus in Thefibus

�� � lOO

��Correspondance, ni. 33-34.

��egiftis, fed etiam ad reliqua quae à me'fcripta funt examinanda, & quaecunque in ijs à verltate aliéna erunt refutanda, vos inuitem, libéré hîc dicam, non paucos eiÏQ in mundo, & non contemnendi ingenij, qui ad meas opiniones ampleclendas valdè propen- 5 dent; ideoque communi rei literariae bono multùm interefle, vt mature, û quidem falfe fint, refutentur, ne forte familiam ducant. Neque profeclo vUi funt, à quibus id commodiùs fieri poffit, quàm à Patribus veftrse Societatis ; habetis enim tôt millia prseftantif- 10 fimorum Philofophorum, vt finguli tam pauca non poffint af| ferre quin, fi illa fimul iungantur, facile omnia qu3e à quibuflibet alijs polTent obijci, compre- hendant. Hoc itaque, fi placet, à vobis expedabo, du- dumque fane expedo ; tum quia rationi valdè confen- i5 taneum videtur, tum etiam quia hoc ipfum iam ante duos aut très annos ab aliquibus ex veftris flagitaui^ Et quia olim per nouem ferè annos in vno ex veflris Collegijs fui inilitutus ^, tantam ab ineunte aetate dodrinae & virtutis veftrse admirationem reueren- 20 tiamque haufi, vt longé malim à vobis quàm ab vllis alijs reprehendi. Sumque,

R. P.,

V. R. Deuotilîimus famulus,

Renatvs Descartes. 2 5

Mersenne hésita quelque temps à remettre cette lettre au Père Recteur. Descartes dut lui écrire une seconde lettre, le 3o août, qui fut envoyée seulement le i5 septembre (lettre CCVI ci-après). Le Recteur fit ré-

a. Voir les lettres LXXIX, XCIII et CIX, t. I, p. 382, 456 et 558.

b. Au Collège de La Flèche, de la rentrée de Pâques 1604, jusqu'en septembre 1612.

�� � m, sgi-sgi. CXCVII. — Juillet 1640. loi

pondre par le P. Bourdin lui-même. L'essentiel de cette réponse nous a été conservé dans ÏÉpttre au P. Dinet, imprimée à la suite des 7" Ob- jections et Responses dans la 2« édit. des Méditations (Amsterdam, Louis Elzevier, 1642, in-12, p. 148-149). Descartes répliqua lui-même le 28 oc- tobre 1640 (lettre CCXI ci-après).

��CXCVII.

Descartes a [Huygens]-

[Leyde, juillet 1640.] Texte de Clerselier, tome III, lettre 107, p. Sgi-SgS.

Sans nom ni date dans Clerselier. Mais on voit que la lettre CCI ci-après est une réponse à celle-ci, qui s'adressait donc à Constantin Huygens. En outre, Descartes annonce (p. io3, l, 20) qu'il a écrit au Recteur du Collège des Jésuites à Paris [lettre CXCVI ci-avant); la présente lettre est donc postérieure au 22 juillet 1640, et comme nous savons, par la réponse du 14 août, qu'elle est restée 12 jours en chemin, elle serait donc partie le 2 août au plus tard, à supposer que Hujgens ait répondu sur l'heure; mais pour peu qu'il ait tardé lui-même à répondre, la lettre de Descartes serait plutôt de la fin de juillet, d'autant que celui-ci ne parle que de sa lettre du 22 juillet, et non pas encore de celles du 2g et du 3o.

Monfieur,

le tiens à vne extrême faueur que,parmy tant de diuerfes occupations & tant d'importantes affaires qui doiuent pafler par voftre efprit, vous daigniez encore vous fouuenir d'vne perfonne fi inutile comme ie fuis. Et ie ne j doute point que les lettres que vous auez pris la peine de procurer pour le Tourneur n'ayent porté coup; mais il n'en a pas encore fenty les effets, finon en tant que Meffieurs de cette Ville

�� � I02 Correspondance. m, 592.

n'ont iufques icy donné à perfonne la place qu'il de- fire, & que le vifage de ceux aufquels il a parlé ne luy en a point oflé l'efperance.

le m'ellonne qu'on vous ait dit que ie faifois im- primer quelque chofe de Mefaphyfique, pour ce que 5 ie n'en ay encore rien mis entre les mains de mon Li- braire, ny n'ay mefme rien préparé, qui ne foit fi peu qu'il ne vaut pas le parler; & enfin on ne peut vous en auoir rien rapporté qui foit vray, fi ce n'efl ce que ie me fouuiens vous auoir dit dés l'hyuer paiTé^ à 10 fçauoir que ie me propofois d'éclaircir ce que i'ay écrit dans la quatrième partie de la Méthode, & de ne le point publier, mais d'en faire feulement imprimer douze ou quinze exemplaires, pour les enuoyer à douze ou quinze des principaux de nos Théologiens, i5 & d'en attendre leur iugement. Car ie compare ce que i'ay fait en cette matière aux demonflrations d'Apollonius, dans lefquelles il n'y a véritablement rien qui ne foit tres-clair & très-certain, lors qu'on confidere chaque point à part; mais à caufe qu'elles 20 font vn peu longues, & qu'on ne peut y voir la ne- ceffité de la conclufîon, fi l'on ne fe fouuient exade- ment de tout ce qui la précède, on trouue à peine vn homme en tout vn pais qui foit capable de les entendre. Et toutesfois, à caufe que ce peu qui les en- 25 tendent alTurent qu'elles font vrayes, il n'y a per- fonne qui ne les croye. Ainfi ie penfe auoir entiere-

a. Lettre perdue. Ou s'agit-il d'un entretien que Descartes aurait eu avec Huygens? On lit dans le Dagboek de celui-ci : « i5 febr. 1640, Har- lemi cubo. » Descartes demeurait peut-être encore tout près de là, quoique Baillet (voir ci-avant t. II, p. 624) le fasse, pour l'hiver 1639-1640, s'éta- blir d'abord à Harderwyck, puis à la campagne près d'Utrecht.

�� � iii.sgîôgî. CXCVII. — Juillet 1640. 103

ment demonftré Texillence de Dieu & l'immatérialité de l'Ame humaine; mais, pour ce que cela dépend de plufieurs raifonncmens qui s'entre-fuiuent, & que, fi on en oublie la moindre circonilance^ on ne peut

5 bien entendre la conclulion, fi ie ne rencontre des perfonnes bien capables & de grande réputation pour la Mctaphyfique, qui prennent la peine d'examiner curieufement mes raifons, & qui, difant franchement ce qu'ils en penfent, donnent par ce moyen le branle

10 aux autres pour en iuger comme eux, ou du moins pour auoir honte de leur contrejdire fans raifon, ie preuoy qu'elles feront fort peu de fruit. Et il me femble que ie fuis obligé d'auoir plus de foin de donner quelque crédit à ce traitté, qui regarde la

i5 gloire de Dieu, que mon humeur ne me permettroit d'en auoir, s'il s'agiffoit d'vne autre matière.

Au refle, ie croy que ie m'en vais entrer en guerre auec les lefuites; car leur Mathématicien de Paris" a refuté publiquement ma Dioptrique en fes Thefes;

20 fur quoy i'ay écrit à fon Supérieur ""j afin d'engager tout leur Corps en cette querelle. Car, bien que ie fçache afTez, il y a long-temps, qu'il ne fait pas bon s'attirer des aduerfaires, ie croy pourtant que, puis qu'ils s'irritent d'eux-mefmes & que ie ne le puis éui-

25 ter, il vaut mieux vne bonne fois que ie les rencontre tous enfemble, que de les attendre Fvn après l'autre, en quoy ie n'aurois iamais de fin.

Cependant mes aflfaires domeftiques m'appellent en France, & fi ie puis trouuer commodité pour y aller

a. Le P. Bourdin. Voir lettre CXCV, p. 94.

b. Le P. Hayneuve. Lettre CXCVI, p. 97.

�� � I04 Correspondance. 111,59?.

dans cinq ou fix femaines, ie me propofe de faire le voyage. Mais Vaffanaer ne defire pas que ie parte auant l'impreffion de ce que l'opiniâtreté de fon ad- uerfaire^ l'a contraint décrire; & quoy que ce foit vne drogue dont ie fuis fort las, Fhonneur toutesfois 5 ne me permet pas de m'exempter d'en voir la fin, ny le feruice que ie dois à ce pais d'en diffimuler la vé- rité. Vous la trouuerez icv dans fa Préface, dont ie luy feray encore différer l'impreffion quinze iours, ou plus, s'il eft befoin, afin d'en attendre voftre iugement, 10 s'il vous plaift me faire la faueur de me l'écrire, & il nous feruira de loy inuiolable. Cependant ie vous prie de croire tres-affurément que fon aduerfaire a très- bien fceu que tout fon liure ne valoit rien, auant mefme que de le publier, comme les fubterfuges de fa i5 gajeure l'ont affez monftré, & qu'il a eu la fcience de Socrate, en ce qu'il a fceu qu'il ne fçauoit rien; mais il a auec cela vne impudence incroyable à calomnier, & à fe vanter de fçauoir des chofes impoffibles & extrauaganteS; qui eft, à mon iugement, la qualité la 20 plus dangereufe & la plus nuifible qu'vn homme de fa condition fçauroit auoir; & ie penfe eftre obligé de vous mander en cela mon iugement; car ie fuis,

a. « Jean Stampion, dont la gageure dont il est icy parlé est à la fin de cet ouvrage dans les fragmens. » [Note de l'exemplaire de V Institut.) Ces fragments MS., que Clerselier avait légués à l'abbé Legrand pour les publier, n'ont pas été retrouvés (voir notre Introduction., t. I, p. lviii et lix). La Préface, dont parle Descartes, est la première partie, p. 3-3 1, de l'ouvrage de Waessenaer, publié en novembre 16^0, Den onwissen Wis-konstenaer I. I. Stampioenius ontdeckt. Voir plus haut p. 3o, éclaircissement de p. 21, 1. 6.

�� � CXCVIII, — 29 Juillet 1640, 105

��CXCVIII.

Descartes a [Mersenne pour le P. Bourdin].

Leyde, 29 juillet 1640.

Autographe, Paris, Bibl. de l'Univ., MS. 1187.

L'autographe se compose de deux feuillets, plies en deux; les quatre premières pages sont remplies (soit tout le premier feuillet), et deux pages seulement du second feuillet, avec cinq ligues sur la troisième page, plus la souscription, signature, date, etc.; la dernière page, en blanc, porte cette note, d'une autre main, répétée d'ailleurs en haut de la première page : « Réponse de M"" Descartes au P. Bourdin. » Point d'adresse. Mais cette note suffit, rapprochée des renseignements que donne Baillet [voir ci-avant, p. g6 et 100, éclaircissements), jpoî/r établir que le destinataire est le P. Bourdin. — Les variantes sont tirées du texte imprimé par Clerselier, tome III, lettre 10, p. jô-Si (traduction française, lettre 1 1 , p.8i-8~), sous ce titre : Ad R. P. Mersennum. L'autographe donne à la fois la « vclitation » du P. Bourdin, qui manque dans Clerselier, et les notes de Descartes au complet, c'est-à-dire au nombre de 18, depuis la lettre A jusqu'à S inclus, en suivant l'ordre alphabétique, tandis que Clerselier ne va pas au delà de O. Dans l'autographe, les deux textes, celui de la vélitation à droite et celui des notes à gauche, sont en regard l'un de l'autre, sur deux colonnes. Mais comme les notes se rapportent seulement à certains passages ou même à certains termes de la vélitation, que Descartes a marqués par des lettres A, B, etc., si bien que la corrélation entre les deux textes n'est point parfaite, le second se trouvant beaucoup plus long que le premier, nous reprodui- sons d'abord, et en italiques, la vélitation tout entière, puis, à la suite, la réponse de Descartes, avec les lettres A, B, S, en man- chette, tandis que l'autographe les donne à la fois intercalées dans le texte et placées en manchette, pour la vélitation, et, de D à S, à la fin du passage visé, non au commencement, comme nous les avons placées; pour les réponses, les mêmes lettres sont placées seule- ment en manchette. — Voir les éclaircissements de la lettre CXCV, p. g6 ci-avant, et de la lettre CC VI, ci-après.

CoRItESPONDANCE. IIL I4

�� � io6

��Correspondance.

��III, 76-77

��Reuerendiffime Pater, Legi velitationem fine titulo, fine fubfcriptione ac fine Authoris nomine, a R^ V\ ad me miffam, eique paucis hic refpondebo, non fane quia digna eft, fed ne me forte eius Author eâ fiduciâ lacefliuerit, quod im- pune fe laturum effe fperaret. Atque vt quam maxime pateat veritas, apponam hic omnia eius verba, ne mi- nimo quidem apice mutato,meafque animaduerfiones in margine adiungam.

��I SCRIPTUM SINE TITULO AD ME MISSUM.

Quod grauioribus in pugnis accidit vt a velitatione^ ducalur initium, id hodierna in difputatione locum fibi

��10

��2-6 fine titulo. , . Atque vr in meam Dioptricam ab homine qui nominari noluit per Reue- rentiam veftram acceptam, & certè mirabundus legi ; non quôd mihi nouum fit videre aliquos qui magno conatu nihril agunt, fed quia non poifum iufpicari quo inftituto eius autlior illam ad me mitti voluerit. Ineà enim figmentum quoddam mihii tri- buit, quod non modo nunquam fcripfi vel cogitaui, fed praetereà quod ab omni verifimilitudine adeo alienum eft, vt à nemine vnquam credi poffit. Atque {atqui?) hoc vnum eft quod réfutât. Quo fané non videtur vllum mihi negotium faceflere voluiffe, nec etiam ingenium

��fuum aut candorem teftari. Quid enim mihi facilius efl:, quàm ne- gare me fcripfilfe quod non fcripli? & quà arte illi opus fuit ad rem tum excogitandam tum refutandam, qua; ab omni veri- fimilitudine eft aliéna? & deni- que quo paclo potuit illam mihi affingere, quin fibi fadi confcius efletr El tamen hic paucis ref- pondebo; non fané quôd eius fcriptum aliquâ refponfione di- gnum iudicem, fed quia forte eius author eâ fiduciâ ad me mi- fit, quôd refponfurum non elfe fperaret, interimque inter impe- ritos me nihil refpondendum habuiffe iactare poffet.Vt autem. — 7 omnia] ipfiflima. — 1 1 à p. iio.l. 10 inclus, /e.v/<? om/5.

��a. Après velitatione] fumatur écrit d'abord, puis barre.

�� � �CXCVIII. — 29 Juillet 1640. 107

depofcit. De Reflexionum naturâ & legibus cgit Anony- mus quidam^ carumque rationes ita demonjîrauit vt veli- tationi iujîœ campiim aperiret. lugrediamur & in rc admodum illujlri fclicis pugnœ fiunamus aufpicia. Affc- 5 ram igitur quid ille prœfcripferiî de re totâ; tiim ab eo non modo nihil confeclum, fed & oppojîtunt eius quod intsndebat conclufum contendatn. Sic ille :

Mobile A feratur in B & occurfu Jupcrficiei CEE rejiliat in F. Sic de refultu conjlabit. Cum in mobili A

10 Jît virîus qua feratur intra rninu-

tum, verbi gratiâ^vfque ad B fiue

ad palmos 5, & determinatio qua

feratur in partem B potius quam

in aliam, feiungi potefl virtus a

i5 determinatione, & ipfa determinatio tribui in partiales duas, altérant deorfum altérant dextrorfum, adeo vt atnbœ déterminent mobile ferantque in B, dum & deorfum & dextrorfum ferunt. Ergo ait : vt mobile pertinuit ad B, offenditque fuperjîciem C BE, quia fuperficies opponitur

20 foli determinationi deorfum, non vero dextrorfum, cejfat illa, etfola rejlat dextrorfum^ perfeueratque motus verfus B dextram. Quem vero in terminum? quod in punélum ? fie habetur : virtus intra minutum detulit mobile ad pal- mos 5 ; ergo, cum eadcm perfeueret, intra fequens minu-

2 5 tum feretur mobile ad œqualem difantiam, hoc efl^fi defcriptus intelligatur circulus ex centra B interuallo BA, ad aliquod circunferentice punéïum. Prceterea quia rejïat determinatio dextrorfum, & quia illa priori minuto detulit mobile dextrorfum 4 palmis, exempli gratiâ, G

îo deferet quoque fequcnti minuto idem mobile ad palmos totidem, atque adeo mobile perueniet ad punélum aliquod

�� � io8 Correspondance.

circunferentiœ, quod 4 palmîs dijîet a média H B. Ergo cum niillian fit talefupra CBE, prœter F, pertinebiî ad F. Quod ex Geometriœ canonibus facile demonjïratur ejfe ijîiufmodi, vt angulum reflexwnis faciat œqualem angulo incidentiœ. 5

Hœc ille; nos ex aduerfo :

D Ac primum quidem,. quod vint feiungit a determina- tione, hoc ferimus, dum meminerit îamen altérant ah altéra feiungi non pojfe, nec moueri quicquam nifi & vir-

E tutetn habeat & detcrtninationent ; quod determinationem 10 tribuit duas in partiales^ altérant deorfiim altérant dex- trorfuni, hoc quoquc; quod de virtute filet nec eam pariter in duas partiales di/li'ibuit, hoc quœriniur^.

F Vt enini ad niotuni requiritur neceffario & vis & deter-

viinatio^fi determinatio ejî duplex, dextrorfum & deorfum, 1 5

G effe quoque débet virtus duplex, altéra coniuncla determi- nationi deorfum^ puta 3 palniorum, altéra dextrotfum 4 pahnorxim, Deinde, quod ait determinationi dextrorfum non opponi fuperficiem^fedfoli deorfum, idvcrum.

H Quod inde vult perire determinationem deorfum & ref- 20

tare dextrorfum, eamquefolam & eandem, hoc recufamus. I Et folam quidem, vel experientiâ tejïe : reuera mobile ab A impingens in B refilit in F, hoc eJî & dextrotfum & furfuni, e(rgo) nonfola reflat dextrorfum.

K Eandem vero, quia, etft veruni ejî, quœritur tamen, 25 illudque ipfum efl quod iotâ in quœjlione vefligatur: cur perfeueret eadem, non aucla, non imminuta? cur determi- natio deorfum mutetur in furfum, eamque nec maiorem nec minorem? Ad hœc:

L Quod ita ratiocinatur : remanet eadem virtus quœ 3o a. Sic pro querimur, Cf. infra p. 112, 1. 21 : quœritur.

�� � ex C VIII, — 29 Juillet 1640. 109

ante, efrgoj, vî mobile primo minuîo decucurrit palmos 5,fecundo decurreî totidem; hoc damus.

Quod adiungit : fola. fupere/î determinaîio dextrorfum, M e(rgoJ mobile mouebitur dextrorfum, & idem faciet 5 fecundo minuîo, quod primo, palmos 4; hic Jijîendum. Inuoluta multa, multa haudfaîis inîerfe cohœrentia, nihil prope fuis ex antecedenîibus deduéîum,

Singillaîim expendamus ad libellam A nalyjîs accuratœ : N maneî determinaîio dextrorfum; efrgoj, vî illa fecit

10 4 palmos, iîa totidem facieî. Monflrum efl, deîerminatio 4 palmos facii; nihil aliud facit determinaîio quam par- îem definire, vel dexîram vel Jinifîram, hanc vel illam; îali vero vel îali virîuie, ad tantam auî îanîam difîanîiam inîra minuîum, ad eam nihil aîtineî; virîuîis efl &folius.

i5 Sed reponamus : Perfeueraî eadem determinaîio, ea- dem virîus. Ergo, fifîe priufquam inferas. Quœro quœ o virîus ? an faciens 4 palmos inîra minuîum, an vero 5 ? Nihil efl quod délibère f" ex vtrauis ; ex vîrâque efficiet nihil.

20 Vis viramque? Bis eandem cenfebis îoîalem 5 palmo- P rum, hoc efl compofîam ex parîialibus duabus, alîerâ 3, alîerâ 4palmorum. Ergo, dum remaneî loîalis, remanenî duce. Quid ergo iterum aduocatur virîus 4 palmorum ? haud ius paîiîur.

a 5 Vis folam palmorum 5 ? Concedam. Aï a propofîo deer- Q rabis vel îuâ fenîenîiâ,fi prius roganîi mihi refponderis : fac mobile effe in A & habere folam deîerminaîionem dexîrorfum, & virîuîem 5 palmorum; quo fer eîur? A is in 5. Reéîe. Aï eadem vîere régula. Mobile efl in B,

3o hahetque virîuîem 5 palmorum & folam deîerminaîionem

a. Sic, soit pour délibères, soit avec le sens : // n'y a rien qui décide.

�� � no Correspondance. 111,77

dextrorfum; quo pertinebit ? quid hœreî ? paria omnia in R contra propojitum.

R Visfolam virtutem 4 pàlmorum ? Nihilo plus efîcies. Mobile in B, habens virtutem 4 pàlmorum ^ folam deter- minationem dextrorfum, feretur^ non in F^fed in E. 5

S At ais : remanet virtus pàlmorum 5, hoc ejî 3 & 4; remaneî quoque determinatio dextrorfum, & alteri deor- fum, quœ perijt^fuccedit fmilisfurfum. Hoc expeéîabam, quod principio afferri debuit; fed quo fucceffu filebo, vt roganti refpondeam. \o

Finis.

Responsiones.

A Hic Anonymum quemdam me appellando, videtur exprobrare velle quod nomen meis fcriptis non ad- iunxerim. Sed quam prudenter, non video, cum ipfe i5 nomen etiam fuum ad me fcribi noluerit. Et fane non vereor ne qui fcient cur ego, & cur ille, nomina noflra tacuerimus, id mihi maiori vitio, quam illi, vertant.

B Haec verba ceffat illa, & fola &c. malâ fide tanquam mea referuntur. Scripfi enim determinationem mutari 20 (nempe Dioptricse pag. 14, l. 16) & impediri (nempe pag. 15, 1. 12); nullibi autem fcripfi illam ceffare. Scripfi etiam reftare determinationem dextrorfum (pag. 16, 1. 10), nullibi autem folajn illam reftare, tanquam fi nulla determinatio furfum in locum deter- 25 minationis deorfum fuccederet. Mirorque ingenium hominis, qui cum aliquid mihi vellet affingere quod

14-15 adiunxerim] appofuerim. — i5 video] intelligo. — 24 (pag. 16, I. 10) omis.

�� � lii, 77-78 CXCVIII. — 29 Juillet 1640. m

refutaret, hoc elegit quod nemini vnquam fîet verifi- mile me fenfiffe, quodque non modo ad conclufionem meam non iuuaret, fed contra illam manifefte de- flrueret. 5 Cui enim perfuadebit, me de reflexione agentem, nefciuiffe mobile, quod ex parte deorfum tendebat, dum moiiebatur ab A ad B, tendere poftea ex parte furfum^ dum refleditur a B ad F ? et quam verifimili- tudinem habuiffet mea ratio, fi hoc negaflem ? Non au-

10 tem explicui iftam mutationem determinationis deor- fum in furfum, quia per fe eft fatis nota; fequitur enim ex eo quod, quando mobile incidit perpendicu- lariter in fuperficiem corporis duri, inde etiam per- pendiculariter debeat refilire; quod nemo vnquam,

i5 quod fciam, in dubium reuocauit, nec mei moris eft in ijs, quae tam trita & facilia funt, explicandis immo- rari. Quod etiam quam minime facere debui illo in loco, vbi obiter tantum egi de reflexione, &. in ordine ad refradionem,in qua nulla j talis determinationis in

20 contrariam mutatio reperitur.

Hic rurfus cauillatur, mihique impropriam & plane ineptam loquutionem affingit; neque enim eft deter- minatio dextror/um, quse defert mobile ad 4 palmos (vel quae /ac/V 4palmos, vt infra seque inepte loquitur),

2 5 fed virtus ipfa vt determinata dextrorfum : neque aliud coUigi potuit ex meis verbis, vt patet pag. i^, 1. 2, alijfque omnibus in locis vbi de iftâ re egi. Dixi enim

I hoc elegit] id tantùm affinxi. omis. — incidit] incidens. — 23,

3 non iuuaret] nihil iuuat. — 246/2, p. 112 : 4 palmos] qua-

3-4 illam... deftrueret] illi ma- tuor palmas. — 24 (vel... lo-

nifeftè aduerfatur. — 1 2 quando quitur) signes deparenthèse omis.

�� � 112 Correspondance.

determinationem efficere, non vt mobile moueretur ad 4 palmos, neque iimpliciter vt moueretur, tanquam Il effet caufa motus, fed vt dextrorfum moueretur, quia nempç eft caufa cur motus dextrorfum fiât. Fecit autem iam fupra femina huius cauillationis ; dicendo ^ enim mobile ferri vfque ad B, addidit captiofey?we ad palmos 5 ^{quod nullibi fcripfi);, & poftea dixit ambas par- tiales determinationes ferre mobile in B^,\t fequi videre- tur : ergo ad palmos 5. Sed etfi,improprieloquendo,dici poffit determinationem ferre mobile in B, vt fenfus fit '^ illam effe caufam cur eat verfus partem B, non tamen dici poteft illam ferre mobile ad B fiue ad 5 palmos, quia non eft caufa cur eat ad talem diftantiam. Et miror aliquem effe in mundo, qui talia, me viuo, fingere non erubuit, nec veritus eft ne agnofceretur quam deditâ '^ operâ non quserat veritatem.

Rem fcilicet valde reconditam hic nos docet, tan- quam fi,ex eo quod dixiffem figuram a quantitate effe diftinguendam, valde opus effet me moneri alteram tamen ab altéra non feiungi, nec dari vllum corpus ^o extenfum, quod non quanti tatem habeat & figuram.

Hic quseritur quod non errarim, nec inciderim in falebras in quas ipfe mox deuoluitur. Notandum enim occurfum fuperficiei CBE diuidere quidem determi- nationem in duas partes, non autem idcirco vim diui- ^5

3 motus] ipfius motûs. — monere,vtrecordarer. — aaquae-

4 cur] non ipfius motûs, fed riturj queritur [mieux; voir

quôd ille. — 4-16 Fecit... ve- p. 108, note), ritatem omis. — 19 moneri] ad-

a. Page 107, 1. 11-12.

b. Ib.,\. 16-17.

�� � 111,78-79- CXCVIII. — 29 Juillet 1640. 11 j

dere : neque id mirum, quia, etfi vis fine determina- tione efle non poffit, poteft tamen eadem determinatio cum maiori vel minori vi effe coniunda, & eadem vis manere, quamuis determinatio quomodolibet mute-

5 tur. Vt, quamuis figura non exiftat fine quantitate, poteft tamen mutari, hac non mutata. Et quamuis cubi fuperficies diuifa fit in 6 faciès quadratas, non tamen idcirco ipfe cubus eft diuifus in 6 partes, fed vnicuique ex iftis faciebus totum eius corpus incum-

10 bit, fiue correfpondet.

Hic aeque bene argumentatur ac fi diceret : ad fcri- bendum requiriturnecefTario & atramentum & charta, charta autem eft alba, ergo atramentum quoque album effe débet. Notandumque eft, etiamfi, vbi de reflexione

i5 tantum agitur, verum pofTet concludi, quamuis finge- returvim fimul cum determinatione diuidi, non tamen idfieri ex vi iftius fiditise diuifionis, quœ facile in alijs fallere poteft ac proinde non eft admittenda.

3 majore vel minore. — 5 Vt... vbi de reflexione tantùm agitur,

figura] Quemadmodum etfi fu- verum poffet concludi, quamuis

perfides. — quantitate] corpore. |fingeretur vim fimul cum de-

— 6 mutari] illa mutari, atque terminatione diuidi, non tamen

augeri vel minui. — hoc non mu- id effet fingendum, quia conclu-

tato. — ajcrèi quamuis] exempli fio non procederet ex vi iftius

f^TâXiâ. ajouté. — 7 diuifa ow/s. — fiftitiae diuifionis. Sed tantùm

7^/8: 6] fex. — 7 après quadra- nouée & fuperuacuae difficultates

tas] diuifa oy'ow/e. — lofiuecor- occurrerent, ad explicandum

refpondet omis. — 1 1 asque bene quomodo vires, vna trium, alia

omis après Hic, ajouté avant ac quatuor palmorum, vt loquitur,

fi, — après argumentatur] in fimul jundœ, poffînt componere

forma aj'oulé. — 14-18 Notan- vim quinque palmorum &c. Ac

dumque... admittenda.] Nun- praetereà cùm de refradionibus

quid egregiè ad libellam Analy- ageretur, non ampliùs verum,

fis accuratœ rationes fuas expen- fed falfum ex tali figmento con-

dit ? Et quidem, etiamfi hic, cluderetur.

Correspondance. IIL ' ^

�� � 114

��Correspondance.

��m, 79.

��10

��G Quod hic fatetur verum effe, fufficit ad meam con- clufionem.

H Quod vero hic recufat, nihil ad illam facit, pen- detque a folo vocabulo/o/a, quod mihi affinxit, & eft illi inftar Chimaerse quam debeilandam fufcepit. I Vt hic patet, vbi nihil probat, nifi determinationem dextrorfum non reftare folam, quia etiam adeft alia furfum.

K Hic vero nihil prorfus probat, fed tanquam prselio fellus conditiones pacis proponit : fi nempe ipfe pro- bem, primo ciir perfeueret eadem determinatio dex- trorfum, non aiicla, non immin'uta; ac deinde cur de- terminatio deorfum mutetur in furfum^ nec maiorem nec minorem.

L Qu3e duo, ex eo quod hic dat, & eo quod paulo ante admifit ad G, manifefte demonftrantur. Nam certe, cum maneat eadem vis quse prius,& fuperficies CBE non opponatur determinationi dextrorfum, nihil excogitari potell: propter quod haec determinatio, vel vis fecundum illam agens, mutetur, ideoque débet 20 perfeuerare nan auda, non imminuta. Et quia fieri non poteil vt mobile decurrat fecundo minuto 5 pal-

��i5

��1-2 Quod... conclufionem] Hic fatetur id verum effe, quod folùm requiritur ad vim meas conclufionis. — 3 Quod vero] Notandum id omne quod ad- niittere. — nihil. . . facito»/t/5.— 3-4pendetque]pendere. — 4 folo omis. — fola] folam. — & eft] eftque. — 6 I omis. — Vt] Quod. — 6-7 non reftare folam ajouté

��aprèsn\{i,omis après dextrorfum. — 7 alia etiam eft. — 9 K] I. — prorfus omis après nihil, ajouté après tanquam. — lo conditio- nes] de conditionibus. — propo- nit] agere videtur. — fi nempe] petendo fcilicet, vt. — 12 deinde] fecundô. — 16 manifeftiflîmè. — 19-20 vel... agens omis. — 23: 5] quinque.

�� � m, 79 8o CXCVIII. — 29 Juillet 1640. 115

mos, fimulque maneat vis eodem modo determinata dextrorfum ac prius, ita fcilicet vt mobile feratur illo fecundo minuto dextram verfus ad 4 palmos, nifi de- terminatio deorfum mutetur in furfum, nec maiorem 5 nec minorem, ergo fie mutatur.

Sed nihilominus hic rurfus in Chimaeram fuam fe M conuertit, componitque ad praeliandum gradum. Inuo- luta multa, quse nempe inuoluit; non cohœrent ^ <\\x<id difiunxit ; nihil prope fuis ex an tecedentibus deducïtur,

10 quia antecedentia ifla diftorfit, hocque per vnicum verbulum/o/df, vt mox patebit.

Vt Idololatrse Deos adorant quos manibus fuis fa- N bricarunt, ita hic monftrum expauefcit quod folus finxit, nempe ex impropriâ illâ loquutione quam no-

i5 taui ad C. Patet autem quam accurata fit eius Analy- fis, & quam legitimam caufam habuerit hoc monftrum effingendi, quia mox (adZ) me induxit dicentem: rema- net eadem virtus, & paulo poft (ad M) : fuperejî détermi- nai io dextrorfum (verbulum enim/o/a nihil hic ad rem),

20 e(rgo) mobile mouebitur dextrorfum, & idem faciet fecundo minuto^ quod primo, palmos 4. Nempe mobile idem faciet, hoc eft, tantumdem promouebitur dextrorfum.. In quibus nihil plane eft inuolutum, aut non cohœ-

I eadem, modo determinato. i3 folus] ipfe. — 14-15 nempe...

— 2 acl quo. — fl/TtsilIo eodem notaui] quodque nihil aliud eft ajouté. — "i et i\ : 4] quatuor. quàm impropriâ eius locutio,

— 5 ergo lie mutatur] lequitur notata. — i5 Patet autem] Et hincdeberefic mutari. — 9 prope quidcm vt pateat. — accurata fuis omis. — avant deducitur] hîc vtatur Analyfi. — 16 quam recle ajouté. — 10 hocque] & legitimam] quantam. — 17 quia quidem. — vnicum] fcœnicum. omis. — (ad L) omis. — 18 (ad

— 12 N omis. — Vt] Atque vt. — M)] ad H. — 22 mouebitur.

�� � ii6 Correspondance. m. so.

rens, aut maie ex antecedentibus deduéîum. Sed hic, vt Monflrum habeat quod debellet, fingit me dixifTe determinationem feciffe 4 palmos,immemor hoc a me iamiam, ipfo referente, de mobili, non de determi- natione didum efle. 5

O Hic vt ampliorem habeat materiam ad declaman- dum, tria in locum vnius fibi proponit refutanda : ex quibus primum & vltimum fine controuerfiâ falfa funt, ideoque facile a quouis alio pofîent refelli; mé- dium vero, nempe virtutem facientem^ vt loquitur, 10 5 pabnos, eandem perfeuerare, quia pro vero aiîump- tum eft ab illo folo poteft impugnari.

P Sed nec primum rede réfutât; fupponit enim vir- tutem 5 palmorum conjîare ex duabus, altéra trïum, altéra ^ palmorum, quod inepium eu.. i5

Q Nec fecundum, quia tota vis argumenti, quo vtitur, pendet a verbulo /ô/a, iam totiës explofo.

I Sed hic]'Hîc vero. — 3 : 4] vt faterer remanere virtutem

quatuor. — a me own's. — 4 ipl'o quinque palmorum, & determi-

referente omis. — 5 elfe] fuiffe. natiohem dextrorfum, iam non

— G à (3, p. 117, O. Hic vt... folam, quia alteri deorfum fuc-

debellet.] N. Perleuerat vfque cedit fimilis furfum ; quod prin-

ad finem magno conatu nihil cipio afferri debuit, nempe ab

agere ; interrogatj vrget, ref- ipfo, fi bonâ fide agere voluilTet.

pondet, atque ita fcribit vt gefti- Aduerto vero hîc illum ad

culari & fudare videatur. Non nouam expeditionem fe accin-

enim vel minimum quidem in- gère; nouas enim chimaeras hîc

uenire eft in egregiâ iftâ veii- adornauit, quas forte aliâ vice

tatione,à mealiquando fcriptum fit debellaturus ; hîc enim re-

vel cogitatum, quod vel mini- petit virtutem palmorum quin-

mùm impugnetur, nihilque prïe- que idem e(fe ac virtutem pal-

ter illa duo infulfiiïima figmenta, morum trium & quatuor; & de-

quœ ad 5 & C notata funt. O. terminationi deorfum fuccedere

Nihilominus hîc videri vult vi- fimilem furfum. Vbi in verbo

ciffe ; coëgit enim me fcilicet Jîmilem captio eft.

�� � ro

��III, 80-81. CXCVIII. — 29 Juillet 1640. 117

Nec tertium; nititur enim eodem fola. Quamuis in totâ hac egregià velitatione nihil impu- gnet quod a me vnquam vel fcriptum fit vel cogita- tum^ nihilque prseter illa duo infulfiffima figmenta, quse ad 5 & C notata funt, vult tamen hic videri vicilTe, quia coegit me vt faterer determinationejn dextrorfum non folam remanerc, fed aliani furfum ei adiungi. Quod ante, Icilicet, nefciebam. Inducitque me inter- ea dicentem, determinationi deorfuni fuccedere funi- lem furfum^ vbi in \ evho fimilevi captio eft; & agendo de virtute palmorum ^ , fubiungit, hoc ejî 3 & 4 : quae videntur effe nouée Chimserae, quas nunc adornat vt alià vice debellet.

Sed fane praelietur in ventos, quantum lubet; fi me-

i5 liora non affert, non puto vnquam operae pretium fore vt iterum ei refpondeam. lamque commodum expedo validiores obiecliones a Reuerendis Patribus Societa- tis lefu, tum in eandem meam de reflexione opinio- nem, tum in reliquas; audiui enim ipfos nuper illam

20 publiée Parifijs impugnaffe, flatimque rogaui per lit- teras, quam potui enixiffime, vt fua in me argumenta me docere dignarentur ; quod breui faduros effe

��14 quantum] fi. — i5 affert" afterat. — vnquam omis. — 16 iterum ei] ampliùs illi. — après refpondeam.'! Satis enim apparebit ijs qui htvc | legent, qualis iile fit; & quamuis plura poffem fcribere, non tamen idée poffem efficere vt à pluribus lege- TQn\.\ir ajouté. — lamque] Ac pras- terea. — 17 validiores] etiam. — 17-183... tum omis. — 1 8 après

��reflexione] & refraftione ajouté. — 19 après opinionem] à Reue- rendis Patribus Societatis lefu ajouté. — tum in reliquas o;;n's. — • 19-20 illam publice] in Thefibus publiais illam. — 20 Parifijs omis. — 20-22 Itatimque. . . dignarentur" ideoque per litteras antè ocliduum rogaui vt fuas ra- tiones me docerent. — 22 breui omis.

��R

S

�� � ii8 Correspondance. m, si.

confido, & vel vinci malim ab illis cataphradis quam de iilo velite triumphare. Vale.

Reuerendiffime Pater,

Sum V-^. R=^.

Deuotiffimus famulus

DESCARTES.

Lugduni Bat., 29 lulij 1640.

Sur les suites immédiates de cette affaire entre le P. Bourdin et Des- cartes, nous avons trois renseignements, que voici :

i» « Le Père Bourdin, » dit Baillet (t. II, p. 79-80), « ne fut point long- » téms après sa Thèse sans sçavoir qu'il avoit donné du chagrin à M. Des- » cartes. ...L'inquiétude qu'il en eut luy fit prendre la plume dés la fin du » mois de Juillet pour luy en écrire. Il parut touché des raisons qui sem- » bloient justifier le mécontentement que M. Descartes avoitde la conduite » qu'il avoit gardée dans sa Thèse; et il luy avoua qu'il n'avoit manqué à » prendre le parti auquel il avoit invité dans son Discours de la Méthode n ceux qui auroient des objections à luy faire, que parce qu'il n'avoit pas » encore lû cet endroit. M. Descartes répondit à cette lettre d'une manière n que nous ne pouvons sçavoir, parce que sa réponse s'est perdue. Mais ■" le Père Bourdin ayant reçu, peu de jours après, la réfutation que Mon- » sieur Descartes avoit faite de sa Vélitatioii, il crut y trouver de quoy se » plaindre à son tour de M. Descartes : et il luy en récrivit, le vu jour » d'Août, une seconde lettre, qui ne fut rendue à M. Descartes que le 1 sixième jour de Septembre suivant. M. Descartes luy répondit avec une » diligence semblable à la sienne [en marge : le 8 de Sept. 1640).., » Mais la lettre que Baillet cite ici (Clers., III, loi) est de sept. 1642, comme en fait foi une copie, de Descartes même, qui a été retrouvée. Une note de l'exemplaire de l'Institut donnait à tort la date de 1640, et Baillet l'ayant acceptée, a imaginé, en conséquence, tout le récit qui précède. Même la première lettre de Bourdin, dont il parle, n'a pas été écrite sur la fin de juillet, mais plus tard, et Descartes ne la reçut qu'en octobre, comme il le dit lui-même dans la lettre ci-après du 28 octobre (Clers., III, 89); la réponse, que Baillet dit perdue, n'a donc pas été écrite.

2" La même lettre de Descartes, du 28 octobre 1640, nous apprend que Bourdin fit à cette critique de sa vélitation une réponse française, adres-

I confido] non dubito. — illis] iftis. — 2 après triumphare.] tout le reste omis.

�� � CXCIX. — 30 Juillet 1640. 119

sée au P. Mersenne; celui-ci l'envoya à Descartes en même temps que la réponse latine que Bourdin, au nom du Recteur, rit aux deux lettres du 22 juillet (voir Véclaircissement, p. loo-ioi) et du 3o août (cette dernière envoyée le i5 septembre). Bourdin voulut même ravoir sa lettre française, et ce fut l'objet d'un échange de notes entre Mersenne et Descartes, comme on le verra, en novembre et décembre 1640.

-3" Enfin, Descartes, dans sa Lettre latine au P. Dinet, imprimée à la suite des 7°" Objections et Réponses [voir la 2« édit. des Méditations, Amsterdam, Luuis Elzevier, 1642, p. 148-149), parle de trois lettres qui lui furent envoyées à ce propos. La première est du P. Bourdin, à la suite de la réclamation faite au P. Recteur (et comme celle-ci ne fut remise que tardivement, la lettre a sans doute été écrite en septembre ou octobre 1640, et parait bien être la réponse française dont il a été question dans l'alinéa précédent : « Ad quae, non ipse R. P. Rector, sed R. P. (Bourdin) » principio respondit se tractatus suos, sive rationes quibus meas opi- » niones impugnabat, intra octiduum esse missurum. » La seconde lettre, ou plutôt les secondes lettres, semblent avoir été écrites par des Jésuites qui s'entremirent entre le P. Bourdin et Descartes (entre autres le P. Phe- lippeaux sans doute, qui est nommé dans la lettre CCV ci-après de Des- cartes, Clers., III, 70) ; « Ac paulo post [dit celui-ci), alii quidam Patres » Societatis idem intra sex menses ejus nomine promiserunt : forte quia, » cum tractatus istos non probarent (expresse enim eorum quae ab illo in » me suscepta fuerant conscios se non fuisse fatebantur), id temporis ad " illos emendandos requirebant. » La troisième lettre enfin était encore du P. Bourdin, écrite au nom du P. Recteur, en réponse à celles du 22 juillet et du 3o aoùt-i5 sept. 1640. Descartes en a reproduit textuellement quatre articles dans sa Lettre au P. Dinet, et il y répondra point par point le a8 octobre 1640 (lettre CCXI ci-après).

��CXCIX.

Descartes a Mersenne.

[Leyde], 3o juillet 1640. Texte de l'exemplaire de l'Institut, tome II, lettre 40, p. 229-242.

La 3i' de la collection de La Hire, et 11° (2S) du classement de Poirier. Variantes du texte imprimé par Clerselier d'après la mi- nute. Clerselier a joint à cette lettre un billet, qui a été envofé sur une feuille séparée {voir CXCIX bis ci-après), et entre ce billet et la

�� � I20 Correspondance. 11,219.

lettre, dont il ne donne pas la fin, il a inséré (p. 23g- 240) deux fragments de la lettre suivante, du 6 août 1640.

Mon Reuerend Père,

le commenceray ma réponfe par la lettre de M. Meyffonnier , pource que c'eft la plus vieille en datte que vous m'ayez enuoyée. le fuis fort fon ferui- teur, c'eft tout ce que ie puis rendre à fes complimens. 5 Pour les difcours qu'il fait du Sel Aérien, & de la dif- férence qu'il met entre les Efprits Vitaux & Animaux, les comparant au Feu Elémentaire & au Mercure Aé- rien, ce font des chofes qui furpaffent ma capacité, c'eft à dire, entre nous, qui me femblent ne fignifier 10 rien d'intelligible, & n'eftre bonnes que pour fe faire admirer par les ignorans*".

Pour les marques d'EnuiC, puis qu'elles ne s'im- priment point fur l'enfant, lors que la mère mange du fruit dont elle a enuie, il eft bien vray-femblable i5 qu'elles peuuent auffi quelquesfois eftre guéries, lors que l'enfant mange de ce fruit, à caufe que la mefme difpofition qui eftoit dans le cerueau de la mère & caufoit fon enuie, fe trouue auffi dans le fien,& qu'elle correfpond à l'endroit qui eft marqué, ainfi que la 20 mère, en fe frottant à pareil endroit, au temps de fon enuie, y a rapporté l'effet de fon imagination. Car

3 Moyffonnier. — que c'eft] — 18 & qui. — 19 qu'elle ow/s. qu'elle eft. — 3-4 après en datte] — 20 avant eft] en ajouté. de celles ajouté. — 4 enuoyées.

a. Lettre perdue, répondant à celle de Descartes, p. i8 ci-avant.

b. Cf. p. 17 ci-avant, éclaircissement.

c. Voir ci-avant p. 49, 1. 21.

�� � II, 229-230. CXCIX. — jo Juillet 1640. 121

généralement chaque membre de l'enfanï correfpond à chacun de ceux de la mère, comme on peut prouuer par raifon mechanique; & plufieurs exemples le té- moignent, dont l'en ay lu autresfois vn affez remar- 5 quable dans Foreftus *, d'vne Dame qui , s'eftant rompu le bras, lors qu'elle eftoit enceinte, accoucha d'vn fils qui auoit le bras rompu comme elle, & appliquant à ce bras de l'enfant les mefmes remèdes qu a celuy de la mère, il les guérit tous deux feparément.

10 jPour les Belles brutes, nous fommes fi accouflu- mez à nous perfuader qu elles fentent ainû que nous, - qu'il efl malaifé de nous défaire de cette opinion. Mais fi nous ellions auffi accouftumez à voir des au- tomates, qui imitaflent parfaitement toutes celles de

i5 nos adions qu'ils peuuent imiter, & à ne les prendre que pour des automates, nous ne douterions aucu- nement que tous les animaux fans raifon ne fuffent auffi des automates, à caufe que nous trouuerions qu'ils différent de nous en toutes les mefmes chofes,

20 comme i'ay écrit page ^6 de la Méthode. Et i'ay déduit tres-particulierement en mon Monde, comment tous les organes qui font requis à vn automate, pour imiter toutes celles de nos adions qui nous font communes auec les beftes, fe trouuent dans le cors des animaux.

a5 le viens à l'autre paquet, où eftoit la Thefe des le- fuites, auec la lettre du Médecin de Sens, laquelle

3 exemples] expériences. — & les Automates. — 22-24 à

4 vn affez] vne fort. — 5 le Fo- vn. . . beftes] pour faire toutes

reftus. — 19 qu'ils... chofes] ces actions en Automates. —

toutes les mefmes différences 25-26 des PP. lefuites. — 26 de

entre nous & eu.x, qu'entre nous Sens omis. — laquelle] que. Correspondance. IIL i6

�� � 122 Correspondance. ii, 23o-2?i.

i'ay crû vous deuoir renuoyer, pource qu'elle femble n'eflre qu'vne partie d'vn plus long difcours*. le croy que M. de Martigny vous aura fait voir ce que i'écris au Reéleur des lefuites^ à l'occaûon de ces Thefes; car vous ne m'en auiez point nommé l'autheur, & i'ay 5 efté bien aife de l'ignorer, pour auoir plus d'occafion de m'adreffer au Cors.

Les hiftoires de la foye qui croift au front d'vne fille, & de l'efpine qui fleurift fur le cors d'vn Efpa- gnol, méritent bien qu'on s'en enquiere fort particu- lo librement. Et pour la foye, ie ne puis croire que ce foit de la vraye foye qui croilfe, mais vne excrefcence de chair qui, fortant par le trou de la cicatrice que la foye a laifle, en reprefente aucunement la figure, ou peut-ellre du poil qui fort de ce trou, ce qu'on peut i5 aifément iuger à l'œil. Mais pource que vous dites qu'on ne fçauroit expliquer ce Phainomene, en ne mettant point d'autre principe de vie dans les ani- maux que la chaleur, il me femble, au contraire, qu'on le peut bien mieux expliquer qu'autrement; car la 20 chaleur eftant vn principe commun pour les animaux, les plantes, & les autres cors, ce n'efl pas merueille que la mefme férue à faire viure ] vn homme & vne plante; au lieu que, s'il falloit quelque principe de vie dans les plantes, qui ne full pas de mefme efpece 25 que celuy qui eft dans les animaux, ces principes ne pourroient pas fi bien compatir enfemble.

3 Mart. — 4 de Icfuites. — — 20 après expliquer] ainfi 12 après mais] ou ajoiilé. — ajouté. — 23 que la] qu'elle. i3 que] où. — 14 laiiréj cfté.

a Lettre CXCVI, qui avait été adressée aux soins de Martigny.

�� � Il, »3i. CXCIX. — 30 Juillet 1640. 123

Pour la lettre de ce dode Médecin, elle ne con- tient aucune raifon pour impugner ce que i'ay écrit de la glande nommée Conariiujî'% finon qu'il dit qu'elle peut eflre altérée comme tout le Cerueau*.Ce 5 qui n'empefche point qu'elle ne puiffe eflre le prin- cipal fiege de l'ame : car il efl certain que l'ame doit eftre iointe à quelque partie du cors ; & il n'y en a point qui ne foit autant ou plus fujette à altéra- tion que cette glande, qui, bien que fort petite & fort

10 molle, toutesfois eft fi bien gardée au lieu ou elle eft, qu'elle n'y peut quafi eflre fujette à aucune mala- die, non plus que l'humeur vitrée ou cryftalinede l'œil. Et il arriue bien plus fouuent que des perfonnes de- uiennent troublez d'efprit, fans qu'on en fçache la

i5 caufe, auquel cas on la peut attribuer à quelque ma- ladie de cette glande, qu'il n'arriue que la veuë manque par quelque maladie de l'humeur cryflaline; outre que toutes les altérations qui arriuent à l'efprit, lors qu'on dort après qu'on a beu &c., peuuent eflre

20 attribuées à quelques altérations qui arriuent à cette glande.

Pour ce qu'il dit que l'ame peut bien fe feruir des parties doubles, ie luy accorde, & qu'elle fe fert aufli des efprits, qui ne peuuent pas refider tous en cette

I de ce docte] du. — après ouomis. — 17 maladie] défaut.

Médecin] de Sens ajouté. — — l'humeur] cette humeur. —

10 après toutesfois] à caufe de i^avant lors] comme ajouté. —

fa fituation ajouté. — 10- 1 1 au 20 à] en. — 22 peut bien fe] fe

lieu... eft omis. — 11 qu'elle peut. n"y] qu'elle ne. — 11 vitrée

a. Lettre CLXXXIII ci-avant, p. 19, I. 12.

�� � 124 Correspondance. u, j3i-î3î.

glande; car ie n'imagine point que l'ame foit telle- ment comprife par elle, qu elle n'eftende bien ailleurs fes adions. Mais c'eft autre chofe fe feruir, & élire immédiatement iointe ou vnie ; & noftre ame n'eftant point double, mais vne & indiuifible, il me femble 5 que la partie du cors à qui elle eft le plus immédiate- ment vnie, doit auffi eftre vne & non diuifée en deux femblables, & ie n'en trouue point de telle en tout le cerueau que cette glande. Car pour le Cerebeîlum, il n'eft vn que fuper/îcie & nomine tenus; & il eft certain lo que mefme fon procejjus vermifortnis, qui femble le mieux n'eftre qu'vn cors, eft diuifible en deux moi- tiez, & que la moelle de \ l'efpine du dos eft compofée de quatre parties, dont les deux viennent des deux moitiez du cerueau, & les deux autres des deux moi- «5 tiez du Cerebellum; & le Sepîum lucidmii auffi, qui fe- pare les deux ventricules antérieurs, eft double.

Pour l'Efprit Fixe qu'il veut introduire, c'eft vne chofe qui ne me femble pas plus intelligible que s'il parloit d'vne lumière tenebreufe, ou d'vne liqueur 20 dure. Et i'admire que des perfonnes de bon efprit, en cherchant quelque chofe de probable, préfèrent des imaginations confufes & impoffibles à des penfées plus intelligibles &, finon vrayes, au moins poffibles & probables; mais c'eft l'vfage des opinions de l'Ecole 25 qui leur enforcele les yeux*.

le ne trouue rien en fa lettre touchant les Cercles de l'Eau, dont vous m'écriuez; mais il eft certain que

2 par] en. — bien omis. — ajouté après eft. — 2 3 des opi- 4 ou] &. — 6 qui] laquelle. — nions omis. — 26 leur] luy. 16-17 auffi omis après lucidum,

�� � H, î3a. CXCIX. — jo Juillet 1640. 125

ces cercles fe font beaucoup plus facilement, plus fenfiblement & autrement, en la fuperficie de l'eau, qu'ils ne fe font au dedans. Car en la fuperficie, ils fe font à caufe que, la pierre entrant dans l'eau, cette 5 eau fe haufle vn peu autour d'elle; puis, à caufe qu'elle eft plus pefante que l'air qui la touche, elle redefcend, partie dans le trou qu'a fait la pierre, & partie de l'autre cofté tout autour. Or celle-cy pouf- fant l'autre eau qui eft vn peu plus loin, la fait hauffer

10 en vn plus grand cercle, & l'eau de ce cercle fe ra- baiflant en caufe vn autre plus grand, & ainfi de fuite. De plus, l'eau qui rentre tout à coup dans le trou qu'a fait la pierre, s'y haufle derechef vn peu plus que le niueau de l'eau, puis en redefcendant commence vn

«5 fécond cercle, & ainfi il s'en fait plufieurs qui s'en- trefuiuent. Ce qui n'arriue point dans le fond de l'eau, ny dans le milieu de l'air ; mais il s'y fait d'au- tres cercles, principalement dans l'air, qui font cau- fés par la Condenfation & Raréfadion, & ce font

20 ces cercles qui caufent le fon. Car lors qu'vn cors fe meut vn peu vifte dans l'eau ou l'air, la partie de cet air dont il prend la place, ne peut luy céder fi promp- tement qu'elle ne fe condenfe quelque peu, & auflitoft après elle fe dilate pour fe remettre en fon naturel,

I après facilement] & ajouté. 14 puis] &. — ap7-ès commence]

— 2 fenfiblement] fubtilement. derechefa/'owfe. — iS-igquifont

— 4 après que] lors que ajouté. cantés omis. — 21 après ou] dans

— entrant] entre. — 8-9 tout ajouté. — 23 &] puis. — 24 à 4, autour omis après collé, ajouté p. 126, elle fe... plus loin] s'eftre après loin. — 9 d'autre. — qui condenfée, elle fe dilate dere- eft omis. — 1 1 de fuite] ce Cer- chef, & preffe l'autre Air qui eft cie s'accroift fucceffiuement. — vn | peu plus loin tout autour en

�� � 120 Correspondance. 11,232-233.

au moyen de quoy elle preiTe vn peu tout l'autre air [qui l'enuironne, & fe condenfe en forme de fphere ou fpheroide, laquelle fe dilatant auffitoft après en preiTe d'autre vn peu plus loin^ & ainfi de fuite. Et vn cors n'a pas befoin de fe mouuoir gueres loin, mais feule- 5 ment de mouuoir fort ville tant foit peu d'air pour caufer de tels cercles. D'où il eu. aifé à entendre pourquoy le fon ne fait point fenfiblement mouuoir la flamme d vne chandelle, & pourquoy plufieurs mouuemens de grands cors, mais qui ne prelTent pas 10 l'air, ny ne font fort viftes, ne caufent point de fon. Et plufieurs fons ou cercles peuuent eftre enfemble, à caufe qu'vn mefme cors eft capable de plufieurs mouuemens en mefme temps; mais neantmoins ils ne font pas fi diftinds, comme auffi l'expérience le i5 monftre.

le n'ay pas encore fait imprimer mes cinq ou lix feuilles de Metaphyfique, quoy qu'elles foient prefles il y a long-temps ^, Et ce qui m'en a empefché eft que ie ne defire point qu'elles tombent entre les 20 mains des faux Théologiens ,ny dorefnauant en celles des lefuites (auec lefquels ie preuoy que ie vais entrer en guerre) que premièrement ie les aye fait voir & approuuer par diuers Dodeurs, & fi ie puis, par le

forme de Cercle, lequel dere- 21 faux Théologiens] Miniftres.

chef fe dilatant en prelfe d'autre. — 22 lefuitesj PP. NN. —

— (3 avant mouuoir] fe ajouté. 23 avant que] iufqu'à ce ajouté.

— après vifte] , & il ne faut — premièrement omis. que ajouté. — 10 mais omis. —

a. Voir ci-avant p. 35, I. 21 ; cf. p. 102, I.4.

b. Voir ci-après la lettre à Huvgens, du 17 juillet \6^\, post-scriptum.

�� � H, Ï33-234. CXCIX. — ^o Juillet 1640. 127

Cors de la Sorbonne, Et pour ce que i'ay eu deflein de faire vn tour cet efté en France, ie me propofois d'en eflre moy-mefme le porteur, & ne les ay voulu faire imprimer que lors que ie me verrois fur le 5 poind de partir, de peur que le libraire en dérobait quelque exemplaire qu'il débitait fans mon fceu, vt fit. Mais l'efté elt defia fi auancé, que i'ay peur de ne pouuoir faire ce voyage, & en ce cas, ie vous en en- uoyeray^ dix ou douze exemplaires, ou plus, fi vous

10 iugez qu'il en foit befoin; car ie n'en feray imprimer que iultement autant qu'il en faudra pour cet effeét, & ie vous prieray d'en eltre le diltributeur & protec- teur, & de ne les mettre qu'entre les mains des Théo- logiens que vous iugerez les plus capables, les moins

i5 préoccupez des erreurs de l'Ecole, les moins interef- fez à les maintenir, & enfin les plus gens de bien, & fur qui la vérité & la gloire de Dieu ait plus de force que l'enuie & la ialoufie.

le viens à voltre troifiefme pacquet, où eltoit la let-

20 tre pour M. Schuerman, que i'ay addrelTée. Il demeure fur le cimetière du Dom, à Vtrecht, & M. Bannius de- meure en la rue de Saint-Iean,vis à vis delà Comman- derie, à Harlem.

le fuis fort fcandalifé de la velitation du P. Bour-

25 din; car il n'objede pas vn feul mot contre | ce que

6 derobaft] debitaft cependant. uantagc. — 19-23 où... Harlem

— 6 qu'il debitaft ow/s. — 6-7 W omis. — 24 fcandalifé] mécon-

fit omis. — \o après feray] pas tent. — 24-25 la... Bourdin]

ajouté. — II que... effed] da- l'écrit de N.

a. Cet envoi ne se fit que le ii et même le i8 novembre. Voir lettres CCXIV et CCXVIII ci-après. t). Voir lettre CXGVIII, p. 106-1 lo ci-avant.

�� � 1 28 Correspondance. h, 2-34.

i'ay écrit, mais il me fait dire des fottifes aufquelles ie n'ay iamais penfé, afin par après de les réfuter, qui eft vfer de mauuaife foi d'vne façon tres-honteufe pour vn particulier, & bien plus pour vn Religieux. le vous prie de me mander fi c'efl luy qui vous a 5 donné cet Ecrit pour me Fenuoyer, ou comment vous l'auez eu, & fi ce n'eft point la Préface qu'a recitée le Repondant au commencement de la Difpute. En effet, cette façon de me réfuter en fon efcole efl bonne pour me décrier à fes difciples, pendant qu'ils le croiront. 10 Mais fi ie ne meurs dans peu de temps, ie vous affure que i'auray foin de publier la vérité de fon mauuais procédé; et par prouifion ie feray bien aife qu'il foit fceu de tous ceux aufquels il vous plaira monftrer ma Réponfe. i5

Pour l'objedion de ce qu'on peut voir diuers ob- jets, & diuerfement colorez, par vn mefme trou, ie penfe l'auoir affez refoluë en ma RéponfeàM.Morin^. Et il faut remarquer que ce trou ne doit pas eftre extrê- mement petit, comme ces chercheurs de cauillations 20 le fuppofent, mais affez grand, & qu'autrement on ne pourroit gueres voir par luy qu'vne couleur. Mais ie voudrois bien qu'il nous expliquaft mieux cela par ces Efpeces Intentionnelles, ou par quelqu autre moyen

2 afin par] &. — de] il. — n'ay point dites, pour les réfuter

réfuter] réfute. — 3 vfer... façon] en prefence de fes Difciples, c'eft

vne chofe. — 4 pour les 2 fois] bien le moyen de me décrier,

en. — Religieux] Philofophe pendant qu'ils ne fçauront pas

comme luy. — 9-10 cette... mieux. — 12 mauuais omis. —

croiront] s'il prend ce chemin, 21 & qu'autrement on] ou au-

de m'attribuer des chofes que ie trement qu'on. — 28 ces] fes.

a. Voir t. II, lettre CXXVII (p. 219-220).

�� � Il, î34-î35. CXCIX. — jo Juillet 1640. 129

que ce puilTe eftre : car s'il y a là quelque difficulté, elle eft en la chofe mefme, & non en la façon dont ie l'explique, qui eft la plus claire qui puiffe eftre imagi- née; car on ne peut rien trouuer de moins matériel, ny 5 par confequent dont plufieurs puiflent mieux eftre enfemble en mefme fujet, que les diuerfes impreffions qui font receuës en vn mefme cors.

Pour ce qu'il dit : Vt Caufa ad Caufam, ita Effeéîus ad Effeéîum, ie luy accorde tres-volontiers ; mais cela

«o n'explique rien, car toute la difficulté eft icy de mon- ftrer comment les Caufes font l'vne à l'autre.

Pour ce qu'il dit que c'eft la denlité du milieu qui caufe la Refraftion, cela peut eftre manifeftement conuaincu de fauiTeté, pource que la refradion des

"5 rayons de lumière fe fait dans l'eau ver/us perpendi- cularem, & celle des baies ou autres corps s'y fait à perpendiculari ; de façon que la mefme | denfité auroit, à ce conte, deux effets du tout contraires.

Pour voftre objection, pourquoy le mobile qui va

20 d'A vers B ne retourne pas de B vers A, ie répons qu'il ne peut iamais toucher B en vn poind in- diuifible , mais toufiours in parte - ^ inadœquatè fumpta, fur laquelle il

«5 appuyé autrement à angles inégaux qu'à angles droits. Et il ne peut auffi glifl'er de B vers E, car la force dont il appuyé fur B le fait remonter vers F. Mais

3-4quî... peut] à caufe qu'il eft lumière] qui entrca/o«/e. — dans

impoffible de. — 6 en un mefme. l'eau fe fait. — 16 d'vne baie. —

— lo-ii de monftrer icy. — ou autres corps ow/s. — 27 furie

14 pource] parce. — 14-15 des poind B. rayons] d'vn rayon. — i5 après

CORRSSPONOANCE. !IL I7

��� � 120 Correspondance. 11,235.

pouf fçauoir combien il remonte, cela fe conclud de ce qu'il doit faire tant de chemin en gênerai dans tel temps, & tant en particulier vers la main droite dans le mefme temps; & c'efl; ce que i'ay écrit en ma Dioptrique. 5

Pour l'Ingénieur de race dont vous écriuez, i'en voudrois voir les effets pour en croire les propoii- tions. On peut bien faire tenir vn cors en l'air quelque temps, mais non pas l'y faire demeurer ferme, s'il n' eft re.tenu par en bas ; comme le fer qui fe tiendra 10 fufpendu à la prefence d'vn feul Ayman, fans courir iufques à luy, fera fans doute retenu auec vn fimple fil de foye fi délié & fi hors du iour qu'il ne pourra eflre aperçu, ce qui n'eft qu'vne inuention puérile; mais pour les oyfeaux, ils battent l'air plus ou moins, i5 félon qu'ils en ont befoin pour s'arrefter ou s'auancer, ce qui ne peut eilre imité par vne machine faite de main d'homme*.

Vous nommez le Sel, l'Huile & le Souffre, pour les Principes des Chimifles ; où vous mettez l'Huile au 20 lieu du Mercure, car ils prennent l'Huile & le Souffre pour mefme chofe, comme aufîi l'Eau & le Mercure. Or ces Principes ne font rien qu'vne fauffe ima- gination, fondée fur ce qu'en leurs diftillations, ils

3 dans vn tel. — 6 m'écriuez. tion omis. — 16 qu'ils en ont]

— i'en] ie. — 9 l'y faire] qu'il qu'il en eft. — ou s'auancer] y puiffe. — 10 avant retenu] en mefme lieu. — 17 vne] au- au moins ajouté. — 12 avant cune. — 22 avant mefme] vne fera] il ajouté. — 14 aperçu] vu. ajouté.

— n'eft] eft. — qu'vne inuen-

a. Dtoptrique, p. 14-16.

�� � 10

��20

��II, a35-j36. CXCIX. jO JuiLLET 164O. I J I

tirent des eaux, qui font toutes les parties plus glif- fantes & pliantes des cors dont ils les tirent, & ils les rapportent au Mercure. Ils en tirent auffi des huiles, dont les parties font en forme de branches, affez dé- liées & pliantes pour pouuoir eftre feparées, & ils les rapportent au | Souffre; et ils raportent au Sel les par- ties plus déliées de ce qui refte, qui fe peuuent mêler & comme incorporer auec l'eau; puis enfin les parties plus grofïïeres, qui demeurent, font leur Caput mor- tuum, ou Terra damnata, qu'ils ne content que comme vne chofe inutile. Au refte, ie ne conçoy point ces parties indiuifibles ny autrement différentes en- tr'elles, que par la diuerfité de leurs figures,

(i) le viens à voftre dernière du quinziefme Juillet, où vous me menacez de m'enuoyer quelqu'écrit du Geoftaticien ^3 ce que ie vous prie de ne point faire : car ie fuis affuré que tout ce qui vient de luy ne peut rien valoir, & ie ne voudrois pas feulement voir ce qu'il écrit contre moy.

(2) le conçoy que la Matière fubtile tourne par tout à peu prés de mefme vitefle, & d'Occident vers l'O- rient, & plus vifte que la Terre ny la Lune, qui font

��I avant plus] les ajouté. —

4 dont] qui font. — font omis.

— apa7it affez] qui font ajouté. —

5 & pliantes omis. — 6 ils rapor- tent au Sel omis. — 8 après eau] ils les rapportent au fel ajouté.

— lo-ii que... inutile] point. — 14, 20 et 7, p. i32, Les numé- ros I, 2, 3, qui fgurent dans

��Clers., ont été barrés dans l'exem- plaire de l'Institut, parce qu'ils manquaient sans doute dans l'au- tographe. C'est pourquoi nous les avons mis entre parenthèses. — 1 6 Geoftaticien] Géomètre qui a écrit contre Monfieur des Ar- gues. — 18 voudrois] defire. — 19 écrit] écrira.

��a. Jean de Beaugrand. Voir ci-après lettre CCX, (Clers., II, 256).

�� � lU

��J

��Correspondance.

��II, a36-337.

��foûtenuës par elle, ainfi que les oyfeaux par l'air. Sa neceffité fe proiiue aifément par cela feul que non da- tur vacuum, & qu'il y a des pores dans les corps durs par où l'air ne peut paffer; car de quoy ces pores peuuent-ils eftre remplis, que de quelque matière plus fubtile que l'air?

(j) La largeur de tout vn Tuyau ne fe doit mefurer que par l'endroit le plus étroit, principalement fi cet endroit plus étroit eft fa fortie ; ny fa hauteur, que depuis la fuperficie de l'eau qu'il contient, iufques au niueau de l'endroit par où elle fort. Comme, ii l'ouuer-

ture C du tuyau ABC n'eft pas plus large que E, celle du tuyau DE, & que les deux lignes AD & CE foient parallèles à l'Ho- rifon, encore que tout le relie de l'vn de ces tuyaux foit plus large, pouruû qu'aucun endroit de l'autre ne foit plus étroit, & qu'on les fuppofe toufiours également pleins, ils ne ietteront pas plus d'eau l'vn que l'autre en mefme temps. Mais i'ay icy deux chofes dont ie doute, & qui peuuent aifément eflre expérimentées : l'vne, fçauoir fi l'eau ne s'écoulera point plus vifte par le trou E du tuyau ou vaiffeau F E, lors qu'elle defcend de haut en bas, que lors | qu'elle eft détournée vers en haut par le

���1-6 Sa. . . l'air ? omis — i8 pouruû] &. — 19 étroit] large. — 19-20 &... pleins] pourueu qu'il ne foit pas aufli plus étroit. — 21 pas] point. — 22 après temps,] pourueu qu'on

��les fuppofe toufiours pleins. — 25 ou vaiffeau omis. — après FE,] ou autre vaiffeau ajouté. — defcend] coule perpendicu- lairement. — 26 après le] moyen du ajouté.

��ic

��i5

��20

��25

�� � lO

��-§

^

��ii,23j. CXCIX. — ^0 Juillet 1640. ijj

robinet E G, que ie fuppofe par tout vn peu plus large

que ce trou E, à caufe que cette largeur ne change

rien, au lieu que, s'il eftoit

tant foit peu plus étroit, cela

empécheroit l'expérience; et

ie fuppofe auiTi fon ouuerture

G eftre exadement à mefme

hauteur ou niueau que le trou

E.* L'autre ell : fçauoirfi l'eau

contenue dans le vaiiTeau H s'écoulera également vifte

par les deux tuyaux IK & MN, entre lefquels ie ne

��H

��'%^'

����i5

��20

��fuppofe autre diflference, finon que l'endroit le plus étroit de l'vn eft en I, & celuy de l'autre eft en N, & ces deux ouuertures I & N font égales.

le croy qu'il y a grande diflference entre l'eau qui coule par vn lieu penchant, fans eftre enfermée, & celle qui eft enfermée dans vn tuyau, & aufli entre la defcente d'vne boule. Car, par exemple, fi les tuyaux ABDE & BCFG, mis entre les parallèles AC&DG, ont leurs ouuertures, ou bazes, égales & femblables.

��2 cette] fa trop grande. — 3 au lieu que] &. — 4 tant foit peu omis. — 5 empécheroit

��l'ex-

��périence] changeroit beaucoup. — 10 vaiffeau] tuyau. — 20 ont] ou entre.

�� � encore que le plus long ſoit plus étroit que l’autre, a cauſe que la perpendiculaire HP eſt plus courte que D E, ie croy que ces deux tuyaux ne ietteront pas plus d’eau l’vn que l’autre. Mais, en l’air libre, l’eau couleroit moins viſte par la pente B F que par la perpendiculaire BE, & non pas toutesfois de tant moins qu’vne boule iroit moins viſte de B en F que de B en E, dont les raiſons ſeroient trop longues à mettre icy.

Pour les riuieres, ſi leur lit eſtoit par tout égal, ie ne crois point qu’elles duſſent couler moins viſte au fond qu’en leur ſuperficie. Mais pource qu’elles font ordinairement plus profondes en vn lieu qu’en l’autre, il eſt certain qu’où elles font plus profondes, elles doiuent aller plus lentement au fond qu’au deſſus, à cauſe que l’eau du fond y eſt arreſté ainſi que dans vne foſſe. Et ie ne croy point auſſi qu’on puiſſe iuger de leur pente par l’inégalité de leur viteſſe, mais ſeulement en la meſurant auec vn niueau.

Ie voy bien que ie ne me fuis pas aſſez expliqué en vous diſant ce que ie prens pour la Peſanteur, que ie dis venir de ce que la Matière ſubtile, tournant fort

1-3 l’autre… DE] le plus ietteront autant. — iG crois] court. — 3-5 que… plus] qu’ils vois.

a. La ligne HI est à mener, sur la figure, perpendiculaire entre BF et CG. Il, J38-2Î9 CXCIX. — 30 Juillet 1640. 1^5

vifle autour de la Terre, chaffe les Cors Terreflres vers le Centre de fon Mouuement, ainfi que vous pourrez expérimenter en faifant tourner de l'eau en rond en quelque grand vaiffeau, & iettant dedans de

5 petits morceaux de bois; vous verrez que ces petits bois iront s'alTembler vers le milieu du cercle que fait l'eau, & s'y fouftiendront comme fait la Terre au mi- lieu de la Matière fubtile, ce qui n'a rien du tout de commun auec la Lumière. Mais ie ne puis expliquer

10 exadement l'vn & Tautre dans vne lettre.

Tous les Cors eilant de mefme matière, deux par- ties de cette matière, de mefme grofleur & figure, ne peuuent eftre plus pefantes l'vne que l'autre ; de façon que, fi on pouuoit feparer de l'Or des parties qui

1 5 ne fuffent pas plus grofjfes ny d'autre figure que celles de l'air, elles ne feroient en rien plus pefantes. Mais pour les feuilles d'or battu qui volent en l'air^ cela ne vient que de leur figure ; car elles ne laiiTent pas d'eftre plus pefantes, & dans vn air où il n'y auroit

20 point du tout de vent, elles defcendroient peu à peu; et ce qui les empefcheroit d'aller vifte, eft que la

feuille ABC, par exemple, ne ^

peut tant foit peu defcendre, que ^â |

1 air qui elt deiious, vers B, n aille

2 5 iufques à A ou C, pour en fortir, ce qu'il ne peut faire

4 de] quelques, — 5-6 que. . . parties] vne partie. — 1 5 fuffentj

bois] qu'ils. — 6 s'affembler fuit. — greffes] grande. — i5-

omis. — du cercle que fait] de. i6 ny . . . pefantes] qu'vne partie

— 7 fait omis. — après Terre] d'Air, elle ne peferoit pas da-

fe fouftient ajouté. — 14 on] uantage, — 25 iufques à] vers,

l'on. — feparer] tirer. — des — après ou] vers ajouté.

�� � ij6 Correspondance. u, aSg.

en peu de temps, s'il n'efloit plus prefle qu'il n'eft, à caufe qu'il y a trop de chemin. Mais dans l'air ordi- naire, qui eft toufiours mû par le vent, ces feuilles font aifément emportées en haut auec l'air qui les enui- ronne, lors qu'il monte plus vifle qu'elles ne peuuent defcendre.

le ne croy point qu'il foit befoin de tant de plis dans le cerueau pour la mémoire^. Mais on me dit que le meflager part, c'eft pourquoy ie n'ay pas loifir d'acheuer. le fuis,

Mon R. P.,

Voftre très humble & très aflfedionné feruiteur, descartes.

Du jo luillet 1640.

Page 121, 1. 5. — On lit, p. 106-107 ^^ recueil intitulé Sorberiana (Tolosae, Colomyez et Posuël, 1691) :

« Petrus Forestus, Alcmarianus, Medicus Delphensis, Observationum » et Curationum Medicinalium ac Chirurgicarum scripsit libros XLI. De » incerto ac fallaci urinarum judicio lib. III. Quae omnia in une spissx » molis volumine édita extant Francofurti i623; obiit, ut ex literis adjecti » Epigramnaatis colligitur, anno 1592. Non ineleganti usas, me Hercle, » stilo,quamvis vir magnus Latinitatcm suam cxcuset,hoc Manilii versu :

» Ornari res ipsa negal, contenta doceri.

» Non puto Medicum operibus hisce honestè carere posse, cùm nullus » ferè sit morbus in quo vir ille solertiam suam non exercuerit, faciem » vero vel peritioribus praebuerit. {lire : facem. . . praeluxerit?) »

I s'il n'eft fort preffé. — 2 trop] à p. 240, 1. 4), qui appartien-

beaucoup. — 7-1416... 1640. nent à la lettre suivante du 6 août

omis. Clers. donne ici deux 1640 (p. 243 et 244). Vient

fragments : C'eft vn abus... di- ensuite l'alinéa : Pour répondre

uers temps. Puis : Pour l'Ay- au billet (p. 240), qui est la let-

man. . . parraifon(p. 289, I. 16, tre CXCIXbis ci-après.

a. Voir ci-avant p. 84, 1. iq.

�� � CXCIX. — jo Juillet 1640. ijj

Page 122, L 2. — Les Lettres MSS. à Mersenne (Bibl. Nat., fr. n. a. 6205, f. 365-436 et 3o8-359, ou p. 657-821 et 822-915) ne contiennent pas moins de 44 lettres d'un certain Villiers, médecin de Sens, qui, à plu- sieurs reprises, fait mention de Descartes et de sa doctrine. Nous avons déjà vu (lettre CLXXXIII, p. 21 ci-avant, éclaircissement] et nous verrons encore (lettre CCX ci-après, Clers., II, 25g-26o), que Mersenne envoyait, comme ici, au philosophe des extraits ou même des lettres entières de ce médecin Villiers.

Page 12 3, 1. 4. — Réponse à ce passage d'une lettre de Villiers à Mer- senne, Sens [26 mars 1640 ?], communiquée à Descaries :

« Et a l'esgard de la glande conarion, que l'on veut mettre en auant pour I) estre cette partie ou l'ame exerce ses principales fonctions, i'en dis de » mesme que de toute la substance du cerueau, puisque c'en est une par- is ticule. Mais encor plus ie dis qu'icelle pouuant estre plus souuent I) altérée qu'aulcune autre du cerueau, elle ne doit estre cette partye de » question plus qu'un(e) autre, veu qu'a la 1" maladie d'icelle, aussy 1) les susdites opérations pourroient souffrir de trop fréquents change- » ments, ce que l'on ne voit pas. » {Bibl. Nat., MS. fr. n. a, 62o5, f" 347, verso, p. 891.)

Cette même lettre de Villiers avait été aussi communiquée à Meys- sonnier, qui répond là-dessus à Mersenne, de Lyon, le 3i may (?) 1640 :

«... Commençant par cest aueu que nous ne pouuons dire et expliquer » comment l'ame est iointe si intimement a nostre corps, comment elle y » exerce ses fonctions (nostre raison estant aueugle), il suit par des opi- » nions des Arabes, de Galen et de Campanella, qu'il réfute aussi foible- » ment qu'il les allègue inutilement, ...pour conclure par son sentiment » (qu'il tire de la philosophie desraisonnable de Paracelse, duquel les » reueries ont esté quintessentiees inutilement en d'autres galimatias par » Seuerinus Danus, hors toute confirmation d'vne expérience sensible), » pour conclure, dis-ie, que ce n'est point le conarion qui est le prin- » cipal instrument de l'ame pour faire ses principales fonctions, mais » bien l'esprit fixe, etc., et que nous ne sçauons comment...» {Bibl. Nat , MS. fr. n. a. 62o5, f. 61, p. i23.)

Page 124, 1. 26. — Villiers raconte ainsi à Mersenne quelles ont été ses études :

Lettre écrite de Sens, le 24 nov. (1639 ?) :

« ... Et pour le regard des formes, ie ne pense pas que M. des Cartes » s'en puisse passer. l'ay bien ouy parler, estant au collège des Grassins, » il y a 24 {lire 14 ?) ans ou enuiron, que Philosophus miles les vouloit » oster auec quelques Chymiques, admettant pourtant l'ame rationelle i> pour forme du corps humain. Mais il n'y succéda pas. M. des Cartes I) aura peut estre plus de succès, estant un bien autre esprit que le sus- » dict. » {Bibl. Nat., fr. n. a. 62o5, f. ?22, p. 85 1.)

CoRRKSrONDANCE. lU. |8

�� � .,8

��Correspondance.

��Ce Philosophus miles était Anthoine Villon, condamné par arrêt du Parlement, le 4 sept. 1624, avec Estienne de Claves, médecin-chimiste, et Jean Bitault.

Et lettre du lef février 1641 :

« Vous estes celuy seul qui sçachez ce que ie pense des choses de la » philosophie,quoyqueie ne quitte pas l'ancienne, que i'ay plus tost aprise » tellement quellement par ma lecture que par aucun maitre. lugez par la » ce que peut l'esprit de l'homme en un autre mieux fait que le mien et » mieux instruit de maîtres. Nec vana loqiior ; en effect, de maîtres, ie ne » tiens que un peu de latin aux basses classes, et les 6 i" liures d'Euclide, » au tems que ie deuois estudier en philosophie a Paris. Et pour la mede- » cine, qui m'a plus retenu, ie ne pris iamais aucune leçon aux escholes. » C'est tout le procédé de mes estudes, tellement que d'oser entreprendre » une nouuelle philosophie, comme vous me persuadez par vos congratu- » lations plus fauorables, ce seroit entièrement abuser de la science.. . » {Bibl. Nat., MS. fr. n. a. 62o5, f. 417, p. 762.)

Page i3o, 1. 18. — Mersenne était-il revenu sur une question, posée dans une ancienne lettre de Villiers, datée de Sens, le 3 mars 1634 :

« A la première question, ie dirois que l'homme peut voler en quelque » façon, et non pas simplement... Un ingénieur a Troye, il y a bien » trente ans, bien duit a la volerie et au maniement des aisles, voulant se » faire admirer en la pratique de cet art, monta sur la tour de S' Pierre, i> haute comme celle de S' Paul de Paris, ou plus, vola par dessus la ville » de Troye iusques a un quart de lieue, ou peu moins, et cessa de voler a » un pré qui a depuis retenu le nom de cet ingénieur. » [Bibl. Nat., MS. fr. n. a. 62o5, f, 334, p. 864.)

��CXCIX bù.

Descartes a Mersenne.

[Leyde, 3o juillet 1640.] Autographe, Bibliothèque de l'Institut.

Clerselier (t. II, lettre 240, p. 40-242), a joint ce billet à la lettre précédente avec une phrase de raccord, qui se trouvait peut-être dans la minute. Un passage de la lettre suivante, du 6 août (ci-après p. I4J, l. 6-8), prouve qu'il a bien été envoyé huit jours avant, c'est-à-dire le 3o juillet, en même temps que la lettre CXCIX. —

�� � 11,240. CXCIX bis. — ^o Juillet 1640. 139

L'autographe porte, au bas et à gauche de la première page, le nu- méro 6; c'était la 6^ pièce d'un classement primitif, qui devint la j8' de la collection La Hire [voir ci-après lettre CC, p. 147, note a; cf. notre Introduction, t. I, p. li-liii et p. u.x).

La raifon qui m'a fait iuger que quelques vnes des plus pénétrantes parties du fang font portées dans l'eftomac & les inteflins par les artères, pour ayder a la difTolution des viandes, eft que i'ay remarqué que 5 la faliue, qui vient en grande abondance dans la bou- che, quand on mange ou feulement quand on en a le defir & l'imagination fort prefente, n'y vient pas feu- lement des amandes qui font a l'entrée de la gorge (d'où peuteftre elle ne va que vers le gofier, fi ce n'eft

10 qu'on l'attire dans la bouche auec les mufcles de la langue), mais des artères qui defcendent aux gen- ciues; car i'en ay fait l'expérience très claire. Et ie n ay pu douter que ce ne fuft le mefme des artères qui fe rendent aux inteilins & au ventricule, vu qu'on voit

1 5 que les purgatifs font defcendre quantité d'humeurs de tout le cors par les inteflins, & qu'il n'y a point d'autres voyes que ie fçache, pour ces humeurs, que les artères. Car pour les venes, elles ont mille valuules qui en empefchent, comme on peut efprouuer, en liant

20 les vnes & les autres dans le mefentaire d'vn chien viuant ; car on verra que les artères fe defenfleront entre les inteflins & le lien, & non au delà, & que les venes, laélées & autres, feront le contraire. Or ces parties du fang qui entrent ainfy dans l'eflomac, n'en

I Clers. commence ainsi : Pour ques-vns de vos Médecins, ie répondre au billet que vous m'a- vous diray icy en peu de mots, uez enuoyé de la part de quel- que la raifon etc. — 3 &dans les.

�� � 14^ Correspondance. ii, 240-341.

doiuent point retenir la couleur rouge, non plus que la faliue (qui ayde aufly dans la bouche a la diffolu- tion des viandes qu'on mafche), ny les larmes, ny la fueur &c., qui fe feparent du fang en mefme façon, en pafTant par les extremitez des artères, a caufe que 5 cete rougeur dépend des plus gluantes de fes parties, lefquelles ie croy auoir des figures fort irregulieres & eflre comme des branches qui, s'entrelaçant les vnes dans les autres^ ne peuuent pafler par | des trous û eftroits, mais bien"" les plus pénétrantes, que ie con- 10 çoy comme de petites anguilles qui fe gliffent par les plus petits trous. Et l'expérience monftre affez la fa- cilité de leur feparation dans le fang tiré des veines; car on void que la ferofité s'en fepare d'elle mefme & demeure toute claire, pendant que le refle, qui eft Is rouge ou noir, fe congelé.

Pour la caufe qui fait entrer le chyle dans les ve- nes, ie ne croy point qu'elle foit autre que la mefme qui fait fortir les boyaux du ventre, quand il eil percé d'vn coup d'efpée, c'efl a dire, que la preffion des 20 peaux ou autres parties qui les contienent. Outre que les plus coulantes parties de ce chyle y peuuent paffer fans cete preffion, par leur feule pefanteur, ainfy que l'eau fort du lait caillé par les trous d'vne faiffelle, & aufly par leur agitation naturelle; car ie 2 5 conçoy que chafque petite partie des liqueurs efl en continuel mouuement. Et enfin l'adion des mufcles y ayde beaucoup, en ce qu'elle fait que les parties

25 faiffelle] Vaiflelle.

a. Au lieu de mais bien, Descartes avait d'abord écrit, puis barré, que.

�� � II, a4'-î4»- CXCIX bis. — 50 Juillet 1640. 141

du chylè vienent vis a vis des trous par ou elles peu- uent entrer dans les venes, tant les laftees que les autres ; car ie ne mets point de différence entre elles, finon que le fuc eft blanc dans ladées, a caufe 5 qu'elles n'ont point d'artères qui les accompagne, & rouge dans les autres, a caufe qu'il s'y mefle auec le fang qui vient des artères. Or ie conte icy entre les mufcles, non feulement tous ceux du ventre & de la poitrine, & le diaphragme, mais auffy prefque tout

10 le cors des inteftins & du ventricule ; eti'ay remarqué, dans les chiens ouuerts tous vifs, que leurs boyaux ont vn mouuement réglé quafi comme celuy de la ref- piration.

Au refte, ce mouuement des mufcles n'eft point

i5 icy entièrement neceffaire, comme il eft neceflàire de mouuoir vn crible pour en faire fortir la poudre, a caùfe que les parties du chyle fe meuuent defia d'elles mefmes, ce que ne font pas les parties de la poudre. Mais la comparaifon de ce crible me femble

20 fort propre pour faire entendre les diuerfes fepara- tions du fang qui fe font dans le referuoir de la bile, dans les reins & autres endroits (d'où i'excepte la rate, a caufe que ie ne croy pas que rhu|meur melan- cholique y viene par feparation, mais plutoft que le

25 fang y prend cete qualité) ; car on fait des cribles par ou il ne pafTe que la pouffiere & les grains rons, d'au- tres par ou l'auene peut paffer & non le feigle, d'autres, au contraire, par ou le feigle pafle & non l'auene &c., félon la grandeur ou figure de leurs trous. A l'exem-

3o pie de quoy, ie m'imagine que les petits paflages, par

4 les laftées. — 5 accompagnent. — 27 et 28 : l'auoine.

�� � 142 Correspondance. h, a4».

ou la bile entre en fon referuoir, font faits d'autre figure que ceux par ou pafîe la ferofité dans les reins &c.

Et pour le pus, quand il s'en remarque dans Tyrine, il ne vient ordinairement que des reins ou de plus 5 bas ; et s'il vient iamais de plus haut, on peut con- noiftre de cela mefme, qu'il eft compofé de parties plus pénétrantes que celles qui rendent le fang rouge, vu qu'elles paffent par vn lieu par ou celles cy ne peuuent pafTer. Car quelle faculté fçauroit on imagi- 10 ner, qui eufl la force d'empefcher le fang de couler par des ouuertures qui feroient affez grandes pour le receuoir ?

��ce.

Descartes a Mersenne.

Leyde, 6 août 1640. Autographe, Bibliothèque V. Cousin, n» 18.

Variantes de Clerselier, t. II, lettre 41, p. 242-245 ; il a imprime deux fragments de cette lettre (ci-après p. 148, l. 14 à p. 144, l, 3, et p. 146, L i3 à p. 14^, l. S) dans la lettre précédente (voir p. i36, l. 7, variantes^, et donné une fin beaucoup plus courte et incomplète. Cette lettre était la 32' de la collection La Hire, n° (26) du classe' ment de dom Poirier,

Mon Reuerend Père, le pris mon tems fi court pour vous efcrire, il y a i5

10 fçauroit] pourroit. — 1 3 après ftre tres-humble, & tres-obeïflant receuoir] le fuis, M. R; P., Vo- feruiteur, descartes, ajouté.

�� � 10

��i5

��20

��11,241-243,239. ce. — 6 Août 1640. 143

8 iours, que ie n'eu pas loyfir de refpondre a tous les poins de voftre dernière, & i'en demeuray au neu- fiefme, qui eft touchant les plis de la mémoire^, lef- quels ie ne croy point deuoir eftre en fort grand nom- bre pour feruir a toutes nos | fouuenances, à caufe qu'vn mefme pli fe rapporte a toutes les chofes qui fe reflemblent, & qu'outre la mémoire corporelle, dont les impreffions peuuent eflre expliquées par ces plis du cerueau, ie iuge qu'il y a encore en noftre enten- dement vne autre forte de mémoire, qui eft tout a fait fpirituelle, & ne fe trouue point dans les beftes ; & que c'eft d'elle principalement que nous nous feruons.

I Au relie, c'eft abus de croyre que nous nous fou- uenons le mieux de ce que nous auons fait en ieu- neffe, car nous auons fait alors vne infinité de chofes dont nous ne nous fouuenons plus du tout ; & pour celles dont nous nous fouuenons, ce n'eft pas feule- ment a caufe des impreffions que nous en auons receuës en ieuneffe, mais principalement a caufe que

��I : 8] huit. — le loifir. — 3 qui. . . les] où vous parlez des. — 5 nos fouuenances] les chofes |dont nous nous pouuons fou- uenir. — 6 fe rapporte] fert. — 8 impreffions] images. — expli- quées] reprefentées. — 9 iuge] trouue. — lo-ii eft... &] ne dépend point des organes du Cors, & qui. — 12 que omis.

��— principalement] particuliè- rement. — 14 a 3, p. 144, omis p. 2 43, se retrouve dans la lettre précédente, p. 23g. Voir ci-avant p. i36, l. 7, variantes. — 14 Au refte omis. — vn abus. — i5 le omis. — 16 après- ieuneffe,] que de ce que nous auons f^it depuis ajouté. — 16 alors] en ce temps-là.

��a. Voir ci-avant p. 84, 1. 19.

b. Autog. : images, barré, puis impressions récrit au-dessus.

�� � 144

��Correspondance.

��II, ï39, 343-244.

��nous les auons répétées depuis & en auons renou- uellé les impreffions, en nous en refouuenant a diuers tems.

|Pour le flus de la mer, quoy qu'il dépende entière- ment de mon Monde, & que ie ne le puiffe gueres bien expliquer feparement, toutefois a caufe que ie ne vous puis rien refufer, ie tafcheray icy d'en dire

���O

��groffierement quelque chofe. Soit T la terre, £FGH l'eau qui l'enuironne, L la lune, A BC D le ciel, que ie conçoy comme vne liqueur qui tourne continuelle- 10 ment au|tour de la terre, en forte qu'il n'y a rien du

��I depuis & en auons] &. — 1-2 renouuellé les impreffions] renouuelées depuis. — 5 après entièrement] de la fuitte ajouté.

��— gueres omis. — 7 d'en dire icy. — 8 et sniv. LettresE, F, G, H minusc. sur l'autog. — 9 l'enui- ronne] eftau-deflusdecette Terre.

�� � 11,244. ce. — 6 Août 1640. 145

tout qui foutiene cete terre au lieu ou elle eft, finon le mouuement circulaire de cete liqueur, lequel la re- tiendroit toufiours exactement dans le centre de ce ciel, il la lune n'empefchoit point ; car la mefme ma- 5 tiere qui pafle vers B^ paflant auffy vers C, & vers D. auroit befoin d'autant d efpace d'vn coflé de la terre que de l'autre, & ainfy la prefleroit également de tous coilez. Mais la lune fe trouuant dans ce ciel vers fa fuperficie, par exemple, au point L, & ne tournant pas

10 li vifte que luy, elle eft caufe que la matière de ce ciel prefle vn peu dauantage la terre vers E que vers F ny vers H, au moyen dequoy cete terre fort quelque peu du centre du ciel & s'approche vers N ; ce qui fait que l'eau, qui eft vers E & vers G, eft auffy vn peu pref-

i5 fée & plus abaiffée que celle qui eft vers F ou vers H. Or a caufe que la terre tourne en 24 heures autour de fon centre, le mefme endroit de cete terre qui eft maintenant au point E, ou il y a baffe marée, fera dans 6 heures au point F, ou il y a haute marée, & dans

20 12 heures au point G, ou il y a derechef baffe marée. Et de plus, a caufe que la lune fait auffy le mefme tour prefque en jo iours, il faut rabatre enuiron -^ d'vne heure de chafque marée, en forte que l'eau n'employé a chafque fois a monter & a defcendre que 1 1 .-|- heures.

I la ajouté avant foutiene, et fix. — 20 : 12] douze. — 22 : 3o]

cete terre omis après. — finon] trente. — rabatre] adjoûter. —

que. — 4 ne l'empefchoit. — |] deux cinquiefmes parties. —

8 après Mais] fi ajouté. — 10 23 de] à. — 28-24 que... defcen-

dece] du. — 14 vers E & omis. dre] qu'elle employé enuiron

— i4-ibp\{is ajouté auant prêt- douze heures & vingt-quatre

fée, et omis avant abaiffée. — minute.sàmonter& à defcendre]

16 : 24] vingt-quatre. — 19 : 6] en chaque Heu.

Correspondance. III. 19

�� � 146 Correspondance. 11,244,239.

Outre cela, ie trouue, en mon Monde, que le ciel LMNO ne doit pas eflre exaélement rond, mais vn peu en ouale, & que la lune fe trouue dans le plus petit diamètre de cete ouale, lorfqu elle eft pleine ou nouuelle, ce qui eft caufe que les marées font plus 5 grandes alors qu'aux autres tems. Pour les autres particularitez qu'on remarque au flux & reflus, il ne dépend que des diuerlitez des coftes ou elles fe re- marquent. Aurefte,ie ne ferois pas bien ayfe que cecy fuft publié ny fceu de plufîeurs, a caufe que c'eft vne 10 partie de mon Monde, & que s'il voit iamais le iour, il eft bon que la grâce de la nouueauté n'en foit pas oftée. jPour l'aymant qu'on a vu en Angleterre, qui tire de 10 pieds loing les efpées hors du fourreau, ie croy

c qu'il y a vn peu de fable. i5

Et pour le mouuement de la chorde d'vn arc qui fe débande, ie ne doute point qu'il ne foit en fa plus grande vitefle, lorfqu'elle 20 arriue au point E, & qu'il ne commence a diminuer, lorfqu'elle va d'E vers C. Mais ie ne fçay pas s'il n'y

���I en mon Monde omis. — 2 ne doit pas eltre] n'eft pas,

— 3 apt-ès lune] eftant Pleine, ou Nouuelle, ajouté. — 4-5 lorf- qu'elle... nouuelle omis. — 6- 9 Pour... remarquent, omis.

— 1 1 fi iamais il voit. — 12 n'en... oftée] s'}' trouue en- "-^re. — i3 à 3, p. 147, Pour... railon. omis par Clers.,jp. 244, se retrouve dam la lettre précé-

��dente, p. 23g [voir p. i36 ci^ avant, l. 7, variantes). — 14 de 10 pieds loing omis. — hors du] d'vn. — après fourreau] de dix piez ajouté. — i5 après fable] parmy ajouté; — 16 Et pour le mouuement] Pour la viteffe. — 19^^21 qu'il] qu'elle.

— 20-21 lorfqu'elle arriue oww.

— 23 lorfqu'elle va] en allant.

�� � Il, i39-J40, 244-245.

��ce. — 6 Août 1640.

��i5

��20

��147

a point quelque endroit ) entre E & D, comme vers 2, ou il commence a eftre en fa plus grande vitelTe, en forte qu il n'augmente ny ne diminue, depuis 2 iuf- ques à E. Car cela eft vne queftion de fait, & qui ne

5 peut élire déterminée par raifon.

I le ne fçay quelle refponfe ie fis dernièrement au billet de M" vos Médecins^, car ie la fis fi a la halle que ie | n'eus pas le tems de la reuoir; mais vous m'obligerez, s'il vous plaill, lors que vous m'enuoye-

rez ainfy quelque efcrit, de m'apprendre plus parti- culièrement les noms & qualitez de ceux qui vous l'auront donné, affin que ie fçache mieux de quelle façon i'auray a me comporter en leur refpondant. Et quoy que s'en foit,iefçauray toufiours bon gré a ceux qui s'adrelferont a moy, pour auoir efclaircilTement de ce que i'ay efcrit, & ie tafcheray de leur fatisfaire. Mais pour ceux qui tafchent de perfuader a leurs au- diteurs que i'ay efcrit des chofes qu'ils fçauent bien que ie n'ay iamais efcrites, & après les réfutent comme mienes, ie tafcheray de faire que leur mauuaife vo- lonté ne foit ignorée de perfonne.

��2 et 3 il] elle. — 4 qui omis. — 5 déterminé. — 7 M"] Mef- fieurs. — II-I2 les... donné] quelles perfonnes ce font, & leurs noms. — i3 i'auray à me] ie me dois. — Et... jusqu'à la Jîn] Et pour l'Autheurde ce Bil- let, ie croy luy auoir de l'obliga- tion de ce qu'il s'adrefle à moy,

��pour auoir éclairciffement de ce que i'ay écrit : car cette procé- dure eft bien plus honnefte & plus iufte que celle de N. (du P. Bourdin, Inst.), qui a tâché de perfuader à fes Auditeurs que i'ay écrit des chofes auf- quellesie n'ay iamais penfé, afin de les pouuoir réfuter. le fuis.

��a. « Cf. p. 240. La 78» des MSS, de M. de la Hire » [Note de l'exem- plaire de rinstitut), c'est-à-dire la lettre CXCIX bis, p. i38 ci-avant,

b. Sic pour c'en.

�� � 148 Correspondance.

Le papier que vous trouuerez auec cete lettre con- tient le fuiet d'vne gageure^ dont M"^ Riuet vous auoit efcrit, & c'eft Golius qui m'a prié de vous l'enuoyer, fur ce qu'il a eu auis que ce badin, qui a perdu, fait tranllater quelque efcrit en françois'^ pour le faire im- 5 primer & en demander le iugement des Mathémati- ciens de Paris. Et pource qu'il eft extrêmement men- teur & impudent, il y mettra fans doute toute autre chofe que ce dont il eft queftion ; car c'eft fa façon ordinaire, & il a toufiours bien fceu que fon fait ne 10 valoit rien ; mefme peuteftre qu'il y mettra la règle donnée par fon aduerfaire,ou quelque autre trouuée a fon imitation, en la place de la iiene, affin que, s'il peut feulement tirer de quelques vns cete confeffion que la règle qu'il leur aura enuoyée eft bonne, il s'en puifle i5 icy preualoir, pour faire croyre que les ProfefTeurs de Leyde ont mal iugé'*. C'eft pourquoy ie vous enuoye icy fa fotte règle tout du long*, fans qu'on en ait omis ou changé vn feul mot, et pour laquelle feule a efté toute la gageure ; & ie vous enuoye auify celle de fa 20 partie*, tant affin qu'on voye s'il ne s'en fera point ferui pour corriger la fiene, comme auffy a caufe que rinuention en eft nouuelle, & qu'il ne s'en trouue point de complète pour mefme fuiet dans aucun liure, bien que plufieurs ayent tafché d'en donner. le vous 25 prie donc, fi vous apprenez que ce badin ait enuoye quelque efcrit aux Mathématiciens de voftre connoif-

a. Voir ci-avant p. i6, éclaircissement sut p. 6, ]. i5.

b. Voir ci-avant p. 88, 1. 3.

c. Cet écrit n'a pas été publié, que l'on sache.

d. Sentence du 24 mai 1640; voir p. 69 ci-avant, 1. 25, et p. 70-71, éclaircissement.

�� � ce. — 6 Août 1640. 149

fance, de leur faire voir aufly ce papier, pour les dé- tromper; mais fi vous n'en aprenez rien, ie ne croy pas qu'il foit befoin de leur monftrer. le fuis,

Mon Reuerend Père,

Voftre très humble & très afFedionné feruiteur,

DESCARTES.

De Leyde, ce 6 Aouft 1640.

Page 148, 1. 18. — Voici cette règle tout au long, telle qu'elle se trouve reproduite dans le second ouvrage de Waessenaer, Den On-wissen Wis^ Konstenaer 1. 1. Statnpioenius ontdeckt, etc., p. 35 — 36 :

M Een générale ende seer lichten Regel om den Teerlingh-Wortel te » trecken uyt twee-namighe ghetalen. « 

« 't Ghegheven : Laet sijn een twee-namigk ghetal van aert, als A » (AA-\-3B)-\- v/B[B^-3AA) een tweenamigh, ofte A [AA -\-3 B) — \/~B » (5 -\- 3AA) ^ijn tegendeel. 't begeerde : Wy moeten daer uyt vinden » sijn Teerlingh-wortel. »

Reghel.

« Eerstelijck, soo treckt den naesten teerlingh wortel uyt het ledighe, » als uyt A [A A ■]- 3 B) dat is hy noemt het ledighe A (A A + 3 B) sooda- » nigh dat het overschot (te weten als de teerlingh uyt het ledige ghetro- » cken is) door dryen ghedeelt sijnde niet overschiet. Dien Teerlingh jvor- » tel stel ick te sijn A (dat is hy noemt A de selve) daer nae soo deelt het » overschot door driemael de ghevonde A, uyt het comende, dan getrocken » den viercant wortel, die wy stellen te sijn \/B (dat is hy noemt i/B die » wortel). Voortssoo deelt het wortel ghetal i/B (B + 3 AA) (dat is ghe- » noemt hebbende A + l/B de deelen van de wortel, soo volght dat het » wortel ghetal van den teerlingh kan ghenoemt worden |/B(B+3AA)) » door de ghevonden S/B indien dat het komende een viercant ghetal is, ■n diens wortel ghelijck is de somme vant vierkant op [/B ende driemael 't » vierkant op A, 't Gegeven is gheschickt, ende A + \/B is sijn waren i> Teerlingh wortel. >>

a Verclaringhe : laet daer toe het tweenamigh ghetal sijn 26 -\-^ 6-j5, » diens teerlingh wortel wy moeten vinden : eerstelijck, den naesten Teer- » lingh wortel ghetrocken uyt de 26 van eygenschap als boven verhaelt is. ^ 2, dien stel ick te sijn A den Teerlingh daer van is 8, ghetrocken van

�� � ijo Correspondance.

» 26 rest 18, dat deelt door 3 mael de A, als door 6, comt 3, diens vier- » cant wortel is y/^J'voor \/B. Vervolgh, Deelt.nu het jvortel ghetal, als » \/6y5, door de ghevonden |/B, i^3, comt een vier cant ghetal, als 225, » diens wortel is i5, ghelijck de somme van 'tviercant op \/B, met 3 mael » 't vierkant A . Ick segge, dat A + V^B, als 2 + l/T, is den waren » Teerlingh ujrt 26 -\- l/6j5, ende den Teerlingh wortel uyt sijn teghen- » deel, als uyt 26 — \/6y5 sal sijn 2 —1^3. » Stampioen part naturellement de l'identité :

[a + \/^bf =a^ + 3ab-\- iyb~{3a^ + b)

Ayant à chercher, sous la forme a -\- \Xb, la racine cubique de l'expres- sion A + i/B, on a d'après cette identité :

h = ai + 3 ab, B = * (3 a^ + i)^ .

Supposant les nombres entiers, on peut dès lors procéder par tâtonne- ment pour chercher a. Mais à prendre à la lettre le texte de Stampioen, il

prescrirait d'essayer pour a le plus grand nombre entier tel que — ;; — >. a,

(en sorte que l'on ait *> i). Il n'est que trop clair que cette règle ne peut réussir que sur des exemples particuliers, comme celui qu'il choisit :

y 26 + 1/675. L'exposé de son procédé est d'ailleurs aussi maladroit que sa règle est inacceptable.

Page 148, 1. 21. — Voir ci-avant p. 27, 1. 4, à p. 28, 1. 12, avec la tra- duction française, p. 29-30, et Véclaircissement, p. 3o-32.

��CCI.

HuYGENS A Descartes.

14 août 1640.

Copie MS., Amsterdam, Académie des Sciences. Lettres françaises de Constantin Huygens, tome I, page gSS.

Monfieur, le ne refponds pas fi tard qu'il femble ^ ; car voftre

a. A la lettre CXCVII, p. 101 ci-avant. — Le 8 mai, Huygens avait quitté La Haye pour rejoindre l'armée, et depuis il avait toujours fait

�� � CCI. — 14 Août 1640. 151

pacquet auoit vieilli de 12 iours, auant que m'eftre rendu. Après cefle luflification, qui efl fondée fur vé- rité, & au default de laquelle toutefois vous elles prié de vouloir fuppleer par la confideration de mes occu-

5 pations très affiduelles, i'adiouftray que, venant de lire la Préface qui fe va publier foubs le nom Waeffe- naer% elle me femble vn difcours véritable, iudicieux & difcret, & portant des coups aueq lefquels on pren- dra congé de bonne grâce de ces petites noifes, pour

•o enfin ne refpondre plus au fol félon fa folie, qui ne prendroit point de fin. l'eftime que vous n'aurez pas voulu prendre la peine de l'efcrire en flamen ; & de la vous iuge heureux d'auoir trouué de fi bons interprè- tes, qui véritablement vous fuiuent de fi bonne façon

'5 & en termes fi propres, que la tradudion feulement n'y paroill pas, qui n'eft pas vn don commun a touts tranflateurs. M" Van Surck, qui eft poli en tout, vous y pourra auoir prefté de fa diligence ; qui que ce foit, vous lui en auez vn peu bien d'obligation.

  • o le vous fupplie de me pardonner, fi ie vous ai

compté Sabinorum fomnïa^, de ce que vous auriez foubs la prefiTe de Metaphyfique : mes raporteurs l'au- ront très fouhaitté ainfi, & moy de mefme, aff'amé que ie fuis fans cefiTe de vos efcrits. Ainfi, MonP, i'aduouë

campagne, sauf une courte apparition à La Haye, du 8 au 10 juillet. Le 14 août, il était au camp, depuis le 6, devant Ryhberck. (Voir son Dag- boek, p. 34 et 35.)

a. Voir plus haut, p. 104, 1. 8, et surtout lettre CLXXXIV, du 1" fé- vrier 1640, p. 3o ci-avant, éclaircissement sur p. 21, 1. 6.

b. Vieux proverbe latin : Sabini quod voliint somniant. (Voir Forcellini, Lexicon, au mot Sabini.)

c. Voir ci-avant p. 102, 1. 4.

�� � 152 Correspondance.

que les lefuites fe mettent en pofture de gaigner mon amitié, en ce qu'ils vont vous tailler de la befoigne ; & enfin i'attendray, & toute raifon le requiert, que tant d'autres obieélions,qui vous ont eflé faiâ:es,paroiffent vn iour en ordre aueq vos folutions", ne fe pouuant 5 dire combien tout le publiq s'en tiendrai obligé a voftre amitié.

Le perpétuel mouuement de cette armée m'a fait négliger de vous enuoyer de certaines Thefes Philo- fophiques, & pour la plus part Mathématiques, que 10 le Père Merfenne me mande auoir [efté] difputées a Paris, ou on s'en prend auffi a voftre matière fubtile & autres poûtions ^ ; & maintenant qu'il feroit temps de vous les communiquer, ie les trouue efgarées, mes gens me faifant croire que, parmi d'autres pacquets i5 de referue, ie les auroy enuoyés dans mon bateau. Elles paroiftront en quelque endroit, & vous les aurez, Ji tanti ejî & n'aymez mieux d'attendre a les veoir a voftre arriuée a Paris, ou le Père Merfenne vous en cornera bien d'autres. 20

Mais, Monlieur, ce fera a mon très grand regret; car, en me nommant le deflein de ce voyage ""j il m'a femblé d'vn coup de tonnerre qui me frappoit, & vous dis franchement, bien que ce me fo'it prœuifum telum, qu'il me touche par trop viuement. Ce que ie penfe y 25 auoir preueu, eft le defplaifir que ce fot garçon*^ vous aura donné, comme fouuent de mauuais obieds par-

a. Voir t. II, p. 49, 1. 23 ; p. 247, 1. 5-6; p. 267, 1. 14; p. 392, 1. 17; p. 547, I. II.

b. Voir lettres CXCV et CXCVI, p. 94- et 97 ci-avant.

c. Page io3, 1. 28.

d. Stampioen.

�� � CCI. — 14 Août 1640. i^)

ticuliers font capables de donner vn defgouft vniuer- fel de quelque pais. Mais, fi i'ay bien deuiné, ie vous prie que le foleil ne fe couche pas defTus voftre ire, & voyez fi ces affaires domeftiques ne fe pourroyent

5 commettre a ceux qui les ont fignées fi longtemps. Si ma coniedure efl faulfe, au moins ranimez-nous de cette afleurance, que vous n'auez rien veu de fi hi- deux en ma Patrie, qui vous la puiflTe faire abhorrer pour toufiours, & fçachons quel terme d'exil paflif

10 vous nous donnez. l'en viuray en inquiétude, iufques a ce qu'aurez prins la peine de m'en efclaircir ; car véritablement, & fans couleur de cour, qui font indi- gnes de vofl;re entretien, vous ne lairrez perfonne icy, qui fe reflente plus de voftre abfence, ni qui regrette

i5 plus viuement de n'auoir iamais eu moyen de vous tefmoigner d'effed, comme il eft d'entière afiedion,

Monfieur,

Voftre &c.

Monf"", maintenant que nous fommes fur la com- 20 munication des difcours flamens, ie vous fupplie d'ag- greer que i'en foubfmette vn a voftre cenfure, que i'efcriuis l'hiuer pafle (non pas de iour, mais de nuid ; car vous fçauez que le foleil ne me void gueres a moy), fur le fubied de l'vfage des orgues en l'Eglife". 2 5 Mon^ de Wicquefort en eft prefentement en pofifef- fion; s'il vous valoit la peine de le luy demander par

a. Publié l'année suivante sous ce titre : Gebruyck of ongebruyck van 't Orgel in de Kerken der Vereenighde Nederlanden (Leyde, Elzevier, 1641, in-8).

b. Beau-frère de Wilhelm, lui-même beau-frère de Huygens.

Correspondance. III. 30

�� � I ^4 Correspondance.

lettre^ eftant fi proche d'Amflerdam% l'adrefTe en feroit plus feure & courte, que û ie le faifoy r enuoyer a mon frère, pour vous le faire tenir. Vous m'obligerez extrêmement de perdre vne couple d'heures a le vifi- ter, et de m'en dire franchement voftre opinion. En 5 mefme temps vous pourrez, s'il vous plaift, renuoyer l'exemplaire manufcrit a mon frère; car il n'y en a point que ceftuyla, & ie prétends le faire imprimer pour introduire ce que ie croy vtile, ou faire abroger ce qui eft fcandaleux fans doubte^ «o

��CCII.

Descartes a "Wilhei.m.

Leyde, 17 août 1640. Autographe, Leyde, Bibl. de l'Univ., Collection Huygens.

Une feuille moyen format, pliée en deux : sur le recto du premier feuillet, la lettre entière [32 lignes, plus 2 en marge, sans l'en-tète, la signature, etc.); au verso du second feuillet, l'adresse. — Publiée par Foucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, /. //, 1860, p. 16-19.

Monfieur,

D'autant que l'atfaire, dont vous auez pris la peine de m'efcrire, eft de moindre importance, d'autant vous ay ie plus d'obligation de ce que vous m'auez

a. Amsterdam n'est qu'à sept lieues de Leyde.

b. Mauritz Huygens, (12 mai 1595-24 septembre 1642).

c. Descartes répondra lettre CCIII ci-après.

�� � CCII. — 17 Août 1640. 15^

fait la faueur de ne la pas négliger^. Waeffenaer ne defire rien du tout en cela, que ce qui fe doit fans controuerfe, & que l'honneur & la confcience l'oblige de rechercher; car Stampion ayant gagé contre luy 5 600 11. pour le profit des panures, & s'eftant con- damné foy mefme a les perdre en cas que M" les ProfeiTeurs de cete Vniuerfité luy donnaifent tort, touchant le point de Mathématique qui eftoit entre eux en controuerfe, & mefme ayant depofé fon

«o argent en main tierce ", affin qu'il ne puft y auoir aucune difficulté au payement, ie ne voy pas pour quelle occafion, maintenant que M" les ProfeiTeurs ont iugé de ce qui eftoit de leur charge au defauan- tage de Stampion*^, celuy qui eft depofitaire de l'ar-

• 5 gent refufe de le mettre entre les mains de M" du Confeil des Eglifes de cete ville, en vertu de l'affigna- tion que WaefTenaer leur a enuoyée, pour le receuoir de luy & le diftribuer aux panures, ainfy qu'ils iuge- ront eftre a propos. Car de dire qu'il ne le peut, fans

20 qu'il y ait condemnation du magiftrat, ce feroit vn prétexte fans apparence ; d'autant qu'il y a defia con- demnation volontaire de la partie mefme, & que c'a efté pour n auoir point a plaider qu'on a fait depofer l'argent. De dire aufTy qu'il craint que St(ampion) ne

25 luy redemande, ce feroit encore pis, pource qu'il n'y

a. L'affaire Stampioen-Waessenaer (voir lettres CLXXXII, CLXXXIV, CLXXXVII, etc., ci-avant p. 4, 21, 56, etc.)

b. Les actes notariés du temps disent 600 gulden. L'autographe de Descartes donne deux / accolées, avec une barre transversale en bas, ce qui est proprement l'abréviation de livres.

c. Entre les mains de Dedel, Rector Magnificus, en ce temps-là, le 5 nov. 1639. Voir t. II, p. 6i5, éclaircissement de p. 609, 1. 4.

d. Sentence rendue le 24 mai 1640. Voir ci-avant p. 69, 1. 25.

�� � I ^6 Correspondance.

peut auoir aucun droit, outre que M" du Confeil de TEglife ont offert d'en refpondre. Et enfin de dire qu'il a donné cet argent a ceux du Peflehuys, ce n'eil pas l'auoir donné aux pauures ; car c'eft vne maifon que M" de cete ville, qui font très riches, ont foin de 5 faire ballir; & encore mefme qu'ils feroient pauures, M'^ Dedel leur a pu donner du fien, s'il luy a plû, mais quo iure l'argent d'vn autre fans fon fceu, & quelle interprétation ne pourroit on point donner a cela? c'eft depojitum, res facra^ pour les pauures. Enfin, Mon- lo fieur, Waeffenaer eftant obligé de rendre conte au pu- blic & a Stampion de cet argent, & y ayant defia près de trois mois qu'il le diffère % pour n'eftre pas con- traint de rien dire au defauantage de perfonne, ie laiffe a voftre prudence d'auifer ce qui fe doit & d'or- i5 donner a luy & a moy ce qu'il vous plaira que nous facions ; car ie fuis.

��Monfieur,-

��Voftre très obeifîant & très affedionné feruiteur.

��20

��DES CARTES.

De Leyde, ce 17 d'Aouft 1640.

Adresse : A Monfieur,

Monfieurde Wilhelm, Confeiller de fon Altelfe 25

& des Eftats de Brabant^

A la Haye.

a. Le récit de toute l'affaire se trouve, en effet, dans l'ouvrage de Waes- senaer (et de Descartes), Den On-\Vissen, etc., dont il a été question dès le i" février 1640 (lettre CLXXXIV, p. 3o-32, éclaircissement), et qui pou- vait paraître au moins après le 24 mai, date de la sentence.

�� � 111,594- CCIII. — Août 1640. 1^7

CCIII.

Descartes a Huygens.

[Leyde, août 1640?] Texte de Clerselier, tome III, lettre io8, p. 594-596.

« A Monjieur '" », dit Clerselier, sans donner de nom ni de date. Mais c'est manifestement la réponse de Descartes à la lettre CCI, du 14 août, p. i5o ci -avant. Elle s'adresse donc à Constantin Huygens rers le commencement de septembre, ou peut-être même lajin d'août 1640.

Monfîeur,

le fuis bien glorieux de l'honneur qu'il vous a plû me faire, en me permettant de voir voflre traitté Fla- mend, touchant l'vfage des Orgues en l'Eglife, comme

5 li i'eftois fort fçauant en cette langue. Mais, quoy que l'ignorance en foit fatale à tous ceux de ma nation, ie me perfuade pourtant que l'idiome ne m'a pas empef- ché d'entendre le fens de voflre difcours, dans lequel i'ay trouué vn ordre fi clair & fi bien fuiuy, qu'il m'a

10 efté aifé de me pafTer du meilange des mots eftrangers, qui n'y font point, & qui ont couftume de me faciliter l'intelligence du Flamend des autres. Mais ce n'eft pas a moy à parler du ftile, & i'aurois mauuaife grâce de l'entreprendre ; mais pour vos raifons, ie puis dire

i5 qu'elles font û fortes & li bien choifies, que vous per- fuadez entièrement au ledeur tout ce que vous auez témoigné vouloir prouuer; ce que i'auoùe icy auec

a. Page i53, note a.

�� � 1^8 Correspondance. 111,594-595.

moins de fcrupule, à caufe que ie n'y ay rien remar- qué qui ne s'accorde auec noftre Eglife.

Et pour les epithetes que vous nous donnez cepen- dant en diuers endroits, ie ne croy pas que nous de- uions nous en offenfer dauantage qu'vn feruiteur s'of- 5 fenfe, quand fa maiftrefTe Vappelle fchelme^, pour fe vangerd'vn baifer qu'il luy apris, ou plufloft pour cou- urir la petite honte qu'elle a de le luy auoir odroyé. Ueft vray que ce baifer n'auance gueres, & ie voudrois qu'en nous difant de telles injures, vous euffiez auffi bien jo déduit tous les points qui pourroient feruir à rejoin- dre Geneue auec Rome. Mais pour ce que l'Orgue eu l'inftrument le plus propre de tous pour commencer de bons accords, permettez à mon zèle | de dire icy omen accipio, fur ce que vous l'auez choifie pour fujet. i5 En effet, fi quelques Indiens ont refufé de fe rendre Chreftiens, pour la crainte qu'ils auoient d'aller au Paradis des Efpagnols^, i'ay bien plus de raifon de fouhaitter que le retour à noftre Religion me fafle efperer d'eftre, après cette vie, auec ceux de ce pais, 20 auec lefquels i'ay monftré par effet que i'aimois mieux viure que dans le mien propre.

Et pardonnez-moy, fi ie me plains vn peu de vous à ce propos, de ce que vous m'auez eftimé eftre vne

a. Mot flamand : fripon.

b. « V. Barthél. de lxs Casas, des cruaute\ des Espagnols, etc. «(Note de l'exemplaire de l'Institut, qui se retrouve dans l'ouvrage de Baillet, t. II, p. 526. en marge.) L'ouvrage parut d'abord en langue espagnole : Brevissima Relacion de la Destruccion de las Indias (Séville, i552, in-4) ; puis une traduction latine fut publiée à Francfort, iSgS, in-4" • Narralio regionum Indicarum per Hispanos quosdam devastatarum ; et une traduc- tion française, à Anvers, 1679, in-4'> : Tyrannies et cruautés des Espa- gnols.

�� � nr, sgs. CCIII. — Août 1640. i«o

fera bejlia, lors que vous auez fceu que i'auois deflein d'aller en France^; car, fi ie m'en fouuiens, c'eft ainfi que luftinien nomme ceux qui n'ont pas animum re- deundi^, & ie me propofe de ne faire qu'vne courfe de 5 quatre ou cinq mois. le me plains auffi du fujet que vous dites auoir appris de mon départ ; car ie ne fuis pas, grâces à Dieu, d'humeur fi déraifonnable ny fi tendre. le fçay très-bien que les plus beaux corps ont toujours vne partie qui eft fale ; mais il me fuffit de ne

10 la point voir, ou d'en tirer fujet de raillerie, fi elle fe monftre à moy par mégarde; et ie n'ay iamais efté fi dégoûté que d'aimer ou eflimer moins, pour cela, ce qui m'auoit femblé beau ou bon auparauant. Au refte, Monfieur, en me plaignant de ce que vous m'auez iugé

i5 d'autre humeur que ie ne fuis, ie ne laifife pas de me fentir tres-obligé de la bien-veillance qu'il vous plaill me témoigner par cela mefme, & ie vous fupplie tres- humblement de croire que ie feray toute ma vie, &c.

a. Page i52, 1. 22.

b. Institutes,\. II, Tit. i, § 14 et i5. Les juristes distinguaient avec soin, parmi les bêtes sauvages, les animalia fera, qui n'appartiennent à per- sonne, et les animalia mansuefacta. Ceux-ci sont des animaux sauvages, qui, domestiqués dans une certaine mesure, ont l'habitude d'aller et de revenir (par exemple, les abeilles, le cerf, tel que le décrit Virgile, ^Enéide, VII, 483, etc.); tant qu'ils conservent l'esprit de retour, an/wMw redeundi, j\s sont la propriété de leur maître; mais ils redeviennent <j«iwa//a/era, c'est-à-dire res nullius, s'ils perdent l'esprit de retour.

c. Page i52, 1. 26.

�� � i6o Correspondance. m,6i.

CCIV.

Desgartes a Mersenne.

[Leyde], 3o août 1640. Texte de l'exemplaire de l'Institut, tome III, lettre 7, p. 6i-65.

L'exemplaire de l'Institut donne un certain nombre d'additions et de corrections, d'après la lettre originale, qu'il indique comme « la 33^ des MSS. de La Hire » ; c'est aussi le n» (27) du classement de dom Poirier. Les variantes viennent du texte imprimé par Clerselier, d'après la minute. Cette lettre, ainsi que la suivante, écrites toutes deux le 3o août, ne furent envoyées que le i5 septembre. ( Voir la lettre CC VI ci-après.)

Mon Reuerend Père, '

le vous fuis tres-obligé, & à Monfieur de Martigny, des peines qu'il vous a plû prendre pour moy, & des foins que vous auez de ce qui me touche; mais ie vous diray que, pour ce qui eft de ma lettre au R. P. Rec- 5 teur des lefuites", vous auez eu des confiderations entièrement contraires aux miennes : car les mefmes pour lesquelles il femble que vous auez trouué bon qu'elle ne luy fuft point donnée, font caufe que i'ay regret qu'il ne Ta pas receùe, & que ie vous fupplie lo tres-humblement derechef de la luy vouloir donner, ou faire donner par qui il vous plaira, puis qu'elle eft entre vos mains. le vous écrits vne lettre latine que

2 de Martignj'] Mydorge.

a. Lettre CXCVI, p. 97 ci-avant.

b. Lettre CCV ci-après.

�� � 111,6.-62. CCIV. — jo Août 1640. 161

ie ioints auec celle-cy, & que ie feray auffi bien aife qu'il voye, afin qu'il ne puiffe ignorer, ny feindre d'i- gnorer, les raifons pour lefquelles ie luy ay écrit; ou bien, s'il ne les veut pas entendre, qu'au moins ie les

5 puiffe faire entendre cy-apres au public & à la pofte- rité. Car enfin ayant reconnu, tant par l'adion du P. Bourdin que par celles de plufieurs autres, qu'il y en a quantité parmy eux qui parlent de moy defauanta- geufement, & que, n'ayant point moyen de me nuire

10 par la force de leurs raifons, ils ont entrepris de le faire par la multitude de leurs voix, ie ne me veux point addreffer à aucun d'eux en particulier, ce qui me feroit vn trauail infiny & impofiTible; et mon def- fein eft de les obliger, ou à me propofer vne bonne

i5 fois toutes les raifons qu'ils peuuent auoir contre ce que i'ay écrit, aufquelles i'efpere de pouuoir aifement fatisfaire, & d'authorifer la vérité par mes réponfes, & de finir bien-toft j auec eux par ce moyen, ou bien de me le refufer, ce qu'ils ne peuuent fans faire connoi-

20 ftre qu'ils n'ont rien de bon à contredire; et après ce refus, fi aucun d'eux parle contre moy en mon ab- fence,il fera reconnu pour médifant. Et enfin ie tafche à les traitter auec tant de refped & de foumiffion, qu'ils ne peuuent témoigner aucune haine ou mépris,

25 qui ne tourne à leur blafme. Et ie vous diray qu'il

.2-3 ny... d'ignorer omis. — feray affez fort pour leur refif-

G P.] Père. — 7 Bourdin] B., ter à tous enfemble ajouté. —

et aitisi dans toute la lettre. — 22 il... médifant] on aura fujet

10 ont... de] pourroient peut- de ne le pas croire. — 25 qui ne]

eftre. — 1 1 la multitude] le contre moy, que cela ne leur. —

grand nombre. — i3 après im- ]cur omis. — après blafme] & ne

poifible;] mais i'efpere que ie foit à leur confufion a/ow/^.

CORRESPONDAMCE. III. SI

�� � 102 Correspondance. m, 62.

m'importe fort peu qu'ils refufent de receuoir ma let- tre, ou qu'ils la reçoiuent fans me répondre, ou qu'ils me répondent auec iniure & mépris, ou enfin qu'ils faflent tout le pis qui fe puifle imaginer, pourueu feu- lement que ie le fçache & que ma lettre leur ait elle 5 prefentée. Mais il m'importe beaucoup qu'elle leur foit prefentée, & que ie fçache ce qu'ils auront fait, à caufe que i'aurois onelque tort de m'adrelTer à eux par écrits imprimez, auant que de l'auoir fait par lettres particulières, & ie preuoy qu'il m'en faudra 10 dans quelque temps venir là. 'Vous ne m'auez point mandé fi c'efl; le Père Bourdin qui vous auoit donné luy-mefme fa velitation' pour me l'enuoyer, & par quelle occafion vous l'auez eue ; ce que ie fuis curieux de fçauoir, à caufe que, n'y ayant rien mis en quqy il i5 n'ait vfé manifeflement de mauuaife foy, i'admire qu'il ait voulu que ie la vilTe.

le ne iuge pas que voftre expérience dvn vaiffeau de plomb plain d'eau, pour voir combien on la peut condenfer, puifiTe feruir, à caufe que la force de l'eau 20 condenfée peut eftendre le plomb. Pour ce qui eft de condenfer l'air le plus qu'on pourra dans quelque vaiffeau, & après le pefer, ie croy que l'expérience en feroit vtile, afin de fçauoir le poids de l'air, au moins s'il fe trouue fenfible en cette façon. Et pour fçauoir 25

2 aecond ouj mefme ajouté. qu'il a fait voir ou fa méprife

— 3 iniure &] aigreur ou. — ou fon ignorance, qui font deux 10 m'en] me. — n en venir. chofes que ie ne puis croire

— i5 mis] du tout dedans. — de luy. — 17 bien voulu. — 16 n'ait... foy] ne me femble 19 voir .. peut] la.

a. Voir lettre CXCVIII. p. 106-1 lo ci-avant.

�� � iir, 62-63. CCIV. — jo Août- 1640. 165

la quantité de l'air qu'on auroit pefé, il ne faudroit que le faire entrer dans vne veffie toute vuide, lors qu'il fortiroit du vaiffeau où il auroit efté condenfé, & pefer derechef ce vaiffeau, après que cet air en feroit 5 forty.

Pour l'Inftrument du Maiftre des Mines, où il y a des aymans pour tous les métaux, |ie ne le puis croire iufques à ce que vous l'ayez veu. lav bien oùy dire qu'ils vfent de certaines verges pour connoiilre les

10 lieux où il y a des mines fous terre ; mais ie croy qu'il y a en cela plus de fuperftition ou de tromperie, que de vérité.

Le principe que i'ay fuppofé dans ma Dioptrique, & qu'il femble que les cauillations du P. Bourdin

i5 vous ayent empefché de remarquer, eft que la force du mouuement n'efl point du tout changée ny dimi- nuée par la réflexion". D'où il fuit qu'à la détermi- nation de haut en bas, il en doit neceffairement fuc- ceder vne autre de bas en haut ; et ainfi la baie ne

20 peut couler le long de la fuperficie ou elle donne, fi ce n'efl lors que cette fuperficie efl fi molle qu'elle diminue beaucoup le mouuement ; mais ce n'efl pas de ces fuperficies qu'il efl icy queftion, car la re- flexion ne s'y fait pas à angles égaux.

2 5 On peut bien faire vne machine qui fe foûtienne en l'air "^ comme vn oyfeau, metaphyjicè loquendo ; car les oyfeaux mefmes, au moins félon moy, font de

3 fortiroit] fortira. — 10 foû- rencontre. — 22le]fon. — 28 icy] terre. — 20 ou elle donne] qu'elle là.

a. Dioptrique, p, 14. Cf. ci-avant, p. 108, 1. -.

b. Voir p. i3o, 1. 8 ci-avant.

�� � 164

��Correspondance.

��m, 63-6-4.

��telles machines ; mais non pas phyficè ou moraliter loquendo, pource qu'il y faudroit des reflbrts fi fubtils, & enfemble fi forts, qu'ils ne fçauroient eftre fabri- ' quez par des hommes.

Vous n'auez pas bien pris ce que ie defirois eftre 5 expérimenté pour le jet des eaux, ou plûtoft ie ne me fuis pas aflez expliqué". Car ma difficulté eft, û

ayant vn tuyau H A K, par tout également large, excepté feule- ment qu'il foit étreci en vn en- 10 droit, par le moyen d'vn bouchon percé par le milieu comme B, qui rempliife iuftement toute la capa- cité du tuyau, en forte que toute Teau doiue pafTer par le trou qu'il i5 a au milieu, ie demande fi, lors que ce bouchon B fera mis à l'endroit du tuyau mar- qué A, il n'empefchera pas moms l'eau de couler, que s'il eft mis à l'endroit marqué K.

le vous ay defia écrit plufieurs fois que ie ne croy 20 point que la vitelfe des corps qui defcendent s'aug- mente toû|jours 111 ratione duplicata temporum, mais qu'elle peut bien s'augmenter à peu prés en cette forte, au commencement qu'ils defcendent, bien

���2-3 fi. . . fi] trop. . . trop. — 3 après &] tout ajouté. — qu'ils ne fçauroient] pour. — 7 expliqué] fait entendre. — 10 qu'il... étreci omis. — I 1-12 par. . . milieu] où

��il foit bouché de quelque corps. — 14-16 en forte... milieu] & qui ait feulement vn trou au milieu, par lequel l'eau puiffe paffer. — 16 ie demande] à fçauoir, dis-ie.

��a. Voir p. i32 ci-avant, 1. 2?.

b. Tome II, p. 386, 1. i5 ; p. 442, 1. 21 ; p. Sji, 1. i3 ; III, p. ii, 1. 12 ■ p. 38, 1. 4-

�� � A

G

��B

��111,64. CCIV. — 50 Août 1640. 165

que cela ne puifle continuer ; et mefme que, lorfqu'ils font paruenus à certaine viteffe, ils ne la peuuent plus augmenter; & cecy eft confirmé par ce que vous efcriuez des goûtes de pluye &c. 5 Vous demandez pourquoy la colomne d'eau, qui eil dans le tuyau A B, pefe toute fur ma main, fi ie la tiens contre le trou A, & pourquoy la colomne d'air, qui eft depuis B iufques au ciel, n'y ^ pefe point en mefme façon : ce qui vient de

10 ce que, fi ma main eft oftée du point A, cette colomne d'air ne defcendra point pour cela, mais fi fera bien celle d'eau. Car il faut fçauoir; i, qu'il n'y a rien qui pefe, que ce qui peut defcendre, lors que le corps fur

'5 lequel il pefe eft ofté; et 2, que, n'y ayant point de vuide, lors qu'vn corps defcend en la place d'vn autre, cettuy-cy doit entrer en la place d'vn troifiefme, & ainfi de fuite iufques à ce que le dernier entre en la place du premier, & ainfy qu'il fafie vn cercle : comme,

20 Teau qui eft vers A defcendant vers C, l'air qui eft vers C doit monter vers D, celuy-cy vers E, & celuy- cy vers B en la place de l'eau qui defcend, de façon que toute la colomne d'air, qui eft au deflus de B iuf- ques au ciel, ne fe meut aucunement pour cela, &

t que. .. continuer] qu'il s'en quand. — ■ 7 contre A] au-

faille beaucoup que cela ne con- ieflbus. — 12 de l'eau. — 17 troi-

tinuë, — 1-2 et... à] car après liefme] autre. — 18 après entre]

qu'ils ont acquis vne. — 2- circulairement o/ow/e. — 19&...

3 ils. . . augmenter] elle ne cercle omis. — 21 celuy-cy] &

s'augmente plus. — '3-4 &... celuy-cy doit monter. — & enfin,

efcriuez] & ce que vous dites. — 24 pour cela omis. — 4 &c.] le confirme. — 6 fi]

�� � i66 Correspondance.

��m, 64-65.

��par confequent auffi ne pefe point ^ Ce qui peut fer- uirà entendre vne partie de ce que vous propofez,au commencement de voftre féconde lettre du 19 Aouft; mais ie ne répons pas plus particulièrement à ce que vous y mettez d'Archimede, à caufe que ie n'en ay pas 5 le liure.

Il eft certain qu'vn poifïon, qui nage dans vn vaif- feau plain d'eau & mis dans l'vn des plats d'vne ba- lance, ne le peut rendre plus pefant ny plus léger, encore qu'il aille au fond ou qu'il fe foûtienne à moi- 10 tié hors de l'eau. le croy aulTy que tous les poiffons vifs font à peu prés auffi pefans que l'eau, & que, lors qu'ils dorment, il n'y a que leur pefanteur naturelle, jqui les foûtienne ou au deffous ou au deflus de l'eau, félon qu'ils font plus pefans ou légers qu'elle. i5

l'admire ceux qui difent que ce que i'ay écrit ne font que Centones Democriti^, & ie voudrois bien qu'ils m'apprilfent de quel liure i'ay pu tirer ces Centones, & û on a iamais veu quelques écrits où Democrite ait expliqué comme moy le fel, la nege hexagone, l'arc- 20 en-ciel, &c^ Ces gens monftrent bien leur mauuaife volonté & leur impuilTance, en difant des chofes û hors d'apparence ; auffi bien que ceux qui s'offenfent de ce que i'ay dit, que les vœux font pour remédier à

1-2 Ce. . . à] Et de cecy on qui cft. — g ny] ou. — 11 le] Et

peut. -^ 2 que... propofez] qui ie. — aulfy omis. — i5 ou plus,

eft. — 4-5 pas... mettez] point — 18 de. . . tirer] d'où i'ay em-

à ce que vous me demandez. — prunté. — 2 i bien omis. 5 n'en ay] n'ay. — 8 & mis]

a. Cf. lettre LV, t. I, p. 3oo.

b. Cf. t. II, p. 3t)6, 1. 9-10.

c. Voir les Météores, Discours troisiesme, sixiesme et huitiesme.

�� � ni. 65. CCIV. — jo Août 1640. 167

la foibleire des hommes " ; car outre que Tay très ex- preiTément excepté, en mon Difcours,tout ce qui tou- che la Religion, ie voudrois qu'ils m'appriffent à quoy les vœux feroient bons, û les hommes eftoient immua- 5 blés & fans foiblefle. C eft vne vertu de fe confeiïer, auffi bien que de faire des vœux de Religieux ; mais pourtant cette vertu n'auroit iamais de lieu, fi les hommes ne pechoient point.

Il eft certain que la figure empefche beaucoup la

10 vitefTe des corps pefans, bien qu'elle n empefche pas toufiours tout à fait leur mouuement ; comme vne lame, vn peu plus légère que l'eau, viendra au deflus peu à peu, au lieu qu'vne boule de mefme matière y viendra plus vifte. Mais ce qui fait que les aiguilles

i5 ou autres tels corps nagent fur l'eau, c'eftque la fuper- ficie de cette eau eft plus difficile à diuifer que le de- dans, & qu'ils l'enfoncent vn peu fous eux, comme i'ay dit en mes Météores.

l'ay fait demander aux Elzeuirs les Efcrits de Viete

20 que vous leur auez preftés*^; ils ont répondu qu'ils ne les pouuoient rendre, à caufe qu'ils en auoient defia fait faire les figures, & qu'ils auoient defl'ein de l'imprimer ;

I des hommes] humaine. — par exemple. — 14 viendra]

5 C'eft] Et bien que ce foit. — montera. — 17 fous eux omis,

après vertu] que ajouté. — 6- — 18 dit en] écrit dans. —

7 mais pourtant] fi eft-ce que. 20 preftés] donné. — 22 les im-

— 1 1 tout... leur] le. — comme] primer.

a. Discours de la Méthode, p. 25.

b. Page 182.

c. Pour l'édition qu'ils en donnèrent en 1646 : Francisci Viet.e Opéra mathematica, in unum volumen congesta, ac recognita, operd atque studio Francisci à Schooten Leydensis. matheseos professoris [Lu^duni Bata- vorum, exofficinâ Bonaventurx et Abrahami Elzeviriorum, 1646. in-fol.)

�� � i68 Correspondance. m, 66.

mais qu'ils ne pouuoient dire quand ils commence- roient, & qu'vn d'eux iroit bien-toft à Paris, qui vous en parleroit. le fuis,

Mon R. Père,

Voftre tres-humble & tres-obeïiïant 5 feruiteur, descartes.

Du 30 Aoufl 1640.

CCV.

Descartes a Mersenne.

[Leyde, 3o août 1640.] Texte de Clersclier, tome III, lettre S, p. 66-70.

Sans date dans C ter seller. Mais elle a été écrite le même jour que la précédente (p. 160, l. i3) et envoyée, comme elle, seulement le 1 5 septembre {voir la lettre CCVI ci-après). Clerselier fait suivre le texte latin de Descartes d'une version française, lettre g, p. jo-yô.

Reuerendiffime Pater,

Cùm mese ad Redorem Collegij Claromontani lit- terae", nondum ei traditae, fed à D. Martigny , rus lo forfan ituro, apud Reuerentiam veftram relidae fint, operae pretium eft, vt confilium quod in ijs fcribendis fum fecutus, hîc exponam. ludico enim amiciffimum illum & prudentiffimum virum, ad quem ipfas mife-

a. Lettre CXCV, p. 97 ci-avant.

b. L'exemplaire de l'Institut corrige ainsi avec raison (p. 76, version) le nom de Mydorge, que donne Clerselier. Le MS. donnait sans doute l'initiale M. seulement. Cf. t. II, p. 633, 1. i5, et p. 596, 1. 12.

�� � 111,66-67. CCV, — jo Août 1640. 169

ram, mihi timuifle, ne forte omnes in me Patres So- cietatis lefu irritarent, totque aduerfarijs fuftinendis impar forem, & idcirco in ijs tradendis cundantiorem fuiffe. Atqui tantum abeft, vt mihi aliquod eâ de re 5 periculum effe putem, quin econtra illorum beneuo- lentiam ijs ipfis litteris demereri quam maxime cupio &fpero. Nam quantum illos noui, docilibus ingenijs praecipuè deleélantur, & eos dodrinae fuse participes facere nunquam recufant; nihil autem aliud teftor in

10 iftâ epiflolâ, quàm difcendi cupidiffimum me efle, & quidem difcendi ab illis potiùs quàm ab vllis alijs, quia iam olim mei praeceptores fuerunt, atque vt taies etiam nunc in honore fummo habeo & diligo. Nec vereor ne quid hîc fimulatè dici arbitrentur, quia

i5 conftans vitse meae ratio femper teftata eft, me & illos prsecipuè obferuare, & nihil magis feriô quserere, quàm vt difcam. Non vereor etiam ne vitio vertant, quèd ad Redorem Collegij fcribere maluerim, quàm ad ipfum authorem^ earum Thefium quse mihi fcri-

îo bendi anfam dedere. Nam primo illum non noram, atque etiam, vt verum fatear, quanto charitatis Chri- ftianse zelo teneatur, ignorabam ; tam expreffè enim in Difl'ertatione de Methodo rogaui omnes, vt me er- rorum,quos in meis fcriptis inuenirent,moneredigna-

25 rentur, | tamque paratum ad illos emendandos me efle teftatus fum, vt non crediderim quemquam fore, qui vitam religiofam profiteretur, qui me mallet abfentem apud alios erroris condemnare, quàm mihimet ipfi meos errores oftendere,de cuius faltem charitate erga

3o proximum non mihi liceat dubitare. Neque ob hoc

a. Le P. Bourdin. Voir p. 90, éclaircissement.

Correspondance. III. 32

�� � 170 Correspondance. 111,67.

mihi reliqui Patres Societatis polTunt irafci, quia nulle modo in litteris de eo conqueftus fum, & omnes fciunt nullum vnquam effe corpus tam fanum, in quo non interdum aliqua pars aliquantulum laboret. Deinde fperaui me longé plures, folidiores & fortiores obiec- 5 tiones, ab omnibus fimul, quàm ab illo vno, effe ac- cepturum; nec, vt opinor, ineo ftudium meum repre- hendent, quôd quàm plurima & quàm optima difcere velim. Non vereor etiam ne forte nihil inueniant in meis fcriptis quod folidè poffint refutare, atque ideo 10 mihi malè velint, tanquam fi illos ad aliquid fufcipien- dum inuitaflem, quod non praellituros effe confide- bam. Nam neque aufim de meis qualibufcunque in- uentis tantum fperare, vt in nullo errauerim, neque, û forte ita effet, ideo ab optimis Religiofis, & fummis i5 defenforibus veritatis, vUam iram vel odium,fed fum- mam potiùs amicitiam expedarem. Itaque non video quicquam obflare quominus iflae Ltterse, quas audio à D. M(artigny) apud Reuerentiam veflram fuiffe reli- das, Reuerendiffimo Redori reddantur. 20

Nihil etiam ex quo fcriptae funtnoui accidit, propter quod eas nunc minus quàm antea dandas putem. Quin imo cùm intellexerim egregiam illam Velitationem ad quam refpondi ^, ab authore Thefium effe profedam, habeamque hîc tellem auritum & oculatum*^, qui affir- 25 mat fe interfuiffe, quando illa in frequentiffimo audi- torio declamatoriâ voce recitabatur. ibique fub Ano-

a. Mydorge Clerselier. Voir p. i68, note b.

b. Lettre CXCVIII, p. io5 ci-avant.

c. Voir Lettre au P. Dinet, imprimée à la suite des 7'"" Objections et Réponses, p. 146 de la 2' édit. des Méditations (Amsterdam, Elzevier, 1642). — Cf. ci-après lettre CCXXII (Clers., II, 372).

�� � iji. 67-08. CCV. — 50 Août 1640. 171

nymi perfonà, paucis tantum quis ille Anonymus effet ignorantibus, vapulaffem, atque ea quae nunquam dixi pro meis proponebantur, & monftra opinionum vocabantur; cùm, inquam, per hoc authorem illarum 5 Thefium in manifeftâ & plané inexcufabili, vt quàm mitiffimè loquar, cauillatione deprehenderim, nifi iam priores litteras mififfem, mei officij effe putarem nouas fcribere, quibus eius | Superiores fadi, tali So- cietate, quantum iudicO;, parum digni, admonerem;

10 quia nemo meliùs quàm ego noffe poteft, quid ille mihi afRnxerit, & ipfos plané expedit fcire, quàm obliquas vias fecutus fit, vt veritati fucum faceret, & hominis nec de fe nec de fuis malè vnquam meriti famam laederet.

i5 Quantum autem ad refponfum, quod tanquam ab illis nuper accepi, nempe iftas Thefes à folo Pâtre B(ourdin), reliquis Patribus non confultis, fadas fuiffe, hune autem mei offendendi animum non ha- buiffe, ac denique ipfum intra fex menfes aliquid effe

20 fcripturum, quod, antequam lucem videat, mihi le- gendum permittet, hoc etiam in caufà eft, cur magis velim meas anté fcriptas litteras Reuerendiffimo Rec- tori tradi, quia fcilicet ex illis agnofcet, me nihil taie qusefiuiffe. Neque enim quaefiui an Pater B (ourdi n)

25 Patres alios fui confilij participes feciffet, quia non credidi hoc ad rem pertinere, iamque ledà eius Veli- tatione, magnam iniuriam ipfis facere putarem, fi quid taie fufpicarer; fed tantùm iftam arripui occafionem, vt illos omnes ad mea fcripta examinanda quàm potui

3o arniciffimé inuitarem. Neque etiam quaefiui, an ille me

a. Voir ci-avant, p. iio, éclaircissement, n" 3.

�� � 172 Correspondance. 111,68-69.

ofFendere voluiffet; nam fané non is fum, qui ofFendar ex eo quôd meae opiniones refutentur, fed contra gra- tiffimum mihi femper facient ij omnes, qui feriô & folidè ilias impugnabunt, & fi quis aliquid falfi in ijs elle oflendat, fummo me fibi beneficio deuinciet. 5 Quin etiam ij, qui cauillationibus & fophifmatîs ipfas conuellere conabuntur, non quidam à me magni fient, fed tamen non offendent; earum enim veritatem hoc ipfo confirmabunt, & eô pluris me ab eiufmodi homi- nibus fieri credam, quô euidentiùs inuidebunt. Nec 10 denique mihi magnse curse effet Patris B(ourdin) fcri- ptum videre, fi ab illo folo veniret; audafter enim dico, poft ledam eius Velitationem, in quâ veritatem non quaeri, fed ea quae nunquam fcripfi nec cogitaui, mihi affingi tam manifeftum eft, vt nulla demonllratio i5 Geometrica certior fit, meo iure, quicquid in pofte- rum ab eodem authore folo proficifcetur, poffum con- temnere, & refponfione vel etiam ledione indignum iudicare.

Sed pollquam eius | Redor meas litteras acceperit, 20 percupidè fané expedabo, & maximi faciendum eife putabo^ id omne quod vel ab eodem Pâtre B(ourdin), vel à quouis alio ex Patribus Societatis, de meis opinionibus fcribetur. Tune enim certus ero, illud, cuiufcunque tandem nomen ferat, non ab illo vno, 25 fed à pluribus ex dodifîimis & prudentiffimis eiufdem Societatis, compofitum, examinatum & corredum fuifi^e; nuUafque idcirco in eo effe cauillationes, nulla fophifmata, nulla conuitia, nuUamque inanem loqua- citatem, fed tantùm firmiffimas & folidifiimas ratio- 3o nés; atque ex ijs argumentis quse iure in me aflferri

�� � 111,69-70. CCV. — ^o Août 1640. 17J

poffunt, nuUum plané fore omiflum ; adeo vt per illud vnum fcriptum,erroribus me omnibus meis liberatum iri confidam ; & fi quid,ex ijs quse vulgaui, non fuerit in eo refutatum, à nemine poffe refutari, fed omninô 5 verum & certum effe arbitrabor.

Talia enim funt ea quae fcripfi, vt, cùm non alijs quam Mathematicis rationibus, aut certâ experientiâ nitantur, nihil falfi poffint continere, quod non facile fit viris tam ingeniofis & dodis euidenti demonftra-

«o tione refellere. Neque, vt fpero, négligent illa exami- nare, quia Mathematicis rationibus probata funt, & inter Mathefim & Philofophiam diflinguentes, hanc magis quàm illam profitentur : egi enim de multis quae foli Philofophise tribui folent, vt inter caetera de om-

i5 nibus Meteoris; & nihil optabilius effe puto in materiâ Philofophicâ, quàm vt Mathematica probatio habea- tur. Etfiautem forte in multis fuerim hallucinatus, non tamen, vt fpero, in omnibus. Nullâ ironià vti volo ; folent ipfimet mei inimici, cùm caetera quae ab

20 amicis de me dicuntur negare fludent, fateri me in Mathefi aliquid fcire. Atqui, fi non omnis mea Ma- thefis me fefellit, & vel in vnâ tantùm aut altéra Phi- lofophicâ quaeftione veritatem eius ope fim affecutus, magnam à Reuerendiffimis illis Patribus', qui omnem

25 aetatem in eâ quaeiendâ infumunt, gratiam inibo. Et quamuis in nullâ non erraffem, non tamen ideo co- natum hominis, candide & ingénue veritatem quae- rentis, & abfque pertinaciâ doceri cupientis, non lau- dare non poterunt, neque hune hominem non | amare.

3o Denique quoniam mea refponfio ad Velitationem Pa- tris BCourdin'i non tantîim ipfi. fed etiam R. P. Phe-

�� � 174 Correspondance. 111,70.

lippeaux" oftenfa eft, non poffunt iam reliqui Patres ignorare quid in illâ contineatur. Memini autem me ibi litterarum quas ad Reuerendiffimum Redorem fcripferam mentionem feciffe, adeo vt iam mirari poffit, cur fibi datse nondum fuerint ; atque etiam, 5 quia fatis libéré ad Velitationem iilam refpondi, vt- potè quam ab vno ex Patribus Societatis fcriptam fuiffe non fufpicabar, occafionem habet hoc ipfum malè interpretandi. Et certè non benè hac in re me- cum adum eft, quôd ipfis illa refponfio, quse admo- 'o dum grata efle non poteft, oftenfa fit, non autem datae litteree quibus eorum mihi beneuolentiam con- ciliare ftudebam. Quas ob caufas etiam atque etiam rogo veftram Reuerentiam, vt litteras illas Reueren- diffimo Redori quàm primum tradi curet, vel, fi non i5 moleftum eft, ipfamet tradat; atque etiam, fi pla- cer, has, quas nunc fcribo, ei det legendas, vt tantô meliùs quare ad illum fcripferim, & quanta mea fit erga totam Societatem veneratio atque obferuantia, intelligat. Vale. 20

Reuerentiae tuîe addidiffimus,

R. DESCARTES.

��a. Sic, en italiques, dans Clerselier, — Voir les éclaircissements de la lettre GXCVIII, p. 118-119.

b. Ci-avant p. 117, 1. 20.

�� � 11,245. ce VI. — i^ Septembre 1640. 17 j

CCVI.

Descartes a Mersenne.

[Leyde\ i5 septembre 1640. Autographe, Bibliothèque V. Cousin, n" ?.

La 3^ de la collection La Hire, et le n° {28} du classement de dom Poirier. Variantes du texte imprimé par Clerselier, d'après la mi- nute, t. II, lettre 42, p. 245-248.

Mon Reuerend Père,

Il y a I ^ iours que ie penfois vous enuoyer les let- tres qui font iointes a celle cy^; mais i'allay inopiné- ment hors de cete ville auant que de les auoir fermées,

5 ce qui eft caufe qu'elles ont demeuré icy iufques a pre- fent, & i'ay receu depuis ^ autres de vos lettres.

I . le vous remercie des bons auis que vous me don- nez en la première, touchant mon traité de Metaphy- lique , ou ie croy n'auoir gueres rien omis de ce qui

10 eft neceffaire pour demonftrer la vérité ; laquelle eftant vne fois bien conceue, toutes les obiedions particu- lières qu'on peut faire n'auront plus de force.

2 : i5] enuiron quinze. — 3 1,2, 3, etc., manquent dans

font... cellfc cy] précèdent. — Clers.; dans l'autog., ils sont en

i'allayj ie fus. — 4 de cete] la. marge et de la main de Desc. —

— 5 font demeurées. — iufqu'à. 9 gueres] prefque. — 1 1 con-

— 6:3] trois. — 7 Les numéros ceue] connue. — 12 plus] point,

a. Lettres CCIV et CCV, p. 160 et 168 ci-avant.

b. Voir page 126, 1. i8.

�� � 176 Correspondance. 11, î45-ï46

2. le croy que M' de Zuylichem fe porte bien; il n'y a pas longtems que i'ay eu de fes nouuelles de l'ar- mée, ou ils font encore, & il me mandoit que vous luy auiez enuoyé les thefes du Père Bourdin^ qu'il m'euft enuoyées, finon qu'elles fe trouuerent égarées au tems 5 qu'il m'efcriuoit ; ce qui me fait croyre qu'il n'a point receu les Charaderes des Paffions^, ny aucun autre liure que | vous luy ayez enuoyé pour moy, car il me les euft fans doute adreifez. Ils ont eu vne fort mau- uaife campaigne cete année. «« 

j. le ne refpons point icy a quelques queflions que vous me faites touchant le iet des eaux, & autres Me- chaniques, a caufe qu'eftant en des penfées trop éloi- gnées de celles la, i'ay peur de m'y mefprendre, & ie dois faire mov mefme quelques expériences pour en i5 bien fçauoir la vérité ^

4. Toute la graine de l'herbe fenfitiue^^ que vous nous auez enuoyée n'a point leué ; mais on en a receu d'autre des Indes long temps depuis, laquelle leua en fort peu de tems, dans le.iardin d'vn homme ou ie I'ay 20 veuë, & qui en auoit aulfy femé de l'autre.

^- , Il eft certain que les miffiles ne reçoiuent point

I Monfieur de Z. — 3 ils font] omis. — 19 des. . . depuis" icy il eft. — 4 Bouidin^ B. — eulV cet Erté. — laquellel qui. — 19- auroit. — q euft. . . adrellez: au- 20 en. . . tems] incontinent. — roit enuovez. — fort omis. — 20 cipi-ès homme] de cette A'ille 12 après autves] queiWons ajoute. ajoute'. — ii &qui... de l'autre] r3 trop] très. — 17 de l'herbe & ie croy qu'elle y eft encore.

.1. Lettre CCI. p. i32 ci-avant.

b. Voir page 87, 1. 12.

c. Voir plus haut p. 164, 1. 6. Ci', lettre ci-après du 18 lev. i643{CIers.. II. 540-352).

d. Voir p. 40. 1. iQ, p. 47. !• 3. p. 78. 1. 22;

�� � n. Î46. CCVI. — iç Septembre 1640. 177

tout leur mouuement en vn inftant, mais en certain tems, & que la main, ou l'arc, ou la poudre a canon, qui les pouffe, augmente fa force & fa viteffe pendant vn certain efpace de tems, & que pendant cela le

5 miffile reçoit cete mefme viteffe.

6. Pour la matière fubtile, ie croy que c'eft enuiron la mefme qui reuient vers nous après auoir fait le tour de la terre, non pas iuftement en 24 heures, mais en quelque autre tems qui eft fort difficile a déterminer,

10 & ne conlifte qu'en Texces de ce que cete matière fub- tile fe meut plus vifte que la terre ; car fi elles tour- noient, la terre & elle, d'égale viteffe, a fçauoir en 24 heures, la mefme matière fubtile, qui eft mainte- nant fur la Hollande, y deuroit toufiours demeurer.

»5 7. Pour Taymant, ce ne peut eftre la feule ma- tière fubtile qui luy donne fes qualitez, & ie ne les puis bien expliquer Fvne fans l'autre, ny toutes dans vne lettre.

8. Il s'en faut beaucoup que les lunetes a puce ne

20 puiffent faire voir des pores ou tuberofitez fur le verre, quoy que non poli ; car ces pores font trop pe- tits a comparaifon de la bonté de ces lunetes, fi ce n'eft qu'elles fuffent incomparablement plus parfaites que celles que nous auons, & la fuperficie du verre

25 eft toufiours polie de foy mefme, encore que l'art ne l'ait pas repolie.

1-3 en certain tems, & omis. plus vilte que la Terre, qui eft vne

— 2 a canon omis. — 3 fa force chofe fort difficile à déterminer, & omis. — 4 vn omis. — 8 iufte- — 1 5 après eftre] que ajouté. — ment omis. — 24"! vingt-quatre. 19 ne omis. — 22 bonté] force.

— 9-14 quelque. ..• demeurer] — 25-26 que. .. repolie.] qu'elle plus ou moins, félon qu'elle va ne l'ait pas efté par l'Art.

COBRESPONDÀNCE. III. 23

�� � ijS Correspondance. 11,246-147.

9. le n ay point de hafte de voir le liure de Géomé- trie qu'on vous a donné pour moy; car ie ne perds pas encore le deffein de paffer en France*, & i'efpere que rhyuer ne m'en empefchera pas ; mais ie ne par- tiray pas encore de fix femaines. 5

10. le me foucie fort peu des efforts du Père Bour- din, & ie n ay pas peur de ne pouuoir faire paroiftre impertinent tout ce qu'il efcrira contre moy ; mais ie vous prie que fon Redeur reçoijue la lettre que ie luy

ay efcrite,& qu'il voye aufly celle que ie vous efcris 'o en latin qui efl iointe a celle cy ^ Et ie feray aufly bien ayfe que plufieurs autres les voyent,&fçachent que le Redeur les aura veuës, ou refufé de voir, afîin qu'il ne le puiffe diffimuler &, puifque le nom de lefuite a ferui au Père Bourdin pour authorifer fes calomnies, < que> 1 5 ie puiffe auffy m'adreffer a eux pour m'en deffendre.

1 1 . Il n'y a aucune comparaifon entre vne baie qui vient d'A vers B, & vn bafton AB pouffé contre BC; car la baie eftant toute en B & ayant a continuer fon mouuement, elle ne le peut faire fans remonter, comme 20 vous pourrez mieux voir en fuppofant AB perpen- diculaire fur EC, car alors la baie n'ira ny a droit

3-4 i'efpere que omis. — 4- — 10 efcris] enuoye. — 11 qui

5 ie ne partiray] ce ne fera. — eft iointe a] auec. — 14-16 &.. .

5 après femaines] que ie par- delTendre. o?nis. — 18 contre

tiray. ajouté. — 6-7 Bourdin] B C] d'A. vers B. — 20 elle

N. — 7-8 faire... impertinent] omis. — 21 mieux omis. —

répondre à. — 8 après qu'il] fuppofant] faifant. — 22 n'ira]

dira ou ajouté. — 9 fon] le Père. ne va.

a. Voir ci-avant, p. 127, 1. 2.

b. Lettre CXCVI, p. 97 ci-avarit.

c. Lettre CCV, p. i68.

�� � �Il, J47- CCVI. — 15 Septembre 1640. 179

ny a gauche, mais elle remontera feulement en haut, au lieu que le baflon, qui eft conduit de la main, coule de B vers C, comme fur vn plan incliné, & acquert continuellement vne nouuelle détermination a cela

5 par la main qui le conduit. Mais fi vous fuppofez qu'il foitietté de la main contre EC, en forte qu'elle ne luy touche plus, lorfqu'il eft ea l'endroit AB, alors fon extrémité B reflefchira vers D,

10 bien que fon autre extrémité A

defcende encore vers E C, au moyen de quoy il fe détournera & prendra vn mouuement compofé de ces deux. Ce que i'entens lorfque AB eft inclinée fur E C ; car fi A B eft perpendiculaire, alors il reflefchira

i5 en haut, ainfy qu'vne baie. Et s'il eft conduit de la main, il s'areftera, comme feroit aufTy vne baie qui feroit pouftee de la main contre le point B.

12. Pour les cors mois qui ne reialliffent point, c'eft toute vne autre raifon,& i"ayfuppofé,en efcriuant

20 de la réflexion % queie parlois feulement de ceux qui ne perdent rien du tout de leur mouuement contre le cors qui les fait reflefchir.

ij. Vous auez raifon, contre Galilée, de dire que la figure des cors plus pefans que l'eau les peut empef-

I remonte, — 10 autre omis. parler ajouté. — 21-22 mouue-

— i3-i7 Ce que... point B. ment... reflefchir.] force en

omis. — 19-20 en... parlois rejaillilfant. omis. — 20 après feulement]

a. Dioptrique, p. i3.

b. Discorso... intorno aile cose che staiino in m l'acqua. o che in quella si muovono. Florence. 1612.

�� � i8o Correspondance. h, 247-248.

cher de s'y enfoncer, & voftre exemple des métaux difîous en l'eau forte eft fans réplique.

14. le ne doute point que le caput mortuum des chy- miftes ne fe puifTe entièrement refoudre en fel, en eau, en huile & en matière plus fubtile, 11 on le broyé 5 & le digère auec quelques difToluans qui foyent pro- pres a cet effed; *.

I ^ . Pour la grandeur des eftoiles, Lanfbergius '^ les fait incomparablement plus grandes que le foleil ; mais, pour moy, ie ne les iuge qu enuiron de mefme 10 groffeur. Et ie ne conçoy qu'vne feule caufe, en tout l'vniuers, qui fait que la terre fe meut en | 24 heures autour de fon centre, & en vn an autour du foleil, lupiter en 12 ans, Saturne en jo, & ainfy des autres, félon leurs diuerfes fituations. Mais tout cecy ne peut «5 bien eftre expliqué, fmon dans le Monde, ny aufly toutes les difficultez qu'on peut auoir de la lumière.

16. le croy que la plus grande force d'vne efpée eft, comme vous dites, entre fon centre de grauité & fa pointe, mais qu'elle eft d'autant plus proche de la 20 pointe qu'on frape auec plus de violence, & plus pro- che du centre de grauité que cete violence eft moindre.

17. Vimpetus imprimé en vne baie d'arquebufe n'eft

I s'y enfoncer] defcendre. — ajouté. — 16 eftre... finon]

4 entièrement] tout. — 5-6 fi entendre que. — le] mon. —

on le broyc &] en. — 6 digère] 20 mais qu'elle] et que l'endroit

digérant. — 10 de la mefme. — où elle eft. — 21 violence] force.

12 : 24] vingt-quatre. — i3 & — avant plus proche] d'autant

omis. — 14 : 12] douze. — 3o] ajouté. — 22 cete... moindre]

trente. — i5 avant peut] fe le coup eft plus foible.

a. Philippi Lansbergu Commentationes in mottim Terrce diurnum et annuum et in verum adspectabilis Cœli typum, etc. Middelbourg, i63o.

�� � n,»48. CCVI. — i^ Septembre 1640. 181

point différent de fon mouuement, & ainfy voftre rai- fon pour prouuer qu'elle va plus vifte a }o pas qu'a 2 ou }, me femble nulle, comme aufly ie doute de l'effed.

18. Il eft certain que tout ce qu on conçoit diftinc- tement eft poffible, car la puiiïance de Dieu s'eftend au moins aufTy loin que noftre penfee*. le fuis,

Mon Reuerend Père,

Voftre très humble & très affectionné feruiteur.

��DESCARTES.

��Du i^ fept. 1640.

��Page 180, 1. 7. — Deux passages d'une lettre de Villiers à Mersenne, datée de Sens, 4 oct. 1640, et comntuniquée ensuite à Descartes, sont à rapprocher de cet alinéa :

1° « ... Que si, après cela, me demandiez, le sel tiré des cendres. » qu'est-ce que le reste? Et a cela ie respondray que c'est toujours vn a sel, quoy qu'on l'apelle caput mortuum, et qui se pourroit dissoudre a aussy bien que le sel, si ce n'estoit que le feu, agissant sur les cendres, » les rend grauelees et comme du sable inepte a la production, vnissant » par vne vitrification imparfaite plusieurs atomes en un très sensible de 1) sable. Et si cela n'estoit, et que ces cendres ne fussent vn sel résolutif » a l'humide, dont elles doiuent auoir eu premièrement et comme dessus » la nature, comment est-ce, ie vous prie, qu'elles fussent entrées dans les » arbres et leurs branches et feuilles, pour les nourrir, puisqu'elles vont » toujours au fond de l'eaue? » [Bibl. Nat., MS.fr. n. a. 62o5,f. 441^ p. ^4g-j5o.)

3» « ... M"" des Cartes, dont i'attens les Essais dans deux ou troys iours » [en marge, de la main de Mersenne : il y a long temps que ie luy auois » conseillé d'achepter vos Essays, me semble aprocher du sentiment que

i'ay des principes chymiques, quand il les fait, les principes chymiques.

��»

��» tous fluides auec l'eaue auec laquelle ils sont incorporez; car en efect tous,

I fon mouuement] fa viteffe. — 7 au moins aulîy] plus. —

— voftre] la. — 2 : 3o] trente. penfee] Efprit. — après le fuis,]

— 3 : 2 ou 3] deux ou trois. tout le reste omis.

�� � iBi Correspondance.

» rendus fluides, s'euaporent et se dissoluent en l'air, comme dessus, mesmc » le sel; et quant au caput mortuum, il se dissoudroit aussy, n'estoit l'em- » peschement susdit. Pour les figures qu'il veut faire passer pour formes, a ou du moins pour noter la distinction des choses, ie trouue qu'il y a » bien a penser, quoy que peut estre ce soit le plus court. Mais comme ic " n'entends pas bien son dessein par ce peu de lignes que vous m'auez » escrit de son opinion, aussi ne vous en diray rien pour cette occasion. » {Ib.J.4ii,p.75o.)

Page i8i, 1. 7. — La pensée communiquée à Descartes par Mcrscnne avait été extraite par lui d'une lettre, en date du 18 août 1640, qui lui avait été adressée par le P. J. Lacombe, minime à Blaye. Dans la lettre sui- vante, CCVII du 3o septembre, art. 3, Descartes reviendra sur la question, mais ici il ne connaît peut-être l'argument du P. Lacombe que sous une forme plus ou moins modifiée par Mersenne. Voici exactement le passage de la lettre précitée dont il s'agit :

« le ne voy pas comme auec quelque apparence de raison les athées » peuuent rendre toutes choses indépendantes. Ils ne peuuent pas au » moins nier qu'il n'y aye quelque production en la nature, car il y a des » mouuemens et des vnions, et mesme des espèces comme celles qui se » voient aux miroirs, sans que ces estres soient composés des atomes » éternels. Que s'il y a quelque production, pour quelle raison niera-(,n B que tout ce au dessus de quoy on pourra conceuoir vn estre plus parfaict » ne puisse estre produict? Or pouuoir estre produict et estre absolument » indépendant, ne s'accordent pas ensemble. Certes tout estre que nous » conceuons distinctement comme possible est possible. Or nous conceuons B distinctement que tout estre qui n'est pas tout estre, et qui n'est pas K absolument parfaict, peut estre produict. Puisque nous voyons par expe- » rience qu'il y a des estres imparfaicts qui sont produicts, de dire que j) toutes choses soient esgallement parfaictes, comme veulent les athées, » cela choque si fort le sens et l'expérience que ie ne sçay comme on l'a a peu seullement penser. Diront-ils que mon image représentée dans vn » miroir est aussy parfaicte que moy? » {Bibl. Nat., MS.fr. n. a. 6204, p. 2 12-21 3.)

Remarquons que le P. Lacombe, dont nous aurons, aux éclaircissements des lettres CCVII et CCX, à citer d'autres passages, est, en tout cas, un esprit absolument indépendant et qu'il ne connaissait certainement pas, en i6.j0, \e Discours de la Méthode.

�� � 11,248-249- CCVII. — ^o Septembre 1640. 183

CCVII.

Descartes a Mersenne.

Leyde, 3o septembre 1640. Autographe, Bibliothèque de l'Institut.

La 35' de la collection La Hire,etle ti° ( sp) du classement de dont Poirier. Variantes du texte imprimé par Clerselier, d'après la mi- nute, t. II, lettre 43, p. 248-255.

Mon Reuerend Père,

le ne penfois pas encore vous efcrire pour ce voyafge,mais ie me fuis auifé d'vne chofe dont ie feray bien ayfe d'auoir voftre auis & inftrudion. C'eft que 5 ie m'eilois cy deuant propofé de ne faire imprimer que 20 ou ^o exemplaires de mon petit traité de Me- taphyfique, pour les enuoyer a autant de Théologiens & leur en demander leur opinion, ainfy que ie vous auois mandé ^ Mais pource que ie ne voy pas que ie 10 puifle faire cela, lans qu'il foit vu prefque de tous ceux qui auront la curiofité de le voir, foit qu'ils l'ayent de quelqu'vn de ceux a qui ie l'auray enuoyé, foit du libraire qui ne manquera pas d'en imprimer plus d'exem|plaires que ie ne voudray, il me femble que ie

2 penfois... pour] vous euffe 11 auront la curiofité] feront

point encore écrit à. — 3 mais] curieux. — 12 quelques-vns. —

finon que. — 6 : 20 ou 3o"' vingt iZ après d'en] faire ajouté. ou trente. — 10 prefque omis. —

a. Lettre CLXXVII, t. II. p. 622. 1. 21.

�� � 184 Correspondance. n, ug-

feray peuteftre mieux d'en faire faire vne imprefTion publique tout du i" coup. Car ie ne crains pas qu'il y ait rien qui puifTe defagreer aux Théologiens; mais i'eufTe feulement defiré auoir l'approbation de plu- fieurs, pour empefcher les cauillations des ignorans 5 qui ont enuie de contredire, & qui pourront eflre d'au- tant plus eloquens en cete matière qu'ils l'entendront moins, & qu'ils croyront qu'elle peut eflre moins en- tendue par le peuple, fi ce n'efl que l'authorité de plu- fieurs gens dodes les retiene. Et pour cela i'ay penfé 10 que, fi ie vous enuoyois mon traité en manufcrit, & que vous le fifTiez voir au R. Père Gibieuf% auquel ie pourrois aufTy en efcrire pour le prier de l'examiner, ie fuis fort trompé s'il manque a me faire la faueur de l'approuuer. Puis vous le pourrez aufTy faire voir a i5 quelques autres, félon que iugerez. Et ayant ainfi l'ap- probation de j ou 4 ou plufieurs, on le feroit impri- mer, & ie le dedierois, fi vous le trouuez bon, a M" de la Sorbone en gênerai, affin de les prier d'eflre mes protedeurs en la caufe de Dieu. Car ie vous diray que 20 les cauillations du Père Bourdin m'ont fait refoudre a me munir d'orenauant, le plus que ie pourray, de l'authorité d'autruy, puifque la vérité efl fi peu eftimée eflant feule.

2 tout omis. — i"] premier. — — 16 vous le iugeriez à propos.

après Car] enfin ajouté. — 10 re- — ainfi ayant. — 17:3 ou 4]

tiene] retiennent. — 1 1 après trois ou quatre. — ou de plu-

que] ie ne ferois peut eftre pas fieurs. — 18-19 M" de la] Mel-

mal ajouté. — 12 Père] P. — fieurs de. — 21 du Père Bour-

i3 en omis. — 14 avant ie] & din] de quelques-vns, ajouté. — 1 5 pourrez] pourriez.

a. Voir la lettre CCXV ci-après, du ii nov. 1640.

�� � Il, M9-=^o CCVII. — }o Septembre 1640. ï8^

le ne feray point encore mon voyafge pour cet hy- uer; car, puifque ie doy receuoir les obiedions des lefuites dans 4 ou 5 mois, ie croy qu'il faut que ie me tiene en pofture pour les attendre. Et cependant i'ay 5 enuie de relire vn peu leur Philofophie, ce que ie n'ay pas fait depuis 20 ans, affin de voir fi elle me femblera maintenant meilleure qu'elle ne faifoit autrefois. Et pour cet effed, ie vous prie de me mander les noms des autheurs qui ont efcrit des cours de Philofophie 10 & qui font le plus fuiuis par eux, & s'ils en ont quel- ques nouueaux depuis 20 ans; ie ne me fouuiens plus que des Conimbres, Toletus & Rubius*. le voudrois bien auffy fçauoir s'il y a quelqu'vn qui ait fait vn abrégé de toute la Philofophie de l'Efchole, & qui foit i5 fuiui; car cela m'efpargneroit le|tems de lire leurs gros liures. Il y auoit, ce me femble, vn Chartreux ou Feuillant qui l'auoit fait; mais ie ne me fouuiens plus de fon nom*. Au relie, fi vous trouuez bon que ie dédie mon traité de Metaphyfique a la Sorbone, ie 20 vous prie auffy de me mander comment il faudroit mettre au titre de la lettre que ie leur efcrirois au deuant du liure.

le viens a vollre lettre du 1 5 de ce mois, ou la pre- mière difficulté eft touchant la force de la troifiefme 25 poulie, a laquelle ie puis facilement refpondre, a caufe que ie trouue que tous ont raifon, aulTy bien

3 lefuites] PP. lefuiies. — omis. — i3 bien omis. — fça-

4 ou b] quatre ou cinq. — uoir aulTi. — s'il y en a. —

D-6 ce. . . ans parenthèse. — 6 : i4abregéj Compendium. — 16-

ao] vingt. — 10 & qui] lefquels. 17 Fueillan ou Chartreux. —

le! les. — Il depuis 20 ans 21-22 que... liure.] dedicatoire.

omis!— 12 Toletus & Rubius — 23 : i5 quinzième.

Correspondance. III. 24

�� � i86

��Correspondance.

��Il, 25o-25l.

��ceux qui difent qu'elle quadruple la force de la pre- mière, que ceux qui difent | qu'elle ne fait que la tri- pler. Et la différence ne vient que de ce qu'ils la confi- derent diuerfement ; car ceux qui difent que la troi-

fiefme poulie triple la force de la première, & que la quatriefme la qua- druple, la cinquiefme la quintuple, c^ ainfy a l'infini, entendent que G" ces poulies dépendent l'vne de l'autre^ comme elles font d'ordinaire , en forte qu'il n'y a qu'vne mefme chorde qui pafle par toutes. Et lors il efl; bien clair que, comme la première poulie double la force, ainfy la troifiefme la fextuple, a caufe que, pourhauffer, par exem- ple, d'vn pied le poids A par le moyen de la chorde C, qui ell palTée autour de j poulies en D & de j autres en B, il efl euident qu'il faut tirer cete corde de la longeur de fix pieds, vu qu'elle eft pliee en fix. Mais les autres entendent, ou doiuent enten- dre, qu'il y a vne corde particulière pour chafque

■ 4 car] à fçauoir. — 25 autour] au trauers. — 25 et 26 : 3] trois. — 25 D] B. — 26 de omis. — B] D.

���10

��i5

��20

��25

�� � II, 25 I.

��ce VII. — 30 Septembre 1640.

��187

��poulie : comme pour leuer le poids H, la chorde paiTée dans la poulie B efl attachée par vn bout a la muraille en A & par l'autre a la poulie C, autour de laquelle eft paffée vne autre corde attachée en D ^^ a 5 la troifiefme poulie E, autour de laquelle eft palfée vne troiiiefme corde attachée en F, & il eft euident que la main en G doit tirer 8 pieds de cete corde FG pour faire haufter d'vn feul pied le poids H, de façon qu'elle quadruple la force de la première poulie.

10 Quand aux règles" pour tirer la racine cubique des binômes, il eft certain que la première eft très faufte & impertinente; mais pour la dernière, ie ne crains pas de vous dire que c'eft moy mefme qui l'ay faite & que ie ne croy pas qu'il y manque aucune chofe, &

i5 mefme il eft ayfé de l'appliquer aux racines furfolides, B furfolides, & autres à l'infini ; de quoy ie veux bien icy mettre la règle en faueur de M' Dounot, que i'ef- time & que i'ay connu de réputation il y a 20 ans, ayant

��I après commel par exemple ajouté. — 3 en] au point . — la] vne féconde, — 3 et b au- tour de] dans. — 4 et 6 avant attachée] qui eft ajouté. — 4 en D &] par vn bout a la muraille au point D, & par l'autre. — 5 eft pafl'ée] paffe derechef. — 6 en F, &] par vn bout a la muraille F, & en tirant le bout G. — 6-7 que... FG] qu'il le faudra hauffer de huit

��piez. — 8 hauffer. . . H] que le poids H fe hauffe d'vn pié. — 8-9 qu'elle... force] que cette troifiéme Poulie octuple la force fimplefans Poulie, & quadruple celle. — 12 crains] craindray. — 16 B furfolides omis. — 16- 17 de quo}'. . . faueur] et pource que ie voudrois bien mériter les bonnes grâces. — 17-18 que i'el- time & omis. — 18 : 20J plus de

��a. Dans 4'autographe, toute la 3'= page : « Quand aux règles... penfer pour le retrouuer. » (ci-après p. 190, 1. 19) a été marquée (par Mersenne r) d'une ligne tirée du haut en bas à la marge. Pour tout ce passage, cf. lettre du !«'■ fév. 1640, ci-avant p. 2i-3o, et les éclaircissements, p. 3o-32.

�� � i88 Correspondance. h, ^'.r-îbi

fceu deflors qu'il eftoit ami d'vn de mes plus intimes, nommé M' le Vafleur, que i'honore extrêmement, il n'eft befoin icy de parler que des binômes] dont vne partie eft nombre rationel, & l'autre la racine d'vn nombre rationel ; car il n'y a que ceux la, & ceux qui 5 fe peuuent rendre tels par le moyen de quelque mul- tiplication, dont on puiffe tirer la racine. Ayant donc vn tel binôme, il faut tirer la racine de la diffé- rence qui efl entre les quarrez de fes parties, û elle eft rationelle; ou, fi elle ne l'eftpas, il faut multiplier lo

2Vafl'eurJV. — 2-8 II n'eft... cy. Et. — 8 apr-ès racine] pa-

binome] ie tafchera}' icy de l'ex- renthèse ajoutée : Notez. . . des

pliquer. Premièrement il n'y autres, c'est-à-dire tout ce qui

a point de Binômes | dont la se trouve en marge dans l'auto-

Racine fe puifle tirer telle que graphe. Quelques variantes pour

ce foit, finon ceux qui, ibit du cette parenthèse : 12 i'entens

premier coup, foit du moins &c, il faut entendre. — i3 a'

après auoir efté multipliez ou eft de. — 14 la omis 2 fois. —

diuifezpar quelque nombre, ont i3 (que. . . cube) sans signes de

l'vne de leurs parties Ration- parenthèse. — quelques vns]

nelle, & dont l'autre partie eft d'autres. — 16 pour.. .1/7) ow/s.

la Racine quarrée d'vn nombre — 17 a l'infini omis. Après la pa-

Rationel; fi bien qu'il eft feule- renthèse (1. 8) il faut, dis-je, tirer

ment befoin de parler de ceux- la racine ajouté. — 9 fes] leurs.

a. En marge : Notcz quc partout OU ic mcts la ra- cine fans dire quarrée ou cubique, i'entens celle qui a mefme dénomination que celle qu'on cherche. Et pour la racine cubique, i'efcris y/ ^); pour la racine fur- folide (que quelques vns nomment quarrédecube)^, i5 i'efcris v/ 5) ; pour la B furfolide ^j), & ainfy des autres a l'infini.

b. Descartes aurait dû dire quarrécube (quadratocubus), suivant la ter- minologie de Diophante, et non pas quarré de cube (quadratus cubi), ce qui ne peut désigner que la racine sixième.

�� � u, aSî. CCVII. — jo Septembre 1640. 189

le binôme donné par cete différence, si on cherche la 3, ou par son quarré, fi on cherche la 5, ou par fon cube, fi on cherche la y/ 7, & ainfy a l’infini, & lors on aura vn binôme duquel la racine de la différence 5 qui efl entre les quarrez de fes parties fera rationelle. Apres cela, il faut diuiser cete racine de la différence par vn nombre rationel vn peu plus grand que la ra- cine de tout le binôme, mais qui ne Texcede pas d’vn demi, (& ce nombre rationel efl toufiours ayfé a

10 trouuer par l’Arithmétique); au quotient il faut ad- ioufler ce mefme nombre rationel, lorfque la partie rationelle du binôme donné efl plus grande que l’ir- rationelle, (ou l’en ofler, quand elle efl moindre), & le’ produit efl vn nombre rompu, duquel il faut reieter

i5 la .fraction qui est moindre que l’vnité, & la moitié du nombre entier qui refle efl l’vne des parties de la racine, du quarré de laquelle ayant fouflrait la racine de la différence fufdite, lorfque la partie rationelle efl la plus grande, (ou luy ayant adiouflé, lors qu’elle efl

20 moindre), le produit efl le quarré de fautre partie : au moins fi la racine du binôme donné peut eflre ex- primée par nombres, de quoy on peut toufiours faire la preuue par la multiplication; car fi on manque a produire ce binôme, il efl certain qu’il n’a point de

25 racine qu’on puiffe exprimer. Mais i’ay vn peu deguifé cete preuue dans l’autre règle, pour y faire paroiflre

4 duquel] dans lequel. — 9 & de fon. — de laquelle omis. —

omis. — i3 et 19-20 (ou... solamoindre. — 23-25 car...

moindre) smis signes de paren- exprimer omis. — 2 5 i’ay. . . de-

thèse. — 16 l’vne des parties] la guile] i’auois engagé. — 26 pour

partie rationelle. — 17 du] Et y] afin d’y.

�� � iço Correspondance. h, 252-253.

plus d'artifice. Et la demonftration de tout cecyefl bien claire : | car la racine de la différence qui eft entre les quarrez des parties du binôme donné, efl toufiours la différence des quarrez des parties de fa racine ; puis, dVn coilé, on fçait que le double de la partie ratio- 5 nelle de la racine cherchée doit eftre vn nombre en- tier; &, d'autre cofté,que ce nombre entier ne peut e'flre moindre d'vne vnité que le nombre rompu qu'on a trouué, d'où il fuit qu'en reiettant la fradion on doit auoir le double du nombre cherché. Or par cete règle 10 on peut auffy tirer la racine de iC— 6N = 4o; car, par la règle de Cardan, on trouue que cete racine eft compofée de la\/^). 20-f-\/^92, adiouftee a la y/^) de fon refidu 20 — ^^^92, de façon qu'ayant tiré ces deux \J ))^ qui font 2 + ^/2 & 2 — \J 2, & les ayant adiou- i5 ftées Tvne a l'autre, il vient 4. On le pourroit encore trouuer d'autre façon; mais pourceque ie ne me fuis iamais arefté a ces chofes la, & n'en ay rien gardé par efcrit, il m'y faudroit penfer pour le retrouuer *

I. Il eft certain que lorfqu'vn tuyau eft fort eftroit, cela retarde la defcente de l'eau, a caufe. que fes par- ties ne fe deioignent pas volontiers les vnes des autres, comme on voit de ce qu'elles tombent alors par goûtes & non par filets, c'eft a dire qu'elles s'affem-

I plus] vn peu plus. — 4 la] la. l'^S)] Racines Cubiques. — 18-

— 6 cherchée omis. — 7 d'autre 19 &... elcrit oviis. — 19 le re- cofté] de l'autre. — 9 d'où... trouuer] vous l'écrire. — 10 Les qu'en] de façon qu'on le trouue numéros i , et plus loin 2, 3, neceffairement en. — 9-10 on... etc., manquent dans Clers. — cherché o;«/s. — i3 : V3)J Ra- 21 les] les. — 24 à i, p. igi, cine Cubique [les deux fois). s'affemblent. . . tems] fe ralfem-

— avant 20] de ajouté. — i5: blent plufieurs enlemble.

�� � Il, a53-234. CCVII, — 30 Septembre 1640. 191

blent & demeurent quelque tems contre le bas du tuyau, auant qu'aucunes d'elles puiffe tomber.

2. Ce n'eft pas merueille que la pefanteur relatiue

dVn cors foit plus grande que l'abfolue ; car cete ab-

5 folue demeure toufiours vne mefme, au lieu que la

relatiue peut changer en vne infinité de façons &

croiftre ou diminuer a l'infini.

j . Ce qu'on vous a efcrit de Blaye, que tout ce que nous conceuons dillindement poffible eft pofiible, &

10 que nous conceuons diftindement qu'il eft poflible que le monde ait eilé produit, donc il a elle produit, c'eft vne raifon que i'approuue entièrement. Et il eft certain qu'on ne fçauroit conceuoir diftindement que le foleil ny aucune autre chofe finie foit indépendante ;

1 5 car l'independence, eftant conceue diftinélement, com- prent en foy l'infinité. Et on fe trompe bien fort de penfer conceuoir diftindement qu'vn|atome ou mefme qu'vne partie de matière eft indifférante a occuper vn plus grand ou vn moindre efpace; car premiere-

20 ment, pour vn atome, il ne peut iamais eftre conceu diftindement, a caufe que la feule fignification du mot implique contradidion, a fçauoir d'eftre cors & d'eftre indiuifible. Et pour vne vraye partie de ma-

2 aucunes. — 7 ou diminuer chaque. — 18 qu'vne] chaque. —

omis. — 9 après diftindementi de la matière. — 19 à 3, p. 192,

comme ajouté. — 10 que omis. premièrement... auoir.] en la

— 14 finie omis. — i5-i6 car... penfée diftincte d'vne partie de

l'infinité.] fi ce n'eft qu'on y la Matière, la quantité determi-

conçoiue vne Puiffance infinie, née de l'Efpace qu'elle occupe

laquelle n'eft qu'en Dieu. — doit neceffairement eftre com-

16 Et] Mais. — 17 qu'vn] que prife.

a. Voir ci. avant, p. 181 L j, etVéclaircissement,p 182.

�� � tiere, la quantité déterminée de refpace qu’elle occupe est necessairement comprise en la pensée distincte qu’on en peut auoir. Le principal but de ma Metaphysique efl de faire entendre quelles font les choses qu’on peut conceuoir distindement. 5

4. Pour le flus & reflus, ie m’assure que, si vous auiez vu le peu que ie vous en ay escrit a auec le reste de la piece dont il est tiré, vous n’en chercheriez point d’autre cause; celle la est trop euidente & se rapporte exactement a toutes les experiences. Car le 10 flux, qui se fait egalement en tout le cors de la mer, doit paroistre diuersement aux diuerses costes, selon qu’elles font diuerfement disposées. Comme, en la mer qui est icy le long de la Hollande, l’eau est beaucoup moins a monter qu’a descendre, ce qui vient de ce 15 qu’elle se decharge d’vn costé dans le Zuyderzee, & de l’autre dans les eaux de la Zelande. Et le mascaret vient de ce que toute l’eau que le flux apporte entre les costes d’Espagne & de Bretaigne, se va decharger ensemble vers la Dordogne, comme vous pouuez voir 20 dans la carte. Et ainfy, en connoissant bien particulierement toutes les costes, la raison particuliere du flux qui s’y obserue se peut aysement deduire de la generale que i’ay donnée*.

5. Pour les objections de l’homme de Nismes*, ie 25 juge du peu que vous m’en escriuez, qu’elles ne doi-


4 est...font] n’est que d’expliquer — 7 le peu] ce. — 12 doit paroistre] paroist. - 13 après diuersement] situées & ajouté.- 16 d’vn costé] par le Texel.- 17 de l’autre... de] par.- après Zelande] dans le Rhin ajouté.- mascaret] marscaret.


a. Plus haut, p. 144. La « pièce » est le Traité de la lumiere. II, 254-J55. CCVII. — ^ 50 Septembre 1640. içj

uent gueres valoir. Car de dire qu'on ne doit pas fup- pofer que la baie n'ait ny pefanteur, ny figure &c., c'eft monftrer qu'il ne fçait ce que c'eft de fcience. On ne doute point que la baie ne foit pefante, ny que

5 fon mouuement ne diminue toufiours, d'où il fuit que iamais fa reflexion ne fe fait a angles parfaitement égaux. Mais c'eft eftre ridicule que de ne vouloii pas qu'on examine ce qui arriueroit en cas qu'elle fuft telle. Et en la lumière, ie ne confidere pas le mouue-

10 ment, mais l'adion ou inclination a fe mouuoir, la- quelle eftant inftantanée ne peut ainfy diminuer. Et encore qu'elle diminueroit. il eft certain que ce doit eftre de fort peu, vu qu'elle ne fe pert pas toute en venant du foleil iufques a nous, & ainfy que cela ne

i5 doit point eftre confideré. le preuoy que i'auray afl'ez de cauillations du Père Bourdin en cete matière ; c'eft pour|quoy ie n'ay point enuie d'en voir d'autres.

Pour la grande quantité des odeurs qui s'exhalent des fleurs, elle ne vient que de l'extrême petitefl'e des

20 parties qui les compofent. le fuis,

Mon Reuerend Père,

Voftre très humble & très affedionné feruiteur,

DES CARTES.

«5 De Leyde, ce jo fept. 1640.

3 de] que. — 4 ne... la] 10 ou... mouuoir ow/s. — 10-

fçait bien qu'vne. — ne foit pe- 11 laquelle] qui. — ii-i5 Et...

fante] n'eft pas fans pefanteur. confideré omis. — 16 Bourdin]

— après n)'] parfaitement dure, N. — 20 les] la. — 21 M. R. P.

& ajouté. — 5 ne omis. — — 23 affedionné] obeïlTant. —

9 après en] l'adion de ajouté. — 25 De. . , 1640 omis.

Correspondance. III. 2i

�� � ic>4 Correspondance.

Page i85, 1. i2. — « Les Conimbres », à savoir Commentaru Collegii CoNiMBRiCENSis, Cours de Philosophie péripatéticienne, dicté au Collège des Jésuites de Coïmbre, en Portugal, publié à partir de 1592, et souvent réédité dans le premier tiers du xyu» siècle. Il comprenait :

1. Commentarii in octo libros Physicorum Aristotelis. Conimbrica, 1592. Lugduni, 1594. Colonise, 1699. Moguntiae, 1601. Lugduni, 1602. Colonise, 1602. Lugduni, 1610, 1616. Colonias, 1616.

2. Id. in quatuor libros de Cœlo. Conimbricae, 1592. Lugduni, 1594,. 1598, 1616.

3. Id. in libros Meteorum. Conimbricae, 1592. Lugduni, 1594, 1598. 1608. Coloniae, 1618, i63i.

4. Id. in libros qui parva Naturalia appellantur. Conimbricœ, 1592. Lugduni, i593, 1594, 1698, 1608. Coloniae, 1618, i63i

Les numéros 2, 3 et 4 ont été souvent réimprimés sous un titre com- mun : Ulysipone, iSgS. Coloniae, iSgô. Venetiis, 1606. Colonie, i6o3, 1616, i63i.

5. Id. in libros Ethicorum. Conimbricîe, 1594. Lugduni, i593, 1594, 1598, 1608. Coloniae, 1612. Lugduni, 1616. Colonise, 1621. — Imprimé aussi, sous un titre général, avec les trois précédents ; Lugduni, 1608, 1616.

6. Id. in duos libros de Generatione et Corruptione. Conimhncas, 1697. Lugduni, 1600. Moguntiae, 1601, 1606. Lugduni, 1606, i6i3. Mogun- tiae, 161 5.

7. Id. in très libros de Anima. Conimbricae, iSgS. Lugduni, 1600. Co- loniae, 1600. Lugduni, 1604. Venetiis, 1606. Lugduni, 1612, 1616. Colo- nise, 1617, 1619. Lugduni, 1627. Argentorati, 1627. Coloniae, 1629.

8. Id. in univeisam Logicam Aristotelis. Ex bibliopolo Frobeniano,. 1604. Venetiis, 1604.

9. Id. in universam Dialecticàm Aristotelis. Conimbricœ, 1606. Lug- duni, 1607. Coloniae, 1607, 161 1. Lugduni, 1610. Venetiis, 1616.

La liste de ces éditions ne remplit pas moins de cinq colonnes, 1273- 1278, t. II de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, nouv. édit. par Carlos Sommervogel, S. J., Strasbourgeois (Bruxelles et Paris, 1891).

ToLETus, ou ToLEDo, François, né à Cordoue le 4 oct. i532, cardinal le 17 sept. 1593, mourut le 14 sept. 1596.

La liste de ses ouvrages philosophiques, avec leurs nom.breuses édi- tions, remplit cinq colonnes, 64-69, t. VIII de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, nouv. édit. par Carlos Sommervogel, S. J., Stras- bourgeois (Paris et Bruxelles, 1898). Ce sont :

1. Introductio in Dialecticàm Aristotelis. Per Magistrum Franciscum Toletum, Sacerdotem Societatis Jesu, ac Philosophia; in Romano ejusdem Societatis Collegio Professorem. Romae, i56i. Viennce, i562. Romse, i565, 1569. Venetiis, 1574, 1578. Mexici, 1578. Compluti, 1 58 1. Vene- tiis, i588. Romae, i6oi. Venetiis, 1602, 1607. Parisiis, 1620.

2. D. Francisci Toleti, Societatis Jesu, Commentaria una cum quœstio-

�� � CCVII. — ^o Septembre 1640. ipj

nîbus in universam Aristotelis Logicam. Romae, 1572. Coloniae, iSyS, 1577. Compluti, 1578. Colonix, 1579. Parisiis, i58i. Venetiis, i582. Coloniaï. i583. Compluti, i583. Venetiis, 1584, 1587. Lugduni, i588. Venetiis, 1589. Colonije, 1589. Venetiis, iSgo. Coloniœ, iSgS, iSgô. Venetiis, iSgô. Colonise, 1607. Lugduni, 1008. Colonise, 161 5.

3. Item in octo libros de Physica Auscultatione. Venetiis, 1573. Colo- niœ, 1574. Compluti, 1577. Venetiis, 1578. — Item et inlib. Arist.de gene- ratione et corriiptione. Coloniœ, 1579. Venetiis, i58o. Parisiis, i58i. Compluti, i583. Coloniae, i585. Lugduni, 1587, i588. Romae, iSpo. Colonise, iSgS. Lugduni, 1598. Venetiis, 1606. Coloniœ, i6i5.

4. It. in très libros Aristotelis de Anima. Venetiis, 1574, 1575. Coloniae, 1576. Compluti, 1577. Coloniae, r579. Lugduni, i58o. Venetiis, i58o. Compluti, i582. Parisiis, i583. Coloniœ, i583. Venetiis, i586. Lugduni, iSgi. Coloniae, 1594. Lugduni, 1600, 1602. Venetiis, i6o5. Coloniae, i6i5, 1625.

5. It. in duos libros Aristotelis de Generatione et Corruptione. Venetiis, 1575, J579. Compluti, i58o. Lugduni, 1587. Venetiis, iSgo.

6. F). Francisci Toleti S. J. omnia quce hiiciisque extant opéra. Quo- rum Catalogum versa pagina indicabit. Lugduni, apud Alexandrum Mar- silium Lucensem, i586, in-8, p. 224. Mais ce n'est là qu'une première partie, et le catalogue ne donne que les titres suivants : Introductio in Dialeclicam. — In Aristotelis Physicam Commentaria. — In Aristotelis de generatione et corruptione. — In Aristotelis de Anima. — Voici l'ouvrage complet : D. Francisci Toleti Societatis Jesu omnia quce hucusque édita sunt opéra philosophica. Lugduni, in officina Hug. a Porta, apud Fratres de Gabiano, 092, in-8, 4 vol. — Lugduni, 1608, in-8, 4 vol.

RuBius, RuBio ou Ruvio, né à Rueda, près de Médina del Campo, en 1548, séjourna 25 ans au Mexique où il enseigna 11 ans la philosophie, revint en Espagne et mourut à Alcala le 8 mars 161 5. Voici ses ouvrages philosophiques, dont la liste tient quatre colonnes, 280-284, t. VII de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, nouv. édit. de C. Sommervogel (Paris et Bruxelles, 1896).

1. Logica Mexicana siue Commentarii in universam Aristotelis Logi- cam. Autore Antonio Rubio Rodensi, Societatis Jesu Theologo, et Pro- fessore in Regia Mexicanoruni Academia. — Coloniœ, i6o5, 4". Parisiis, i6i5, 4°.

2. Commentarii in universam Aristotelis Dialecticam, vna cum dubiis et quœstionibus hac tempestate agitiri solitis. — Compluti, i6o3. Craco- viae, 1608. Colonise. 1609. Compluti, lôioet i6i3. Coloniœ, i6i5, 1621 et 1634. Londini, 1641.

3. Logica Mexicana R. P. Antonii Ruvio Rodensis, etc.; hoc est : Com- mentarii breviores et maxime perspicui in universam Aristotelis Dialec- licam... — Lugduni, 161 1 et 1620. Brixiae, 1626.

4. Commentarii in octo libros Aristotelis de Physico Auditu. — Matriti,

�� � 196

��Correspondance.

��i6o5. Valentiae, 1606. Coloniae, i6ro. Lugduni, i6îi. Compluti, i6i3. Coloniœ, 1616. J^ugduni, 1618, 1620. Brixiae, 1626. Coloniae, 1629.

5. Commentarii in libros Artstotelis Stagyritœ de ortu et interitu^ rerum naturalium, seii de generatione et corruptione earum. — Lugduni, 1614. Matriti, i6i5\ Coloniœ, i6ig. Lugduni, 1620. Brixiœ, 1626.

6. Commentarii in libros Aristotelis Stagyritœ, philosophorum Prin- cipis, de Anima. — Compluti, 1611. Lugduni, 161 3. Coloniœ, i6i3. Lug- duni, 1620. Coloniae, 1621. Brixias, 1626.

7. Commentarii in libros Aristotelis Stagiritœ de Cœlo, et Mundo, etc. — Matriti, i6i5. Lugduni, 1616. Colonise, 1617. Lugduni, 1620. Colo- niae, 1626. Brixiae, 1626.

8. In libros Physicorum Aristotelis Commentarii et quœstione s. Com- pluti, 1620.

Page i85, 1. 18. — Frère Eustache de Saint-Paul, dit le Feuillant (de son vrai nom Asseline). La première édition de son ouvrage est de 1609 (Pari- siis, Carolus Chastellain, 2 vol. in-8; privilège du roi, 2 juin 1609), les deux premières parties formant un volume, et les deux autres un second, de la façon suivante :

\° Summa philosophica qitadripartita, de rébus Dialecticis, Moralibus, Physicis et Metapliysicis. Authore Fr. Eistachio a Sancto Pallo a Con- gre gatione Ftiliensi. Tomus prior duas priores partes hujus Summce con- tinens. — Secitnda pars Summcv philosophicœ, quce est Ethica de rébus Moralibus, in très partes divisa cum duplici indice locupletissimo.

2" Tertia pars Sitmmœ philosophicœ, quœ est Physica de rébus Natura- libus, in très partes divisa... Tomus posterior duas posteriores partes hujus operis continens. — Qiiarta pars Summœ philosophicœ, quœ est Me- taphysica, in quatuor partes seii tractatus divisa. . .

La 2" édition est de 161 1 (Parisii^, C. Chastellain, in-8), la 3° est de 1614 [ib.), etc. Il en parut une y" en 1623 (Parisiis, apud Viduam C. Chastellain, deux tomes en un volume in-8), et finalement deux en 1626 (Parisiis, A. Bacot, et Lugduni, Rigaud).

Paje 190, 1. 19. — Dans le passage mathématique qui précède, on a fidèlement reproduit les notations de l'autographe. Elles appellent quelques observations.

Tout J'abord, nous voyons Descartes (p. 190, 1. 11), au lieu d'écrire à sa façon l'équation du troisième degré qu'il propose :

x^ — 6.V DO 40,

adopter (comme plus familières à Dounot?) les notations de Xylander, le premier traducteur de Diophante, notations d'ailleurs employées par Viete et Bachet. Mais il se sert également ici de notre signe d'égalité actuel, quoiqu'il nt fût guère alors usité en France, mais plutôt propre aux algébristes arglais. Car Viete l'avait appliqué à la désignation d'une diffé-

�� � CCVII. — jo Septembre 1640. 197

rence en valeur absolue, et Descartes l'emploie i' ordinaire pour signifier plus ou moins.

Quant aux radicaux, on a pu voir (p. i88, note a) que Descartes, au lieu de placer l'indice entre les branches du signe J/",. ainsi que nous le faisons actuellement, le met après le signe, en le séparant par une demi- circonférence de la quantité dont la racine est à extraire. Cette notation était nouvelle et de son invention; dans la Géométrie, en dehors de la racine carrée, il n'emploie (p. 398) de symbole que pour la racine cubique, et il met, à cet effet, vc. Mais, dans le même ouvrage, apparaissent les barres horizontales au-dessus des quantités dont la racine est à extraire, barres que nous ne retrouvons pas dans cette lettre. Descartes s'y tient plutôt à son habitude antérieure de désigner seulement par un point d'abord le com mencement, puis la fin de la quantité à laquelle s'applique le radical. C'est ainsi qu'il aurait pu, pour l'équation ci-dessus, représenter en entier la formule de Cardan comme suit :

j: = 1/3). 20 +1/392. +1/3). 20 — 1/392.

Page 192, 1. 24. — Première réponse (voir la seconde, lettre du 28 oct. 1640, Clers., II, 25g] à trois passages de deux lettres, qu'un Minime de Blaye, le P. Lacombe, adressait à Mersenne, la première le 3o juin, la seconde le 18 août 1640. Le premier de ces passages, que vise l'article précédent de la lettre de Descartes, a été donné, plus haut, dans les éclair- cissements de la lettre CCVI, p. 182 (sur p. i8i, 1. 7) et sera complété dans ceux de la lettre CCX. Voici les deux autres :

1" lettre « ... le ne treuue point que le flux de la mer se puisse expli- » quer par le soleil et la lune, bien que ie croie que ces astres contribuent 1) a faire les plus grandes marées.- La cause la plus probable de ce flux se » doit prendre, selon mon iugement,des esprits igneés et autres semblables » a ceux qui forment les vents, lesquels s'esleuent de certaines contrées et » se meslent parmy les eaux, et leur impriment ce mouuement. Ce qui » semble estre sensible en ceste mer Oceane, ou la marée est tousiours » accompagnée d'un petit vent qui sort de l'eau, et ou, dans douze heures, » qui est la durée du flux et reflux ordinaire, on a veu quelquefois trois » flux et trois reflux, quelquefois sept, les vents estant pour lors fort » grands et extraordinaires. » {Bibl. Nat.,/r. n. a. 6204, f. iqo, p. 394.)

2"'» lettre « Ceux qui expliquent le flux et reflux de la mer par ce double i> mouuement de la terre, outre qu'ils expliquent une chose certaine » par des choses incertaines, se trouuent courts a expliquer les expe- » ricnces très certaines, desquelles ie vous ay escrit, de trois et de » sept reflux dans douze heures. Auxquelles l'en adiouste une autre que » i'ay veu souuent de mes yeux. C'est qu'aux moys de iuillet et d'aoust, » irrégulièrement et sans ordre certain de temps, la marée entrant dans la » Dordogne, il s'esleue quelquefois tantost vers un riuage,tantost versl'au- » tre, une grande montagne d'eau, qui tient un cinquiesme ou un sixiesme

�� � 198

��Correspondance.

��» de la largeur de la riuiere, et se meut beaucoup plus viste que la marée. » On appelle cela le mascaret. Comment expliqueront-ils encor diuerses » autres sortes de flux et de reflux qui se trouuent en des puits et en des » fontaines? Aux Pyrénées, il y a une fontaine, appellée en langage du » pays la fon estorbe, c'est a dire la fontaine du destourbier, qui a « chasque deux heures a son flux et reflux : le flux durant une heure et le » reflux durant une autre. Et cela seulement durant le printemps et l'esté, » et quelquefois durant l'automne, mais iamais durant l'hyuer. En ces » mesmes Pyrénées, il y a une autre fontaine qui a son flux et reflux » dans cinq heures. » [Ib.,/. i io,p. 214.)

Page 192, 1.25. — Sans doute Claude (ou David ?)Guiraud.Sorbière en parle ainsi, p. -jj des Sorberiana (Tolosae, 1691) : « Les nouvelles pensées j) de Mr. de la Chambre sur les causes de la lumière. Je lus ce livre fort » attentivement, à cause que nôtre ami Mr. Guiraud m'avoit depuis » peu envoie une belle lettre, où il me découvroit son sentiment de la » lumière. » Sorbière en parle encore, p. 53 [ib.], à propos du livre de Sébastien Basson, Philosophia naturalis adversus Aristotelem. Enfin, le même Sorbière écrit de La Haye à Gassend, le i*"" sept. 1646 : « Scire » velim an ad Guiraudum nostrum rescripseris. Vir est non spernendi » acuminis, quem si responso digneris vel breuissimo, ad maiora, quibus » impar non est, stimulabis. R. P. Mersennus nouit hominem et apud » Rozellum vidit Nemausi. » [Gass. Op., VI, 5oo.) Voir aussi p. 289-290 de la Vie de Gassendi, par le P. Bougerel (Paris, 1737).

��CCVIII.

Descartes a Wilhelm.

Leyde, 5 octobre 1640. Autographe, Leyde, Bibl. de l'Univ., Collection Huygens.

Une demi-feuille, très grand foi-mat, pliée en deux : la lettre oc- cupe tout le premier feuillet, recto [24 lignes) et verso {20 lignes, plus l'en-tête, la signature., etc., et un post-scriptum de g lignes); au verso du second feuillet, l'adresse. — Publiée par Faucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, t. II, 1860., p. ig-22. Pour les noms propres. Descartes s'est contenté presque partout d'écrire les initiales.

�� � CCVIII. — 5 Octobre 1640. 199

Monfieur,

Il y a quelques iours que i'ay eu deflein d'aller a la Haye, pour auoir l'honneur de vous voir; mais en ayant toufiours efté diuerti par quelque occupation, 5 ie ne puis différer a vous efcrire celle cy, pour vous fupplier de me commander ce qu'il vous plaira que ie confeille a Waeflenaer touchant M"" Dedel^ Car on imprime maintenant l'hiftoire de la gageure, a la fin de laquelle il efl obligé de rendre conte de l'argent ;

10 car c'eft le principal point & la conclufion de l'hiftoire. Et il y en a qui difent que celuy de St(ampion) luy a efté rendu ; et mefme St(ampion) fait courre le bruit que Waeflenaer a perdu le fien. Que s'il plaift a M' Dedel de donner celuy que St(ampion) a perdu a

i5 M du Kercken-raed^\ aufquels Waefl!'e(naer) a enuoyé fon aliignation, ce conte fera facile a rendre; car on fera feulement imprimer leur quittance, ainfy que St(ampion) a fait imprimer 2 ou ^ fois l'obligation de M' Dedel. Mais, au défaut de cela, on fera contraint de

20 faire vn narré de tout le fait, et comment St(ampion), au lieu de mettre fon argent entre les mains d'vn Pro- fefleur en Mathématique, ainfy que WaeflTenaer auoit defiré, il l'auoit donné a M"" Dedel, auquel WfaelTe- naer) n auoit pu refufer de donner le fien, a caufe

2 5 de la qualité de Recleur qu'il auoit pour lors% quoy

a. Voir la lettre CCIl, p. i 55 ci-avant, note c.

b. Conseil des Eglises.

c. Les Recteurs de l'Université de Leyde entraient en charge dans les premiers jours de février et en sortaient un an après. Le fj février lôSg. Antonius Walœus avait été nommé Recteur, mais il n'acheva pas son année; le 14 août, il fut remplacé par Dedel, professeur de Droit [siibro- galur Dedel Rect. Acad., dit V Album academicum de Leyde), et dés le

�� � 200 Correspondance.

que d'ailleurs il n'euft point l'honneur de le con- noiftre, & qu'il a monftré depuis qu'il ne l'auoit pas receu en qualité de Red:eur, pource que, eftant hors de charge, il ne l'a pas donné à fon fuccefleur; & en- fin que, foit qu'il ait efté ami de St(ampion), foit qu'il 5 ait efté ami de l'argent, on n'a fceu iuques a prefent faire en forte qu'il l'ait mis entre les mains de M" du Kercken-raed, quoy qu'ils fe foient ofFers de l'indem- nifer, en cas que St(ampion) fift quelque pourfuite pour le r'auoir, & que cet argent n'ait efté mis entre lo fes mains qu'affin qu'il puft eftre deliuré fans delay aux pauures, incontinent après la fentence des pre- miers Mathématiciens a ce requis par les parties, & nonobftant toute forte d'appel ou de chiquanerie que celuy qui auroit perdu pourroit faire. le ne parle point « 5 de fon excufe, qui eft qu'il l'a donné a ceux du Pejïe- huys ; car ils ne font point reputez pauures, & il ne leur peut auoir donné que du fien, fans le confente- ment des parties ; & enfin, par mefme droit qu'il peut l'auoir mis entre leurs mains, il leur peut auffy rede- 20 mander, quand il luy plaira : en forte qu'on ne fçait point qu'il y ait autre que luy qui en iouiflfe. le croy que la dernière feuille de l'efcrit de W(aeirenaer) s'im- primera dans 5 ou 6 iours ^ ; c'eft pourquoy ie vous fupplie très humblement de me vouloir auertir au plu- 25

7 février 1640, ce dernier eut pour successeur Joannes Polyander, profes- seur de Tliéologie.

a. Voir p. i56, 1. 3. -- Pestehuys signifie Lazaret.

b. L'affaire fut réglée douze jours après : les Régents du Pesthuys de la ville de Leyde donnèrent une quittance des 600 gulden, datée du 17 octobre 1640, et on l'imprima à la dernière page (p. 88) du livre Den On-Wissen, etc., de Waessenaer (et de Descaries), qui put enfin paraître. Voir plus haut, p. i56, note a.

�� � CCVIII. — 5 Octobre 1640. 201

toft de ce qu'il vous plaifl que ie face, & vous me trou- uerez toufiours,

Monfieur,

Voftre très humble <!§: 5 obeiffant feruiteur,

DES CARTES.

De Leyde, ce ^ Od. 1640.

le vous remercie du beau liure que M' Hefdin m'ap- porta dernièrement de voftre part. l'y ay trouué tant

10 de belles chofes que, fi St(ampion) eftoit auffy fçauant en latin, en Hébreu, en Philofophie, en Chymie & en Médecine, qu'il eft en Mathématique, ie ne douterois point qu'il n'en fuft l'autheur; mais ie n'en connois point d'autre que luy qui ait l'efprit affez releué pour

i5 cela^.

Adresse :

A Monfieur Monfieur de Wilhelm Confeiller de fon Alteffe & 20 des Eftats de Brabant

A la Hâve.

��a. Serait-ce le Pentalogos, dont Descartes parle plus loin, lettre CCXX (Clers.,III,g8)?

��Correspondance. III. 36

�� � 202 Correspondance.

CCIX.

Regius a Descartes.

Utrecht, 7 octobre 1640.

[A. Baillet], La Vie de Monsieur Des-Cartes, tome II, p. 62 (A,

et 63-64 (B).

Baillet donne la date du vu octobre pour la lettre i3 de Regius, sans qu'on puisse dire s'il a corrigé cette date, suivant le nouveau style, ce qui nous reporterait au 27 septembre (dix jours avant), ou si nous devons la corriger nous-mêmes, ce qui donnerait le 17 octobre (dix jours après). Dans le premier des deux passages ci-après, Baillet mentionne déjà aussi la lettre 14.

« Pour revenir aux Thé/es de M. Regius, nous ne fçavons ni en quel jour du mois de Juin precifément elles furent foutenuës, ni même fi M. De/cartes y ajfijia'. Mais nous /avons que leur grand fuccés dé- plut beaucoup à Voetius, et que les Médecins de la vieille doârine en murmurèrent im peu. Primerofe l'un d'entre eux... entreprit de réfuter ces Thé/es de M. Regius [en marge : Narrât, hist. Acad. Ultraj. Item, iettr. XIV de Reg.]; et l'on vid paraître, peu de tems après, fon écrit imprimé à Leyde, oii il attaquoit principalement le dogme de la Circulation du Sang^ M. Regius en eût avis dés la fin du mois d'Août, et il prépara aujfi-tôt une Réponfe à ce nouvel adverfaire ', qui, non content de l'avoir voulu réfuter, avoii jugé à propos de le charger encore d'injures. Une conduite fi mal-honnête luy avoit échauffé la bile, etfansfonger qu'un homme j'age ne doit point pécher

a. Cf. ci-avant p. 65, 1. 25.

b. Iacobi Primirosii Animadversiones adversus Thèses, quas pro circu- latione sanguinis in Academia Ultrajectina Regius disputandas propo- suerat (Lugd. Bat., 1640). Cf. un ouvrage semblable de l'année précé- dente, sept. 1639 (t. II, p. 616, note).

c. Henrici Regii, Medicinœ Professoris et Doctoris, Spongia, qua eluuntur sordes Animadversionum, quas Iacobus Primirosrs, Doctor mé- dians, adversus Thèses pro Circulatione Sanguinis in Academia Ultra- jectina disputatas, nuper edidit (Lugd. Bat., ex officina Wilhelmi Chris- tiani, sumptibus loannis Maire, 1640).

�� � CCIX. — 7 Octobre 1640. 20J

par exemple, il aroit employé dans fa Répoufe tantôt l'aigreur, tantôt la plai/anterie, lorfqînl n'étoit qucjlion que d'une réfutation feneuje

et modérée. » ^ , • ^

« Il envoya cette Répoufe à M. Defcartes le VII d'Octobre suivant fen marge : Lettr. XIII de Regiusl pour la luy faire corriger; et il tâcha de s'excufer auprès de luy fun la dureté des exprejjions, fous prétexte que lefiile mordant de Primerofe luy avait donne trop d in- dignation; et de luy faire agréer qu'il eut pris le parti de la raillerie en divers endroits, pour repondre à quelques impertinences de cet auteur. M. Defcartes ufa de fan droit d'autant plus volontiers que M. Regius l'averliffoH qu'il y allait de fan intérêts » (Vie de Mons. Des-Cartes, t. II, p. 62.)

B « Les Curateurs de l'Umverfité d'UtreclU, fallicite-^par Voetius, Dematius, & quelques autres Profeffeurs, de remédier aux troubles qu'ils feignaient que les Théfes & les opinions fingulwres de M. Re- <rius commençaient à exciter parmi eux, avoient publié une Ordon- nance pour empêcher d'introduire des nouveauté-, ou des maximes contraires aux ftatuts de l'Univerfté. La chofe étoit affe-, équivoque [en marge : Lettr. i3 de Regius]. C'efice qui porta M. De/cartes a la démêler, & à faire une explication de l'Ordonnance des Curateurs en forme de Réponfe. Monfieur Vander-Hoolck, l'un des Magijlrats delà ville, qui fut' même Conful l'année fuivante, trouva cette répanje fort belle & fort judicieufe; et il goûta merveilleufement le dej)eiu 'qu'avait M. Defcartes de laiffer continuer M. Regius d'enjeigner la Philofophie nouvelle, en fe contentant de modérer fan ^éle, et de re- former ce qu'il r aurait de trop hardi dans fes opinions. M. Regius 'lui avoit envoyé' divers petits Ecrits fur différens fujets de Phyfique, aufquels il avait fatisfait trés-ponâttellement, quoiqu'il fût alors oc- cupé de beaucoup d'autres affaires [en marge : Lettr. i3 de Reg. MSS.]. » (Vie de Mons. Des-Cartes, t. II, p. 63-64.)

Voici la version officielle de cet incident, telle qu'on la trouve dans un opuscule imprimé à Utrecht en 1643, par les soins du Conseil de rUni- versité de cette ville, Baillet désigne cet opuscule par l'abréviation Nar- rât, liist. Acad. Ultraj. : , _ .

« Imprimis autem nova; PhilosophiiE ac Medicinae opiniones publiée in « hâc Academiâ spargi cœptx, institutâ à D. Regio dhputatxonc de san- » ptinis circulatione 10 Junii 1640. Ad quam impediendam, primo D.

a. Baillet renvoie par erreur, pour la réponse de Descartes, à Clers., I. 389, c'est-à-dire à la lettre CGLVII ci-après.

�� � 204 Correspondance.

» Bernhardus Schotanus, Academiœ Rector, animadvertens novitates has » non placere Professoribus, praesertim Medicinas et Philosophiœ, D. » Regium, cui aliàs favebat, privatim accessit, conatus quibuscunque » poterat rationibus, ei persuadera, ut ab incœpto desisteret, nec Disputa- » tiones Medicas à contentiosâ hâc materiâ inchoaret. Sed cum nec ami- » citiae, nec sanctis promissis et stipulationibus, quas supra retulimus, » quasque in memoriam illi revocabat, quidquam tribui videret, indixit » conventum Professorum, ibique difficultaiem hanc proposait. Auditis » ultro citroque rationibus tum Medici, tum alterius Medicinae Professo- » ris, de nova hâc Philosophià et Medicinâ tradendà aut non tradendâ, » secessit Medicus, et cum eo alter Medicinae et Philosophiœ Protessor » ordinarius, quod Medicus causaretur eosadversam sententiaesuae Philo- » sophiam sectari, atque adeo partibus studere. Sic itum in sutfragia, ac » decretum ab omnibus et singulis, nemine dissentiente, ut D. Regius. » quandoquidem thèses jam conceptœ ad typographum nondum delatae » erant, alias conscriberet de materiâ aliquà, quas à comraunis et receptae » Medicinae fundamentis tam procul non recederet; et siquidem omnino » sententia staret, nuperam illam Harvei speculationem de circulatione » sanguinis defendendi, id faceret per modum Corollarii, aut maniissœ » thesibus subjectae, additâ hac formula : Exercitii causa defendemus. » Consilio et decreto Professorum D. Regius quidem visus est acquies- » cere, et mutaturum se Thèses suas promisit. Quod tamen cum minime » ab illo praestitum comperisset D. Schotanus, Academias Rector, qui )) Thèses ad Typographum delatas legerat (erant enim eaedem cum prio- » ribus, tantum mutatà prima Thesi,quae quasi vicem proëmioli faciebat), » indicto conventu Professorum, rem omnem exposuit. Intérim dum deli- » berant et hœc agunt D. Rector et Senatus Academicus, strenuè conatus » suos ursit D. Regius, et non exspectato Academiae consensu, partem » Thesium jam excudi curaverat. Delegati ergo sunt D. Schotanus Rec- » tor, D. Voetius, et D.^/Emilius.qui Nobiliss. et Ampliss. D.D. Consules » ac Senatores ad Academica negotia Deputatos, nomine Professorum, » seriô monerent, ne semina hase dissidiorum in Academiâ germinare » paterentur. Responsum est, quandoquidem jam Thèses excusae essent, » in praesens se passuros, ut quod incœptum erat, fieret : in posterum » tamen de justo remedio cogitaiuros. Non longe pôst, Disputatio haec de » circulatione sanguinis oppugnata fuit libello Jacobi Primorosii {sic) » Medici, Lugd. Batavorum edito. Cui, cum responsionem illico pararet « D. Regius, bonam ejus partem de scripto sponte et familiariter com- » municavit ac praelegit D. Lyraeo, nec non D. Voetio, et D. Carolo de » Maets, qui, nullo interposito judicio, tantùm monuerunt, ut rem ipsam » tractaret, à dicteriis abstineret. » (P. 14-15, Testimonium Academiœ Ultrajectinœ, et Narratio historica, etc., Rheno-Trajecti, ex typogra- phiàWilhelmi Strickii, 1643.)

�� � 11, :55. CCX. — 28 Octobre 1640. 20^

��ccx.

Descartes a Mersenne.

Leyde, 28 octobre 1Ô40. Texte de l'exemplaire de l'Insiitut, tome II, lettre 44, p. 2 3 5-202.

[.a S-j' des MSS. de La Hire, et le it" (Si) du classement de dont Poirier, l'ariaitles du texte imprimJ par Clerselier d'après la minute.

Mon Reuerend Père,

le ne fçaurois affez vous exprimer combien vous m'auez obligé, lors que vous demandaftes publique- ment au Père Bourdin, dans fa clalTe, que s'il auoit

j quelque choie de bon à m'objeder, il me le deuoit enuoyer; ça efté le plus infigne trait d'amy que vous pouuiez iamais faire, & ie m'affure qu'il fe fuft bien gardé de m'enuoyer fa Velitation fans cela; mais c'eft vne pièce que ie garderay, pour m'en feruir à

10 bonne bouche". Car, enfin, s'ils s'abftiennent dorefna- uant, luv & les fiens, de médire de mov, ie ferav fort aife d'oublier le pafTé, & de ne point publier fon in- famie. Mais fi i'apprens qu'il y en ait aucun qui blafme mes opinions, fans m'enuoyer auparauant les raifons

3 demandaftes] dites. — 4Bour- 12- i3 fon infamie] les fautes

dinl B., et ainsi dans toute la qu'il a faites en me reprenant.

lettre. — 7 & omis. — 11 mé- — 14 auparauant omis. dire] parler. — fort] bien. —

a. Lettre CXCVIII, p. 106, 1. to ci-avant.

�� � 2o6 Correspondance. h, 255-235.

pour lefquelles il les blafme, ie croirav auoir droit de publier ce qui s'eft pafle entr eux »& moy. Et afin d'a- uoir toutes les pièces en bonne forme, ie vous écris encore icy vne lettre latine "", pour leruir de réponfe à celles que vous m'auez enuoyées de leur part; vous 5 leur ferez voir, s'il vous plaift, & mefme^ s'ils en dé- firent copie, ie feray bien aife qu'ils l'ayent, auffi bien que des précédentes, afin qu'ilsjayent plus de temps à les voir, & qu'ils prennent mieux mon intention; car ie n'ay point enuie de les furprendre. Et s'ils n'y font 10 réponfe que de bouche, ie ferois bien aife, fi cela ne vous importune, que vous vouluffiez prendre la peine de mettre en latin, en cinq ou fix lignes, ce que vous aurez à m'écrire fur ce fujet; & mefme vous leur pour- riez faire voir, auant que de me l'enuoyer, & y faire i5 mention, en pairant,que vous leur auez fait voir, ou donné copie de ce que ie vous ay enuoyé pour eux. le vous prie aufli, en cas que le Père Bourdin voulufl en fon particulier vous enuoyer quelques objeélions pour moy, de ne me les enuoyer qu'après en auoir auerty 20 fes Supérieurs, ce que vous aurez raifon de faire pour l'amour d'eux-mefmes, à caufe que ie vous ay cy-de- uant mandé *" que ie prendray dorefnauant tout ce qui viendra de quelques-vns des leurs, comme s il venoit de tout leur Cors. Ce qui me fait pouruoir à cccv. ei\ 25 qu'il pourroit arriuer que le Père Bourdin, pour n'a- uoir pas la honte de fe dédire, & de foufirir que le

19 enuoyer] donner. — 20 moy^ m'enuoyer. — 21 aurezi auez. — 2D pouruoir] preuoir.

a. Lettre CCXI ci-après.

b. Voir lettre CCV, p. 172 ci-avant, 1. 25.

�� � 11,256-257. CCX. — 28 Octobre 1640. 20j

démenty luy demeure, feroit bien aife de m'enuoj'er quelques objedions, tant mauuaifes qu elles puiiTent eilre, pour gagner cependant le temps, & m'en faire perdre. Mais quand ils verront qu'il y va de l'honneur 5 de toute la Société, ie croy qu'ils aimeront mieux le faire taire; car ie fçay bien qu'il n'a rien de bon à dire.

MonfieurdeZuylichem m'a enuoyé quatre Traittez*, que vous luy auez fait copier. L'vn, des Cercles qui

10 fe font dans l'eau, où ie voy que l'Autheur a fort bon ftyle, & qu'il tafche de philofopher à la bonne mode ; mais les fondemens luy manquent, & il employé beau- coup de paroles, pour vne chofe dont la vérité fe pour- roit expliquer en peu de mots. Le fécond efl la Lettre

i5 du Geoftaticien contre M. des-Argues, auquel ie ne voy pas qu'il faffe grand mal. Le j eft de M. Fermât pour les Tangentes, où le premier point n'a rien de nouueau, & le fuiuant, qu'il dit que i'ay iugé difficile, n'efl aucunement refolu. Et bien qu'en l'exemple qu'il

20 donne de la Roulette, iQfaciî vienne bien, ce n'ell pas toutesfois par la force de fa règle; mais plutoft il paroift qu'il aaccomjmodé fa règle à cet exemple. Le 4 efl: pour le mouuement iournalier de la Terre, où ie ne voy gueres rien qui ne foit ailleurs. Pour les Ca-

25 raderes des Paffions^, il ne me les a point encore enuoyez, non plus que l'Inftitution du Dauphin^.

3 le] du. — 16 Fermât] F. — ajouté. — 20 facit] fait. — 17 a] eft. — 18 le fuiuant] pour 2 5 encore omis, le fécond. — 19 avant n'eft] il

a. Voir p. 87, 1. 12, et p. 176, 1. 7 ci-avant.

b. De l'instruction de Monseigneur le Dauphin. A Monseigneur rémi-

�� � �2o8 Correspondance. u, ls^.

Vous demandez d'où ie fçay que la baie venant de D vers B retourne vers E, plutoft que de s'opiniaftrer

à demeurer vers B ; ce que i'apprens par la connoiffance des loix de la Nature, dont 5 Tvne eft que quicquid ejl, ma- net in eodem Jîatu in quo eji, nijî à caufâ aliquâ externâ mutetur. Ainfi, quod ejl qua- dratum manet quadratutn &c.; et quod ejî femel in motu femper moueiur, donec aliquid impediat. Et la féconde lo efl quVnww corpus nonpotejî alterius matum tollere, niji illum in fe fumât. D'où vient que, fi lafuperficie ABC eft fort dure & immobile, elle ne peut empefcher que la baie qui vient vers B ne continue de là vers E, à caufe qu'elle ne peut receuoir fon mouuement; mais fi cette i5 fuperficie eft molle, elle Tarrefte & le reçoit ; & c'eft pour cela que i'ay fuppofé,en ma Dioptrique-, que la fuperficie & la b'ale font parfaitement dures, & que la baie n'a ny pefanteur ny grofifeur &c., pour rendre ma demonftration Mathématique. Car ie fçay bien que la 20 reflexion d'vne baie commune nefe fait iàmais exaéle- ment à angles égaux, ny peut-eftre celle d'aucun rayon de lumière ; mais toutesfois, pour les rayons, d'au- tant qu'ils peuuent venir du foleil à nous fans perdre leur force, tout ce qu'ils en peuuent perdre, en don- 25

8 aliquâ omis. — 14 vient] va 16 l'arrefte] ne peut l'arrefter. de D. — de là omis. — 14-15 à — & le reçoit omis. — 24 foleil] caufe... mouuement omis. — Ciel iufques. — 25 tout omis.

nentissime cardinal duc de Richelieu (Paris, Sébastien Cramoisy, 1640, in-4). Privilège du 4 avril 1640. Le nom de l'auteur se trouve dans l'ap- probation : le sieur de la Motte le Vayer. a. Dioptrique, p. i3.

�� � 11,257-238. CCX. — 28 Octobre 1640. 209

nant contre vn cors poly, n eft aucunement confide- rable.

Les expériences de frapper des boules également fort, auec vn grand & vn petit mail, ou tirer des fle- 5 ches auec vn grand ou vn petit arc, font prefque im- pofïïbles ; mais la raifon efl tres-euidente & très-cer- taine. Car, foit que l'arc ou le mail foient grands ou petits, s'ils touchent de mefme force & vitefle, ils auront le mefme effet; mais ce qui trompe ell qu'il

10 faut fans comparaifon moins de force à la main pour frapper auec vn grand mail auffi fort qu'auec | vn plus court, ou. pour bander vn grand arc en forte qu'il ait autant de force qu'vn moindre. Et pour les longues arquebufes, elles ne portent plus loin que les courtes,

i5 qu'entant que, la baie demeurant plus long-temps dans le canon, elle eil plus long-temps pouffée par la poudre, & par confequent auffi plus vifte. De dire qu'vn boulet tiré d'vn canon ait plus de force, après fes derniers bons, que s'il efloit pouffé de la main, en

20 forte qu'il fe muft de mefme vitefle, ie croy que ce n'eft qu'vne imagination, & i'en ay veu l'expérience en vne cuirace faufl'ée par le bond d'vn boulet, fans que celuy qui la portoit fuft tué; car fans doute que, û ce boulet euft efté poufle par vne moindre force, mais

25 qui euft efté capable de luy faire faire vn bond de quatre ou cmq pieds de haut, comme il auoit fait en venant contre cette cuirace, il n'auroit pas moins fait

4 avant petit] vn omis. — omis. — 22 et 25 bond] bon. —

6aprèsimpoiiihhs]k{aive ajouté. 23 la] le. — ce] le. — 24 pouffé]

— 11-12 plus court] petit. — ietté. — 27 cette] la. — n'auroit]

i3 moindre] petit. — 16 elle n'auoit.

Correspondance. HI. 27

�� � 210

��Correspondance. h. iss.

��que la fauffer. Il eft vray que la bleffure d'vn boulet tiré d'vn canon eft plus dangereufe que s'il n'eftoit que pouffé de la main; mais c'eft pour d'autres raifons, à fçauoir qu'il eft plus échaufé, & fouuent tournoyé autour de fon centre, & qu'il retient encore autour de 5 foy le vent de la poudre, qui peut aifément caufer vne gangrené.

La difficulté que les parties des métaux flottent dans l'eau forte, fe peut refoudre par ce que i'ay dit, en mes Météores, de celles du fel" qui flottent dans lo l'eau : à fçauoir que leurs parties fe meflent & s'en- gagent en telle façon dans celles de l'eau forte, que celles cy en font aidées en leur mouuement, & non empefchées, & la pouffiere qui ne flote pas ainfy en l'eau ne fait pas le mefme. Et il n'y a point de doute i5 que la Matière fubtile ne foit dans l'eau & dans tous les corps terreftres en grande abondance.

Quand i'ay dit ^ qu'vne boule, qui en rencontre vne autre double en groffeur, luy doit donner les deux tiers de fon mouuement, i'ay entendu que cette boule, 20 fe ioignant à l'autre, l'a pouffée deuant foy en forte quelles fe mouuoient enfemble après cela, & qu'elles eftoient parfaitement dures & rondes, & fur vn plan

3 d'autres raifons] vne autre ajouté. — 20-21 i'ay... forte]

raifon. — 8 que les] des. — cela s'entend afin qu'elle fe

avant flottent] qui ajouté. — ioigne à elle, &. — 22 mou-

14-15 &... mefme] mais ce n'eft uoient] meuuent. — 23 eftoient]

pas le mefme de la pouffiere. foient. — & rondes omis. — 19 jf-ès autre] qui luy eft

a. Discours Troisiesme, p. 181.

b. Voir t. II, p. 627,1. 17.

�� � �H, 25«-îDQ. CCX. — 28 Octobre 1640. 211

parfaitement poli, en fuite de quov le calcul eft aifé à faire, par la loy de la Nature que i'ay tantofl touchée^ à fçauoir que, fi vn cors en meut j vn autre, il doit perdre autant de fon mouuement qu'il luv en

5 donne : car fi A & B fe meuuent enfemble,

chaque moitié de B a autant de mouuement

qu'A, & ainfi B a deux tiers, & A vn tiers de

tout le mouuement qui eftoit auparauant dans le feul A .

Pour le flux & reflux, il n'y a aucune apparence que

10 les eftangs ou lacs en puiflent auoir, par la raifon que l'en donne, fi ce n'eft qu'ils communiquent auec l'Océan par plufieurs conduits foûterrains, ainfi que font aufli quelques puits, qui ont flux & reflux. Car il n'y a que cette grande maffe d'eau qui enuironne la

i5 terre, qui puifle eilre prefiTée en mefme temps en toutes fes parties, de deux collez oppofez, & auoir des deux autres plus de liberté que deuant pour fe hauffer ^.

le paflTe à la lettre du Médecin de Sens, où ie trouue

20 qu'en tout le raifonnement qu'il fait du Sel, il prouue feulement que les cors terreftres fe font les vns des autres, mais non point que l'Air ou la Terre fe faflfent du Sel, plutoft que le Sel de l'Air ou de la Terre; & ainfi, il deuoit feulement conclure que tant le Sel, que

2 5 tous les autres cors, ne font que d'vne mefme Ma-

1-2 en fuite... par] etc. D'où fentir. — 16-17 oppofez... de]

il eft facile à calculer, fuluant. plus grande. — 18 après hauf-

— 8 dans... A.] en A feul. — fer], & de deux autres vn peu

i3 après font] quelques-vns, & de contrainte pour fe baifler. —

mefme ajouté. — i5 eftre prelVée] 26 après font] faits ajouté. —

a. Page 208 ci-avant, 1. 11.

b. Voir ci-avant, p. 192, art. 4, et p. 197-198, éclaircissement.

�� � 2 1 2 Correspondance, n, 259-360.

tiere ; ce qui s'accorde auec la Philofophie de TEcole, & auec la mienne, finon qu'en l'Ecole on n'explique pas bien cette Matière, en ce qu'on la fait puram poten- tïam, & qu'on luy adjoufte des formes fubjïantielles, & des qualité-^ re'elles, qui ne font que des chimères*. 5

Pour la force de la percuffion% il eft certain qu'elle peut eftre égalée par la pefanteur; & ce qu'il dit que le poids F, dejfus D, ejî enfon repos, &c. , n'eft nullement receuable ; car il eft certain qu'vn cors, ainfi appuyé fur vn 10 autre, ne pefe pas moins, pour eftre appuyé fur luy. Et l'exemple que vous donnez, de la preft'e dont on marque les piftoles, eft fort à propos : car on peut aifement calculer par fon moyen, de combien de liures pefant deuroit] eftre le «5 poids qui, eftant appuyé fur vne piftole fans percuf- fion, feroit fuffifant pour la marquer, & ainfi égaler la force du coup de marteau qui la peut auffi marquer*, le viens à l'autre lettre d'vn de vos Religieux de Blaye. Et pour ce que ie ne fçay point quels font les 20 deux poinds dont vous vouliez auoir mon fentiment, ie m'en vay les parcourir tous.

I. le croy bien qu'on peut expliquer vn mefme effet particulier en diuerfes façons qui foient poifi- bles; mais ie croy qu'on ne peut expliquer la poffibi- 25 lité des chofes en gênerai, que d'vne feule façon, qui eft la vraye*.

I apri'S qui] eft tres-vray, & tous] diray icy vn mot de cha- ajouté. — auec] tant à. — 2 & cun de ceux qu'il traite. — auec] qu'auec. — 22 m'en... 23 croy] voy.

a. Cf. page 8i ci-avant, art. 3.

�� � Il, i6o. CCX. — 28 Octobre 1640. iij

2. Il a raifon de dire qu'on a eu grand tort d'ad- mettre pour principe, que nul cors ne fe meut de foy- mefme. Car il eft certain que, de cela feul qu vn cors a commencé à fe mouuoir, il a en foy la force de con-

5 tinuer à fe mouuoir; ainfi que, de cela feul qu'il eft arrefté en quelque lieu, il a la force de continuer à y demeurer. Mais pour le principe de mouuement, qu'il imagine différent en chaque cors, il eft du tout ima- ginaire *.

10 ^, le n'approuue point non plus fes indiuifibles, ny les naturelles inclinations qu'il leur donne. Carie ne puis conceuoir de telles inclinations que dans vne chofe qui ait de l'entendement. & ie n'en attribue pas mefme aux animaux fans raifon; mais l'explique tout

i5 ce que nous appelions en eux appétits naturels ou in- clinations, par les feules règles des Mechaniques. le n'approuue point non plus tous ces Elemens,qui font des chofes moins ou auffi peu intelligibles que celles qu'il veut faire entendre par leur moyen.

20 4. Deux indiuifibles ne pourroient faire, à tout rom- pre, qu'vne chofe diuifible en deux parties ; mais auant de dire qu'ils puiiTent faire vn cors, il faut fça- uoir ce qu'on entend par le nom de cors, à fçauoir vne chofe longue, large & eftenduë; ce qui ne peut

25 eftre compofé d'indiuifibles, à caufe quvn indiuifiSle ne peut auoir aucune longueur, largeur, ny profon-

4 à] de. — 6 quelque] fon. — — que celles omis. — 19 apfès

10 l'es] ces. — i2-i3 que. . . de qu'il] en ajouté. — après enten-

r] fans. — i5 naturels omis. — dre] d'autres a/'oM/t'. — leur] fon.

17 après font] autant ajouté. — — 21 parties omis. — 22 auant

18 des] de. — moins... peu] non. omis. — 26 ny] &.

�� � 214

��Correspondance.

��II, 260-261.

��deur; ou bien, s'il en auoit,nous le pourrions diuifer du moins par noftre imagination, ce qui fuffiroit pour alTurer qu'il n'eft pas indiuifible ; car fi nous le pou- uions ainfi diuifer, vn Ange le pourroit diuifer réelle- ment. Pour ce qu'il croit que ce n'efl pas affez | d'ad- mettre le mouuement & la figure pour principes, à caufe qu'il craint qu'on ne puifTe expliquer par leur moyen toutes les diuerfes qualitez qui font dans le vin, par exemple, vous pourrez luy oller cette diffi- culté^ en l'alTurant qu'on les a défia toutes expliquées, & auec cela toutes les autres qui fe peuuent prefenter à nos fens. Mais pour les miracles, on n'y touche point.

^. le n'entens pas le fujet de cet article, faute d'a- uoir vu la lettre à laquelle il répond ; mais il eft cer- tain que la plus grande vitefTe de la corde n'eft pas, ny au commencement, ny à la fin, mais enuiron le milieu de chacun de fes tours ou retours.

6. le ne dis rien de tout cet article qui regarde la Lumière, à caufe qu'il n'y a rien que vous ne puifliez foudre fans doute fort aifément, & ce n'eft pas mer- ueille, que ceux qui n'ont oùy que quelques mots de

��I le omis. — après pour- rions] derechef le ajouté. — 2 du moins omis. — fuffiroit] fuffit. — 3 affurer] montrer.

— le] la. — 3-4 pouuons. — 4 le pourroit] ou Dieu mefme, le peut. — 5-6 croit... prin- cipes] ne veut pas ] qu'on n'ad- mette point d'autres principes que la figure & le mouuement.

— 9 par exemple omis. — 9-

��10 difficulté] crainte. — 12- i3 Mais... point.] Pour le miracle qu'il raporte ic}', il au- roit befoin d'eftre vu pour eftre crû. — i5 la] voftre. — i8 cha- cun... retours.] chaque tour & retour. — 19 de] à. — 20 apj-és que] ie ne croye que ajouté. — ne omis. — 21 foudre. . . fort omis. — après aifément" foudre ajouté.

��10

��i5

��20

�� � Il, 26i-î6j. CCX. — 28 Octobre 1640. 215

mes penfées touchant cela, les interprètent mal, & y trouuent plufieurs chofes incomprehenfibles*r.

7. Puis qu'il dit icy que ce qui luy fait admettre tous fes Elemens, eft qu'il ne voit pas qu'on puiffe

5 expliquer les Phainomenes de la Nature auec moins de fuppofitions, ie m'alTure que, fi on les luy explique tous par les feules figures & mouuemens, on pourra aifément le conuertir. Car aufîi bien ne peut-il pas entendre tous fes Elemens qu'il fuppofe, & ainfi il ne 10 fait que tafcher d'expliquer obfcurum per obfcurius aut faltem œque obfcurum* .

8. le ne voy pas pourquoy il confond la dodrine des Athées auec ceux qui expliquent la Nature par les figures & les mouuemens^ comme s'il y auoit quel-

i5 que affinité entre l'vn & l'autre. En ce qu'il dit que l'Idée d'vn EJîreJîmple, que nous conccuons contenir tout EJîre^ ne pourroit ejîre conceué\ Ji elle n' auoit vn Exem- plaire véritable ^& que nous ne pouuons conceuoir (fupple dijîinélement) que les chofes pojjibles & véritables, il

20 femble auoir lu mes écrits, car ils contiennent cela mefme ; mais il met en fuitte beaucoup de chofes que ie ne puis approuuer, comme que cet Eflre ait des dimenfions, & qu'on puiffe conceuoir des dimentions fans compofition de parties, c'efl à dire fans que ce

25 qui a des dimenfions foit diuifible, &c.*.|Il a raifon auffi de dire que tout ce que nous ne conceuons pas diflindement n'efl pas faux pour cela, & il l'applique

3 Puis] Pour ce. — 4 et 9 les] — i5 En ce qu'il] Mais quand

ces. — 8 ie] les. — lo-ii aut... il. — 19 véritables] vraves. —

obfcurum omis, — 1 3 a/>rès auec] 24 c'eil: à dire] ou au moins. —

celle de ajouté. — 14 &. par. 26 de dire o«ns.

�� � 2i6 Correspondance. 11,262.

bien au Myflere de la Trinité, qui eft de la Foy, & ne peut eftre connu par la feule raifon naturelle. le ne trouue rien aux autres articles à remarquer, & mon papier manque.

l'efpere vous enuoyer ma Metaphyfique dans huit 5 ou quinze iours pour le plus tard, puifqu'il vous plaid de la prendre en voftre protedion. le l'enuerrois dés à prefent, finon que i'en veux faire faire auparauant vne copie. le Tenuerrai peut eftre par M' de Zuy- lichem ^ le fuis^ 'o

M.R. P.,

Voftre tres-humble &: tres-obeïffant feruiteur, descartes.

Page 207, 1. 8. — Dans une lettre de Pujos à Merscnne, datée de Lyon, le mai 1641, et transcrite dans la Copie Boncompagni, on lit au début [i" 29 v") :

« Monsieur, il y a plus de six sepmaines que ie vous ai enuoyé sous » l'adresse de M.. Vaquieux les Traités de M' de Fermât, excepté ceiuy » des cercles qui se descriuent dans l'eau, le croy qu'a présent vous les » aures receus, au moins sy le dit Sieur Vaquieux a pris la peyne de les » retenir. »

Et à la fin (1° 3o r") :

« le vous suplie de pardonner ma négligence touchant les papiers de » M' Fermât. le vous rcnuoïeray au 1" iour le Traité qui me reste des » cercles qui se descriuent dans Veau. le suis cependant. Monsieur, Vostre » très humble et obligé et obeyssant seruiteur, Pljos. »

Il ne faut nullement conclure de là que ce traité soit une œuvre de Fer- mat (Descartes l'aurait su et dit), mais peut-être qu'il avait été communiqué à Mersenne par l'intermédiaire de Fermât ; peut-être aussi est-il arrivé que, Mersenne ayant fait copier pour Pujos les mêmes opuscules que pour Constantin Huygens, Pujos ait pris Fermât pour l'auteur des quatre, alors qu'il n'a écrit que le troisième.

Sur ce traité des cercles qui se décrivent dans l'eau, nous n'avons qu'une

I & qui. — 3-10 & mon. . . Ziiylichem omis. a. Voir ci-après lettres CCXIV et CCXVIII.

�� � CCX. — 28 Octobre 1640. 217

autre indication, le passage de la lettre CXCIX (ci-avant p. 124, 1. 27), où Descartes donne son opinion sur ce sujet qui lui a, semble-t-il, été indiqué par Mersenne comme traité par Villiers. Mais le médecin de Sens était-il, pour cela, l'auteur de l'opuscule envoyé à Constantin Huygens?

Il n'est pas plus aisé de former une conjecture plausible sur la quatrième pièce, pour le mouvement journalier de la Terre, alors que l'on ne possède aucune autre indication. Quant aux deux autres Traités, ils ont été im- primés.

La lettre de Beaugrand [le Géostaticien) contre Desargues le fut dès 1640. Elle est datée du 20 juillet et se trouve reproduite dans les Œuvres de Desargues [t. Il, p. 354-36o). Nous avons eu l'occasion d'en donner plus haut un extrait (p. 55).

Nous avons également parlé (p. 88-89, éclaircissement sur p. 86, 1. 2) de l'Ecrit de Fermât : Doctrinam tangentium. Ajoutons seulement ici que Descartes y a, en réalité, attaché plus d'importance qu'on pourrait le croire d'après ce qu'il dit ici à Mersenne. Dans les fragments mathématiques tirés de ses manuscrits et connus par l'édition des Opuscula posthuma d'Amsterdam, 1701, on trouve, en effet, de l'Ecrit en question un extrait littéral, comprenant les points les plus importants. Descartes avait donc fait cet extrait, et l'avait consigné dans son registre coté B à ['Inventaire du 14 février i65o, registre d'où ont été tirés les fragments précités.

Page 212, 1. 5. — Voir une longue lettre que Villiers a écrite, le 4 oc- tobre 1640, à Mersenne, et qui ne remplit pas moins de quatre grandes pages, d'une écriture fine et serrée, où le médecin de Sens expose tout un système à lui, de philosophie chimique avec le sel universel pour base (Bibl. Nat.,fr. n. a. 6205, f. 410 et 411, p. 748-752). Descaries juge en ces quelques lignes toute la première partie de la lettre.

Page 212, 1. 18. : — Cet alinéa vise la seconde partie de la même lettre de Villiers, communiquée par Mersenne à Descartes ; elle fait suite au deuxième passage donné plus haut, p. 181-182 [éclaircissement sur p. 180, 1. 7) : « Outre que i'ay a vous repartir quelques lignes sur la force de la percus- » sion, matière des plus difficiles. Vous demandez un poids qui suplee la » force de la percussion du marteau. Mais ie ne pense pas qu'il s'en puisse » donner au monde comme vous desirez; car si vous considérez vostre » question, vous y trouuerez, ce me semble, une grande disparité, pour i> laquelle mieux entendre, ie me seruiray de vostre figure, comme s'en- » suit. Soit le cylindre A, aplati comme c par la percussion du marteau k » dessus l'enclume b. le dis que le cylindre d, de mesme matière de fer et » égal en dimensions, posé sur l'enclume e, ne pourra estre aplaty par » aucun poids, représenté par/", sans percussion ou cheute de son poids.

» La raison est que le poidsy, dessus d, est en son repos et ne peut des- » cendre plus bas, d'autant que l'enclume e, apuyee immédiatement sur la » terre, les porte tous deux, comme la terre suporte tous les troys, et l'en- » clume e, et le cylindre d, et le poids /, quel qu'il soit, de façon que

Correspondance. 'III. 28

�� � 2l8

��Correspondance.

���» /sur d csi autant en repos, comme s'il estoit immédiatement sur la terre i> bien solide et dure, ou est son lieu de repos, ces troys corps-cy/, d, e, » par leur contiguïté, ne faisant que comme un seul corps, apuyé sur la » terre et comme en son centre, contre laquelle pourtant agissant, {en » marge ici, de la main de Mersenne, qui s'adresse à Descartes, une petite » note que nous donnons plus bas) la foule et presse iusques a ce qu'il se

» trouue resistence qui l'arreste; ainsy le pieu g » contigu a l'enclume, sur laquelle sont d et/, « s'enfoncera en terre, receuant seul l'etibrt de » toute la pesanteur de e, d eif, qui ne font que i> comme un corps. Et quant bien ils en feroient « troys, y" poussera d par son poids, lequel pressé Il agira contre e qui enfoncera le pieu, iusq'a ce » qu'il trouue resistence, laquelle trouuee, la terre » portera tout l'effort du poids par consecuiion » ou suite de ces 3 corps contigus, le poids du " supérieur se transmettant es autres, ce qui se " doit entendre de corps de fer et egallement » durs et compacts. »

« Mais en la percussion du marteau h sur le » cylindre A posé sur l'enclume b attachée a la » terre, lequel l'aplatist comme c, il n'en est pas » de mesme; parce que, oultre l'oppression que » le poids du marteau, ou du bélier que vous supposez sur le cylindre A. » il y a cette force percussiue imprimée au marteau, qui est précipitée » ou au bélier par sa descente en raison doublée, comme vous disiez, » autrefoys. Or cette force, multipliée et augmentée ainsy par ce mou- » uement, venant a atteindre le cylindre A, luy imprime son coup et » l'aplatist, ce que ne peut faire le poids / mis sur d, ce poids estant » toujours au commencement de son mouuement ou descente, auquel » temps de commencement tous les poids tombans ne font tant d'efect, 1) fussent ils de milions de fois plus pesants que le marteau poussé ou le » bélier tombant, estant vray ce que vous dites que, tant plus grande est » la. vitesse de la main qui frape, et plus grand en est l'effect, estant aussy » très vray que le poids qui tombe a moins d'efect incomparablement au I) commencement que sur la fin de sa cheute, et, consequement, aux i"' » instants en aura encor moins. « 

« Cela se voit es béliers, lesquels tombants de moins hault, et moindre » est l'efect de leur percussion ; qui sera donc a dire qu'auparauant le » i" instant de cette cheute, estant comme apuyé, n'aura point aucun » effect de percussion, la terre estant son appuy, médiate vel immédiate, » comme i'ay dit. »

n A quoy on pourroit ajouster que ce pendant que le marteau ou bélier » fait son effort sur le cylindre A mis sur l'enclume b, il se fait une resis- B tence subite et une repercussion momentanée par l'enclume qui fait

�� � CCX. — 28 Octobre 1640. 219

» que l'efort du marteau imprime plus violemment son coup; car, en-

» cor que cela ne paroisse pas, ce neantmoins il me semble qu'il ne

» laisse pas de s'y faire un contre coup, moins sensible pourtant qu'en

» la question et matière que nous auorts traitée autrefoys. Ce qui n'ar-

» riue pas au poids/, quoiqu'il soit, apliqué sur d et e, ne leur faisant de

. violence si subite, ains seuUement une oppression qui respond a la

» terre qui"soustient tous ces poids /, rf, e. Et c'est ce que ie puis vous en

» dire, estant au reste,

» Monsieur,

» Vostre très humble seruiteur, Villiers.

» Ce 4 octobre 1640. »

Voici la note en marge, signalée plus haut, de la main de Mersenne :

a Puisque la presse et la vis se peuuent analiser et réduire a la percus- » sion, ie croy que ce médecin se trompe icy; vous m'en pourrez dire un » mot d'auis. »

» Et i'ay vu la presse dont on marque icy mouler les escus et les .. quadruples qu'on appelle lustes ou Louis, aussi fort et aussi bien 7, q'auecqu'un marteau; et mesme il faut 3 ou 4 coups de marteau, pour » marquer aussi bien qu'auec ladite presse, qui est quasi semblable a celle « des imprimeurs. « [Bibl. Nat.,fr. n. a. 6208, f. 411. p. rSo et 751.)

Mersenne avait envoyé la même question en Angleterre à l'un de ses correspondants, Haak, et voici la réponse d'un mathématicien anglais, John Pell, que nous avons déjà rencontré (voir plus haut, p. 43 et p. 3i), réponse datée de Londres, 29 mars 1640 [Bibl. Nat., fr. n. a. 6206, f. 160 verso, p. 3i 1) : • -j

« Vim percussionis, qui hic apud nos expenderit, novi neminem; yideo » vestrum De Roberval, jam tuo beneficio meum, pag. i?, lin. 2,scriben-

„ tem : la puissance du marteau, laquelle est presque incomprehen-

» sible, et telle que toutes les autres puissances ne sont quasi rien à com- » paraison d'elle. Quœ faciunt ut de nemine plura hoc in génère quàm de n ipso, expectanda putem. »

Page 212, l. 20. — Le P. Lacombe (dont il a déjà été question, p. 182 et 197) avait, comme nous l'avons dit, écrit de Blaye, le ?o juin et le 18 août 1640, deux lettres à Mersenne. Descartes, à ce qu'il semble, répond ici point par point à une troisième lettre, que nous n'avons pas, mais qui touchait les mêmes questions que les deux précédentes, et surtout que la seconde, dont plusieurs passages sont cités ci-après. L'existence de cette troisième lettre résulte de ce que l'on ne trouve rien dans les deux autres qui corresponde en réalité, ni aux citations textuelles que Des- cartes semble faire d'une pièce qui lui a' été communiquée, ni aux articles 1 et 8. Le premier peut avoir été amené parce que, sur une question de Mersenne, le P. Lacombe avait donné deux solutions comme possibles. Quant à l'article 8, c'est une suite de là discussion commencée entre

�� � 2 20 Correspondance.

Mersenne et Lacombe sur la réfutation des athées, discussion à un point de laquelle se rapportait déjà un passage de la lettre de Descartes du 3o septembre 1640 (plus haut, p. 191, art. 3).

Page 212, 1. 27. — Comparer cet alinéa du P. Lacombe : « le ne trouue point estrange que votre esprit ne soit pas satisfaict de y mes solutions, puisque le mien mesme ne l'est pas. Nous viuons icy » dans les ténèbres, et, a mon aduis, nos plus grandes démonstrations i> physiques ne vont pour l'ordinaire qu'a monstrer que les choses peuuent » estre selon les idées que nous en conceuons, et non qu'elles soient ainsy » en effect. Et de la sorte crois-ie que mes sentiments expliquent la possi- » bilité des choses en la façon que ie les conçoys, et non la vérité de leur » estre, qui nous est cachée. » (Bibl. Nat., fr.n. a. O204, f. 109, p. 212.)

Page 21 3, 1. 9. — Comparer le passage suivant du P. Lacombe : « Chaque corps demande une certaine disposition en ses matières, c'est » a dire, d'estre plus ou moins rares, d'auoir plus ou moins de pores, etc. » Et lorsqu'il vient a perdre cet estât, il souffre violence, de sorte que, » l'empêchement estant osté, il reuient a son premier estât, chasque chose I) ayant la puissance naturelle de se maintenir et pouruoir a son bien, si » elle n'est pas empêchée par une autre plus puissante. Et cette mesme » solution sert a ce que vous demandés après : par quelle force l'arc bandé » se desbande, la corde estant ostee ? Car c'est par la force que ce corps » a de conseruer sa naturelle figure et disposition, tandis qu'il n'est pas » empêché. » [Ib.]

Le P. Lacombe parle ensuite, à propos de la raréfaction et de la con- densation, d'indivisibles matériels, qui sont pour lui les principes des corps, et que Descartes vise dans les numéros 3 et 4. Ces indivisibles, d'ail- leurs de diverses natures, sont conçus comme indifférents à occuper un plus grand ou un plus petit espace. Le Minime de Blaye nie donc à la fois le vide et l'impénétrabilité de la matière.

Page 214, 1. 18. — Alinéa du P. Lacombe, correspondant à ce n" 5 : « Vous me demandés de plus si une corde d'arc, en se desbandant, va r plus viste au commencement de son mouuement, ou plus lentement, et » auec quelle proportion ? le croy qu'elle se meut plus viste au commen- « cément. Ce qui semble estre sensible, en ce que la flesche va plus viste, » a mesure que la corde qui luy donne l'impression estoit plus bandée. 11 » semble encor que cette vistesse ne se relasche pas esgallèment, mais ï moins au commencement qu'a la fin. » [Ib., f. 109 verso, p. 2 1 3.)

Page 2 1 5, 1. 2. — Alinéa du P. Lacombe, correspondant à ce n" 6 : « Pour ce qui regarde la lumière, ie croy auoir expliqué en ma V lettre » comme en un instant tout l'espace qui est entre le ciel et la terre, pou- » uoit estre illuminé par les lumières secondes, quoy que non pas par les » premières, dont le mouuement est successif, quoy que imperceptible. Ce » que l'expérience nous semble faire voir, en ce que la dernière lumière

�� � CCXI. — 28 Octobre 1640. 221

» est foible au commencement; et lorsque la lumière passe plus auant, elle » reçoit les mouuemens successifs, ce qui se faict parce que, a la lumière » seconde, qui arriue la i'*, succède la primitiue qui arriue après. »

« Ce que vous adioustés, que vous soupçonnés quelque mystère en la » lumière, sçauoir qu'elle est comme un milieu entre les corps et les » esprits, aussy bien que les corps glorifiés, et qu'elle tient en partie de la » nature des corps, et en partie de celle des esprits, me semble fort gentil, » mais ie ne croy pas qu'il soit nécessaire de l'admettre, sinon de la » lumière seconde : ainsy qu'il semble euident que les espèces intention- » nelles se pénètrent dans un mesme espace. Et si vous l'admettiés de la » lumière première, que vous çroyés auec moy n'estre pas distincte de la » substance du feu, comment pourroit subsister votre doctrine, que l'im- » pénétration vient des dimensions, puisque le feu est un corps? » {Ib., p, 2i3.) D'après la première lettre du P. Lacombe, la lumière primitive ou substantielle « est ou la mesme substance du feu, ou bien certes une » autre substance plus subtile qui accompagne d'ordinaire le feu ». La seconde ou accidentelle, « est l'image de la première et telle est celle que » nous voyons dans l'air ».

Page 2 1 5, 1. II. — Alinéa du P. Lacombe, correspondant à ce n» 7 : «... Ces éléments primitifs ne sont point ceux des chimistes, mais bien » les principes de toutes les qualités premières; et sont pour le moins a quinze en nombre. Ils sont premiers principes matériels, sans recourir » a cette i" matière vulgaire, laquelle ne pouuantestre nettement conceiie, » ie la range auec vous entre les choses imaginaires. Or, et bien que ie » croye que ces elemens primitifs sont les vrays elemens, et tiennent lieu » de matière première, ie ne pense pas neantmoins qu'ils soient tous com- » muns a tous les corps; de mesme qu'en la philosophie d'Aristote, on » admet des mixtes imparfaicts, bien que on croye que les quatre ele- » mens vulgaires soient les principes matériels des mixtes. » {Ib.]

��CCXI.

Descartes a Mersenne.

Leyde, 28 octobre 1640. Autographe, Bibliothèque V. Cousin, n" 17.

Variantes dit texte imprimé par Clerselier d'après la minute, t. m, lettre 12, p. 88-g2. Clerselier fait suivre le texte latin de Descartes d'une version française, lettre i3, p. gs-gy. La

�� � 22 2 Correspondance. m, 88.

lettre oi-iginale était la 36' des MSS. de La Hire (primitivement 48 C) et le H° [3o) du classement de dom Poirier. — Cette lettre, des- tinée à être montrée, a été envoyée en même temps que la piécédente.

Reuerendiffime Pater,

Vidi refponfionem a R'^ P"^ Societatis per R. P. Bourdin ad me fcriptam, talifque apparet vt maxi- mas illorum virtuti & humanitati gratias me debere exiftimem : quod litteris ad ipfos datis fignificarem, 5 nifi vererer ne forte, û rurfus illos, vbi nihil neceffe eft, interpellem, iudicent me fcripturire nimis liben- ter. Et quia maior mihi familiaritas cum V^. R^.quam cum illis intercedit, puto hîc opportunius ea fcribi poffe, quse illos a me foire velim. Nempe in primis & 10 gaudere me & gratias agere, quod tam humaniter & beneUole refponderint. Quod autem addant, nullum a fefufcipï,fed nec irifufceptum peculiareprœliuin aduerfus meas opiniones, nefcire an mihi gaudendum fit vel do- lendum : nam fi forte abflineant vt mihi gratificentur, i5 tanquam fi ex illorum numéro elfem qui aegre ferunt fibi contradici, valde doleo nondum ipfis potuiffe per- fuaderi, me nihil magis optare quam vt difcam, atque vt meae opiniones, fi qure falf^e fmt, cl" mature, & ab illis potiirimum,refutentur, ne forte familiam ducant. 20

2 R'* P'"^] Reuerendillimis P. iudicarent. — S ¥=> R' veltra

— après Societatisj lel'u ajoitlc. Reuerentia. — puto omis. — — 6-7 11... interpellem omis i o a/vv^ 'polie' arbitrer ajouté.

après forte, ajouté après libcn- — imprimis. — i3 l'ed omis. ter. — eft necelFe. — 7 iudicent

a. Lettre perdue. \'jir p. loo-ioi et ii8-iio, ci-avant, éclaircissements.

— Descartes teint de regarder cette lettre, de la main du P. Bourdin. comme écrite au iTim de la Société de .lésus.cii réponse à ses lettres CXCVI et CCV.

�� � 111.88-89. CCXI. — 28 Octobre 1640. 225

Si vero aliam ob caufam abftineant, quia tantum vna alia effe potefl, nempe quod nihil (faltem quod fit operse pretium) in meis fcriptis inuenerint, quod falfitatis argui poffit, admodum laetor. Et fane fola eft tenuita- 5 tis meae confcientia, quse prohibât ne in hanc maxime partem propendeam. Neque enim fit verifimile, illos negligere commodum quod vniuerfa res litteraria ex errorum meorum, fi quos habeam, refutatione coUi- geret, vt mihi commodi videantur. Et quicquid eà de

10 re fit, cum non aliam ob caufam R"^ | P. Bourdin nihil, vt fcribit, antehac dederit petitioni meae, in DiiTerta- tionis de Methodo pag. 7^ expofitœ, quam quia illam non perlegerat, confido faltem in pofterum, quoties alicui eorum aliquid occurret, quod meis opinionibus

i5 aduerfabitur, illud mihi ab ipfo communicatum iri, atque hoc prius quam vlli ex iunioribus illorum dif- cipulis ; tum quia ego antiquior fum illorum etiam difcipulus ; tum quia, fi forte (vt omnes homines fu- mus, & iam R'. P. Bourdin exemplum teflatur) con-

20 tingeret illum non affequutum fuiffe meam mentem, sequius efl vt me ipfum eius fumât interpretem, quam vt aliquid a veritate alienum alijs dicat; tum denique quia illos omnes quam maxime femper colui & ob- feruaui.

aS Quantum ad Gallicam epiflolam^, quam veftra R^, fimul mifit, vt fibi ante aliquot feptimanas a R. P.

2 quod nempè. — 10 R" uerendiiïimi Patris. — 25 R^] P.] Reueren|dinimus Pater. — Reuerentia. — 26 et 4, p. 224, 12 pagina 75. — 19 R' P"] Re- etc. R.] Reuerendiffimo.

a. Lettre perdue, répondant spécialement à celle de Descartes, CXCVIII ci-avaiit. — Voir p. 118-119, éclaircissements, n°' 2 et 3.

�� � 2 24 Correspondance. 111,89-90.

Bourdin ad me datam, quamuis nec fuperfcripta, nec fubfcripta, nec claufa fit, quia tamen video illam efle cuius fit mentio in Latinâ his verbis : Nihil addam ab eo quod eidem R. P. pridem Jîgnijïcaui &c., eiufdemque R. P. Bourdin manu fcripta efl, nonnihil puto etiam 5 ad eam debere refponderi. Nempe nunquam me elTe conqueftum, quod nomen meum tacuerit, fed contra potius gratias agere, quod, vbi debebam vapulare, non nifi perfonatum produxerit. Mirari autem quod iterum dicat, nec tamen probet, apparere ex meisjcrip- 10 tis folam determinationem dextrorfum nianere in re- fîexione^; nam fane ipfummet nomen reflexionis fi- gnificat corpus deorfum impulfum, non dextrorfum magis quam fmiftrorfum, fed neceffario furfum, refi- lire. Ac deinde, quamuis de ifto refultu nihil dixif- i5 fem, iuxta quam, qusefo, analyfm fequitur me idcirco illum negaffe ? Pari iure, quoties Geometrae loquun- tur de quadrati angulis, nec exprelTe dicunt redos efle, vel de circuli diametris, nec addunt efle inter fe sequales. putandum erit illos id negare ; nuUaque 20 vllibi tam accurata & Mathematica erit demonftratio, in quâ non perfacile fit hac arte monftra opinionum inuenire. Miror etiam quodjaffirmet meam de reflexionc demonjîrationem non valere, imo potius contrarium eiiis quod intendebam in eâ concludi^, cum intérim diéli nul- 25

3 fit] fit.

a. En marge : Que la détermination a droit (sic) de- meure feule, ainfy qu'il paroit dans vos efcrits. —

Cette citation du texte français de la lettre du P. Bourdin manque dans Cierselier, aussi bien que les deux suivantes.

b. En marge : le raifouncment ne faifoit aucune chofe, ains plutofl: concluoit le contraire.

�� � 111,90- CCXI. — 28 Octobre 1640. 225

lam plane afferat rationem. Nam quia, fl verum dice- ret, ego ineptiffimus & flultiffimus effem putandus, vt pote qui in re tam euidenti tam turpiter effem allu- cinatus, vt verba, nihil nifi contrarium eius quod in- 5 tendebam probantia, pro Mathematicâ demonftratione venditaffem, maledicit mihi, & iniurius eft, & calum- niatur, quandiu hoc dicit & non probat. Neque illum •excufant ij tradatus, quos eâ de re fe compofuiffe affirmât, nec quod quaedam ex ijs excerpta fe ad me

10 mittere hîc fcribat; nihil enim intérim mittit. Et ma- gna in eo efl iniquitas, quod fibi velit in prsefens credi, de re cuius rationes in diem tantum promittit : & forte in diem nunquam venturam, quia nempe aliter, vt ait, fuaferiint amici. Miror praeterea quod addat, prœten-

1 5 fam meam demonjîrationem pojfe accommodari per vias Jîbi cognitas,fed quanim nulla vidit vejligia in meis fcrîp- tis, imo, vt ait, qiias reijcio tanquam ad rem noîifacientes". Hsec enim conferendo cum quintâ & fextâ ex eius thefibus Opticis pag\ 9, cumque intégra eius velita-

20 tione, nihil aliud mihi poffum perfuadere, quam illum de reflexione & refradione eadem, quse ego, & nullus ante me, demonftraui, difcipulos fuos docuiffe, muta-

6 maledicit mihi, & omis. — — 11 iniquitas] œquitas. — après eft] mihi ajouté. — 6-7 & 19 pag.] pagina. — 21 & qua; calumniatur ow/5. — loEtjNec. nullus. — 22 demonftrauit.

a. En marge : qu'on pourroit adiufter la demonftration prsetendue par des voyes qui me paroiffent, & def- quelles ie ne voyois aucun veftige dans vos efcrits,- i'adioufleray que mefme vous refufez comme hors de propos.

Correspondance. III. 29

�� � 226 Correspondance. 111,90-91.

tis tantum verbis & diflortis, vt aliud dicere videretur, quaedamque alla inepta mihi affinxiffe, vt ea deinde corrigeret atque culparet. Nam quod affinxerit, ex velitatione manifeilum eft; quod verba diilorferit, ap- paret ex ^^ thefi, in qua vocat angulum refradionis, 5 non illum quem ego cum cseteris omnibus Opticis, fed illum alium qui angulus refradus folet nominari. Et cum ego, Dioptricse pag. 21, 1. 8, dixerim inclinatio- nem linearum elTe menfurandam fecundum perpen- diculareSj quse nempe breuiffimam lateris a latere 10 diilantiam defignant, non autem fecundum angulos fiue arcus circulorum, hîc pro iftâ inclinatione angu- los fubftituit, aitque illos angulos elle menfuran- dos fecundum breuiffimam lateris a latere diftan- tiam. Quod intérim idem quod ego docuerit, patet i5 tum ex eius velitatione, in quajomnia, qu^e ad meam demonflrationem requirebantur, conceffit, nec nifi monflra illa quse ipfe finxerat oppugnauit ; tum ex 6* thefi iam citatâ, quse idipfum tantum continet, quod inuenti eâ in re mei prgecipuum eft, praeterquam 20 quod verba a meis diuerfa nimium affedans, grauiter in eo errauit, quod dixerit : vt médium in quo fit inci- dentia, ad médium in quo fit reflexio aut refraélio &c. Neque enim fiunt in ipfis medijs, vt apud omnes Op- ticee peritos eft in confeiTo, fed refradio fit in fuperfi- 25 cie quae duo média interiacet ; reflexio vero in eâ quse vnum terminât ; nam nunquam, vbi fit, duo média oc- currunt, quin refradio illi adiungatur. Neque hîc

I & diflortis verbis. — 2 quœ- culparet omis. — 5:5*] quinta. damque] atque quœdam. — — i9:6*]fextâ. — 22 errauerit. inepta] quœ culparet. — 3 atque — 24 après enim] hae ajouté.

�� � 111,91. CCXI. — 28 Octobre 1640. 227

habet vllum effugium, nifi forfan dicat fuperficiem ipfam Médium a fe appellari, quia média eft inter duo illa fpatia, quse ab alijs Media dicuntur, atque ita ver- borum fignificationes mutare pergat, & omnia con- 5 fundere : quse hîc obiter addo, vt intelligat fe non dif- ficulter a me, fi velit, impetraturum, quod hadenus ab ipfo non potui, nempe vt meas, contra ea quse in lu- cem edet, rationes ipli exponam. Quod denique videri voluerit errores meos correxiffe, déclarât eius epi-

10 flola, in quâ prœtenfam meam demonjirationem dicit pajlfe accommodari per vias Jibi cognitas, non autem mîhi, qui nias vt ad rem non facientes reieci^. Quae eadem multo adhuc magis illum apud alios, vbi nemo mihi adeft amicus, iaditare credendum ell, quandoquidem

i5 in hac ipfâ ad me epiilolâ fcripfit, quod forte non feciflet^nifi vt apertam relinqueret. Caeterum hîc non dico illum in omnibus meas opiniones effe fequutum ; neque enim nifi valde pauca ex eius fcriptis vidi, fed plane affirmo neminem vnquam contra ea quae de hac

20 materiâ vulgaui, argumentaturum, nec etiam quic- quam didurum quod cum meis non çonfentiat, qurn ab illo vel paralogifmum vel cauillationem committi probem. Faciat modo periculum vel in vnico exemplo, & quidem in eb quod optimum putabit ex ijs omni-

2 5 bus, quibus fe meas opiniones refutaffe tanto ftre- pitu iadauit, & dabo libenter manus, fi falfum aut ineptum effe non demonflrem. Sed fi id prseflem, vel

I vllum habet, — 25 tarrto] cum. — 26 après ftrepitu] forte ajouté.

a. Voir plus haut, p. 225, 1. 14-17.

�� � 228 Correspondance. m. gi-gj.

fi I reciifet mihi fua argumenta declarare, rogo illum etiam atque etiam, ne amplius de me maie loqui per- feueret, ne tandem cogat me meum ius etiam pu- bliée deffendere. Malim enim vt prseterita fopiantur, & me fibi fuifque addidum efîe experiatur. Sum, 5

Reuerendiffime Pater,

Deuotiffimus famulus,

DESCARTES.

Lugduno Bat., 28 Od. 1640. 10

Pour le R". Père Mercenne.

��CCXII.

Descartes a son Père.

Leyde, 28 octobre 1640.

[A. Baillet], La Vie de Mons. Des-Cartes, tome II, pages 56 (A), 94 (B)

et 240 (C).

Cette lettre ne put être remise à son destinataire. Le père du pliilosophe, Joachim Descartes, venait de mourir. II fut inhumé le 20 octobre 1640 dans l'église des Cordeliers de Nantes.

A « Ce fut (l'impression qu'il fallut faire de l'histoire de la gageure entre WaessenaeretStampioen) ce qui retarda ou qui fit rompre même un voyage qu'il (Defcartes) méditoit de faire cette année en France pour des affaires de famille, et pour aller confoler M.fon Père dans

6 Reuerendiffime] R. — 7 V". R'.] V. R. — 9 après descartes, tout le reste omis.

�� � CCXIII. — II Novembre 1640. 229

fon grand âge et fes infirmité^ [en marge : De Leyde, lettr. MS. de Defc. à son Père, du 28 Octob. 1640]. » (Baillet, II, 56.)

B « Dix ou dou^e jours après la mort du Doyen du Parlement de Bretagne, M. De/cartes fonjîls qui n'avoit reçu aucun avis de tout ce qui étoit arrivé, lui récrivit de Leyde [en marge : Lettr. MS. de Desc. à son père, du 28 Octob. 1640] pour lui marquer les objlacles qui s'étaient oppo/e^ au voyage qu'il avoit ei'i deffein de faire en France l'été dernier. Il y reitéroit tous les témoignages du refpeél & de t obiiffance qu'il lui devait. Il lui marquait la pajjton qu'il avait de le revoir pour lui demander fes ordres & fa bénédiâion. Et il n'oubliait pas de lui faire entendre les raifons qu'il avait de demeurer en Hollande plutôt qu'en France, pour philafopher à l'abri des in- trigues de quelques Péripaiéticiens qu'il croyait mal intentionné^ pour lui, dans la créance qu'il en voulait à leur Philofophie. » (Baillet, II, 94.)

C « // (Des-cartes)/e«/z7 renaître les penfées qu'il auoit euè's autrefois de réfuter la philofophie qu'ils (les Jésuites) enfeignoieni. [en marge : Page 5 1 2, 1. 1. Item la lettre MS. à son père écrite dés le 28 Octobre 1640,] // vint à bout néanmoins de les étouffer. » (Baillet, II, 240.)

Ce dernier passage, avec tout l'alinéa qui suit dans Baillet, se trouve imprimé par celui-ci sous la date de 1644, et se rapporte à une lettre de Descartes, que nous imprimerons plus loin, lettre CCXXIV (Clers., I, Si a).

��CCXIII.

Desgartes a [Huygens].

[Lej'de, 11 novembre 1640.] Autographe, Collection Foucher de Careil.

Publiée par Foucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, /. //, 1860, p. 234, sans date et avec le nom de Wilhelm (?) comme destinataire. Un passage de la lettre suivante, du i j novembre, nous apprend que Descartes a envoyé « dès hier » {p. 235, l. 10) son écrit de Métaphysique à Huygens, sans doute pour l'expédier en France à moindres frais, sous le couvert diplomatique. On pourrait donc

�� � 2JO Correspondance.

penser que la présente accompagnait ce Traité; elle serait alors Ju 10 novembre. Mais les « encloses » dont il est question (/. 3), sem- blent être, non seulement la « Lettre à Messieurs de Sorbonne ». que Descartes envoyait séparée du Traité {voir lettre CCXVI ci-après, p. 23 g, l. i~], mais aussi sans doute les suivantes, CCXV et CCX\ I, adressées au P. Gibieuf et à Mersenne et datées du ii novembre, quoique ne devant arriver à Paris qu'en même temps que le manuscrit des Âléditations. Voir ci-après le début de la lettre CCXVIII.

Monfieur, refpere que i'auray l'honneur de vous prefentcr moy mefme ces enclofes, & ce mot n'eft que pour vous fupplier, en cas que ie ne le puiffe, de les vouloir ioindre auec l'efcrit de metaphyfique que i'adreffc au Père Mercenne\ le fuis,

Monfieur,

Voftre très obeilTant feruiteur,

DESCARTES.

��CCXIV.

Descartes a Mersenne.

Leyde, ii novembre 1640. Texte de Clerselier, tome II, lettre 45, p. 262-265.

Mon Reuerend Père, lo

le vous remercie des nouuelles du fleur [Voëtius];

a. Le manuscrii des Meditationes semblerait ainsi avoir clé cnvoyc la veille à Constantin Huygens, peut-être sans lettre, mais par l'intermédiaire d'une personne sûre, chargée de recommandations verbales. Voir la lettre CCXVII ci-après, adressée à Huygens.

b. Voetius Inst., N. Clers. — Voct s'était adressé directement au P. Mer-

�� � J62-263. CCXIV. — II NONEMBRE 164O. 23 I

ie n'y trouue rien d eftrange, fmon qu'il ait ignoré ce que ie vous fuis ; car il n'y a perfonne icy, qui me con- noilTe tant foit peu, qui ne le fçache. C'eft le plus franc pédant de la terre, & il creue de dépit, de ce 5 qu'il y a vn Profeffeur en Médecine en leur Académie d"Vtrecht'\ qui fait profeffion ouuerte de ma Philofo- phie^ & fait mefme des leçons particulières de Phy- fique, c^ en peu de mois rend fes difciples capables de fe moquer entièrement de la vieille Philofophie.

10 Voctius & les autres Profelîeurs ont fait tout leur pof- fible pour luy faire défendre par le Magiilrat de l'en- feigner: mais, tout au contraire, le Magiflrat luy a permis malgré eux*". Ce 'Voëtius a gafté auffi la Da- moifelle de Schurmans ; car au lieu qu'elle auoit l'ef-

i5 prit excellent pour la Poëfie, la Peinture & autres telles gentilleffes, il y a defia cinq ou fix ans qu'il la poffede fi entièrement, qu'elle ne s'occupe plus qu'aux controuerfes de la Théologie, ce qui luy fait perdre la conuerfation de tous les honneftes gens ; & pour

20 fon frère, il n'a iamais efté connu que pour vn homme de petit efprit. l'ay fait rendrejvne' lettre pour Voëtius au MelTager, afin qu'il en paye le port, comme fi elle n'elloit point venue fous couuert, & que vous foyez par là vn peu vangé des fix Hures qu'il vous a fait payer

2 5 pour fes Thefes.

Pour la Philofophie de l'Ecole, ie ne la tiens nulle- senne, pour l'engager dans sa querelle contre Descartes, comme on le verra dans le récit détaille qti'en a fait ce dernier, Lettre Apologétique au Magis- trat d'Utrecbt (Clers., III, q-S).

a. Henry dé Roy ou Regius.

b. Voir lettre CCIX ci-avant, p. 20?, B.

c. Lire « vostre », qui aura été abrégé en vre sur la minute.

�� � 2^2 Correspondance. 11,203.

ment difficile à réfuter, à caufe des diuerfitez de leurs opinions ; car on peut aifement renuerfer tous lés fondemens defquels ils font d'accord entr eux ; & cela fait, toutes leurs difputes particulières paroiffent ineptes. l'ay achepté la Philofophie du frère Eufl. à 5 fando P. ^, qui me femble le meilleur Hure qui ait iamais eflé fait en cette matière ; ie feray bien aifc de fçauoir fi Tautheur vit encore .

Voflre fupputation de la force de la prelfe, com- parée auec la pefanteur, eft fort bonne, & ie n'y fçau- 10 rois rien adioufter. Pour la Vis d'Archimede, elle n'a point d'autre raifon, fmon que le creux, ou la con- cauité qui contient l'eau, monte toufiours, à mefure

que la vis tourne. Car, par exemple, le creux A, dans i5 lequel eft l'eau, fera monté à B, lors que la vis aura fait vn tour; & cette eau ne peutfortir de ce creux, pen- dant que la vis tourne, ou 20 bien il faudroit qu'elle montaft ; car A eft plus bas que C & D, & B eft auffi plus bas que C & E.

le répondrois tres-volontiers à ce que vous deman- dez touchant la flame d'vne chandelle, & chofes fem- blables; mais ie voy bien que ie ne vous pourray ia- 25 mais bien fatisfaire touchant cela, iufques à ce que

a. « Euftachius a S'" Paulo, vulgo Le Feuillant. » (Inst.) Voir p. i85, 1. 16-18, ci-avant. — Clerselier imprime B, au lieu de P.

b. Il mourut le 26 décembre 1640.

c. Clerselier imprime composée.

d. Voir page 212 ci-avant, 1. 6-18, et éclaircissement, p. 217.

��� � 11,263-264. CCXIV. — II Novembre 1640. 2jj

vous ayez veu tous les principes de ma Philofophie, & ie vous diray que ie me fuis refolu de les écrire auant que de partir de ce pais, & de les publier peut-eftre auant qu'il foit vn an. Et mon deffein eft d'écrire par 5 ordre tout vn Cours de ma Philofophie en forme de Thefes, où, fans aucune fuperfluité de difcours, ie mettray feulement toutes mes conclufions, auec les vrayes rai fons d'où ie les tire, ce que ie croy pouuoir faire en fort peu de mots ; & au mefme liure, de faire

10 imprimer vn Cours de la Philofophie ordinaire, tel que peut eftre celuy du Frère Euflache, auec mes Notes à la fin de chaque queflion, où i'adjoufteray les diuerfes opinions des autres, & ce qu'on doit croire de toutes, & peut-eflre à la fin ie feray vne compa-

i5 raifon de ces deux Philofophies^ Mais ie vous fupplie de ne rien encore dire à perfonne de ce deffein, fur tout auant que ma Metaphyfique foit imprimée ; car peut-eftre que, fi les Regens le fçauoient, ils feroient leur poffible pour me donner d'autres occupations,

20 au lieu que, quand la chofe fera faite, i'efpere qu'ils en feront tous bien aifcs. Cela pourroit auffi peut- eftre empefcher l'approbation de la Sorbonne, que ie defire, & qui me lemble pouuoir extrêmement feruir à mes deffeins : car ie vous diray que ce peu de Meta-

25 phvfique que ie vous enuoye, contient tous les Prin- cipes de ma Phyfique.

La- raifon pour la Diuinité, du liure dont vous m'é- criuez, que, fi le Soleil a luy éternellement, il n'a pu illuminer vn Hemifphere auant l'autre &c., ne prouue

a. Voir lettres CCXXII {Clers., II, 275-2J6] et CCXXIV {ib., I, 3i2, ci-après.

Correspondance. III. 3o

X

�� � 2Î4 Correspondance. 11,264-165.

rien, finon que noitre ame, eftant finie, ne peut com- prendre rinfiny.

le vous ay défia écrit que i'ay veu quatre des dif- cours que vous auez fait écrire pour M, Huygens^; i'auray foin de luy demander encore celuy du flux & 5 reflux, &. celuy de la reflexion.

le verray auflî le Cours de Philofophie de M. Dra- conis, qui, ie croy. fe trouuera icy * : car s'il eftoit plus court que l'autre, & autant receu, ie Faimerois mieux. Mais ie ne veux rien faire en cela fur les écrits 10 d'vn homme viuant, fi ce neû. auec fa permiffion, la- quelle il me femble que ie deurois aifément obtenir, lors qu'on fçaura mon intention, qui fera de confide- rer celuy que ie choifiray, comme le meilleur de tous ceux qui ont écrit de la Philofophie, & de ne le re- i5 prendre point plus que tous les autres. Mais il n'efl point temps de parler de cecy, que ma Metaphyfique n'ait pafTé.

Pour la viteiTe des baies qui fortent d'vn moufquet, ie croy qu'elle eft plus grande en fortant de la bouche 20 du canon qu'en aucun autre lieu. Et la raifon que vous m'écriuez eft | du tout nulle; car l'impetuofité qui efl dans la baie ne fert qu'à lui faire conferuer fon mou- uement, & non point à l'augmenter, au lieu que la pefanteur produit à chaque moment vne nouuelle im- 25 petuofité, & ainfi augmente la viteffe.

le fuis bien aife de ce que M. le Cardinal de Bagne fe fouuient encore de moy ; il luy faudra enuoyer ma Metaphyfique, lors qu elle fera imprimée. Il n'efl: point

a. Voir p. 207, 1. 8, et Véclaircissement, p. 216-217.

b. Sic pour de Ràconis (Charles-François d'Abra).

�� � II, j65. CCXIV. — II Novembre 1640. 2^5

befoin que vous m'adreffiez rien pour M. de Zuyli- chem ; mais plutoll, lors que vous m'enuoyerez quel- que paquet vn peu gros, vous luy pourez addrefler, pendant qu'il n'eft point à l'Armée ; car i'ay pris garde 5 qu'on me rend icy fouuent de vos lettres qui ont eflé ouuertes, ce que i'attribuë à l'infidélité du MefTager, qui s'accorde auec quelqu'vn qui ell curieux de fça- uoir ce que vous m'écriuez. Le bon eft qu'il n'y a ia- mais rien qui ne puiiTe bien eftre vu.

10 I'ay enuoyé dés hier ma Metaphyfique à M. de Zuv- lichem pour vous l'adreffer "" ; mais il ne l'enuoyera que dans huit iours, car ie luy ay donné ce temps pour la voir. le n'y ay point mis de titre, mais il me femble que le plus propre fera de mettre Renati Def-

i5 cartes Meditationes de prima Philofophia ; car ie ne traitte point eii particulier de Dieu & de l'Ame, mais en gênerai de toutes les premières chofes qu'on peut connoiftre en philofophant. Vous verrez allez, par les lettres que i'y ay iointes, quel eft mon deffein ; & ie

20 n'en diray icy autre chofe, finon que ie croy qu'il n'y aura pas de mal^ auant que de la faire imprimer, de ftipuler auec le libraire qu'il nous en donne autant d'exemplaires que nous en aurons de befoin, & mefme qu'il les donne tout reliez ; car il n'y a pas plaifir

2 5 d'acheter fes propres Ecrits, ^1- ie m'aflure que le li- braire pourra bien faire cela fans y perdre. le n'auray befoin icy que d'enuiron trente exemplaires ; pour

a. Voir lettre CCXIII, p. 229 c\-3iX&nx, prolégomène, et lettre CCXVII ci-après.

b. Les lettres CCXV et CCXVI ci-après; VEpitre à la Faculté de Théo- logie de Paris; peut-être aussi In Préface au Lecteur, en tête des Médi- tations.

�� � 2}6 Correspondance. ii, «es.

Paris, c'eft à vous de iuger combien il nous en faudra, le fuis,

M. R. P. De Leyde, le ii Nouembre 1640.

Page 234, 1. 8. — Totius Philosophice, hoc est Logicce, Moralis, Phy- skœ, et Metaphysicœ, breuis et accurata, facilique et clara methodo dis- posita ti'actatio. Addiiae sunt quxdam Morales Digressiones ad vsum Concionatorum ex Elhica desumptae ejusdem Autoris opéra. Auctore C. P. d'Abra de Raconis, aimas Facultatis Theologicae Parisiensis Doctore Navarrico, Concionatore, et Eleemosynario Régie. Huic postremae edi- tioni (quae caeteris emendatior) adiunximus in calce operis Definitiones, Diuisiones, ac Régulas ex Logica et Physica Aristotelis, singulari indus- tria depromptas; quarum cognitio Philosophiae studiosis apprime vtilis et necessaria. (Parisiis, apud Mathurinum Henault, via Clopinianâ, e Re- gione paruae Nauarrae, 2 vol. in-8, lôSj.) Un premier volume contient : ■ "la Logique [p. i-5o5), 2" la Morale (p. 506-764), plus les Définitions, Divisions et Règles, tirées de la Logique et de la Physique d'Aristote (p. 765-816). Un second volume contient : 1° la Physique (p. 1-744), et 2° la Métaphysique (p. 745-868). Cette édition de 1637 est la 6'; l'approbation pour la I" est datée du 21 février 1617. On y trouve en tête des pièces de vers avec le jeu de mots sur de Raconis et Draconis, Draco. Dfeux sont signées : Geraldus Cordemoy, discip.

��ccxv.

Descartes au P. [Gibieuf].

[Leyde, 11 novembre 1640.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 46, p. 266-2C7.

« A vn Reuerend Père, Docteur de Sorbonne », dit Clerselier, sans donner de date. Mais Descartes a nommé le P. Gibieuf, et n'a nommé que lui {p. 184, l. 12), comme le juge à qui Mersenne ferait voir d'abord les Méditations, et à qui il pourrait lui-même écrire. Enfin, d'autre part., la lettre suivante mentionne expressément celle-ci

�� � 11,266. CCXV. — II Novembre 1640. 257

comme adressée an P. G. {Gibieitf). Elle a sans doute été écrite le même jour pour accompagner l'envoi des Méditations, mais n'a été adressée à Paris que le 2 S' novembre [voir lettre CCXJ'III ci- après).

Monfieur & Reuerend Pere,

L'honneur que vous m'auez fait, il y a plufieurs an- nées^, de me témoigner que mes fentimens touchant la Philofophie ne vous fembloient pas incroyables, & 5 laconnoiffance que iay de voftre finguliere dodrine, me fait extrêmement defirer qu'il vous plaife prendre la peine de voir l'écrit de Metaphyfique, que i'ay prié le Reuerend Pere Merfenne de vous communiquer. Mon opinion eft que le chemin que i'v prens, pour

10 faire connoiftre la nature de l'Ame humaine, & pour demonllrer l'exiftence de Dieu, eft l'vnique par lequel on en puiffe bien venir à bout. le iuge bien qu'il au- roit pu eftre beaucoup mieux fuiuy par vn autre, & que i'auray obmis plufieurs chofes qui auoient befoin

i5 d'eftre expliquées ; mais ie me fais fort de pouuoir re- médier à tout ce qui manque, en cas que i'en fois auerty, & de rendre les preuues dont ie me fers fi eui- dentes & fi certaines, qu'elles pourront eftre prifes pour des demonftrations. Il y manque toutesfois en-

ao core vn poind, qui eft que ie ne puis faire que toutes fortes d'efprits foient capables de les entendre, ny rfiefme qu'ils prennent la peine de les lire auec atten- tion, fi elles ne leur font recommandées par d'autres que par moy. Et d'autant que ie ne fçache perfonne au

î5 monde qui puiffe plus en cela que Meflieurs de Sor-

a. Voir t. I, p. i6.

b, T. I, p. i5i, I 53 et 220.

�� � 2^8 Correspondance. 11,266-267.

bonne, ny de qui i'efpere des iugemens plus finceres, ie me fuis propofé de chercher particulièrement leur protedion ; et pource que vous elles Tvn des princi- paux de leur Cors "^^ & que vous m'auez toujours fait l'honneur de me témoigner de Taffedion ; et fur 5 jtout à caufe que c'eft la caufe de Dieu que i'ay entre- pris de deffendre, i'efpere beaucoup d'affiftance de vous en cecy, tant par vollre confeil, en auertiifant le Père Merfenne de la façon qu'il doit ménager cette affaire, que par voflre faueur, en me procurant des 10 iuges fauorables, & en vous mettant de leur nombre. En quoy vous m'obligerez à eftre paifionnément toute ma vie,

Monfieur & R. P.,

Vollre tres-humble, & tres-obeïfîant i5 feruiteur, descartes.

CCXVI.

Descartes a Mersenne.

[Leyde], 11 novembre 1640. Texte de Clerselier, tome II, lettre 47, p. 267-268.

Cette lettre, comme la précédente, a été jointe à la lettre CCXIII ci-avant^ puis remise par Hiiygens à Descartes, qui les adressa à Mersmnt le 18 novembre, avec la leltf-e CCXVIII ci-apr-ès.

Mon Reuerend Père, le vous enuoye enfin mon écrit de Metaphyfique,

a. i.e P. Gibieuf avait été reçu, en 1609, de la Société de Sorbonne,

�� � 11, afir-r.s. CCXVI. — II Novembre 1640. 2^9

auquel ie n'ay point mis de titre, afin de vous en faire le parain, & vous laiffer la puifTance de le baptifer. le crov qu'on le pourra nommer, ainfi que ie vous ay écrit par ma précédente, Mcditationcs de prima Philo- 5 fophia] car ie n'y traite pas feulement de Dieu & de l'Ame, mais en gênerai de toutes les premières chofes qu'on peut connoiflre en philofophant par ordre. Et mon nom eft connu de tant de gens que, fi ie ne le voulois pas mettre icy, on croiroit que i'y entendrois

10 quelque fincfi'e, (X: que ie le ferois plutoft par vanité que par modeftie.

Pour la Lettre à Melfieurs de Sorbonne, fi i'av man- que au titre, ou qu'il y faille quelque foufcription, ou autre cérémonie, ie vous prie d'y vouloir fuppléer,

i5 L*v: ie crov qu'elle fera aufiTi bonne, eftant écrite de la main d'vn autre, que de la mienne. le vous l'enuoye feparée du Traitté% à caufe que, > fi toutes chofes vont comme elles doiuent, il me femble que le meilleur feroit, après que le tout aura elle vu par le P. G(i-

20 bieuf), L^, s'il vous plaifl, par vn ou deux autres de vos amis, qu'on imprimafl le Traitté fans la Lettre, à caufe que la copie en eft trop mal écrite pour eftre leuë de plufieurs, c^ qu'on le prefentaft ainfi imprimé au Cors de la Sorbonne, auec la Lettre écrite à la

25 main; en fuite dequoy il me femble que le droid du jeu fera qu'ils commettent quelques-vns d'entr'eux pour l'examiner ; cl' il leur faudra donner autant

a. Voir page z'ib, 1. 14-1 5, ci-avant.

b. Sapienti.ssimis Clarissimisque viris Sacrœ Facultatis Theologiœ Parisiensis Decano et Doctoribits. Renatls Des Cartes. 5. D

c. Page 235, 1. 19, ci-avant.

�� � 240 Correspondance. ii, jas.

d'exemplaires pour cela qu'ils en auront befoin, ou plutoft autant qu'ils font de Docteurs, li- s'ils trouuent quelque chofe à objeéler, qu'ils me l'enuoyent, afin que i'y réponde; ce qu'on pourra faire imprimer à la fin du liure. Et après cela il me femble qu'ils ne pour- 5 ront refufer de donner leur jugement, lequel pourra eftre imprimé au commencement du liure, auec la Lettre que ie leur écrits. Mais les chofes iront peut- eftre tout autrement que ie ne penfe ; c'ell pourquoy ie m'en remets entièrement à vous & au P. G(ibieufj, 10 que ie prie par ma lettre^ de vous vouloir aider à ménager cette affaire : car la Velitation que vous fça- uez m'a fait connoiftre que, quelque bon droiél qu'on puiffe auoir, on ne laiffe pas d'auoir toufiours befoin d'amis pour le deifendre. L'importance eft en cecy i5 que, puis que ie fouftiens la caufe de Dieu, on ne fçau- roit rejetter mes raifons, fi ce n'eft qu'on y montre du paralogifme, ce que ie croy eftre impofiible, ny les méprifer, fi ce n'eft qu'on en donne de meilleures, à quoy ie penfe qu'on aura affez de peine. le fuis, 20

M. R. P.,

Voftre tres-humble, & tres-acquis feruiteur, descartes.

Ce II Nouembre 1640.

a. Lettre CCXV, p. 236, ci-avant. Cf. p., 184, 1. 12.

b. Lettre CXCVIII, p. 106.

�� � II, 563-5(M. CCXVII. — 12 Novembre 1640. 241

��CCXVII.

Descartes a [Hi"vgens].

[Leyde], 12 novembre 1640.

Autographe, Londres, Collection iMorrison.

/

I

Fac-similé publié dans le Catalogue of the Collection of Autograph Letters de Morrison {p. 32, pi. 62, t. II, i(^S5). Sans adresse; mais on connaît le nom du destinataire d'après un passai^e de la lettre CCXIV ci-aiwit [p. 214, l. lo-i i). Par là se trouve identifié un fras^ment que Clerselier donne à la fin du tome II {lettre 1 1 S. fin) y p. 563-564, et qui fournil quelques variantes. — Descaries écrit à Huygens, sans doute parce qu'il n'a pu le voir à La Haye l'avant- veille, comme il l'espérait [lettre CCXIII, p. 22g-23o).

Monfieur, Encore que la principale caufe qui m'a fait vous im- portuner pour raddreffe de mes refueries de Metaphy- lîque, eil que i'ay recherché cete occafion pour les

5 pouuoir foumettre a vollre cenfure, & vous prier de m'en apprendre voftre iugcment, Il eft ce que, confi- derant les affaires infinies qui, fi elles ne font fuffi- fantes pour vous occuper, ne peuuent au moins man- quer de vous interrompre, i'apprehende bien fort | que

10 vous ne prendrez gueres de goull: ny de plaifir a cete ledure, a caufe que ie ne me perfuade pas qu'il foit pofiible d'y en prendre aucun, ie dirois : fi ce n'-eft qu'on emploie des iours & des femaines entières a méditer fur les mefmes matières que i'ay traitées, fi

1 Monfieur omis. — 2 caute] gueres] n'3' puiiîicz prendre —

raifon. — 4 eft] foit. — 6-7 confi- lo-ii a cete lefturc omis. — 12-

cLerantles]penfantaux. — 10 ne... i3 fi.,, entières omis.

Correspondance. II[. 3j

�� � 242

��Correspondance.

��II, f.64.

��ie ne craignois que cela vous en dégouftat tout a fait, — mais-ie dirai : û ce n'efl qu'on prene au moins la peine de lire tout d'vne haleine les cinq premières Méditations auec ma refponfe a la lettre qui eft a la fin^, & qu'on face vn abrégé des principales conclu- fions, affin qu'on en puilTe mieux remarquer la fuite, le ferois bien impudent de vous auertir de cela, fi ie le faifois comme pour vous donner quelque inftruc- tion que vous ne pourriez prendre ayfement de vous mefme en parcourant cet efcrit; mais pour ce que ie ne le fais que pour vous efpargner le tems & la peine que vous y employeriez, ie m'ailure que vous trouuerezbon que ievous prie de ne point commencer a lire ces refueries, que lorfqu'il vous plaira y perdre deux heures de fuite fans eftre diuerti par perfonne.

Et ie ferai toute ma vie, Monfieur,

Voflre très obeilTant & très palïïonné feruiteur, des cartes.

12 Nou. 1640.

��10

��i5

��1 que... fait] par là de vous en dégoûter de telle forte que vous ne daignaffiez les '•egarder. — 4 a la lettre] de ce. — 5 après fin] des fixiefmes Objections ajouté [glofe de Clerselier, les Méditations n'étant suivies à cet te date que des premières Obje- dions, avec les réponses). — face... des] écriue briefuement fur vn papier les. — 7 bien im-

��pudent] mal auile. — 9 ne pour- riez] pouuez. — ayfement] meil- leure. — 10-12 en... employe- riez] mais pour ce que cette Inftruction vous couteroit necef- fairement le temps &. la peine de parcourir vne partie de cet écrit, & que ie ne le fais que pour vous épargner l'vn i>c l'au- tre. — 16 après vie] toute la Jîn manque.

��a. Réponses aux Premières Objections sous forme de lettre à Bannius et Bloemaert (, viri Clarissimi), qui avaient servi d'intermédiaires entre Des- cartes et Caterus, l'auteur de ces Premières Objections.

�� � II, j69. CCXVIII. — i8 Novembre 1640. 24}

CCXVIII.

Descartes a Mersenne.

[Leyde, 18 novembre 1640.]

Texte de Clerselier, tomi II, lettre 48, p. ît'.9-27i.

Sans date dans Clerselier. Mais les lettres écrites « // y a huit jours », dont il est question l. 2, sont fixement datées du 1 1 novem- bre. De plus Constantin Huygens est passé « par icy [c'est-à-dii'e à Leyde) il y a deu.x iours pour aller à Groningue » II. 4-5), et on lit rfaH5 50Î2 Dagboek, en 1640 : « 16 Nov. Cum principe Hagâ Groe- ningam proficiscor. — 17. Mane cum diluculo Ultrajecti appelli- mus. . . » Or, Leyde n'étant qu'à deux lieues de La Haye, Huygens a du y passer le 16. Cette lettre est donc bien du 18 novembre.

Mon Reuerend Père,

Il y a huit iours que i'auois écrit les enclofes^ pour vous eftre adrefTées par M. Zuylichem, auec ma Meta- phyfique ; mais il paffa par icy, il y a deux iours, pour

5 aller a Groningue auec Monfieur le Pr(ince), & me les rapporta, comme ne pouuant écrire en France de quelques femaines. l'ay fait prix auec le Meflager, qui ne doit auoir que trois Hures de port ; ie vous en ay defia laiiTé payer beaucoup d'autres pour mes lettres,

10 & ie voudrois bien auoir occafion de vous les pouuoir rendre ; ce fera quand il vous plaira me la donner.

le fuis bien obligé à M. des Argues, de ce qu'il luy a plû deffendre macaufe contre le P. B(ourdin), & ie fuis tres-aife de ce que vous l'auez fait témoin de

a. Lettres CCXV et CCXVI, p. 2?6 et 238 ci-avant.

�� � 244 Correspondance. 11,269-270.

îioftre procédé. le ne puis croire qu'il defapprouue que vous faffiez voir ma dernière Lettre Latine" à ceux de fa Compagnie : car, encore que le P. B(ourdin) ne vous ait point prié de m'enuoyer fa Lettre Françoife, toutesfois ne vous ayant point auffi prié de ne me la 5 pas enuoyer, comme il n'a eu aucune occafion de le faire, vu qu'il vous Ta enuoyée pour vous faire voir ce qu'il auoit eu intention de m'écrire, & vous en ayant donné vne autre pour moy, ie ne voy pas qu'il puifle en aucune façon trouuer mauuais que vous me l'ayez 10 enuoyée, comme pour me témoigner la mefme chofe qu'il auoit voulu vous témoigner par cette lettre, à fçauoir qu'il auoit pris la peine, il y a long-temps, de me répondre ; et ainfi vous pourrez dire que c'a efté pour le gratifier que vous me l'auez enuoyée. Au reile, 1 5 tout bien confideré, ie croy que ie n ay rien mis de trop en ma réponfe ; car, quelque amitié & douceur qu'ils faffent paroiftre, ie fuislafluré qu'ils m'obferue- ront foigneufement, & qu'ils auront d'autant moins d'occafion de me nuire, qu'ils verront que ie leur répons 20 plus vertement, & que, fi i'vfe ailleurs de douceur, ceû par modération, & non par crainte ny par foi- blefle. Outre que ce qu'a écrit le P. B(ourdin) ne mé- rite rien moins que ce que ie luy mande.

l'ay receu l'imprimé de M. des Argues*; mais ie 25 n'en ay pu lire que l'exorde & la conclufion, à caufe que ie n'en ay pas encore les figures, & ie crains de ne les auoir de long-temps, puis qu'elles viennent par M. Zuylichem qui eft en voyage.

le vous remercie des paflages de faint Thomas pour

a. Lettre CCXI, p. 221. Pour la Lettre Françoise, voir p. 223, note.

�� � 11,270-271- CCXVIII. — i8 Novembre 1640. 24^

les Vœux, bien que ie n'en aye iamais efté en peine ; car la chofe ell trop claire, & ceux qui objedent de telles choses", comme auffi \q fiât Lux, dont vous m'écriuez, monflrent qu'ils ont de la mauuaife volonté

5 fans fcience. Et ie croy que vous auez plus de raifon de vous moquer d'eux, de ce qu'ils veulent réfuter des choses qu'ils n'entendent pas, par d'autres qu'ils en- tendent encore moins, qu'ils n'en peuuent auoir de vous brocarder. Laréponfe que vous leur auez donnée,

10 à fçauoir que, lors que Dieu a dit .fiât Lux, il a fait mouuoir les parties de la Matière, & leur a donné in- clination à continuer ce mouuement en lignes droites, eft bonne ; car cela mefme eft la Lumière. Mais ie croy que vous ferez mieux de laiiTer telles gens fans autre

i5 réponfe, fmon que, s'ils ont quelque chofe à m'objec- ter, ils me le doiuent enuoyer, quand ce ne feroit qu'vn feul mot, & que ie le receuray en bonne part ; mais que ie me mocque de tous ceux qui parlent de ce que i'ay écrit fans m'en auertir, & que ie publie par tout

20 que ie les tiens pour médifans.

Il eft certain que le poids C ne pefe, fur le plan AD, que la différence qui eft entre la force qu'il faut à le foùtenir fur ce plan, & celle

2 5 qu'il faut pour le foùtenir en l'air. Comme, s'il pefe cent liures, & qu'il n'en faille | que quarante pour le foùtenir sur A D, ce plan A D en porte foixante feulement. Et mefme la force d'vn

3o coup de canon ou de moufquet fe peut mefurer ainfi,

a. Voir p. 166, 1. 2.^, ci-avant.

��� � 246 Correspondance. 11, 271.

comme vous pouuez voir en ma Dioptrique, page 19, où l'eau se trouue assez forte pour resister à vn coup de canon tiré obliquement. Mais neantmoins il y a diuerses choses à considerer en cecy, ausquelles ie ne puis penser à present* ; car ie n'ay le temps que de vous dire que ie vous suis,

M. R. P.


Page 244, l. 25. — Il s'agit de l'ouvrage suivant : Brouillon proiect d'exemple d'vne manière vniuerselle du S. G. D. L., touchant la practique du trait a preuues pour la coupe des pierres en l'architecture; et de l'esclaircissement d'vne manière de réduire au petit pied en perspectiue comme en geometral, et de tracer tous quadrans plats d'heures anales au Soleil. (Paris, en août 1640, auec priuilcge.)

Dans la lettre ci-après du 28 janvier 1641 (Clers., II, p. 290), Descartes dira encore de Desargues à Mersenne : « le n'ay pu encore estudier son Trait'é pour la couppe des pierres, à cause que ie n'en av pas receu » les figures. »

Cet ouvrage de Desargues a été réimprimé dans l'édition Poudra (Paris, Leiber, 1864), t. I, p. 3o3-358.

Page 246, l. 5. — Ce dernier alinéa est, de fait, assez peu compréhen- sible, et l'assertion de Descartes, en ce qui concerne la charge sur un plan incliné, n'est valable que si l'on estime les forces suivant leur projection sur la verticale. Il savait cependant, sans aucun doute, que l'on ne peut pas soutenir un poids sur un plan avec une force verticale inférieure à ce poids, et que, si on le soutient par une force des deux cinquièmes parallèle à la ligne de plus grande pente, le plan supporte normalement une charge bien supérieure aux trois cinquièmes, soit √21 /5. Mais il est douteux que Mersenne comprît exactement ce qui en était, et la réponse de Descartes, écrite à la hâte, ne pouvait guère éclaircir ses idées.

��11,563. CCXIX. — Novembre 1(540. 24;

CCXIX. Descartes a

[Le}'de, novembre i()40-; Texte de Clerselier, tome II, p. ^i'>3.

Fi'agment sans aucune indication, rejeté par (llerseiier à la fin du second rolume de Lettres [3' morceau de la letlre 1 nS). Il ne s'adresse pas à Huj-geiis, comme lefraLinienlquisuil dans Cleiselier [lettre CCXVII, p. 241), Descartes annonçant que son écrit de Mé- tapli/sique « e/l defta en chemin pour aller a l^aris » (^1. 24S, l. S), ce que Hu]-gens sarait fort bien , puisque c'est à lui qu'on s'était adressé pour l'envoyer. Mais c'est, semhle-l-il, quelqu'un de Hollande et à qui Descartes écrivait en français. Ce fragment serait de novembre ou au plus tard décembre 1640, en tout cas antérieur à la lettre CCXXII ci-après, Descartes indiquant à Merseune dans celle-ci, au dernier alinéa, le passage de S'. Augustin dont il est question ci-après.

Vous m'auez obligé de m'auertir du paffage de faint Augullin, auquel mon le penfe, donc iefuis a quelque rapport " ; ie l'ay elle lire aujourdhuy en la Biblio- teque de cette Ville, & ie trouue véritablement qu'il

5 s'en fert pour prouuer la certitude de noftre eftre, & en fuite pour faire voir qu'il y a en nous quelque image de la Trinité, en ce que nous fommes, nous fçauons que nous fommes, & nous aymons cet eftre & cette fcience qui eft en nous ; au lieu que ie m'en fers pour

10 faire connoiftre que ce woj, qui penfe, eft vne fubjlance immatérielle^ & qui n'a rien de corporel ; qui font deux

a. De Ctvitate Dei, lib. XL, cap. 26.

�� � 248 Correspondance. 11, .ses.

chofes fort différentes. Et c'efl vne chofe qui de foy eft û fimple & fi naturelle à inférer, qu'on eil, de ce qu'on doute, qu'elle auroit pu tomber fous la plume de qui que ce foit; mais ie ne laiffe pas d'eftre bien aife d'auoir rencontré auec faint Auguftin, quand ce 5 ne feroit que pour fermer la bouche aux petits efprits qui ont tafché de regabeler fur ce principe. Le peu que i'ay écrit de Metaphyfique efl defia en chemin pour al- ler à Paris, où ie croy qu'on le fera imprimer, & il ne m'en ell refté icy qu'vn brouillon fi plein de ratures, 10 que i'aurois moi-mefme de la peine à le lire, ce qui eft caufe que ie ne puis vous l'offrir; mais fi-toll qu'il fera imprimé, i'auray foin de vous en enuoyer des premiers, puis qu'il vous plaifl: me faire la faueur de le vouloir lire, & ie feray fort aife d'en apprendre voflre i5 iugement.

��CCXX. Descartes a Mersenne

[Leyde], 3 décembre 1640. Texte de Clerselier, tome III, lettre 14, p. 97-100.

Datée, dans Clerselier, après la suscription : Au R. Père Mersenne.

Mon Reuerend Père,

Ce que vous me mandez de faint Auguflin & de faint Ambroife, que noflre cœur & nos penfées ne font pas en|noftre pouuoir, & que mentem confundunt alioque 20

�� � 111,98 CCXX. — j Décembre 1640. 249

trahunt &c., ne s'entend que de la partie fenfitiuede Tame, qui reçoit les impreffions des objets, foit exté- rieurs, foit intérieurs, comme les tentations &c. Et en cecy ie fuis bien d'accord auec eux, & ie n'ay iamais 5 dit que toutes nos penfées fuflent en noftre pouuoir ; mais feulement que, s'il y a quelque chofe abfolument en nojlre pouuoir, ce font nos penfées '^^ à fçauoir celles qui viennent de la volonté & du libre arbitre, en quoy ils ne me contredifent aucunement; & ce qui m'a fait

10 écrire cela, n'a efté que pour faire entendre que la ju- rifdidion de nollre libre arbitre n'efloit point abfoluë fur aucune chofe corporelle, ce qui ell vray fans con- tredit.

l'admire qu'on vous ait fait lire le Penîa logos, & fi

i5 c'eftle mefme qui vous recommande le liure Allemand, où il y a de fi hautes penfées, ie n'en puis auoir bonne opinion. En effet, ie voy que, fi ceux des petites Mai- fons faifoient des liures, ils n'auroient pas moins de ledeurs que les autres; car ie ne tiens pas lautheur

20 du Pentalogos en autre rang. Cell vn Chymirte Boë- mien, demeurant à la Haye, qui me femble m'auoir fait beaucoup d'honneur, en ce qu'ayant témoigné vouloir dire de mov tout le pis qu'il pouuoit, il n'en a rien fceu dire qui me touchafl'\

25 le fuis extrêmement obligé à Monfieur Des-Argues, & ie veux bien croire que le Père Bourdin nauoit pas compris mademonllration': car il n'y agueres de gens au monde fi effrontez, que de contredire à vne de-

a. Discours de la Méthode, p. 27. h. \'oir p. 201 ci-avant, note. c. Cf. page 243, 1. 12.

Correspondance. III. 3a

�� � 250

��Correspondance.

��III, 98-99.

��monftration qu'ils entendent, quand ce ne feroit que de crainte d'eflre repris par les autres qui l'entendent auffi ; & ie voy que mefme vos grands Géomètres, Mef- fieurs Fer(mat) & Rob(erual), n'ont pas veu clair en celle-cy. Mais cela n'empefche pas que la velitation" du Père Bourdin ne contienne des cauillations, qui n'ont pas efté inuentées feulement par ignorance, mais par quelque fubtilité que ie n'entens point. Et pour fon encloùeure, que vous dites confiiler en ce qu'il ne pouuoit conceuoir comment l'eau ne retarde point la baie de gauche à droite, auffi bien que de haut en bas, il me femble que ie l'auois aflez|preuenuë,en ce que, page 18, i'auois fait confiderer la refradion dans vne toile, pour monftrer qu'elle ne fe fait point dans la pro- fondeur de l'eau, mais feulement en fa fuperficie ; & en ce que i'auertis expreffément, à la fin de la page 18, qu'il faut feulement confiderer vers quel coflé fe déter- mine la baie en entrant dans l'eau, à caufe que, par après, quelque refiflance que l'eau luy faffe, cela ne peut changer fa détermina- tion. Comme, par exemple, fi la baie qui ell poulfée d'A vers B, eftant au point B, eft déterminée par la fuperficie C B E à aller vers I, foit qu'il y ait de l'air au def- fous de cette fuperficie, foit qu'il y ait de l'eau, cela ne changera point fa détermination, mais feulement fa vitefiTe, qui diminuera beaucoup plus dans l'eau que

a. Voir lettre CXCVIII, p. 1 06 ci-avant.

b. Page 18 de la Dioptrique.

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�� � m, 99-'co. CCXX. — } Décembre 1640. 2^1

dans Tair. Mais ie croy que ce qui l'aura aulîi emha- rafle fera le mot de détermination , qu'il aura voulu confiderer fans aucun mouuement, ce qui ell chyme- rique & impoffible ; au lieu qu'en parlant de la deter- 5 mination vers la droite, i'entens toute la partie du mouuement qui eft déterminée vers la droite : toutes- fois ie n ay pas crû deuoir faire mention du mouue- ment en cela, pour n'embaraiîer point le lecleur de ce calcul furprenant de la velitation, où il dit que )

10 & 4 font 5 . & ne perdre point de paroles à l'expliquer. Car on peut affez voir en ce que i'ay écrit, que i'ay tafclié d'éuiter les paroles fuperfluës-'.

I'ay veu la Philofophie de Moniteur de Raconis^ mais elle efl: bien moins propre à mon deifein que

i5 celle du Père Euftache ; Ov: pour les Conimbres, ils font trop longs "^ ; mais ie fouha.iterois bien de bon cœur, qu'ils euilent écrit aufli briéuement que l'autre ^ , ^^ i'aimerois bien mieux auoir affaire à la grande Société, qu'à vn particulier Tefpere, auec l'aide de Dieu, que

20 mes raifons feront auffi bien à l'épreuue de leurs argu- mens que de ceux des autres.

Au refte, la dernière lettre que vous m'auez en- uoyée m'apprend la mort de mon Père % dont ie fuis fort trifte, & i'ay bien du regret de n'auoir pu

»5 aller cet efté en France, afin de le voir auant qu'il mouruft; mais puifque Dieu ne l'a pas permis, ie ne

a. Voir ci-avant p. 1 1 1, 1. i5 et suiv.

b. Voir ci-avant p. 2 36, éclaircissement.

c. Voir ci-avant, p. 194, éclaircissement.

à. que /'aMfre, c'est-à-dire que Monsieur de Raconis. qui était de la Société de Jésus. e. Voir ci-avant lettre CCXII. p. 22^.

�� � 2Ç2 Correspondance. m, ioo.

croy point partir d'icy que ma Philofophie ne foit faite. le fuis,

Mon R. P.

��CCXXI.

Descartes a son Frère aîné.

[Leyde], 3 décembre 1640. [A. Baillet], La Vie de Mons. Des-Cartes, tome II, p. 94 (A) et gS (B).

A « Cette lettre {lettre CCXII ci-avant, du 28 octobre 1640) a/ant été reçue dans la famille un mois après la mort du Père, Jît fouvenir les enfans qu'ils avoient encore un frère vivant; et l'aîné prit la plume par bienféance, pour lui faire fçavoir les nouvelles de la maifon. [en marge : Lettr. MS. de Desc. à son frère aîné, du 3 décemb. 1640.] » (Baillet, II, 94.)

g « Monjieur fon père n'ayant pas jugé à propos de le traiter en Phi- lofophe Ml en Etranger, comme il femble que firent MeJJîeurs fes frères, avait eu la bonté en mourant de lui laijfer quelques biens à partager avec eux. M. Defcartes ayant perdu le principal en per- dant M. fon père, ne jugea point que le rejle valût la peine qu'il prendrait defe tranfporter fur les lieux. Il établit pour procureur de fes affaires fon ami M. de la Villeneuve du Boilexic, qui le fervit avec toute î'affeâion, toute l'exaâitude et toute la diligence qu'il n'avait ofè efpérer d'aucun autre, [en marge : T. II des lettr. p. 285. Et lettr. MS. de Desc. à son frère, du 3 Décembre 1640.] » (Baillet, II, gS.)

La lettre Clers. II, p. 285, est celle du 21 janvier 1641, ci-après CCXXVII.

�� � H, a?'- CCXXII. — Décembre 1640. 2^^

CCXXII. Descartes a Mersenne.

[Leyde, décembre 1640,] Texte de Clerselier, tome II, lettre 49, p. 271-276.

Sans date dans Clerselier, ruais après h 41^"^', qui est du 18 no- vembre 1640 [lettre CCXVIII ci-avant, p. 24S]. D'autre part, on y trouve la suite d'incidents ou de projets, dont il a été question dans cette lettre CCXVIII et dans la CCXX', du 3 décembre [M. Desar- gues et le P. Bourdin, p. 255, l. 12; cours de philosophie, réfutant celui des Jésuites, p. 25g, h 21, etc.). Elle est donc au plus tôt du 10 décembre, mais peut avoir été écrite huit ou quinze Jours plus tard.

Mon Reuerend Père,

le ne puis manquer de vous renuoyer la Lettre Françoife du P. B(ourdin)% puis que vous la deman- dez; mais ie ne fçay comment vous la luy pourrez 5 rendre, à caufe que vous auez écrit deffus, & qu'il y a auffi à la marge vn apoftille de ma main, que i y ay mis cy-deuant, en Tenuoyant à vn de mes amis pour la luy faire voir. Car ie ne vous puis celer que ie l'ay monftrée à plufieiirs : et comme les lefuites 10 ont par tout des intelligences, & mefme qu'il y en a vn en cette ville fort familier à vn de mes amis (du- quel pourtant il n'a rien appris que l'autre ait crû

a. Voir ci-avant p. 223, 1. 25, et p. 244, 1. 4.

b. Cet ami de Descartes à Leyde, si familier avec un Jésuite, et par con- séquent catholique, ctait sans doute M. de Hoogheland. Quanta cet unique Jésuite, qui se trouvait à Leyde en 1640, nous n'avons pu encore décou- vrir son nom.

�� � 2J4 Correspondance. 11,171-271.

eftre à mon préjudice, car c'efl vn amy qui m'eft tres- fidelle), peut-eflre qu'ils fçauent defia que vous m'a- uez enuoyé cette lettre; c'ell pourquoy, fauf meilleur auis, il feroit, ce me femble, auffi bon de luy dire • franchement que vous me l'auiez enuoyée, penfant luy 5 faire plaifir en cela. Car^ en effets il ne peut y auoir aucune raifon, au moins qui luy foit honnefle à con- felTer, pour laquelle il puille dire vous Tauoir en- uoyée, que pour la mefme il n'ait dû | auffi trouuer bon que ie la viiTe ; & il ne le peut trouuer mauuais, 10 qu'il ne témoigne par là que le fujet qui luy a fait écrire, a efté pour vous faire croire qu'il vouloit main- tenir des chofes contre moy, qu'il n'ofe pourtant ny ne peut maintenir deuant moy. Et cependant il en a compofé de gros Traittez pour les débiter à fes dif- i5 ciples; car vn Danois m'a dit icy en auoir vu vn entre les mains d'vn des foûtenans, nommé Potier % duquel il s'eftoit promis d'auoir copie, mais il n'a pu; peut-eftre que le Père B(ourdin) la empefché.

Mais ie vous enuoye derechef la réponfe ^ que i'auois 20 faite à leur Lettre Latine, afin que vous leur puiffiez faire voir toute feule, s'il vous plaift. Car il me femble neceifaire qu'ils fçachent en quel fens i'ay pris leurs paroles, i^ fi vous trouuez bon d'auoùer au Père B(ourdin) que vous m'auiez enuoyé fa lettre, vous 25 pourrez auffi luy faire voir en confidence la réponfe que i'y auois faite, & luv dire que vous n'auez pas voulu luy monftrer auparauant, à caufe que vous la

a. Voir ci-avant, p. 170, 1. 23. — Ce Danois pourrait ctre Thomas Bartholin, qui, en 1640, vint précisément de Paris à Leyde.

b. Lettre CCXI, du 28 octobre 1640, p, 221 ci-avant.

�� � 11,272-273- CCXXII. — Décembre 1640. 25 c

ïugiez trop rude, & craigniez que cela n'empefchaft que nous ne puffions deuenir amis. Et enfin, en con- feffant toute la pure vérité, ie croy que vous ferez plaifir à Tvn & à l'autre ; car i'efpere que, voyant que 5 i'ay bec & ongle pour me deftendre, il fera d'autant plus retenu, quand il voudra parler de moy à lauenir. Et bien qu'il me feroit peut-eftre plus aduantageux deftre en guerre ouuerte contre eux, e^ que i'y fois entièrement refolu, s'ils m'en donnent iufte fujet,

10 i'ay me toutesfois beaucoup mieux la paix, pourueu qu'ils s'abftiennent de parler.

Au refte, ie fuis extrêmement obligé à M. des Ar- gues de ce qu'il veut prendre la peine de catechifer le Père B(ourdin)-'; c'eft la meilleure inuention qu'il eft

i5 poffible, pour faire qu'il chante la palinodie de bonne grâce, au moins s'il fe veut lailTer conuertir. S'il le fait, ie ferav tres-aife de dilfimuler le palTé, i.^ mefme deflre particulièrement fon feruiteur; et i'en auray beaucoup meilleure opinion de luy ^ïv: des fiens.

20 Pour la Mufique de M. Bau. ^, ie crov qu'elle diffère de l'Air de Boilet, comme la Crevé •■ d'vn Efcolier qui a voulu pratiquer toutes les règles de fa Rethorique, diffère d'vne Oraifon de Ciceron, où il eft mal-aifé de les reconnoiftre. le luv en av dit la mefme chofe, ^^ ie

25 crov qu'il l'auouë à prelent : mais cela n'empefche pas qu'il ne foit tres-bon M alicien, 0^ d'ailleurs fort honnefte homme, Oc mon bon amy. nv auffi que les règles ne foient bonnes, auffi bien en Mufique qu'en Rethorique*.

a. Voir ci-avant p. 249. 1. 2.^.

b. Sic pour Baimius (jL'an-.\lbcrt Ban. archiprèirc de HarlcmV ■

c. Sic pour Chrie. — Pour Bosset. lire Bocsset.

�� � 2^6 Correspondance. m, sy?.

le vous remercie de la lettre qu'il vous a plù faire tranfcrire pour moy ; mais ie n'y trouue rien qui me férue, ny qui ne me femble auffi peu probable que la Philofophie de l'Ecole.. Pour voftre difficulté, à fça- uoir pourquoy les parties tres-fubtiles s'applatiffent 5 plutofl:, pour remplir les angles des cors, que ne font celles qui font plus grofles, nonobflant que la ma- tière des vnes & des autres ne diffisre rien du tout, elle eft aifée à foudre par cette feule confideration, que, plus vn cors eft petit, plus il a de fuperficie à rai- lo fon de la quantité intérieure de fa matière : comme, par exemple, vn cube qui n'aura que la huitiefme par- tie d'autant de matière qu'vn autre, n'aura pas feule- ment vne huitiefme de fa fuperficie, mais deux hui- tiefmes, ou vn quart, & ainfi des autres figures. Car i5 c'eft de la quantité intérieure que dépend la dureté, ou refiftance à la diuifion ; & c'eft, au contraire, la grandeur de la fuperficie qui la facilite, & auec cela l'extrême vitefle de cette matière tres-fubtile.

le ne connois pas affez la nature de l'Or, pour de- 20 terminer comment fe meuuent fes parties dans l'Eau forte, autrement que par l'exemple de celles du Sel, que i'ay décrites en mes Météores^. Mais il y a vn milion d'expériences qui peuuent prouuer le mouue- ment des parties de Teau qu'on ne voit point à 25 l'œil : comme, quand on a dilTout dedans du falpeftre, comment eft-ce que toutes les parties de ce Sel fe vont attacher en formes de ballons au fonds & aux coflez du vaiffeau, fi elles ne fe remuent en y allant ? Enfin, iettez vne goûte de vin rouge dans de l'eau, & 3o

a. Page 188.

�� � II. 27?-::4. CCXXri. — Décembre 1640. 2^7

vous verrez à lœil comme il coule par tout pour fe mefler auec elle. le croy bien que les parties de l'or, & des autres cors durs, ont quelque mouucment, à caufe de la Matière fubtile qui paflc par leurs pores, 5 mais non pas qui les fepare, comme les feuilles &. branches des arbres font ébranlées par le vent, fans en eftre détachées.

Pour la preiïion de la Lune, elle ne peut eftre fen- fible fur les lacs, à caufe qu'ils n'ont aucune propor- 10 tion auec toute la malTe de la Terre, à laquelle cette preffion fe raporte.

Le fleur Saumaife a grand tort, s'il me prend pour aray de H(einfius), auquel ie n'ay encore iamais parlé, ^.^ que iay fceu auoir auerfion de mov, il y a long- r5 temps, à caufe que ieftois amy de Balzac^ Se qu'il elt pédant. Mais M. Saum(aife) efl ingénieux à fe for- ger des aduerfaires ; H(einfius) a fait imprimer vn vers à la fin de fon Liure fur le Nouueau Teflament, compofé en fa faueur par M. de Z(uylichem). 11 a de- 20 clamé contre ce vers, en la Préface de fon fécond Tome De Vfuri.s\ que ceux qui flatent ainfi les au- theurs des Hures qu'ils n'ont point veus, vtrcni inflarc pergunt &.C. M. de Z(uvlichem) s'en plaignit à M. Riuet, auquel Monfieur Saufmaife) écriuit vne lettre, non

a. « qui a ccnfiirc sci Traf^t\iic d Hcrode », ajoute entre parenthèses Baillet, en citant ce passage. Vie Je Motis. Dcs-Cartcs, II, 69-70.

b. Voir t. II, p. i5o, 1. 21-22. Il s'agit non d'un seul vers, mais d'une pièce assez longue, composée par C. Huvgens et placée en tète de l'ou- vrage de Heinsius. sous le titre : In Viri Daniclis Hcinsii Fquitis ad Libros Novi Fœderis Exercitationes.

c. De modo Vsurarum liber. Claudio Salmasio auctore (Lugd. Bat. ex officina Elzeviriorum. 1639. petit in-8), second rome d'un ouvrage dont le premier portait le titre De Vsuris liber {ib., i638'.

CoRRESPONTiANCE. III. 33

�� � 2j8 Correspondance. 11,274-275.

tant pour s'en excuier, que pour fe deffendre ; et M. de Z(uylichem) a fait quelques remarques fur cette lettre", lefquelles il m'enuoya pour me les faire voir, & ie luy en manday mon fentiment, en telle forte que ie fuis affuré, bien que ie ne me fouuienne plus de 5 ce qui eftoit en ma lettre, qui efloit fi peu eftudiée que ie n'en auois pas fait de broiiillon, de n'y auoir rien mis au defauantage de M. de Saumaife, finon peut- eftre qu'il efloit vn peu trop aifé à offenfer. Ce qu'il vérifie en s'ofFenfant de moy pour cette lettre ; car to c'efl celle qu'il dit auoir veuë, & ie n ay d'ailleurs iamais eu grande familiarité auec luy.

le ne fuis pas marry que les Miniflres fulminent contre le mouuement de la Terre ; cela conuiera peut- eflre nos Prédicateurs à l'approuuer. Et à propos de i5 cecy, fi vous écriuez à ce M(edecin) du C(ardinal) de B(aigné) % ie ferois bien aife que vous l'auertiffiez que rien ne m'a empefché iufques icy de publier ma Philofophie, que la deffenfe du mouuement de la Terre, lequel ie n'en fçaurois feparer, à caufe que ao toute ma Phyfique en dépend ; mais que ie feray peut-eflre bien-tofl contraint de la | publier, à caufe des calomnies de plufieurs, qui, faute d'entendre mes principes, veulent perfuader au monde que i'ay des fentimens fort éloignez de la vérité; & que vous le 2 5 priez de fonder fon Cardinal fur ce fujet, à caufe

a. Voir t. II, p. 641 , 1. 1 8 et suiv.

b. Cette lettre est perdue, à moins qu'elle ne se retrouve dans les papiers de Constantin Huygens. Elle doit avoir été écrite en décembre 1639.

c. « Naudé, domestique du Cardinal de Baigné », en marge de l'exem- plaire de l'Institut. Il a été question du Cardinal dans la lettre CCXIV, p. 234 ci-avant, 1. 27.

�� � 11,2-5, CCXXII. — Décembre 1640. 259

qu'eftant extrêmement fon feruiteur. ie ferois tres- marry de luy déplaire, & qu'eflant tres-zelé à la Re- ligion Catholique, l'en reuere généralement tous les chefs. le nadjoufle point que ie ne me veux pas met- 5 tre au hazard de leur cenfure ; car, croyant très-fer- mement l'infaillibilité de l'Eglife, & ne doutant point aufli de mes raifons, ie ne puis craindre qu'vne vérité foit contraire à l'autre.

Vous auez raifon de dire que nous fommes auffi

10 affurez de noftre libre Arbitre que d'aucune autre notion première ; car c'en eft véritablement vne.

Quand vne chandelle s'allume à vne autre % ce n'efl qu'vn mefme feu qui s'eûend d'vne mefche à l'autre, pource que les parties de la flamme, agitées par la

1 5 Matière tres-fubtile, ont la force d'agiter & de feparer celles de cette autre mefche; & ainfi ce feu s'aug- mente, puis il eft diuifé en deux feux, quand on fe- pare ces deux mefches.

Mais ie ne puis bien expliquer le feu qu'en don-

20 nant toute ma Philofophie, & ie vous diray , entre nous, que ie commence à en faire vn Abrégé, où ie mettray tout le Cours par ordre, pour le faire imprimer auec vn Abrégé de la Philofophie de l'Ecole, tel que celuy du F. Euft(ache)^,fur lequel i'adjoûteray mes Notes à

25 la fin de chaque Queftion, qui contiendront les di- uerfes opinions des autheurs, ce qu'on en doit croire de toutes, & leur vtilité; ce que ie croy pouuoir faire en telle forte, qu'on verra facilement la comparaifon de l'vne auec l'autre, & que ceux qui n'ont point

a. Voir ci-avant page 232, 1. 24.

b. Cf. plus haut, p. 232, 1. 6, et p. 233, 1. 1 1.

�� � 200 Correspondance. h, ^^b■i^6.

encore appris la Philofophie de l'Ecole, l'apprendront beaucoup plus aifément de ce liure que de leurs maiftres, à caufe qu'ils apprendront par mefme moyen à la méprifer, & tous les moindres maiftres feront capables d'enfeigner la mienne par ce feul liure. Si 5 le Père E. à S. P. " vit encore, ie ne me feruiray pas de fon liure fans fa permiffion; mais il u'eft pas encore temp.^ de la demander, ny mefmes d'en parler, à caufe qu'il faut voir aupa|rauant comment mes Méditations de Metaphyfique feront receuës. lo

Tout ce que vous m'écriuez touchant la Reflexion & la Refradion eft entièrement félon mes penfées, & iefviisbien aife que ce qu'a écrit le P. B(ourdin) vous

ait conuié à les mieux examiner ; & ce que vous dites des deux di- i5 uerfes déterminations, l'vne d'A vers D, qui demeure toufiours la mefme, & l'autre d'A vers B, qui, changeant tant qu'on voudra, n'empefche pas que le mobile 20 n'arriue toufiours en temps égal à quelque point de la ligne D C, eft vne chofe fi claire, & vne fi belle façon pour expliquer ma demonftration, que le Père B(our- din), ne l'ayant pas voulu entendre, a monftré par là qu'il aime mieux que ce foit M. des Argues que vous, 25 qui ait l'honneur de fa conuerfion.

le croy que ce que ie vous écris pour eux en Latin

a. Le Frère Eustachius a Sancto Paulo mourut à Paris, le 26 dé- cembre 1640.

b. Dans sa Vélitation, p. 106 ci-avant.

c. Voir plus haut, p. 255, 1. 12.

d. Voir plus haut, p. 254, 1. 20 et note b.

��� � 11.376. CCXXII. — Décembre 1640. 261

eft fuffifant pour l'obligera m'enuoyer fes objeclions, s'il en a enuie, sans qu'il foit befoin que ie luy en écriue plus particulièrement ; car ie mande que, puis qu'il n'y a rien eu qui l'ait empefché de me les cn-

5 uoyer, finon qu'il n'auoit pas lu la page 7^ de ma Pré- face ou de ma Méthode % ie me promets qu'il n'y man- quera pas d'orefnauant, puis qu'il fçait ce qu'elle contient.

le verray S. Anfelme à la première occafion. Vous

10 m'auiez cy-deuant auerty d'vn paffage de S. Auguftin, touchant mon le pcnfe, donc ie fuis, que vous m'aucz. ce me femble, redemandé depuis; il eil au Liure on- zième de Ciuilate Dei, chap. 26. le fuis,

M. R. P.

Page 2 3?. 1. 28. — Antoine Bocsset, sieur df Villedieu, intcnJnnrde la musique du roi Louis XIII, avait composé un air sur les paroles sui- vantes :

^• Me veux-tu voir mourir, insensible Climaine? " Viens donner à tes yeux ce funeste plaisir ! • L'excez de mon amour, et celuv de ta haine, » S'en vont en un moment contenter ton dcsir ;

» Mais au moins souviens loy, cruelle. n Si je meurs malheureux, que j"ay vescu tidelle. « 

Ces six vers lurent envovés de France en Hollande à l'archiprètre de Harlem, Jean-Albert Ban Baniiiiis), pour qu'il les mit à son tour en mu- sique. Les deux compositions musicales, de Boesset et de Bannius. furent comparées, et Ton donna la préférence au musicien français. En vain Bannius en appela au jugement d'Anne-Marie de Schurman, la célèbre demoiselle d'Utrecht; Constantin Huvi^ens lui-même, qui servit d'inter- médiaire, avec Mersenne. entre le musicien hollandais et les connaisseurs et amateurs de Paris, se rangea définitivement à l'avis de Descartes. Les pièces de ces curieux débats se trouvent publiées par .lonckbloet et Land.

a. Cl. plus haut p. ii.^. 1. 12.

b. Voir plus haut, lettre CCXIX. p. 247.

�� � 202 Correspondance.

Correspondance et Œuvre musicales de Constantin Hurgens (Leyde, E.-J, Brill. 1882). On n'en compte pas moins de seize, que voici :

1° Bannius à Huygens, Harlem, ly mai 1640 (p. lxix).

-" — à — — , i3 août 1640 (p. lxix).

3° — à — —, 1640 (p. Lxx).

4° Examen du Sieur Bannius de l'air : Me veux-tu voir mourir, com- posé par lA' Boësset (p. lxx-lxxix).

5° Huygens à Mcrsenne,.3i août 1640 {p. 8).

6' Mersenne à Huygens, Paris. 3 nov. 1640 (p. lxxx],

7' Huygens à Boisset [sic], La Haye, 5 nov. 1640 [p. g).

8» Mersenne à Huygens. Paris, 14 nov. 1640 (p. lxxx-xc).

A la fin de cette lettre (que Huygens reçut à Rolde, en Drenthe, le 39 nov. 1640), se trouve une phrase de Mersenne, qui se rapporte à la réponse de Descartes : « Je vous diray, avant que de finir, que quelques » uns entreprendront peut estre de faire des loix et des reigles des beaux )' chantz sur ceux de nostre Orphée [Boësset], afin que, comme celuy » qui aproche le plus prés du style de Ciceron est estimé composer le » plus élégamment, de mesme les compositeurs qui imiteront plus parfaic- » tement la méthode dont il use pour faire ses airs, soient jugez les plus » excellentz. » (p. xc.)

90 Jugement d'un Trésorier général sur la lettre de M' Bannius, reçu le 6 déc. 1640 (p. xci-xciv).

lo» Bannius à Huygens, Harlem, 12 janvier 1641 (p. xciv-cvir).

Il" — à —, — , iS janvier 1641 (p. cvni).

12" — à Mersenne, — , — (p. cvm-cxil).

i3» — à Huygens, — , 18 janvier 1641 (p. cxii-cxvli).

140 Huygens à Boisset [sic], 19 janvier 1641 (p. 10].

150 Bannius à Huygens, Harlem, 28 janvier 1641 (p. cxvii).

i6<> — à — , — , 3i janvier 1641 (p. cxviii-cxix).

��CCXXIII.

Descartes a Mersenne.

[Leyde, 24 décembre 1640'?] Texte de Clerselier, tome II, lettre 5o, p. 277-281.

Sans date dans Clerselier, mais placée après la précédente, qui est au plus tôt du 10 décembre 1640, et écrite huit jours avant la CCXXV' ci-après, qui paraît bien être du 3i décembre.

�� � II, «77 CCXXIII. — 24 Décembre 1640. 203

Mon Reuerend Père,

le ne viens que de receuoir vos lettres vne heure ou deux auant que le Meflager doiue retourner; ce qui fera caufe que ie ne pourray pour cette fois répondre 5 à tout ponduellement. Mais pour ce que la difficulté que vous propofez pour le conarium, femble eftre ce qui preiTe le plus, & que l'honneur que me fait celuy qui veut delFendre publiquement ce que i'en ay touché en ma Dioptrique" m'oblige à tâcher de luy fatisfaire,

10 ie ne veux pas attendre à l'autre voyage à vous dire que glandula pituitaria a bien quelque rapport cum glandula pineali, en ce qu'elle eft fituée, comme elle, entre les carotides & en la ligne droite par où les efprits viennent du cœur vers le cerueau, mais qu'on

i5 ne fçauroit foupçonner pour cela qu'elle ait mefme vfage, à caufe qu'elle n'eft pas, comme l'autre, dans le cerueau, mais au deflbus, & entièrement feparée de fa mafle dans vne concauité de l'os fphenoïde, qui eft faite exprés pour la receuoir, etiam infra durant menin-

20 gem^ fi i'ay bonne mémoire ; outre qu'elle eft entière- ment immobile, & nous éprouuons, en imaginant, que le fiege du fens commun, c'eft à dire la partie du cer- ueau en laquelle l'ame exerce toutes fes principales opérations, doit eftre mobile. Or ce n'eft pas mer-

2 5 ueille que cette glandula pituitaria fe rencontre où elle eft, entre le cœur & le conarium^ à caufe qu'il s'v rencontre auffi quantité de petites artères, qui com-

a. Page 29, etc. — Cf. lettre CLXXXIII, et aussi plus haut, p. iSj, Y éclaircissement dQ p. i23, 1. 4.

b. Sphéroïde Clers.

�� � 264 Correspondance. n, 277-278.

pofent le plexus mirabilis, & qui ne vont point du tout iufques au cerueau ; car c'efl quafi une règle générale par tout le cors, qu'il y a des glandes, où plufieurs branches de veines ou d'artères fe rencontrent. Et ce n eft pas merueille auffi \ que les carotides enuoyent en 5 ce lieu-là plufieurs branches ; car il y en faut pour nourrir les os & les autres parties, & auffi pour fepa- rer les plus groffieres parties du fang des plus fubtiles, qui montent feules, par les branches les plus droites de ces carotides, iufques au dedans du cerueau, où eft le 10 conarium. Et il ne faut point conceuoir que cette fepa- ration fe faife autrement que mechanicè, de mefme que, s'il flote des joncs &. de l'efcume fur vn torrent, lequel fe diuife quelque part en deux branches, on verra que tous ces joncs & cette efcume iront fe i5 rendre en celle où l'eau coulera le moins en ligne droite. Or c'eft auec grande raifon que le conarium eft fcmblable à vne glande, à caufe que le principal office de toutes les glandes eft de receuoir les plus fubtiles parties du fang qui exhalent des vaifl'eaux qui 20 les enuironnent, & le fien eft de receuoir en mefme façon les efprits animaux. Et d'autant qu'il n'y a que luy de partie folide en tout le cerueau, qui foit vnique, il faut de neceffité qu'il foit le iiege du fens commun, c'eft à dire de la penfée, & par confequent de l'ame ; 25 car Ivn ne peut eftre feparé de l'autre. Ou bien il faut auoùer que l'ame n'eft point immédiatement vnie à aucune partie folide du cors^ mais feulement aux ef- prits animaux qui font dans fes concauitez, & qui y entrent &l fortent continuellement ainfi que l'eau d'vne 3o riuiere, ce qui feroit eftimé trop abfurde. Outre que

�� � 11,378-379- CCXXIII. — 24 Décembre 1640. 26^

la (ituation du conariuin eft telle, qu on peut Tort bien entendre comment les images qui viennent des deux yeux, ou les fons qui entrent par les deux oreilles Ac. , fe doiuent vnir au lieu où il eft : ce quelles ne fçauroient 5 faire dans les concauitez, fi ce neftoit en celle du mi- lieu, ou dans le conduit au dellus duquel eft le cona- rium^ ce qui ne pourroit fuffire, à caufe que ces conca- uitez ne font point diftindes des autres où les images font neceffairement doubles. Si ie puis quelqu'autre

10 chofe pour celuy qui vous auoit propofé cecy, ie vous prie de l'aflurer que ie feray tres-volontiers tout mon poflible pour le fatisfaire.

Pour ma Metaphyllque, vous m'obligez extrême- ment des I foins que vous en prenez, tît ie me remets

i5 entièrement à vous pour y corriger ou changer tout ce que vous iugerez à propos. Mais ie m'eftonne que vous me promettiez les objedions de diuers Théolo- giens dans huit iours, à caufe que ie me fuis perfuadé qu'il falloit plus de temps pour y remarquer tout ce

20 qui y eft ; et celuy qui a fait les objedions qui font à la fin", l'a iugé de mefme. C'eft vn Preftre d'Alcmaer, qui ne veut point eftre nommé ^ ; ceft pourquoy , fi fon nom fe trouue en quelque lieu, ie vous prie de l'eff'acer. Il faudra aufli, s'il vous plaift, auertir l'imprimeur de

25 changer les chiff'res de fes objedions, où les pages des Méditations font citées, pour les faire accorder auec les pages imprimées.

Pour ce que vous dites, que ie n'ay pas mis vn mot

a. Cf. lettre CCXVI, p, 238-240 ci-avant.

b. Descaries le nomme un peu plus bas (p. 267, 1. 9) : Caterus.

Correspondance, III. 3^

�� � 206 Correspondance. h, 279-ï8o.

de l'Immortalité de l'Ame % vous ne vous en deuez pas eftonner ; car ie ne fçaurois pas demonftrer que Dieu ne la puifTe annihiler, mais feulement qu'elle eft d'vne nature entièrement diftinéle de celle du cors, & par confequent qu'elle n'efl point naturellement fujette à 5 mourir auec luy, qui eft tout ce qui eft requis pour efta- blir la Religion; et c'eft auffi tout ce que ie me fuis propofé de prouuer.

Vous ne deuez pas auffi trouuer eftrange que ie ne prouue point, en ma féconde Méditation, que l'ame lo foit réellement diftinde du corSj & que ie me contente de la faire conceuoir fans le cors, à caufe que ie n'ay pas encore en ce lieu-là les premifles dont on peut ti- rer cette conclufion ; mais on la trouue après, en la fixiefme Méditation. i5

Et il eft à remarquer, en tout ce que l'écris, que ie ne fuis pas l'ordre des matières, mais feulement celuy des raifons : c'eft à dire que ie n'entreprens point de dire en vn mefme lieu tout ce qui appartient à vne matière, à oaufe qu'il me feroit impoffible de le bien 20 prouuer, y ayant des raifons qui doiuent eftre tirées de bien plus loin les vnes que les autres; mais en raifonnant par ordre à facilioribus ad difficiliora, l'en déduis ce que ie puis, tantoft pour vne matière, tan- toft pour vne autre; ce qui eft, à mon auis, le vray 25 chemin pour bien trouuer & expliquer la vérité. Et pour l'ordre des matières, il n'eft bon que pour ceux dont toutes les raifons | font détachées, & qui peuuent

a. Le litre primitif était : Renati Dh:s-Cai!tf:s Medilaliones de ynma pkilosophia, in qita Dei existentia et ani»uv iiiiiiiorlalilas demonslraïur (sic). Descartes ne le changera que pour la seconde édition : ... in ijuihua Dei existentia et animœ hunianœ a corpore distinctio dcmonstrantur.

�� � Il, i8o. CCXXIII. — 24 Décembre 1640. 267

dire autant d vne difficulté que d'vne autre. Ainfi ie ne iuge pas qu'il foit aucunement à propos, ny mefme poffible, d'inférer dans mes Méditations la réponfe aux objedions qu'on y peut faire; car cela en interrom-

5 proit toute la fuite, & mefme ofteroit la force de mes raifons; qui dépend principalement de ce qu'on fe doit détourner la penfée des chofes fenfibles, def- quelles la plufpart des objeûions feroient tirées. Mai i'ay mis celles de Caterus à la fin, pour monftrer le

10 lieu où pourront auffi eftre les autres, s'il en vient.

Mais ie feray bien aife qu'on prenne du temps pour les faire ; car il importe peu que ce Traité foit encore deux ou trois ans fans eftre diuulgué. Et pource que la copie en eft fort mal écrite, & qu'elle ne pourroit

i5 eftre veuë que par vn à la fois, il me femble qu'il ne feroit pas mauuais qu'on en fift imprimer par auance vingt ou trente exemplaires, & ie feray fort aife de payer ce que cela couftera; car ie l'aurois fait faire dés icy, finon que ie ne me fuis pu fier à aucun li-

20 braire, & que ie ne voulois pas que les Miniftres de ce pais le vifTent auant nos Théologiens,

Pour le ftyle, ie ferois fort aife qu'il fuft meilleur qu'il n'eft ; mais, referué les fautes de grammaire, s'il y en a, ou ce qui peut fentir la phrafe françoife,

2 5 comme in dubium ponere pour reuocare^, ie crains qu'il ne s'y puifle rien changer fans préjudice du fens; comme, en ces mots : nempe quicquid haéîenus vt maxime verum admiji, vel à fenjibus vel per fenfus accepi^^ qui adioufteroit falfum ejje , comme vous me mandez ,

a. Page 7 (édit. 1641 et édit. 1642), titre de la i" Médit.

b. Page 9 (édit. 1641) ou page 8 (édit. 1642).

�� � 208 Correspondance. ii, aso-asi.

on ' changeroit entièrement le fens, qui eft que i'ay receu des fens, ou par les fens, tout ce que i'ay crû iufques icy eftre le plus vray. De mettre erutis funda- mentis, au lieu àe/uffoj^s^, il n'y a pas fi grand mal, à caufe que l'vn & l'autre eft latin & fignifie quafi le 5 mefme ; mais il me femble encore que le dernier, n'ayant que la feule fignification en laquelle ie le prens, eft bien aufli propre que l'autre, qui en a plufieurs.

le vous enuoyeray peut-eftre dans huid: iours vn Abrégé des principaux points qui touchent Dieu & lo l'Ame', lequel pourra eftre imprimé auant les Médi- tations, afin qu'on voye où ils fe trouuent; car autre- ment ie ! voy bien que plufieurs feront dégouftez de ne pas trouuer en vn mefme lieu tout ce qu'ils cherchent, le feray bien aife que Monfieur des-Argues foit aufiî i5 vn de mes luges, s'il luy plaift d'en prendre la peine, & ie me fie plus en luy feul qu'en trois Théologiens. On ne me fera point aufîi de déplaifir de me faire plu- fieurs objedions, car ie me promets qu'elles feruiront à faire mieux connoiftre la vérité, & grâces à Dieu, 20 ie n'ay pas peur de n'y pouuoir fatisfaire ; l'heure me contraint de finir. le fuis,

M. R. P.,

Voftre tres-humble, & tres-acquis

feruiteur, descartes. 2 5

a. Lire en ?

h. Page 9 (édit. 1641) et p. 8 (édit. 1642). — Descartes a maintenu suffossis. c. C'est la Synopsis dont il sera question lettre CCXXV, p. 271, 1. 7.

�� � I, Si». CCXXIV. — Décembre 1640. 269

��CCXXIV.

Descartes au P. [Charlet] ?

[Décembre 1640?]

Texte de Clerselier, tome I, lettre ii3, p. 5i2-5i3.

« A vn Reuerend Père lesuite », dit simplement Clerselier, sans indiquer la date. La lis' qui précède est de mars i63y {voir t. /, p. 347), et la J 14* qui suit, du 22 février i638 [ib., p. 558). Mais Descartes dit qu'il est informé, ici même [à Leyde?), que plusieurs Jésuites parlent désavantageusement de lui [à Paris); or un Danois, venant de Paris, venait de l'en informer en effet {lettre CCXXII, p. 254, l. 16). En outre il parle de ce projet {en l'attribuant à un ami) d'un livre oit sa philosophie et celle de l'Ecole seraient comparées {p. 2J0, l, 4); or c'est le projet dont il est question, lettre CCXXII {p. 25g, l. 21) et lettre CCXIV{p. 233, l. 5). Descartes dit, il est vrai, « la Philosophie, que i'ay publiée », ce qui reporterait cette lettre à 1644 et au delà, s'il s'agissait des Principes ; mais ces mots peuvent bien ici désigner les Essais de i63']. Toutefois, la date de la présente lettre ne peut guère être précisée; le 1 1 novembre {voir p. 233), Descartes recommande à Mersenne le secret sur son projet. N'a-t-il pas attendu au moins l'année i64i,pour en informer un Jésuite, même avec la précaution, bien peu suffisante de déguiser la part qu'il comptait y prendre? — Quant au destinataire, ne serait- ce pas le P. Charlet?

Mon Reuerend Père,

le fçay que vous auez tant d'occupations, qui valent mieux que de lire les lettres d'vne perfonne qui n'eft point capable de vous rendre aucun feruice, que ie fais fcrupule de vous importuner des miennes, lors que ie n'ay point d'autre fujet de vous écrire, que pour vous affurer du zèle que i'ay à vous honorer.

�� � 270 Correspondance, i. sij-sij.

Mais pour ce qu'il y a icy quelques perfonnes, qui me veulent perfuader que plufieurs des Pères de voftre Compagnie parlent defauantageufement de mes écrits, & que cela incite vn de mes amis ^ à écrire vn traitté dans lequel il veut faire vne ample comparaifon de la 5 Philofophie qui s'enfeigne en vos écoles auec celle que i'ay publiée, afin qu'en monftrant ce qu'il penfe eftre mauuais en l'vne, il faffe d'autant mieux voir ce qu'il juge meilleur- en l'autre ; i'ay crû ne deuoir pas confentir à ce deffein, que ie ne vous en eufle aupa- 10 rauant auerty, & fupplié de me prefcrire ce que vous jugez que ie dois faire. L'obligation que i'ay à vos Pères de toute l'inftitution de ma jeunefTe, l'inclina- tion tres-particuliere que i'ay toufiours eue à les ho- norer, & celle que i'ay auffi à préférer les voyes i5 douces & amiables à celles qui peuuent déplaire, fe- roient des raifons alTez fortes pour m'obliger à prier cet amy de vouloir exercer fa plume fur quelque autre fujet, où ie ne fuffe point méfié, fi ie n'eftois comme forcé de pancher de l'autre cofté, par le tort qu'on dit 20 que cela me fait, & par la règle de prudence qui m'a- prend qu'il vaut beaucoup mieux auoir des ennemis déclarez que couuerts ; princi|palement en telle oc- cafion, où n'eftant queflion que d'honneur, d'autant que la querelle éclattera plus, d'autant fera-t-elle plus 25 auantageufe à celuy qui aura iufle caufe. Mais le ref- pe£l que ie vous dois, & l'affedion que vous m'aucz toufiours fait la faueur de me témoigner, a plus de force fur moy qu'aucune autre chofe, & fait que ic defire attendre vos commandemens fur ce fujet ; & ic 3o

a. Cet ami est évidemment Descartes lui-même. Voir le Prolcgomène.

�� � ir, 28i. CCXXV. — ]i Décembre 1640, 271

ne fouhaitte rien tant que de vous pouuoir monftrer, par effet, que ie fuis, &c.

CCXXV.

Descartes a Mersenne.

[Leyde, 3i décembre 1640.]

Textede Clerselier, tome II, lettre 5i, p. 281-285.

Sans date dans Clerselier. Mais 1° Descartes reçoit ce Jour même une lettre de Mersenne, du 23 décembre {p. 2"] 4. /. 25); 2° il souhaite à son ami « une heureuse nouvelle année » {p. 2yy, l. 2). C'eût été un peu tird que d'envoyer ce souhait le y janvier 1641 ; la présente lettre semble donc du 3i décembre 1640.

Mon Reuerend Père,

le n'ay point receu de vos lettres à ce voyage ; mais 5 pource que ie n'eus pas le temps, il y a huit iours, de vous répondre à tout, i'adjoufleray icy ce que i'auois obmis. Et premièrement^, ie vous enuoye vn Argument de ma Metaphyfique, qui pourra, fi vous l'approuuez, eftre mis au deuant des fix Méditations. En fuite de 10 ces mots qui les précèdent : eafdem quas ego ex ijs con- clufiones deduéîuros^, on adjouftera : Sed quia in fex

a. On ne trouve ni cette fin de phrase, ni le commencement de la sui- vante dans la !"■ édition et pas davantage dans la seconde. La rédac- tion primitive a donc été modifiée. La i'" édit., suivie en cela par la 2*, donne d'ahord une Epistola au Doyen et aux Docteurs de la Faculté de Théologie de Paris, puis une Prœfatio ad Lectorem, puis un Index (qui manque dans la 2'^^), puis une Synopsis sex sequentium Meditationum, enfin les Méditations elles-mêmes, h' Index de la i" édit. commence ainsi : Post synopsim perlegendam, à prima pagina vsque ad 7, sequuntur sex Medi- tationes quorum prima, etc. L'argument dont parle ici Descartes n'est autre que la Synopsis.

�� � 272 Correspondance. ii. îSi-îSî.

��/

��fequentibus Med. &c. On pourra voir là en abrégé tout ce que i'ay prouué de l'Immortalité de TAme, & tout ce que i'y puis adjoufter en donnant ma Phyfique. Et ie ne fçaurois, fans peruertir Tordre, prouuer feule- ment que l'Ame eu. diftinde du Cors, auant l'Exiftence 5 de Dieu.

Ce que vous dites, qu'on ne fçait pas Ji l'Idée d'vn EJîre très parfait n'ejî point la me/me que celle du Monde Corporel^ eft aifé à foudre, par cela mefme qui prouue que l'Ame eft diftinde | du Cors, à fçauoir, parce lo qu'on conçoit toute autre chofe en l'vn qu'en l'autre. Mais il eft befoin pour cela de former des idées dif- tindes des chofes dont on veut iuger, ce que l'ordi- naire des hommes ne fait pas ; & c'efl principalement ce que ie tâche d'enfeigner par mes Méditations. Mais i5 ie ne m'arrefte pas dauantage fur ces objedions, à caufe que vous me promettez de m'enuoyer, dans peu de temps, toutes celles qui fe pourront faire. Sur quoy i'ay feulement à vous prier qu'on ne fe hafte point : car ceux qui ne prendront pas garde à tout, & fe fe- 20 ront contentez de lire la féconde Méditation, pour fçauoir ce que i'écris de l'Ame, ou la troifiéme, pour fçauoir ce que i'écris de Dieu, m'objederont aife- ment des chofes que i'ay defia expliquées.

le vous prie, en l'endroit où i'ay mis iuxta leges Lo- 25 gicœ meœ, de mettre au lieu iuxta leges verœ Logicx ; c'eft enuiron le milieu de mes Réponfes ad Caterum, où il m'objede que i'ay emprunté mon argument de S. Thomas ^ Et ce qui me fait adjoûter mece ou verce au

a. Correction faite ainsi dans la i" édition,. p. 141 : iuxta leges Logicœ verœ, et dans la 2^ p. 11 5 : juxta leges verce Logicœ.

�� � II, 282-;8?. CCXXV. — ji Décembre 1640. lyj

mot Logïcce, efl que i'ay lu des Théologiens qui, fui- uant la Logique ordinaire, quœ-runt prius de Deo quid fit, quàm quœjiuerint an fit.

Vous auez raifon qu'où i'ay mis : quodfacuhas idcam 5 Dei in fe habendi, e[Je non pojfeî in nojîro intelleélu^ fi ille &c. % au lieu de ille, il vaut mieux dire hic; c eft enuiron la quatrième ou cinquième page de ma Ré- ponfe aux Objedions. Et il eft bon aufli de mettre ///f caufam au lieu de caufam, en là ligne fuiuante, comme 10 vous remarquez.

Pour ce que ie mets en fuite, que nihil potejl ejfe in

me, hoc ejl in mente, cuius non Jim confcius ^, ie I'ay

prouué dans les Méditations, & il fuit de ce que

l'ame eft diftinde du cors, & que fon effence eft de

i5 penfer.

Pour la période où vous trouuez de l'obfcurité, que ce qui a la puiffance de créer ou confetuer quelque chofefeparée de foy-mefme, a aufli, àplus forte raifon, la puiffance de fe conferuer, &c., ie ne voy gueres 20 de moyen de la rendre plus claire, fans y adjoufter beaucoup de paroles, qui n'auroient pas fi bonne grâce en vne chofe dont ie n'ay touché qu'vn mot en paffant.

Il eft bon, où ie parle de infinito, de mettre, comme 25 vous dites, injîmîum, qua injinitum e/?, nullo modo à nobis com [prehendi '^ .

Le monde fortajfe limiîibus caret ratione extenfionis,

a. Cf. \" édit., p. i?8, et 2« édit., p. ii?.

b. Cf. r» éuit., p. izjo : nihil in me, cuiiis nullo modo sim conscius, esse passe ; et 2" édit., p. ii5 : id.

c. Cf. Inédit., p. 146, et 2* édit., p. iig-120.

d. Voir i" édit., p. 148, et 2" édit., p. 121.

Correspondance. III. 35

�� � 274 Correspondance. ". 2«3.

fed non ralionc potcntice, intelligentiœ^ &c. Et fie non omni ex parte Hmitibus caret •'.

Vn peu après, on peut mettre, comme vous dites, qua de re nullum diibium ejfe potefi^ après le mot ali- quid reale ^, en l'enfermant entre deux parenthefes. 5 Mais il ne me femble pas obfcur, de la façon qu'il eu, & on trouuera mille endroits dans Ciceron qui le font plus.

Il me femble bien clair qu'exifioitia pofiibilis conti- netur in omni eo quod clarè intelligimus, quia ex hoc ipfo lo quod clarè intelligimus, fequilur illud à Deo pojje creari".

Pour le Myflere de la Trinité, ie iuge, auec faint Thomas, qu'il eft purement de la Foy, & ne fe peut connoiftre par la Lumière Naturelle. Mais ie ne nie point qu'il n'y ait des chofes en Dieu que nous n'en- i5 tendons pas, ainfi qu'il y a mefme en vn triangle pluficurs propriété/, que iamais aucun Mathématicien ne connoiftra, bien que tous ne laifTent pas pour cela de fçauoir ce que c'efl qu'vn triangle.

Il eft certain qu'il n'y a rien dans l'effet quod non 20 contineatur yformaliter vel eminentcr, in caufa efficiente <S"roTAM, qui font deux mots que i'ay adjoûtez expref- fément. Or le foleil ny la pluye ne font point la caufe totale des animaux qu'ils engendrent.

l'acheuois cecy, lors que i'ay reccu voftre dernière 25 lettre", qui méfait fouuenir de vous prier de m'écrire

a. Cf. r^cdit., p. 14.S-149, et 2» cdit., p.. 12t.

b. Voir I'" cdit., p. i5i, et 2 édit., p. I23. Celte addition au texte n'a pas été faite.

c. Cf. l'o édit., p. i53, et 2« édit., p. i25.

d. Voir I'" édit., p. 41, et 2« édit., p. 35.

e. Lettre du 23 décembre 1640, sur laquelle Descartcs reviendra lettre CCXXVII ci-après, paj^e 284, I. i.

�� � 11,283-284. CCXXV. — ^i Décembre 1640. 275

û vous auez fceu la caufe pourquoy vous ne receuftes pas ma Metaphyfique, au voyage que ie vous l'auois enuoyée, ny mefme fi-toft que les lettres que ie vous auois écrites huit iours après ^, & fi le paquet n'auoit 5 point efté ouuert ; car ie l'auois donné au mefme Mef- fager.

le vous remercie du titawrem que vous auez changé en maius, comme il falloit. le ne m'eftonne pas qu'il fe trouue de telles fautes en mes Ecrits ; car i'y en ay

10 fouuent rencontré moy-mefme de telles, qui arriuent lors que i'écris en penfant ailleurs. Mais ie m'étonne que trois ou quatre de mes amis qui ont lu cela ne m'auoient pas auerty du folœcifme.

le ne feray pas marry de voir ce que M. Morin a

r5 écrit de Dieu*^, à caufe que vous dites qu'il procède en Mathématicien, bien quinîer nos ie n'en puifle beau- coup efperer, à caufe que ie n'ay | point cy-deuant ouy parler, qu'il fe mélaft d'écrire de la forte; non plus que l'autre imprimé à la Rochelle. M. de Z(uylichem) eft

2o de retour, & fi vous luy enuoyez cela auec le difcours de l'Anglois, ie les pourray receuoir par luy, pour- ueu toutesfois qu'il foit prié de me les enuoyer promp-

a. Voir ci-avant lettres CCXVI, du ii novembre, et CCXVIII, du 18 nov., p. 238 et 243.

b. Voir ci-avant lettres CLXXXVIII, p. 61, c, et CXC, p. 63, 1. 5.

c. Quod Deus sit Mundusqiie ab ipso creatus fuertt in tempore, ejusque providentiâ gubernetur. Selccta aliquot theoremata adversus Atheos. Illus- trissimis ac Reverendissimis DD. DD. Archiepiscopis, Episcopis, totiqtie Clero ad sacra Comitia Gallica convocato. Authoj-e Ioanne Baptista MoRiNO, Doctore medico atque Parisiis Regio Mathematum Professore (Parisiis, loannes Libert, i635, in-4, p. 8). Approbation datée Die tertia Augusti anni Domini millesimi sexcerttesimi trigesimi quinti.

d. Thomas Hobbes. Voir ci-après lettre CCXXVIII.

�� � 2-6 CORRF.SPONDANCF.. II. 284.

icmcnt; car il a tant d'autres affaires, qu'il les pour- roit oublier.

Au refte, referué ce qui touche ma Metaphyfique, à quoy ie ne manqueray pas de répondre, fi-toft que vous me l'aurez enuoyé, ie feray bien aife de n'auoir 5 que le moins de diuertifTemens qu'il fe pourra, au moins pour cette année, que i'ai refolu d'employer à écrire ma Philofophie en tel ordre qu'elle puiffe aifé- ment eftre enfeignée. Et la première partie, que ie fais maintenant % contient quafi les mefmes chofes lo que les Méditations que vous auez, fmon qu'elle eft entièrement d'autre ilile, & que ce qui eft mis en l'vn tout au long, eft plus abrégé en l'autre, & vice verfa.

le croy n'auoir plus rien à répondre au Père B(our- i5 din), finon que, pour ce qu'il met que d'autres des leurs pourroient encore me réfuter deuant leurs dif- ciples, fans m'apprendre leurs réfutations, faute d'a- uoir lu le lieu de la Méthode où ie les en prie^', ie tiens cela pour vne deffaite ; & ie vous affure que, fi 20 ie puis apprendre qu'aucun d'eux me fafle iniuftice, ie le fçauray faire éclater en bon lieu; & il faudra que ie tâche d'auoir ce qu'il didc maintenant, touchant la Reflexion, à fes difciples.

Pour le billet du Père Gib(ieuf), le n'y répons auflî 25 encore rien; car, puis qu'il veut m'écrire &. faire voir mes Méditations à leur General, ie dois attendre cela,

i. Il s'agit de la première partie des Principia Philosophiœ, lescjuels ne

seront publiés qu'en 1644.

11. Voir ci-avant, p. 223, 1. io-i3, et p 261, 1. 5. c. Réponse à la lettre CCXV, p. 236 ci-avant.

�� � II, ^s.t-î*?. CCXXV. — ^i Deciimp.re 1640. 277

& ie feray bien aife qu'ils ne fe hallent point. le vous fouhaitte vne heureufe nouuelle année.

le ne manquerav d'enuoyer vn tranlport à M. Soly' pour le Priuilege, li-tofl; qu'il en fera beibin, & aulîi

5 la copie du Priuilege. û vous ne l'auez. le croy que. dans rimprelîion, il me faudra nommer Cartcjius^\ a caufe que le nom frangois eft trop rude en Latin. le prie Dieu pour les âmes de M. Dounot" iS: de Beau- grand. Mais pour Monlieur de Beaune, ie prie Dieu

10 qu'il le conferue : car, puis que vous nauez j point de nouuelles de fa mort, ie ne la veux pas croire, ny m'en attrifter auant le temps ; & ie le regretterois extrême- ment, car ie le tiens pour vn des meilleurs efprits qui foient au monde. le fuis.

■5 M. R. P.,

Voftre tres-humble, L*i: tres-obeïffant feruiteur. desc.artf.s.

��a. Le libraire qui inipriniaii la prcmicie édition des Médltatiuns.

b. Cf. ci-avant lettre CXC, p. 68, 1. i3. Les deux premières éditions portent cependant comme titre : Renati Dls-Cartks Meditalîanes, etc.

c. a Ou Donaut », dit ^aillct en marge de sa ]'ic Je DcsavUs. Il, qô. peut-être par confusion avec un autre correspondant de Mersenne dont on a des lettres datées de Toul en 1642 et 1644 et signées Donot ?)(Bibl.nat., fr. n. a. 6:o5. p. 141 et 384). — Ici, la lecture Dounot parait exacte. • Voir i. H, p. 509, Jchurciiscnicnt de p. 5o3, 1. 6. Ct. t. III, p. 187,

1. ,7.

d. Florimond de Beaune survécut a Descartes et ne mourut qu en 1652.

�� � 278 Correspondance. '.4«6.

CCXXVI.

De5cartes a [Pollot].

Leyde, mi-janvier 1641.

Texte de Clerselier, tome I, lettre 107, p. 4S5-4SS.

« A Monfieur'" », dit Clerselier, sans donner de date; et comme titre, à la table des matières : « consolation sur la mort d'un frère. » Or Alphonse de Pollot avait un frère, Jean-Baptiste, qui mourut à La Haye, le 14 Janvier 1641 , « Premier Gentilhomme delà Chambre » de S. A. d'Oranges, et Capitaine en Ollandc, etc. ». [Archives A/S., Eugène de Budé. à Genève.) De plus le même Alphonse avait préci- sément perdu un bras par un accident de guerre (p. 2jg,l. i6-ig). C'est donc bien lui le destinataire de la présente lettre, qui fut écrite entre le 14 janvier et le 21, date de la lettre suivante (voir p. 283,

I. 28).

Monfieur, le viens d'aprendre la trilte nouuelle de voftre affli- dion, & bien que ie ne me promette pas de rien mettre, en cette lettre, qui ait grande force pour adoucir voftre douleur, ie ne puis toutesfois m'abitenir d'y 5 tafcher, pour vous témoigner au moins que i'y parti- cipe. le ne fuis pas de ceux qui efliment que les larmes & la trifteffe n'apartiennent qu'aux femmes, & que, pour paroiflre homme de cœur, on fe doiue contrain- dre à monftrer toufiours vn vifage tranquille. l'ay ,0 fenty depuis peu la perte de deux perfonnes qui m'eftoient très-proches^, & i'ay éprouué que ceux qui

a. Sa fille Francine, morte à Amersfort, le 7 septembre 1640 (Baillet,

II, 90), et son père, Joachim Descartes, mort à Nantes, en octobre de la même année (voir ci-avant p. 25 1, 1. 23, et.p. 252).

�� � 1,486.487. CCXXVI. — Mi-Janvier 1641. 279

me vouloient defFendre la triftefle, Firritoient, au lieu que i'eftois foulage par la complaifance de ceux que ie voyois touchez de mon déplaifir. Ainfi ie m'alTure que vous me foufFrirez mieux, û ie ne m'opofe point à 5 vos larmes, que fi i'entreprenois de vous détourner d'vn reffentiment que ie croy iufte. Mais il doit neant- moins y auoir quelque mefure ; & comme ce feroit eftre barbare [que de ne fe point affliger du tout, lors qu'on en a du fujet,auffiferoit-ce eflre trop lai'che des'aban-

lo donner entièrement au déplaifir ; & ce feroit faire fort mal fon conte, que de ne tafcher pas, de tout fon pou- uoir, àfe déliurer d'vne paflion fi incommode. Lapro- feffion des armes, en laquelle vous eiles nourry, acou- tume les hommes à voir mourir inopinément leurs

i5 meilleurs amis; & il n'y a rien au monde de fi fâ- cheux, que l'acoutumance ne le rende fuportable. Il y a, ce me femble, beaucoup de raport entre la perte d'vne main & d'vn frère; vous auez cy-deuant foufert la première*, fans que i'aye iamais remarqué que

20 vous en fufliez affligé ; pourquoy le feriez vous da- uantage de la féconde ? Si c'eft pour voftre propre in- tereft, il efl certain que vous la pouuez mieux reparer que l'autre, en ce que l'acquifition d'vn fidèle amy peut autant valoir que l'amitié d'vn bon frère. Et fi

25 c'efl; pour l'interefl; de celuy que vous regrettez, comme fans doute vofl:re generofité ne vous permet pas d'efi:re touché d'autre chofe, vous fçauez qu'il n'y a aucune raifonny religion, qui fafi^e craindre du mal, après cette vie, à ceux qui ont vefcu en gens d'hon-

3o neur, mais qu'au contraire l'vne & l'autre leur promet des joyes & des recompenfes. Enfin, Monfieur, toutes

�� � 280 CORRESPONDANCI-:. 1, 4S7-488.

nos afïlidions, quelles quelles Ibient, ne dépendent que fort peu de" railons aufquelles nous les attri- buons, mais feulement de l'émotion & du trouble intérieur que la nature excite en nous mefmes; car, lors que cette émotion efl appaifée, encore que toutes 5 les raifons que nous auions auparauant demeurent les mefmes, nous ne nous fentons plus affligez. Or ie ne veux point vous confeiller d'employer toutes les forces de voftre refolution & confiance, pour arrefler tout dVn coup l'agitation intérieure que vous fentez : ce lo feroit peut-ellre vn remède plus fafcheux que la ma- ladie; mais ie ne vous confeille pas auffî d'attendre que le temps feul vous gueriffe, & beaucoup moins d'entretenir & prolonger voftre mal par vos penfées. le vous prie feulement de tafcher peu à peu de ! l'a- i5 doucir, en ne regardant ce qui vous eft arriué que du biais qui vous le peut faire paroiflre le plus fupor- table, & en vous diuertiffant le plus que vous pourrez par d'autres ocupations. le fgay bien que ie ne vous aprens icy rien de nouueau; mais on ne doit pas mé- 20 prifer les bons remèdes pour eftre vulgaires, & m'eftant feruy de cettuy-cy auec fruit, i'ay crû eftre obligé de vous l'écrire : car ie fuis, &.c.

��Page 279, 1. 19, -- Le document ci-dessous, communiqué par M. E. de Budé, qui le conserve dans ses Archives MSS., h Genève, permet d'iden- tifier le destinataire de cette lettre, en expliquant le passage visé :

n Epitaplie li' Alphonse de Pallot, cy deuani Premier Gcnlilhomme de la Chambre de Son Altesse Serenissimc dOrenge, Monseigneur le Prince Frédéric Henry. Mareschal de la Cour de Madame la Princesse douariere, d7ji'//ij//u' d'infanterie au service des Etats généraux des

a. Lire des ?

�� � CCXXVII. — 2 1 Janvier 1641. 281

Provinces Vnies, et gouuerneur du fort S'" Anne et de ses dépen- dances, decedé a Genève en sa 65« année, le 8' d'octobre 1668. »

SoNNKT.

Alphonse, dont le son est si digne d'eniiie, A méprisé souuant la glace et les trimats ; Ni le feu, ni les eaux ne Tétonnerent pas, Quant il falut aller ou l'honeur nous conuie.

Il affronta la mort mille fois en sa vie : Intrépide par tout, aux sièges, aux combats. Pour gagner de la gloire, il jr perdit un bras. Ce bras dont la Hollande estait si bien seruie.

Les paisibles vertus suiuirent sa valeur. Il eut de la sagesse autant qu'il eut de ccEur, Sa pieté sur tout est digne de mémoire.

Tout luy fut glorieux, et la guerre et la paix ;

Non, ne le pleurons point, il est mort plain de gloire

Et mourir de la sorte est ne mourir iamais.

Dum tegit ossa lapis, menteni sibi servat Olympus. Votivum hoc carmen

Ad gloriosam Fortissimi viri Praesiantissimique amici

Memoriam Tota nocte lugens Scripsit S. G.

��CCXXVII.

Descartes a Mersenne.

[Lcyde, 21 janvier 1G41.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 52, p. 285-28;).

Sans date dans Clerselier. Mais Descartes répond à une lettre du 3 janvier, reçue « // / a huit tours » [p. 282, l. 2 et J),' c'est-à- dire le lundi 14; la présente lettre est donc du lundi 21.

CORRESPO.SDANCE. 111. ■'^'

�� � 282 Correspondance. 11,285-286.

Mon Reuerend Père,

Les glaces font maintenant caufe que noflre Mef- fager arriue fi tard, que ie ne receus, il y a huit iours, voflre dernière, du troifiefme iour de Tan, qu'à l'heure mefme que l'ordinaire deuoit retourner. l'ay efté 5 bien aife d'auoir les objediôns que vous m'auez en- uoyées", & ie fuis obligé à ceux qui ont pris la peine de les faire.

La lettre qu'on vous auoit addreflee pour moy vient de Rennes, de celuy auquel i'auois cy-deuant écrit, 10 qui vous en addrefîera encore cy-apres plufieurs au- tres, fi cela ne vous importune; car c'efl vn mien intime amy, auquel i'ay refolu de laifTer tout le foin des affaires que la mort de mon père me peut auoir laifTé en ce païs-là, afin de n'eilre point obligé de i5 partir d'icy, que ma Philofophie ne foit acheuée & im- primée.

le feray bien aife de receuoir encore d'autres objec- tions des Dodeurs, des Philofophes &des Géomètres, comme vous me faites efperer; mais il fera bon que 20 les derniers voyent celles des premiers, & aufli celles qui m'ont défia efté enuoyées, afin qu'ils ne répètent point les mefmes chofes. Et c'eft, ce me femble, la meilleure inuention qu'il eft poflible, pour faire que tout ce en quoy le ledeur pourroit trouuer de < la > 2 5 difliculté, fe trou ue eclaircy par mes réponfes; car i'ef- pere qu'il n'y aura rien en quoy ie ne fatisfafife entie-

a. Imprimées sous le titre de Secundo.' Objectiones.

b. « M. de la [sic] Villeneuve du Bouëxic. » (Inst.). Voir, en effet, lettre CCXXI ci-avant, p. 253.

�� � 11,286. CCXXVII. — 2 1 Janvier 1641. 283

rement, auec l'aide de Dieu. Et i'ay plus de peur que les objedions que l'on me fera foient trop foibles,que non pas qu'elles foient trop fortes. Mais, comme vous me mandez de faint Auguflin, ie ne puis pas ouurir

5 les yeux des ledeurs, ny les forcer d'auoir de l'atten- tion aux chofes qu'il faut confiderer pour connoiflre clairement la vérité ; tout ce que ie puis eft de la leu. monftrer comme du doigt.

M . de Zuyt(lichem) m'enuoya hier le liure de

10 M. Morin%auec les trois feuilles de rAnglois*". le n'ay pas encore lu le premier; mais pour les dernières, vous verrez ce que i'y réponse le Fay mis en vn feiiil- let à part, afin que vous luy puiffiez faire voir, fi vous le trouuez à propos; & auffi afin que ie ne fois point

>5 obligé de répondre au refle de la lettre que ie n'ay pas encore. Car, entre nous, ie voy bien qu'il n'en vaudra pas la peine; et puis que c'efl vn homme qui témoigne faire quelque eftat de moy, ie ferois marri de le defo- bliger. le n'ay pas peur que fa Philofophie femble la

20 mienne, encore qu'il ne veuille confiderer, comme moy, que les figures & les mouuemens. Ce font bien les vrais principes ; mais fi on commet des fautes en les fuiuant, elles paroilTent fi clairement à ceux qui ont vn peu d'entendement, qu'il ne faut pas aller fi

25 vifte qu'il fait, pour y bien reùflir. le prie Dieu qu'il vous conferue en fanté ; nous auons auffi eu icy plu- fieurs malades, & ie n'ay efté occupé tous ces iours qu'à envifiter, & à écrire des lettres de confolation"^.

a. Voir ci-avant p. 275, 1. i5 et note c.

b. Page 275, 1. 21.

c. Lettre CCXXVIII, p. 287 ci-après.

d. Par exemple, la lettre CCXXVI, p. 278 ci-avant.

�� � 284 Correspondance. 11, =86-287.

le reuiens à voftre lettre du vingt-troifiefme Dé- cembre % à laquelle ie n'ay pas encore fait réponfe. Le paiïage de faint Auguflin touchant cecy, à fçauoir que Dieu ejî ineffable, ne dépend que d'vne petite diflindion qui eil bien aifée à entendre. Non pojfumus 5 omnia quœ in Deo/unt verbis complecli, nec etiam mente comprehendere, idedque Deus ejl Ineffabilis & Incom-; prehcnfibilis ; fed multa tamen funt î'euerà in Deo, fine ad Deum pertinent., quœ pojjumus mente att ingère ac verbis exprimer e, imà etiam pliira quàm in vllâ aliâ re, 10 idedque hoc fenfu Deus eJî maxime Cognofcibilis & Effa- bilis.

Tout ce que vous propojlez icy de la Réfraction efl tres-vray, à fçauoir que, fi la baie qui vient d'A vers B. perdoit en i3 quelque point de la ligne AB tout le mouuement qui la porte de gau- che à droite, fans rien perdre de celuy qui la porte de haut en bas, elle commenceroit en ce point là à 20 defcendre à plomb; et que, û elle perdoit tout le mou- uement qui la porte de haut en bas, fans perdre l'au- tre, elle iroit horizontalement de gauche à droite. Car, perdant ce mouuement^, on perd auffi la détermi- nation qui luy eft iointe ; mais la détermination fe 25 peut bien perdre fans < le > mouuement.

Aflurez-vous qu'il n'y a rien, en ma Metaphyfique, que ie ne croye eftre vel lumine naturali notijjimum ., vel accuralè demonjîratum ; & que ie me fais fort de le faire entendre à ceux qui voudront & pourront y méditer. 3o

a. Ci-avant p. 274, 1. 26 et note e.

��� � II. 287-28S. CCXXVII. — 2 1 Janvier 1641. 285

Mais ie ne puis pas donner de refprit aux hommes, ny faire voir ce qui eft au fonds d'vn cabinet, à des gens qui ne veulent pas entrer dedans pour le regarder, le croy bien qu'/«/^r Corpora Phyfica^ il n'y en a 5 gueres quœ non atterantur vna ab alij's, quia conjîant ex partïculis variarum Jîguraruvi, & fieri potefi, vt acris vel cuiujlibet alterius tenuij/îmi corporis particula fit talis figurœ, & incurrat iali modo in particulam auri, vel cuiujlibet alterius corporis denjîjjimi aut durij/imi, vt in

10 illam pojjit agere. Mais ce n'eft pas à dire pour cela que minima vis poJJit aliquantulum mouere id quod maxime refijîit; et auflî nullum corpus moueî, niji moueatur. Et vôtre inftance de l'Ayman ne prefle pas : car on peut dire que ce n eft pas luy immédiatement qui tire le fer,

i5 mais qu'il le fait par l'entremife de quelque Matière

fubtile qui fe meut pour luy. Sed etji hoc verum fit de

corporibus, quis dixit illi Authori idem effe de omni aliâ

fubjlantiâ? nempe nullam aliam agnofcit, fed in eo errât.

De dire que les penfées ne font que des mouue-

20 mens du cors, c'eft chofe auffî apparente, que de di|re que le feu eft glace, ou que le blanc eft noir, &c.; car nous n'auons point deux idées plus diuerfes du blanc & du noir, que nous en auons du mouuement & de la penfée. Et nous n'auons point d'autre vove pour con-

25 noiftre fi deux chofes font diuerfes, ou vne mefme, que de confiderer fi nous en auons deux diuerfes idées, ou vne feule.

le ne ferois pas marry de fçauoir qui vous a dit que i'auois icy des ouuriers : car, bien que ce foit vne

3o chofe fi éloignée de la vérité, qu'il n'y a perfonne, qui me connoiffe tant foit peu, qui ne fçache aftez le con-

�� � 286 Correspondance. h, 288.

traire, ie ferois toutesfois bien aife de fçauoir qui font ceux qui fe plaifent à mentir ainfi à mes dépens.

le fuis marri de la mort du Père Euflache; car en- core que cela me donne plus de liberté de faire mes Notes fur fa Philofophie, i'euffe toutesfois mieux aimé 5 le faire par fa permiffion, & luy viuanf,

le vous prie d'aflurer Monfieur de Beaune que ie fuis extrêmement fon feruiteur, mais que ie n ay au- cune efperance en fes verres concaues & connexes. Si ie fuffe allé en France l'efté pafTé, comme ie pen- 10 fois, il euft efté Tvn des premiers que i'euffe efté voir; car i'euffe pris mon chemin par Blois tout exprés, & peut-eflre que nous euffions pu auifer enfemble à quelque moyen pour les hyperboliques, plutofl en les rendant connexes des deux coftez; mais de faire vn i5 concaue & vn conuexe, c'eft vne chofe qui me femble trop difficile.

le nay pas le loifir d'acheuer ma Réponfe aux Objedions contre ma Metaphyfique'^, ce qui me con- traint d'attendre au prochain voyage à vous les en- 20 uoyer. le fuis,

M. R. P.,

Voflre très humble, & très obeïffant feruiteur, descartes.

a. Voir ci-avant p. 260, 1. 6 et note a.

b. Cf. plus haut p. 43, 1. 21-24. ^^ P- 277, I. 9.

c. Page 282, 1. 6-7.

�� � II.,, ,9. CCXXVIII. — 21 Janvier 1641. 287

CCXXVIll.

Descartes a Mersenne pour Hobbes.

Lcvde, il janvier 1C41.I Texte Je la Copie Boncompagni, f" 34 V.

Variantes du texte de Clerselier, tome III, lettre 2(), p. i i<j--2-j. A la suite du texte latin, rient une version française , lettre 3o, p. I22-I2J. — Cette pièce, non datée, est la réponse » aux /row feuilles de l'Anglais (Hobbes) », réponse envoyée avec la lettre- pré- cédente , c'est-à-dire le 21 janvier [voir ci-avant p. -jSS, l. 1-2.) L'exemplaire de l'Institut porte celle note : « CoUationné sur l'ori- ginal de M. de la Hire. » Cette collation, qui n'a pas été achevée [voir ci-dessous, p. 28g, note b) permet en tout cas de se fier à la Copie Boncompagni, [sauf à en résoudre les très fréquentes abrévia- tions). — L'original a été cjassé par dom Poirier sous le n° [Gj) ; le n° de La Hire est inconnu. — Hobbes répliquera le 7 février, lettre CCXXX ci-après.

Reuerendiffime Pater, Legi partem epiftolae ad Veftram Reuerentiam ex Angliâ miflae*, hîcque à D. de Zuylichem mihi con- ceffae"; & valde miratus fum quod, cùm ex modo 5 fcribendi eius author ingeniofus & dodus appareat, in nuUâ tamen re, quam vt fuam proponat, à veritate non aberrare videatur.

Omittam initium de anima & Deo corporeis, de

fpiritu interno, & reliquis quœ me non tangunt. Etfi

10 enim dicat materiam meam fubtilem eamdem effe cum

6 proponit.

a. Voir ci-avant p. 283, 1. 10.

�� � •88

��Correspondance.

��III. iig-iîo.

��fuo fpiritu interno, non poffum tamen id agnofcere : primo, quia illud facit caufam diiritiei, cùm mea po- tiùs e contra mollitiei fit caufa ; deinde, quia non video quâ ratione ifte fpiritus valde mobilis corpo- rihus duris ita includi pofiit, vt nunquam ex ijs 5 egrediatur, nec quomodo ingrediatur mollia, cum durefcunt. Sed venio ad ea quae fcribit contra Diop- tricam.

In primis ait me clariùs loquutum fuiiTe, fi, pro de- terminatione, motum determinatum dixillem. Quâ lo in re ipfi non aflentior : etfi enim dici poffit velocita-

tem pilae ab A ad B componi ex duabus A^r ? alijs, ab A ad H, & ab A ad C, abfti-

nendum tamen eiTe putaui ab ifto modo B loquendi, ne forte ita intelligeretur, vt i5

iftarum velocitatum in motu fie com- Q pofito quantitas , & vnius ad alteram

proportio, remaneret; quod nuUo modo eft verum. Nam fi, exempli caufâ, ponamus pilam ab A ferri dextrorfum vno gradu celeritatis, & deorfum 20 vno etiam gradu, perueniet ad B cum duobus gradibus celeritatis, eodem tempore quo alia, quae feretur etiam ab A dextrorfum vno gradu celeritatis, & deor- fum duobus, perueniet ad G cum tribus gradibus ce- leritatis : vnde fequeretur lineam AB eiïe ad A G vt 25 2 ad } , quae tamen eft vt 2 ad y/ 10, Otc.

Qiaod ait poftea, terram tollere celeritatem deor- fum, efl: contra hypothefim : fuppofui enim nihil plané

���2 illud" illum mieux. — 9 Im- primis. — locuturum. — i'}' après aliis," fcilicet ajouté. — Les let-

��tres de fg'ure sont minuscules. — 22 ferretur. — 26 j r.

�� � m, .îo. CCXXVIII, — 2 1 Janvier 1641. 289

de celeritate detrahi^; & contra omnem experientiam : alioqui enim pila, perpendiculariter in terram inci- dens, nunquam refiliret. Nullâ igitur in parte laborat mea demonftratio ; fed ille feipfum valde fefellit,quia 5 motum à determinatione non diilinxit : motus enim ipfe nullo modo minui débet, vt reflexio fiât ad angu- los accuratè aequales. Prsetereà id quod aflumpfit, nullâ vi amoueri quod non cedit leuijjitnœ^ nullam habet fpeciem veritatis; quis enim credat, exempli gratiâ,

10 in bilance pondus centum librarum aliquantulum cedere ponderi vnius librae in aliâ lancis parte pofitse, quoniam cedit ponderi 200 librarum *"? Concedo ta- men libenter partem terrse, in quam pila impingit, aliquantulum vi cedere, vt etiam partem pilse in terram

1 5 impingentem non nihil introrfum recuruari, ac deinde, quia terra &pila reilituuntfe poil idum, ex hoc iuuari refultum pilse; fed affirmo hune refultum magis fem- per impediri ab iflâ incuruatione pilge & terrae, quàm ab eius reflitutione iuuetur; atque ex eo poiTe demon-

20 ftrari reflexionem pilae, aliorumque eiufmodi corpo- rum non extrême durorum, nunquam fieri ad angulos accuratè sequales. Sed, abfque demonflratione, facile efl experiri pilas moUiores no«i tam altè refilire, nec ad tam magnos angulos, quàm duriores. Inde patet

2 5 quàm perperàm adducat iftam terrae moUitiem ad aequalitatem angulorum demonftrandam; prsefertim cùm ex eâ fequatur, fi terra & pila tam durse effent,

14 vi] ei. — 24 Inde] Vnde.

a. Dioptrique, p. i3.

b. « CoUationnée iusques icy. » {Note de l'exemplaire de l'Institut.)

Correspondance. III. 37

�� � 200 Correspondance. m, no-tn.

vt nullo modo cédèrent, nullam fore reflexionem ; quod eft incredibile. Patet etiam quàm meritô ego & terram & pilam perfedè duras airumpferim % vt res fub examen mathematicum cadere poffit.

Non fœlicior eft circa reflexionem, cùm diftinguit 5 eam quae fit quando corpus motum permeat média ipfummet, ab eâ qu^e fit] quando non permeat; vtraque enim fit verfus eamdem partem, à corpore eiufdem generis. Nec fatis intellexit id quod fcripfi eâ de re. Non enim dico lumen faciliùs propagari in denfo quàm lo in raro ; fed in duro (in quo fcilicet materia fubtilis non communicat motum fuum parietibus meatuum quibus ineft) quàm in molli, fiue hoc fît rarius, fiue denfius; habeoque eius rei & experientiam & demon- ftrationem, tam de ipfo lumine, quàm de corporibus i5 quae tadu fentiuntur. Nec valet exceptio ex tapetis afperitate defumpta; in tapete enim ex ferico vel corio nullo modo afpero idem continget. Quod ait ab amico fuo efte demonftratum non vidi, nec ideo pof- fum de eo iudicare ". 20

Miror vero quod fubiungat meam demonftrationem non eiïe legitimam, cùm tamen nihil plané afierat ad eam impugnandam, nifi quod dicat qusedam repu- gnare experientise, quae cum experientiâ confentiunt, & funt veriflima. Sed non videtur aduertiffe differen- 25 tiam quse eft inter refradionem pilae, aliorumue cor-

5 reflexionem [écrit par inadvertance)] Refradionem. — 7 ipfum- met omis.

a. Dioptrique, p. i3.

b. Ib., p. 3?.

c. Voir ci-après lettre CCXXX, p. 3 12, 1. 8.

�� � III, HI-I22. CCXXVIII. — 21 Janvier 1641. 291

porum in aquam incidentium, & refradionem luminis, cùm tamen fit duplex & maxima. Primo, quia vna re- fraélio fit verfus perpendicularem, alia modo contra- rio; et cùm radij luminis tertiâ fui impetûs parte, aut

5 circiter, faciliùs par aquam tranfeant quàm per aërem, non tamen ideo pila muldari débet, ab eâdem aquâ, tertiâ parte fuae velocitatis, nullaque eft inter ifta duo connexio. Deinde, quia lumen quidem débile non ad alios angulos,quàm forte, ab eàdem aquâ refringitur;

10 fed plané aliud efl de pila qu2e, magnâ vi in aquam im~ pulfa, non tantâ parte fuse velocitatis ab eâ potefl; muldari, quàm fi lentiùs procédât. Ideoque non mi- rum eft, quod expertus fit globum plumbeum,maximâ vi fclopeto emiflum, aquam ingredi in eleuatione

i5 quinque graduum, quia tune forte non milleûmâ fuee velocitatis parte muldabitur.

Affingit mihi poftea quod fuppofuerim omnem iac- turam velocitatis computandam efïe in motu deorfum : dixi enim conftantiffimè computandam effe in toto

20 motu fimpliciter fumpto ^

Modus vero quo ipfe vtitur ad refradionis caufam explicandam, vel ex eo apparet non | effe accuratus, quod apertè pugnet cum eo quod antè admifit, vt ab amico fuo demonftratum : nempe effe in refradione,

25 vt fmus anguli inclinationis vnius ad finum anguli in- clinationis alterius, ita fmum anguli refradi in vnâ inclinatione ad fmum anguli refradi in altéra; exfur- git enim ex eius parallelogrammo plané alia, & qui-

16 muldabatur.

a. Dioptrique, p. i5-i6.

�� � 292 Correspondance. m, 12».

dem maxime irrationalis, inter iftos fmus proportio. Reliquum epiftolae nondum vidi, nec idée poffum ref- pondere^. Sum,

R. Pater,

V*. R"^. Addidiffimus famulus,

Descartes.

��Page 287, I. 3. — « C'est une feinte. Hobbes écrivoit de Paris, » {Note de l'exemplaire de l'Institut.) Voir, en etfet, lettre CCXXX ci-après. On lit aussi dans Baillet : u Les troubles de la Grand-Bretagne l"ayant fait reve- a nir en France sur la fin de l'an 1640, il trouva dans Paris le repos et la » sûreté qu'il cherchoit pour cultiver sa Philosophie à loisir, et il se lia » plus étroitement que jamais avec le P. Mersenne et M. Gasèendi, qui » étoient les principaux conseillers et les compagnons de ses études. » {Vie de Mons. Des-Cartes. II, 120.)

��CCXXIX.

Descartes a Mersen.ne.

rLeyde, 28 janvier 1641.]

Texte de Clerselier, tome II, lettre 53, p. 289-292.

Sans date daiis Clerselier. Mais Descartes avait promis, lettre CCXXVII {p. 286,1. 18-21), du 21 janvier, d'envoyer sa réponse à des objections contre sa Métaphysique, « au prochain voyage », c'est- à-dire huit jours après ; et il s'excuse ici de ne pouvoir encore le faire « pour ce voyage » 'p. 2g3, l. 3) ; la présente lettre est donc bien du 28 janvier 1641 .

I iltos omis. — 5 Addidiffimus] Deuotiffimus.

. a. Descartes recevra plus tard le reste de la lettre de Hobbes, et y ré- pondra le 18 février 1641, lettre CCXXXI ci-après.

��

II. 289.
293
CCXXIX. — 28 Janvier 1641.

Mon Révérend Père,

Ce mot n'est que pour vous dire que je n'ai pu encore pour ce voyage vous envoyer ma Réponse aux Objections, partie à cause que j'ai eu d'autres occupations, qui ne m'ont quasi pas laissé vn jour libre, & partie aussi que ceux qui les ont faites semblent n'avoir rien du tout compris de ce que j'ai écrit, & ne l'avoir lu qu'en courant la poste, en forte qu'ils ne me donnent occasion que de répéter ce que j'y ai déjà mis; et cela me fait plus de peine que s'ils m'avaient proposé des difficultés qui donnaient plus d'exercice à mon esprit. Ce qui soit toutefois dit entre nous, à cause que je ferais trés-marry de les désobliger; & vous verrez, par le soin que je prends à leur répondre, que je me tiens leur redevable, tant aux premiers[1] qu'à celui aussi qui a fait les dernières[2], que je n'ai reçues que Mardi dernier, ce qui fut cause que je n'en parlai point en ma dernière, car notre Messager part le Lundi.

J'ai parcouru le livret de M. Morin[3], dont le principal défaut est qu'il traite par tout de l'Infini, comme si son esprit était au dessus, & qu'il en put comprendre les propriétés, qui est une faute commune quasi à tous; laquelle j'ai tâché d éviter avec soin, car je n'ai jamais traité de l'infini que pour me soumettre à lui, & non point pour déterminer ce qu'il est, ou < ce > qu'il n'est pas. Puis, avant que de rien expliquer qui soit en controverse, dans fon seizième Théorème, où il commence à vouloir prouver que Dieu est, il appuye fon raifonnement fur ce qu'il prétend auoir refuté le Mouvement de la Terre [4] & sur ce que tout le Ciel tourne autour d'elle, ce qu'il n'a nullement prouvé. Et il fuppofe auffi qu'il ne peut y auoir de nombre infini &c., ce qu'il ne fçauroit prouver non plus ; & ainfi tout ce qu'il met iufques à la fin, est fort éloigné de l'évidence & de la certitude Géométrique, qu'il fembloit promettre au commencement. Ce qui foit dit auffi, s'il vous plait, entre nous, à caufe que ie ne defire nullement luy déplaire.

Je viens de receuoir votre dernière, du dix-neuvième janvier, auec le papier[5] de M. des Argues[6], que ie viens de lire tout promptement. L'invention en est fort belle, & d'autant plus ingénieuse qu'elle est plus fimple. Car il n'y a pas grande difficulté à reconnaître qu'elle est conforme à la Théorie, en considérant feulement que ces trois premières verges représentent trois lignes droites en la superficie du cône que décrit l'ombre du Soleil ce jour-là, & que leur rencontre est le sommet de ce cône; que le triangle est imaginé inscrit dans le cercle de l'Equateur, duquel il trouve le centre par la rencontre des deux perpendiculaires fur les deux cotés de ce triangle ; & que la ligne tirée de la rencontre de ces perpendiculaires à l'vn des angles, est le rayon de ce cercle : d'où le reste est évident.

Mais il me femble que, pour la pratique, l'usage de
II, 290-291.
295
CCXXIX. — 28 Janvier 1641.

ces deux fils de métal n'est pas si exact que s'il faisait faire un triangle de carton, ou autre matière, dont on appliquerait les trois angles aux trois divisions marquées sur les verges, après y avoir fait un trou rond de la grosseur du style, dont le centre serait en la rencontre des perpendiculaires. Car, en passant le style par ce trou, & le haussant jusques à la rencontre des trois verges, on le poserait en sa juste situation[7]. le vous prie de l'assurer que je suis fort son serviteur, & le remercie de ce qu'il a souvenance de moi, pour m'envoyer de ses écrits.Je n'ai pu encore étudier son Traité pour la coupe des pierres, à cause que je n'en ai pas reçu les figures. Si vous m'apprenez quelque chose de ce qu'il dit avoir trouvé touchant l'Algèbre, je pourrai peut-être juger ce que c'est en peu de mots ; mais pour ce qui est de se servir en même façon du plus & du minus, c'est chose que nous avons toujours pratiquée.

Je vous suis extrêmement obligé de tous les bons avis que vous me donnez touchant ma Métaphysique, & autres choses.

Je prétends que nous avons des idées non feulement de tout ce qui est en notre Intellect, mais même de tout ce qui est en la Volonté. Car nous ne saurions rien vouloir, fans savoir que nous le voulons, ni le savoir que par une idée ; mais je ne mets point que cette idée soit différente de l'action même.

Il n'y aura, ce me semble, aucune difficulté d'accommoder la Théologie à ma façon de philosopher ;

car je n'y voi rien à changer que pour la Transubstan
296
II, 291-292
Correspondance.

tiation, qui est extrêmement claire & aisée par mes principes. Et je serai obligé de l'expliquer en ma Physique, avec le premier chapitre de la Genèse, ce que je me propose d'envoyer aussi à la Sorbonne, pour être examiné avant qu'on l'imprime. Que si vous trouvez qu'il y ait d'autres choses qui méritent qu'on écrive un Cours entier de Théologie, & que vous le vouliez entreprendre, je le tiendrai à faueur, & vous y servirai en tout ce que je pourrai.

J'ai connu autrefois un M. Chauueau à la Flèche, qui était de Melun; je serai bien aise de savoir si ce ne serait point celui-là qui enseigne les Mathématiques à Paris ; mais je crois qu'il s'alla rendre lefuite, & nous étions, lui & moi, fort grands amis.

l'ai reçu. il y a défia quelques semaines, le livre de M. de la N., & un autre du dixième livre d'Euclide mis en François. Mais pour vous avouer la vérité, sur ce que M. de Z(uylichem) m’avait dit, avant que de me les envoyer, qu'ils ne contenaient rien de fort exquis, & que j'avais d'autres occupations, je les ai laissé reposer, après avoir lu deux ou trois heures dans le premier, fans y rien trouver que des paroles.

Je ne crois point qu'il faille rien changer de ce que j'ai mis au commencement de ma Métaphysique, à l’occasion du sieur N.; car c'est le moins que j'ai pu, & que j'ai cru avoir dû dire fur ce sujet. Car je me serais fait tort de n'en avoir point du tout parlé, vu que son écrit a été vu de plusieurs, & je vous assure que je me soucie aussi peu qu'il le fasse imprimer, que j'ai fait du Pentalogos que vous avez vu[8]. Le croi 11,39»- CCXXIX. — 28 Janvier 1641. 297

donc qu'en faifant imprimer ma Metaphyfique, il fera bon d'y mettre ce commencement, afin qu'on voye que ce que i'auois écrit dans le Difcours de ma Méthode, n'eft que la mefme chofe que l'explique plus au long. 5 Mais il eft vray que, pour faire écrire des copies, ce fera affez de commencer par l'Abrégé que ie vous ay enuoyé.

le feray bien aife qu'on me faffe le plus d'objec- tions & les plus fortes qu'on pourra, car i'efpere que

10 la vérité en paroîtra d'autant mieux; mais ie vous prie de faire voir ma réponfe & les objedions que vous m'auez défia enuoyées, à ceux qui m'en voudront faire de nouuelles, afin qu'il ne me propofent point ce à quoy i'auray défia répondu.

i5 l'ay prouué bien expreflTement que Dieu eftoit Créa- teur de toutes chofes, & enfemble tous fes autres At- tributs : cari'ay demonftré fon Exifl;ence par l'idée que nous auons de luy ; et mefme parce qu'ayant en nous cette idée, nous deuons auoir efté créez par luy. Mais

20 ie voy qu'on prend plus garde aux titres qui font dans les liures, qu'à tout le reûe. Ce qui me fait penfer qu'au titre de la féconde Méditation, (ie Mente humana, on peut adiouller, quod ipfa fit notior quàm corpus, afin qu'on ne croye pas que i'aye voulu y prouuer fon

25 Immortalité. Et après, en la troifiéme, de Deo, — quod exijlat. En la cinquième, de Ejfentia rerum matenalium, — & iterum de Deo,quod exi/îat,En\a.ûxieme,de Extjîen- tia rerum materialium, — & realt mentis à corpore diftin- éïione*. Car ce font là les chofes à quoy ie defire qu'on

3o prenne le plus garde. Mais ie penfe y auoir mis beau- coup d'autres chofes; etie vous diray, entre nous, que

Correspondance. III. 38

��

298
II, 292.
Correspondance.

ces six Méditations contiennent tous les fondemens de ma Physique. Mais il ne le faut pas dire, s'il vous plait ; car ceux qui favorisent Aristote seraient peut-être plus de difficulté de les approuver ; et j'espère que ceux qui les liront, s'accoutumeront insensiblement à mes principes, & en reconnaitront la vérité avant que de s'apperceuoir qu'ils détruisent ceux d' Aristote.

Page 294, 1. 14. — Ce « papier de M. Desargues est la « Manière universelle de poser le style aux rayons du soleil en quelconque endroit possible, avec la règle, le compas, l'esquerre et le plomb », imprimée pages 385-392 du premier volume des Œuvres de Desargues (éd. Poudra, Paris, Leiber, 1864).

Desargues prescrit de faire sceller, sur le plan du cadran solaire à construire, les extrémités de trois verges aboutissant à un même point S hors du cadran et dirigées suivant les rayons d'ombre de ce point à trois moments différents de la journée. Sur chacune de ces verges, à partir du sommet S, il porte une même longueur et obtient ainsi trois points, A, B, C. Il reporte sur le papier le triangle ABC, construit le centre O du cercle circonscrit, puis par le triangle rectangle SOA, dont il connaît l'hypoténuse SA et un des côtés OA, il obtient la distance SO du point de rencontre S des verges à celui du style avec le plan ABC. Il fait alors entortiller autour de deux verges (soit SA, SB), aux points A et B, deux fils de métal qu'il réunit à des distances égales AO, BO, « en les tordant ensemble par leurs têtes », et qu'il attache, en leur point de jonction O, avec la verge préparée pour servir de style, à une distance SO de son sommet. En ajustant ce sommet au point de rencontre S des verges et en disposant le tout de façon à tendre les fils AO, BO, il a placé le style perpendiculairement au triangle ABC, donc suivant la direction de l'axe du monde.

Page 295, 1. 8. — La remarque de Descartes peut avoir été l'origine d'un des procédés indiqués en 1643 par Abraham Bosse pour poser le style à la manière de Desargues, c'est-à-dire en cherchant l'axe d'un cône circulaire droit dont trois génératrices sont données (par les arêtes des trois verges dont il est parlé dans l'éclaircissement qui précède). Ce procédé consiste à monter une tige, qui doit servir de style, au centre d'un plan circulaire (platine) et perpendiculairement à ce plan. Il suffit ensuite de placer la tige de façon à ce qu'elle passe par le sommet du cône et qu'en même temps le bord de la platine touche aux trois arêtes des verges.

L'ouvrage en question d'Abraham Bosse a pour titre :

La manière universelle de M. Desargues Lyonnais, pour poser l'essieu CCXXIX. — 28 Janvier 1641. 299

et placer les heures et autres choses aux cadrans au soleil. Par A. Bosse Graueur en Taille Douce, en l'Isle du Palais deuant la Mégisserie, à la Ro^e Rouge. (A Paris, de l'Imprimerie de Pierre Des-Hayes, rue de la Harpe, à la Roze Rouge. Privilège du 3 novembre 1642, enregistré le 12 mai 1643.)

Le privilège est donné « a la réquisition de Girard Desargues, de la ville » de Lion, qui a instruit Abraham Bosse, de la ville de Tours, graueur » en taille douce, de ses manières uniuerselles pour pratiquer diuers Arts, » comme la perspectiue a la manière mesme dont on trauaille en Geome- » tral, le Trait pour la coupe des pierres en l'Architecture, les Quadrans » au Soleil et autres, lesquelles iceluy Desargues auoit cy-deuant com- » mencé de publier en diuers exemples et projects. » Ce privilège a servi pour trois ouvrages distincts (Coupe des pierres, Gnomonique, Perspec- tive), en tête de chacun desquels figure une longue reconnaissance de De- sargues attestant que « tout y jst conforme à ce qu'il (Bosse) a voulu » prendre la patience d'en ouyr et conceuoir de mes pensées ». {Œuvres de Desargues, t. I, p. 469-493.) Si la rédaction desdits ouvrages, très dif- fuse, appartient à Abraham Bosse, il n'en est pas moins probable qu'ils ne contiennent guère que des idées de Desargues, et qu'en particulier les divers procédés pour /705er le style sont de son invention. On remarquera qu'en tout cas il aurait encore simplifié celui que Descartes lui proposait.

Page 296, 1. 14. — « Cela ne s'accorde pas avec ce que dit le fils du » S' Chauveau, que M' Desc. fit présent d'un exemplaire de sa Géométrie » a son père en 1637 par une distinction singulière. » {Note d£ l'exem- plaire de l'Institut.) Voir aussi t. l, p. S ig, éclaircissement, et t. H, p. 1 15. Baillet déclare aussi qu'il n'a point eu connaissance d'un Père Chauveau {Vie de Mons. Des-Cartes, I, 21). La question de savoir si le mathémati- cien Jean-Baptiste Chauveau a été condiscipie de Descartes à la Flèche n'est cependant pas éclaircie. Tout d'abord le présent d'un exemplaire de la Géométrie en 1637 doit avoir été indiqué par Mersenne, sur la réputa- lion que Chauveau s'était déjà acquise (il paraît avoir été d'ailleurs parti- culièrement lié avec Desargues, Œuvres de D., t. I, p. 225). Mais préci- sément, si ce présent a été fait, et que Chauveau eût été le condisciple de Descartes, il peut paraître singulier qu'il ne se soit pas, dès i638, rappelé à son souvenir. Enfin le Chauveau de la Flèche a évidemment pu dispa- raître, sans devenir Jésuite.

Page 296, 1. 17. — Il s'agit probablement ici, en premier lieu, du livre de La Chambre, Les Characteres des Passions (voir plus haut, p. 87, note b), que Descartes n'avait pas encore reçu le 28 octobre (p. 207, 1. 25), et sur lequel Mersenne parait avoir attendu son jugement. Quant à la tra- duction du X" livre d'Euclide, on peut remarquer qu'il existait déjà à cette époque trois versions françaises complètes pour les Eléments (Dou- not, 1610; Henrion, i6i5; Mardelé, 1622) ; mais pour le X" livre seul, on ne connaît que le Traité des Incommensurables, avec l'explication du

�� � joo Correspondance. m,, 127.

dixième livre d'Euclide, qui est probablement d'Albert Girard, et est inséré dans le volume VI des Œuvres mathématiques de Simon Stevin (Leyde, Elzevier, 1634). Il est très possible que ce Traité soit tombé isolé entre les mains de Mersenne et qu'il ait également désiré avoir le juge- ment de Descartes sur la matière. Ou bien serait-ce le livre de Géométrie, donné à Mersenne pour Descartes (dans le même but sans doute) et dont il est fait mention dans la lettre du i5 septembre ? (Voir p. 178, art. 9.)

Page 296,1. 24. — Prœfatio ad Lectorem, i"=édit., p. 2-3 (non paginée), et 2" édit., p. 2-4 [id.]. Il s'agit, en particulier, du passage : Vidi quidem prceterea duo quœdam scripta satis longa, où sont visées des Objections faites au Discours de la Méthode, et qui, comme on le voit ici, avaient circulé manuscrites. L'un de ces écrits doit être celui de Petit (voir t. II, p. 344, note a), dont Clerselier aura remplacé le nom par Tinitiale « N. ». L'autre peut être soit celuj du cousin de Du Maurier (t. II, p. 397, 1. 16), soit celui des o Analystes » (t. II, p. 622, 1. 7, et p. 629, 1. 22).

Page 297, 1. 29. — Tous ces litres se trouvent complétés ainsi dès la première édition : Index Tractatuum hoc volumine contentorum, et Mer- senne les avait ajoutés sur la copie MS. qu'il distribuait. Voir à ce sujet une lettre de Gassend, du 3 mai 1641, citée plus loin comme éclaircisse- mentde la lettre CCXXXVII, du 28 avril 1641 {Clers., II, 296).

��ccxxx.

HoBBES A Mersenne pour Descartes.

Paris, 7 février 1641 . Texte de Clerselier, tome III, lettre 3i, p. 127.136.

« Réponse de M. Hobbes à la précédente », dit Clerselier, c'est-à- dire à notre lettre CCXXVIII, p. 287 ci-avant. A la suite du texte latin, Clerselier donne une version française, lettre S 2""', p. i3j- 14g. — Descartes répondra le 4 mars 1641 , lettre CCXXXII ci- après.

Reuerendiffime Pater, Quod ea, quae fuperiori epiftolâ tuo iuflu tibi

a. Lettre perdue, aux trois premiers feuillets de laquelle Descartes avait

�� � m, H7-U8. CCXXX. — 7 Février 1641. joï

fcripfi, Domino Defcartes minus arrideant, plurimùm doleo, tùm quod ingenium eius plurimi sellimo, tùm quod nuilam rationem adhuc inuenio, propter quam ea quse reprehendit debeam mutaré. Libentiffimè enim 5 mutarem (fi Paralogifmos meos poflem detegere),quae minus redè dida funt; quippe qui nihil edidi in publi- cum, quo tenear vnâ cum honore errores meos per- tinaciter defendere. Ne tamen tanti viri authoritate exiftimatio mea apud te opprimatur, vifum efl mihi,

10 epiftolâ hâc, obiedionibus eius, eo ordine quo à te relatae funt, paucis quantum poflum & quâ poffum perfpicuitate refpondere.

Dicis, primo loco, Dominum Defcartes non agnof- cere fpiriîum illum ïnternum, quem ego ibi fuppono,

i5 eundem ejje cum maten'afubtili, quam fupponit ille^. Refpondeo : certè ego per fpiritum intelligere me dixi corpus fubtile & fluidum; quid autem interfit inter corpus fubtile & materiam fubtilem, equidem non intelligo.

20 Adducis,proximo loco, caufas quare hoc non agnof- cit, quas dicis effe duas : primam, quia ego Jîatuo fpiri- tus internes caufam ejJe âuritiei, ille materiam fubtilem caufam ejfe mollitiei; fecundarn, quia non videt ille, quâ ratione ijle fpiritus valde mobilis corporibus duris ita

«5 includi pojfit, vt nunquam ex ijs egrediatur ; nec quomodo ingrediatur, quando mollia durefcunt^.

iQusefo te, Reuerendiffime Pater, (tibi enim nunc

répondu, lettre CCXXVIII, p. 287 ci^avant. Elle en comprenait huit autres, envoyés plus tard en Hollande, et auxquels répliquera la lettre CCXXXI.

a. Page 287 ci-avant, 1. 10, à page 288, 1. i.

b. Page 288, 1. 2 à 7.

�� � ^02 Correspondance. iii.-hs.

foli fatisfacere fatago), nunquid tibi capere impoflî- bile eft, fpiritum fluidum & fubtilem talem & tam ve- locem motum habere poffe, vt partes eius minus cédant tadui & impulfui noftro, quàm fi esedem alio motu & minus veloci concitarentur ? Quid autem eft 5 durum, prseter id cuius partes, fiante toto, minus; molle, praeter id cuius partes magis corporis incur- rentis impulfui cedunt? Quod fi fit verum, (nam fup- pofui tantùm huiufmodi motuum in fpiritibus diuer- fitatem, vt rem poflibilemj, fequetur idem corpus lo tenue, fine materiam fubtilem, caufam fore & molli- tiei & duritiei, prout diuerfâ velocitate & diuerfo modo mouebitur. Prima ergo caufa, propter quam negat eandem ejfe rem fpiritum & maîeriam fubtilem, oftendit potius voluntatem quàm rationem diffen- i5 tiendi. Quod attinet ad fecundam caufam diflentiendi, nempe quod non vidit quâ ratione &c. , dico eam non effe fufïicientem caufam quare difiTentiret, fed potiùs quare diligentiùs confideraret. Neque enim ego dixi durefcere corpora per ingrefifum fpirituum, neque 20 mollefcere per exitum eorundem ; fed fpiritus fubtiles & liquidos, vehementiâ motûs fui, polie confl;ituere corpora dura, vt adamantem; & lentitudine, alia cor- pora mollia, vt aquam vel aërem. Hypothefis autem illa vehementiae motûs fpirituum in vno corpore, ma- 25 ioris quàm in alio, ad faluandum phsenomenon duri- tiei, mihi quidem non videtur inferior illâ Domini Defcartes, qui ponit atomorum fuarum nodos & im- plicationes quafdam, quibus partes corporum duro- rum debeant cohaerere. Si quis enim interrogaret 3o illum, quibus vinculis & quibus nodis particulse illa-

�� � m, I28-IÎ9- CCXXX. — 7 Février 1641. ^03

rum partium. craffiorum, quas in duris fupponit, inter fe cohsereant, credo haereret, neque fe fciret vllo modo meliùs extricare, quàm fupponendo motum ali- quem materiae fubtilis in illis ipfis atomis, quas ponit 5 pro minimis.

Dicis, tertio, quodvbidixerim illum clariùs locuturum fuijfe, Ji pro determinatione pofuijfet motum détermina- tum^^ eum mihi non affentiri, fed refpondere his verbis : | Etjî enim dici po£it velocitatem pilœ ab A ad B

10 componi ex duabus alijs, ab A ad H, & ab A ad C, abjîi- nendum tamen ejje putain ab ijîo modo loquendi, ne forte ita intelligeretur , vt ipfarum velocitatum in motu fie compofito quantitas^ & vnius ad alteram proportio, r émaner et; quod nulle modo efi

i5 verum. Nam fi, exempli gratiâ, ponamus pilam ab A ferri dextrorfum vno gradu celeritatis, & deorfum vno etiam gradu, perueniet ad B cum duobus gradibus cele- ritatis, eodem tempore quo alia, quœ fer-

20 retur etiam dextrorfum vno gradu celeritatis, & deorfum duobus, perueniet ad G cum tribus gradibus celeritatis; vnde fequeretur lineam A B effe ad A G. vt 2 ad 3, quod tamen efi vt 2 ad\j 10. ^

Refp(ondeo) : quoniam confitetur Dominus Defcartes

2 5 dici poffe velocitatem pilœ ab A ad B componi pofjfe ex duabus alijs ab A ad H & ab A ad C, debebat confiteri quoque id verum effe; nam exiftimat is,à Philofopho, in Philofophiâ, nihil dici poffe, quod non fit verum, Sed abjiinuit ab iflo loquendi modo, quoniam inde colligi

3o videtur poffe id quod falfum efi, nempe rationem linece a. Page 288 ci-avant, 1.9 a 26.

��� � 104 Correspondance. m, ng-iso.

A B non ejje ad lineam A G vt 2 ad yj lo, fed vt 2 ad 3; qu3e ratio abftinendi non efl iufta. Nam, û non redè infertur ab ifto modo loquendi falfitas illa, non debe- bat timere à Paralogifmis quos alij poflea fibimetipfis poffent facere ; fed ipfe putauit illationem illam veram 5 effe, quam ideo ipfe quoque colligit, fed fallaci ratio- cinatione. Nam, etji pilam ponamus ferri ab A dextror- fum vno gradu celeriîatis, & deorfum vno etiam gradu, non tamen perueniet ad B duobus gradibus celerita- tis; fimiliter,yz A feratur dçxtrorfum vno gradu, deor- 10 fum duobus^ non tamen perueniet ad G tribus gradi- bus, vt ille fupponit. Supponamus enim duas redas conftitutas ad angulum redum, A B, A C, fitque velocitas ab A verfus B in ratione ad velocitatem ab A verfus C, quam habet ipfa AB ad ipfam AC; hae i5 duae velocitates componunt velocitatem quse eft à B verfus C. Dico velocitatem à B verfus C elle ad velo- citatem ab A verfus C, vel ab A verfus B, vt reda BC ad redam AC vel AB. Ducatur ab A reda 20 A D perpendicularis ad B C, & per A , reda F A E eidem B C parallela ; '^-; item BF, CE, perpendiculares ad

FE. Quoniam igitur motus ab A ad B componitur ex motibus ab F ad A & ab F ad B, 25 non contribuet motus compofitus A B plus celeritatis ad motum à B verfus C, quàm poffunt contribuere componentes FA, FB; fed motus FB nihil contribuit motui à B verfus C; motus enim ille determinatur deorfum, nec omnino tendit à B verfus C. Solus igitur îo motus F A dat motum à B verfus C. Similiter probatur

��� � �III i3o.i3i. CCXXX. — 7 Février 1641. , 305

A C dare motum à D verfus C in virtute folius A E ; fed celeritas quam participât AB ab FA, & quâ operatur à B verfus C, eft ad celeritatem totam AB in propor- tione FA vel BD ad AB. Item celeritas quam habet S AC, virtute AE, eft ad celeritatem totam AC, vt AE vel DC ad AC. Sunt ergo .ambse celeritates iundae, quibus fit motus à B verfus C, ad celeritatem fimpli- citer fumptam in AC vel in. AB, vt tota BC ad AC vel A B. Quare, fumptâ prsecedenti figura,

10 erunt celeritates per AB, A G, vt ipfae AB, AG, hoc eft vt 1/ 2 ad 1/ 5, hoc eft vt l/ 4 ad 1/ 10, hoc eft vt 2 ad {/ 10, & non vt 2 ad j . Non igitur fequitur ab- furdum illud ab ifto modo loquendi, quod

i5 putabat D. Defcartes. Vides, Pater, quàm pronum fit etiam doélifiimis viris per nimiam fecuritatem quan- doque Tzcf.pcf.'kojitz<7^cLi.

Quarto, fcribis dicere illum, non debuijje me dicere, celeritatem fublatam ejfe à terra, propterea quod ille

20 contrarium fuppofuerat, & propterea quod contra expe- rientiam eji; alioqui enimpila perpendiculariter in terram incidens nunquam rejîliret".

I Refpondeo : certè ego in epiftolâ meâ hypothefim illius non fuftuli,fed dixi ipfum eam fuftuliftejideoque

25 eâ vti non debuifle (nam, quantum ad meam de eâ r-e opinionem attinet, puto fané dari motum qui neque tolli neque ideo minui vnquam poffit). Sed vt iudices vtrum fuam ipfius abftulerit hypothefim, nec ne, re- petamus figuram. Supponit ille moueri A verfus B,

3o motu quidem nunquam ceflaturo, fed tamen qui non

a. Page 288 ci-avant, 1.27,3 page 289, 1. ?.

Correspondance. I!I. 3g

�� � �jo6 Correspondance. m, i3i.

femper erit in eâ determinatione, vt ille loquitur; hoc eft, ibit femper sequaliter quod mouetur, fed non ibit femper per eandem viam, fme lineam diredam. Concedo. Praeterea componitur determinatio (fiue via)

ab A verfus B, à duabus alijs vijs 5 (fiue determinationibus), quarum vna eft deorfum ab A verfus C, altéra lateralis ab A verfus H. Concedo quoque. Ex his probare fe putat, motum ab A in B procedere à B in F per lo angulum F B E aequalem angulo A B C, fme deftrudione hypothefis fuae. Quod negaui. Quando enim pila, quse mouetur ab A verfus B, peruenerit ad B, perdit deter- minationem (fiue viam), quam habebat deorfum ab AH verfus C B ; reftat ergo determinatio quse dextrorfum 1 5 erat ab A C verfus H B ; retinetur autem gradus velo- citatis quem habebat ab initio; ibit igitur ad circum- lerentiam circuli in G. Oportuit igitur illum demon- ftraffe quôd, retentâ velocitate intégra quam habebat ab A verfus B^ impoffibile efïet pilam promoueri Ion- 20 giùs, in eâdem determinatione, quàm ad E : quod facere non potuit, nifi determinatio illa ab A verfus H fumeretur pro motu. Sed & ipfe videtur determinatio- nem illam intelligere pro motu, quoniam, in demon- ftratione eius, attribuit ei quantitatem; determinatio 25 enim, fiue via pilse. non habet quantitatem, nifi qua- tenus, fecundum eam, pila lineam defcribit tantâ vel tantâ longitudine. lam verô, fi determinationes illae du3e perpendicularis & lateralis fmt motus, manifeftum eft pilam, quando venit ad B, perdere partem illam 3o motûs fui quam habebat ab A verfus C. Ideoque, poft

�� � m, i3i-i32. CCXXX. — 7 Février 1641. ^07

impadum in B,| minus velociter fertur quàm ante; quse eft propriae hypothefis fuae deflrudio. Quod addit, talem motûs diminutionem effe contra experientiam, quia videmus ea quse incidunt in terram perpendicu- 5 lariter ad perpendiculum refurgere, miror quomodo ab experientiâ fciri poteft vtrum reflexio haec ad per- pendiculum fiât, ab eo quod nulla fit motûs iadura, an verô à motûs reftitutione ; nam idem effedus fieri poteft vtrouis modo. Verum eft, quod experientiâ

10 docet fieri reflexionem per angulos sequales, fed non à quâ caufâ,

Scribis, quinto, Dominum Defcartes libenter conce- dere partem terrœ incurrenti pilce aliquantulum cedere, ipjïufque pilce partem incurrentem non nihil introrfum

i5 ïncuruari, & vtrumque, fciliceî pilam & terram, fe rejîi- tuere; et nullâ vi amoueri quod non cedit leuiffimae, videriipji nullam habere veritàtis fpeciem^ .

Relpfondeo) : oftenderam tamen, fi vis leuiffima non faciet cedere id cui impingit, faltem aliquantulum, du-

20 pla vis non fufficit, quia bis nihil nihil eft, & fie, quo- tiefcunque multiplicaueris vim illam, fiet nihil. Quae fané demonftratio eft, cuius vitium ille non detegit, fed ait pugnare cum experientiâ : quia, in bilance, ap- penfum pondus 100 librarum mouebitur à 200 libris ex

2 5 altéra parte iugi appentis, ab vnâ librâ non mouebitur; quafi ego dixerim vim leuiflîmam fuflicere ad mouen- dum à loco fuo, non modo partem in quam impingit & quam tangit, fed etiam totum quod illi parti adhaeret. Quando is conceàit partem terrœ, cui incurrit pila, ali-

3o quantulum cedere, intelligitne totum telluris orbem

a. Page 289 ci-avant, L 7 à 17.

�� � ^o8 Correspondance. m, i3ï-iî3,

loco cedere? Puto non. Quare igitur non fufficit ad confirmationem propofitionis mese, quod, ficut terra premitur & parte fuâ aliquâ recedit propter pilam im- paâ;am, ita iugum bilancis aliquantulum premitur & pars eius deprimitur propter pilam fufpenfam? Et, 5 ficut multiplicata vis impad3e pilse fufficit ad mouen- dam totam tellurem, ita multiplicata vis fufpenfse librse, vel pilge, vel,ri placet, plumae, fufficit ad tollen- dum pondus loo librarum.

Sexto, quod dicis eum affirmare refultum pilœ magis lo I impediri ab ijîâ incuruatione pilœ & terrce, quàm ab eius rejlitutione iuuetur;aîque ex eopojfe demonftrari reflexio- nem pilce, & aliorum eiufmodi corporum non extrême du- rorum, nunquamjieri ad angulos accuratè cequales^.

Refpondeo : verum hoc eft de pila & eiufmodi cor- i5 poribus, propterea quod non modo velocitas in ijs continué minuitur vel augetur à grauitate, fed etiam corpora, in qu3e incidunt, non perfedè compenfant iaduram illam velocitatis ; ideoque, qiïatenus loquutus fum de pila, in exemplum reflexionis luminis, fuppo- 20 nebam motum eius neque minui eundo, & perfedè reftitui quod perdiderat in occurfu corporis refiften- tis. Sed in lumine. cuius motus neque à grauitate neque à leuitate diuertitur, & cuius materia facillimè mobilis efl, ideoque motus eius reftitui à refiftente 25 intégré poteft, angulorum sequalitas redè ex tali refti- tutione faluari poteft.

Septimo, ais dicere illum, perperàm à me adduci ijîam terrœ mollitiem ad œqualitatem angulorum demon- flrandam; prœfertim ciim ab eâ fequatur , Ji terra & pila 3o

a. Page 289 ci-avant, I. 17 à 23.

�� � III, 1 33-1 34. CCXXX. — 7 Février 1641. 309

tam durœ ejfent, vt nulle modo cédèrent^ nullam fore reflexionem ; quod eji incredibile ".

Refp(ondeo) : primùm me non adfcribere reflexio- nem mollitiei terrae, ficut neque vitri vel chalybis; fed 5 fcire me, docente experientiâ^ < eo > fortiorem efTe reflexionem, quo durius eft corpus in quod impingitur & quodimpingit, modo non fit durities ea adu infinita (quod eu. impoflibile). Nam fi non fit ea durities adu infinita, cedet vi alicui, & proinde etiam, vt ante

10 oftenfum eft, leuiflimae. Dura autem, quo magis funt dura, tanto magis fe reftituunt, ideoque tanto fortio- rem faciunt reflexionem. Quod fi fupponeret quis du- ritiem illam aclu infinitam & impoflibilem, tam in im- pingente quàm in eo in quod impingitur *", nemo

i5 vnquam experientiâ cognofcet, vtrum reflexio fieret necne. Sit enim durum adu in infinitum, tam quod defcenditper AB, quàm quod|fub- - fternitur in C D ; quae ratio reddi poteft quare non vel quiefcat in B

ao id quod ibi impingit^ vel, fi frangi poteft, quare non pars altéra mo- ueatur per B C, altéra per B D ? Vel, fi defcenderit obliqué per EB, quid impedit (fi franga- tur) quominus pars moueatur, fortafife pars maior, per

25 BC, altéra pars minor per BD? Nam quod aliter fieri videmus, id prouenire poteft ex eo quod non dentur corpora infinitse duritiei.

Odauo, quod dicis, dijlinélionem qu'am attuli inter refraéîionem eorum quœ média permeant (vt quando pila

a. Page 289 ci-avant, 1. aS, à page 290, 1. 2.

b. Hypothèse de Descartes; voir plus haut, p. 290, 1. 3.

��� � Jio Correspondance. 111,134.

permeat aërem & aquam), & eorum quœ non permeant, ab eo non approbari,propterea quoi vtroque modo^fi corpora fini eiufdem genen's, refringuntur ver/us eafdem partes^.

Refpondeo, me non fatis intelligere quse corpora ille fub eodem & quae fub diuerfo génère collocat. Ego 5 fané duo gênera propagationis motus pofui, quam- quam in eodem génère corporis : potelt enim pila corpus durum perfringere, in quo cafu dico viam pilae refringi intra durum in partes à perpendiculo auerfas; poteft etiam eadem pila à duritie corporis repelli, ita 10 tamen vt motus propagetur fuccefTiuè per totam cor- poris craffitiem, vt quando campana percutitur mal- leo, (vel quando, vt ego cenfeo, lumen propagatur per médium durius eo ex quo venerat), & dixi in hoc cafu fieri refradionem verfus perpendiculum. Quam i5 ille diftindionem non confutauit, neque ego mutare debeo, nifi Dominus Defcartes demonftret aliquid in contrarium. Nam fuppofitiones illse de pororum pa- rietibus, & de velociori motu luminis in duro quàm in molli, vel in denfo quàm in raro^ (vtro enim modo 20 loquendum fit, nefcio, donec mihi definitiones fuas duri, mollis, denfi & rari, communicauerit, quod in libris fuis non fecit), aberrant, meâ quidem fententiâ, à verâ methodo demonftrandi.

Nono, fcribis Domino Defcartes videri me nihil a5 attulijje contra demonjîrationem eius refraéîionis ^ quam tamen damnaueram; neque aduertijfe differentiam quœ ejl inter refraéîionem pilœ aliorumque corporum in aquam incidentium, & refraéîionem luminis ^.

a. Page 290 ci-avant, 1. 5 à 9.

b. Ib., 1. 21, à page 291, 1. 2.

�� � iir, i35. CCXXX. — 7 Février 1641. jii

I Refpondeo me illam diflindionem & animaduer- tifle & attuliffe : nempe illam ipfam quam ille proximè fuprà damnauit, & ego defendi. Vtrum autem nihil attulerim contra eius explicationem refradionis, iu- 5 dicabis tu, Reuerendiffime Pater, qui ipfam meam epiftolam apud te habes. Confite tur tamen obiecijfe me repugnantiam quandam cum experientiâ in hypothejî eius, quod certè ipfum non eft parum; cui tamen obiedioni non refpondet. Obferuaui quidem in flu-

10 minibus velociùs ferri aquam inter nauigia quàm liberam, & vbi non impedftur. Applicari autem hoc prsefenti dubio non poteft, quia id accidit ex eleua- tione aquse, vnde fequitur motus velocior à grauitate; quod fieri non poteft in materiâ fubtili, dum permeat

i5 poros corporum durorum, quia nulla ibi fit eleuatio, neque eft vUa grauitas materiae eius fubtilis. Similiter, quando corpus graue mouetur tardiùs fuper tapetem fericum quàm fuper menfam marmoream, ratio eius rei eft quod infurgentes tapetis partes anteriores op-

20 |)onunt fe prementi graui, & impediunt motum totius, propter confiftentiam eius; id tamen accidere non poteft materise fubtili, quae & fluida eft maxime, ^ minime grauis. Adde quod corpus planum faciliùs mouetur fuper tapetem fericum, fequendo inclinatio-

2 5 nem pilorum, modo extremitas corporis moti promi- neat vitra extremitatem tapetis, & fuppofito quod tapes preflus non cône tur fe reftituere. Quae omnia impedimenta abfunt à motu materise fubtilis per duri poros.

3o Scribis, decimo loco, quod queritur Dominus Def- cartes me affinxijje eij quod computauerit omnem iaéîu-

�� � JI2 Correspondance. m, i35-i36.

ram velocitatis in motu deoîfujn; dixijje autem illum conjîantijfimè computandam ejje in motu toto Jîmpliciter fumpto^.

Refpondeo : fateor dixiffe illum diredè, computan- dam efle illam iaéluram in motu toto ; fed cùm dixit 5 determinationem, perpendicularem tantùm & nonla- teralem, minui in prima duri penetratione, dixit per confequens motum totum perpendicularem minui; nam determinatio minui non poteft, nifi per determi- nationem intelligat motum. | Non ergo conftantiffimè «o dixit iaduram motûs computandam effe in toto motu fimpliciter. Si igitur ille vtrumque contradidoriorum dixit, ego autem alterum eorum ei adfcribo, non eft hoc ei aliquid affingere. Prseterea, fi ille iaduram ve- locitatis totam computat in toto motu, nullam autem i5 computat in motu laterali, necefle eft vt totam com- putet in folo perpendiculari.

Vides, Reuerendiffime Pater, quàm clarè & perfpi- cuè illius obiedionibus, breuiter tamen, refpondi. Ex quo patet doéliffimum & ingeniofiffimum virum, vel 20 incuriâ vel prseiudicio, non fatis intendifle animum ad ea quae fcripferam; nihilominus liberum tibi fit communicare ei reliqua quae in eâdem epiftolâ conti- nentur circa refraélionem ; videbit enim parallelo- grammum illud quo vfus fum, ad explicandam refrac- 25 tionempilae, minime pertinere ad refradionem lumi- nis, prout ille fufpicatur^

Quod attinet ad demonftrationem amici mei, eam,

a. Page 291 ci-avant, I. 17 à 20.

b. Voir ci-après la lettre GCXXXI.

c. Page 291, 1. 28.

�� � I". -49. CCXXXI. — i8 Février 1641. jij

nifi perijt eo quem nofti cafu, credo me habiturum proximâ feptimanâ^; fi habuero, tibi eam communi- cabo, neque Domino Defcartes eandem inuidebo. In quo iudicandi facultatem fummè admiror,diligentiam 5 defidero, quam û, audore te, in legendis meis adhi- bere velit, nemo eft cui ego cenfuram eorum libentiùs deferrem. Plurimum vale, & faue

Tuî obfequentiffimo

HOBBES,

10 Parifijs, Feb.7 1641.

��CCXXXI.

Descartes a Mersenne pour Hobbes.

[Leyde, 18 février 1641.] Texte de l'exemplaire de l'Institut, tome III, lettre 33, p. 149-152.

Sans date dans Clerselier; mais ia lettre suivante, qui est fixement datée du 4 mars 1641 , nous apprend que celle-ci a été écrite quinze jours auparavant, c'est-à-dire le 18 février. — « CoUationnée sur l'original de M. de la H ire », dit une note en marge. Le numéro de cet original est inconnu; dans le classement de dom Poirier, il a été coté {66). — Variantes de Clerselier, d'après la minute. Clerselier donne, en outre, une versioli française, lettre 34, p. i53-i5y.

Reuerendiffime Pater, Etfi fperaflem ea quse in fuperioribus meis litteris

a. C'est la démonstration à laquelle il a été fait allusion, p. 290, 1. 19, et p. 291, 1. 24. Elle venait sans doute d'Angleterre ; et l'ami dont il est ques- tion était peut-être Cavendish, dont Hobbes parlera, lettre CCXXXIV ci' après.

Correspondance. III. 40

�� � } 14 Correspondance. m, 149-150.

refponderam * ad initium fcripti à dodiffimo quodam Anglo ad Reuerentiam veflram miffi, me liberatura effe onere ad reliqua refpondendi ; quia tamen nihi- lominus vltima odo folia fcripti eiufdem à veflrâ Re- uerentiâ hodie accepi ■", fimulque admoneor aliquos 5 effe ex dodis veftris, qui ea quse ibi de refradionibus aliter quàm in meâ Dioptricâ traduntur, pro veris & redè demonftratis admittant, officij mei effe exiftimo, |breuiter hîc oftendere, quibus ex notis aurum ab ori- chalco dignofci poffit. 10

In fine j folij, vtitur valdè inani ratione, vt refutetid quod fcripfi Diop. pag. 19, quia, inquit, fequeretur pilce inejfe intelleéîum rerum Geometricarum; tanquam û ex eo quod aliquid fiât in naturâ iuxta leges Geometrise, fequatur idcircô in corporibus, in quibus id fit, effe i5 intelledum. Ego verô fatis effeputaui ad demonftran- dum aliquid fieri, quod Geometrise leges docerent ita fieri opportere. Nec ille quicquam noui hîc affert, fed tantùm rem à me traditam magis explicat, dicendo in magna inclinatione rejijîentiam aquœ fuperare impulfum 20 dcorfum, quod, vt intelledu facillimum, explicare neglexeram. Sed,hoc explicando, in magnam difficul- tatem à fuis principijs adducitur : quomodo fcilicet pila* refiliat ? an enim dicet aquae fuperficiem incur-

4 eiufdem omis. — 6 veftris] — 17 aliquid fieri] quid fieret. —

viris. — 9 oftendere] monere. — 19-21 in. . . deorfum non en ita--

12 Diop. omis. — 1 2-i3 quia. . . liques, — 24 après pila] furfum

Geometricarum non en italiques. ajouté.

a. Lettre CCXXVIII, p. 287 ci-avant.

b. C'est le reste de l'ccrit de Hobbes, dont Descartes n'avait d'abord reçu que la première partie (p. 283, J. 10, et p. 292, 1.2-3); il répond ici à la seconde partie, reçue seulement le 18 février.

�� � iii,.5o-.5.. CCXXXI. — i8 Février 1641. 315

uari etiam inllar arcûs &, dum fe reftituit, pilam fur- fum repellere ?

In reliquis omnibus agit de refradione, & in prima fuâ hypothefi falfum affumit, quod nempe omnis aâio

5 fit motus localis. Cùm enim, exempli caufâ, baculo innixus terram premo, aélio mese manûs communi- catur toti ifli baculo, & tranfit vfque ad terram, quam- uis nuUo plané modo baculum illud, nec quidem infenfibiliter, vt infrà alTumit, moueri fupponamus.

ro Quintam etiam hypothefim, quod aérjît minus contu- max aduerfus motum luminis quàm aqua vel vitrum, non probat ; cùmque eius contrarium in Dioptricâ demon- ftrarim, ille verô nuUam didi fui afferat rationem, qu^ro : vtri magis fit credendum ? Neque enim verifi-

i5 militudinem aliquam in eo efle putandum eft, quod aër faciliùs cedat motui manuum quàm aqua vel vitrum ; quoniam adio luminis non eft in ipfis corpo- ribus aëris & aquse, fed in materiâ fubtili eorum poris contenta.

20 Hîc autem ex occafione animaduerto, me in praece- denti epiftolâ fcripfifle lumen faciliùs propagari in dura quàm in molli"; quod ita eft intelligendum, vt durities ifta non referatur ad tadum manuum noftrarum, fed ad motum materiaejfubtilis tantùm ; ne forte quis putet

a 5 inde fequi, refraftionem effe debere multo maiorem in vitro quàm in aquâ; etfi enim vitrum fit multo

3 après agit] tantum ajouté. neque enim. — non eft] eft.

4_5 quod... localis non en — 20 animaduerto] aduerto. —

italiques. — 10- 11 quod... 21-22 lumen... molli non en

vitrum idem. — 17 quoniam] italiques.

a. Page 290 ci-avant, 1. io-i3.

�� � Ji6 Correspondance. m, iSi.

durius refpedu taélûs noflri^ non tamen multo minus reliffit motui materiae fubtilis.

Prima propofitio plané eft imaginaria, deflruitur- que eius probatio, ex eo quod vtatur ad ipfam prima fuâ hypothefi iam refutatâ. 5

Secunda propofitio, fi in ipfâ pro reieclione ponatur repuljio^ vt etiam de impulfione fine motu poffit intel- ligi, vera eft, & mea.

Qu3e in tertiâ habet de Syftole &c. , plané deftruun- tur ex iam didis ; vt & ea quse dicit in corollario de lo inclinatione, quam vult effe motum, idque ob valdé leuem rationem : quia^ inquit, principium motus eji mo- tus; quis enim illi conceffit inclinationem efle princi- pium iiue partem primam motûs ?

In propofitione quartâ, malé dicit radium ejje Jpa- i5 tïumfolïdum ; meliiis forte dixiffet, effe vimper fpatium folidum diffufam; fed adhuc meliùs, fi cum omnibus Opticis radium vt lineam tantùm confideraret : non enim vtitur pofleà eius latitudine, fuàque lineà lucis, nifi ad imaginarias rationes adornandas. 20

Sed prsecipuus eius error eft in caufâ Phyficâ re- fradionis radiorum explicandâ : tota enim fiditia eft, & à Mechanicse principijs aliéna. Ficlitia, quia nititur latitudine quam radijs gratis affingit, quamque in dé- cima quartâ propofitione ijfdem detrahit, & nihilo- 2 5

1 taclùs noftri] manuum no- motus non en italiques. — i5-

ftrarum. — minus] magis. — i6 radium... folidum idem. —

4 a/rès ipfam] proban dam o/'oM/e. 18 radium] illum. — tantum vt

— 7 etiam de] de folâ. — fine] lineam. — 18-19 non enim omis.

non de. — 9 &.c. omis. — 1 1 id- — 19 apri's vtitur] enim tantum

que] hocque. — 11 -12 valdè ajouté. — eius] radij. — fuàque]

leuem] egregiam. — i2-i3quia... vt & fuâ. — 20 nifi omis.

�� � m, i5i-i5î. CCXXXI. — i8 Février 1641. jij

minus eodem modo refringi fatetur ; et quia, fi vera eflet, multo magis haberet locum in motu pilse quàm in radijs luminis, quod tamen ipfe fuprà negauit, at-* que experientise répugnât. Vt & ratio propter quam 5 fuprà voluit pilam in aquâ refrangi à perpendiculari, radijs luminis meliùs, vel faltem sequè benè ac motui pilae, potefl applicari ; in ipfâ enim nulla fit mentio motûs fucceffiui ; in altéra autem quam afFert pro ra- dijs, fiditij cuiufdam parallelogrammi confiderat mo-

10 tum fucceffiuum, eftque à legibus Mechanicae aliéna : tum quia fupponit motum par- tis D parallelogrammi ABCD tantundem tardari à fuper|ficie aquae EDF, cùm primùm illam

i5 ingreditur, quàm paulo poil, cùm plures partes lineae CD in aquam demerfge funt; tum quia in tranfitu radij à medio denfiori in rarius vult au- geri celeritatem motûs, nec tamen dare poteft vUam

20 caufam iflius augmenti ; facile enim intelligitur mo- tum tardari à denfitate medij ; non autem inde fequi- tur, vbi non eft tanta denfitas, illum augeri, fed tan- tùm minus imminui ; tum propter alias caufas, quas omnes recenfere effet longum.

25 Quinta propofitio, quod radius obliqué incidens fit conjîderandus vt habens latitudinem, iam efl refutata, & pugnat cum decimâ quartâ ; nec valet eius pro- batio, ad quam gratis affumit confiderari radium vno termino longiùs operari quàm altero. Quod nemo ipfi

21 non autem] fed non. — 25-26 quod... latitudinem non en italiques.

��� � ^i8 Correspondance. m, i5:.

concedet, qui radium abfque latitudine confiderabit.

Sequentia, vfque ad decimam quartam propofitio- nem, fatis, vt puto, fequuntur ex eius principijs; dico vt puîo, quia fatis attenté non legi vt aufim affirmare, Caetemm non mirum eft quod ex falfis hypothefibus 5 fequatur verum, quia illas ad veritatem fibi ante co- gnitam accommodauit.

In fine de Coloribus nihil habet quod non ante fcrip- ferim, nifi quod rem fufficienter non explicet Et malè ait me, globulos fupponendo, priorem meam hypo- lo thefim deftruxiffe ; quia, illos globulos defcribendo, non affirmaui nihil effe in fpatiolis quse ab ipfis non implentur ; nec opus habui plura explicare, quàm quîe ad inftitutum meum faciebant. Denique, vt verbo abfoluam, ne minimam quidem rationem in totp hoc i5 fcripto reperi à mais diuerfam, quae vera & légitima efle videatur. Sum,

Reuerendiffime Pater,

V* R* deuotiffimus famulus, desgartes.

��CCXXXII.

Descartes a Mersenne. Leyde, 4 mars 1641.

AuTOGiiAPHE, Bibl. Nat,, fr. n. a. 5i6o, f. 22-26.

Variantes de Clerselier, t. IH, lettre 35, p. .1 5'- 1 65, pour une partie de cette lettre, avec le titre : Réponse de Monsieur Descartes

6après'û\as] hypothd&s ajouté. plentur] replent. — 17-uj Sum... — 12 ab ipfis] ipfi. — i3 im- descartes ow;'s.

�� � CCXXXII. — 4 Mars 1641. 319

à la lettre de Monsieur Hobbés {c'est-à-dire à la lettre CCXXX ci- avant p. 3oo). L'original se compose de deux feuilles, grand format : la première, pliée en deux feuillets, est entièrement remplie, et ces quatre pages correspondent presque entièrement à l'imprimé; le pre- mier feuillet de la seconde est rempli, recto et perso, ainsi que le recto seulement du second Jtuillet, soit trois pages, dont le texte a été publié, pour la première fois, dans /'Archiv fiir Geschichte der Philosophie, i8qj , IV, p. 445-44g. Sur la première page, en bas et à gauche, on trouve 46 c, numéro du premier classement de La Hire, compté plus tard pour le numéro 38, comme on le voit dans l'exemplaire de l'Institut; en haut et à droite, (32), numéro du classement de Poirier. Sur cette même page, on lit en marge, de la main de Legrand, cette note : « 1684, imprimée dans le 3* volume, page iSy, lettre 35 », ce qui vaut à partir du passage : « ayant leu... » {j). 320, l. i). Voir, à ce sujet, notre Introduction, 1. 1, p. xlvii.

Mon Reuerend Père, Tay receu de vos letres a ces deux derniers voyaf- ges, mais il femble néanmoins que vous m'en auez enuoyé dauantage que ie n'en aye receu ; car en celle 5 qui vint il y a 8 iours, vous me mandiez que ie deuois auoir vu les obiedions qui ont efté faites en la difpute du conan'um, lefquelles ie n'ay toutefois point veuës en aucune façon" ; & en cete dernière, ou elloit en- fermée la lettre de mon frère, vous mandez que vous

10 auiez defia enuoyé voftre letre a la porte, lorfqu'on vous a donné celle de mon frère, de façon que ie de- urois receuoir cete autre letre que vous auiez enuoyée a la porte, & toutefois le meflager dit qu'il ne l'a point; s'il y a eu dedans quelque chofe de confe-

i5 quence, vous m'en auertirez, s'il vousplaift.

2-1, p. 320 l'ay... Au refte, omis.

a. Voir ci-après lettre CCXXXVII [Clers., II, 295), et ci-avant, lettre CCXXIII, p. 262.

b. Lettre perdue. Voir lettre CCXXI ci-avant, p. 252.

�� � po

��Correspondance.

��Ili, i57-i58.

��Au refte, lavant leu a lovfir le dernier efcrit de l'An- glois% ie me fuis entièrement confirmé en l'opinion que ie vous manday, il y a i ^ iours^, que i'auois de luv, & ie croy que le meilleur eft que ie n'aye point du tout de commerce auec luy, & pour cete fin, que ie 5 m'abftiene de luy refpondre ; car, s'il | eft de l'humeur que ie le iuge, nous ne fçaurions gueres conférer en- femble fans deuenir ennemis ; il vaut bien mieux que nous en demeurions, luy & moy, ou nous en fommes. le vous prie auffy de ne luy communiquer que le lo moins que vous pourrez de ce que vous fçauez de mes opinions & qui n'eft point imprimé; car ie me trompe fort, fi ce n'eft vn homme qui cherche d'ac- quérir de la réputation a mes defpens, & par de mauuaifes pratiques. Que fi vous luy auez promis i5 de me faire faire refponfe a ce dernier efcrit, vous m'en excuferez, s'il vous plaift, enuers luy, fur ce que ie m'afture que vous me deifendrez beaucoup mieux que ie ne me pourrois deffendre moy mefme. Et affin que vous y ayez moins de peine, ie m'en 20

��1-2 voftre Anglois. — 3 : i5j huit. — 4croy] iuge. — 7 nous... conférer] & s'il a les defl'eins que ie croy qu'il a, il feroit im- pofTible que nous euffions com- munication. — 8-9 il... fommes] & i'aime mieux qu'il en demeure où il en eit. — 10 auffy] feu- lement. — 10- 1 5 de... prati- ques omis. — i5 Que omis. ■ — 16-18 vous... m'affurel de

��luy dire que ie vous ay mandé que ce qui m'empefche d'y ré- pondre, eft que ie me promets que vous me ferez la faueur de répondre pour moy, &. — 20 Et. . . peine] outre que i'ay des occupations qui ne me permettent en aucune façon de donner du temps à de telles con- férences. En fuitte de quoy vous pourrez l'affurer, s'il y auoit en-

��a. Letire CCXXX, p. 3oo ci-avant.

b. Lettre CCXXXI, p. 3i? ci-avant.

�� � m, .58. CCXXXII. — 4 Mars 1641. 521

vais mettre icy mon fentiment de fes 10 poins. Ad i""". Per fpiritum, inquit, intelligere me dixi corpus fubtile&fluidum; ergo idem ejl cu7n eius materiafubtili' Tanquam û omnia quibus eadem aliqua generalis def-

5 criptio conuenit, eadem idcirco fint dicenda. Equus eft animal quadrupes : & lacerta etiam animal qua- drupes : ergo equus & lacerta idem funt. Egregie,

Ad 2. Quandoquidem vult fuftinere fuum fpiritum internum & meam materiam fubtilem efle vnum &

10 idem, habet hic duo contradidoria probanda, nempe idem corpus fubtile vi fuae agitationis effe caufam du- ritiei, quod ille opinatur, & fimul etiam vi fuse agita- tionis effe caufam mollitiei, quod ego, exillimo. Sed mutât quseflionem, & poftquam finxit duritiem effe a

i5 motu maxime veloci, mollitiem vero a motu minus veloci, vult hoc fufficere ad fuum inftitutum ; etfi ego econtra putem motum magis velocem efficere molli- tiem, & duritiem effe a quiète. Additque me hic ojîen- dere potiusvoluntatcm quam rationem dijfentiendi^ , nempe

core par hazard quelqu'autre bus. . . conueait] quas fub eâdem pacquet de luy parles chemins, aliquâ generali delcriptione con- que ie n'y répondray pas vn ueniunt. — 5 après idcirco] ab- feul mot, & que ce feroit peine Iblutè ajouté. — dicenda fmt. perdue de m'en enuoyer dauan- — avant Equus] vt ajouté. — tage. Mais cependant afin que 6 et j après quadrupes] cauda- vous ne penfiez pas que ce foit tum ajouté. — 6 après etiam] faute de fçauoir que dire, que ie eft ajouté. — 7 Egregie omis. m'abftiens de luy répondre. — — 8 Ad 2] Secundo. — 10 duo P. 320, 1. 20, à p. 321, 1. I, m'en hîc contrididoria habet. — vais mettre] mettray. — i de fes 12 quod] vt. — vi etiam. — 10] touchant lesquatrepremiers. i5 maxime] magis. — 16 etfi] — 2 Ad I"'"] Primo. — 4-5 qui- quamuis. — 17 econtra] contra.

a. Page 3oi ci-avant, 1. 16-19.

b. Page 3o2 ci-avant, 1. t5-i6.

Correspondance. III. 41

�� � ^22 Correspondance. m, iss-isg.

quia nolo admittere duo contraria efle vnum & idem. Nunquid ille potius oftendit fibi perinde effe quid fuftineat, modo tantum altercetur.^ Nam quid ad rem, fi eius corpus fubtile idem fit quod mea materia fub- tilis, vel non fit, cum prsefertim, fi effet idem, poffem 5 dicere illum a me effe mutuatum, quia prior fcripfi? Quidque magis ridiculum & impudens, quam quod velit, vt fatear me fentire plane contrarium eius quod re- uera fentio, & mille in locis teflatus fum me fentire, vt fcilicet illi affentiar ? Caetera, quse hic addit funt adhuc lo ineptiora ; & mihi affingit opinionem de caufa duri- tiei, quam nunquam habui, vt nofli ; fed rogo ne plura ex te difcat de meis principijs quam iam novit, nam indignus eft.

Ad j. Credidi illud quod faffus fum, dici pojje^^ ali- i5 quo fenfu poffe intelligi in quo lit verum, fed & alio etiam fenfu, eoque magis obuio, poffe intelligi in quo fit falfum ; ideoque ab iflo loquendi modo abflinui, vt minus apto, & qui ledoribus errandi occafionem prse- buiffet : quae caufa fuit iuftiffima. Ille vero valde in- 20 iuftus eft, quod pro iuftà non admittat, & plane impor- tunus & abfurdus, quod inde velit inferre me rem

I duo] ea, qua* plané. — après 14 nam indignus elt omis. —

contraria] funt ajouté. — 3 al- i5 : S.jtertium. — Credidi illud

tercetur] poilu difputare. — 4- omis. — avajit aliquo] credidi

5 fubtilis]fubtili. — 5 eliet idem] ajouté. — 16 in omis. — fit ve-

idem fit. — poffem] poffim. — rum] verum effet. — 17 magis

7 ridiculum & impudens] ab- obuio] communiori. — in omis.

fonum. — 10 illi] ipfi. — funt] — 18 fit] erit. — 22 & abfur-

non funt. — lo-ii adhuc inep- dus o;«/.y. tiora] minus abfona. — i3-

a. Page 3o3 ci-avant, 1. 25 ; cf. 1. 9.

�� � 10

��i5

��20

���iir, 159-160. CCXXXII. — 4 Mars 1641. 325

non rede intellexiiïe, cum ipfe illam ne nunc quidem intelligat, vtmoxpatebit. Proponitquehic inaniffimam demonflrationis laruam, vt non fatis attendentibus il- ludat. Nam in primis vellem fcire quid fupponat, cum ait^ : Su velocitas ab A verfus B in ratione advelocitatem ab A verfus C, quam habet ipfa A B ad ipfam A C ; hœ ducs velocitates componunt velocitatem quœ ejî a B verfus C. Non enim poteft fuppo- nere pilam ab A moueri eodem tempore verfus B & verfus C ; hoc enim fieri nequit. Sed proculdu- bio voluit dicere a B verfus A, vbi dixit ab A verfus B ; ita fcilicet vt intelligamus pilam moueri a B verfus A fupra lineam BA, dum intérim hsec linea B A mouetur verfus NC, ita vt eodem tempore pila perueniat a B ad A & linea BA ad lineam NC; fie enim motus pilae defcribet lineam BC. Sed forte illa de induftria turbauit, vt aliquid dicere videretur in fequentibus, vbi tamen reuera nihil dicit | quod non fit plane nugatorium. Vtenim probet velocitatem a B ad C componi ex velocitatibus a B ad A & ab A ad C, diui- dit vtramque, dicendo : Quoniam motus ab A ad B (hoc

��W

��2 Proponitque hic inanifli- mam] Audetque hic fpeciem quandam. — 3 laruam] pro- ponere. — fatis attendentibus] intelligentibus, — 4 in primis] primo. — 5 Sit] Sitque. — 1 1 & verfus] &. — 1 3 après dicere] ve-

��locitatem ajouté. — avant^ vbi] & C ajouté. — 1 3- 14 vbi... B ; omis.

— 14 intelligamus] intclligatur.

— pilam] pila. — i5 dum inté- rim] & tota. — 1 6 mouetur] moue- ri. 19-20 in fequentibus o»n's. — 20 vbi] cum. — dicit] dicat.

��a. Page 304, 1. 13-17.

�� � 124 Correspondance. 111,160.

eft a B ad A) componitur ex motibus ab F ad A &<ab > FadB, non conîribueî motus compojîtus A B plus celerita- tis admotum a B verfus C, quant conîribuiî FA, nec A C quant contribuit A E &c. "". Vnde inferre debuilTet B C componi ex FA & AE,nonautem ex B A & AC; atque 5 fie apparuiffet eius nugatio : nam FA & AE idem eft quod BC. Dicere autem celeritatem BC componi ex B A & AC, quia in B A & AC continentur FA & AE, idem eft ac fi diceret fecurim componi ex filua & ex monte, quia filua lignum contribuit ad manubrium 10 & mons ferrum ex ipfoefi'ofilum. Poftque has ineptias, homo fcilicet vrbaniffimus me incufat, tanquam fi quem paralogifmum admififiTem ; fed qua in re ? quaefo : nempe vbi dixi me ifto tam improprio loquendi modo vti noluifife. i5

Ad 4. Hic oftendit fe in eo ipfo errare in quo paulo ante dixit, tîie non timere debuijfe a paralogifmis quos alij pojîea fibimetipfis facerent"; nam per hoc ipfum fibi paralogifmum facit, quod motum determi- natum loco determinationis, quae eft in motu, confi- 20 deret. Ad quod intelligendum notandum eft motum

6 fie... eius] hîc apparet. — verô. — 1 2 incufat] arguit. — i3

6-7 idem... quod] eft ipfa. — fedo;n/5.- 14.1^0 omis. — 16:

7-8 Dicere... AE omis. — 4] quartum. —17 debuiffe ti-

9 idem eft] Idemqu-e egit. — i.rtit. — 18-19 per lioc ipfum]

diceret] probarevellet. — locon- in hoc ipfo. — 19 Paralogif-

tribuit lignum. — 1 1 ipfo efTof- mum fibi. — facit] fingit. —

fum] eius fodinis erutum. — 20 quœ. .. motu ow/s, — 21 no-

Poftque has ineptias] Poft haec tandum] putandum.

a. Page 304, 1. 24, à p. 3o5, 1. i.

b. Page 3o3, 1. 17, à p. Soj, 1. 1 1 .

c. Page ?04, 1. 3-5.

�� � m, i6o-i6i. CCXXXII. — 4 Mars 1641

��P5

��10

��20

��determinatum effe ad ipfam determinationem motus, vt corpus planum eft ad planiciem fiue fuperficiem eiufdem corporis. Nam quemadmodum, mutatâ vnâ fuperficie, non fequitur reliquas mutari, vel plus mi- nufue corporis illis adiungi, etiamfi omnes in eodem fint corpore, ac fine ipfo effe non poffint; ita, mutatâ vnâ determinatione, non fequitur aliam mutari, vel plus minufue motus illi adiungi, quamuis neutra pof- fit effe fine motu. Quam rem fi nofter intellexiffet, non diceret oportuijfe me demonjîrajje quod^ retentâ intégra velocitate ab A ver/us B, im- pojfibile effet pilam promoueri longius in eadem determinatione quam ad £*. Vidiffet enim id ex hoc ipfo effe de- monflratum,quod demonftrarim de- terminationem dextrorfum non effe mutatam, quia non poteft augeri nec minui motus in illam partem, quin tantundem illi de|terminationi accédât vel re- cédât; vt neque potefl corpus in fuperficie mutari, quin etiam fuperficies mutetur. Nec poflea dixiffet : lam verofi deîerminationes illœ fint motus &c.^. Neque enim magis funt motus, quam fuperficies funt cpr-

���I motus determinationem. — 2 eft ajouté après vt, omis apHs planum. — 4 reliquas] alias. — 4-5 minufue omis. — 5 après Corporis] vel minus ajouté. — omnes omis. — 5-6 fint in eo- dem. — 6 & non pofiinte ffe fine

��ipfo. — 8 minufue omis. — après motus] fiue celeritatis ajouté. — 9 Quam rem] Quod. — 1 7 nec] vel . — 20 après mutetur.] Nec tatnen determinatio eft mo- tus, vt neque fuperficies eft cor- pus ajouté. — 22 funt magis.

��a. Page 3o6, 1. 18-21,

b. Page 3o6, L 28-29.

�� � 326

��Correspondance.

��111, 161, 164-165.

��pora ; fed in hoc errauit & paralogifmum fibi fecit, ^uod motum determinatum confiderauit loco deter- minationis motus; vt promiferam me probaturum.

l'aurois honte d'employer du tems a pourfuiure le refte de fes fautes; car il y en a partout de mefme. jC'eft pourquoy ie ne croy pas deuoir iamaisplus ref- pondre a ce que vous me pourriez enuoyer de cet homme, que ie penfe deuoir mefprifer a l'extrême. Et ie ne me lailTe nullement flater par les louanges que vous me mandez qu'il me donne; car ie connois qu'il n'en vfe que pour faire mieux croire qu'il a raifon, en ce ou il me reprend & me calomnie. | le fuis marry que vous & M' de Beaune en ayez eu bonne opinion. Il eft vray qu'il a de la viuacité & de la facilité a s'ex- primer, ce qui luy peut donner quelque efclat; mais

��10

��1 3

��I errauit] fc ipfum fallit. — &... fecit omis. — 2 confi- derauit] confideret. — 3 motus omis. — promiferam] dixeram. — après proba-turum.l Puderet me reliqua eius verba hîc perfe- qui tempufqùe in re tam inutili confumere ajouté. — 4-5 l'au- rois... mefme omis. Suit p. 161, l. 10, à p. 164, l.3o, dans Cler- selier, une traduction française de tout ce qui précède, a partir de Ad 1"'" (p. 32 1, 1. 2). — 6 ne... deuoir] vous promets de ne. — 6-7 répondre iamais plus. — 7 ce" tout ce. — -- 8 cet... l'extrême] luy. — 12 me calomnie] ou il m'impute fauf- fement des fautes. Tous vos amis ont bien parlé de l'arc;

��mais Monfieur de Roberual a confideré le premier moment auquel la flèche commence à fe mouunir, & les autres ont con- fideré celuy auquel elle ceffe d'eltre pouffée par la corde. le fuis. L'exemplaire de l'Institut donne en marge de cette dernière plirase la note suivante : « Ce petit alinéa de 4 lignes doit ejîre tranfporté en qiielqn'autre en- droit et n'ejl point de cette lettre », ce qui est une erreur; voir plutôt ci-après, p. 32 j, l. 5-i' / . — Dans Clerselier, cette lettre est suivie (page i65) d'un fragment tra- duit, que nous en avons détaché, pour former la lettre CCXXXVI ci-après.

�� � CCXXXII. — 4 Mars 1641. J27

vous connoiftrez en peu de tems qu'il n a point du tout de fonds, qu'il a plufieurs opinions extraua- gantes, & qu'il tafche d'acquérir de la réputation par de mauuais moyens. 5 Quoy que M"" de Roberual ne foit pas de ceux qui me fauorifent, la vérité veut pourtant que ie tiene fon parti en ce qu'il dit d'vn grand arc, a fçauoir que, fi la flèche va aufly vifle, lorfqu'elle commence a en par- tir, que lorfqu'elle commence a partir d'vn moindre,

10 elle ira plus loin. Mais notez que ie dis lorfqu'elle commence a partir; car la corde du grand arc, pouifant plus long tems cete flèche que celle du petit, fera qu'elle ira plus ville auant qu'elle la quitte, fi elle a elle aulTy ville au commencement, & en fuite qu'elle

i5 ira plus loin; mais fi on fuppofe que la flèche va éga- lement ville au moment qu'elle s'efloigne de la chorde du grand arc que du petit, elle ne pourra au- cunement aller plus loin, & ainfy vous auez eu, ie croy, tousraifon; mais il a confideré le moment au-

20 quel la flèche commence d'ellre poulTée, & vous celuy auquel elle acheue d'ellre poulTée. Mais ie ne voy point pour quoy il conclud de cela que quod femel motum ejî, /ponte pojîea cejfat moueri, etji non l'mpe- diatur.

2 5 II ell certain que la cheute d'vn fort grand poids aura bien plus de force, pour faire entrer vn pieu en terre, que le mouuement 100 fois plus ville d'vn poids qui n'aura que la centiefme partie de la pefanteur du premier, a caufe qu'elle agira beaucoup plus long

3o tems^

a. Page 212 ci-avant, 1. 6 et suiv.

�� � J28 Correspondance.

le voudrois bien que vous n euflîez point enuoyé de copie de ma Metaphyfique a M' Fermât; & fi vous ne Tauez encore fait, ie vous prie de vous en excufer* fur ce que ie vous ay prié très exprefiement de n'en enuoyer aucune copie hors de Paris, & mefme a Paris 5 de n'en mettre point la copie entre les mains de per- fonne, qui ne vous promette de la rendre; comme en effed ie vous en prie, affin de me retenir la liberté d'y changer ou adioufler tout ce que ie iugeray a propos, pendant qu'elle ne fera point imprimée. Et, lo entre nous, ie tiens M' Fermât pour l'vn des moins capables d'y faire de bonnes obiedions; ie croy qu'il fçait des Mathématiques, mais en Philofophie i'ay toufiours remarqué qu'il raifonnoit mal.

Et enfin ie vous ay enuoyé cet efcrit, pour en auoir i5 le iugement de M" de la Sorbone, & non pour m'arefler a difputer contre tous les petits efprits qui fe voudront méfier de me faire des obiedions. Toutefois fi quelque fierabras s'en veut méfier, a la bonne heure; ie ne refuferay pas de luy refpondre, fi on iuge que ce qu'il 20 propofera vaille la peine d'efi:re imprimé. Pour ceux qui ont fait les premières % ils m'ont obligé; & s'il leur plaifi. de repartir a mes refponfes, ie dupliqueray aufi!y fort volontiers. le ne vous enuoyé pas encore marefponfe a M' Arnaut, partie acaufe que i'ay eu 25 d'autres occupations, & partie aufiTy a caufe que ie ne me veux point hafl;er; mais ie croy pourtant vous les enuoyer dans 8 iours. Et fi tofl: que vous les aurez re-

a. Imprimées sous le titre de Secondes Objections.

b. Réponses aux quatrièmes objections. Elles furent envoyées en deux fois le 18 et le 3i mars 1 641, lettres CCXXXIII et CCXXXV ci-après.

�� � CCXXXII. — 4 Mars 1041. 329

ceaés, ie croy qu'il fera tems de faire voir le tout a M^ de la Sorbone, pour en fçauoir leur iugement & en fuite le faire imprimer, au moins s'ils le trouuent bon, comme i'efpere qu'ils feront. Car ie croy que 5 dauantage d'obieclions ne feruiroient qu'a groffir le liure & le gafter, fi ce n'eft qu'elles foient fort bonnes. Au refte, ie vous prie de ne rien changer en ma co- pie, fans m'enauertir; carilell extrêmement ayfé de s'y méprendre, & il m'arriueroit bien a moy mefme

"o que, regardant les périodes chafcune a part, comme on fait pour mettre les poins & virgules, ie prendrois quelquefois vn fens pour l'autre. Ainfy, ou vous me mandiez, il y a i ^ iours, que vous auiez mis intelligere pour adipi/cï, ou font ces mots reliquas Dei perfe-

» 5- éîîones adipifci ^, i'ay vu depuis l'endroit par hafard ; ie croy que c'efl en la j^ méditation, & ie trouue qu'il y faut adipifci; car i'ay dit deuant que, Ji a me ejfem, non modo pojfem intelligere, fed pojfem reuera mihi comparare Jiue adipifci omnes Dei perfecliones.

20 Nota. — le vous prie auffy de corriger ces mots, qui font en ma refponfe a lapenultiefme des obiec- tions du théologien'^ : Deinde quia cogitare non pof- fumus eius exijîenîiam ejje pojffibilem^ quin Jîmul cogi- temus aliquam dari pojfe potentiam cuius ope exijlat,

»5 illaque potentia in nullo alio ejî intelligibilis quam in eodem ip/o ente fumme poîenti, omnino concludemus illud propria fua vi poJfe exijlere, &c.; & de mettre feulement ceux cy en leur place : Deinde quia cogitare non pojju-

a. Voir i'" édit., p, 5i ; et 2* édit., p. 42-43.

b. Nota est écrit en marge et de la main de Descartes.

c. Les Premières Objections, celles de Caterus.

Correspondance. III. 42

�� � j jo Correspondance.

miis eiiis cxijîentiam ejfe pojfibihm^ quin Jimul etiam, ad immenfam eiiis potentiam attendentes, agnofcamus illiid propriâ fiiâ ri pojje exijîere &c. Mais ie vous prie de les corriger tellement, en toutes les copies, qu'on n'y puiffe aucunement lire ny déchiffrer les mots cogi- 5 îemiis aliquam dari pojfe potentiam cuius ope exijîat, il- laque potentia in nullo alio ejî intelligibilis quam in eodem ipfo ente fumme pote?iti, omnino concludemus ^. Car plufieurs font plus curieux de lire & d'exa- miner les mots qui font effacez que les autres, afiin lo de voir en quoy l'autheur a creu s'eûre mefpris, & d'en tirer quelque fuiet d'obiedions^ en l'attaquant ainfy par l'endroit qu'il a iugé luy mefme eftre le plus foible.

Et, entre nous, ie croy que c'efl la caufe qui a fait i5 que M"^ Arnaut s'efl fort areflé fur ce que i'ay dit que Deus ejî a fe pofitiué^ \ car ie me fouuiens que, de la fa- çon que ie fauois efcrit la première fois, il efloit trop rude; mais ie Fauois tellement corrigé par après & adouci, que, s'il n'euft leu que les corrections, fans 20 s'arefler auffy a lire les mots etfacez, il n'y euil: peut- eftre rien du tout trouué a dire; comme, en effect, ie croy qu'il n'y a rien qui ne foit bien, ^^ vous mefme, quand vous le leufles la première fois, vous me man- daftes que vous le trouuiez rude; e^ a la fin de la 25 mefme lettre, vous m'efcriuiez qu'après l'auoirreleu, vous n'y trouuiez rien de mal; ce que i'attribuë a ce que vous auiez pris garde, la première fois, aux mots qui n'y font que légèrement effacez, au lieu qu'a la

a. La correction a été faite. Voir 1"= édit., p. 157, et 2^ édit,, p. 128-129.

b. Voir I'* édit., p. 145-146, et 2« édit., p. 1 19.

�� � CCXXXII. — 4 Mars 1641. jji

2^ fois, vous ne confideriez que les corredions. Mais i'expliqueray cela & le refte plus au long, en ma ref- ponfe a M"" Arnaut, lequel m'a extrêmement obligé par fes obiedions; & ie les eflime les meilleures de 5 toutes : non qu'elles preffent dauantage, mais a caufe qu'il efl entré plus auant qu'aucun autre dans le fens de ce que i'ay efcrit, lequel i'auois bien preuù que peu de gens atteindroient, a çaufe qu'il y en a peu qui veuillent ou qui puiiTent s'arefter a méditer.

10 le fus fi preiTé de vous refpondre/ lors que i'eu receu voflre pacquet^ il y a 1 5 iours, que i'oubliay tout a fait la lettre de M"" de Beaune, que vous mauiez enuoyée. le vous prie de l'afTurer que ie fuis extrême- ment fon feruiteur^ & que ie fuis bien glorieux du

i5 tefmoignage qu'il rend de ma Géométrie; car ie croy qu'il eft en cela plus croyable luy feul, vu la preuue qu'il en donne par la folution de toute forte de pro- blefmes, que ne feroit vn milion de tels que ceux qui l'ont blafmée, vu qu'aucun d'eux n'y a rien entendu.

20 Pour les lunetes, ie m'eftonne de la difficulté qu'il trouue pour le cofté plat; car ie croy que, fi le con- uexe efloit aufTy exaclement taillé que la fuperfîcie plate de tous les miroirs, nous aurions des lunetes très excellentes*. Le tourneur qui auoit commencé icy

25 a y trauailler '^ n'en eft pas venu a cela près ; car il n'a pu tailler aucun verre qui ne paruft a l'œil plus efpais d'vn cofté que d'autre, ou qui n'euft deux centres & vne infinité de cercles; & toutefois il en a fait qui,

a. Par la lettre qui précède, du iS février 1641.

b. Voir ci-avant p. 2S6, 1. 7.

c. Cf. T. II, lettre CXLIV, p. ^j3.

�� � jj2 CORRFSPONDANCE.

tous troubles & mal taillez en cete forte, faifoient autant que les lunetes ordinaires. Si ic fufl'e allé en France, nous euffions peut-ellre fait enfemblc quelque chofe ; nnais il ell imponiblc par letres, a caufe que les petites ditHcultez ne fe peuuent efcrire. 5

le vous remercie de Fauis que vous me donnez du Confciller & de l'autre", qui me veulent venir vifiter; i'ay vu & connois le premier de réputation, il y a long tems.

I'ay encore du tems & du papier; mais ie nay plus lo de matière, finon que l'hyuer recommence en ce païs, & il a tellement neigé cete nuit, qu'on fe promène icy maintenant en traineaux par les rues. le fuis.

Mon Re" Père,

Voftre très humble & très i5 obligé & aftedionné feruiteur,

DESCARTES.

De Leyde, ce 4 mars 1641 .

Page 328, 1. 3. — C'était déjà chose faite, ou Mersenne ne tint pas compte de la recommandation de Descartes. On lit, en effet, dans une lettre que Bonnel, médecin et mathématicien de Montpellier, écrivit plus tard à Mersenne, le 2 juillet 1646, le passage suivant, à propos des ou- vrages du philosophe :

« I'ay aussi sa Métaphysique, que i'auoy desia veue a Thoulouse, lors D que vous l'enuoyastes manuscripte a Monsieur de Fermât, pour vous en » dire son jugement; ce qu'il ne fist point, aprehendant quelque response » fâcheuse, comme celles qu'ont receu Monsieur Gassendi et quelques

a. « L'autre » est sans doute l'abbé Picot, dont il est question plus loin, lettre CCXXXIII (page 340, 1. 3), et qui sera, en effet, à Leyde l'été de 164! (voir ci-après lettre CGXLIV du 23 juin, n" 10). Quant au Con- seiller qui devait l'accompagner, ne serait-ce pas M. des Barreaux, qui vint aussi visiter Descartes ce même été? [Baillet, II, 176.)

�� � CCXXXII. — 4 Mars 1641. jjj

» autres, pour en auoir donné librement leur aduis. Je la leus auec i> le Père Bonnaduanture, pour lors supérieur et gardien au couvent a des Capucins de Thoulouse, personnage doué d'vn excellent sçauoir et » d'vne rare vertu, et qui me faict l'honneur de m'aymer. Et nous ju- » geasmes tous d'vn accord qu'il faloit laisser a cest autheur librement » estaler ses pensées, sans le choquer ni luy contredire, de peur de l'irriter a hors de propos, chascun deuant estre libre de produire le talent que » Dieu luy a desparti, et face mieux qui pourra. >3 (Bibl. Nat., MS. fr. n, a. 6206, f. :sS, p. 244.)

Citons, par contre, l'opinion de Descartes sur Fermât, exprimée aussi dans une conversation familière à Endegeest (c'est-à-dire entre le i" mai 1641 et le i" mai 1643). Schooten la rapporte à Christian Huygens, lettre du 19 sept. i658 :

« In Fermatianis ubique aliquid istius Nationis redolere mihi videtur, » nimirum, ipsum Vasconem esse; ita ut non abs re Dominus des Cartes, » cum e Gallia redux ipsum Endegestœ inviserem, eidemque inter deam- » bulandum narrarem plura egregia a Fermatio fuisse inventa, de quibus » multum gloriabatur, tune responderit mihi : Monsieur Fermât est Gas- » con, mqy non. Il est vray qu'il a inventé plusieurs belles choses particu- » Itères, et qu'il est homme de grand esprit. Mais quant à moy, j'ay » tousjours estudié à considérer les choses fort généralement, afin d'en » pouvoir conclure des Reigles, qui ayent aussy ailleurs de l'usage, n (Œuvres complètes de Huygens, II, 221-222.)

Page ??i, 1.24. — Sur cette question de pratique, Descartes se trom- pait, et l'on a finalement préféré les lentilles biconvexes ou biconcaves à celles qui ont une face plane. Citons à ce sujet un passage d'une curieuse lettre écrite par Tito Livio Burattini à Ismaël Boulliau, de Varsovie, le 7 octobre 1672, et publiée par Libri {Histoire des Sciences mathéma- tiques en Italie, Paris, 1841, I, p. 318 à 228), puis par A. Favàro (/«- torno alla vita ed ai lavotH di Tito Livio Buraitini, Venise, Ferrari, 1896, p. 126-129).

« . . . e sapi ancora che per fare una superfîtie piana non si puô perfet- I) tionare se non se ne fa tre nel medesimo tempo e tutte perfettissime, e » questo basta d'accennare ad un gran Mathematico come è V. S. Le sfe- » riche, tanto concave quanto convesse, sono infinitamente più facili a » farsi, ma le piane sono assai più dificili ».

�� � j j4 Correspondance. m, 596,

CCXXXIII.

Desca'rtes a Mersenne.

Leyde, 18 mars 1641. Autographe, Bibliothèque Victor Cousin, no 6.

Variantes d'après le texte de Clerselier, t. III, lettre iog,p. 5g6- 600. Cette lettre était la 3g' du classement général des MSS. de La Hire [sur l'exemplaire de l'Institut, le numéro 3g est récrit au-dessus de 45 c, qui est barré, et que porte encore l'original); c'est le n° [33) du classement de Poirier.

Mon Reuerend Père,

le vous enuoye enfin ma refponfe aux obiedions de M*" Arnaut", & ie vous prie de changer les chofes fumantes en ma Metaphyfique, affin qu'on puifle con- noiflre par la que i'ay déféré a fon ingénient, & ainfy 5 que les autres, voyant combien ie fuis preft a fuiure confeil, me dient plus franchement les raifons qu'ils auront contre moy, s'ils en ont, & s'opiniaflrent moins a me vouloir contredire fans raifon.

La première correélion efl in Synopjî ad ^"" Med.^ \o après ces mots : quam ad reliqua intelligenda, ou ie vous prie d'adioufter ceux cy : [Sed ibi intérim ejl aduer- tendum nullo modo agi de peccato vel errore qui commit-

3 M' Arnaut] Monfieur Ar- quartam Meditationem. — 12 nault. — 4 en] dans. — 9 vou- comme 5 et 9, p. 335, les signes[] loir omis. — 10 : 4"'" Med.] manquent.

a. Voir ci-avant, p. 328, 1. 25.

�� � 111,596-597- -CCXXXIII. — i8 Mars 1641. ^5 y

titur in perfequutione boni & mali, fed de eo tantum qui contingit in dijudicatione veri & falji. Nec ea fpeclari quœ ad /idem pertinent vel ad vitani agendam, fed fpecu- latiuas tantum & foliiis luminis naturalis ope cognitas 5 veritates.'\^ & de les enfermer entre ces fignes [], affin qu'on voye qu'ils ont ont efté adiouilez'^.

2. Dans la 6 Med., page 96, après ces mots : ciim authorejii meœ originis adhiic ignorarem, ie vous prie de mettre : [vel faltem ignorare me fingerem\. aullv entre

10 ces fignes []^.

j. Puis en ma refponle aux premières obiedions, ou il eft queftion an Deux dici pojjit ejje a fe vt a caufd, a l'endroit ou font ces mots : Adeo vt fi putarem niillam rem idem quodammodo eJJe poffe erga fe ipfam. &c.. ie

'5 vous prie de mettre a la marge : Notandum e/î per Iktc verba nihil aliud intelligi, qitam quod ahcuius rei ej/en- tia talis ejfe poJJit vt nullci caufd efficiente indigeat ad exijîendiim'^ .

4. Et vn peu plus bas, ou font ces mots : Ita, etiamfi

20 Deus nunquam non fuent. quia tamen ille ipfe ejî qui le reuera conferuat, &c., de mettre auIÎV a la marge ; Notandum etiam hic non intelligi con/eruationem qux

5 entre... []] dans vne pa- (^ Med. lixiéme .Méditation. — ■

renthefe. — -le numéro 2, ainsi u-10 entre... en parenti"iei"e.

queles suivants 3, 4, etc.. inscrits 11 en dans. — 2 i a/vés iScc.j le

en inarge dans l'autographe, vous prie ajouté. — aulVi de

manquent dans Clerselier. — mettre.

a. Voir i" édit., p. 5-6. et 2' cdit.. p. 4-5.

b. L'addition a été faite, !•• édit.. p. '16. et a*' édii.. p. 79, mai> -aa^ ctre mise entre crochets, ni dans l'une ni dans l'autre.

c. Addition faite, non pas à la marge, mais entre crucheir. daiu la 1" édit., p. 142. omise entièrement dans la 2'. p. i 16.

�� � j j6 Correspondance. m, 597.

/îat pcr pofiliuum vlluiii caufœ cfîcientis influxum ; fed tantum qiiod Dei ejfentiajît tcilis vt non poj/ît non femper cxijiere ■'.

^ . Et trois lignes plus bas, ou font ces mots : Elfi enim ij qui pu tant impojfibile ejje vt aliquid Jit caufa effi- 5 ciens fui ipfius, non foleant, &c., ie vous prie de cor- riger ainfy le texte : Etjî enim ij qui non nifi ad pro- priam & Jlriclam efficientis fignificationem attendantes cogitant impojjibile eJJe vt aliquid Jit caufa ejfficiens fui ipfïus, nullumquc hic aliud caufœ genus efficienti ana- 10 logum locum habere animaduertunt, non foleant^ &.c.^. Car mon intention n'a pas eflé de dire que aliquid poteft effe caufa efficiens fui ipfius^ en parlant de efficiente proprie diclâ ; mais feulement que, lors qu'on demande an aliquid pojfit effe a /ê, cela ne fe doit pas entendre i5 de efficiente proprie diclâ, quia nugatoria effet quœflio, comme i'ay dit; et que l'axiome ordinaire deTEfcliole : Nihil polejî effe caufa eff ciens fui ip fus, efl caufe qu'on n'a pas entendu le mot a fe au fens qu'on le doit en- tendre. En quoy ie n'ay pas voulu toutefois aperte- 20 ment blafmer l'efchole.

6. le vous prie auiîV de n'oublier pas la corredion dont ie vous ay efcrit en mes précédentes, pour la fin- des mefmes refponfes, ou font les mots : Deinde quia

16 quiix" Parce que. — 17 ria (/. 16). — 23 enl dans. — comme i'av dit avant nugato- 24 les] ces.

a. .Addition faite entre crocliets. f»^^ édit.. p. 14?, telle que l'indique Descartes \Jhixum, pour iii/liixum, est corrige dans ïerraia); sans cro- chets, dans la 2" édit., p. 117, et avec ce début : Uhi tameii est iiotandum...

b. Addition laite, l'^édit.. p, 144, et 2 édit., p. 117.

c. Voir i'« édit.. p. 142. et 2' edit., p. 1 16.

�� � 111,597-598. CCXXXIII. — 18 Mars 1641. j)j

cogitare non poffiimus, &c.". Car pendant que mon ef- crit n'eft pas imprimé, ie penfe auoir droit d"y changer ce que ie iugeray a propos.

le penfe auiïy auoir quelque droit de defirer que 5 dans les obiedions de M. Arnault, vers la fin de celle ou il examine an Deus fit afevt a caufâ, & il cite de mov ces paroles : Adeo vt Ji putarem niillam rem idem ejfe po[fe ergafeipfani &c., qu'on mift: idem quodammodo ejfe, &c. Car ce mot quodammodo, qu'il a oublié, change

10 le fens, & il eft, ce me femble, mieux que ie vous prie de Tadioufter dans fon texte, que fi ie l'accufois en ma refponfe de n auoir pas cité le mien fidellement ; outre qu'il femble ne lauoir omis que par oubliance. Car il conclud : Ciim euidentijffimum Jît nihil vllo modo

«5 erga fe ipfum &c., ou fon vllo modo fe raporte a mon quodammodo ^.

le pourroisen mefme façon vous prier, au commen- cement de la mefme obiedion, ou il cite de moy : Ita vt Deus quodammodo idem prœjlet refpeclu fui ipfius, &c.,

20 de mettre : lia vt liceat nobis cogitare Deum quodam- modo idem prceâare &c., comme il y a dans mon textes Et vn peu plus bas, ou il me cite que efficientis fignificatio non videtur ita ejfe rejlringenda'^ . il omet la principale raifon que i'en ay donnée, qui eft que nuga-

6 &] & où. — 1 1 en' dans. ces mots ajouté. — 20 après de — 17 après prier] de mettre mettre] dis-ie, ceux-cy ajouté. ajouté. — 18 après de moy] ■. — 22 après citcl difent ajouté.

a. Voir plus haut, p. 329, 1. 22.

b. Quodammodo a été rajouté, i'« édit., p. 297, et 2" édit., p. 246.

c. La rectification n'a été faite ni dans la T" édit.. p. 290, ni dans la 2», p. 240.

d. Voir \" édit., p. 291, et 2« édit., p. 241. Cf. plus haut, p. 336, art. 5,

CoRRESPONT'.'iNCE. III. ^^3

�� � j}8 Correspondance. m. .v,s-3,,o.

toria qux/lio effet &c., S: raporte feulement lu moins principale. Mais i'ay remédié a cela tout doucement par ma refponfe; c'eft pourquoy il importe moins de le changer, c^: il ne le faudroit pas faire fans fa per- miffion. 5

le viens a voftre dernière du 2 Mars que iay receuë il y a 8 iours, car ie n'ay point eu de vos lettres a ce vovage. Vous y parlez de l'opinion de l'Anglois' qui veut que la reflexion des cors ne fe face qu'a caufe qu'ils font repoulîez. comme par vn reffort, par les 10 autres cors qu'ils rencontrent. Mais cela fe peut ré- futer bien ayfcment par l'expérience. Car s'il elloit vray, il faudroit qu'en prelfant vne baie contre vne pierre durcauffy fort qu'elle frape cete mefme pierre quand elle eft ietée decontrc, ccte feule prelfion la puil faire bondir aufly haut que lors qu'elle eft ietée. Et cete expérience eft ayfée a taire, en tenant la baie du bout des doigts, <1 la tirant en bas contre vne pierre qui foit lî petite qu'elle puiiîe eftre entre la main Oc la baie, ainfy que la chorde d'vn arc de bois eft entre la main & la flèche, quand on la tire du bout des doigts pour la décocher; mais on verra que cete baie ne reiallira aucunement, fi ce n'eu peut eftre fort peu, en cas que la pierre fe plie fort fenfiblement comme vn arc. Et pour leur faire auouer que la baie ne s'arefte en aucune façon au point de|la reflexion, il leur faut faire conflderer que, fi elle s'areftoit quand la reflexion fe fait iuftement a angles droits,

6 : 2! deuxième. — 7 • «^ clic. — lô après ietée^ contre huit. — 1 3 dccofitre' contre ly'nnU'.

a. Hi.bh.'v.

��I )

�� � m. 3ç,Q. CCXXXIII. — i8 Mars 1641. 5^9

elle deuroit aulî'y s'arelter quand ils font tant loit peu moindres, & ainfy pardegrez, encore qu'ils l'oient les plus aigus qui puiffent élire; car il n'y a pas plus de raifon pour Tvn que pour l'autre. Mais ces angles plus 5 aigus font les angles de contingence, qui fe trouuent en tous les poins imaginables qui font en la circonfé- rence d'vn cercle, en forte qu"il faudroii imaginer que, lorfqu'vne baie fe meut en rond, elle s'arefte en tous les poins de la ligne qu'elle defcrit; ce qui ne fe

10 peut foutenir que par vne opiniaflreté ridicule, fi ce nefl qu'on auouë auify qu'elle s'arefte en tous les poins de fon mouuement, quand elle va en ligne droite; car on ne voit point quelle aille notablement plus vifte en droite ligne qu'en rond. Et û on veut

i5 qu'elle s'arefte en tous les poins de fon mouuement, ce n'eft rien de particulier de dire qu'elle s'arefte auft\- au point de reflexion; cl' il leur faut expliquer la caufe qui luy fait reprendre fon mouuement, après qu'elle l'a perdu, en chafcun des poins ou elle s arefte,

20 ainfv qu'ils prétendent la donner, par leur reft'ort, de ce qui luy fait reprendre au point de la reflexion. Mais ie ne me fouuiens point d'auoir dit que fes con- clufions touchant la refradion fuiuifl"ent mal de fes fuppofitions"; car, en etfecl, ie croy qu'elles fuiuent

25 bien, & il n'eft pas malayle de baftir des principes abfurdes dont on puilTe conclure des veritez qu'on a apprifes d ailleurs. Comme fi ie difois : omnis equus ejî rationalis, omnis liomo eft equus. ergo omnis homo e/î

20-2 I de ce qui^ qui le.

T. Ct'. plus haut, p. ? 18. 1.2 à -.

�� � 340 Correspondance. m, 599-600.

raiionalis; la conclufion elt bonne k.<; l argument eft en forme, mais les principes ne valent rien.

ie fuis bien ayfe que M' Picot ait pris quelque goult en ma Met.; car vous fçauez qu'il y a plus de ioye dans le ciel pour vn pécheur qui fe conuertifl:, que 5 pour mille iuftes qui perfeuerent.

le vous laifTe le foin de tous les titres de ma Meta- phvfique; car vous en ferez, s'il vous plaift, le par- rain. Et pour les obieclioiis, il eft fort bon de les nommer r^' obiccliones, js'*' obieclio?ies, &c.,&. après, de 10 mettre Refponfw ad obiccliones, plutoft que Solutiones ohieclionum, affin de lailVer iuger au lecleur fi mes refponfes en contienent les folutions ou non. Car il faut laiffer mettre Solutiones a ceux qui n'en donnent que de fauftes; ainfy que ce font ordinairement ceus i5 qui ne font pas nobles, qui fe vantent le plus de l'eftre".

le ne vous enuoye pas encore le dernier feuillet de marefponfe a M' Arnaut, ou {'explique la tranfubftan- tiation fuiuant mes principes: car ie defire aupara- uant lire les conciles fur ce fuiet, & ie ne les ay en- 20 core pu auoir^. le fuis. Mon R"'* Père,

Voftre ires obligé &. très obeiirant • feruiteur. descartes. De Leyde, ce 18 Mars 1641. 2S

3 M Picotj Monlîeur Petit. — iN .Monlieiir Aniault. — — 4 Met," .Metaphyfiqiie. — 2 1 auoir voir. — 22-2.^ Mon... 10: I] priijix. — 2-^] fccmuiiV. 1 6^1 omis.

a. Mersonne s'est conformé au dcsir de Descartes : dès la i" édit., V Index donne partout Responsioncs.

b. Voir i"édit.. p. 347034, et 2" édit.. p. 285-294. Cette seconde partie sera envovee le .•^i mars, lettre CCXXXV ci-après.

�� � CCXXXIV. — jo Mars 1641. J41

��CCXXXIV.

HOBBES A MeRSENNE POUR DeSCARTES. Paris, io mars 1641.

MS., iJibl. Nat., l'r. n. a. 0200. f. i-3.

Insérée au 3"^' volume des Lettres MSS. à Mersenne; elle est écrite d'une autre main que celle de Hobbes, mais signée de lui, avec quelques coirections et additions de sa main. C'est la réponse de Hobbes à une partie de la lettre CCXXXII, du 4 mars précédent {p. Siâj, dont Mersenne lui avait donné connaissance. Descartes v fera quelques répliques, lettre CC XXXVI ci-après, du 21 avril.

Reiierende Pater.

Sic ais : quoniam tu facis motum velocem lui fpiri- tûs caufam duritiei, ille verô motum fuse materise fub- tilis caufam mollitiei,& eius quietem caufam duritiei,

5 ideo me non idem intelligere per fpiritum, quod ille per materiam fubtilem^ Quœ argumentado fimilis ejî ac fi quis diceret : ejî qui putat Dominum de Cartes opti- mum Philofophum, ejl qui putat contrarium, ergo illi non intelligunt eundem Dominum de Cartes. Credere

10 nullo modo pojjfutn, quod fit tua. Ergo fpiritûs nomine pojfutn & volo intelligere corpus fubtile, & vocem eam fpiritûs eo modo dejinio. Is, fi vult fuam materiam ejfe corpus, & fuum fubtile ejfe fubtile, necejjario vult idem ejfe quod ab rtrifque diuerfis nominibus fignificatur. Si

i5 non vult, non repugno.

a. Ct. ci-avant, p. 'i'2i. 1. 8 à i3.

�� � }42 Correspondance.

Quod dicis, non fuifle opus tanta circa hanc rem altercatione, confentio. Sed altcrcatio hœc ab illo, ficut ipfe nojli, profecla ejî. Quod aiilem aïs, me potuifle hy- pothefim eam ab ipfo qui prior fcripferat mutuaffe ^ /pero te tejlem mihi futurum ejje, me feptem abhinc annis^ 5 cum tecum in domo vejîrâ dijfereretn pn'mùm, de reditu arcûs^\ pîw fente Domi'jio de Beaitgrand, pro ratione ad- duxiffe motiim illum internum queni ibi fuppoftii fpiri- tuum. lam vero monitus, hoc dicere apud te amplius habeo, me doélrinam illam de naturd & produéîione lu- lo minis, & foni, & omnium Phantafmatum Jîue idearurît, quavi Dominus de Cartes nunc refpuit, explicajfe coram Dominis fratribus excellentij/îmis, Gulielmo Comité de Nen'cajhll & Carolo Cauendifh Equité aurato, communi nofîro amico, anno i6jo. Quod ideo dico, ne is eam doc- i5 irinam aliquando agnofcens, fundatam ejfe dicat princi- pijs fuis. Nx illius principia nullafunt, neque opus habet fundatnentis. qui vi ingenij in aère ipfo œdificare potejî quidquid vulf.

Quod attinet ad difputationem de differentià inter 20 motum determinatum & determinationem motûs '^, video necejfarium eJfe vt fententiam meam apertiiis & ex- plicatiùs ojïendam, quant haclenus faclum eJî.

Primiim igitur fciendum eJî quod,Jicut omnis homo eJî vel Petrus vel Socrates vel aliquis indiuiduorum, vtcunque 25 vox hœc Homo rox communis fit {yna nempe quinque vocum quas- déclarât Porphyrius in Ifagoge ad Artem\

a. Ci-avant, p. iiz. I. d.

b. Cf. lettre LI\'. Ju i5 mal 1634, l, I, p. 29^. 1. 9. Voir aussi ib., p. 58o-58i, additions.

e. Ci. Discours iic la Mctliu.ic. p. 4?. d. Ci-avant, p. 324. 1. 19, à p. 326. 1. ?.

�� � CCXXXIV. — ^o Mars 1641. 343

ila qiioque motus omnis ejî vel hic vel ille, motus nempe determinatus per- terminos a quo & ad qiiem. Vt igitur Sacrales & honio nonfunt duo homines, nec duœ res, fed vnus homo fub duabus appellation/bus [naju quœ res no- 5 mine Socratis, eadem & nomine hominis appellata ejîj, ita motus & motus determinatus vnus funt motus, & ma res fub duobus notîiinibus.

Secundo, fciendum ejîquod caufa efjîciens cuiufcunque motus propojîti, ejl caufa ejfîciens quoque per quam motus

10 ille fie detenninatur, ita vt motus determinatio. acliuè

fumpta,fit aclio mouentis per quam fertur patiens verfus

vnam partem potiiis quam verfus aliam. Quodfi aliquando

vox hœc Determinatio motûs fignificet pafjiuè, hoc eJî

aliquid in patiente, tum idem valet quod effe fie motum.

i5 /îoc e// determinatè motum, & in hoc fenfu motus de- terminatus & determinatio motus idem funt.

lam Dominus de Cartes, vbi dicit me decipi in eo quod motum determinatum dixerim loco determinationis quae ell; in motu\ intelligit determinationem vt in cor-

20 pore moto & pajjiuc. & fie idem efî motus determinatus

& determinatio motùs. Quouiodo autem intelligit ille

determinationem elfe in 7notu? Num vt in fubieclo? Ah-

furdum ejl, quia motus cjl accidcns; ficut abfurdum effet

dicere Albcdinem elfe in colore, quanquam albedo talis de-

2 3 tcrminatioft coloris, qualis motûs determinatio efî moueri dextrorfum vel finifirorfum. Sed quantumuis abfurdum fit determinationem effe in motu, vt accidens in lubiedo, ab eo tamcn Dominus de Cartes non ahjlinuit; nimirum, quia dixit motum determinatum ejfe ad ipfam deter-

3o minationem motûs, )'? corpus planum e/l ad planitiem

a. Ci-avaai. p. 32_j, I. iw-io.

�� � j44 Correspondance.

fiue fuperficiem eiufdem corporis  ; nam planities ejî in corpore vt in fubieclo. Sed comparatio debebat ejjc huiufmodi : motus determinatus eJî ad ipfam determi- nationem motùs, vt fuperficies determinata {hoc eJÎ plana vel rotunda &c.) ad determinationem luperficiei 5 (//oc e/? ai planitiem, rotunditatem, &c.). lain tantun- dem differet fuperficies plana a planifie fuperficiei, quantum motus determinatus a determinatione motûs. Neque id quod dicis pojleà : quemadmodum,mutatâ vnà fuperficie, non fequitur reliquas mutari, ita mutatà lo vnâ determinatione non fequitur aliam mutari^, quic- quam valebit; nam accidentium in fubieélo [quales funt duce diuerfœ fuperficies) aliud perire, aliud manerepo- tejî. Sed quando vnum eJï tantum accidens fub duobus nominibuS; vt vnus motus fub nominibus motùs deter- i5 minati 6' determinationis moins, Jî quod Jignijîcatur ab vno nomine périt, périt id quoque quod Jignijîcatur ab aller 0.

Tertio, animaduertendum eji motum vnum non pojfe habcrc duas determinationeS; nam in figura afcriptâ, 20 fit A corpus quod incipiat moueri ver- fus C, viam habens reclam A C. Si quis dicat mihi moueri A pcr viam reclam ad C, is determinauit mihi motum illum ; ipfe enim eandem viam défi- 25 gnare pojfum, vt vnam & certam. Sed fi dicat moueri A per reclam viam ver fus reclam DC, non mihi huius motûs determinationem commonfirauit, quia via' taies infinitœ funt ; non funt igitur motus ab AB verfus DC,

a. Ci-avant, p. 325,1. 1-2.

b. Page 335, 1. 3 à 7.

��� � �CCXXXIV. — jo Mars 1641. ^45

& ab A D ver/us BC, determinationes vnius motus cor- poris A ver/us C, fed determinationes duorum motuum duorum corporum quorum vnum procedit ab AB ad DC, alterum ab AD ad BC. 5 Quarto, ojîendendum ejl quomodo motus duo deter- minati, quorum vnus ejî corporis longitudinem habentis A B, moti perpendiculariter ad D C, alter corporis longi- tudinem habentis AD, moti lateraliter ad BC, efficiant motum corporis pofiti in A , determinatum ab A ad C.

10 Suppofito ergo A B ferri ad DC perpendiculariter in vno minuto temporis, item A D ferri ad BC < lateraliter > in eodem minuto temporis, fequetur ad Jinem illius

i5 minuti temporis dati corpus A ejje

alicubi in DC & alicubi etiam in BC; erit ergo in C vbi BC & DC concurrunt. Et quoniam AB, A D & A faciunt eodem minuto temporis fpatia AD, AB, AC, erunt velocitates quibus feruntur A B, A D, A, in ratione

20 recîarum AD, A B, AC.

Quintd, notandum eJîquod,Jiue moueaturA ver/us C ab mis duobus motoribus A B, AD, quafi a duobus ventis, vel ab vno tantum motore, tanquam venta qui fpiraret ab F, femper ipfe juotus, effeélus ab A verjus C, idem erit, &

25 eafdem femper habebit proprietates.

Pojlremo, confiderandum efi, quia duo motus corporum AB&AD conf erunt fuis velocitatibus velocitatem qua fertur corpus vnum A, quant partent celeritatis confert^ motus vterque feorfim . Patet autem quod îtiotus corporis

a. Lire conférât ? — Le raisonnement qui suit. p. 346, est erroné. Correspondance. III. 44

�� � �^46 Correspondance.

A B ver fus DC non confert corpori A lolatn fuam veloci- laîein. ncquc motus corporis A D verfus BC totamfuam; nain aller alterum impedit, ne pojfit proximâ via pergere qua cœperant, alter ad D C, alter ad BC. Qucvrendum ejï igitur qua pro- 5 portione vîriufque A B & A D vis minuatur, Ducatur a D ad A C per- pendicularis DE. Dico motum per- pendicuhuem ab A B deorfum conferre motui corporis A verjus C celeritatein , quanta Jufficit ad mouendutn lo ipjuni verfus C ad fpatium quantum ejl A E; motum autem hiteralem corporis A D conferre celeritatem motui cor- poris eiufdem A, quanta Jufficit ad portandum ipfum ad fpatium quantum cjl EC. Qitoniam enim celeritas qua fertur AD lateraliter, ejl ad celeritatem qua fertur A B i5 pcrpendiculariter, vt recla A B ad reéîam A D, vt J'upra oflcnj'um e/l, funt autem reclœ A D & AB inter fe vt A E & E C, erit celeritas lateralis corporis A D ad cele- ritatem perpendicularem corporis A B, vt A E ad EC. Et. componendo, vt celeritas vtraque, lateralis & per- 20 pcndicularis, ad celeritatem perpendicularem folam, ita vlraquc recla AE & EC fimul ad vnam reclam A E. Quoniam igitur vtraque fimul celeritas, lateralis & per- pendicularis, mouct corpus A per fpatium A C in vno viinuto, celeritas peripend[cula.nsJ'ola fuffiiciet ad mouen- 25 dum corpus A eodcm minuto per fpatium prœcifc tantum quantum ejî A E : cddem ratiojie celeritas lateralis fola fufficicl ad moucndum corpus A per fpatium prœcifè tan- tum quantum cjl EC in eodcm minutojecundo. Atquc hoc cjl qiiod volui, cum diccrcm celeritatem corporis A verfus 3o C componi ex duahus cclerilatibus, AE & EC nimirum

�� � �CCXXXIV. — jo Mars 1641. J47

diminutis in compofitione, non ex celeritatibus integris AD&AB\

Atque hoc, eo injîituto, volui demonjlrare, quia Do- minus de Cartes inferebatex meâ fententiâ falfam confe- 5 quentiam, nempe in motu fie eompofito euenire abfurdum quod fequitur. Ponamus pilam ab A ferri dextrorfum vno gradu celeritatis, & deorfum vno gradu celeritatis, perueniet ad B duobus gradibus celeritatis, eodem tempore quo

10 alia, quae ferretur etiam dextrorfum vno gradu celeritatis & deorfum duobus, per- ueniet ad G tribus gradibus celeritatis ; vnde fequeretur lineam AB effe ad li- neam AG vt 2 ad ), quse tamen eft vt 2 ad I//0.

i5 Sed ex demonjlratione fupra proximè allatâ, fatis clarè, opinor, confiât quod celeritas ab A ad B non erit, ex meis principijs, ad celeritatem ab A ad G vt 2 ad 3, fed vt 1/2 ad [/ 5, quœ ejî ipfarum linearum A B ad A G proportio, atque eadem cum ratione 2 ad [/ 10.

2o Nam celeritas ab A ad B ad celeritatem ab A ad G non eji vt compojtta ex A H & H B ad compofitam ex AH &^ H G, fedvt fubtenfœ ipfœ AB, A G, hoc eJi, vt radiées quadratorum aggregatorum ex lateribu,s. Sed ra- tiocinatio qua id volebam infuperiore meâ ad teEpiJîolâ'\

2 5 data Parijîjs, Feb. y", non erat legitirna, fateor. Errores meos non omnino, nedum pertinaciter, defendo. Nifi Do-

à. Cf. ci-avant, p. 3o?, 1. 6, à p. 3o5, 1. 17. — Hobbes semble ici viser le texte de sa première lettre, que nous n'avons pas.

b. Page 288, 1. 19-26. — Au lieu du signe |/, Hobbes écrit, ici et plus loin, l'R majuscule, avec une barre sur la queue.

c. Le manuscrit porte : « A H ad A G ».

d. Lettre CCXXX ci-avant. Cf. p. 3o3-3o5.

�� � M^ Correspondance.

minus des Cartes idem faciat, fuperiorfane ero in mori- libus. Sed quid attinet ad rei veritatem inter nos difputa- tam, quod ego eam non fatis ojlenderim ? Quid fi,fciens veritatem alicuius propofitionis Elément. EucL, & tentans demonjîratwnem eius, non ajfequerer? num ideo minus 5 vera erit, cùm ab alijs, vel a me ipfo, alio tempore de- monjîra ta fuerit ?

Cœteris illius Epijiolœ meœ partibus an confentit, quia tacet?^ Minime verd id puto. Sed quia nihil obiecit, nihil habeo quod huic Epijiolœ adijciam niji quod iniquior in lo me ejl, dum fufpicatur me turbare de indu^riâ voluijfe, vt viderer aliquid dixijfe pojî^. Si fie fecijjem, poffem adhuc turbare, vt error meus lateret ; fed etiam nunc ifiâ erroneâ mea ratiocinatione video pojje ab homine, non ante occupato, eandem conclufionem vere demonfirandi i5 Viâ inueniri. Is verd, quo animo in difi:urfu fecundo Diop- tricorum pag. i8 fupponit reclam H F ejfe duplam A H, infchemate tamen appofito facit eam paulo maiorem quant efi ipfa A H, ipfe fcit. Tu verd, mi Pater, id faire potes, fi confideres quod, ita faciendo, linea FI extra circulum 20 cecidijfet, & per confequens pila in aquam proieéîa in eleuatione anguli ABC deberet reflecîi; quod efi contra experientiam. Nunquid is turbat de indufiriâ, vt videatur aliquid probare in fequentibus? Nirnium te moror nugis alienis ; fmem igitur facio, precatus tibi commoda & prof- 25 pera omnia quœ vis. Vale.

Tu ifiu diofiffim us,

Tho. Hobbes. Parifijs, in vigilià Pafchalis, 1641 .

a. Page 326, I. 4-5.

b. Page ?2?, 1. i8-2o.

�� � CCXXXV. — 31 Mars 1641. ^49

��CCXXXV.

Descartes a Mersenne.

[Endegeest], 3i mars 1641. Autoghaphe, Bibliothèque de l'Institut.

Publiée dans le Journal des Savants, août 1884, p. 46g; et déjà par V. Cousin, Fragments Philosophiques, 3' édition, i838, t. II, p. i53. Ou Clerselii'r n'en avait pas la minute, ou bien il ne l'aura pas imprimée à cause des passages sur l'Eucharistie et sur Galilée [p. 340, l. 6, à p. 35o, l. 6). — Cette lettre est la 40' de la collection La Hire, n° [34) du classement de Poirier.

Mon Reuerend Père,

le n'ay pas beaucoup de chofes a vous mander a ce voyafge, a caufe que ie n'ay point receu de vos let- tres ; mais ie n'ay pas voulu différer pour cela de vous 5 enuoyer le refte de ma refponfe aux obiedions de M'^ Arnaut, Vous verrez que i'y accorde tellement auec ma Philofophie ce qui eft déterminé par les con- ciles touchant le S* Sacrement, que ie pretens qu'il eft impoffible de le bien expliquer par la Philofophie

10 vulgaire; en forte que ie croy qu'on l'auroit reietée, comme répugnante a la foy, fi la miene auoit eftë connue la première. Et ie vous iure ferieufement que ie le croy, ainfy que ie l'efcris. Aufly n'ay-ie pas voulu le taire, affin de batre de leurs armes ceux qui méfient

i5 Ariftote auec la Bible, & veulent abufer de l'authorité de l'Eglife pour exercer leurs paffîons, i'eritends de

a. Voir plus haut. p. 340. I- 17.

�� � ^^o Correspondance.

ceux qui ont fait condamner Galilée, v.*l- qui fcroient bien condamner aulîy mes opinions, s'ils pouuoient, en même forte; mais, û cela vient iamais en difpute, ie me fais fort de monftrer qu'il n'y a aucune opinion, en leur Philofophie, qui s'accorde fi bien' auec la foy 5 que les mienes.

Au refle, ie croy que, fi loll que M' Arnaut aura vu mes refponfes, il fera tems de prefenter le tout a la Sorbone, pour en auoir leur fentiment, &: de le faire imprimer. Pour la grandeur du volume & les charac- lo teres de l'impreffion, les titres que i'ay omis &. les auertilTemens au ledeur, s'il efl; befoin de l'auertir de quelque chofe que ie n'aye pas efcrit^ ie m'en remets entièrement a vous, qui auez defia pris tant de peine pour cet efcrit, que la meilleure part vous en appar- i5 tient.

le fuis,

Mon Reu" Père,

Voftre très obligé c^ très paffionné feruiteur, 20

DESCARTES.

Du iourde Pafques 1641.

le vous enuoye vn efcrit pour le libraire, que vous ne trouuerez pas daté de Leyde, a caufe que ie n'y demeure plus, mais en vne maifon qui n'en ell qu'a 25 demi-lieuë*, en laquelle ie me fuis retiré pour tra- uailler plus commodément a la Philofophie & enfem- ble aux expériences. Il n'eft point befoin pour cela de

�� � CCXXXV. — ^i Mars 1641. ^^î

changer ladreffe de vos lettres, ou plutoll il n'ell point befoin d'y mettre aucune autre adreffe que mon nom, car le melTager de Leyde fçait aflez le lieu ou il les doit enuoyer".

Page 35o, 1. 26. — Sur celte installation nouvelle de Descartes, à Ende- geest (voir ci-après lettre CCXLIII, du 16 juin), nous avons un précieux document. En iôdj, lorsque parut le premier volume des Lettres de M. Descartes, Sorbière écrivit, à propos de la Préface de Clerselier, deux- lettres <i à M. Petit, Conseiller du Roy et Intendant de ses fortifications », le même dont nous avons plus d'une lois rencontré le nom dans la corres- pondance du philosophe, aux années IÔ38 et i63q. Ces deux lettres, datées de Paris, 1 o nov. i 657 et 20 fév. 1 658, ont été imprimées, lettres LXXXVI I et LXXXVIII, pages ôjj et 684, dans le volume de Lettres et Discours de M. de SoRBiERE sur diiierses matières curieuses (in-4, Paris, chez Fran- i;ois Clousier, 1660; dédicace à Màzarin, 12 sept. i65o; privilège et achevé d'imprimer, 4 nov. 1659).

On lit dans la première de ces deux lettres :

« Il me souuient que ie courus à Endelgeest {sic pro Endegeest), à » demie- lieue de Leyden du costés de Warmont, dés que ie fus en Hol- n lande au commencement de l'année mil six cents quarante deux. l'y » visitay M. Descartes dans sa solitude auec beaucoup de plaisir... » (P. 679.)

« ... le remarquay auec beaucoup de ioye la ciuilité de ce Gentil- » homme, sa retraite et son œconomie. Il estoit dans vn petit Chasteau en » très-belle situation, aux portes d'vne grande et belle Vniuersité, à trois » lieues de la Cour, et à deux petites heures de la Mer. Il auoit vn » nombre suffisant de domestiques, personnes choisies et bien faites, vn » assés beau iardin, au bout duquel estoit vn verger, et tout à l'entour des w prairies, d'où l'on voyoit sortir quantité de Clochers plus ou moins 1) éleués, lusques à ce qu'au bord de l'horison il n'en paroissoit plus que » quelques pointes. 11 alloità vne iournée delà par canal à Vtrect.à Delft, » à Roterdam,à Dordrecht, à Haerlem, et quelquesfois à Amsterdam où il » auoit deux mille liures de rente en banque. Il pouuoit aller passer la » moitié du iour à la Haye et reuenir au logis, et faire ceste promenade " par le plus beau chemin du monde, par des prairies et des maisons de » plaisance, puis dans vn grand bois qui touche ce Village, comparable » aux plus belles Villes de l'Europe, et superbe en ce temps-là par la » demeure de trois Cours; dont-celle du Prince d'Orange, qui estoit toute « militaire, attiroit deux mille gentils-hommes en équipage guerrier, le » collet de bufle, l'écharpe orangée, la grosse botte, et le cimeterre estant

a. Ce dernier alinéa est écrit à la mar^e et en travers.

�� � } 5 2 Correspondance.

» leur principal orncincni. (^clic des Kstats Généraux cHimprenoit les » députés des Prouinces-vnies, faisant voir TAristocraiie en habit de -> velours noir auec la large fraise et la barbe quarrée, qui marchoit gra- » uement dans les Places publiques. La Cour de la Reine de Bohême » estoit celle des Grâces, qui n'y estoient pas moins de quatre, puis que " sa Majesté auoit quatre filles, vers lesquelles se rendoit tous les iours le » beau monde de la Haye, pour rendre hommage à l'esprit et à la beauté » de ces Princesses. Ausquelles i'appliquois alors ce que le Cavalier Marin 1) a dit élégamment des Princesses de Sauove,

>' Per queste, onde rixona è Thile, è Battro, >i I.e Gratte, che son trè, diuerran quattro.

1 Comme l'eusse volontiers appliqué plus particulièrement à Madame la » Princesse Elizabeth, qui prenoit plaisir à entendre discourir M. Des- » cartes, ces autres vers du mesme Poëte,

» Quant' aspetto real ritiene è serba,

» Bella, ne men che bella, honesta, et .taggia,

» Isabella Palatina, il ciii valore

» E tcsoro de virtti, pompa d'honoré.

» Bella, che far potrebbe informe nuoue

» Sptintar le corna, è nascer l'ali à Gioue.

» le loiiay grandement en moymesme le choix que M. Descartes auoit » fait d'vne demeure si commode, et l'ordre qu'il auoit mis à son diuertis- n sèment, aussi bien qu'à sa tranquillité.» (P. 68i-683.)

Sorbière reporte sa visite à 1642; mais il y joint des souvenirs empruntés sans doute aux années suivantes. En effet, la première mention que nous trouvions de la princesse Elisabeth dans la correspondance de Descartes est du 6 octobre 1642 (lettre à Pollot).

Remarquons que cette installation nouvelle du philosophe, plus dispen- dieuse, semble-t-il. que les précédentes, suivit de près la mort de son père (oct. 1640), le bien dont Descartes hérita alors, (voir ci-avant p. 252, B, et p. 282, 1. 10), l'ayant mis un peu plus au large. — D'ailleurs, une pre- mière fois déjà, en 1637, il avait quitté Leyde, précisément aux approches de l'été (voir t. I, p. 373-374, et p. 401, éclaircissement), peut-être, entre autres raisons, pour celle-ci qu'indique Sorbière : « Leyd.€:... Fossarum » aqua graviùs olet aestate, tum ob situm humiliorem, tum à coriariis et » vilioribus artificibus sordibus omnia inquinantibus. » {Sorberiana, Tolosae, Colomyez et Posuël, 1691, p. 149.)

Quant aux expériences que le philosophe pouvait faire dans une maison des champs plus commodément qu'à la ville, elles sont sans doute du même genre que celles que rapporte aussi Sorbière, à propos d'un séjour postérieur de Descartes, à Egmond, il est vrai (à partir de mai 1643). On Ht dans la seconde des deux lettres mentionnées plus haut :

�� � CCXXXVI. — 2 1 Avril 1641. 35 J

« ... Il y eût vn peu de vanité en ce qu'il respondit à vn de mes amis » qui fut le visiter à Egmond. Ce gentilhomme le pria de luy dire quels » estoient les Liures de Physique dont il faisoit le plus d'estat, et desquels » il auoit fait sa plus ordinaire lecture. le vous les monstreray, luy res- » pondit-il, s'il vous plaist de me suiure, et le menant dans vne basse » court sur le derrière de son logis, il luy monstra vn veau, à la dissection » duquel il dit qu'il se deuoit occuper le lendemain. le croy de vray qu'il » ne lisoit plus guère; mais il arriue souuent à ceux qui ont leu autres- » fois, qu'ils oublient beaucoup de choses, et qu'ils se croyent inuenteurs » de ce dont ils se souuiennent; pource qu'ils ne voyent plus l'endroit par » où cela est entré dans leur esprit. » {Lettres et Discours, etc., p. 689- 690.)

��CCXXXVI.

Descartes a [Mersenne pour Hobbes].

[Endegcest, 21 avril 1641.] Version française de Clerselier, tome III, lettre 35, p. ifiS-iTi-.

« Et dans vne autre Lettre on troiiue ce qui suit, dont voie/ la version. Version », dit Clerselier en donnant deux pages, t. Ilf. p. 1 65-1 6-, à la suite de la lettre CCXXXII ci-arant, dont il igno- rait la date {4 mars 1641). Mais ces deux pages sont une réponse à la dernière réplique de Hobbes, lettre CCXXXIÏ', du 3o mars, que Clerselier n'a pas connue. Elles sont donc certainement d'avril 1641 , du 21 ou du 28, comme la lettre suivante, avec laquelle elles doivent avoir été envoyées [cf. p. 358, l. 2). — Nous doutions ici ta version française de Clerselic)-, plutôt que le texte de l'édition latine, lequel ne serait cette fois qu'une traduction de la version française. Plusieurs raisons le donnent à penser : 1° les e.xpressions tantôt négligées, tantôt recherchées de ce texte; 2" plusieurs contre-sens manifestes qui s'j' trouvent, si on le compare aux passages correspondants de la ver- sion française [et ce n'est pas celle-ci qui est inexacte, on peut s'en convaincre en la comparant au texte de Hobbes); 3°- divers passages cités de cette lettre de Hobbes, et qu'on devrait retrouver textuelle- ment dans le latin, au lieu que ce que donne celui-ci n'est qu'une tra- duction, telle quelle, de la version française. Les fragments latins, Correspondance. III. 43

�� � 3H

��Correspondance. ni, i65.

��donnés au bas des pages en guise de variantes, expliquent que nous ayons du préférer celle-ci. Enfin, dernière remarque : dans tout ce tome III, Clerselier donne à la fois pour chaque lettre latine l'ori- ginal latin et une version française; ce fragment est le seul dont on n'ait que la version; est-il vraisemblable que les traducteurs et édi- teurs hollandais de l'édition latine aient pris la peine de faire des recherches tout exprès pour se procurer l'original latin de ces deux pages, dernière partie d'une lettre française? Ils auront traduit celle-ci d'un bout à l'autre, sans prendre garde, et asse\ hâtivement, comme on le verra.

Quant à ce que vous me "mandez de TAnglois, qui dit que fon Efprit & ma Matière fubtile font la mefme chofe, & qu'il a expliqué par fon moyen la lumière & les fons dés l'année i6jo, ce qu'il croit eflre paruenu iufques à moy", c'eft vne chofe puérile & digne de 5 rifée. Si fa Philofophie eft telle qu'il ait peur qu'on la luy dérobe, qu'il la publie; pour moy, ie luy pro- mets que ie ne me hafteray pas d'vn moment à publier la mienne à fon occafion.

Ses derniers raifonnemens, que vous m'écriuez, font lo auffi mauuais que tous les autres que i'ay veus de luy. Car, premièrement, encore que l'Homme & Socrate ne foient pas deux diuers fuppofts *", toutesfois on fignifie autre chofe par le nom de Socrate que par le

3-4 & qu'il a... i63o] quod ego vero ipfi affirmare aufim,

eius ope iam ab anno i63o ex- me ne momento quidem metu

plicauerit lumen & fonos. — ipfius in mea publicanda pra;-

G-7 qu'il... dérobe] vt metuat ne feftinaturum. — lo de quibus

ipii pofféffio eius interuertatur. mihi i'cribis. — i3 deux... fup-

— 7-9 pour moy... occafion] pofts] duœ diuerfe h3'pothefes.

a. Voir ci-avant p. 342, 1. io-i5.

b. Page ?43, 1. 3. — Descartes a dû écnre fuppo/ita, dans le sens de v/7toxï;|X£va.

�� � m, i63-i66. CCXXXVI. — 21 Avril 1641. }^^

nom d'Homme, à fçauoir les différences indiuiduelles ou particulières. De mefme le mouuement déterminé n'efl point différent du mouuement, mais neantmoins la détermination eft autre chofe que le mouuement.

5 Secondement, il n eft pas vray que la caufe effi- ciente du mouuement foit auffi la caufe efficiente de la détermination ^ Par exemple, ie iette vne balle contre vne muraille; la muraille détermine la balle à reuenir vers moy, mais elle n eft pas la caufe de fon

10 mouuement.

Troifiémement, il vfe d'vne fubtilité tres-legere, quand il demande fi la détermination eft dans le mou- uement comme dans vn fujet; comme s'il eftoit icy queftion de fçauoir fi < le > mouuement eft vne fub-

i5 fïance ou vn accident. Car il n'ya point d'inconuenient ou d'abfurdité à dire qu'vn accident foit le fujet d'vn autre accident, comme on dit que la quantité | eft le fujet des autres accidens. Et quand i'ay dit que le mouuement eftoit à la détermination du mouuement,

20 comme le corps plan eft à fon plan ou à fa furface ", ie n'ay point entendu par là faire comparaifon entre le mouuement & le corps, comme entre deux fub- ftances, mais feulement comme entre deux chofes

1-2 indiuiduales & particu- ftatuere. — 20 comme... furface]

lares. — 3 maisl &. — 9 mais vti corpus planum eft ad fuper-

elle n'eft pas] nec tamen eft. — ficiem fuam. — 21 ie n'ay point

12 il demande fi] quœrit vtrum. entendu] non inftitui. — 23 mais

— i3-i4 comme... fçauoir] ac feulement] fed faltem. fi hic quasreretur. — 16 à dire]

a. Page 843, 1. 8-10.

b. Page 343, 1. 21-22.

c. Page 325, 1. 2-3.

�� � j^6 Correspondance. 111,166.

concrètes, pour monftrer qu'elles elloient différentes de celles dont on pouuoit faire l'abftradion.

Enfin c'eft tres-mal à propos qu'il conclud qu'vne détermination eftant changée, les autres le doiuent eftre auffi; parce, dit-il, que toutes ces déterminations 5 ne font qu'vn accident fous diuers noms^ Si cela eft, il s'enfuit donc que, félon luy, l'Homme & Socrate ne font qu'vne mefme chofe fous deux noms differens; & partant, pas vne différence indiuiduelle de Socrate ne fçauroit périr, par exemple la connoitfance qu'il a de 10 la Philofophie, qu'en mefme temps il ne çefle d'eftre Homme.

Ce qu'il dit en fuitte, à fçauoir qu'vn mouuement n'a qu'vne détermination ,efl le mefme que fi ie difois qu'vne chofe eftenduë n'a qu'vne feule figure; ce qui i5 n'empefche pas que cette figure ne fe puifle diuifer en plufieurs parties, comme la détermination le peut auffi eftre.

Ce qu'il reprend en la Dioptrique, page 18'^, fait voir feulement qu'il ne cherche que les occafions de 20 reprendre, puis qu'il me veut imputer iufques aux fautes de l'imprimeur. Car i'ay parlé en ce lieu-là de la proportion double, comme de la plus fimple, pour expliquer la chofe plus facilement, à caufe que la

G ne font.. . noms" nihil aliud quam reprehenfiones quferere.

lunt quàm accidentia lub diuer- — 22 Car... licu-làj Eo quippe

fis nominibus. — 19-21 fait... rc- loci egi. prendre] tertatum facit, fe nihil

a. Page 344, L 14-18.

b. Page ?44, I. 19-20.

c. Page 348, \ 16-19.

�� � 111,106-167. CCXXXVI. — 21 Avril 1641. J57

vraye ne peut eftre déterminée, pource qu'elle change à raifon de la diuerfité des fujets. Mais û, dans la fi- gure, la ligne H F n'a pas elle faite iuflement double de la ligne AH, c'efl; la faute de l'imprimeur, & non 5 pas la mienne. Et en ce qu'il dit eftre contre l'expé- rience % il fe trompe entièrement, à caufe qu'en cela l'expérience varie, félon la variété de la chofe qui eft iettée dans l'eau, & de la vitefte dont elle eft meuë. Et ie ne me fuis pas mis en peine de corriger en ce lieu-

10 là la faute de l'imprimeur, pource que iay crû aifé- ment qu'il ne fe trouueroit point de ledeur fi ftupide, qu'il euft de la peine à comprendre qu vne ligne fuft double d'vne autre, à caufe que la figure en repre- fente vne qui n'a pas cette proportion, ny qui fuft

>5 auffi fi peu iufte, que de dire que pour cela ie meri- tois d'eftre repris.

Enfin lors qu'il dit que i'approuue cette partie de fes écrits que ie ne reprens point, & dont ie ne dis mot*", il fe trompe encore; car il eft plus vray que

20 c'eftque ie n'en ay pas fait aftez de cas, pour croire que ie deuife m'employer à la réfuter.

2-4 Mais 11... AH] Quod 11 AH. — 5-6 Et... l'expérience] vero, in figura, linea H F non Et in eo quod dicit experientise prœcife dupium continet lineae refragari.

a. Page 348, 1. 22-2?. ,

b. Ib., 1. 8-y. — En particulier, dans la présente lettre. Descartes à négligé de relever une grossière erreur de Hohbes en géométrie (plus haut, p. 340, 1. 18-19, où il est dii que Je rapport de A D à A B est le même que celui de AE à E C),

�� � j^8 Correspondance. 11,293.

^ CCXXXVII.

Descartes a Mersenne.

[Endegeest, 21 avril 1641. j Texte de Clerselier, tome II, lettre 54, p. 2(p-2Ç)ô.

Sans date daus Clerselier. Mais la dernière lettre à Mersenne étant du 3i mars 1641 [lettre CCXXXV, p. 34g), et Descartes « ayant été deux ou trois voyages sans lui écrire », celle-ci est du -j i ou du 28 avril.

Mon Reuerend Père,

l'ay eflé deux ou trois voyages fans vous écrire, partie à caufe que i'ay eu peu de chofes à vous mander, & partie auffi que le fejour de la campagne m'a rendu vn peu plus négligent que ie n'eftois auparauant. le 5 n ay pas laifle toutesfois de chercher la queflion de M. des Argues, car la façon dont vous me l'auiez pro- pofée eftoit telle, qu'il n'euft pas eflé honnefte que ie m'en fuffe excufé ; mais pource que ie n'auois pas encore acheué, il y a huit iours, que i'appris par lo vôtre lettre que M. de Rob(erual) l'auoit trouuée, il me fembla que ie ne m'y deuois pas arrefter dauan- tage; car le calcul en eft fort long & difficile, & en effet ie n'y ay pas penfé depuis '.

Les lieux de faint Augulfin, citez par M. Arnaud, i5 font, en la féconde piXge,Libri fcciindi de Libero Arbi-

A. On n'a aucune autre indication sur ccnc question de Desaryues, que Roberval aurait résolue.

�� � 11,293-294. CCXXXVII. — 2 1 Avril 1641. ^59

trio, capite tertio^. Puis, en la neufiefme page, il cite de Animes quantitate, cap. i5, & Sol[iloq.), l. 1, cap. 40^. Mais au principal paffage, qui eft en la penultiefme page : Triaenimfiint, vt fapienter monet Augujîinus, &c.'^, 5 il a oublié de citer le liure.

le me remets entièrement à vous de ce qui concerne l'approbation & l'impreffion de ma Metaphyfique; car ie fçay que vous en auez plus de foin que ie n'en pourrois auoir moy-mefme, & vous pouuez mieux

10 iuger ce qui eft expédient, eftant fur les lieux, que ie ne puis faire d'icy.

l'admire les objedions de vos Docteurs, à fçauoir que nous n'auons point de certitude, fuiuant ma Phi- lofophie, que le preftre tient l'Hoftie à l'autel, ou qu'il

i5 ait de l'eau pour baptifer, &c. Car qui a iamais dit. mefme entre les Philofophes de l'Ecole, qu'il y euft autre certitude que morale de | telles chofes ? & bien que les Théologiens difent qu'il eft delà Foy de croire que le cors de Iesvs-Christ eft en l'Euchariftie, ils ne

20 difent pas toutesfois qu'il foit de la Foy de croire qu'il eft en cette Hoftie particulière, finon en tant qu'on fuppofe, ex Fide humana, quod Sacerdos habuerit volun- tatem confecrandi, & quod verba pronunciarit, & Jît ritè ordinatus, & talia quœ nullo modo fiint de Fidc.

25 Pour ceux qui difent que Dieu trompe continuelle- ment les damnez, & qu'il nous peut auffi continuelle- ment tromper, ils contredifent au fondement de la

a. Renati Des-Cartes Meditationes. etc., Objectiones quartœ, inédit., p. 274, et 2« édit., p. 22O.

b. Ib., \" cdit., p. 28G, Cl 2° cdii., p. 236.

c. Ib., 1'° cdii., p. 3oi, et 2" édit., p. 249. Des la première édition, Mersennc a ajouté rindication qui manquait : De utilit. credendi, c. 1 5.

�� � j6o Correspondance. 11,294-

Foy & de toute notre créance, qui efl que Deus mentiri non potejï; ce qui eil répété en tant de lieux dans S. Au- guftin, S. Thomas & autres, que ie m'eilonne que quelque Théologien y contredife, & ils doiuent re- noncer à toute certitude, s'ils n'admettent cela pour 5 axiome que Deus nox fallere non potejl.

Pour ce que i'ay écrit, que l'Indifférence efl plutoft vn défaut qu'vne perfedion de la Liberté en nous*"^ il ne s'enfuit pas de laque ce foit le mefme en Dieu; & toutesfois ie ne fçache point qu'il foit deFide de croire 10 qu'il efl indiffèrent , & ie me promets que le Père Gib(ieuf) deffendra bien ma caufe en ce point là; car ie n'ay rien écrit qui ne s'accorde auec ce qu'il a mis dans fon liure de Libertate'^.

le n'ay point dit, en aucun lieu, que Dieu ne con- i5 court pas immédiatement à toutes chofes, & i'ay af- furé expreffement le contraire en ma réponfe au Théo- logien '^

le n'ay pas crû me deuoir étendre plus que i'ay fait en mes Réponfes à l'Anglois, à caufe que fes Objec- 20 tions m'ont femblé fi peu vray-femblables, que c'euft efté les faire trop valoir, que d'y répondre plus au long^

Pour le Dodeur qui dit que nous pouuons douter fi nous penfons ou non, auffi bien que de toute autre 25 chofe, il choque li fort la Lumière Naturelle, que ie

a. Clerselier : Deiis non /allere non potest.

h. Médit, qiiarta, p. 6-j (i"= édit.), ou p. 56 (2" édit.).

c. Voir t. I, p. i5i et p. 219-230.

d. Meditationes, etc. Responsio ad primas objectiones, inédit , p. 143; 2* édit., p. 1 17.

e. Les Objectiones tertice sont de Hobbes.

�� � II, 294-Î95. CCXXXVII. — 2 1 Avril 1641. j6r

m'aflure que perfonne, qui penfera à ce qu'il dit, ne iera de fon opinion.

Vous m auiez mandé cy-deuant qu'en ma réponfe à l'Anglois, i'ay mis le mot Ideam deux ou trois fois

5 fort proche jl'vn de l'autre'^; mais il ne me femble pas fuperflus^ à caufe qu'il fe rapporte à des idées diffé- rentes ; & comme les répétitions font rud€s en quelques endroits, elles ont auifi de la grâce en quelques autres. C'eft en vn autre fens que i'enferme les imagina-

10 tions en la définition de cogitatio ou de la penfée, & en vn autre que ie les en exclus, à fçauoir : Formœ Jiue fpecies corporeœ, quœ ejje debent in cerebro vt quid imaginemur, non funt cogitationes ; fed operatio mentis wiaginantis, Jiue ad ijîas fpecies fe conuertentis, efi co-

i5 gitatio.

La lettre oii vous m'écriuiez cy-deuant les Objections du Conarion^, doit auoir elle perdue, û ce n'eft que vous ayez oublié de les écrire ; car ie ne les ay point, finon ce que vous m'en auez écrit depuis, à fçauoir

20 que nul nerf ne va au conarion, & qu'il eft trop mobile pour eftre le fiege du fens commun. Mais ces deux chofes font entièrement pour moy : car fi, chaque nert eftant deftiné à quelque fens ou mouuement particu- lier, les vns aux yeux, les autres aux oreilles, aux

25 bras &c., fi quelqu'vn d'eux fe rendoit au conarion plutofl que les autres, on pourroit inférer de là qu'il ne feroit pas le fiege du fens commun, auquel ils fe doiuent tous rapporter en mefme façon; & il eft im-

a. Meditationes, etc. Objectiones et responsiones tertice. Sans doute p. 259-260 (i" édit.j, ou p. 214-215 (2« édit.).

b. Voir ci-avavit page 3 19, 1. 7.

Correspondance. III. . 46

�� � jôi Correspondance. h, 295-296.

poffible qu'ils s'y rapportent tous autrement que par Tentremife des efprits, comme ils font dans le cona- rion. Il efl certain auffi que le fiege du fens commun doit eftre fort mobile, pour receuoir toutes les impref- fions qui viennent des fens ; mais il doit eilre tel qu'il 5 ne puiffe eftre mù que par les efprits, qui tranfmettent ces impreffions, & le conarion feul eft de cette forte. . Anima en bon latin fignifie aérem, Jiue oris halitum; d'où ie croy qu'il a efté transféré ad fignificandam Mentem, & c'eft pour cela que i'ay dit que fœpe fumitur 10 pro re corporea.

L'Axiome que Quod polcjî faccre inaiu.s, polejl eliam ftiinus^, s'entend iu cadem ratione operandi, vel in ijs quce requirunt eandem potentiam. Car inter homines, qui doute que tel pourra faire vn bon difcours, qui ne i5 fçauroit pour cela faire vne lanterne?

I Le Mathématicien de Tubinge eft Schickardus*^, auquel i'ay crû faire plus d'honneur, en le nommant par le nom de fa ville, que par le fien, à caufe qu'il eft trop rude & peu connu. Mais pour ceux qui difent 20 que i'ay pris quelqu' autre chofe de luy que la fimple obferuation que ie cite, ils ne difent pas la vérité : car ie vous aflure qu'il n'y a pas vn feul mot de raifonne- ment en fon liuret Allemand, que i'ay icy, qui fuft à mon vfage, non plus que dans la Lettre Latine que 25 Monfieur Ga(ifendi) a écrite à Monfieur R(eneri) fur ce mefme Phainomene; car ie iuge que c'eft luy qui

a. Mcdit. sccunda, p. 20 (i'"' édit.), ou p. 17 ^20 cciit.).

b. Cf. Médit, tcrtia, p. 52-53 (i cdii.), ou p. 44 (2"^ cdit.).

c. Clersc-licr : Schickardas. — Voir Disc, de la Metli., etc., plus Li Diop- trique, les Météores, etc., p. 287-288 des Météores. Cf. t. I, p. 3i8, 1. 7.

�� � 11,296. CCXXXVII. — 21 Avril 1641, }6}

vous a lait ce difcours. Mais il a tort, s'il soffenfe de ce que i'ay tâché d'écrire la vérité d'vne chofe dont il auoit auparauant écrit des chymeres; ou s'il a crû que ie le deuois citer en ce lieu-là, où ie n'ay pas eu 5 de luy vne feule chofe, finon que c'efl de fes mains que l'obferuation du Phainomene de Rome, qui eft à la fin de mes Météores", eft venue à Monfieur Ren(eri) & de là à moy, comme par les mains des meflagers, & fans qu'il y ait rien contribué. Et i'aurois crû luy faire

10 plus de tort, fi i'auois auerty les ledeurs qu'il a écrit de ce Phainomene, que ie n'ay fait de m'en taire*.

Pour les Objedions qui pourront encore venir contre ma Metaphyfique, ie tàcheray d'y répondre ainfi qu'aux précédentes, & ie croy que le meilleur

i5 fera de les faire imprimer telles qu'elles feront, & au mefme ordre qu'elles auront elle faites, pour con- feruer la vérité de l'hiltoire, laquelle agréera plus au leéleur que ne feroit vn difcours continu, où ie dirois toutes les mefmes chofes. le croy auoir icy répondu à

20 tout ce qui a efté dans vos lettres^.

Page 363, 1. n. — Gassend partit d'Aix-en-Provence en janvier 1641, pour se rendre à Paris, où il fit aussitôt visite à Mersenne le 9 février. Celui-ci lui parla sans doute dès le premier jour des Méditations de Des- cartes. Mais Gassend dut repartir de Paris, le 23 février, pour Mantes où, le 25, s'ouvrait l'Assemblée du Clergé. Il ne partit de Mantes pour Paris que le 2 mars, et tout occupé de l'impression de sa Vie de Peirésc, il ne parait pas avoir étudié les Méditations avant avril et mai, bien que les propos de lui, que Mersenne rapporte ici à Descartes, soient antérieurs. Au reste, les trois passages suivants, que l'on trouve dans la Correspon- dance de Gassend, donnent à peu près la date de ses Objections :

a. P. 288-289. Voir t. I, p. 29, éclaircissement.

b. Cler'selier imprime ensuite, comme fin de cette lettre, un fragment postérieur, que nous donnerons plus loin, lettre CGXLIII,du 16 juin 1641.

�� � j64

��Correspondance.

��1° Lettre au comte d'Alais, Louis de Valois, datée de Paris, 3 mai 1641 (Gass. Op., Vl, 106-107) :

X Quod ad te scribam nihil est, nisi hoc ipsum, nihii esse quod scribam. » Fallor tamen? Sed nempe consilium vt in arena accipio. Quid hoc est? s inquies. Succurrit, inquam, vt ad te perscribam quid iam agam rerum. i> Ecquid verô est? Absoluo examen Primas Philosophiae, siue Metaphy- » sicae Renati Cartesij viri celebris, quam manuscriptam Mersennus ha- » buit, meaeque censurœ commisit. Operis argumentum rogas? Ecce » author illud distribuit in Meditationes sex, quarum Prima inscribitur, » de iis, quce in dubiiim reuocari possiint. Secunda, de n'attira Mentis » humanœ, quod ipsa sit notior quam corpus. TeTÙa,de Deo.quod e.xistat. » Quarta, de vero et falso. Quinta, de essentia rerum naturalium, et » iteriim de Deo, quod existât. Sexta, de rerum naturalium existentia, et » reali Mentis a corpore distinctione. Vis pernosse quidpiam vberiùs? n Ecce. In Prima, dubium facit, quidquid in hune diem cognouit, tum ob I) frequentem Sensuum fallaciam; tum ob somniorum delusionem, ob » quam certus esse non potest, iam-he dormiat, an vigilet; tum ob quem- » piam forte errorem, in quem possit, nisi a Deo, saltem a malo Genio » induci. In Secunda, Cogito, inquit, igitur exsisto : ac tum requirit » ecquid-nam sit, animaduertitque se non esse corpus, sed praecisè rem » cogitantem. Heine se dicit Mentem, quoe corpora esseiudicans, quia illa » cognoscit, tanto magis se esse inférât, quanto se clariùs, hoc est, cogita- » tione propria cognoscit. In Tertia, habet pro Régula, Quidquid clarè » distinctéque percipit, verum esse; vnde et quia cognoscit per Ideas, et » Idearum vna repraesentat Deum, scilicet substantiam aeternam, infini- » tam, omnipotentem, ac caetera; et haec Idea tantum habet realitatis ob- » iectiuae, vt neque ipse, neque alla causa, practer Deum, producere illam » in Mente potuerit; eam ob rem cùm ipsam clarè distinctéque percipiat, » et aliunde a Deo se habere sciât, neque ea in re possit decipi, concludit » exsistere Deum. In Quarta, probat Deum fallere non posse, esse se » errori obnoxium, quod de nihilo participet; errorem esse Voluntatis, » seu arbitrij, quatenus latiùs quàm Intellectus patet, et iudicium de rébus 1) fert, quas Intellectus non percipit clarè. In Quinta, agnoscit se habere » Ideas corporeorum accidentium, vt extensionis ac Hgurae; et accepta » figurarum vnâ, vt putaTrianguIo, argumentatur Deum necessariù exsis- » tere, quia non minus impossibile est concipere Deum, seu Ens perfectis- » simum, cui desit exsistentia perfectionum praecipua, quàm concipere » Triangulum, qui non habeat très angulos pares duohus rectis. Additque » propositionem, quod Deus exsistat, ceniorem esse quacumque alla » etiam Mathematica; quod de caetcris certum esse non liceat, nisi priùs » constiterit Deum esse, neque esse fallacem. In Sexta, ratiocinatur esse » aliquid, prieter ipsum, id est prêter Mentem, ac specialiter proprium » corpus, et quia habet Ideam corporis distinctam ab Idea Mentis, con- » cludit esse proinde Mentem distinctam a corpore, ac exsistere sine illo » posse. Quid de isiis sentiam, cognoscere aues? Cum conclusiones pror*

�� � CCXXXVIII. — I" Mai 1641. 365

» sum amplectar, nempe Deum exsistere, Mentem separabilem esse, non i> adrident tamen ratiocinia, qulbus ille putat se eas demonstrasse. Haec » et non habui, et habui scribenda. Tu optimè Vale, Decus principum, et » Praesidium meum. Parisiis, V Non. Maias M DC XLI. »

2" L'édition de i658 donne ensuite, comme lettre de Gassend à Des- cartes, le début des Objections du premier contre les Méditations {cf. Médit., p. 295, 2'= édit., Amsterdam, Louis Elzevier, 1642), en y ajoutant la date : « Parisiis, Eid. Maij. M. DC. XLI » (Paris, le i5 mai J641), avec la mention suivante : « Habetur sub Titulo, Disquisitio Metaphysica, seu » Dubitationes, et Instantiae aduersus R. Cartesium » [Gass. Op., VI, 107), ce qui renvoie à un ouvrage publié in-4, 1644, à Amsterdam, chez Blaeu, par les soins de Sorbière, où se trouvent réunies les Objections de Gassend, les Réponses de Descaries, et les Instances de Gassend à ces Réponses.

?" Enfin, dans une lettre suivante au comte d'Alais, datée de Paris, le 17 mai 1641 (« XVI kal. Junij »), on lit cette phrase de Gassend : « Nunc » me Mersennus noster facit occupatissimum, qui transmissurus crastina » luce in Hollandiam Animaduersiones illas meas in Cartesianam Meta- » physicam, donec exscribuntur, sollicite instat. » (Gass. Op.., VI, 107, 2^ col.) II faut donc rectifier Baillet qui diten marge, t. II, p. i35, de sa Vie de Descartes : « Le P. Mersenne l'envoya (l'écrit de Gassend] en » Hollande le 16 de May 1641. » Ce fut au plus tôt le 18, lendemain du 17, et peut-être seulement le 19, en même temps que la lettre CCXLI ci-après, datée fixement de « Paris, 19 mai 1641 ».

��CCXXXVIII.

Regjus A Descartes.

Utrecht, i" mai 1641.

'A. Baillet], La Vie de Mous. Des-Caries, tome II, passim, p. 139-149.

Baillet a composé tout un récit avec des fragments traduits de cette lettre de Regius (lettre 14) et même d'une lettre suivante [lettre i5 du 24 janvier 1642), qu'il a insérés dans des passages empruntés à plusieurs lettres de Descartes, notamment aux deux Epîtres à Dinet et à Voet, ainsi qu'à un opuscule d' Utrecht, déjà cité. Narrât, historic. Acad. Ultr. Nous n'avons pas à reproduire ici des passages de Des- cartes qui trouveront leur place ailleurs; quant à l'opuscule d'Utrecht, nous donnerons dans le texte même les endroits cités et traduits par

�� � T^66 Correspondance.

Baillet. Toutes les dates iitentioiiitées dans les extraits qui suivent sont d'ailleurs sans doute en style julien, ce qu'indique en particulier' une note de l'exemplaire de l'Institut, citant la présente lettre comme du 21 avril ji mai, tandis que Baillet la marque comme du 21 avril,

« Paulô post, cùm ab inclyto urbis SeiTatu munus Rectoris Theologo » [Voetio] impositum esset, 16 Martii anno 1641, aliquoi post diebus » convenit eum Medicus iRegitis). et praemisso prol-mio de benevolentiâ » et t'avore ejus erga se. de ejusdem in Academiâ auctoritate, et quas istius » erant farinre, aperuit nunc demum sub ipsius Rectoratu affulgere pul- » cherrimam occasionem Academiœ huic industriam suam probandi, » eamque pro virili illustrandi : quod ille fore putabat evulgatione sus » Philosophiae. In quem finem postulabat consilium et auxilium Theo- » logi, tune Rectoris, sine cujus auctoritate nihil se tentaturum dicebat. » Consultabat verô utrum satius esset sententiam suam libro edito, an » Thesibus Academicis, in lucem proferre. Cumque posterius sibi potis- » simùm arridere ostenderet, Theologus conabatur persuadera, si omnino » statuisset meditationes suas in publicum edere, priorem moduin potius » amplecteretur : neque enim posse collegium disputationum, praesertim » paradoxarum, de totâ Piiysicà ordine proponi à Professore Medicinae, » sine praejudicio Professorum Philosophiae, atque =!iT2;;a; .Academicae » perturbatione. Cumque Medicus obtenderet partim auctoritatem Rec- » toris, partim lectionem problematicam, cujus respectu etiam esset » Professer Philosophiœ, Theologus utrumque diluebat, additis ratio- » nibus rei et tempori tune convenientibus. Tandem cum videret Theo- » logus eum à proposito dimoveri non posse, consilium suggessit, ut » totam Medicinam disputationibus publicis ventiiandam proponeret, » quaeque haberet paradoxa primœ parti, se. Physiologiae, sive per appen- » dices et CoroUaria (quod maxime suadebat), sive ipsis Thesibus inse- " reret; additâ antîquà monitione, de tradendâ receptà Philosophie, atque » paradoxorum suorum solidis demonstrationibus non negligendis. »

a Ita inchoatas sunt 17 Aprilis 1645 [sic pro 1641) Disputationes, titulo » primum Medicae^, quamvis magnam, si non potiorem, partem essent » Phvsicae; quippe in quibus Respondentium partes inter alios etiam » obirent nonnulli Philosophi, Theologico studio destinati, qui Medi- » cinam nunquam vel à limine salutarant. Sed disputationum istarum » cursus sub schemate illo non diu se continuit; quin 24 Novembris et » deinceps admistœ sunt disputationes, hoc titulo De illustribus quœstio- » nibus Physiologicis. » (P. 17-18 : Teslimonium Academiœ Ultrajectinœ et Narratio historica etc., Rheno-Trajecti, ex typographia Wilhelmi Strjckii, 1643.)

« Le Reâeur charmé de la déférence & des honnêtete\ de M. Re- gius [En marge : Lettr. 14 de Regius MS. à Desc], qui luy avait

�� � CCXXXVIII. — I- Mai 1641. )(i'j

apporté fes thé/es à corriger, fe contenta d'j faire quelques remarques pour fauver l'honneur de la Philojophie ancienne. . . »

« La première difpule publique de ces théfes fe Jit le XVII jour d'Avril de l'an 1641. M. Regius y préjîdoit ; & celuj qui lafoùtenoit fous luy éloit le jeune Monfieur de Raej-, qui s'e/l rendu depuis fort célèbre par fes écrits & fonfçavoir, & qui ejl encore aujourd'hui au uomb}-e des i>ivans ". » (Baillet, II, 140.)

« M. Regius,pour défendre fes fentimens contre la mèdifance & les versfatyriques de fes envieux, jugea à propos de faire imprimer une expoflion Jimplc de celle première difpule. Il en écrivit le XXI d'Avril à M. Defcarles pour l'informer de toutes chofes, & pour lu/ marquer que ces apportions ne J'ervoient qu'à Itif augmenter le courage avec lequel il efpéroit foûtenir les efforts des adveif aires de leur Philofophie commune. Mais pour lui faire fentir les befoins qu'il avoit defonfecours, il luy donna avis que la plus grande partie de l'Univerfité fe foulevoit contre luy par les pratiques de Voetius, qui prèlendoit employer le crédit de fon Redorai à la ruine du Car- tèfianifme. [En marge : Lettr. 14. MS. de Reg.] Il luy exagéra fur tout la fierté du jeune Voetius, Maitre-ès-Arts, qui ne manquoil pas d'efpril, mais que l'autorité de fon père fembloil avoir rendu info- lent dans les accufations faujfes & ridicules dont il avoit prétendu le charger. »

« // hiy envoya en même ièms la fuite des théfes qu'il devoit encore faire le V jour de May, avec les remarques que M. le Reâeur y avoit faites avant que de les lui pajfer. » (Ib., t. II, p. 141.)

« Les fécondes Théfes, fou leniies le S de May, n'eurent pas moins d'éclat que les premières, & elles ne firent pas moins de peine aux Profejfeurs de Philofophie, de Médecine & de Mathématique, auf- quels Voetius voulut perfuader que Regius avoil juré la ruine de la Philofophie qu'ils profejfoient, & qu'il fappoit les fondemens de leut connoiffances. Après les difputes de Phy/iologie, il en eût d'autres, dans le cours de l'été, louchant les opérations de l'Efprit, touchant les Pafjlons de l'Ame, la Subjlance, la Quantité, le Mouvement ; & fur les principales que/lions de Médecine. » i En marge : Lettr. 14. MS. de Reg.l Mais fes Théfes, quoyque corrigées par M. Defcarles,

a. Johannes de Raei ne mourut, en effet, que le ?o nov, 1702, dii VAlbum Academicum de Leyde, ou le 3o nov. 1701, dit celui d'Amster- dam, où Raei fut aussi professeur, et l'ouvrage de Baillet fut publié en lÔQi.

�� � j68

��Correspondance.

��à qui il ne donna pas peu d'exercice pendant tout le rejle de l'année 1641 ,ne fervirent qu'à augmenter la jaloufe qu'on avait de fa répu- tation, & à aigrir les e/prits des autres Profeffeurs qui ejloient déjà mal difpofei pour luj-. [En marge : T. I des Lettr. de Descart., pag. 396, 397, 398, 399, etc. Lettr. i5 MS. de Reg.] (Ib,, t. II, p. I4i.;

« Intérim multa partim editis Thesibus, et in ipsarum disputationum » concertatione, partim in dictatis, ac collegiis privatis asserta à Medico, » quas non tantum absurda et à communi sapientum sensu abhorrentia 1) erant, sed etiam facultatibus superioribus prœjudicatura, imprimis » Tiieologiae, quasque pacem ac incrementum novas Academiae, commu- » niaque juventutis stiidia perturbatura videbantur. Qualia sunt inter » alia :

» De quinque decantatis novœ Philosophice principiis : Quantitate se, » quiète, motu, situ, et figura; » item de particulis insensibilibus ;

» de definitione substantiœ corporeae , mentis humance, accidentis, » caloris et/rigoris ; » de quantitatis efficacid;

» de homine, quod sit ens per accidens, ac conjlatus ex anima, mente » et cor pore ; » de sede animœ, et glanduld pineali ; » de omnium rerum motu circUlari; • » de mundo indefinito; » de Christi persond quod non magis sit unum per se, quam homo ; » de vino supernaturali, quod scil. miraculosè productum erat in Cana » Galilia; » de bove vivo et morttio, ejusd'emque differentid ; » de bove mortuo, et à demone moto ;

» de globutis œtheriis, deque crassâ parte mundi, quœ in variarum » figurarum particulas distributa, à subtitioribus Elementis circumrapi~ » tur in gyrum ;

» de terrd, quod sit Planela: quippe qiiœ duplici motu circîimsyretur, » diurno et annuo ;

» porro constitutionem cœli, secundum dogmata Ptolomœi et Tychonis, » adversari Mechanicœ, quee illi feré unicum Physicœ est fundamentum; » denique quod. quicquid movetur, à seipso moveatur; et quas sunt ejus » generis alia. »

» Non rarô autem accidit, ut in disputationibus, cum Philosophie stu- » diosi acwus urgerent, et haut obscure in absurda et prsecipitia illum » adigere viderentur, ad tergiversationem, aut silentium, aut insectationes » opponeniium ac receptœ Philosophie confugeret. »

« Hinc indecorae ortae sunt contentiones et clamores, animorumque dis-

�� � 1.396. CCXXXIX. — Mai 1641. 369

» tractjones; hinc carmina satyrica, quibus utriusque partis Philosophia » cum suis disputatoribus laudata aut traducta, quorum primam originem » cum Medici asseclis (quin et ipsi Medico, quem carmen ejusmodi in « Typographeio corrigentem deprehcndisse se diccbant) tribuercnt stu- B diosi: putabantsibi non minus licitam esse receptaj et innocuae Philoso- " phiaî justam defensionem, quam aliis ejus temerariam derisionem. k (P. 18-19, Testim. Acad. Ultr. et Narrât. Hist., etc.)

Voir les réponses de Descartes, lettres CCXXXIX et CCXL ci-après.

��CCXXXIX.

Descartes a Regius.

[Endegeest, mai 1641.I Texte de Clerselier, toxe J. lettre 85. p. 3oC.

Sans date dans Clerselier. Mais c'est une réponse partielle à la lettre qui précède [p. 365) ; elle fut envoyée par Descartes V avant-veille de la suivante, lettre CCXL, comme on le voit par la dernière phrase de celle-ci. — 5/ l'envoi spécial de la pièce qui suit semble devoir faire supposer, entre Regius et Descartes, des communications pos- térieures à la lettre ci-dessus du i" mai, on peut croire que ces com- munications auront eu lieu par l'intermédiaire de M. l'an Sureck {voir ci-après, page 3-; 4. l. 6].

Vir Clariffime,

Tota noftra controuerfia de anima triplici, magis eft de nomine quam de re.

Sedprimp, quia Romano-Catholico non licet dicere animant in homine efTe triplicem, vereorque ne mihi homines imputent quod in tuis thefibus ponis, mal- lem ab ifto loquendi modo abflineas.

2 Etfi vis vegetandi & fentiendi in brutis fint adus

Correspondance. III, 47

�� � jjo Correspondance. i. :^y6

primi, non tamen idem funt in homine. quia ?ne?is prior eft, faltem dignitate.

j Etfi ea qiife fub aliqua generaii ratione conueniunt, poffint a logicis tanquam eiufdem generis partes poni, omnis tamen eiufmodi generalis ratio non efl verum 5 genus ; nec bona eft diuifio nifi veri generis in veras fpecies, e^ quamuis partes debeant effe oppofitœ ac diuerfae, vt tamen bona fit diuifio, non debent partes àfe mutuo nimium diftare. Nam fi quis, exempli caufa, totum humanum corpus in duas partes diftingueret, lo in quarum vnâ folum nafum, & in alià caetera omnia membra poneret, peccaret ifta diuifio, vt tua, quod partes eilent nimis inaequales.

4 Non admitto vim vegctandi & fentiendi in brutis mereri animœ appellationem, vt mens illam meretur i5 in homine; fed vulgus ita voluifl'e, quia ignorauit bruta mente carere, atque idcirco anùnœ nomen efi!e sequiuocum, refpedu hominis & brutorum.

5 Denique

CCXL.

Descartes a Regius.

[Endegeest, mai 1641.] Texte de Clerselier, tome I, lettre S4, p. 392-396.

Sans date dans Clerselier. Mais c'est la réponse à la lettre CCXXXV'JII ci-avant, du /" mai [p. 365). l'oir le prolégomène delà lettre précédente.

a. Clefselier ajoute : Deejl reliquum.

�� � 1, 392-?9?. CCXL. — Mai 1641. jji

Vir Clariffime,

Queri fane non pofTum de tua & D'omini de Raey humanitate, quod meum nomen veflris thefibus prae- mittere volueritis ; fed neque etiam icio qua ratione 5 à me gratise vobis agendae fint ; & tantum video nouum opus mihi imponi, quod nempe homines inde fintcre- dituri, meas opi niones à veflris non diffentire, atque adeo ab ijs quse afTeruiftis, pro viribus deffendendis, me impofterùm excufare non debeam ; & tante dili-

10 gentius ea quse legenda mififli debeam examinare, ne quid in ijs prsetermittam, quod tueri recufem.

Primum itaque, quod ibi minus probo, eft quod di- cdiS Animant homini ejje triplicem; hoc enim verbum, in mea religione, efl: haerefis ; & reuerà, fepofitâ reli-

i5 gione, contra Logicam etiam efl, animam concipere tanquam genus, cuius fpecies fint mens, vis vegetatiua, & vis motrix animalium. Per animam enim fenfitiuam non aliud debes intelligere, praeter v/w motricem, nifi illam cum rationali confundas. Haec autem vis motrix

jo à vi vegetatiua ne fpecie quidem differt ; vtraque autem toto génère à mente diftat. Sed quia in re non diilen- timus, ego rem ita explicarem.

Anima in homine vnica eft, nempe rationalis ; neque enim adiones vllae humanae cenfendae funt, nifi quee à

2 5 ratione dépendent. Vis autem vegetandi, & corporis mouendi, quae in plantis & brutis anima vegetatiua & fenfitiua appellantur, funt quidem etiam in homine, fed non debent in eo animes appellari, quia non funt primum eius aclionum principium, & toto génère dif-

3o ferunt ab anima rationali.

�� � JJ2 Correspondance. i, 393-394.

Vis autem vegetatiua in homine nihil aliud eft quam certa partium corporis conflitutio. quœ SiC.

Et paula poft : Vis autem J'cn/itiiu ert. Sic.

Et poftea : Hae diiî^ itaqiie nihil aliud funt quam corporis humani v.^c. 5

Et poftea : Cumque mens, Jiue anima ratwnalis, à corpore fit diflinda e^c, non immeritoyô/a à nobis anima appellatur.

Denique, vbi ais : Volitio vero & intelleclio differunt îantum, vt diuerji circa diuerfa obiecla agendi modi. m-al- 10 lem : differunt tantum vt-aclio & pajfjio eiufdem fubjîan- tiœ. Intelledio enim propriè mentis paffio eft, & voli- tio eius adio ; led quia nihil vnquam volumus, quin fimul intelligamus, & vix etiam quicquam intelligi- mus, quin fimul !aliquid velimus, ideo non facile in ijs i5 paffionem ab adione diftinguimus.

Quod autem tuus Voëtius hic annotauit, nullo modo tibi aduerfatur. Cum enim dicunt Theologi nul- lam fubftantiam creaiam efte immediatum fuae opera- tionis principium, hoc ita intelligunt, vt nulla créa- 20 tura poffit abfque concurfu Dei operari, non autem quod debeat habere facultatem aliquam creatam, à fe diftindam, per quam operetur ; abfurdum enim- effet dicere iftam facultatem creatam effe poffe imme- diatum alicuius operationis principium. & ipfam fub- 25 ftantiam non poiîe.

Alia vero quae annotauit, in ijs qu^e mififti non re- perio, ideoque nihil poffum de ipfis iudicare.

Vbi agis de coloribus, non video cur nigredinem ex illorum numéro eximas, cum alij etiam colores fint 3o tantum modi. Sed dicerem tantum : nigredo etiam in-

�� � I, 3y4-393. CCXL. M Al 164I. ^J^

ter colores cenferi folet, fed tamen nihil aliud ejî quam . certa difpofitio, &c.

De iudicio, vbi ais : Hcec ni/î accu rata & exaclafuerit, necejfario in decidendo &c.. pro necejfario ponerem fa- 5 cile. Et paulo poft. pro itaque hœc pote/î fufpendi &c., ponerem atque hœc &c. : neque enim quae fubiungis ex prœcedentibus deducuntur, vt verbum itaque videtur lîgnificare.

Quod dicis de affedibus, illorum fedem e[Je in cere-

io bro, eil valde paradoxum, atque etiam, vt puto, con- tra tuam opinionem. Etli enim fpiritus mouentes mur- culos veniant à cerebro, ledes tamen affectuum fu- menda eft pro parte corporis quae maxime ab illis alte- ratur, quae proculdubio eft cor; & idcirco dicerem :

i5 Affecluum, quaîenus ad corpus pertinent, fedes prœcipua eJî in corde, quoniam illud prœcipue ab illis alteratur;fed quatenus etiam vtentem afficiunt, ejl tantum in cerebro, quoniam ab illo/olo mens immédiate pati potejl.

Paradoxum etiam eft dicere, reçeptionem ejje aéîio-

20 nem, cum reuerà tantum fit paffio adioni contraria ; fed eadem tamen quae pofuifti. videntur (ic pofle reti- neri : Réçeptio ejiaclio [vel potius pajfw) animalis automa- tica, qua motus rerum recipimus; lue enim, ad omnia quœ in homine peraguntur fub vno génère comprehen-

a5 denda, pajjiones cum aélionibus coniunximus.

Quae denique habes in fine de temperie ad calidum

aut frigidum &c. defleélente . non examinaui ; quia

nuUis talibus, tanquam Euangelio, credendum puto.

Gaudeo tuum refpondentem redè fundum fuifîe

Jo officio, nec puto quicquam tibi efte metuendum ab ijs qui contra te ftilum exercebunt. Quaecumque mittes

�� � }74 Correspondance. 1,395.

libenter legam, & cum folita mea libertate, quicquid fenfero, refcribam. Nihil fcripfi de Centro grauitatis, fed de vario pondère grauium, fecundum varia à cen- tro terrée interualla. Quod non habeo nifi in libro, in quo multa alia fimul compada lunt ; fed tamen, fi le- 5 gère vis, prima occafione qua D. Van S. ^ Vltraiedum ibit, illum ad te per ipfum tranfmittam.

Non probo quod no\ïs fquammas pifcium &c. vocari corpora lucida, quia non impellunt ipfœmet globulos œthe- reos. Id enim etiam non facit carbo igniius, fed fola 10 materia fubtiliffima, quse tune carbonis partes ter- reflres, tune globulos illos aethereos impellit.

Quod etiam venœ Me:^eraïcœ Chyliini in Pancrcatc a venis lacleis accipiant, mihi non conftat; nec fané affirmare debes, nifi certiffimâ experientià cognoueris, '5 nec etiam eâ de re fcribere, tanquam fi nullae vense ladese ad hepar vfque chylum déférant, quoniam funt qui affirmant fe id expertos, & admodum verifimile mihi videtur.

Vellem etiam vt ea deleres quje habes contra Wa- 20 leum de motu cordis^, quia vir ille efl: pacificus, & tibi nihil glorise potefl accedcre, ex eo quod ipfi con- tradicas.

Non etiam tibi aflentior, cum définis acliones ejje operationes cib homine vi animœ & corporis fadas; fum 2 5 enim vnus ex illis qui negant hominem corpore in-

a. « Sureck » [Exemplaire de l'Institut). On écrit aussi Zurck, — Des- cartes parle sans doute ici de son Examen de la question géostatique (voir t. II, p. 222).

b. « C'est Topinion de Bartolin. V. la remarque de M. de la Forge sur l'art. 3 de V Homme de Desc. » [Exemplaire de l'Institut.)

c. Voir p. 70 ci-avant, premier éclaircissement.

�� � 111.6:7. CCXLI. — 19 Mai 1641. 575

telligere. Nec moueor argumento quo contrarium pro- bare contendis»; etfi enim mens impediatur à corpore, ab illo tamen ad intellectionem rerum immaterialium iuuari plané non poteft, fed tantummodô impediri.

De Anima 1 hominis triplici iam refpondi in prccce- dentibus quas mifi nudius-tertiùs", & idcirco hic tan- tum addo, me tibi addictiffimum femper futurum.

��CCXLI.

X*** A Mersenne pour Descaktes.

Paris, 19 mai 1641. Texte de Clerselier, tome IH, lettre 121, p. 62--G28.

« Au R. Père Mersenne, objections Métaphysiques », dit Clerse- lier, La lettre 122, qui suit, p. 62g-63i , est une version de celle-ci; la date du « ig mars 1641 », qui contredit celle qui est au bas de la lettre 121, est une faute d'impression. Cette lettre partit en même temps que les Objections de Gassend [voir ci-avant, p. 365, éclair- cissement n° 3j. Descartes y répondra par les deux lettres CCXLIII et CCXL V ci-après.

Leclœ {Reuerendiffime Pater ] Meditationes quarum co- piant mihi fecifli, femel tantuin, fed perdiligenter, fubli-

10 mes & pereruditce mihi vifx funt. Duhia tavien mihi inter

legendum non pauca orta funt. ."Eqiium non ejî rt pofcam

Jolutionem eonim ab ipfo authorc. nifi fœpius & attentif-

Jimè perleclis ijfdeni Meditationibus ne fie quidem fatis-

facere mihimet ipfe poffem.

i5 Vnum tamen ejï quod clariiis mihi cxplicatum intérim

a. Lettre CCXXXIX, p. 36q ci-avant.

�� � Jjô Correspondance. 111,627-628.

vellein, nimirum quid intelligere dcbeavi per voces has, ideam Dei, ideam Animae, & vniuerfaliter ideas rerum infenfibilium. Philofophonim viilgus per ideam Jignificare folet conceptutn fimplicem, qualis ejl imago manens (vt loquuntur) in phantafid, qiiœ vocatur etiam phantafma. 5 Sed negat Author Meditationum intelligere fe talent Dei ideam. Neque^ fi fie eam mtelligeret, vlla omnino Dei idea ejfe pojjet. Deiis enim incomprehenfibilis & injinitus non potejl reprœfentari per facultatem nojlram imagina- tiuam, quœ rerum fenfibiliiim & Jînitarum tantum capax 10 ejî. Videtur aiitem is ponere ideam' quandam rationalem, quœ ratiocinando excitatur, & quam ideo non phantafiœ, fed menti, rationi, intellecliii tribuit. Vt, verbi gratia, idea Solis phantajîica fit imago illa eius quœ habet di- menfiones ea^ qiias per AJîronomicas demonjîrationes in 1 5 Sole effe concipimus ^ Item fi Poligonum mille laterum vifui obijciatur, fiatim habetur eius idea quœ pertinet ad imaginatiuam ; fed ea quœ pertinet ad mentem, non ha- betur nifi lateribus prius numeratis.

Ego iam difiinclionem idearum per liœc exempla confi- 20 derans, inuenio, in exemplo primo, habere me per vifio- nem quidem \ ideam Solis confifientem circulo lucidifiimo non magno; quœ idea fvnplici nomine exprimitur, vt quando dico Sol ; nomina enim fignificant conceptus fim- plices tantùm. Pofiquam autem ratiocinando collegeri 25 Solem multotics maiorem effe quam idea illa quœ oculis apparuit. tune velfingo circulum ei œqualem, quœ femper efi idea imaginatiua, vel concipiens Solem fine aliâ ideâ prœter illavi pedalem, dico tamen multo maiorem eum effe quam videtur. Iam fi id quod lus verbis exprimitur, 3o

a. Ct". Mvditatio Tertia. p. 3y-40 (i' édit,), ou p. 33-34 (a édit.).

�� � iii,6î8. CCXLI. — 19 Mai 1641. '^'j']

idea vocanda fit, eo fenfu quo idea Dei intelligitur, fe- quitur ideam Dei exprimendam ejfe per propojîtionem, puta hanc : Deus exiflit, non per nomen vnum tantùm, quod non ejl nifi propofitionis pars. Similiter idea Poli- 5 goni quœ videndo acquiritur, eadem ejî in phantafiâ ante & pojl laterum numerationem ;fed idea quœ latera nume- rando acquiritur, [Ji tamen idea vocanda ejl), eJî concep- tus complexus, & exprimitur propojitione, puta hâc : Fi- gura haec habet mille latera. Hœc, inquam, funt quœ

10 ego intelligo cijxa dijîinclionem intcr ideam quam ponit ille in phantajîâ, & illam quam collocat in mente, Jiue intellecîu, fiue ratione.

Quœ Jï reclè & fecundum fententiam Authoris intel- ligOy eritfumma argumentationis qua probat Deum exi-

i5 Jîere, petitio principij. Vel enim fumit, Jîne probatione, quod datur idea Dei,^ & per ideam Dei intelligit cogni- tionem [per rationem) huius propojitionis, Deus exiftit ; &ficjumit quod debebat probare. Vel non fumit,fed pro- bat, dari ideam Dei, per hoc quod ratiocinando pojfumus

20 inferre Deum exijîere; & fie probat idem per idem : idem enim efi habere ideam Dei, & ratiocinando inferre Deum exijîere. Idetn vitium ejl in argumentatione qua probare vellet, Animam exiftere incorpoream.

Sed vereor ne meâ hebetudine non fatis ajfequutus

2$ Jim J'ententiam eius de talibus ideis. Nolo tamen meâ caujâ interpelles virum, vt audio, in promouendis fcientijs occupatijfimuvi. Tua ope, vbi conuenerimus traélatumque illum relegero, fpero me, quid per ideas eius intelligen- dumjît, melius expifcaturum. Va le.

3o Parifijs, ig Mai] 1641.

Correspondance. III. ^g

�� � jj8 Correspondance. 1,300-307.

��CCXLII. Descartes a [Mersenne].

■27 mai 1Ô41 : \"ersion française de Cierselier, tome I, lettre 112, milieu, p. 3oô-3o9.

Cette lettre 112 de Cierselier se compose de trois parties : la pre- mière est notre lettre XXII, du 6 mai lôSo, t. I, p. 14-. et la der- nière, notre letti-e LXX, de mars i63~, t. I, p. 84-. Entre les deux est ce fragment postérieur aux Méditations. Xous le plaçons ici. a tout hasard, parce que, dans la lettre CCXXXVII [p. 36o, l. 7), // est question du même sujet {liberté d'indifférence , et que Descartes y revient encore dans la lettre CCXLII', du 23 juin 1641 , n°3 et n 8. Peut-être ce fragment faisait-il partie d'unelettre perdue, du 2- mai 1641 , la 41' de La Hire, /r [35 du classement de dom Poirier"". — L'exemplaire de rinstitut donne rindicatio)! suivante : « Da>is les tnanuscrits de M. D.,j'ai trouvé cet alinéa jusqu'au suivant, écrit en latin, fort raturé et griphoné.. . C'est un article qu'il faudra rejeter dans l'endroit des lettres non datées, et qui ne méritent d'être ramas- sées qu'à cause de la matière dont elles traitent. Vore:{ la page 1 1 1 de ce nouveau cahier. » — D'après Baillet, le R. P. (/. 2) serait le P. Gibieuf

Pour le Libre Arbitre, ie fuis entièrement d'accord auec le R. P. Et pour expliquer encore plus nettement mon opinion, ie délire, premièrement, que l'on re- marque que rindiffcrence me femble lignifier propre- ment cet état dans lequel la volonté fe trouue, lors qu'elle n'ell: point portée, par la connoiiîance de ce qui efl: vray ou de ce qui eft bon, à fuiure vn partv plutoft que l'autre; et c'eii en ce fens que ie l'ay

a. Sur une mention de cette lettre par Baillet, voir ci-après le dernier éclaircissement de la lettre CCXLIV, p. 3qo.

�� � 1, 5o7. CCXLII. — 27 Mai 1641. 379

prife, quand i'ay dit que le plus bas degré de la li- berté confiftoit à fe pouuoir déterminer aux chofes aufquelles nous fommes tout à fait indifFerens^ Mais peut-eflre que, par ce mot à' Indifférence, il y en a

5 d'autres qui entendent cette faculté pofitiue que nous auons de nous déterminer à l'vn ou à l'autre de deux contraires, c'eft à dire à pourfuiure ou à fuir, à af- firmer ou à nier vne mefme chofe. Sur quoy i'ay à dire que ie n'ay iamais nié que cette faculté pofitiue

10 fe trouuafl: en la volonté ; tant s'en faut, i'efl;ime qu'elle s'y rencontre, non feulement toutes les fois quelle fe détermine à ces fortes d'adions, où elle n'eil point emportée par le pois d'aucune raifon vers vn cofté plutofl que vers vn autre ; mais mefme

i5 qu'elle fe trouue mêlée dans toutes fes autres adions, en forte qu'elle ne fe détermine iamais qu'elle ne la mette en vfage ; iufques-là que, lors mefme qu'vne raifon fort éuidente nous porte à vne chofe, quoy que, Mo?-allenient parlant, il foit difficile que nous piiiflions

20 faire le contraire, parlant neantmoins Abfolument, nous le pouuons : car il nous efl; toufiours libre de nous empefcher de pourfuiure vn bien qui nous ell clairement connu, ou d'admettre vne vérité éuidente, pouruû feulement que nous penfions que c'eft vn bien

25 de témoigner par-là la liberté de nollre franc-arbitre.

De plus, il faut remarquer que la liberté peut eftre

confiderée dans les adions de la volonté, ou auant

qu'elles foient exercées, ou au moment mefme qu'on

les exerce.

3o Or il ell certain, qu'eftant confiderée dans les ac-

a. Voir Médit. IV, p. 67 (édit. 1641), ou p. 56 (édit. 1642).

�� � )8o Correspondance. i, soy-sos.

tiens de la volonté auant qu'elles foient exercées, elle emporte auec foy l'Indifférence, prife dans le fé- cond fens que ie la viens d'expliquer, & non point dans le premier. C'efl à dire qu'auant que noftre vo- lonté fe foit déterminée, elle eft toufiours libre, ou a 5 la puiffance de choifir Ivn ou l'autre de deux con- traires, mais elle n'eft pas touiiours indifférente; au contraire, nous ne délibérons iamais qu'à delTein de nous ofler de cet état, où nous ne fçauons quel party jprendre, ou pour nous empefcher d'y tomber. Et bien lo qu'en oppofant^ noflre propre iugement aux comman- demens des autres, nous ayons coutume de dire que nous fommes plus libres à faire les chofes dont il ne nous eft rien commandé, ^^ où il nous eft permis de fuiure noftre propre iugement, quà faire celles qui i5 nous font commandées ou deffenduës ; toutesfois, en oppofant nos iugem.ens ou nos connoiftances les vnes aux autres, nous ne pouuons pas ainfi dire que nous foyons plus libres à faire les chofes qui ne nous fem- blent ny bonnes ny mauuaifes, ou dans lefquelles 20 nous voyons autant de mal que de bien, qu'à faire celles ou nous apperceuons beaucoup plus de bien que de mal. Car la grandeur de la liberté confifte, ou dans la grande facilité que l'on a à le déterminer, ou dans le grand vfage de cette puiffance pofitiue que nous iS auons de fuiure le pire, encore que nous connoiflions le meilleur. Or eft-il que, ii nous embraftons les chofes que noftre raifon nous perfuade eftre bonnes, nous nous déterminons alors auec beaucoup de facilité ; que 11 nous faifons le contraire, nous faifons alors vn îo

a. Clerselier : poposant; Cousin : proposant (à tort).

�� � 1, 5o8-5o<,. CCXLII. — 27 Mai 1641. j8i

plus grand vfage de cette puiflance pofitiue ; et ainfi nous pouuons toufiours agir auec plus de liberté tou- chant les chofes où nous voyons plus de bien que de mal, que touchant celles que nous appelions Indiffc- 5 renies. Et en ce fens-là aufli, il cil vrav de dire que nous faifons beaucoup moins librement les chofes qui nous font commandées, & aufquelles fans cela nous ne nous porterions iamais de nous-mefmes, que nous ne faifons celles qui ne nous font point com-

o mandées. D'autant que le iugement, qui nous fait croire que ces chofes-là font difficiles, s'opofe à celuy qui nous dit qu'il cft bon de faire ce qui nous elt com- mandé; lefquels deux iugemens, d'autant plus égale- ment ils nous meuuent, t*^ plus mettent-ils en nous de 5 cette indifférence, prife dans le fcns que i'ay le pre- mier expliqué, c'eft à dire qui met la volonté dans vn état à ne fçauoir à quoy fe déterminer.

Maintenant, la liberté ertani confiderée dans les ac- tions de la j volonté au moment mefme qu elles font

20 exercées, alors elle ne contient aucune indifférence, en quelque fcns qu'on la veuille prendre; parce que ce qui fe fait, ne peut pas ne fe point faire dans le tems mefme qu'il fe fait; mais clic confifte feulement dans la facilité qu'on a d opérer, laquelle, à mefure

25 qu'elle croift, à mefure auffi la liberté augmente; et alors faire Librement vne chofe, ou ]a faire Volontiers, ou bien la faire Volontairement, ne font qu'vne mefme chofe. Et c'eft en ce fens-là que i'ay écrit que ie me portois d'autant plus Librement à vne chofe, que l'y

3o eftois pouffé par plus de raifons *. parce qu'il eft; cer-

a. Voir Médit. IV. p. 6y {éà\i. 1641), ou p 56 édii. iÔ4-2;.

�� � }^2 Correspondance. ir, 200-297.

tain que noftre volonté fe meut alors plus facilement & auec plus d'impetuofité^.

��CCXLIII.

Descartes a Mersenne.

[Endegeest, 16 juin 1641.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 54. fin, p. 2g6-:97.

L'exemplaire de l'Institut donne en marge la note suivante : « Cet » article n'est point de cette lettre, mais de la 42^ des MSS. d( La » Hire, datée d'EnJegeest, ce 16 juin 1641 . •> Cette 42' lettre, dont la plus grande partie nous manque sans doute, était au reste le >!° [36] du classement de dom Poirier. Xous avons en tout cas détaché le fragment qui suit de la lettre CCXXXVII , du 21 avril 1641, [voir p. 363 ci-avant note b , pour le donner après la lettre CCXLI, du ig mai, à laquelle il parait être line première réplique. Descartes répondant plus amplement, lettre CCXLV ci-après,

le ne fais point encore réponfe aux deux petits feuillets dOhjeélions que vous m'auez enuoyées, à caufe que vous me mandez que ie les pourray ioin- 5 dre auec celles que ie n'ay pas encore receuës, bien que vous me les ayez enuoyées il v a huit iours. Mais à caufe que celuy qui demande ce que i'entens par le mot Idea, femble promettre dauantage d'Objections, & que la façon dont il commence me fait efperer que lo celles qui viendront de luy feront des meilleures li des plus fortes qui fe puilTent faire, fi par hazard il attendoit ma réponfe à cecy, auant que d'en vouloir

a. « Icy finit ce fragment. » 'Exemplaire de l'Institut.

�� � it, 297- CCXLIV. — 2} Juin 1641. j8j

enuoyer d'autres, vous luy en pourrez faire Içauoir la fubflance, qui eft que, par le mot Idea, i'entens tout ce qui peut eflre en noflre penfée, & que l'en ay di- ftingué de trois fortes" : à fçauoir quœdam funt adiien- 5 titiœ, comme l'idée qu'on a vulgairement du Soleil ; aliœ faclœ vel faclitiœ, au rang defquelles on peut met- tre celle que les Aftronomes font du Soleil par leur raifonnement ; & aliœ innatœ, vt Idea Dei, Mentis, Corpori.s, Trianguli, & genei'aliter omnes quœ aliqiias

10 EJfentias Veras, Immiitabile.s & yEternas reprefe7itant. lam vero, fi ex Idea faélâ concluderem id quod ipfam fa- ciendo explicité pofiii, effet manifejîa petitio priiicipij ; fed quod ex Idea Innatâ aliqiiid eruam, quod quidem in eâ implicite continebatur, fed tamen prius in ipfâ non

1 5 aduertebam, vt ex Idea Trianguli, quod eius très anguli fint œquales duobus reélis, aut ex Idea Dei, quod exijlat, &c., tantum abejl vt fit petitio principij, quin potius ejl, etiam fecundum Arijlotelem, tnodus dcmonflrandi om- nium perfecliffimus, nempè in quo vera rei de/initio habe-

20 tur pro medio.

CCXLIV.

Descartes a Mersenne.

[Endegeest], 23 juin 1641. Autographe, Bibl. Nat., fr. n. a. 5iGo. f. 27 et 2^.

Trois pages grand format. Des numéros eu marge indiquent les alinéas. Lettre 48' de la collection La Hire, et 11° {3j) du classement

a. Méditations, p. ?7 (i" édit.), ou p. 3i (2édit.).

�� � j84 Correspondance.

de dom Poirier. Non inipritvée par Clerselier, soit que la minute de cette lettre manquât, soit à cause de l'alinéa 7 [p. 3Sj),oii il est ques' tion de l'Eucharistie ou même de l'alinéa 5 oit Jansénius est nomme [p. 386, l. 27).

Mon Reii"'^ Père,

le vous enuoye le refte des obiedions de M"^ Gaf- fendi^ auec ma refponfe. Touchant quoy, ie vous prie de faire imprimer, s'il eft poffible,les dites obiëc- tions, auant que lautheur voye la refponfe que i'y 5 av faite; car, entre nous, ie trouue quelles contienent fi peu de raifon, que i"apprehende qu'il ne veuille pas permetre qu'elles foyent imprimées, lorfqu'il aura vu ma refponfe; & nioy, ie le defire entièrement, car, outre que ie ferois marry que le tems que iay pris a 10 les faire fuft perdu, ie ne doute point que ceux qui ont creu que ie n'y pourrois refpondre, ne penfafTent que ce feroit moy qui naurois pas voulu quelles fuf- fent imprimées, a caufe que ie n'aurois pu y fatif- faire*. le feray bien ayfe aulTy que fon nom y Ibit en i5 tefte, ainfy qu'il la mis*. 11 eft vray que, pour ce der- nier, s'il ne le veut pas permetre, il a droit de l'em- pefcher, a caufe que les autres n'ont point mis leurs noms ; mais il ne peut pas empefcher qu'elles ne fovent imprimées. Et ie vous prie auffy de donner au 20 libraire la mefme copie que iay veuë, poureftre im- primée, affin qu'il n'y ait rien de changé.

Au refte, quelque foin que iaye eu de m'enquerir

a. Descaries avait donc renvoyé déjà une partie de ces objections, sans doute avec la lettre du 16 juin, dont nous n'avons qu'un l'ragment (lettre CCXLIII, p. 382 ci-avant). Rappelons que les objections deGassend avaient été envoyées de Paris par Mersenne le 19 mai (p. 365 ci-avant, éclaircissement. n° 3).

�� � CCXLIV. — 23 Juin 1641. 385

du meffager ou eftoit demeuré le pacquet que ie de- uois receuoir, il y a i ^ iours'\ dans lequel eftoient les deux feuilles G cl" H, auec certaines obiedions auf- quelles vous me mandaftes, il y a 8 iours, qu'il falloir 5 adioufter deux articles, dont Fvn commence Quod enim &c., & l'autre Qiiod autem fapiens &c. , * ie n'en ay fceu apprendre aucunes nouuelles. C'efl pour- quoy ie vous prie de m'enuover derechef au plutoft tant ces 2 feuilles G & H que ces obieâ:ions,affin que

10 i'y refponde, fi ce n'efl que vous appreniez a Paris ce qui a retardé ce pacquet, c_^ que ie le reçoiue encore cy après ; car il m'ell arriué affez fouuant que i'ay receu vos letres 2 ou j femaines plus tard qu'il ne faloit.

i5 I. le viens de receuoir voftre dernier pacquet auec les feuilles O, P, Q, & la letre de M' l'abé de Launay, a laquelle ie ne feray point refponfe pour ce voyafge*, a caufe que ie fuis trop las d'auoir tranfcrit toute ma refponfe a M' GalTendi. Et pour les obiedions du

20 R. P. de la Barde, ie les ioindray auec les précéden- tes*, puifque vous le iugez a propos; mais cela fera caufe que ie ne vous en pourray enuoyerla refponfe, que lorfque i'auray receu derechef celles qui ont efté perdues par les chemins.

25 2. le feray bien ayfe d'auoir quelques exemplaires a grande marge, puifque Soli en a fait imprimer; & affin qu'il ne perde rien a cela, ie le quitteray de la relieure de ceux qui feront a grande marge.

j. Pour ce que i'ay efcrit de la liberté, il efl con-

3o forme a ce qu'en a aufly efcrit auant moy le R. Père

a. Page 382 ci-avant, 1. 7.

Correspondance. III. 49

�� � ^86 Correspondance.

Gibieuf^ & ie ne crains pas qu'on m'y puifîe rien obieder.

4. Pour les a capitc dans l'impreffion, ie trouue qu'on en a mis plufieurs ou ils ne font pas neceflai- res, & qu'on en a omis ou il euft efté meilleur d'en 5 mètre : comme, au commencement de la 209 page, il n'en faloit point; mais il en faloit vn j lignes après, au mot Superejî^. Et enfin ie croy auoir obferué tous ceux qui y deuoient élire, en ma copie ; c'efl pour- quoy ie voudrois que vous l'euffiez donnée a l'impri- 10 meur pour eflre fuiuie^ & ie vous prie de le faire pour ce qui refte, excepté que ie puis auoir omis plu- fieurs points & virgules, que ie feray bien ayfe qu'on y adioufte; mais les imprimeurs ont des gens qui font accouflumez a les mètre, fans qu'il foit befoin i5 que vous en preniez la peine, & ie ne vous donne que trop de peine en autres chofes.

{En marge de cet alinéa 4 :) le VOUS prie auffy de faire ad- ioufler les chiffres que i'ay mis dans les obiections de M' Gaûendi, pour feruir de diftindions, affin qu'on 20 puiiTe voir a quel endroit de fon efcrit fe raporte chafque endroit de ma refponfe. Et il n'y faut point d'autres a capite que ceux qui font marquez par ces chiffres i, 2, ^.

'y le n'ay point vu Antoniana Margarita*, ny ne 2 5 croy pas auoir grand befoin de les voir, non plus que les thefes de Louuain , ny le liure de lanfe-

a. Voir page 36o ci-avant, 1. 7, et tout le fragment imprimé comme lettre CCXLIL p. 3;8.

b. L'édition de 1641. p. 209, faisait commencer l'alinéa à Cumque iam ipse . . . , et non à Superejl. Rectification a été faite dans l'édition de 1642.

�� � CCXLIV. — 2^ Juin 1641. ^87

nius " ; mais ie feray bien ayfe de fçauoir ou il a efté imprimé, affin que, û i'en auois befoin, ie le peuffe trouuer.

6. Pour les 2 endroits de ma letre a M'^ de la Sor- 5 bone que vous iugez a propos de changer, i'y ac- quiefce fort volontiers & remercie M' de S'^ Croix du foin qu'il a en cela de mon bien. Vous ofterez donc, s'il vous plaid, \e forte, bien que ie ne l'euffe pas mis comme doutant de la chofe, mais affin de ne point

10 entrer en difpute contre ceux qui en pourroient dou- ter. Et pour l'autre paiTage, il me femble qu'on le pourra ainfy changer : hoc a me fummopere flagitarunt : ideoque officij mei ejfe putaui, nonnihil hac in re canari, Quicquid autern &c. ^.

i5 7. Pour la fuperficie que i'ay dit ne faire point par- tie du pain ny de l'air qui eft autour % elle ne diffère en rien du locus Arijlotelicus des efcholes, ny de toutes les fuperficies que confiderent les Géomètres, excepté en l'imagination de ceux qui ne les conçoiuent pas

20 comme ils doiuent, & qui fuppofent ({uq fuperficies cor- paris avibiemis (oit \ne partie du cors circoniacent. En quoy ils fe meprenent. Et pour cete caufe, en la Diop- trique, ie n'ay pas parlé de la fuperficie du verre, ny

a. CoRNELii Jansenii, e/ir5co/>/ Iprensis, Augustinus; seu doctrîna S. Au- gustini de humanœ natitrtv sanitate, œgritiidine, medicina, adversus Pela- gianos et Massilienses (Lovanii, 1640, 3 tomes en i vol. in-fol.).

Idem. — Accedit huic editioni Floremii Conrii tractatus de Statu par- vulorum sine baptismo decedentiiim (Parisiis, i64t, 3 tomes en i vol. in-fol.).

b. Al' bas de la page 5 de cette Epistola (non paginée), édit. 1642, ou p. 6, édit. 1641. On ne sait pas à quel endroit était le mot forte sup- primé.

c. Rép. aux 4*' Objections, p. 288-289 (édit. 1642).

�� � 388 Correspondance.

de Tair, mais de celle qui fepare Tair du verre (p. 22, 1. M).

8. le fuis grandement ayle de ce que le Père Gi- bieuf entreprend mon parti & tafche de me faire auoir approbation des Docteurs : ie ne manqueray de l'en 5 remercier quand il fera tems% & û ie la reçoy par l'entremife de M'^* d'Aiguillon^, l'en feray encore plus ayfe, a caufe que, par ce moyen, i'auray en quelque façon la faueur pour moy.

9. Pour les fautes de l'impreffion, elles importent 10 peu, & i'en trouue beaucoup moins aux dernières feuilles qu'aux premières; mais pour les 7 ou 8 prin- cipales, qui changent le fens des Méditations, il me femble qu'on les pourroit faire corriger a la main en toutes les feuilles, auant qu elles foyent aflemblées, i5 & i'aymerois mieux en payer les frais. Et ie feray bien ayfe de fçauoir combien on en tire d'exemplaires; car

fi on en tire peu, & qu'il fe fift cy après vne 2* im- preffion, il feroit ayfé de la rendre beaucoup plus correde. 20

10. M' Picot* eft icy a Leyde & femble auoir enuie de s'y arefter ; nous fommes affez fouuent enfemble. Pour fes deux camerades, ils vont & vienent, & ie croy que dans peu de tems ils retourneront en France.

11. Vous verrez que i'ay fait tout ce que i'ay pu 25 pour traiter M' Gaifendi honorablement & douce- ment ; mais il m'a donné tant d'occafions de le mef-

a. Voir ci-avani lettre CCXV, page 236, et ci-après lettre CCXLIX.

b. La duchesse d"Aiguillon, nièce de Richelieu, qui s'intéresse ici aux Méditations, serait-elle la même dame qui déjà s'intéressait au Discours de la Méthode et aux Essais en i6?7? Voir t. I, page 376, 1. 14.

�� � CCXLIV. — 2j Juin 1641. 589

prifer & de faire voir qu'il n'a pas le fens commun & ne fçait en aucune façon raifonner, que i'euffe trop laiffé aller de mon droit, fi l'en euffe moins dit que ie n'ay fait; & ie vous affure que l'en aurois pu dire beaucoup dauantage. le fuis,

Mon Reu"^' Père,

Voftre très paffionné & très obligé feruiteur, descartes.

Du 2j luin 1641.

Page 384, 1. i5. — On a là Timpression que les Remarques de Gassend tirent sûr Descanes. Voici maintenant celle que les Réponses de Descartes firent im Gassend.

Le 19 juillet itJ4i, " xiv Kal. Augusti », celui-ci écrivit de Paris au comte d'Alais, Louis de Valois, la lettre suivante :

< Nihil fuerat opus, Optime Princeps, conscribi ad te Cartesianœ Meta- ,) physicœ ar^umentum {allusion à une lettre précédente, du 3 mai, que ,> nous avons citée, p. 304, quando ea iam excuditur, Mersennusque .) noster editionem curât. Ita ipsemet est nuper confessus, qui initie ce- » lauerat; adiecitque imprimi vnà cum Obiectiones alias, tum Animad- « uersiones meas, solutione iam a Cartesio missa. Requisiui ipsum, vt » mihi illius copiam faceret. Cum verô tergiuersaretur : Annon facis, » inquam, quôJ Antagonista se acerbiorem prcebuit, vererisque ne ex » lectione aliquid molestiœ creetur? Annuit ingénue. Tum autem ego : » Tu non igitur me sat nosti, qui, si quid rationis occurrat, ardenter » excipiam, si quid stomachi, facile condonem? Dédit itaque demum » pellegendam. Cum perfecissem : Quàm benè, inquam, mecum agitur, » quàd meœ Animaduersiones secundum tolam sérient cum Responsionibus » imprimantur! quippe erit vnde Lectores œquum de controuersiâ, deque „ stylo iudicium ferant. Hœc ipse ad illum. Tu, Optime Princeps, cum » liber erit prs manibus,quid id totum sit, vberiùs cognosces.Heic solum .. addo, per-mirum esse, quàm sinius quisque nosfri amantes, quàm sen- >, tentiae semel intixœ tenaces, quàm contradictionis minime patientes! » Cumque id minus quemlibet deceat. tum praecipuè virum sapientiam , professum, qui dignus esse eo nominc, nisi pro scopo habeat veritatem » solam non potest. Non modù enim asquum videtur, vt patiamur Pla- » cita nostra controuerti ab aliis; sed etiam vt ipsimet nos, veritatis ergo, « ipsa euertamus... »'(G(7«. Op.,\l, 111-112.)

�� � jço Correspondance.

Page 384, 1. 16. — Mersenne suivit les instructions de Descartes. Dans l'Index de la première édition des Méditations, on lit ; « Objectiones » quintœ Pétri Gassendi, Diniensis Ecclesiœ Prcepositi et acutissimi Phi- » losophi, à pag. 355 ad 4g 2. »

Page 385, 1. 6. — Descartes ajoutera ce second article à la fin du cin- quième point, ^'°»' Objections, p. 459 (édit. 1642); quant à l'autre, il le divisera en deux parties, dont la première forme le septième point, p. 460- 461, et la seconde se trouve à la fin du troisième, p. 456-437. Voir la lettre CCXLVIII ci-après, du 22 juillet 1641. {Clers., II, 297-29S.)

Page 385, 1. 17. — Descartes répondra à l'abbé de Launay, le 22 juillet 1641, lettre CCXLIX ci-après.

Page 385, 1. 21. — C'est-à-dire avec les sixièmes objections. Ce sont les objections du P. de la Barde, que Descartes vise à la fin de sa réponse, p. 489 (édit. 1642), comme on le voit, lettre CCXLIX ci-après, {tiers., II, 3oo.)

Page 386, 1. 25. — Livre d'un médecin espagnol, Gomez Pereira, qui l'intitula ainsi du nom de ses père et mère, et le publia à Médina del Campo, en 1554. Descartes avait pris là, disait-on, sa fameuse opinion de l'automatisme des bêtes. Mais, dit Baillet (II, 537), a comme l'a fort » bien remarqué M. Bayle {Noiiveil. de la Rép. des lettr., 16S4, t. 7. » p. 22), Pereira n'ayant pas tiré son paradoxe de ses véritables principes, » et n'en ayant point pénétré les conséquences, il ne peut pas empêcher » que M. Descartes ne l'ait trouvé le premier par une- méthode philoso- 1 phique ». Et Baillet rappelle que ce « dogme « était soutenu déjà du temps de S. Augustin [De Qiiantitate Animce. cap. 3o\ et remonte même jusqu'aux Stoïciens et aux Cyniques; il cite à ce propos un M. du Rondel. [Noiiv. de la Rép., ibid., p. 2gi .)

Page 388, 1. 21. — « Il n'eut point d'amis plus assidus à le fréquenter » pendant cette année .1642 [sic], dit Baillet, que M. l'Abbé Picot et » M. l'Abbé de Touchelaye le jeune, qui avoit étudié sous le P. Bourdin » Jésuite, et qui avoit un frère aine pareillement Bénéficier à Tours, » intime ami de M. Descartes. » {Vie de Mons. Des-Cartes, II, 176), avec cette note en marge : « Lettr. MS. de Desc. à Mers, du 27 May 1641. » (C'est la lettre 41' de La Hire et 35' de Poirier, aujourd'hui perdue, au moins en grande partie. Voir plus haut, lettre CCXLII, p. 378.)

�� � m, 6:<2. CCXLV. — Juillet 1641. ^91

��CCXLV. Descartes A Mersenne.

[Endegeest, juillet 1641.] Texte de Clerselier, tome III, lettre uS, p. 632-636.

« Réponse à la précédente », c'est-à-dire à la lettre CCXLI, du ig mai 1641 [p. 3jS). Elle est datée, en conséquence, sur l'exem- plaire de V Institut, du 1" juillet 1641 [lundi). Après une première réponse, lettre CCXLIII,oii Descartes disait qu'il attendrait d'autres objections du même personnage, il semble s'être ravisé et avoir répondu plus amplement sans rien attendre d'autre. Mais s'il l'a fait sur la demande de Mersenne, ce ne peut guère être avant le 8 juillet.

Mon Reuerend Père,

Si ie ne me trompe, celuy dont vous m'auez fait voir la Lettre Latine qu'il vous a écrite, n'eft pas en- core à prendre party dans le iugement que nous de-

5 uons faire des chofes. Il s'exprime trop bien, quand il explique fes propres penfées, pour croire qu'il n'ait pas entendu celles des autres ; ie me perfuade bien plufloll qu'eilant preuenu de fes opinions, il a de la peine à gouller ce qui s'oppofe à fes iugemens. Ainfi

10 ie preuoy que ce ne fera pas là le dernier différent que nous aurons enfemble ; au contraire, ie m'ima- gine que cette première lettre eil comme vn cartel de défi qu'il me prefente, pour voir de quelle façon ie le receuray , & fi, après auoir moy-mefme ouuert le champ

i5 de bataille à tous venans, ie ne feindray point de me-

�� � 59- Correspondance. m, 6?;-63?.

furer mes armes auec les Tiennes % & d eprouuer mes forces contre luy. le vous auoùe que ie prendrois vn fingulier plailir d'auoir à faire auec des perfonnes d'efprit comme luy, fi, par ce qu'il m'en a faitparoi- ftre, il ne me fembloit defia trop engagé ; mais ie crains 5 fort^ qu'à fon égard tout mon trauail ne foit inutile, & que, quelque foin que ie prenne pour le fatisfaire,& pour tafcher de le retirer du mal-heureux engagement où ie le voy, il ne s"v replonge plus auant de luy- mefme, en cherchant les moyens de me contredire. lo

Eft-il croyable qu il nait pu comprendre, comme il dit, ce que ientens par l'idée de Dieu, par l'idée de l'Ame, & par les idées des chofes infenfibles', puifque ie n'entens rien autre chofe,par elles, que ce qu'il a dû necelTairement comprendre luy mefme, quand il vous i5 a écrit qu'il ne l'entendoit point ? Car il ne dit pas qu'il n'ait rien conceu par le nom de Dieu, par celuy de l'Ame, & par celuy des chofes infenfibles ; il dit feule- ment qu'il ne fçait pas ce qu'il faut entendre par leurs idées. Mais s'il a conceu quelque chofe par ces noms, 20 comme il n'en faut point douter, il a fceu en mefme temps ce qu'il falloit entendre par leurs idées, puis qu'il ne faut entendre autre chofe que cela mefme qu'il a conceu. Car ie n'appelle pas Amplement du nom d'idée les images qui font dépeintes en la fantai- 25 fie; au contraire, ie ne les appelle point de ce nom, en tant qu'elles font dans la fantaifie corporelle ; mais l'appelle généralement du nom d'idée tout ce qui eft

a. Clerseliei' a imprimé Sciences.

b. Moi ajouié dans Xerrata de Clerselicr.

c. Voir ci-avant p. 376, 1. 2-3.

�� � 111.633-634. CCXLV. — Juillet 1641. ^93

dans noftre efprit, lors que nous conceuons vne chofe, de quelque manière que nous la conceuions.

Mais i'apprehende qu'il ne foit de ceux qui croyent ne pouuoir conceuoir vne chofe, quand ils ne fe la 5 peuuent imaginer, comme s'il n'y auoit en nous que cette feule manière de penfer & de conceuoir. Il a bien reconnu que ie n'eftois pas de ce fentiment ; & il a auffi alTez monflré qu'il n'en efloit pas non plus, puis qu'il dit luy-mefme que Dieu ne peut eftre con-

10 ceu par l'imagination. Mais fi ce n'ell pas par l'imagi- nation qu'il efl conceu, ou l'on ne conçoit rien quand on parle de Dieu (ce qui marqueroit vn épouuantable aueuglement), ou on le conçoit d'vne autre manière; mais de quelque manière qu'on le conçoiue, on en a

i5 l'idée, puifque nous ne fçaurions rien exprimer par nos paroles, lors que nous entendons ce que nous di- fons, que de cela mefme il ne foit certain que nous auons en nous l'idée de la chofe qui eft fignifiée par nos paroles.

20 Si donc il veut prendre le mot d'idée en la façon que i'ay dit^ tres-expreïTément que ie le prenois, fans s'arrefter à l'equiuoque de ceux qui le rellraignent aux feules images des chofes matérielles qui fe for- ment dans l'imagination, il luy fera facile de recon-

25 noiftre que, par l'idée de Dieu, ie n'entens autre chofe que ce que tous les hommes ont coullume d'enltendre lors qu'ils en parlent, & que ce qu'il faut auffi de ne- ceffité qu'il ait entendu luy-mefme ; autrement, com- ment auroit-il pu dire que Dieu eft infiny & incom-

3o prehenfible, & qu'il ne peut pas. eftre reprefenté par

a. Médit. IIP, p. 35-36 (édit. i64t). ou p. ?o-3 i (édit. 1642).

Correspondance. IH. 5o

�� � ^94 Correspondance. 111.634.

noftre imagination ? & comment pourroit-il alTurer que ces attributs^ & vne infinité d'autres qui nous expriment fa grandeur, luy conuiennent, s'il n'en auoit l'idée ? Il faut donc demeurer d'accord qu'on a l'idée de Dieu, & qu'on ne peut pas ignorer quelle eil 5 cette idée, ny ce que l'on doit entendre par elle; car fans cela nous ne pourrions du tout rien connoillre de Dieu. Et l'on auroit beau dire, par exemple, qu'on croit que Dieu cjl, & que quelque attribut ou perfec- tion luy appartient, ce ne feroit rien dire, puifque 10 cela ne porteroit aucune fignification à noftre efprit; ce qui feroit la chofe la plus impie & la plus imper- tinente du monde.

Pour ce qui eft de l'Ame, c'eft encore vne chofe plus claire. Car, n'eftant, comme i'ay demonftré,qu'vne i5 chofe qui penfe, il eft impoffible que nous puiffions iamais penfer à aucune chofe, que nous n'ayons en mefme temps l'idée de noftre Ame, comme d'vne chofe capable de penfer à tout ce que nous penfons. Il eft vray qu'vne chofe de cette nature ne fe fçauroit ima- 20 giner, c eft à dire, ne fe fçauroit reprefenter par vne image corporelle. Mais il ne s'en faut pas eftonner; car noftre imagination n'eft propre qu'à fe reprefenter des chofes qui tombent fous les fens ; et pour ce que noftre Ame n'^ ny couleur, ny odeur, ny faueur, ny 25 rien de tout ce qui appartient au corps, il n'eft pas poffible de fe l'imaginer, ou d'en former l'image. Mais elle n'eft pas pour cela moins conceuable ; au con- traire, comme c'eft par elle que nous conceuons toutes chofes, elle eft aufti elle feule plus conceuable 3o que toutes les autres chofes enfemble.

�� � m, 634-635. CCXLV. — Juillet 1641. jçç

Apres cela, ie fuis obligé de vous dire que voftre amy n'a nullement pris mon fens, lors que, pour mar- quer la diftindion qui efl entre les idées qui font dans la fantaifie, & celles qui font dans l'efprit^ il dit que 5 celles-là s'expriment par des noms, & celles-cy par des proportions ^ Car, qu'elles s'exprijment par des noms ou par des propofitions, ce n eft pas cela qui fait qu'elles appartiennent à l'efprit ou à l'imagina- tion ; les vnes & les autres fe peuuent exprimer de ces

10 deux manières ; mais c'efl la manière de les conceuoir qui en fait la différence; en forte que tout ce que nous conceuons fans image efl vne idée du pur efprit, & que tout ce que nous conceuons auec image en efl vne de l'imagination. Et comme les bornes de noflre

i5 imagination font fort courtes & fort eflroites, au lieu que noflre efprit n'en a prefque point, il y a peu de chofes, mefme corporelles^, que nous puiffions imagi- ner, bien que nous foyons. capables de les conceuoir. Et mefme toute cette fcience que l'on pourroit peut-

20 eflre croire la plus foûmife à noflre imagination, parce qu'elle ne confidere que les grandeurs, les figures & les mouuemens, n'efl nullement fondée fur fes fan- tofmes, mais feulement fur les notions claires & di- flinéles de noflre efprit ; ce que fçauent affez ceux qui

25 font tant foit peu approfondie.

Mais par quelle indudion a-t'il pu tirer de mes écrits, que l'idée de Dieu fe doit exprimer par cette propofition Dieu cxijle, pour conclure, comme il a fait, que la principale raifon dont ie me fers pour prouuer

3o fon exiflence, n'efl rien autre chofe qu'vne pétition de

a. Voir ci-avant p. 376, 1. 23, et p. 377, \. 2-8.

�� � J<)6 Correspondance. m, 635-636.

principe^? Il faut qu'il ait veu bien clair, pour y voir ce que ie n'ay iamais eu intention d'y mettre, & ce qui ne m'eftoit iamais venu en penfée, deuant que i'euffe veu fa lettre. Tay tiré la preuue de l'exiflence de Dieu de l'idée que ie trouue en moy d'vn Eilre fou- 5 uerainement parfait, qui eft la notion ordinaire que l'on en a. Et il eft vray que la fimple confideration d'vn tel Eftre nous conduit fi aifément à la connoiiTance de fon exiftence, que c'eft prefque la mefme chofe de conceuoir Dieu, & de conceuoir qu'il exifte ; mais lo cela n'empefche pas que l'idée que nous auons de Dieu, ou d'vn Eftre fouuerainement parfait, ne foit fort différente de cette propofition : Dieu exijie, & que l'vn ne puiife feruir de moyen ou d'antecedant pour prouuer l'autre. i5

De mefme, il eft certain qu'après eftre venu à con- noifjfance de la nature de noftre Ame, par les degrez que i'y fuis venu, & auoir par" ce moyen connu qu'elle eft une fubftance fpirituelle, parce que ie voy que tous les attributs qui appartiennent aux fubftances 20 fpirituelles luy conuiennent, il n'a pas fallu eftre grand Philofophe pour conclure, comme i'ay fait, qu'elle n'eft donc pas corporelle ; mais fans doute qu'il faut auoir l'intelligence bien ouuerte, & faite autrement que le commun des hommes, pour voir a5 que l'vn ne fuit pas bien de l'autre, & trouuer du vice dans ce raifonnement. C'eft ce que ie le prie de me faire voir, & ce que iattens d'apprendre de luy, quand il voudra bien prendre la peine de m'inftruire. Quant a moy, ie ne luy refuferay pas mes petits éclaircilfe- 3o

a. PagR 377, 1 i5.

�� � m, 636. CCXLVI. — Juillet 1641. 397

mens, s'il en a befoin, et s'il veut agir auec moy de bonne foy. le fuis,

CCXLVI.

X*** A Descartes.

[Paris, juillet 1641.] Texte de l'édition latine, tome II, epist. i5, p. 76-85.

Sans nom d'auteur et sans date. Mais ce sont des remarques sur les réponses de Descartes aux objections de Gassend, réponses en- voyées le 23 juin 1641 {ci-avant p. 884, l. 2), et l'auteur ne dit mot des réponses aux sixièmes objections, envoyées, ce semble, le 22 juillet (voir ci-après lettre CCXL VIII), lorsque Descartes avait déjà reçu ces remarques (ib.,Clers., //, 2gg); elles sont donc du mois de juillet 1641. Descartes (ib.) désigne l'auteur sous le nom ^'Hyperafpiftes; c'est le qualificatif que celui-ci prend lui-même à la fin de cette lettre. Il se trouvait à Paris, faisant des expériences, fréquentant même, pour des études philosophiques, l'hôpital des Quiwie- Vingts (Clers., //, 122), sans doute ami de Gassend. — Clerselier donne, t. II, lettre iS, p. 1 10-126, une version française, négligée et fautive, de cette lettre. Le texte, qui se trouve dans l'édition latine, paraît bien être l'original, comme les autres lettres du tome II [voir notre Intro- duction, t. I, p. .YAK/). Voici, en outre, un détail décisif: la pagination des passages cités par l'auteur. La traduction de Clerselier donne, pour la commodité des lecteurs de France, les pages des Méditations traduites en français et publiées en 164"; or les éditeurs hollan- dais, à supposer qu'ils aient voulu renvoyer à une édition latine, auraient choisi l'une des plus récentes, ou tout au moins la deuxième qui parut à Amsterdam, che\ Louis Elievier, en 1642; mais ils in- diquant les pages de la toute première édition, qui devait être rare en Hollande, celle de Soly, à Paris, 1641 , et encore se sont -ils trompés à deux reprises («"' 2 et 3). Suivaient-ils, en le lisant mal, le texte original de l'auteur de ces objections? Ou bien faut-il ad- mettre que toutes ces indications de pagination ont été ajoutées après coup, et sans grand soin, au texte de la lettre envoyée à Descartes?

�� � j^S Correspondance. h. no-tu.

Cette seconde hypothèse est peut-être la plus probable; car la pre- mière entraînerait celle que l'impression des Réponses aux Cinquièmes Objections aurait été menée arec une rapidité singulière. Mais ni dans l'un, ni dans l'autre cas, ce ne sont pas les éditeurs hollandais qui ont introduit les indications de pagination ; sauf peut-être une addition qui semble de leur fait [ci-après 1. 1 1], ils ont dû imprimer, dans l'état oit ils l'ont trouvée, une pièce antérieure à la version de Clerselier. — f'on- la réponse de Descartes, lettre CCL ci-après.

Vif Clariffnne, ■

Leéîis refpo7iJionibus qiia.s haclenus attuUJîi, non mihi defuere quœ racetnatim colligerem. Meas igitur pojl tôt athletas vires experire, quibiis Jî te parem ejje indices, tuo tandem certamini gloriofuni colophonem itiiponenti 77ior~ 5 taies omnes gratias habituri Jint immortales, quibus im- mortalitatem ojlenderis, ad qiiam lotis viribus contendant. Hœ funt igitur obiecliones quœ inihi fuperejje videntur.

Primo, non parum jniror, quod pag. 4g8'^ refpon- Jîonis ad fubtilijjimum Philo fophum P. GaJJendum, quem- lo admodum ex pluribus alijs in lacis [eiufdem Solianœ edi- tionis^^, fueris au/us affirmare, non eam eJJe veritateni in vitâ regendâ quœrendatn, quam profequeris in contem- platione. Nunquid ergo vita probe ducenda? Qui probe fancleque vixeris, nifi iuxta veritatis normam tuos aclus i5 direxeris? An veritas Chrijîianis moribus deejfe débet? Certe vita Chrijliani iudicabitur optima, Jî Je fuaque omnia femper référât ad Dei gloriam; nunquid hoc œque verum ejî ac quicquid clare & dijlincle percipimus? Nun- quid femper ab aclione quapiam abfinere débet, cum 20

a. Page 498 de la première édition (Paris, Solv, 1641), ou page 411 de la deuxième (Amsterdam. Louis Elzevier, 1642;.

b. Les trois mots, que nous mettons entre crochets, sont sans doute une addition (des libraires hollandais?) destinée à spécifier à laquelle des deux premières éditions sont faits les renvois du texte.

�� � Il, in-iiî. CCXLVI. — Juillet 1641, ^99

eam Deo crédit difplicituram? An vero tenetur vnquam abjîinere, niji clare nouera abjîinendum? Et in affirma- finis, nunquidfemper illud aggredi débet, quod clare videt Deum ab eo requirere? Quifnam vero dixerit illum aliâ ratione teneri? Itaque cum abfqiie illâ claritate nunquam agere vel abjîinere teneatur, cur minorent veritqtem in moribus,quàm infcientiâpoJîulas,velfupponis?cum malle debeat Chrijlianus in Metaphyjîcis aut Geometricis, quàm in moribus aberrare. At vero, inquies, fi qiiis in vitâ

10 regendâ de corporibus & alijs obieûis dubitare velit, vt in Metaphyjicâ, fere nihil agetur. — Qiiid tum? Nihil agatur, dummodo non peccetur. — Atqui, \ verbi gratiâ, non audies facrum die Dominico, qiiàd dubitare pojjis num mûri Ecclejiœ, quos vider e putas, Jint veri mûri, an po-

1 5 tius, velut in fomnijs fieri folet, nihil Jint? — Sed quamdiu cum ratione dubitabis an Jint mûri, an Ecclefia vera, tune eam non teneris ingredi; quemadmodum neque comedere, Ji^ quantumuis vigilans, panem tibi prœjentem nejcias prœjentem, & dubites an dormias. — Sed, inquies, inte-

20 rim Jame conjumeris & morieris. — At non teneor come- dere, nifi mihi fit clarum & perjpecluni mihi adeffe ex quo vitam Jujîineam, quam, ob alimcnti non clare cogniti inopiam, Deo velut in holocaujlum offerre pojjim &debeam, qui me non obligat ad agendum, niJi clare perfpiciam me

25 vere agere, veraque obiecla mihi adeffe, circa quœ verjer. Duo itaque veritatis gênera Jlatuere non debuijîi. Neque dicas : quis vnquam hœc audiuerit, aut cogitarit? Hîc enim iniquum effet ^ vt mecum prœiudicijs ageres, quibus me liberum effe voluijli, & quœ, vel te nolente, automni-

3o bus repugnantibus, etiam in vitâ regendâ reijcere velim, nijî demonjîraueris id neque Jieri poffe, neque debere.

�� � 400 Correspondance. ir, lu-ns.

Secundo, ciim ais,pag. i o3 . non fequi animam imper- feéliorem efle, quôd in infante, qiiàm in adulto. im- perfedius agat, non ctiani fccjuitur cjitod non fit imper- fecîior. Qiicniadmoduni cliaiu, cinu dicilur in vtero nihil animant cogitare, licet enim id ncges, nu lia m negati ra- 5 tîonevi aut experientiam affer.s; idque folum ajferis^ quod putes mentem, vbicunque Jit, femper cogitare, licet] non recordemur, quia veftigia nulla relinquit in cerebro. An igitiir animœ feu mentis operatio incorporea poj/it vlla fui vejligia corporea imprimcre? Cum enim Jint in cere- \o bro corpoj'eo^ & quodlibet ad modum recipientis excipia- tur, prorfus corporea Jint neceffe videtur. At non minus ào'jvaxov ej}, vt mens vejîigium habeat corporeum, quàm corpus incorporeum. Deinde quomodo veftigia corporea cerebri nos ad incorpoream cogitationem deducent? Quo- i5 modo mens corporea il la vefigia fpeculari potefî? An per fe ipfam, abfque vlla imagine^ vti credis? vel etiam abfque fpirituali fpecie? Sed hune fpeculandi modum, abfque vlla fpecie, foli Deo Theologi tribuunt. Forte dices eam vti fpecie incorporea. Seda aqua caufâproducetur illa 20 fpecies? Non a vejîigio cerebri, puta corporeo; non a folâ mente : alioqui cur veJligio eguiffet? Vides igitur ad tiien- dam tuam fententiam m quas te falebras conijcis.

Tertio, cum ais, p. 108^, aliud effe aliquid ad te per- tinere, aliud ad tuam notitiam, videris innuere tuam 2 5 Metaphyjicam nil omnino Jîatuere, quàm quœ pertinent ad notitiam; ita vt dubij remaneamus, an aliquid reuera fit in rébus, quas te fpeculari fingis aut credis. Itaque tua

a. « Pag. io3 », sic pro 5o3 {édit. 1641!, — plus exactement au bas de la page 5o2, — ou page 415 (édit. 1642,.

b. « P. 108 », sic pro 5o8 fédit. 1641), ou page 419-420 (édit. 1642^.

�� � II ii3-fi4. CCXLVI. — Juillet 1641. 401

mens vel non erit ïncorporea, vel faltem certum non erit illam ejfe incorpoream, fed tantùm in tiiâ cogitatione ve- rum erit; non enim fequilur rem a parte rei Je habere prout I eam ejje cogitas, fed tantiim verum ejfe te id cogi-

5 tare de re ipjà, vel aliquid a tua mente fingi vt rem ali- quam veram. Vbi velim fcire cur verbo credere fcepius vtaris, cum fcire debueris dicere. Neque enim fcimus quodfolum credimus, nifi forte negare velis vnquam eJfe credendum, niji clare videas id eJfe verum, quod creden-

10 dum proponitur, vti dicere videris in tua refponfione ad fecundas obieéîiones ^; in qua mirantur omnes, quodaffir- maris tantam aut etiam aliquando maiorem eJfe clarita- tem in qtiibufdam ex dono gratiœ diuinœ, vt credendorum veritatem percipiant clarius, quàm Geometricam autjirni-

i5 Um. Sed quis vnquam apudfeid experius ej}? An credis, verbi gratis, clarius te myjîerij Trinitatis veritatem per- cipere, aut a quoquam illud percipi clarius, quàm a ludceo vel Ariano videatur contrarium ? Rurfus interrogo de his, quos dicis mortem oppetere pro falfis opinionibus ,

20 quarum veritatem perfpicue non vident; an cenfeas illos

effe peioris conditionis, quàm alios, qui pro veris mortem

fubeunt, quarum tamen veritatem non magis, quàm primi

fuarum opinionum falfarum, vident? Cum enim prius

dixeris in vitâ regendd fufficere probabilitatem, & vtrique

25 fe probabilitatem habere credant, cur difpares eriint obi-

tus & mérita? Quod tamen ab/urdum videatur; alioqui

par fuerit in martyrio quifpiam cum Orthodoxo Hœre-

ticus. Quod Jî neges tibi ad ea refpondendum, quod non

Jis Theologus, obijcio te ejjfe Chnjiianum, vti putas, or~

a. Page 1 19-200 (édit. 1641), ou page 163-164 (édit. 1642).

b. Page 556 (édit. 1 641), ou page 424 (édit, 1642).

Correspondance. IIL 5i

�� � 402 Correspondance. 11,114-115.

thodoxum, quetn | paratum ejje ad reddendam de fua fide rationem Scriptiwa Sacra iubet, prœfertim cum eâ de re tuis in Refponfiamibus anfam loquendi dederis.

Quarto, ci'rca finem pag. 53o ^ nego fatis accurate Methodum a te traditam fuifTe, qua quis fcire poffit, 5 an aliquid clare perfpiciat, necne. Enimuero fummus apex tuœ certitudinis eji, cum rem aliquam ita nos clare cernere putamus, vt eo veriorem exijîimemus, quo magis de eâ cogitamus : vt cum de hoc axiomate cogitamus, ?equalia, a quibus abftuleris cequalia, etiamnum aequa- 10 lia luperelTe, & ex te, mentem humanam efle incorpo- ream. Atqui perœque clarujn videtur Turcœ & Sociniano implicare, Verhum, feu Filium Dei, a Deo Pâtre habere quidquid habet, quin ab eo pendeat, quin obligetur ad gratias reddendas de ejfentiâ,feu naturâ fuâ, a Pâtre ac- i5 ceptâ; implicare très ejfe Perfonas, & non eJJe très EJJen- tias, feu très Res. feu tria Entia. /Eque clarum videtur Cahiinijlœ implicare corpus Chrijfi eJfe in duobus pluri- bufue locis, quod tamen ex Euchariftiœ facramento fequi videtur. JEque clarum Deijlœ, implicare vt fumma Dei 20 bonitas vllum pœnis œternis cruciandum tradat, &'huiuf- cemodi plurinia, quce tamen credis eJJe verijfima., tantum abejl vt ea repugnare putes. Dices : Illi non percipiunt clare & dijlincle ea inuoluere contradiclionem. Atqui cre- dunt fe percipere, contenduntque nihil in Geometrid vel 25 Metaphyficâ clarius. An igitur experiri velis, num ijs, quas fe demonjirationes habere dicunt, ita refpondere queas, vtfis clare demon/haturus illos nullas habere veras de m nftra t ion es?

a. Page ?3o (édit. 1641), ou page 442 'édit. 1642). — Blaeu a imprimé

�� � II, ii6. CCXLVI, — Juillet 1641. 403

I Quinto, pag. 5i5^, negare vider is effe neceffe vt quid fit res intelligas, ad percipiendum te rem effe co- gitantem. Fierine poteft vt propojitionem intelligas, non intelleclis illius fubieélo & prœdicato? Atvero nefcis quid 5 fit res, quid exiftere, quid cogitatio; alioqui me, quid fit, ita clare doceas, vt etiam illius propofitionis verita- tem clare percipiam. Adde quod nefcias f ipfe cogites, an anima mundi, quœ fit in te, cogitet, vt volunt Platonici. Sed, dato quod cogites, f centies rogem centiefque refpon-

10 deas, nil aliud cogitabis prœter rem corpoream, cuius ma- gnitudini feu partibus fngulis applicetur & adaptetur , feu congruat, mens & cogitatio : vides igitur effe neceffarium vt ad modum rei corporeœ. fuo tamen pro modulo, exten- dantur; vt pars cogitationis vni parti obieéîi, parfque

i5 altéra parti alteri congruat, vtifît in oculo, cuius fngulce partes partibus obieûi fngulis refpondent.

Sexto, pag. 5i8^, perperam ais non a nobis infinitum intelligi per negationem limitationis. Cum enim limi- tatio contineat negationem infiniti, ergo negatio limita-

20 tionis continet cognitionem infiniti; contrariorum enim caufa efi contraria.

Et, pag. 522 '^,fateris ipfe fufficere, fi res intelligatur nuUis limitibus comprehendi, vt vera idea totius in- finiti habeatur. Igitur hœc ratiocinatio, quam negabas,

2 5 optima efi : hœc res nullos habet limites, igitur infinita efi; adeo vt tibi ipfi penitus contradicere videaris.

Et, pag. 525^, ais facultatem mentis, qua res am-

a. Page 5i5 (édit. 1641), ou page 425 (édit. 1642J.

b. Page 5i8 (édit. 1641), ou page 427 (édit. 1642).

c. Page 522 (édit. 1641), ou page 431 (édit. 1642).

d. Page 525 (édit. 1641), ou page 433 (édit. 1642).'

�� � 404 Correspondance. h, ne-us.

pliât, j efle a Deo in nohïs, fed non probas, nec vllibi probajîi. Nunquid enim ejî ab ipfâ mente, quœ fit œterna fubjïantia & independens? Non enim clariu.s vides tuam mentem aliunde pendere, quam meam non pendere videam ; cum minime fequatur eam omnimodam habere debere per- 5 feclionem, quod fit a fe, hoc eft, a nullo pendeat ; quan- doquidem fufficit eam ejfe naturd fuâ talem, vt quodlibet obieélum propofetum finitum poffit ampliare cogitatione. Neque défunt fubtilijjimi Philofophi, qui credant atomos & prima corpora effe a feipfis; quod fi clare fatis non 10 videant, neque etiam quod pendeant aliunde clare videre pojfunt, nifi face fplendidiori eos ad palinodiam cogas, de qua tibi maximas gratias habituri fint.

Pag. 520^, dicis turbinem fe gyrando in feipfum agere, cum tamennil agat, fed patiatur a verbere, licet i5 abfente, cuius nempe iélus turbinem ad gyrum coè'git; atque adeo patitur, potius quàm agat, vt lapis in fublime proieéïus & globus e bombarda bel lied mifus.

Denique, paulo pojl^, ofendis te credere ideas rerum corporalium ab intelleéîu feu mente humanâ poffe manare, 20 vti fit in fomnis, vt alibi diçere videris. Hoc pofito, fe- quiturnos, etiamfi Deus non ft deceptor, nefcire poffe an quid corporeum fit m rerum naturâ; nam fifemel alicuius rei corporeœ ideam ex fe mens proférât, cur non femper? Adde quod, cum res corporea non fit nobilior ideâ, quam 2 5 mens habet de eâ, & mens corpora contineat eminenter, fequatur omnia corpora, atque adeo totum hune mundum vifibilem, ab humanâ mente produci pojfe. Vnde vides quo nos tuce \ ducant opiniones : cur enim caufa non pro-

a. Page 52o (édit. 1641), ou page 429 (édit. 1642).

b. Page 521 (édit. 1641), ou page 429-430 (édit. 1642).

�� � H, iis-rig. CCXLVI. — Juillet 1641. 405

ducat quœcunque continet eminenter? cum etiam ea fit ratio, cur mundum a Deo creari pojfe credamus.

'Septimo rtegas,pag. 524^,punéîo g, quidquam in efle fuo conferuari pofle abfque continue Dej influxu,

5 quemadmodum neque lux abfque Sole feruatur. Dico, primo, lucem Solis abfque Sole in claufo cubiculo fer^ uari a lapide Bononienfi, vtifœpius expertusfum; igitur & quœlibet res abfque Dei influxu conferuari potefi. Deinde licet Deus ceffaret a concurfufuo, nunquid mens

10 nofira, vel Sol, verbi gratiâ, euanefceret,an potius adhuc

fubfifieret? Quis igitur illorum fubfiantiam defirueret?

Certe, cum nihil ex nihilo fiât, neque etiam aliquid ex

feipfo in nihilum abire potefi, quod entia quœlibet fum-

mopere oderunt & fugiunt. Quod fi dixeris creaturam

i5 nihil aliud effe quàm Dei influxum, igitur creatura non efi fubfiantia, fed accideîis, veluti motus localis, quod nemo dixerit. Quod fi fubfiantia fuerit, ergo fubfifiere potefi; in quo Deus maxime mirabilis, quod rem facere potuerit adeo firmam, vt eius concurfu non indigeat;

20 quam potentiam & bonitatem a Deo tollis, cum ais con- trarium.

Obijcis, alioqui Deum tendere in non ens, fialio modo creaturam defiruat, quàm folâ fui concurfus cejfatione : vbi recidis in tuam, quam parabas, foueam; nunquid enim

25 tendit in non ens, cum a fuo concurfu ceffat? Tune enim illum defiruit. Sed & fufficit quodlibet a Deo poffe def" trui, vt fit ab eo dependens, quo tandem | cumque modo illud defiruere poffit. Quanquam de defiruéîione non fit laborandum, cum nunquam id defiruat quod femel fecit^

3o quemadmodum neque defiruit naturam trianguli, &fimi~

a. Page 524 (édit. 1641], ou page 432 (éditi 1642).

�� � 4o6 Correspondance. ii.iim-i:^.

lium entiiim œternorum, quœ putas ab eo produci, vt pojîea dicemus. Sed & contendo Deum non pojfe dejîruere naturam vllius rei œternœ & ùnniutabilis, qualiu funt entia Geometrica & Metaphyjica, & tamen, ex te, pen- dent a Deo in Jieri & in conferuari. Probo vero ea non 5 poJfe dejîrui. Faciat Deus quicquid potejî, & minquam de triangulo cogitant (per impoj/ibilej, fis tamen tu, qualis iam es, in rerum naturâ, nunquid fateberis verum ejje, trianguli très angulos œquales ejje duobus reélis? An Deus efficere potejl vt, fi ab œqualibus œqualia demas, lo reliqua non Jint cequalia? Quid igitur faciat, aut ab œterno facere debuit, vt hœc iam vera non fint ? Quid facere potuit, quominus verum ft, idem fimul poffe effe & non effe ? A tqui non minus hœ veritates perfe pendent a Deo, vt contendis pag. 538 "", quam mens aut corpus i5 tuum; igitur, fi Dei concurfu non indigeant illœ veritates, fi Jint inunutabiles, fi dejîrui nequeant, vide quam fis firmus & conJîans;Jed, amabo, fi pendent a Deo, in quo génère caufœ?

Oûauo, eodem puinélo g ^, negas progrefrum inlînitum 20 in caufis fubordinatis, fedfrujîra, cum Deus ita potue- rit omnia ordinare, vt quilibet effeclus j a caufis infinitis penderet; nunquid enim facit vt Jint injinitœ partes in quolibet corpujculo quaniumuis exiguo? Cur & caufas infînitas Jîatuere non potuerit? vt^cum totus Deus in vnicâ 25 caujâ reprœjentari nequeat, numerus quadamtenus corn- penfet. Sed neque vlla ejï demonjîratio contra progreffum caujarum inter Je connexarum; fi quœ enim, ejjet maxime quod nullus effeclus Jequeretur, ob caujarum numeriim

a. Page 538 (édit, 16411, ou page 443 (édit. 1642).

b. Page 523 (édit. 1641), ou page 4?? (cdit. 1642).

�� � 11,120-121. CCXLVI. — Juillet 1641. 407

injinitum pertranfeundum ; atqui non ejî abfurdum eas injinito tempore pertranfiri , vt iam quilibet effeélus & olim tempus injinitum antecedens fuppofuerit . Quod neque débet negare Arijîoteles, qui mundum ab œterno credi- 5 derit; nunquid enim eodem œternitatis injîanti, quo crea- tus eJî, generatio Jîeri, autjluppam vel puluerem pyrium ficciffimum flamma comburere potuit? Quid fi cum alijs Philofophis anfiquis mundum afeipjo fupponis œternum ? nunquid idem continget, ac fi ab œterno conditus fuijfet?

10 quem œternum mundi conditum plerique Theologi cele- berrimi ludicant ejfe pojjibilem : pojito autem pojjibili in aélu, nil abfurdi fequitur.

Nono, mirari videris omnes Dei ideam in fe non percipere". Sed obijcio, non hîc deejfe Qeometras &

i5 Theologos, qui, pojîquam pro viribus mentem a corporels rébus abjîraxerunt , ajferunt, nondum in fe vllam Dei ideam innatam animaduertiffe ; nec/perant impojîerumfe, pojl décimant tuarum^ Meditationum ledionem, ideam ijîam in fe reperturos. Vnde conijciunt vel te mentem

20 Angehcam habere, vel decipi, quod credas te frui ideâ, quant non habeas ; & a te pofîulant, num adeo certus fis de hac ideâ, quœ\in te exiftat^ vt etiam certus fis im- pofierum te femper illam in te reperturum. Cur enim, folidiori doélrinâ imbutus, non poffis pofl viginti annos

2 5 percipere te reuera deceptum fuiffe in ideâ Dei & tuœ mentis ab omni corpore diflinclœ? vt diclurus fis te prius credidiffe ideas il las clare & diflinéle recognouiffe ; pof- tea vero detexiffe, quod deceptus fueris eo modo quo de- cipiebatur, qui credebat fe clare videre duas lineas, quœ

3o femper in eodem piano ad fe inuicem accedunt, non pofj'e

a. Page 529 (édit. 1641), ou page 436-4;<7 (édit. 1642).

�� � 4o8 Correspondance. ii. mis».

tandem aliquando Jîbi ipjts non occurr-ere. Licet enim dixeris ea ejfe habenda pro claris & indubitatis, quce tanto certiora videntur, quanto fœpius conjideranîur, & etiam (em^per addiden's ; cum îamen illud femper œter- nitatem pojjit fignificare, neque fueris œternum expertus, 5 aut poffis experiri, num illœ idece femper tibi verce appa- riturœ Jint ;' nunquid faltem fateri cogeris nil refpeclu noflri pojfe dici vel ejfe verum, nijî quamdiu credimus illud eJfe verum? & cum de futur o fimus incerti^ nihil a nobù veri poJfe affirman) nifi quod ft prœfens in mente, lo neque prœdici poffe deinceps taie nobis vifum iri, adeo vt nihil abfolute verum affirmare debeamus ?

Decimo, pag. 33 1 ^ negas fines Dei a nobis aeque facile ac alias caufas cognofci poffe, cum tamen œque clarumfit, Dei finem effe vt omnia fiant ad eius gloriam, i5 ac ipfum Deum habere voluntatem; nec dubium quinfe- cerit mentem humanam, vt Deum contemplaretur & ado- raret; folem, vt nos illuminaret &c.: licet alios fines pecu- liares fibi prœfiituere potuerit. Vnde patet finem Dei, faltem prœcipuum, longe \ cognitu faciliorem quhm vllam 20 aliam caufam : contra id quod putabas.

Vndecimo, pag. 535 ^, multa differis de voluntatis determinatione, quam contendo effe non poffe , nififacem ei prœbuerit intelleâus :fi enim determinet aliquid, quod non prœmonjîrarit intelleclus, igitur illud videbit fine 2 5 intelleclu, hoc efî, intelliget abfque intelleclu, atque adeo ipfa erit intelleélus : quod abfurdum ejl. Et potius concef- fero quodais, nempe eam fortuito ferri in id quod pro- ponit intelleélus, quàm vt feipfam ad aliquid determinet

a. Page 53 1 (édit. 1641), ou page 4?8 (édit, 1642).

b. Page 535 édit, i64t', ou page 441 édit. 1642).

�� � II, lîî-ijî. CCXLVI, — Juillet 1641. 409

ab intelleéïu minime propojitum. Ibidem ais falfum non apprehendi ab intelleéïu fub ratione veri. Nunquid ergo falfum efl non dari in nobis Dei ideam ? Et tamen eam non dari Geometrce nofîrivt verum appréhendant, credunt 5 & contendunt; nunquid ergo falfum fub ratione veri ap- prehendunt, contra idquod afferis?

Duodecimo,mirum videtur,quod alicubi dicas infantes ante vifa triangula, illorum ideas pênes fe habuifle'. Errauit igiturAriJîoteles, dum afferuit animam effe veluti

10 tabulam rafam, in qua cum nil depiélum Jit, femper cre-

didit nihil effe poffe in intelleéïu, quin prius fuerit in

fenfu; & cum eo quotquot fuerunt Philofophi & Theologi

errarunt, quippe idem & crediderunt, & fe demonjlrare

iudicarunt. Ecquis, amabo, cœcus a natiuitate, quidpiam

i5 de luce vel colore percepit? Certe nullus ; tefîibus nojîris 3oo cœcis Parifienfibus, quos inter verfatur Philofophus, qui rogatus negauit fe po[fe\colorem vel lumen concipere, licet cum eo de lucis effentiâ, colorumque naturâ, differe- rem. Neque certe video quin cerebrum ad cogitationis de

20 colore vefligia recipienda difpojîtum habeat, fi quando mens illius de eo cogitaffet; quanquam nil aufim afferere, quia non efl mihi clarum an ille defeéîus fit in cerebro, vel in ipfâ mente. Sed neque etiam tibi clarum efl, vt iam adfummum par mihi fis : fed & me fuperiorem oflendo,

25 quod oculus cœco redditns faciat vt lumen videat; nec enim quidquam illius inenti tribuitur, cum fit indiuifîbilis,atque adeo nec augeri nec minui pofjit, aufifque etiam afferere illam, in ipfo matris vtero, trianguli, Dei,fuîque ipjius ideam feu cognitionem habuiffe. Rogo tamen : cur nunquam

3o in fomnis, cum fenfus fopiti meram libertatem menti

a. Page 640 (édit. 1641), ou page 445-446 (édit. 1642).

Correspondance. III. il

�� � 4IO Correspondance. h, 125-124.

rejlituere videntur. mens demonjîraîiones Archimedeis Jim lies confia at '/

Verùm memini te negare mentem poilea recordari. quod cerebrum veltigia relpueriL pag. Soj. Sed cur cerebrum, diu vigilando, melius difponiîur ad illa reci- 3 pienda retinendaque cogitationum prœcedentium vefiigia?- Certe, fi mens humana perfpicacior efi. abfquc cor pore & organorum v/u, quam cum illo, non video qui'fi mentis errores, qui manant a corpore, fint in ipfum Deum refun- dendi; quod in opinione coinmuni Philofophorum minime 10 contingit, qui dicunt animam ni! /cire, vel addifcere pojje, nifiper organa corporea, hoc efi niliil e[Je pojJe in intel- leclu, quin prius fuerit in fcnju.

I Décima tertio, pag. 542 ^ dicis eiîentiam Dei non polîe cogitari abfque eius exiftentia,vt tit intriangulo. i5 quia Deus eft fuum elle : quid efi luum elle ' an igitur triangulus efi alienum ejje, & non fuum?

Deinde, pag. 543 \ negas Scepticos dubitare polTe de veritate rerum Geometricarum, li Deum. vt par eft, agnolcerent. Sed contra, cum ipfe eafdem. quas illi, 20 dubitandi rationes habeas. & œque ac tu demonfirent tam analytice quàm fynthetice quœcunque profiant apud Eu- clidem & alios Geometras [quibus enim medijs vti potes, quœ in numerato non habeant?); & tamen dubitant, igitur & tu dubitas, quamuis te credas Deum agnofcere. Nunquid 2b cum fummis Philofophis dubitas an linea componatur ex punclis, an ex partibus finitis vel infinitis? Quas fi ponis infinitas, vide qua capiaris abyJJo,yt cogaris fateri pedem

a. Page 507 (édit. 1641), ou page 4ii;-4i9 ledit. 1642;.

b. P.age 542 (édit. 1641 ,ou page ^47 ;édit. 1642 .

c. Page 343 (édit. 1641), uu page 44X Jdii. 164J;.

�� � H, i24-i»5. CCXLVI. — Juillet 1641. 411

cequalem ejje milliari, guttam Oceano; fifinitas, vide vt conchois fit reCÎam, ad quam inclinalur, breui taélura. Si punéîis conjîantem ais, vide quomodo ruât decimus Eucli- dis, & quicquid de incommenfurabilibus affertur; Ji non 5 punéîis, vide quo abeant eiufdem punéli moti fuper planum applicationes, contaélufque varij\ quifeipfis lineam géné- rant. Nunquid ergo, licet Deum agnofcas, de rébus Geo- metricis dubitabis? Quod Ji refpondeas te femper \ clare videre reélanguli trianguli fubtenfam cequalem ejfe po-

10 tejîate duobus reliquis lateribus^ idem poterit rejpondere

Scepticus, licet Deum non agnofcat, qui tecum diélurus

fit : Fallat me quantum poteft quifpiam malus ille

genius, certe nunquam efficere poterit vt illâ propo-

fitione me fallat, quae mihi perseque clara efl ac me

i5 exiftere, dum illam demonftro aut de eâ cogito^

Décima quarto, pag. 548^, negas mentem elTe exten- fam, etf vniatur extenfo corpori. Quomodo fieri poteff vt toti corpori vniatur, neque tamen pars illius vni parti corporis & altéra pars alteri parti vniatur? Et cum id

20 fit inintelligibile, nunquid vis mentem contingere corpus in vnico punéîo, vt globus contingit planum? Idemne de Deo toti mundo coextenfo putas? Quantum tibi debitU' rus fim, vix pofïm explicare, fi modum illum ita expli- caris, vt mente capi pojfit ; quibusfi addideris qua ratione

a5 fit intelligendus Ecclefiafies, qui, c. 3, ait hominem nil habere iumento amplius. Qui nil dicit, ipfam mentem, quœ pars efi hominis, compleéîitur : quam propterea mor" talem effe fatearis neceffe efi, fi iumenti moriatur anima; fi enim de folo corpore loqui dixeris Ecclefiafiem, quo-

a. Page ao (édit. 1641), ou page 16 (édit. 1642).

b. Page 548 (édit. 1641), ou page 452 (édit. 1642).

�� � 412 Correspondance. h, 123-126.

modo ideuinces? Vnicum circa claram cognitionem addo : num femper iudicare debeamus duo non ejfe inter Je dijîincla, quando vnum fine alio concipere non pojfumus, quemadmodiim etiam ais effe dijîincla, cum alîeruirum abfque alio complète concipimus? Nunquid enim niodus 5 ijîe concipiendi potius mentis nojîrœ tejlatur imbccilli- îatem, quàm vt \ ex illius operatione debeamus iudicare de verd res inter dijîinclione? Licet enim non pojfum fîlium abfque pâtre concipere, dijîinguitur tamen pater a filio; & cum ejfentiam hominis aut trianguli abfque illorum 10 exijîentid concipio, non tamen dijîinguitur ejfe'^ hominis ab eius exijîentiâ, nifi ad fummum ratione ratiocinatà, vti docent maximi Philofophi.

Hœc funt, Vir Clariffime, quibus, vt vltimo te impu- gnantium impetui, refpondendum fuperejî; neque enim i5 video quid porro afferre quifpiam debeat, quod nonpoffis merito fpernere, nifi nouos Hyperajpijîas nouus mundus emittat.

CCXLVII.

HuYGENS A Descartes.

Camp d'Offelen (?), 17 juillet 1641.

Copie MS., Amsterdam, Académie des Sciences. Lettres françaises de Constantin Huygens, tome II, page 14.

Monjieur,

Le Père Mercenne me commande de vous enuoyer ces

feuillets de vojîre œuure, a caufe que le pacquet dans 20

lequel iis vous venoyent auroit ejîé perdu^. C'e/l, dit-il,

a; Effe pour ^J'entia,

b. Voir ci-avant, p. 385, sur les feuilles G et H.

�� � CCXLVII. — 17 Juillet 1641. 413

pour y marquer les fautes d'imprejjion. Cela ejîantfait, ie vous fupplie très humblement que ie les puiffe rauoir, comme ledit Père me le promet; par ce que, defepmaine à autre, il m enuoye ce qui s'en imprime, ce que ie ra- 5 majfe aueq foin, pour le lire aueq attention & diligence, des que tout fera acheué; qui mefemble fanius confilium, quefiie m'y iettois par boutades, a mefure que les ordi- naires arriuent. Car, durant Vinterualle de la fepmaine, il paffe tant de chofes fi peu metaphyfiques par mes

10 mains, que ceferoit me confondre Vefprit, fans fruiéî, que

de m'y appliquer, fans paffer d'vnefuitte de l'vn a Vautre

bout. Cependant ie penfe y auoir tant veu, qu'il me

femble que ie vous entendray; & ne puis m' empefcher de

vous dire par auance, que i admire cum ftupore comme

i5 vous demejîei les plus fubtiles matières du monde, d'vne facilité d'expreffion fi claire, fi ronde & fi candide, qu'il ejl difficile, en vous lifant, de ne deuenir pas prompte- ment auffi fçauant que vous ont rendu vos longues & pro- fondes méditations. le ne fçay ce qu'on m'a voulu pro-

20 mettre du deffein que vous aurie:^ de publier auffi voflre Phyfique. Oblige^ ^noy, s'il vous plaiél, de m'en dire quelque chofe; vous voye'^ comme ie me retiens de vous importuner fouuent; & i'vferay toufiours de la mefme difcretion, très informé que ie fuis de la cherté de vos

25 heures, & de ce qu'elles valent au bien commun de tout le monde. C'efl ce qui me faicl mefme abréger ces lignes, en vous affeurant que iefuis de pafjion, Monfieur^ voflre, etc.

Au camp, a Offelen"", le ly' de luillet 1641 .

a. Ne faut-il pas lire Offerdetu près de Gennep. que le prince d'Orange assiégeait alors?

�� � 4^4 Correspondance..

Monjieur,

l'ay ojé dire quelque mot au P. Merfenne, touchant les .obieclions qui paroi/Iront a la fin de vojlre liure; & s'il ne feroit bon que, parmi vos aduerfaires catholiques, il en feujl veu aujji de nojire Religion. l'auoy penfé que 5 Barlceus*, qui ejl vn bon philo fophe & bien difant, en eujl peu ejln. Si Vouuerture que vous en pourra faire ledit P. Merfenne vous choque, v/e:^-en félon voflre pru- dence ; feulement n'en veuille'^ point de mal a l'incoupable, même, adfum qui feci"*, & a bonne intention. lo

��Page 414, 1. 6. — Barlceus (Caspar van Baerle), allié de Huygens, dont il édita plus tard les Momenta desultoria : Poematum libri XI, edente Caspare Barlaeo (Lugd. Bat., typis Bonaventurae et Abrahami Ehevirii, 1644). — Descartes, qui désirait avant tout l'approbation de la Sorbonne pour ses Méditations, n'avait garde de suivre ici le conseil de Huygens et d'y joindre les objections d'un théologien protestant; au contraire, les premières qu'il ait sollicitées sont celles d'un prêtre catholique, Caterus, d'Alckmaer, afin d'avoir là comme un garant de son orthodoxie. — Voir d'ailleurs ci:avant p. 267, 1. 20.

��CCXLVIII.

Descartes a Mersenne.

[Endegeest, 22 juillet 1641 ?] Texte de Clerselier, tome II, lettre 55, p. 297-299.

Sans date dans Clerselier. Mais Descartes envoie ses réponses aux sixièmes Objections; or les réponses aux cinquièmes, de Gassendi ont été envoyées le 23 Juin 1641 {voir p. 884, l. 2); et l'impression de tout le livre sera terminée en août [achevé d'imprimer, 28 aoi'it 1641).

a. Virgile, Enéide, IX, 427.

�� � 11.297-298. CCXLVIII. — 22 Juillet 1641. 415

Efi outre, Descartes parait répondre, sur les fautes d'impression 'p. 41S, !. J g\, à quel<jues remarques de Mersenne sur l'art, g de la lettre du 23 juin [p. 388, l. lo); celle-ci serait donc du lundi j S Juillet ou du suivant, 22 juillet.

Mon Reuerend Père,

le vous renuoye les fixiémes Objedions auec mes Réponfes; & pource que ces Objedions font de plufieurs pièces, que vous m'auez enuoyées à diuerfes

5 fois, ie les ay tranfcrites de ma main, en la façon qu'il ma femblé qu'elles pouuoient le plus commodément eilre iointes enfemble. A fçauoir, vous m'auiez en- uoYé deux nouueaux articles en Tvne de vos lettres, Tvn defquels i ay adioufté à la fin du cinquiefme point,

10 après les mots non poterit reperire^, ainfi que j vous m'auiez mandé. Et pour l'autre, à caufe que vous n auiez point marqué le lieu où il deuoit eftre, i'ay trouué à propos de le diuifer en deux parties, & de faire le feptiefme point de la première *", & de mettre

i5 la féconde à la fin du troifiefme". Puis enfin i'ay trouué vne nouuelle obiedion dans la féconde copie que vous m'auiez enuovée, de laquelle i'ay compofé le huitiefme point '^

Pour les fautes de TimprefTion, ie içay bien qu'elles

20 ne font pas de grande importance, & ie vous aiTure que ie ne vous fuis pas moins obligé des foins que vous auez pris de les corriger, que s'il n'en eftoit

a. Voir p. 557-(édit. 1641), où on trouve recipere, au lieu de reperire; ou p. 459 (édit. 1642). — Comparer plus haut, p. Spo. éclaircissement de p. 385. L 6.

b. Voir p. 559 (édit. 1641), ou p. 460-461 (édit. 1642).

c. Voir p. 555 (édit. 1641), ou p. 456-457 (édit. 1642).

d. Voir p. 56i (édit. 1641), ou p. 461 (édit. 1642).

�� � 4i6 Correspondance. h, 298.

refté aucune : car ie fçay que cela vous a donné beau- coup de peine, & qu'il eft moralement impoffible d em- pefcher qu'il n'en demeure toufiours quelques-vnes, principalement dans les Ecrits d'vn autre *.

l'approuue fort que vous ayez retranché ce que 5 i'auois mis à la fin de ma Réponfe à M. Arnauld*, principalement fi cela peut aider à obtenir vne appro- bation; & encore que nous ne l'obtenions pas, ie m'aflure que ie ne m'en mettray pas fort en peine*.

Pour M. Gaf(fendi), il me femble qu'il feroit fort 10 iniufte, s'il s'offenfoit de la réponfe que ie luy ay faite ; car i'ay eu foin de ne luy rendre que la pareille, tant à fês complimens qu'à fes attaques, nonobftant que i'ay toufiours ouy dire que le premier coup en vaut deux ; en forte que, bien que ie luy euffe rendu le 1 5 double, ie ne l'aurois que^ iuftement payé. Mais peut- eftre qu'il eft touché de mes réponfes, à caufe qu'il y reconnoift de la vérité, & moy ie ne I'ay point efté de fes obiedions pour vne raifon toute contraire ; fi cela eft, ce n'eft pas ma faute. Pour ce que i'ay mis, que 20 fatis commode pojfum refpondere ^, le mot fatis com- mode ne regarde pas la force des raifons, mais feule- ment la facilité que i'auray à les trouuer; & ainfi il ne fignifie autre chofe cj^q facile, mais il m'a femblé plus modefte. Et l'autre, que exijîentia Dei partem diuinœ 2$ ejfentiœ facit, il eft bien clair que ie n'entens pas parler de parte phyjîcây mais feulement c^^ exijîentia ejl, comme vous dites, de intrinfeco conceptu ejfentiœ

a. Au lieu de que, Clerselier a imprimé />aj.

b. Voir p. 494 (édit. i64i),ou p. 408 (édît. 1642).

c. Voir p. 541 (édit. 1641), ou p. 446-447 (édit. 1642).

�� � II, 298-îoo- CCXLVIII. — 22 Juillet 1641. 417

diuinœ. Et pour ceux qui j voudroient fonder des objec- tions fur de telles pointillés, ils ne feroient que té- moigner par là qu'ils n'auroient rien à dire qui fuft folide, & ainfi fe feroient plus de tort qu'à moy.

5 Au refte, iay lu voflre Hyperafpiftes', auquel ie répondrav tres-volontiers; mais pource que ces ré- ponfes fe font pour eftre imprimées, & ainfi que ie dois confiderer fintérefl du ledeur, lequel s'ennuy- roit de voir des redites, ou des chofes qui font hors

10 de fuiet, obligez-moy, s'il vous plaift, de le prier au- parauant, de ma part, de reuoir fes obiedions, pour en retrancher ce à quoy i'ay defia répondu ailleurs, & ce où il a pris tout le contraire de mon fens, comme en fon huitiefme article ^\ & ailleurs. Ou du moins, s'il

•i5 iuge que ces chofes ne doiuent point en eftre retran- chées, qu'il permette qu'on imprime fon nom, pour me feruir dexcufe enuers les lecteurs. Ou bien enfin ie luy' répondray, pour vous prier de luy faire voir ma réponfe, & à ceux qui auront vu fes obiedions, mais

20 non pomt pour les faire imprimer, de crainte qu'on ne m'accufe d'auoir voulu groffir le liure de chofes fuperfluës.

le n'entens pas bien la queftion que vous me faites, fçauoir fi nos idées s'expriment par vn fimple terme;

25 car Jes paroles eftant de linuention des hommes, on peut toufiours fe feruir d'vne ou de plufieurs, pour expliquer vne mefme chofe; mais i'ay expliqué, en ma

a. Voir lettre CCXLVI, p. 897 ci-avant, et ci-après lettre CCL.

b. Page 406, 1. 20. — La revision ilemandée par Descartes ne paraît point avoir été faite.

c. Lire vous ? ou bien sous-entendre : par votre enti «mise ?

Correspondance. IH. 53

�� � 41 8 Correspondance. h, 299.

Képon(e ad p}-iiiias Obiecliojie.s, comment vn triangle infcrit dans vn quarré peut élire pris pour vne feule idée, ou pour plufieurs. Et enfin, ie tiens que toutes celles qui n enuelopent aucune affirmation ny néga- tion, nous font innatce; car les organes des fens ne 5 nous rapportent rien qui foit tel que l'idée qui fe réueille en nous à leur occafion, & ainfi cette idée a dû eftre en nous auparauant. le fuis,

M. R. P.,

Voftre tres-humble, & tres-obeiflant 10 feruiteur, descartes.

Page 416, 1. 4. — A la dernière page de la première édition des Medi- tationes, ïerrata est précédé de cette note : Qiioniamhœc absente Authore, atque ab exemplari, non ab eius manuscripto, typis mandata sitnt, nulla diligentia potiiit impedire, quin aliqtii errores irrepserint, quorum prce- cipui sic corrigenlun

Page 416, 1. 6. — Le texte des deux premières éditions est identique Jusqu'aux mots miraculose sola- subsistant. (i« édit., p. 354; et 2° édit., p. 290.)

La seconde édition donne ensuite quatre pages (p. 290-294) : Sed cum forte primi Theologi. . . censurœ libentissime submitto, _ que Descartes a rétablies, et auxquelles avait été substituée dans la première cette simple phrase : « Omitto cœtera, quce hic requiri possent. donec fusiùs in Siimma » Philosophice, quam prœ manibus habeo, ea omnia demonstrem, ex quibus » solutiones deducanlur, quœ singulis obiectionibus hac in materia fieri » solitis satisfaciant. »

Page 416, 1. 9. — La première édition parut avec cette mention en tète : Cum Priuilegio, et Approbatione Doctorum. On y trouve à la fin un Extraict du Priuilege du Roy, donné le 4 mai 1 6?7, suivi de ces mots : Le Sieur René des-Carles a permis d Michel Soly, marchand Libraire à Paris, d'imprimer le présent Liure, intitulé Meditationes Metaphysicae, de prima Philosophia, et de iouïr du Priuilege, pour le temps, et aux conditions entr'eux accordées. A Paris, le 2 Aoust 1641. Et au-dessous : Acheiié d'imprimer le 2S Aoust 1641. Mais on n'y trouve point V Appro- bation des Docteurs, annoncée en tête. Dans la deuxième édition, faite à

a. Page i55 fédit. 1641), ou page 127 (édit. 1642I.

�� � ir, 3oo. CCXLIX.. — 2 2 Juillet 1641. 419

Amsterdam chez Louis Elzeuier, 1642, Descartes asupprimé cette double mention de Privilège (inutile en Hollande) et à Approbation (qui n'avait pas été accordée . \'oir lettre CCLXIV ci-après Clers., I, 480).

��CCXLIX.

Descartes a [l'abbé de Launay].

[Endegeest, 22 juillet 1641 ?] Texte de Clerselier, tome II, lettre 56, p. 3oo-3oi.

Sans nom ni date dans Clerselier. Mais l'article i de la lettre CCXLIV [p. 385 ci-avant), oii il est question, comme dans celle-ci, du P. de la Barde, dont l'abbé de Laùnay transmet les objections à Descartes, montre que le philosophe répond ici à cet abbé. Et comme, au même endroit, il remet sa réponse à un prochain voyage, il l'a certainement envoyée avec ses réponses au.x si.xièmes objections (p. 41 5, 1. 2-3) et la lettre CCXLVIII à Mersenne, qu'elle suit d'ail- leurs immédiatement dans Clerselier. Elles seraient donc toutes deux du iS ou 2 2 juillet 1 641, d'autant que,dans l'une et dans l'autre, il est question d'une approbation {p. 416, l. j-S, et p. 41g, l. 4-S). qu'on pouvait encore obtenir par les soins du P. Gibieuf, avant que les Méditations ne fussent publiées {l'achevé d'imprimer étant du 28 août).

Monfieur.

le tiens à très-grande faueur d'eflre en la fouue- nance d'vne perfonne de voftre mérite, & ie fuis tres- obligé au R. Père Gibieuf des foins qu'il daigne pren- dre pour moy% ce n'eft pas d'auiourdhuy qu'il a commencé à me témoigner de la bien-veillance, comme auffi Teminence de fa vertu & de fon fçauoir

a. Voir ci-avant, p. 388. 1. ?.

�� � 420 Correspondance. n, 300-301.

m'a donné, il y a long-temps, vne tres-particuliere in- clination à l'honorer.

La réputation du R. Père de la Barde a pafle auffi iufques à moy dans le defert, & ie ferois bien aile de pouuoir entièrement fatistaire aux trois points, où 5 vous auez pris la peine de m'aduertir qu'il trouue principalement de la difficulté", dans ces petits com- mencemens de Metaphyfique que i'ay ébauchez. Mais, pource que vous ne les auez touchez qu'en trois mots, i'av peur de n'auôir pu deuiner la fource des diffi- 10 cultez qu'il y trouue ; ce qui efl caufe que i'ay feule- ment parlé, à la fin des dernières obiedions que i'en- uoye au R. Père Merfenne, de la plus générale occafion pour laquelle il me femble que la plufpart ont de la peine à remarquer la diftindion qui eft entre l'ame & i5 le cors : c'eft à fçauoir, que les premiers iugemens que nous auons faits dés noftre enfance, & depuis auffi la Philofophie vulgaire, nous ont accouftumez à attribuer au cors plufieurs chofes qui n'appartiennent qu'a l'ame, & d'attribuer à lame plufieurs chofes qui n'ap- 20 partiennent qu'au corps; & qu'ils mêlent ordinaire- ment ces deux idées du cors & de l'ame, en la com- pofition des idées, qu'ils forment des qualitez réelles & des formes fubftantielles, que ie croy deuoir eftre entièrement reiettée. Au lieu qu'en bien | examinant j5 la Phyfique, on y peut réduire toutes les chofes oui tombent fous la connoiffance de l'entendement, à li peu de genres, & defquels nous auons des notions fi claires &fidillindes les vnes des autres, qu'après les auoir confiderées, il ne me femble pas qu'on puifl'e îo

a. Voir page ?85. I. i6 et tq.

�� � Ji, 3oi. CCL. — Août 1641. 421

manquera reconnoiftre û, lors que nous conceuons vne chofe fans vne autre, cela fe fait feulement par vne abftradion de noftre efprit, ou bien à caufe que ces chofes font véritablement diuerfes. Car en tout ce

5 qui n'eft feparé que par abftradion d'efprit, on y remarque necetfairement de la coniondion & de l'vnion, lors qu'on les confidere Tvn auec l'autre; et on n'en fçauroit remarquer aucune entre lame &. le cors, pourueu qu'on ne les conçoiue que comme il

10 les faut conceuoir,à fçauoir l'vn comme ce qui remplit refpace, & l'autre comme ce qui penfe ; en forte qu'après l'idée que nous auons de Dieu, qui eft extrê- mement diuerfe de toutes celles que nous auons des chofes créées, ie n'en fçache point deux en toute la

i5 nature, qui foient fi diuerfes que ces deux là. Mais ie ne propofe en cecy que mon opinion, & ie ne leflime point tant, que ie ne fuffe preft de la changer, fi ie pouuois apprendre mieux de ceux qui ont plus de lumière. Et ie fuis,

20 Monfieur,

��CCL.

Descartes a X***.

[Endegeest, août 1641.] Texte de l'édition latine, -tome 11, epist. i6, p. 83-92.

Sans nom ni dale, ai'ec celle seule mention : « Responsio ad H}-- peraspistem », c'est-à-dire à l'auteur de la lellre CCXLVJ. p. 3g~ ci- avant. Descaries espère encore pouvoir faire imprimer sa réponse cl

�� � 422 Correspondance. ii, hg-h;.

se hâte de V envoyer à cet effet {ci-dessous, l. 6); or, l'impression sera achetée le 28 août 1641, sans les deux lettres CCXLVI et CCL; celle-ci était donc arrivée à Paris trop tard, et elle aura été envoyée de Hollande dans le courant d'août 1641. D'autre part, si, comme il est probable, Descartes a attendu la réponse de Mersenne à sa lettre du 2 2 juillet {voir ci-avant p. 41 -j, l. 10), la présente ne saurait être antérieure au 12 août. — C'est d'ailleurs évidemment a Mer- senne qu'elle fut adressée en réalité. La suscriplion : Vir Clarissime, n'est qu'une fiction en vue de la publication. — Clerselier donne une version française, t. IL lettre 16, p. i26-i3ç).

Vir Clariflime,

Etfi, praecedentibus prselo commiliîs, reliquas obiec- tiones, fi quse forte venturse eflent, in aliud volumen referuare decreuiffem, quia tamen hae inftar omnium quse fuperfunt proponuntur% libentiffime ad ipfas 5 refpondere feftinabo vt fimul cum alijs edi poffint.

I. Optanda quidem effet tanta certitudo in ijs quse pertinent ad vitam regendam, quanta ad fcientiam acquirendam defideratur^'; fed tantam tamen non effe ibi quserendam nec expedandam, perfacile démon- 10 ftratur : & quidem a priori., \ ex eo quod compoiitum humanum fit ex naturâ fuâ corruptibile^ mens autem incorruptibilis e^ immortalis; fed & facilius a pojîe- riori, ex ijs quae inde fequerentur : vt, û quis ab omnibus cibis vellet abflinere, donec famé abfumeretur, prop- i5 terea quod certus non effet nulium venenum ijs effe admiftum, putaretque fe non teneri comedere, quia non effet clarum & perfpedum fibi adeffe ex quo vi- tam fubftineretjfatiufque effe mortem expedare abrti- nendo quàm fe occidere comedendo, profedo tan- 20

a. Page 398, 1. 8, et page 41a, l. 14-1 S,

b. Page 398, 1. 12-14.

�� � n, I27-12S- CCL. — Août 1641. 423

quam infaniis l<: lui iplius interfedor elîet ciilpundus. Quin, Il ponamus ipfum nulles plane cibos fibi polie comparare, nifi venenatos,qui tamen ei nonvenenati, fed contra valde falubres , appareant ; atque etiam 5 eundem ita efle a naturâ conflitutum, vt inedia eius valetudini conducat, etfi non minus quam reliquis hominibus nocitura videatur; tenebitur nihilominus vti illis cibis, atque ita id quod apparet, potius quàm quod reuera vtile ert, ampledi. Hocque efl omnibus

10 per fe tam notum, vt mirer alicui aliter videri potuilTe.

2. Nullibi dixi, ex eo quod mens imperfeclius agat in

infante quàm in adulto, fequi illam non ejfe imperfec^

tiorem'-'^ nec proinde eo nomine fum reprehendendus;

fed quia non etiam fequitur ipfam elle imperfediorem,

i5 ille qui hoc alTumpferat, non immerito fuit a me re- prehenfus. Nec etiam fine ratione affirmaui, animam humanam, vbicunque fit, etiam in | matris vtero, fem- per cogitare : nam quce certior aut euidentior ratio ad hoc poffet optari, quàm quod probarim eius naturam

20 fiue eflentiam in eo confiftere, quod cogitet, ficut ef- fentia corporis in eo confiilit, quod fit extenfum? Neque enim vlla re potell vnquam propriâ elTentià priuari; nec ideo mihi videtur ille magis audiendus, qui negat animam fuam cogitafl'e ijs temporibus,

25 quibus non meminit fe aduertiffe ipfam cogitaffe, quàm fi negaret etiam corpus fuum fuiffe extenfum, quamdiu non aduertit illud habuilîe extenfionem. Non autem idcirco mihi perfuadeo, mentem infantis de rébus Metaphyficis in matris vtero meditari; fed con-

3o tra, fi quid liceat de re non perfpcdà conijccre, cum

a. Page 400, 1. 1-3.

�� � 4^4 Correspondance. h, 128-129.

experiamur mentes noflras corporibus ita effe ad- iundas, vt fere femper ab ijfdem patiantur; & quam- uis in adulto & fano corpoie vigens animus nonnuUà fruatur libertate cogitandi de alijs, quàm quae ipfi a fenfibus oflferuntur, eandem tamen non effe liberta- 5 tem in segris, nec in dormientibus, nec in pueris, & folere effe eo minorem, quo setas efl tenerior; nihil magis rationi confentaneum efl, quàm vt putemus mentem corpori infantis recenter vnitam in folis ideis doloris, titillationis, caloris, frigoris & fimilibus, quae 10 ex iilâ vnione ac quafi permillione oriuntur, confufe percipiendis fiue fentiendis occupari. Nec minus ta- men in fe habet ideas Dei, fuî & earum omnium veri- tatum, quse per fe notae effe dicuntur, quam eafdem habent homines adulti, cum ad ipfas non attendunt; i5 nec enim pollea, crefcente eetate, illas acquirit; nec dubito quin, û vinculis corporis eximeretur, ipfas apud fe effet inuentura. Nec in vllas plane falebras fententia heec nos conijcit. Nam,|quod mens, realiter a corpore diftinda, nihilominus ei coniunda lit, & a 20 velligijs in eo impreffis afficiatur, aut etiam noua in ipfum imprimat, non difficilius poteft intelligi, quàm vulgo intelligitur accidentia rcnlia (nempe ab ijs, qui ipfa fupponunt) in fubllantiam corpoream agere, quamuis ab eâ toto génère fint diuerfa. Nec refert 25 quod accidentia illa dicantur effe corporea; fi enim per corporeum intelligatur id omne quod poteft aliquo modo corpus afficere, mens etiam eo fenfu corporea erit dicenda; fed fi per corpofeum intelligatur id quod componitur ex eâ fubftantiâ quae vocatur corpus^ nec 3o mens, nec etiam ifta accidentia, quse fupponuntur effe

�� � 11. i29-'3o. CCL. AOLT 164I. 42^

realiter a corpore diftinda, corporea dici debent : atque hoc tantiim fenfu negari folet mentem efle corpoream. Ita igitur, cum ipfa corpori vnita de re corporea cogitât, particul?e qusedam cerebri loco mo- 5 uentur, interdum quidem ab obiedis externis in or- gane fenfuum agentibiis, & interdum a fpiritibus animalibus a corde ad cerebrum afcendentibus; fed interdum etiam ab ipfà mente, cum fcilicet ad ali- quam cogitationem a propria tantùm libertate impel-

10 litur; atque a motu iûarum cerebri particularum fit veftigium ex quo recordaiio dependet. De rébus vero pure intelledualibus. nulla proprie recordatio eft; fed prima vice qua occurrunt, ?eque bene cogitantur ac lecundà; nifi quod loleant nominibus quibufdam alli-

i5 gari, quae cum corporea fint, de ipfis etiam recorda- mur. Sed & alia multa hac in re funt notanda, quse accuratius explicare non eft huius loci.

). Ex eo quod diftinxerim inter ea quae ad me iiue ad meam naturam, ^^ ea quae \ tantùm ad meam noti-

20 tiam pertinent, nullo iure potefl inferri, jfieam Mcta^ phyficam nil omnino jlatuere, quam quœ pertinent ctd notitiatn^^ nec caetera quae hic obieda funt. Nam facile a ledore dignofci poteft. quandonam de folâ notitià, & quando de ipfà rerum veritate tradarim. Nec vllibî

2 5 vfus fum verbo credere. vbi de fcicntid fuit loquen-

dum*"; quin etiam in loco hic citato verbum credere

non habetur. Et in Refponfione ad Secundas Obiec-

tiones^ dixi nos a Deo Jupcrnaturalitcr illujïratos. con-

fidcrc^ ca qua credcnda proponuntur ah ipfo ejfe reue-

a. Ci-avant p. 400, 1. 25-27. h. Ci-avant p. 401, 1. 6-7.

Correspondance. UI. 34

�� � 426 Correspondance. 11, i3o-i?i.

lata-'; quia ibi non de humanà fcientiâ, fed de fid'î fermo erat. Neque affirmaui per lumen gratiae nos myjhria ipfa fidei clare cogno/cere 'quanquam etiam hoc fieri pofTe non negem), led tantùm nos confiderc mis ejfe credendum. Quod autem euidentiffimum fit. 5 ea, quce a Deo reuelata funt, eiîe credenda, quodque lumen gratiie lumini natur?efit praeferendum, nemini fidem catholicam vere habenti dubium vel mirum elle potell. Nec quae hic deinde interrogantur ad me perti- nent, cum nuUam de ijs inquirendi dederim occafio- 10 nem in meis Icriptis ; & quia iam fupra in Refponfione ad Sextas Obiediones profellus lum me ad talia non effe refponfurum, nihil addo.

4. NuUibi habeo id quo nititur hcec quarta obiecl;io, nempe fiiin?niim apicem meœ certitudinis eJfe. ciini revi i5 aliqiiain ha nos clarc cerncre piitamns, vt eo veriorem exi/Iimemiis, quo magis de câ cogitamiis'^; nec proinde meum eft, ad ea quse fubiunguntur refponde-re,quam- uis effet perfacile lumen fidei a lumine naturali diilin- guenti, & huic illud praeferenti. 20

I ^ . Nullibi etiam habeo id quo nititur quinta obiec- tio '^ ; ac prorfus nego nos ignorare quid fit res, quidue .cogitât io, vel opus effe vt alios id doceam, quia per fe tam notum eft, vt nihil habeatur per quod clarius ex- plicetur. Nego denique nihil nos cogitare prœter rcs 2 5 co?poreas.

6. Veriffmium eft, no« a nobis infmitum intclîigi per

a. Page 200 (édlt. 1641), ou page 164 'cdit. 1642J.

b. Page 576 (édit. 1641), ou page 475 (cdit. U)42l.

c. Ci-avant p. 402, 1. 6-9.

d. Page 4û3, 1. i, 5, 10.

�� � \

��11, i3i-i:^:. CCL. — Août 1641. 427

limitationis negJtioncm: &^ ex eo quod limitatio contineat negationem infiniti. perperam infertur negationein limi- tationis continere cognitionem injitiiti'^: quia, id, qiio in- finitum differt a tinito, eft reale ac pofitiuum; contra 5 autem limitatio. qua finitum differt ab infinito, ei\ non ens. liue negatio entis; non autem potell id quod non eft, nos adducere in cognitionem eius quod ell; led contra ex rei cog-nitione percipi débet eius negatio. Et cum dixi^ pag. ^22. liifficere quodintelligamus rem

10 nuliis limitibus comprehenlam. ad intelligendum infi- nitum, fequutus fum modum loquendi quàm maxime vlitatum: vt etiam cum retinui nomen /;(//;;/>/, quod redius vocari pollet eus amplijjimum. fi nomina omnia naturis rerum vellemus elle contbrmia; vlïis autem

i5 voluit vt per negationem negationis exprimatur, tan- quam fi, ad delignandam rem maximam, dicerem efle non paruam, vel quae nihil plane habet paruitatis; par hoc verô non Iignificaui politiuam naturam infiniti cognofci ex negatione, ac proinde mihi nullo modo

20 contradixi.

Quod verô facultas lit in mente ad rerum ideas am- pliandas^ non negaui; fed quod in eâ elle non poffini ideîe iftse ita ampliatae, & facultas in eu'u modum eas ampliandi, nili ipla mens a Deo fit, in quo ouines per-

25 fediones, quse per iftam ampliationem attingi poifunt, reuera exiftant, faepe inculcaui; & probaui ex eo,

a. Page 40?, 1. 17-20.

b. Quoiiiuc Descartes, à la date de cette lettre, dût sans doute avoir déjà entre les mains les bonnes feuilles de ses Réponses aux Cinquièmes Objec- tions, cette indication de pagination peut avoir été ajoutée à son texte. Quelques autres semblables plus loin sont également suspectes. Gt. plus haut, prolé^^ontène de la lettre CCXLVI, P.-397-398. et aussi p. 403, 1. 22.

�� � 428 Correspondance. h, 132-133.

quod nihil efle poffit in effeclu, quod non prseextiterit in caufà. Nullique putant atomos effe a fe ipfis, qui pro fubtiliffimis Philofophis illà in re fint habendi, quia lumine naturali manifeflum eft, non nifi vnicum ens fummum ab omni alio independens effe poffe. 5 Cum verô dicitur turbinem in fe ipfum non agere, dum fe circumuoluit, fed tantùm pati a verbere, licet abfente, vellem fcire quo p^clo vnum corpus ab alio abfente pati poffit, & quomodo adio & paffio ab inui- cem diflinguantur. Ego enim fateor me non adeo effe 10 fubtilem, vt capere poffim quo paclo aliquid patiatur ab eo quod non adeft, (atque etiam quod fupponi poteft non amplius exiftere, fi nempe ftatim pofi: ver- beratum turbinem flagellum effe definat), nec video cur non eodem iure dici poffit, nullas iam adiones i5 effe in mundo, fed omnia quse fiunt effe paffiones ac- tionum, quae in prima mundi origine fuerunt. Semper autem exiftimaui vnam & eandem rem effe, quse, cum refertur ad terminum a quo, vocatur adio, cum verô ad terminum ad quem fiue //; quo recipitur, vocatur 20 paffio : adeo vt plane repugnet, vel per minimum tem- porismomentum, paffionem effe fine adione. Denique, quamuis concedam ideas rerum corporalium, atque etiam, non quidem totum hune mundum vifibilem, vt obijcitur, fed ideam tôt rerum quot funt in hoc mundb 25 vifibili, ab humanâ mente produci poffe, non ideo rede infertur nos fcire non poffe an quid corporeum fit in rerum naturâ, nec ad j vllas anguftias deducunt meae opiniones, fed tantùm illationes perperam ex ijs dedudae; non enim rerum materialium exiftentiam ex 3o eo probaui, quod earum idese fint in nobis, fed ex eo,

�� � Il, I33-.34. CCL. — Août 1641. 429

quod nobis fie adueniant, vt fimus conlcij. non a no- bis fieri, fed aliunde aduenire.

7. Hîc dico% primo, lumen Solis non conferuari in lapide illo Bononienli. fed nouum lumen a radijs fola- 5 ribus in eo accendi, quod poftea in vmbrâ conlpici- tur; Si, fecundo, non rede inde inferri quamlibet rem abfque Dei influxu conferuari polTe; quia fspe licet ras veras per falfa exempla illuflrare, ac multo cer- tius eft, nullam rem fine Dei concurfu polTe exiftere.

10 quàm nuUum lumen Solis fine Sole. Nec dubium eÛ, fi Deus cefTaret a fuo concurfu, quin ftatim omnia quae creauit in nihilum elTent abitura, quia, antequam creata eflent & ipfis concurfum fuum praeberet, nihil erant. Nec ideo minus vocari debent fubftantiee, quia,

1 5 cum dicimus de fubftantiâ creatà quod per fe fubfiftat, non ideo excludimus concurfum diuinum, quo indiget ad fubfiftendum; fed tantummodo fignificamus illam effe talem rem, vt abfque omni alià creatâ effe poffit, quod idem de modis rerum, vt de figura vel numéro,

20 dici non potefl. Nec Deus oftenderet potentiam fuam effe immenfam, fi res taies efficcret, vt poftea fine ipfo eife pofTent; fed contra, illam in hoc teftaretur efle finitam, quod res femel creatse non amplius ab eo penderent. Nec recido in foueam a me paratam, cum

25 dico fieri nonpofiTe, vt Deus quicquam aliter deftruat quàm ceffando a fuo conjcurfu, quia alioqui per pofi- tiuam aélionem veniret in non ens. Magna enim dif- ferentia eft inter ea quje fiunt per pofitiuam Dei ac- tionem, quse omnia non poffunt non effe valde bona;

3o & ea quae ob cefiTationem pofitiuse adionis eueniunt,

a. Page 405. 1. 3 et suiv.

�� � 4J0 Correspondance. n, iih-j^s.

vt omnia mala & peccata, & dellrudio alicuius entis, fi vnquam aliquid exiftens deftriiatur. Nec vrgent qu?e adduntur de natiirà trianguli : vt enim varijs in locis inculcaui, de ijs quse ad Deum vel infinitum fpectant, non quid comprehendere poffimus, cum iciamus illa 5 non debere a nobis polie comprehendi, led tantùm quid certâ aliquâ ratione attingamus, eft confideran- dum. Nunc autem ad cognofcendum in quo caufarum génère iftae veritates dependeant a Deo, videantur Refponfiones ad fextas obiediones, art. 8^ lo

8. Nunquam memini me fcripfilTe, nec cenfuiffe quod hic mihi tribuitur"".

9. Nec etiam memini, me vnquam miratum fuiffe, quod omnes non fentiant in fe ideam Dei'^; tam fréquen- ter enim animaduerti, ea quse homines iudicabant ab i5 ijs quae intelligebant dillentire, vt, quamuis non du- bitem quin omnes ideam Dei, faltem implicitam, hoc

eft aptitudinem ad ipfam explicite percipiendam, in fe habeant, non mirer tamen quod illam fe habere non fentiant, fiue non aduertant, nec forte etiam poil mil- 20 lefimam mearum Meditationum ledionem fint aduer- furi. Sic, cum iudicant fpatium, quodinane appellant, nihil effe, illud nihilominus vt rem pofitiuam intelli- gunt. Sic, cum accidentia putant elle realia, repraefen- tanifibi ipfa tanquam fubftantias, etfi fubftantias elfe 25 non iudicent'^ | ac faepe alijs multis in rébus hominum

a. Page 586-587 (édit. 1641), ou page 483-484 (édit. 1642).

b. Page 406, 1. 20, à page 407, 1, 12.

c. Page 407, 1. r3-i4.

d. La version de Clerselier :omporte ici toute une plirase qui manque dans l'édition latine: Aïnji. quoy que, dans la notion qu'ils

�� � ".'^5. CCL. — Août 1641. 4ji

iudicia ab ipforum perceptione dilTentiunt. At qui- cunque nullum vnqiiam iudicium ferunt, nifi de rébus quas clare & diftinde percipiunt (quod, quantum in me eil, femper obferuo), non polTunt vno tempore 5 aliter quàm alio de eâdem re iudicare. Quamuis au- tem quce clara & indubitatafunt, eo certiora nobis appa- reant, quo fcepius & attentius conjîderantur, non memini tamen me hoc vllibi pro clarse & indubitatae certitudi- nis nota pofuiffe. Mec etiam fcio vbi fit illud femper, 10 de quo hîc fit mentio; fed fcio, cum dicimus aliquid a nobis femper fieri,per hoc femper non folere lignificari seternitatem, fed tantummodo omnes vices quibus occafio occurrit, vt id faciamus.

10. Fines Dei a nobis fciri non poffe, nifiDeus ipfos i5 reuelet, eft per fe manifeflum". Et quamuis verum fit, refpiciendo ad nos homines, vt fi-t in Ethicis, omnia ad Dei gloriam faâa efle, quia nempe Deus propter omnia opéra fua eft a nobis laudandus, Solemque ad nos illuminandos fadum efife, quia experimur nos a 20 Sole illuminari : puérile tamen effet atque abfurdum^ fi quis in Metaphyficis affereret Deum, tanquam homi- nem aliquem valde fuperbum, non alium finem in condendo Vniuerfo habuiffe, quàm vt ab hominibus laudaretur; & Solem, multoties terra maiorem, non

ont de l'ame, ils ne remarquent rien qui ait du rapport auec le cors ou l'eflendue, ils ne laiffent pas de fe la reprefenter comme corporelle, & de fe feruir de leur imagination pour la conceuoir, & enfuite, d'en iuger & d'en parler comme d'vn cors.

a. Ci-avant page 408, 1. i ?.

�� � 4} 2 Correspondance. u, 1:^5-1 se.

alio fine creatum eiïe, quàm vt homini , minimam terrse partem occupanti, lumen prseberet.

I 1 1 . Hîc voluniatis l^^ intelledûs fundiones confun- duntur" : neque enim voluntatis eft intelligere, fed tantùm velle; ac quamuis nihil vnquam velimus, de 5 quo non aliquid aliquo modo intclligamus, vt iam ante conceffi,plura tamen eàdem de re nos poOe velle quàm cognofcere, fatis experientia déclarât. Neque etiam falfum fub ratione veri apprehenditur, nec qui negant ideam Dei elTe in nobis, id ipfum apprehen- 'o dunt, etfi forte affirment, credant & contendant. Vt enim mox notaui pundo 9, perfaepe hominum iudicia ab ipforum perceptione fiue apprehenfione diffen- tiunt.

12. Cum nihil hîc prœter autoritatem Ariftoteiis & '5 eius Sedatorum mihi opponatur"', nec diffimulem me ipfi minus credere quàm rationi, non eft quod mul- tum de refponfione laborem.

Qui autem a natiuitate caecus eft, vtrum habeat ideas colorum, necne, paru m refert; & fruftra de hac 20 re cseci Philofophi teftimonium aduocatur; quamuis enim ponamus ipfum habere ideas plane fimiles ijs quas de coloribus habemus, non poteft tamen fcire illas eft'e fimiles noftris, nec proinde vocari colorum ideas, quia quales noftrae fmt ignorât. Nec video quo 25 iure hîc inferior fim, quia, etfi mens fit indiuifibilis, non ideo variarum proprietatum acquirendaium mi- nus eft capax. Nec mirum quod in fomnis nullas demonftrationes Archimedeis fimiles conficiat; ma-

a. Page 408, 1. 22 et suiv.

b. Page 409, 1. p et suiv.

�� � Il, .:^6-i37. CCL. — Août 1641. ^jj

net enim corpori vnita etiam in fomnis, nec vllo modo liberior eft, quàm in vigilià. Nec cerebrum diu vigilando melius difponitur ad veftigia libi imprefla retinenda; fed | tam in fomno, quàm in vigiliâ, quo 5 fortius veftigia ifta imprelTa funt, eo melius retinen- tur; ideoque interdum etiam fomniorum recordamur, fed melius eorum quse cogitauimus vigilando, cuius rei rationes in Phyficâ erunt manifeftse.

ij. Vbi dixi Deum effe/iium eje, vfus fum modo

10 loquendi Theologis vûtatiffimo, quo intelligitur ad Dei effentiam pertinere vt exiftat; quod idem de triangulo dici non poteft, quia tota eius elTentia reéte intelligi- tur, etfi nullum in rerum naturâ effe fupponatur. Dixi vero Scepticos de veritatibus Geometricis du-

i5 bitaturos nonfuifte, fi Deum, vt par eft, agnouiffent, quia, cum iftœ veritates Geometricse fint admodum perfpicuse, non habuiflent vllam occafionem de ijs du- bitandi, fi fciuiflent ea omnia, quse perfpicue intelli- guntur, effe vera; hoc autem in fufficienti Dei cogni-

20 tione continetur, atque hoc ipfum eft médium, quod in numerato non habeant.

Quaeftio denique, an linea conftet ex pundis vel partibus, nihil hîc ad rem, nec huius eft loci ad ipfam refpondere; fed moneo tantùm, in loco citato, p. ^4^,

î5 me non locutum effe de qualibet re ad Geometriam pertinente, fed tantùm de ijs eius demonftrationibus, de quibus, licet clare intelledis, Sceptici dubitabant. Nec rede hîc inducitur Scepticus dicens : Fallaî me quantum- poteji malus ille genius &c. Quicunque enim id

3o dicet, hoc ipfo non erit Scepticus, quia non de om-

a. Page4io, 1. 16.

Correspondance. III. 55

�� � 434 Correspondance. n. i??-'?».

ni bus dubitabit. Et fane nunquam negaui ipfos Scep- ticos, quaradiu aliquam veritatem clare percipiunt, ipfi fponte affentiri, nec, nifi nominc tenus &: forte etiam ' voluntate ac inftituto, in fuà illâ de omnibus dubitandi hîeiefi permanerc. Sed egi tantùm de ijs 5 quae meminimus nos antea clare percepiire. non de ijs quîe in praefenti clare percipimus, vt videre eft^ pag. 84 e»^' 344.

14. Quomodo mens corpori extenfo coextendatur, etfi non habeat vUam veram exrenfionem , hoc eft 10 vllam per quam locum occupet, atque aliud quid ab eo excludat, iam fupra exemplo grauitatis fumptœ pro qualitate reali explicui. Quod autem Ecclefiaftes, vbi ait hominem nihil habere iumento amplius, de cor- pore tantùm loquatur, etiam fupra oflendi ex eo quod i5 ftatim poftea feparatim agat de anima, his verbis : Quis noiiit Ji fpiritus Jilionim Adam &c.

Denique, ad dignofcendum vter concipiendi mo- dus lit imperfedior, & imbecillitatem mentis noftrae potius teftetur : an ille quo vniim quid fine alio conci- 20 père non pojfumu.s, vt inentem Jine corporc? an verô ille quo alteriitnim abfquc alio complète concipimiis? conli- derandum eft vter ex his duobus procédât a pofitiuû aliquâ facultate, cuius facultatis priuatio alterius fit caufa. Nam facile intelligetur realem efle mentis fa- 25 cultatem, per quam duas res, vnam abfque alià, com- plète percipit ; atque eiufdem facultatis priuationem, ob quam duas iftas res, confufe tantùm, inftar vnius apprehendit. Vt etiam in vifu maior perfedio eft, cum fingulas obiedi particulas accurate diftinguit, quàm 3o

a. Pages 70 et 28? de l'édition de 1642.

�� � H, 138-139- CCLI. — Septembre 1641. 4^5

ciim omnes lîmul inftar vnius tantùm aducrtit. Si quis verô titubantibus ociilis vnam rem pro duabus fumât, vt ebrijs faepe contingit; atque li quando j Philofophi, non dico eiTentiam ab exiftentià diftinguant, quia non 5 folent aliam inter ifta duo diftindionem fupponere, quàm reuera eft, fed in eodem corpore materiam, formam & varia accidentia, tanquam totidem res a fe mutuo diuerfas concipiant, tune facile, ex perceptionis obfcuritate ac eonfufione, ipfam non tantùm a pofi-

10 tiuà facultate, fed etiam ab alicuius facultatis defedu oriri deprehendent, û diligentius attendentes ani- maduertant, fe non habere plane diuerfas ideas eorum, qu3e fie diuerfa efTe fupponunt.

Caeterum, û loca omnia, quse non fatis in praece-

i5 dentibus explicuimus,in his obiedionibus notata fint, permultum debeo eorum Autori, quod eius operâ iuftam habeam oeeafionem nullas amplius expedandi.

��CCLI.

Descartes a Mersenne.

[Septembre 1641.] Texte de Cbrselier, tome II, lettre 5j, p. 3oi-3o3.

Sans date dans Clerselier, mais entr2 les lettres 5 5 -5 6, du 22 juil- let 1641 {p. 414 et 41g ci-avant), et la lettre 5ft'. du 77 novembre (lettre CCLIV ci-après); elle semble d'ailleurs J'enir, dans la cor- respondance avec Mersenne, iikmédiatemenl après la réponse à l'Hy- peraspistes, lettre CCL ci-avant [voir p. 486, l. i5). L'intervalle parait cependant être de plusieurs semaines. La correspondance subit ensuite une interruption, et on peut croire que Descaries s'est absenté

�� � en octobre (voir ci-après le prolégomène de la lettre CCLIII). La probabilité semble donc être que la présente ait été écrite rers le commencement de septembre 1641 (le lundi 2 ?).

Mon Reuerend Père,

Ie vous suis extrêmement obligé de tous les soins
que vous prenez pour moy, & du zele que vous témoi-
gnez auoir pour ce qui me touche ; mais, pour ce que
5i'en ay incomparablement moins que vous, ie croirois
commettre vne iniustice, si ie manquois à vous sup-
plier de mépriser entièrement tout ce qu'on vous peut
dire à mon desauantage, & de ne prendre pas seule-
ment la peine de l'écouter ny de m'en écrire. Car
10pour moy, il y a si long-temps que ie sçay qu'il y a des
sots dans le monde, & ie fais si peu d'estat de leurs iu-
gemens, que ie serois tres-marry de perdre vn seul
moment de mon loisir ou de mon repos à leur suiet.

Et pour ma Metaphysique, ie cessay entièrement d'y
15penser, dés le iour que ie vous enuoyay ma réponse ad
Hyperaspisten
[9] ; en sorte que mesme ie ne l'ay pas euë
depuis ce temps-là entre mes mains; & ainsi ie ne puis
répondre à aucune chose de tout ce que vous m'en
écriuiez, il y a huit iours[10], sinon que ie vous supplie de
20n'y penser non plus que moy. I'ay fait, en la publiant,
ce à quoy ie pensois estre obligé pour la gloire de
Dieu, la décharge de ma Conscience. Que si mon
destein n'a pas reüssi, & qu'il y ait trop peu de gens
au monde qui soient capables d'entendre mes raisons,
Il, 3oj--3o3. CCLI. — Septembre 1641. j\jj

ce n efl pas ma faute, & elles n'en font pas moins vrayes pour cela; mais il y auroit de ma faute, fi ie m'en fâchois, ou que i'employafle dauantage de temps à répondre aux impertinentes obiedions de vos gens. 5 l'admire que vous vous foyez auifé de m'enuoyer vne des lettres de feu M. N. ^ après fa mort, veu que vous ne les auiez pas iugé dignes que ie les vifle pen- dant fa vie. Car cet homme n'a iamais efté capable de rien écrire que des paralogifmes très impertinens,

10 quand il a mefme cherché la vérité; ce feroit mer- ueille s'il l'auoit rencontrée en n'ayant deflein que de médire d'vn homme qu'il haïflbit, & ie ne répons autre chofe à fa belle lettre, finon qu'il n'y a pas vn feul mot contre moy qui ne foit faux, & fans preuue.

i5 le ferois bien marri que vous prifliez la peine de m'en- uoyer fes autres lettres; car nous auons icy aflez de papier pour le dernier vfage, & elles ne peuuent fer- uir à autre chofe. Si le ieune Schoten ne les entend pas, ce n'eft pas ma faute, & en vous le recommandant,

20 ie ne croy pas vous auoir aifuré qu'il fuft fort iudi- cieux, & fort fçauant*".

le vous ay defia mandé, 1 touchant la queilion de Geo(metrie), que ie n'ay que faire de perdre du temps

a. <' Beaugrand. » {Inst.) Il était mort à la fin de 1640 (voir plus haut, p. 277, 1. 8). — Sur les pamphlets mathématiques qu'il avait composés contre Descartes, cf. t. II, p. 5o8, éclaircissement de p. 5o2, 1. 21.

b. Schooten fils, âgé de vingt-six ans, voyageait alors en France. Voif ci-avant, p. 333, Véclaircissement de p. 828, 1. 3. — Cette curieuse bou- tade de Descartes contre le futur traducteur.de sa Géométrie, montre que le philosophe était, ce jour-là, d'assez méchante humeur.

c. Sur cette question, voir plus loin, dans les Additions du présent vo- lume, la pièce CCXLIII bis [Clers., III, 4-5-4791. On y trouvera la figure à laquelle se rapporte le présent alinéa, et aussi l'énoncé latin dont Des- cartes donne ici la démonstration.

�� � 4^8 Correspondance. h, so:;.

à enfeigner des gens qui ne m'en fçauroient point de gré, & iadioulle que ie les reconnois fort peu capables d'eftre enfeignez, vu qu'ils n'ont pas mefme fceu com- prendre que quadratum A K œquatur quadratis ex KH & AH. Car AH eflant la perpendiculaire qui tombe 5 du fommet du cône fur le centre de Fellipfe cherchée, & H K ellant la commune fedion de cette ellipfe & de la parabole donnée, il efl éuident que l'angle A H K efl: droit; & pour la ligne PB, elle n'a garde d'eftre perpendiculaire fur A H, à caufe qu'elle n'eft pas dans lo le mefme plan, mais elle eil parallèle à fa perpendi- culaire.

le vous prie derechef de ne m'enuoyer plus ny au- cunes obiedions contre ma Metaphyfique*, ny tou- chant la Géométrie, ny chofes femblables, ou du i5 moins de n'attendre plus que i'y falfe aucunes ré- ponfes.

M. R. P. ,

'Voflre tres-humble, Ot tres-obeïlTant

feruiteur, descartes. 20

Page 438, I. 14. — Mersenne avait-il communiqué à Descartes une ap- préciation venue de Londres d'un certain Hi kbneris, et non pas Huelne- Risou HuELNER, comme l'appelle Baillet [Vie de M, Des-Carles, II, i3i et 1 38), qui avait mal lu le nom dans le recueil des Lettres MSS. à Mer- senne? Voici les passages les plus intéressants de cette lettre de J. Hueb- NERUs. if//2() Augusti, anno 1641 :

a Hrec demum septimana, Vir Clarissime, gaudii nobis feracissima fuit. » Biduo abhinc accepimus accuratissimas Pnestantissimi Gassendi contra » Mcditationes Dni C\mF.i\i objectiones. Hcri rcddita nobis sunt : i?e.v- v ponsio Cartesi i i\d illas, pars item postrema Responsionis ejusdem ad » Objcctiones quartas, Idea tua Pliilosophiœ moralis, et omnes tua; pos- » trenite literx', quas Dno. Boschio tradidisti. Quae omnia Dnus Haaki:

  • spero l'usius rccensebit. »

'!■ ... Dni DUS Carfks Meditatiunes non exigua volupiaie a me lectiv et

�� � CCLI. — Septembre 1641. 4J9

» relectae sunt. Quanquam secundiE et quintae Objectiones,quariim auctor » est doctissimus et ingeniosissimiis Gassendis, omnia propemodum, quœ » atferre contra illas cogitabam, praeripuere, dabo tamen operam, ut quae » ab illis relicta mihi sunt, quamprimum chartis commissa ad te ablé- » gentur, in aliquod saltem summœ mece in TectDnum dks Cartes obser- » vantiœ tesiimoniuni. »

« Summopere probo methodum, qua argumentum suum exsequitur, et » illà, quae in scholis vulgo obtinet, ad docendum veritatem commodio- » rem existimo; magnique facio judicium et rationes'ejus, quibus nixus » Analyticam in denionstrando et docendo methodum Syntheticœ pra?- » ponit. Non legi qui ante ipsum idem ita clare professus sit, prxter » Jacobi M AcoNTiUM in libello de Methodo, mole exiguo, sed plus intra se » occultante, quam exterior ejus faciès promittere videtur. Idem Acontius K videtur Methodi ejus, quam ipse Analyticam appellat, spécimen tantum » dedhsein cgregio de Stratageniatix Satani Vibro. . . »

HuEBNER cite ensuite plusieurs livres, entre autres, « KiRKEni Jesuitce opus de Magnete », qui venait de paraître, le 2 mai 1641, et que nous retrouverons entre les mains de Descartes, lettre du 3i janvier 1642. Puis vient ceci :

« Haud dubie jamdudum legisti libellum Francisci Sanchez. titulo, » quod nihil sciliir. Dffficultates scientiœ verae acquirendae egregie et » ingeniose exaggerat; sed tamen ad hyperbolicas ejusmodi dubitationes, » quales Cartesianœ sunt, non progreditur. »

Il termine ainsi :

« Haec pauca raptim in chartam conjcci, non alio fine, quam ut scires i> omnia, quae hactenus ad nos ablegasti, recte advenisse, omnique adeo 1 hac de causa metu solvereris. Plénum ad omnia responsum proxime, » Deo volente, expectabis. »

Le post-scriptuin de la lettre est de Tiii-odorr Haak, ainsi conçu :

<( Monsieur, » Il me fust entièrement impossible d'cscrirea ce coup; mais nous vous » supplions pour le ingénient de Mons. Gassend de Veritate Herberti: » nous le mesnagerons bien a Thonneur de l'Autheur. »

Enfin, Hiebner avait nommé, dans sa lettre, un autre correspondant de Mersenne, John Pell : <' Pelliis, qui nunc ipsum apud me est, officiosis- » simam quoque salutem (ibl nunciat. » [Bibl. Kat., fr. n. a. 6206, f» 131, p. 228-329.)

�� � 440 Correspondance. i, 389.

CCLII.

Descartes a Regius.

[Endegeest, novembre 1641.] Texte de Clerselier, tome I, lettre 82, p. 389-390.,

Non datée dans Clerselier; mais la date se détermine par la lettre suivante, que celle-ci précède de peu, juste le temps pour Regius de la recevoir et d'y répondre. Voir le proléfçomène,p. 443,

Vir Clariflime,

Cum tuae litterse allatse funt, hîc non eram, iamque primùm domum reuerfus ipfas accipio. Non magni momenti Siluij obiediones mihi videntur, nihilque aliud quàm ipfum Mechanicse parùm intelligentem 5 effe teflantur; fed tamen vellem vt paulo blandiùs ei refponderes. Tranfuerfâ lineâ in margine notaui ea loca quae duriufcula mihi videntur.

Ad primum pundum, vellem adderes : et/i-" paucus Jit fanguis in corpore, venas nihilominus ipjo ejfe plenas, \o quia fe contrahunt ad eius menfuram. Imo hoc ipfum pofuifli, fed obiter tantùm, & puto effe prtecipuum ad eius difficultatem diffoluendam.

Ad fecundum, puto faaguinem moribundi afcitici" refriguiffe in eius venulis minoribus ^li: à corde re- i5 motioribus, ibiquc coagulatum impedijffe ne nouus ex arterijs in venas per circulationem influeret, dum

a. Peut-être faut-il lire : et,fi.

�� � 1, 389-3.JO- CCLII. — Novembre 1641. 441

intérim fanguis, adhuc calens in cauâ iuxta cor, in dextrum eius ventriculum incidebat, atque ita cauam fuifle vacuatam .

Ad tertium, grauitas eft quidem plerumque caufa 5 concomitans & adiuuans, fed non eft caufa primaria; nam contra, fitu corporis inuerfo, & grauitate repu- Ignante, fanguis tamen in cor non quidem incideret, fed flueret, vel infiliret, ob circulationem & fponta- neam vaforum contradionem.

10 Ad quartum, vbi loqueris de efFeruefcentiâ fan- guinis, mallem ageres de eius rarefadione ; quse- dam enim magis feruent, quse tamen non adeô rarefcunt.

Ad quintum, vbi te accufat, quod affinxeris ipfi

i5 obiedionem quam non agnofcit pro fuâ, refponde- rem me nihii ipfi affinxiffe. Nam cum dixifti : neque his aduerfatur quod ventriculi in Jijîole non Jint omni corpore vacui, idem fenfus fuit, ac fi dixiffes : fufficere quod maximam partein falteni vacui Jint ; quâ ratione verd

20 maximâ ex parte vacuentur, te pojîea fufè explicuijfe, nul- lamque eius argumenti vint declinajje.

Denique, circa auriculas cordis, malè videris ipfas diftinguere ab oftijs venee cauae & arterise venofae; nihil enim aliud funt quàm ifta lata oftia. Et malè

25 etiam aliquam ipfis tribuis fanguinis codionem per ebuliitionem fpecificam, &c. Vale.

Une erreur de date a tort embarrassé Raillet pour cette lettre et la sui- vante. Les croyant toutes deux une réponse à la lettre de Regius, du 7 (17) octobre 1640 (lettre CCIX, p. 202 ci-avant), il s'étonnait, à bon droit, de n'y pas retrouver le nom de Primerose, mais celui de Silvius. Ce passage de Baillet fiit suite à celui qui est reproduit plus haut p. 202-2o3 (et', p. 2o3, note a, oii il faut lire « Lettre CCLI »), et à un Correspondance. III. 5ô

�� � 442 Correspondance.

emprunt à la Narratio historica, p. i5 (tin du passage donné ci-avant, p. 203-204) •

«... Ces Messieurs appellent cet adversaire Primerosiiis, comme tait » aussi M. Rcglus". Cependant il est nommé Silvius en deux rencontres » par M. Descartes {en marge : Caries, tom. I Epist. pag. 38rf et 3<)i), et » il se trouvoit effectivement un jeune Docteur en Médecine du nom de » Silvius à Lcyde dans ce même tems, et dont M. Descartes avoit fait » mention en une autre occasion {en marge : Page 3S8, tom. I ibid.'). » Pour concilier ces diversitcz, l'on pourroit s'imaginer que Primerosius » auroit emprunté le nom de Silvius. Mais agissons avec plus de simpli- » cité, et convenons plutôt que M. Regius s'étoit attiré deux adversaires •> en même tems, qu'il les a réfutez tous les delix séparément, qu'il a com- » muniqud sa Réponse contre Primerosius aux Professeurs ses Collègues » que nous avons nommez, mais qujl a envoyé à M. Descartes celle qu.'il 1) avoit faite contre Silvius; que comme les Professeurs lui avoient con- « seillé de traiter plus doucement Primerosius qui étoit dans leurs senti- » mens touchant la Circulation du sang, de même M. Descaries l'avoit » averti d'en user avec plus d'honnêteté à l'égard de Silvius, dont il ap- » prouvoit plutôt le sentiment que celui de M. Regius sur les veines » lactées; enfin que c'est la Réponse à Silvius, que M. Descartes a cor- » rigée, et sur laquelle nous avons enc'>rc deux lettres latines {en marge : » ce sont la 82" et la 83* du i*"" volume) qu'il en écrivit à Monsieur » Regius. » {Vie de M. Des-Cartes, II, 6.'i.)

Comme les deux lettres en question sont certainement de novembre 1641, la conclusion de Baillet est erronée en ce iqu'il considère comme simultanées les polémiques de Primerosius et de Silvius contre Regius. Ce dernier a tenu au courant Descartes de la première par ses lettres i3 cl 14, du 7 octobre 1640 et du i" mai 1641. Mais nous n'avons pas la réponse de Descartes à la première de ces lettres, et en répliquant à la seconde, il ne parle point de Primerosius (lettres CCXXXIX et CCXL). La querelle avec celui-ci est donc close à ce moment. Quant à Silvius, il n'intervient que plusieurs mois après, mais cette fois, si nous avons deux lettres de Descartes, Baillet n'a point vu celles que Regius a écrites pen- dant cette période, et nous n'avons aucune indication qui puisse le suppléer.

a. Les professeurs d'Utrccht, auteurs de la Narratio historica.

h. Baillet cite en marge : Reg. Epist. 14, c'est-à-dire la lettre de Regius du 1°' mai 1641, ci-avant CCXXX'VIII, p. 365.

c. Voir ci-avant p. b<^, 1. 5 (lettre CXC, de Descartes ii Regius, du 24 mai 1640).

�� � 1, 39o-?9i. CCLIII. — Novembre 1641. 44}

CCLIH. Descartes a Regius.

[Endegeest, novembre 1641.] Texte de Clerseiier, tome I, lettre 83, p. 39o-3'_i2.

Non datée dans Clerseiier. Mais Descaries parle de ses Médita- tions, achetées d'imprimer à Paris il y a trois mois, « aute très meuses » {p. 448, l. 25), c'est-à-dire le 28 août 16 41, et il rappelle ce même délai dans la lettre CCLIV [Clers., II, 3 04), qui est du i-j novembre. D'aittre part, il félicite M. van der Hoolck d'avoir été élu encore une fois bourgmestre d'Utrechl [p. 446, l. 3), et cette élection remonte au 1" octobre 1641 ; si Descartes a attendu jusqu'en novembre pour le féliciter, c'est que lui-même s'était absenté quelque temps pour un voyage {voir p. 440, l. 2-3). Enfin, les Thèses, dont il est ici question {p. 443, l. 4), furent soutenues le 24 novembre, et la lettre est certainetnent antérieure. jYous la daterons donc de novembre 1641, sans autre appro.ximation .

Vir ClarifTime,

Legi omnia quse ad me mififli, curfim quidem, fed ita tamen vt non putem quicquam in ijs contineri quod impugnem. Sed fané multa funt in Thefibus tuis,

5 quse fateor me ignorare, ac multa etiam, de quibus fi forte quid fciam, longé aliter explicarem quàm ibi explicueris. Quod tamen non miror; longé enim dif- ficilius eft, de omnibus quae ad rem medicam perti- nent fuam fententiam exponere, quod docentis offi-

10 cium eft, quàm cognitu faciliora j feligere , ac de reliquis prorfus tacere, quod ego in omnibus fcientijs facere confueui. Valdè probo tuum confilium, de non

�� � 444 Correspondance. i, 3o'-

amplius refpondendo Syluij qujeftionibus, nifi forte vt pauciffimis verbis illi fignifices, tibi quidem eius litteras efle pergratas, eiufque fludium inuefligand?e veritatis, & gratias agere quod te potiffimum elegerit cum quo conferret; fed quia putas te abundè in tuis 5 prsecedentibus ad omnia, quee circa motum cordis pertinebant , refpondilîe , nuncque videtur tantùm difputationem ducere velle, atque ex vnâ quaeftione ad alias tranfire, quse res efle polîet infinita, rogare vt te excufet fi, alijs negotijs occupatus^ipfi non amplius lo refpondeas.

Initio enim, cum difputat an vense, contradae ad menfuram fanguinis quem continent, dicendae fint plenœ vel non plense^ mouet tantùm quaeftionem de nomine. i5

Ac poftea, dum petit fibi ollendi alligatum ferro fanguinem , & qusenam fit vera grauitatis natura ^, nouas quaeftiones mouet, quales imperitiffimus quifque plures polFet proponere, quàm omnium dodiflimus in totà vità diiloluere. 20

Cum ex eo quod languis ex venis in cor polîit inli- lire, infert venas ergo debere pulfare, facit aequiuoca- tionem in verbo infilire\ tanquam fi dixeris fanguinem falire in venis.

Cum in comparatione inflationis veficae notât ali- 25 quam dilîimilitudinem, quod lit violenta, & puer à patente fiflulà os auferat, nihil agit, quia nulla com- paratio in omnibus potcll conuenire; vt neque cùm

a. Lettre CCLII, pa^c 440, 1. o. ci avant.

b. Page 441, 1. 4.

c. Ib.. 1, S.

�� � 1,391-39». CCLIII. — Novembre 1641. 445

aliâ ratione quàm per fpontaneam venarum contrac- tionem vult explicare fanguinis propulfationem; af- fert enim fibras tranfuerfas vafa coard:antes,quod non eft diuerfum à venarum contradione ; idem enim figni- 5 ficat fibras vafa coardare, ac venas contrahere. Cae- tera perfequerer, fed omnia .per te meliùs potes, & iam ex parte foluifli in Thefibus*.

In his autem adiungis corollarium de maris seftu, quod non probo; non enim rem fatis explicas, vt in-

10 telligatur, nec quidem vt aliquo modo probabilis fiât; quod iam in multis alijs, quœ eodem modo propo- fuilli, à plerifque reprehenfum eft.

Qui motum cordis aiunt effe | Animalem, non plus dicunt quàm fi faterentur fe nefcire caufam motûs

i5 cordis, quia nefciunt quid fit motus Animalis. Cum autem partes anguium dififedse mouentur, non alia in re caufa eft quàm cum cordis mucro etiam diffec- tus pulfat, nec alia quàm cum nerui teftudinis in particulas dififedi, atque in loco calido & humido

20 exiftentes, vermium inftar fe contrahunt, quamuis hic motus dicatur Artificialis, & prior Animalis; in omnibus enim iftis caufa eft difpofitio partium foli- darum & motus fpirituum, fiue partium fluidarum, folidas permeantium.

25 Meditationum mearum imprefllo ante très menfes Parifijs abfoluta eft, necdum tamen vUum exemplar accepi, & idcirco fecundam editionem hîc fieri con- fenfi.

Caufam, cur in vorticibus inieda corpora ad cen-

3o trum ferantur, puto effe, quia aqua ipfa, dum circula- riter mouetur in vortice, tendit verfus exteriora; ideo

�� � 446

��Correspondance. i, >9^.

��enim alia corpora, quac nondiim habcnt iftum motum circularem tam celerem, in centrum protrudit.

Gratulor D. Van der H(oolck) iterum Confiili, & dic- taturà perpétua digniim exirtimo, tibiqiie gratulorquod in eo fidum \ potentem habeas defenforem. Vale.

Page 445, 1. 7. — Sur ces thèses, où Regiiis défendait la circulation du sang, et qui turent soutenues à Itrecht le 24 novembre 1641, voici quelques renseignements empruntés à l'opuscule latin Testimonium Aca- deinice Vltraiectina' et Nanatio historica etc. :

« Medicina; studiosus Thesihus Mathematicis sub D. Ravensbergero » Professorc Mathcseos disputandis (quibus titukis erat Dixputatio Ma- » thematico-Philosopliica) Coroliariuni subjeceraf pro sententià communi » ac receptà, contra nuper exortam opinioncm de circulatione sanguinis, » his-verbis : Continuus ille et Ellipticus sanguinis motus, quem ingenio- » sissimus G. Harva'us ingeniosissimè prinius excogitavit variisque » experientiis astruere conatus est, an à nobis admitti debeat? Non ne- n gamus probabilem esse senteutiam Harva'i, à communi tamen non >) temerè discedendum judicamus. »

« Medicus [Regius] ubi id-rescivit, cursitationibus, obtestationibus et » querelis, primùm apud alterum Nobiliss. et Ampliss. D. D. Consulum » [Van der Hooick], deinde apud Theologum [Voetiitm); Academise Rec- » torem, propositionem istius corollarii, aliorumque nonnullorum iisdem » Thesibus (inter quœ illud ? Thesi Opticà, de Myopibus non curandis » per antidota medica), impedire voluit : causatus inter alia Professorem » Matheseos ex sua sententià illud coroUarium non defendere (quippe » quem antehac contrarium sensisse nôrat), sed tantum ad postulatum et » heneplacitum respondentis; adhaec involari in professionem Medicam. » immo nequidem moris esse, aut licitum in Academiis, ut Mathematici » Thèses ad disputandum proponant. Tantum vero effectum est, ut Pro- » tessor Matheseos de consilio Rectoris cederei Medico, et CoroUarium n ita mutatum Typographo excudendum daret : An continuus ille et » Ellipticus sanguinis motus, quem ingeniosissimus G. Harvceus inge- » niosissimè primus excogitavit, variisque experientiis astruere conatus » est, à nobis admitti debeat? Probabilis est Harvcei opinio; probabilior » communis. Nobis tamen id nunc Qiiodlibeticum esto. R^spondens dis- )i putationisin correctione probce (quam vocant), inscio praeside, cum » omisisset vocem ingeniosissimè et substituisset à nobis in lycœum medi- » cum, posteriora hœc verba, de quibus Medicus conquerebatur, in omni- » bus exemplaribus (quas distribuebantur) suasione Rectoris inducta sunt. »

f. Qua raiione tamen Medico vix est satisfactum. Hœc verô cùm Pro- » fessoribus innotuissent, non poterant non ipsis displicere, quod Me- » dicus non contentus libertate, quam sibi quotidie magis ac magissume-

�� � CCLIV. — 17 Novembre 1641, 447

B bat, contra Acadcniix jiidiciuni et dccrctum, coniraquc promissa » (quorum supra memininius), nec cxspectato Inclyti Senatus expressci » consensu, insuper contraria; ac communis sentcntite in Academia » defensionein proviribus impcdituni irci ; immo cl in Thcscs aliorum » Professorum propria autoriiatc inquircrci, dcquc iis querelas clam ad » ipsos D. D. Consules deferret, non exspectatà Facultatis Medica-, aui » Philosophiez, aut Academici Senatus sententià, ad quiv tribunalia prius » haec quereia et causa, ex more Academiarum, dcterenda tuiss’et. Acce- » débat, quod jMedicus Mathematici disputationi opponeret Eiencticam. » 24 Novembris 1641, in quâ, circulationem sanguinis de novo asserens, » verba nonnulla, ex responsione Prot’essoris Mathematici, Thcsi 2? et » 24, et Respondeiitis, thesi 25 et 26, aiio charactere expressa cxhibens, » exagitabat; in quo tideni et dexteritaterji illius desiderare se posteà con- » questi sunt. »

" Quo facto putabat defendens dict;« disputationis, et Professor Mathematicus plus satis occasionis sibi datuiu utendi communi libertate » Academiarum, et suam mentem ex professe explicandi, oppositisque » disputationibus se tuendi. Et facium fuisset, nisi Theologus, Rector » Academiae, amicà persuasione Professorem Matheseos rationihus qui- » busdam ab insiituto avertisse!; quibus ille acquievit : quamvis alii graves » et prudentes viri, etiam ex professoribus, aliter judicarent. Satis ergo » fuit Professori Matheseos, inter alia corollaria novas Philosophiae op- » posita disp. Mathematica: de puncto, 11 Decemb., suam responsionem » contra circulationem sanguinis, nuper publiée datnm, ventilandam pro- » posuisse, his verbis : An spiritmim propiilsin sangtiinem ex arteriis in » venas prœsertim in Phlebotomid promovere possit ? »

« Contra hoc Corollarium duo doctissimi ex Medici sectatoribus ad » satietatem lisque opponebant, donec ipsi désistèrent. » (P. 20-22, Testi- moniiim Acad. Vltr. Et Narratio histnrica etc., Rheno-Trajecti, ex typ. Wilhelmi Strickii, 1643.)

CCLIV.
Descartes a Mersenne.
[Endegeest], 17 novembre 1641.

Autographe, Bibliothèque V. Cousin, n" 7. Variantes d’après le texte de Clerselier, tome II, lettre 58, p. 3o3-3ori.

Cet autographe porte le n° [38] du classement de dont Poirier. La cote de la collection La Mire est cachée par un morceau de papier collé dessus ; mais ce derait être la pièce 44 de cette collection. 448 Correspondance. h. 303-304.

Mon Reuerend Père,

le n ay point receu de vos letres a ces 2 derniers voyafges, & i'ay peu de chofes a vous refpondre tou- chant celles que i'auois receuës auparauant ; mais i'ay a vous dire que mes Méditations s'impriment en ce 5 pais, i^ qu'ayant efté auerti par vn de mes amis que diuers libraires en auoient enuie, l^ que ie ne le pourrois empefcher, d'autant que le priuilege de Soli neft que pour la France, & qu'ils vfent icy de tant de liberté, que mefme vn priuilege des Eftats ne les re- 10 tiendroit pas, i'ay mieux aymé qu'il y en euft vn qui le fifl auec mon confentement & mes corredions, & qui, en faifant courir le bruit, empefchafl le deffein des autres, que non pas qu'il s'en fifl vne impreffion fans mon fceu, laquelle ne pourroit manquer d'eftre pleine i5 de fautes : ce qui m'a fait confentir qu'vn des Elfeuirs qui demeure a Amfterdam limprimaft, a condition toutefois qu'il n'en enuoyeroit aucuns exemplaires en France, affin de ne point faire de tort a Soli. Et néan- moins ie n'ay pas fuiet d'eftre fort fatisfait de luv, en 20 ce qu'y ayant defia j mois que le liure eft acheué ^ d imprimer ', il ne m'en a pas toutefois encore enuoyé

■X ■: 2" deux. — 3 choie. — beaucoup. — 16-17 des... Am-

7 diuers] plufieurs.— le] les. — llerdaml Libraire d'AmIterdam,

8 de Soli] du Libraire. — 9 tant appelle Elzeuier. — 19 de omis de"! toute. — 10 que] en forte. araiit xon. — a Soli au Libraire.

— vn] qu'vn. — 12-14 &. qui. . . — 19-22 Et... toutefois" duquel autres omis. — 14 qu'il... im- toutefois ie n'ay pas de l'atis- preflloni que d'autres le fillent. faclion, en ce qu'il ne m'a.

— i5 laquelle... pleine" 6c auec

a. L.c 28 août 1641 .

�� � n, 3o4. CCLIV. — 17 Novembre 1641. 449

aucun exemplaire, & mefme il y a 5 ou 6 iours que le Maire m'a dit qu'il n'auoit encore receu aucun auis de Soli, qu'il y euft des exemplaires pour luy ou pour moy par les chemins, & qu'il luy auoit feulement vne 5 fois efcrit, il y a 2 ou 3 mois, qu'il imprimoit le liure & qu'il luy en enuoyeroit des exemplaires ; & mefme le Maire difoit auoir enuie de l'imprimer, & qu'il auoit refpondu a Soli que, s'il n'enuoyoit promp- tement fes exemplaires," on l'imprimeroit Jcy. C'eft

10 pourquoy il ne doit pas trouuer mauuais qu'on l'im- prime icy, puifqu'il n'y en veut point enuoyer.

l'ay feulement a vous demander fi vous ne iugez pas a propos que i'y face adioufter ce que vous auiez retranché de la fin de ma refponfe a M'. Arnaud tou-

i5 chant rEuchariflie", & l'Hyperafpifles auec ma ref- ponfe ; & en fuite de cela, que ie face mètre au titre, Editio fecunda, priori Parijiis faélâ emendatior & au- clior'^. Cete impreffion ne fera acheuée de 2 mois, & fi les 100 exemplaires que vous m'auez mandé que

I après exemplaire] ny au 4-5 vne fois omis. — 5 : 2 ou 3]

Maire non plus ajouté. — & deux ou trois. — 5-6 qu'il...

rnefme] car il m'a dit. — 5 ou liure] que le Liure s'imprimoit.

6] cinq ou fix. — 1-2 que... — 6 des e.xemplaires omis. —

à\x.omis. — 2 après n'auoit] pas 6-9 &... icy omis. — 9-10 C'eft

feulement a;'oî</e. — aucun 07«/s. pourquo}'] Ainfi. — i2-i3 ne

— 2-3 de Soli] du Libraire. — iugez pas] iugez. — 14-15 tou-

3-4 y... chemins] luy en euft en- chant l'Euchariftie omis. — iS :

uoyé par mer. — 4 &] mais. — 2] deux. — 19 : 100] cent.

a. Voir plus haut p. 418, éclaircissement de p. 416, 1. 6.

b. Lettres CCXLVI et CCL, p. 397 et p. 421 ci-avant.

c. Descartes n'a pas donné suite à cette idée. On lit simplement en tête de la 2* édition : Secunda editio septimis objectionibus antehac non visis aiicta.

Correspondance. III. 5/

�� � 4^0 Correspondance. 11,304-305.

Soli enuoyeroit icv font par les chemins, ils pourront ayfement eflre débitez auant ce tems la ; & s'ils n'y font pas, il les peut retenir, û bon luy femble.

l'ay vne prière a vous faire de la part d'vn de mes intimes amis% qui efl de nous enuoyer le plan du iar- 5 din de Luxembourg, & mefme aulTy des baflimens, mais principalement du iardin. On nous a dit qu'il y en auoit des plans imprimez ; fi cela efl, vous m'obli- gerez, s'il vous plaift, de m'en enuoyer vn; ou, s'il n'y en a point, de le faire demander au iardinier mefme 10 qui l'a fait ; ou enfin, fi vous ne pouuez mieux, de le faire tracer par le ieune homme qui a fait les figures de ma Dioptrique"', & luy recommander qu'il obferue bien toute l'ordonnance des arbres & des parterres, car c'eft principalement de cela qu'on a affaire : & ie i5 me feruiray des adrelTes de M' Picot^, pour faire donner a Paris l'argent que cela confiera, & ie ne plaindray pas d'y employer 7 ou 8 pifloles, s'il ne fe peut faire faire a moins.

|Ie viens a ce qui elt dans vos letres. 20

I . l'ay dit qu'vn mail qui a 2 fois autant de matière

I Soli] le Libraire. — enuoye- 8] fept ou huit. — s'il] fi cela. —

roitj enuoyoit. — 10 le... au] 19 faire om/5. — 20 le... letres.]

tâcher à î'auoir du. — mcrme Pour vos queftions, la première

omis. — 1 1 enfin omis. — i3 &] efl touchant vne boule de mail,

& de. — iD & omis. — i6 M à qui. — 21 Le numéro j, ainsi

Picot] Monfieur P. — 18 : 7 ou i]i(c les autres, 2, 3, etc., inscrits

a. Sans doute Huygens, désireux d'embellir sa maison, dont il avait envoyé le plan à ses amis de France, notamment à Balzac {Œuvres de Balzac, i665, t. I, p. 56o). Voir aussi Lettres de Jean Chapelain (Paris, Imprimerie nationale, 1880, t. I, p. 710 et 718).

b. Schooten le jeune qui se trouvait alors à Paris. Voir ci-avant p. 437, note b. Voir aussi t. I, p. 395-396.

�� � II, 3o5. CCLIV. — 17 Novembre 1641. 451

que la boule qu'il frape, ne luy imprime que le tiers de fon mouuement^; ce qui vous fera facile a enten- dre, fi vous confiderez le mouuement, ou la force a fe mouuoir, comme vne quantité qui n'augmente iamais 5 ny ne diminue, mais qui fe tranfmet feulement d'vn cors en vn autre, félon qu'vn cors en pouffe vn autre, & qui fe refpand efgalement en toute la matière qui fe meut de mefme viteffe. Car vous m'auouerez bien que, pendant que le mail touche & pouffe la boule, ils fe

10 meuuent enfemble, luy & la boule, c'efl a dire de mefme viteffe ; & ainfy, que toute la force a fe mou- uoir, qui efloit auparauant dans le mail feul, efl alors refpanduë également en toute la matière du mail &. de la boule ; & ainfy, que celle qui compofe la boule,

i5 n'eflant que le tiers de toute cete matière, a caufe que le mail eft fuppofé double de la boule, & que 2 & vn font j, elle ne peut receuoir que le tiers de cete force.

2. Il efl certain qu'vne goûte d'eau peut eflre fi

20 petite, qu elle ne pourra defcendre dans l'air : & l'en ai vu l'expérience en des brouillars, que ie voyois a l'œil n'eflre compofez que de fort petites goûtes d'eau, qui ne defcendoient point en bas, fmon que, lorfqu'on émouuoit vn peu l'air, elles fe ioignoient plufieurs

en marge de l'autographe, man- viteffe omis. — 14 ainfy omis. —

quent dans Clerselier. — quia 2] i5 acaule] dautant.— 16-17 &...

de deux. — i que... frape o^w^s. 3 omis. — 17 après peut] aufli

— ne luv imprime] n'imprime. ajouté. — le tiers] la troifiéme

— 4-5 iamais omis après n'aug- partie. — 23-24 en... peu] mais, mente, ajouté après diminue. — — 24 après l'air] eftant tant foit 8 bien omis. — 10- 11 luy... peu émû o/oufe.

a. Ci-avant p. 210, 1. 18 (?).

�� � 452 Correspondance. m, ?o5-3o5.

enfemble, c^: ainfy, deuenant plus grofles. defcen- doyeni en pluye,

j. le vous affurc que M Picot ne va point en Perfe, & qu'il n'en a eu aucune penfée.

4. Pour voftre expérience de la boule A qui, eftant 5 poufTée contre les boules B & C, pouffe la petite C

par l'entremife de la CToffe B, fans ^-^ ,-~v c fi^ii'e quafi mouuoir B, la railbn y J K^JG s^^ P^ut ayfement rendre. Car

bien que, au premier moment que 10 ces 2 boules B & C font touchées, elles fe meuuent fans doute d'égale viteffe, toutefois, a caufe que B eft plus pefante que C, elle eft beaucoup plus empefchée par les inegalitez du plan fur lequel elles roulent, c<: ce font ces inegalitez qui areftent la boule B & ne font 1 5 pas capables d'arefter la boule C ; mefme encore que ces 2 boules fuffent de mefme groffeur, C ; pourroit aller plus vifte que B : car toutes les inégalité/, du plan qui luy refiftent, refiftent auffy a B qui la fuit, l<: elles employent coniointement leurs forces pour les fur- 20 monter; mais ce qui refifte a B, nempefche point pour cela C, laquelle pource fuiet fe peut incontinent éloigner d'elle, & ayant commencé a s'en efloigner, continuer après de plus en plus.

5. Les enfans, en remuant les iambes, montent fur aS

3-4 le. • . penfée omis. — 6 C 17 C] celle de deuant. — 18 B]

omis après petite. — 7 B omis. l'autre. — 19 B] celle. — 21 B]

— 8 après mouuoir] cette groffe la fuiuante. — 22 C] la prece-

ajouté. — 10 que, au] qu'au. — dente. — laquelle] qui. — 22-

II et 1- : 2I deux. — 12 d'égale] 23 incontinent omis après peut,

de mel'me. — i3 empefchée] ar- ajouté api-ès d'dlQ. — 23-24 ^•••

rétée. — i5 & ne] & qui ne. — en plus omis.

�� � II, 3o6. CCLIV. — 17 Novembre 1641. 453

les cheuaux, a caufe que ce remuement leur ayde a remuer les cofles & les mufcles de la poitrine, par l'ayde defquels ils fe gliffent peu a peu fur le dos du cheual ; mais pource qu'ils battent Tair auec les iam-

5 bes, cela ne leur peut ayder fenfiblement.

le ne trouue rien de plus en vos letres a quoy le puifle refpondre; car pour la defcente des eaux, ie ne m'en fuis pas encore efclaircy moy mefme, & cell vne chofe a laquelle ie me fuis propofé de penfer plus

10 particulièrement, fi toft que i'en auray le loyflr^ le fuis,

Mon Reuerend Père,

Voftre très obeiffant & très obligé & paffionné i5 feruiteur, descartes.

Du 17 Nou. 1641.

Vous m'obligerez, s'il vous plaift, d'enuoyer l'en- clofe a Renés.

3 peu a peu omis. — 4 après miere occafion. — 12 Mon...

mais] non pas a/OM/e. — pource] Père] M. R. P. — i3 après

parce. — 5 cela. . . fenfiblement. Voftre] très humble & ajouté. —

omis. — 9-10 chofe... loyfir] i3-i4 &... paffionné omis. —

eftude que ie veux faire a la pre- 16-18 Du... Renés, omis.

a. Voir ci-après lettre du i8 février 1643.

�� � 454 Correspondance. 1.397.

��CCLV.

Descartes a Regius.

[Endegeest, décembre 1641 ?] Texte de Clerselier, tome I, lettre 86, p. 397-398.

Non datée dans Clerselier, et faisant partie d'une série de lettres dont l'oKdre chronologique est dérangé. Elle appartient sûrement à l'année 1641 , mais sa date réelle [entre avril et décembre) étant tout à fait incertaine, elle est placée ici comme à une limite extrême. Le remerciment (/. 2) semble un accusé de réception pour des thèses im- primées, dont la totalité 7i'aurait pas été communiquée auparavant à Descartes en manuscrit. A la rigueur, ce peuvent être les thèses du 24 novembre 1641, dont Descartes avait en tout cas eu connaissance, au moins partiellement, lorsqu'il écrivait sa lettre CCLIII, page 448 ci-avant. Les chartulœ (p. 455, l. 20) doivent être au contraire des projets pour des soutenances futures, et peuvent donc encore se rap- porter à celles du 8 décembre Z641 , après lesquelles Regius devra surtout songer à se défendre {voir plus loin lettre CCLVIII). Mais comme il dirigea des Disputationes tout l'été {voir p. 36 j ci-avant), la présente lettre peut tout aussi bien remonter à cette période.

Vir Clariffime,

Accepi tuas thefes, & gratias ago ; nihil in ipfis in- uenio quod non arrideat. Quse ais de adione & paf- fione, nullam mihi videntur habere difficultatem, modo illa nomina redè intelligantur : nempe, in re- 5 bus corporeis omnis adio & paffio in folo motu locali confiftunt, & quidem adio vocatur, cum motu^- ille confideratur in mouente, paffio verô, cum confidera- tur in moto. Vnde fequitur etiam, cum illa nomina ad res immateriales extenduntur, aliquid etiam motui lo

�� � 1,397-398. CCLV, — Décembre 1641. 4^^

analogum in illis eiïe confiderandum ; & adionem di- cendam effe, quse fe habet ex parte motoris, qualis eft volitio in mente; paffionem verô ex parte moti, vt intelledio & vifio in eâdem mente. Qui verô putant 5 perceptionem dicendam effe adionem, videntur fu- mere nomen adionis pro omni reali potentiâ^ & paf- fionem pro folâ negatione potentiae ; vt enim percep- tionem putant effe adionem, ita etiam haud dubiè dicerent in corpore duro receptionem motûs, vel vim

10 per quam admittit motus aliorum corporum, effe adionem ; quod redè dici non poteft, quia paffio ifti adioni correlatiua effet in mouente, & adio in moto. Qui autem dicunt adionem omnem ab agente auferri poffe, redè, fi per adionem motum folum intelligant,

i5 non autem, 'fi omnem vim fub nomine adionis velint comprehendere ; vt longitudo, latitudo, profunditas, & vis recipiendi omnes figuras & motus, à materiâ fiue quantitate toUi non poffunt, nec etiam cogitatio à I mente.

20 In Chartulis quas mififli^ pag. 2, lineâ 7, ac prœcipiiè cordis : videtur ibi effe aliquis error calami ; non enim premuntur partes à corde, fed fanguis ad hepar ex alijs partibus miffus, ac praecipuè ex corde, iuuat codionem. Non intelligo etiam quse ibi fequuntur de

25 ligatura geminatâ, & alternatim diffolutâ.

Pagina 4, experimentum de corde follibus inflando, nifi feceris, non author fum vt apponas ; vereor enim ne, corde excifo & frigido, tam rigidum euadat, vt ita inflari non poffit ; fed facile efl experiri, & fi fuccedat,

3o pones vt certum, non autem cum verbis iudico & vi- dentur.

�� � 4^à Correspondance. 1,398.

Pagina ^ , quœ habes de magnete, mallem omitti ; neque enim adhuc plané funt certa ; vt neque illa quee habes, pag. 6, de gemellis, & fimilitudine fe.xûs. Vale & me ama, & communes amicos meo nomine pluri- mum faluta. 5

CCLVI.

Descartes a Regius.

[Endegeest, décembre 1641?] Texte de Cleiselier, tome I, lettre S7, p. SyS-Sgg.

Le fragment ci-dessous et la lettre CCLl'II qui suit, traitent un même sujet, à l'occasion de thèses préparées par Regius, et ont dû se succéder à peu d'intervalle. Mais leur date réelle est tout aussi in- certaine que celle de la lettre CCLV, qui les précède dans Clerselier et n'a pas, avec elles, de relations bien marquées. Voir plus haut le prolégomène de celle lettre CCLV, p. 454.

Vil" Clariffîme,

Legi raptifllmè illa omnia qu?e iuiîeras vt perlege- i*em, nempe partem primi, & partem fecundi quater- nionis, & quinqiie alios integros.

QjLiae in primo de adftringentibus, incralTantibus lo & narcoticis, de luo habes, mihi non placent ; peculia- rem enim aliqiiem modum, quo forte potefl aliquando contingere vt res (lat, tanquam vniuerialem proponis, CLim tamen plures alij poiîint excogitari, ex quibus probabile ell eofdem effedus faepius fequi. i5

In fecundo, ais Idiopalhiam elfe morbiim per fe fub- fijlcnteni: malicm dicere e[fe ah alio non pendenlem, ne

�� � 1,398-399 CCLVII. — Décembre 1641. 457

quis philofo|phus inde concludat, te fingere morbos effe fubftantias.

De febribus autem breuiter hîc dicam quid fentiam, ne nihil in hâc epiftolà contineatur; de reliquis enim 5 vix quicquam dicam. Itaque febris ell^. ..

��CCLVII.

Desgartes a Regius.

[Décembre 1641 ?] Texte de Glerselier, tome I, lettre 88, p. 399-400.

Voir les prolégomènes, pp. 484 et 456.

Vir Clariffime,

Accepi tuas litteras, in quibus duas proponis diffi-

cultates circa ea quse de febribus ad te fcripferam^.

Ad quarum primam : cur fcilicet caufam regula-

10 rium recurfuiim in febribus fere femper oriri dixerim a materiâ, quœ maturatione quâdam indiget, antequam fan- guini mifceri pojfit; irregularium verà, ab eâ quœ, caui- tatem aliquam implendo, folâ diftentione poros aperit, facile intelliges, fi aduertas non dari rationem cur iftse

i5 cauitates tantae fint magnitudinis, & tantus fiât in illis materiae affluxus, vt femper in omnibus hominibus, vel fingulis diebus, vel alternis, vel quarto quoque

a. Glerselier ajoute : Deest reliquum. Et si candide et generosè D. Re- gius velit agere, illud suplebit. Voir à ce sujet notre Introduction, t. I, p. xxiv-xxv.

b. Voir plus haut, 1. 3-5.

Correspondance. III. 58

�� � 45^ Correspondance. i, «99-400.

die, vacuentur; dari autem rationem cur aliquis hu- mor vnà tantum die, alius duobus, alius tribus indi- geatad maturefcendum.

Alteram etiam : cur nempe. pon'.s apcru's, tota aul fere tota mater ia expurge tur, facile folues, aduertendo 5 multô difficilius efTe poros plané claufos aperire. quàm, poftquam femel aperti funt, impedire ne rur- fus claudantur; adeo vt fatis magna copia materise debeat effluere, antequam claudantur ; imo fere tota débet effluere, cum nulla eu. cauitas, nifi quœ ex af- 10 fluxu iflius materiae, partes vi diftendentis, efficitur; quia partes diftentse adjfitum naturalem redire debent, antequam pori claudantur. Si autem lit cauitas per exefionem partium fada, conçedo quidem illam ma- teriâ corruptâ plenam manere pofl expurgationem ; i5 adeo vt, cum pori aperti funt, non nifi pars exfupe- rans, & latera cauitatis impellens, expurgetur, qure poteft elfe décima vel vigefima tantùm pars materije in illâ cauitate contentai : fed quia fola eft haic pars exfuperans, quœ febris paroxifmum accendit, ideo fola 20 videtur elfe numeranda, & ita femper vcrum eft, to- tam materiam febris expurgari in fingulis paroxifmis. .

Quantum autem ad gangrenam, etfi fanguinis cir- culatio, in aliquà parte impedita, poffit aliquando efle remota eius caufa, proxima tantùm eft corruptio fiue 25 putrefadio ipfius partis, quae ab alijs caufis quàm ab impedita circulatione poteft oriri, atque, ipfâ iam fadâ, circulationem impedire.

Quai de palpitatione habes, non mihi fatisfaciunt, & tam varias iudico elfe poife eius caufas, vt non îo aufim etiam aggredi ipfas hîc enumcrare.

�� � 1,400. CCLVIII. — Mi-Décembre 1641. 459

Non etiam exiftimo excrementa difficilius egredi per pilos amputatos quàm per integros, fed plané econtra facilius, nifi forte cum radicitus extirpantur, & pori, per quos egreffi fuerant, occluduntur; mul- 5 tique capitis dolores experiuntur, cum longos alunt pilos, ijfque poflea liberantur, capillis amputatis. Caufam autem cur capilli amputati crefcant, puto eiTe quod excrementa copiofms per amputatos egredian- tur. Hocque etiam confirmât experientia : quia ma-

10 iores recrefcunt quàm fi nunquam fuififent amputati,

quia nempe ob maiorem copiam excrementorum per

ipforum radiées tranfeuntium, eae ampliores euadunt.

Denique conuulfionem non puto fieri propter tuni-

carum denfitatem, fed tantùm quia valuulse qusedam,

i5 in neruorum tubulis exifi:entes, prœter ordinem ape- riantur aut claudantur, quod & fpirituum crafiities, & organi Isefio, vt pundura in tei^dine vel neruo, cau- fare potefl:. Vale.

��CCLVIII.

Descartes a Regius.

[Endegeest, mi-décembre 1641.] . Texte de Clerselier, tome I, lettre 90, p. 416-417.

Sans date dans Clerselier. Mais cette lettre se rapporte à des thèses que Regius soutint le 8 décembre 1641 ; elle fait même allusion à des faits qui se sont passés le lendemain et le surlendemain [voir à ce sujet l'éclaircissement). D'autre part, il n'est pas encore question de la riposte des adversaires de Regius, qui eut lieu le 18 et le

�� � 460 Correspondance. i, 4'6.

•24 décembre. Celte lettre est donc de la mi-décembre environ. — // semble bien au reste que Descartes n'avait pas été consulté d'avance sur la proposition qui souleva l'orage contre Regius.

��Vir Clariffime,

Vix quicquam durius, & quod maiorem offenfae ac criminationis occafionem daret, in Thefibus tuis po- nere potuifles, quàm hoc : quod honio Jit eus per acci- dens; nec video quâ ratione meliùs poffit emendari, 5 quàm fi dicas te, in nonâ thefi, confideraiïe totum hominem in ordine ad partes ex quibus componitur, contra verô, in décima, confiderafTe partes in ordine ad totum. Et quidem in nonâ, te dixiffe hominem ex corpore & anima fieri per accidens, vt fignificares 'o dici poffe quodammodo accidentarium corpori, quod animae coniungatur, & animae quod corpori, cum & corpus fine anima, & anima fine corpore efle poffint. Vocamus enim accidens, omne id quod adeft vel abeft fine fubiedi corruptione, quamuis forte, in fe fpeda- «5 tum, fit fubflantia, vt veftis eft accidens homini. Sed te non idcirco dixilTe hominem ejfe ens per accidens., & fatis oftendifiTe, in decimâ thefi, te intelligere illum efife ens per fe. Ibi enim dixiflii animam & corpus, ra- tione ipfius, efle fubftantias incompletas ; & ex hoc 20 quod fint incompletse, fequitur illud quodcomponunt, efife ens per fe. Vtque appareat, id quod efl; ens per fe, fieri pofife per accidens, nunquid mures generantur fiue fiunt per accidens ex fordibus ? & tamen funt en- tia per fe. Obijci tantum potefl;, non efi"e accidenta- 25 rium humano corpori, quod animae coniungatur, fed ipfifîimam eius naturam ; quia, corpore habente omnes

�� � 1,416-417- CCLVIII. — Mi-Décembre 1641. 461

difpofitiones requifitas ad anilmam recipiendam, & fine quibus non eft propriè humanum corpus, fieri non potefl fine miraculo, vt anima illi non vniatur; atque etiam non efTe accidentarium animae, quod

5 iunda fit corpori, fed tantùm accidentarium elTe illi poft mortem, quod à corpore fit feiunda. Quse omnia non funt prorfus neganda, ne Theologi rurfus offen- dantur; fed refpondendum nihilominus, ifta ideo dici pofle accidentaria, quod, confiderantes corpus folum,

10 nihil plané in eo percipiamus, propter quod animae vniri defideret; vt nihil in anima, propter quod cor- pori debeat vniri ; & ideo paulo ante dixi, ef[e quodam- modo accidentarium, non autem abfolutè efTe acciden- tarium.

i5 Alteratio fimplex eft illa quae non mutât formam fubiedi, vt calefadio in ligno ;■ generatio verô, quae mutât formam, vt ignitio; & fané, quamuis vnum alio modo non fiât quàm aliud, eft tamen magna difFe- rentia in modo concipiendi, ac etiam in rei veritate.

20 Nam formae, faltem perfectiores, funt congeries quse- dam plurimarum qualitatum, quae vim habent fe mu- tuo fimul conferuandi ; at in ligno eft tantùm mode- ratus calor, ad quem fponte redit, poftquam incaluit ; in igné verô eft vehemens calor, quem femper con-

25 feruat, quamdiu eftignis.

Non debes irafci Collegae illi, qui confilium dabat de addendo corollario ad interpretandam tuam The- fim ; amici enim confilium fuiffe mihi videtur.

Omififti aliquod verbum in tuis thefibus manu

îo fcriptis, thefi decimâ : omîtes aliœ. Non dicis quae fint illae aliae, nempe qualitates. In caeteris nihil habeo

�� � 462

��Correspondance. 1,417.

��quod dicam; video enim vix quicquam in ijs conti- neri, quod non iam ante alibi pofueris, c^ laudo : effet enim laboriofum noua femper velle inuenire. Si hue adueneris, femper mihi tuus aduentus erit pergratus^ Vale. 5

��Voici la version officielle de la soutenance de ces thèses, avec les cir- constances qui les accompagnèrent, et les troubles qui les suivirent, telle qu'elle fut rédigée par les soins du Conseil de l'Université d'Utrecht :

« Quod imprimis Professoribus cogitationes injecit de quasrendis

•> remediis, contra crescentcm hune Academix suée morbuin, fuerunt per- » tinaccs concertationes et fréquentes supplosiones, quae evenere in dispu- » tationc Medici Regii], de illustribus quaistionibus Physiologicis, habita » S Dccembris 1641.AC causns supplosionumad primi et secundi opponen- )) tis oppositiones erant manifesta;, atque aliàs etiam usitatœ.videlicet con- )' tentiones de vicibus opponendi inter duos studiosos Médicinal, alterum w receptae, alterum nova.' Philosophix- propugnatorem; ac deinde inter )> studiosum Medicinae nov;c, et studiosum Theologioe, receptiv Philoso- " phiœ sectatorem. Tertiam et iteratam supplosionem concitabant nonnuUi >' Medico faventes, ut scilicet abrumperent oppositionem Theologice studiosi » qui pressé ac solide, modeste tamen, rationibus quibusdam Metaphysicis )) ab absurdo urgebat paradoxon Medici, rff luinuiie, quod sit ens per acci- » dens, ut ille ait, deqtte accidentait itnioiie animœ et corporis : uique in » locum illiussuccederet McdicincE studiosus, Medici discipulus et assecla; « qui parafus astabat, et gestibus atque habitu corporis ad oppositionem » sese offcrebat; quin et audicntibus multis studiosis Medicus ingeminabat 11 hœc exercitia esse pro studiosis Medicinœ, itaque Theologiœ studiosis » nullas hîc esse partes. Atque hactenus illis quidem supplosionibus soli B petebantur opponentcs; Pix-side enim verba facienie, veluii aliis in dis- » putationibus fieri solet, cessabant. Sed cum nonnulli ex Medici asseclis » et discipulis pergerent aliquoties interturbare dictum Thcologia: stu- n diosum, subtiliter et forma SvHogisticà argumentimi suum prosequen- » tem, ad quod Medicus non respondehat, facium est tandem, ut sub )i finem disputationis supplosio inchoata à Medici fautoribus coniinua- » retur, ipso etiam Medico, disputationis prx'side, loquente : quud in hàc » Academià plane est insolens. En vero supplosio excitabatur (quantum 1) audiri poterat) à maximà parte Auditorii, quod frequentissimum erat. » numerum ibi aliquem facientibus Mediciuit et Théologie, sed multo » maximum Literarum. Philiisophiie et .luris studiosi';. Atque ita cum

a. Regiui avait annoncé 'i;i visite .'1 Descartes pour les vacances de la nouvcllf année. Voir ci-après lettre CCLXIN', proléf^omciw.

�� � CCLVIII. — Mi-Décembre 1641. 465

» supplosione finita est disputatio, dum Pedellus horam auditam nun- » tiaret. »

« Cumquc Medicus una cum Rectore, reliquisque Pmfessoribus, qui » disputationi interfuerani, more solito ex Auditorio exirent, ingens totius » Auditorii orta est supplosio, qui Medicus expiodi videbatur. Hujus » vero insoientiœ rationes studiosi passim illo die et postea rogati, hanc » reddebant : Quod Medicus tum per se, tum per sectatores suos, insolenter » et superbe proscriberet receptam Philosophiam, ejusque doctores et » discipulos indigné contenineret; cum tamen ejus refutationem (quippe » cujus ne termines quidem satis viderctur didicisse) aut sententiae suae » defensionem vix mediocriter in publico theatro moliri posset; deinde I) quod, cum ad turpes tergiversationes aut ad silentium manifesté adige- )i retur, si non ad absurda et pericuiosa quamplurima effutienda, ipse » tamen, et nonnulli ipsius discipuli,optimis inter opponentes Philosophis » satis indecorè aniehac insultare, et nunc oppositiones eorum intertur- » bare non erubuissent. Denique quod indigna essent paradoxa et absurda » illa, de homine ente et uno per accidens, de quantitatis efficaciâ, etc., » quae in Academià proponerentur; imprimis si tam miserè et fugientium » in morem defenderentur. »

« Cumque Medicus Theologum [Voetium], Acad. Rectorem, ab Acad. » ad aedes ip ius comitaretur, hâc occasione hic eum monuit, meliùs fac- » tum fuisse, si paradoxum illud de homine non proposuisset, ut quod » periculosum esset in recessu, et errorum aliquod syrma post se trahere » posset, si quidem pertinaciter defenderetur. Excusavit verô se primùm » Medicus, quod lectum hoc sibi esset in Gorlasi exercitationibus, atque » inde disputationi insertum : se nescivisse aliquid detrimenti aut praîju- » dicii veritati Theologicae hinc adferri posse. Postea tamen cum Theolo- » gus prœcipitia et absurda quaedam ostenderet, pro viribus sententiam > suam tueri conabatur. Idem prœstitit die postero, cum Theologum » domi suas super hoc negotio cum eo collaturus, et consilium, uti prse » se ferebat, petiturus inviseret; ubi etiam de paradoxa ipsius Philosophie » in génère, deque ratione et Methodo, quâ eam tradebat per sceleta defi- )> nitionum et dichotomiarum, atque demonstrationibus, nonnuUa obiter » dicta sunt. Sed nihil nisi pervicaciam, non sine maledictis, reposuit. »

« Alter ex Theologiae professoribus de eodem paradoxe cum Medico j) domi suœ conferens, et salubre consilium illi suggerens, tantundem » ferè abstulit. Quin et postridie, qui tertius erat à disputatione dies, in » ordinariâ lectione problematicâ idem paradoxum pro virili astruebat, et » auditoribus inculcabat. Hase et similia cùm plerosque studiosos Philo- » sophiae aliarumque facultatum pessimè haberent, eorumque querelae » apud Professores non minus multiplicarentur, quàm contentiones cum » novae Philosophias sectatoribus, non potuerunt Professores diutius pru- » rientes suorum animos ac manus, quod hactenus pacis causa pertina- » citer fecerant, continere ab apertâ scientiarum defensione, ac calumnia- » rum, quibus gravabantur, discussione. »

�� � 464

��Correspondance.

��i> Proposita sunt itaque à Medicinœ studioso, suh primarii Mcdiciiiiç •> professtiris pra'sidia. 22 Dccomhris 1641, isin Corf)ll;iri;i :

Il CoRi)LLARI\ KnSl'ONDl'.NTIS. "

« I . In malo Scnrbutico, ut et ejus remcdiis, occulta qualités est. »

(I 2. Hepar sanguificationis prœcipunm est organum. « 

« 3. Lien est alterum viscus sanguijicationis. »

a 4. Excrementum scrosum , urina' materia, non per' salas arterias.

» sed et venas emulgentes ad rencs abit. »

« 5. Sanorum pulsus, citra causas évidentes, nunquam est creber. u

t( 6. Glandula pinealis non est itnicum sensnrium, ncque anima- domi-

» eilium. <>

u -. Ventriculi ccrebri non sunt Spiritu aitimali distcnli. « 

« 8. Vah'uhx' in nervis non nisi imaginariœ sunt. »

<r 9. Naturalis circulatio sanguinis non datur. « 

u 10. Qui propter eam Artis Medicœ fundamenta evcrsum eunt, gra-

» viter errant. »

« II. (2ui Medicos eam non admittentes pro Fmpiricis habent. si Praxini

n viderint, iniqui sunt ; si non viderint. de Pra.vi. tanquam qualitate ipsis

« occulta, ut ca'ci de coloribus. judicant. » « 12. Plisse quempiam absque cibo et potu diu vivere. asscrimus. » (i i3. Cochlcaria non est Britannica, née Telephium veterum. » (' 14. Flos Armenius non est Saponaria. » « i5. Helleboraster non est Helleborus verus niger. » « 16. Helleborus ferulaceus non est Doronicum Americanum. » i< 17. Filipendula ita dicta est, quod radiées quasi Jilis pendere videan-

» tur, non quodjlores. « 

« 18, Solanum Itortense non est Amara dulcis : Nisi plantarum nomina

» ignorantibus liceat aliéna nomina ignotis plantis indej'c. » (P. 22-25,

Testimonium Acad. Vltr. et Narratio historica etc., Rhcno-Trajecti, 1643.)

��CCLIX.

Descartes a Mersenne.

[Endegeest, 22 décembre 1641. Autographe, Bibl. Nat., fr. n. a. ^160. fol. 41) et So.

Trois pages petit format; l'adresse sur la quatriliiiie. Sans date, mais envoyée en même temps que la suivante [voir p. 46g. l. 7), qui est datée du 22 décembre 1641 . — A'^' [Gg) du classement de dom Poirier; on ne sait pas bien à quel numéro de La Mire elle corres-

�� � CCLIX. — 22 Décembre 1641. 46^

pond, ce numéro étant caché sous un papier collé ensuite . ParticU' larité intéressante : celte lettre porte deux cachets de cire noire, avec rubans de soie vert sombre, tandis que, partout ailleurs, la cire est rouge et la soie jaune. Descartes portait-il encore, à cette date, le deuil de son père, mort en octobre 1640? — Non imprimée par Cler- selier, peut-être à cause de la' vivacité du ton à l'égard des Jésuites,

Reuerendiffimo Patri M. Mercenno R. Desgartes s. D,

Miror R^^ Patres Societatis fibi potuiffe perfuadere mihi contra ipfos fcribendi animum efle ; hoc enim a

5 moribus meis viteeque inftituto, & a perpétua meâ in ipfos obferuantiâ, quàm maxime efl alienum. Sum- mam quidem Philofophise confcribo, & in eâ fateor permulta effe ab ijs quae in ipforum fcholis doceri fo- lent, valde diuerfa; fed quia fine vllo contradicendi

,0 ftudio, & folius amore veritatis, a me proponuntur, non fane contra ipfos, fed potius pro ipfis, vt fummis amatoribus veritatis, fcribere me confido.

Miror etiam R""*. P. Bourdin, nomine totius Socie- tatis, tradatum compofuilTe ac R*. V*. oftendiffe, in

i5 quo demonflrare contendit, nihil in ijs quse de i* Phi- lofophiâ fcripfi, non falfum aut ridiculum aut faltem inutile contineri, quemque promittit, fi veh'm in So- cietatem non fcribere, fe non vulgaturum, ac, nemine praeter V*™. R^"". confcio, ad me mifTurum.

a. Cependant, par transparence, on distingue un chiffre. M. Adam (voir V Introduction, t. I, p. un et lix), avait d'abord admis que c'était un i. Je crois, après examen, y reconnaître plutôt un 5, c'est-à-dire la cote de la pièce 79 de la collection (T.).

b. C'est-à-dire l'écrit publié l'année suivante, ainsi que les réponses de Descartes, à la suite de la 2°édit. des Méditations, avec une pagination à part, sous le titre de : Objectiones septimœ in Meditationes de prima Phi- losophia cum notis Authoris (Amstelodami, apud Ludovicum Elzevirium

Correspondance. III. 5g

�� � 466 Correspondance.

Miror, inquam, R""". P. Bourdin, cui iam ante veli- tatio in meam Dioptricam non admodum fœliciter fucceffit, mihi potius quàm aliquem alium opponi.

Miror illum minari editionem fui traélatùs , cum iam ante annum alios in Dioptricam fcripferit quos 5 deinde fuppreffit, etfi ipfos intra fex menfes editurum fe effe promififfet, atque ego rationibus obteftationi- bufque vrgentiflimis ad id faciendum ita inuitaffem, vt omittere, faluo fuo honore, non pofTe videretur.

Miror eundem tam aperte fignificare fuos aegre effe 10 laturos, fi in ipfos fcribam, tanquam fi ego elTem tan- tus, vt me aduerfarium timere pofTent.

Miror tam prouidum' fuiffe in parandâ vltione, vt antequam inquireret an verum fit me contra illos fcri- bere, cumqiie reipfa verum non fit, iam tamen vltorem i5 fuum tradatum abfoluerit.

Miror conditiones pacis quas proponit : fi nempe in fuos non fcribam, fe tradatum etiam fuum non vulga- turum, fed ad me, nemine confcio, mifTurum. Nouit enim me nihil magis optare, quàm vt quamplurimi & 20 quamdoétiffimi meas opiniones impugnent, vt earum Veritas tanto magis elucefcat, malleque omnes, tam viuos quàm pofleros, eorum quse a me aut in me fiunt confcios elfe, quàm neminem. Atque idcirco rogo V^™. R^""., vt quacunque poterit ratione ipfum impellat ad 25 tradatum illum fuum edendum, vel faltem hue mit-

1642, cum Authoris consensu), et en-tête du texte : Objectiones septimce cum notis Authoris sive Dissertatio de Prima Philosophia. Descartes ne reçut ces objections qu'à la fin de janvier 1642.

a. Lettre CXCVIII, p. 106 ci-avan:.

b. Ci-avant, lettre CCV, p. 172 ; cf. p. 119, éclaircissement de la lettre CXCVIII.

�� � CCLIX. — 22 Décembre 1641. 467

tendum, vt reliquis obiedionibus quae in Meditationes meas fadse funt adiungatur'*.

Denique miror quammaxime R. P. Bourdin R*. V'^, fignificaiTe fuos perfacile poffe famam omnem 5 meam delere, fiue me infamem reddere, tum Romae tum alijs omnibus in locis (non melius hsec verba latine poflum reddere : Le R. P. Bourdin m'a bien fait voir combien ils vous pcuuent ayjement perdre de réputation a Rome & partout). Cum enim ita mihi

10 confcius fim. vt qui de me vera tantum loquentur, famse mese nocere nunquam poffint, necefle eft vt qui- cunque volent illam laedere, mentiantur, quod de fanc- tiffimis Religiofis timere nefas puto ; cumque vita mea multis nota fit, & fcripta in hominum manibus ver-

i5 fentur, quicunque vel de vita vel de fcriptis meis mali quid dicent, facile pro calumniatoribus agnofcentur, atque ideo non tam mihi quam fibi ipfis nocebunt, quod viri prudentiffimi nunquam committent. Et quamuis forfan Romae alijfque in locis hinc remo-

20 tis, vbi minus fum notus, calumniae de me pro tem- pore credi poffent, non exiflimo tamen illas ab ho- mine, nullum ab vUo beneficium expédiante, fed fuis quammaxime contento nihilque extra fe quserente, magnopere elfe pertimefcendas. Quibus attente con-

25 fideratis, plane iudico folum R"". P. Bourdin, infcijs alijs Patribus Societatis, hanc in me fabricam exco- gitaffe, vt ad fcribendum in fuos, illofque hoc paélo in me concitandos, impelleret : neque enim credibile efl, tam prudentes & tam pios viros talia mihi per il-

a. P-hrase reproduite par Descartes dans la première de ses Notes sur l'écrit du P. Bourdin, Objectiones septimœ, etc., p, 4 (édit. 1642).

�� � 4.68 Correspondance.

lum fignificari voluifle ; multoque eft credibilius ip- fum. qui me iam fuperiore anno fine vUâ ratione laceffiuit, dolere quod non omnes fuos in eâdem fecum caufâ coniunxerim, fed ita ius meum tueri conatus fim, vt fimul etiam Societatis beneuolentiam omni 5 cultu atque obferuantiâ demereri lluderem. Quam- obrem nihil magis optarem, quam vt R"* P. Dinet Prouincialis, quem audio Parifijs nunc effe, horum omnium moneri poffet : memini enim illum aliquan- diu Prsefedum meum fuiffe, cum olim in Collegio lo Flexienfi conuidor effem, fatifque firma memoria il- lius temporis animo meo adhuc haeret, vt fciam quanta vis fapientise in eo fit : ideoque non dubito quin, fi mihi effet occafio inftituti mei rationem, & quid putem me poffe ac debere, ipfi declarandi, fa- '5 cile per ipfum totius Societatis gratiam & beneuolen- tiam acquirere, ipfumque etiam R"'". Patrem Bourdin placare poffem. Nihil audeo fuper hac re a R'. V\ po- ftulare, quianefcio an R"'. P. Prouincialis non inuito R°. P. Bourdin adiri poffit ; & video R"". V^"". huic valde 20 effe amicam, Patrefque omnes illius Societatis admo- dum colère & obferuare : fed in aure tantum dicam me ferio mihi perfuadere, non magis meœ quam ipfo- rum gloriae intereffe, vt faueant meis inftitutis.

Adresse: Au Reuerend Père 25

Le Reu". Père Mercenne

Religieux de Tordre des pères

Minimes en leur couuent

proche de la place Royale, Paris.

ij S {marque du port). 3o

�� � 111,117-118. CCLX. — 22 Décembre 1641. 469

CCLX.

Descartes a Mersenne.

[Endegeestl, 22 décembre 1641.

Texte de Clerselier, tome III, lettre 2^, p. 1 17-118.

Mon Reuerend Père, Vos lettres ont efté gelées par les chemins, car la datte m'apprend que ie les deuois receuoir il y a quinze iours% ce qui eu. caufe que ie n'ay pu y répondre pluf-

5 toft. le vous remercie de ce que vous m'écriuez de la part des Pères lefuites, e^ vous verrez, en ma lettre latine, de quelle façon i'y répons; mais ie vous prie de la faire voir à leur Prouincial, 0^ ie voudrois bien qu vne autre fois, s'ils vous prient derechef de me

10 faire fçauoir quelque chofe de leur part, vous le refu- faffiez, û ce n'efl: qu'ils le miflent eux-mefmes par écrit, à caufe qu'ils peuuent mieux defauoùer leur pa- role que leur I écriture. Et ie preuoy defia qu'ils defa- uoùeront vne partie de ce que vous m'auez cette fois

i5 écrit de leur part, & à quoy i'ay efté obligé de répon- dre ; mais n'importe, cela vous feruira d'excufe pour ne vous plus charger de leurs commiffions, s'ils ne les écriuent. le vous renuoye la lettre du Père Bourdin, que i'ay trouuée peu iudicieufe ; mais ie n'en ay pas

a. C'cst-à-diie le 8 décembre. Mersenne avait donc avisé Descartes des intentions du P. Bourdin dès la fin de novembre, mais non plus tôt. Ce Jésuite avait donc composé son écrit sur les Méditations imprimées (dès le 18 août), et non pas au vu du manuscrit qui ne lui avait pas été com- muniqué.

b. Lettre CCLIX, page 464 ci-avant.

c. Le P. Dinet. Voir p. 468, 1. 7.

�� � 470 Correspondance. m, us.

voulu toucher vn feul mot, à caufe que vous me Fa- uiez defFendu. le croy bien que fon Prouincial l'a en- uoyé, pour vous demander s'il eftoit vray que i'écri- uiffe contre eux, mais non pas pour me menacer de chofes qu'ils fçauent bien que ie ne crains pas, & qui 5 peuuent bien plus m'obliger à écrire que m'en em- pefcher. Il efl certain que i'aurois choifi le Compen- dium du Père Eullache'\ comme le meilleur, fi l'en auois voulu réfuter quelquvn ; mais auffi eft-ril vray que i'ay entièrement perdu le delTein de réfuter cette lo Philofophie ; car ie voy qu'elle efl û abfolument & fi clairement détruite, par le feul ellablilTement de la mienne, qu'il n'eft pas befoin d'autre réfutation; mais ie n'ay pas voulu leur en rien écrire, ny leur rien pro- mettre, à caufe que ie pourray peut-eftre changer de i5 deffein, s'ils m'en donnent occafion. Et cependant ie vous prie de ne craindre pour moy aucune chofe ; car ie vous aiTure que, fi i'ay quelque intereft d'élire bien auec eux, ils n'en ont peut-eftre pas moins d'eftre bien auec moy, & de ne fe point oppofer à mes defteins : 20 car, s'ils le faifoient, ils m'obligeroient d'examiner quelqu'vn de leurs Cours, & de l'examiner de telle forte, que ce leur feroit vne honte à iamais.

I'ay feint de n'ofer pas vous prier de faire voir ma lettre au Père Prouincial; mais ie ferois pourtant 25 bien marry qu'il ne la vift point. le fuis, mon R. Père, Voftre tres-humble & tres-obeïiTant feruiteur, descartes.

Le 22 Décembre 1641.

a. Voir ci-avant p. 196, éclaircissetneiit sur p. i85, 1. 18.

b. Page 468, 1. 18.

�� � CCLXI. — 28 Décembre 1641. 471

CCLXI.

Descartes a son Frère aine.

^Endegeestj, 28 décembre 1641. [A. Baillet], La Vie de Monsieur Des-C.Tiies. tome II, p. o? A et 462 B .

A « Cet ami^, auquel il Je Jioit plus qu'en luf-mème Jen marge : Lettr. MS. de Desc. à son frère du 28 Décembre \()-^i], avant reçu fa pro- curation [en marge : Cette Procuration étoit du i3 Février 1641J, ne tarda point à exécuter fa conivuJJio)i : iS'- aj-aitt réglé toutes chofes avec /es Parens, ils pal/ureut euti-'eux divers contrats l'an i64i , dont ils envoyèrent les copies collationnées à M. De/cartes, €■ qui furent trouvées parmi les papiers de fon Inventaire. [En marge : Inventaire page 7.1 « (Baillet, II, o5.)

B «... S'il [Descartes) ai'oit le des-intérejfement des Philofophes pour les ricliejfes, il n'en avait pas l'orgueil. .Von feulement il regar- dait de bon œil ceux qui en font un ban ufage; mais il ne crud pas même devoir négliger le bien que fon père avait en la bonté de luv canferver, & de lur laiffer à fa mort. Il ne voulut pas que fon abfence préjudiciàt aux foins qu'il en devait prendre : £• pendant qu'il était en Hollande, il ne laiffa point d'agir avec fes frères il- fes beaux-frères [en marge : M. de la Brelailliére. M. de Chavagne?. M. Rogier du Crevis. M. du Bois à' Xsàn^owc .] par fes procureurs, c'esl-à-dtre par Mejpre Jacques du Boiiexic ou Boi'J'ic, fieur de la \'iUe-neui\', Tré- forier de Kimper^ demeurant à Reunes, Mefjire Claude du Bai'iexic fon frère, feur delà Chapelle, Confillcr au Parlement de Bretagne, & M. l'Abbé Picot, Prieur du Rouvre, demeurant à Paris. Il faifoit peu de cas de tous les biens que l'on peut acquérir dans la fuite de cette vie, auprès de ceux d'un patrimoine légitime, qu'il confiderait comme un préfent delà Nature, plutôt que de la Fortune; i'- il n'en trouvait point dont la pajfefjion luy partit plus innocente, & plus dans l'ordre de Dieu. C'eft ce qui luy fit écrire un Jour à M. de la Bretailliére /'on

a. M. de la Villeneuve du BoLuxic. \u'\v ci-avaiu p. 2? 2 B, le texte auquel ce passage fait suite imincdiatenient.

�� � 472 Correspondance. 1,479-

frère aîné [en marge : Lctir. iMS. de Descartes à son frère du 28 Dec. 1641", qu'il e/limoit

plus mille francs de fucceffion, que dix mille livres qui viennent d'ailleurs. »

(Baillet, II, 462.)

��CCLXII. Descartes au P. [Gibieuf].

[Endegeest, ig janvier 1642.] Copie MS., Bibliothèque Nationale, fr. n. a. 62o5, f-^ 71 (p. 143).

Variantes d'après le texte de Clerselier, t. I, lettre io5, p. 47g- 484. « A vu R. Père de l'Oratoire, Docteur de Sorbonne », dit-il simplement, sans donner de nom ni la date ■ de cette lettre. Mais la lettre suivante {p. 480) nous apprend que celle-ci est adressée au P. Gibiet'tfet a été envoyée en même temps, le i g janvier 1642.

Monfieur & Reuerend Père,

l'ay toufiours alTez efprouué combien vous fauorifiés le deiir que i'ay de faire quelque progrés en la recher- che de la vérité % & le tefmoignage que vous m'en rendes encor par letres m'oblige extrêmement. le fuis aulTy très obligé au Reuerend Père de la Barde ^, pour auoir pris la peine d'examiner mes penfées de Meta- phyfique, & m'auoir fait la faueur de les défendre contre ceux qui m'accufoient de mettre tout en doute.

I Reuerend] R. — 2 toufiours omis. — G R. P. — 7 d'examiner] de lire.

a. Voir t. I, p. 16, et ci-avant, t. III, p. 236.

b. Ci-avant p. 420, 1. 3^

�� � 1.479-480. CCLXII. — 19 Janvier 1642. 47)

Il a tres-parfaitement pris mon intention, il^ fi j i'auois plufieurs proteéleurs telz que vous & luy, ie ne dou- terois point que mon party ne fe rendift bientoft le plus fort ; mais quoy que ie n'en aye que fort peu, ie 5 ne laiffe pas d'auoir beaucoup de fatisfadion de ce que ce font les plus grans hommes & les meilleurs efpris qui gonflent & fauorifent le plus mes opinions. le me laifTe ayfement perfuader que, fi le Reuerend Père de Gondran^ euil vefcu, il en auroit efté des principaux;

10 & bien qu'il n'y ait pas long-temps que Monf' Ar- naut eft Dodeur^, ie ne laiffe pas d'eflimer plus fon iugement que celuy d'vne moitié des anciens ". Mon efperance n'a point efté d'obtenir leur approbation en corps : i'ay trop bien fceu & prédit, il y a long-tems'^,

i5 que mes penfées ne feroient pas au gouft de la mul- titude, & qu'où la pluralité des voix auroit lieu, elles feroient aifement condamnées. le n'ay pas auffy defiré celle des particuliers, à caufe que ie ferois marry qu'ils fiiTent rien a mon fuiet, qui peuft eftre defa-

20 greable aux yeux de leurs confrères, & auffy qu'on a couftume de l'obtenir fi facilement pour tous les liures qui ne font point plus hseretiques que le mien,

8 R. P. — 8-g de Gondran] 21 qu'on... l'obtenir] qu'elle s'ob- G. — 10 Monfieur. — ii eftj tient. — 21 tous les] les autres, foit. — 20 aux yeux de] à. — 20- — 22 qui . . . mier^ omis.

a. Il venait de mourir, général de l'Oratoire, k 7 janvier 1642.

b. Antoine Arnauld, l'auteur des 4'"" Objections (voir ci-avant p. 328, 1. 25), reçut le bonnet de Docteur de Sorbonne le 19 décembre 1641.

c. C'est-à-dire des anciens Docteurs. Voir, pour ce qui suit, lettre CCLI ci-avant, p. 4?6, note b.

d. Note de l'exemplaire de l'Institut : » Lettre au P. Dinet, art. 36 ou plutôt commencement du fragment intitulé Studiiim bonœ mentis. » — Cf. Discours^ de la Méthode, p. 18.

Correspondance. III. 60

�� � 474 Correspondance. i, 480-481.

que i'ay creu que la caufe pour laquelle on pouroit iuger que ie ne I'ay pas, ne me feroit point defaduen- tageufe. Mais cela ne m'a pas empefché d'offrir mes Méditations à voflre Faculté, afin de les faire d'autant mieux examiner, & que, fi ceux d'vn Cors fi célèbre 5 ne trouuoient point de iuftes raifons pour les re- prendre, cela me peuft aflurer des veritez qu'elles con- tiennent.

Pour ce qui eft du principe par lequel il me femble connoiftre que l'idée que i'ay de quelque chofe, non 10 redditur a me inadœquata per abjîraélionem intelleclûs^, ie ne le tire que de ma propre penfée ou confcience. Car, eftant afluré que ie ne puis auoir aucune con- noiffance de ce qui eft hors de moy, que par l'entre- mife des idées que l'en ay eu en moy, ie me garde i5 bien de raporter mes iugemens immédiatement aux chofes & de leur rien attribuer de pofitif, que ie ne l'apperçoiue auparauant en leurs idées; mais ie croy aulTy que tout ce qui fe treuue en ces idées, eft necef- fairement dans les chofes. Ainfy,pour fçauoir fi mon 20 idée n'eft point rendue non complète, ou inadœquata, par quelque abftraélion de mon efprit, i'examine feu- lement fi ie ne I'ay point tirée, non de quelque chofe hors de moi qui foit plus complète, mais de quel- que autre idée plus ample ou plus complète que i'aye 25

6>7 reprendre] entreprendre. plus complet. — 25 plus ample

— 10 de quelque] d'vne — 12 ou ou omis. — après complète] & confcience omis. — i5 eu omis. plus parfaite ajouté.

— 23-24 chofe... complète] fujet

a. Cf. Réponses aux /'" Objections, p. ibq (ociit. 1641), ou p. i3o (cdii. 1642).

�� � 1, 48i. CCLXII, — 19 Janvier 1642. 475

en moy, &. ce per abjîractionem intelleclùs, ceft à dire, en détournant ma penfée dVne partie de ce qui efl compris en cete idée plus ample, pour l'applicquer d'autant mieux & me rendre d'autant plus attentif à 5 l'autre partie. Ainfy, lors que ie conlidere vne figure, fans penfer à la fubftance ny à Fextenfion dont elle efl figure, ie fais vne abflradion d'efprit que ie puis ayfément reconnoiflre par après, en examinant fi ie n'ay point tiré ceté idée que i'ay, de la figure feule,

10 hors de quelque autre idée plus ample que i'aye aufTy en moy, à qui elle foit tellement iointe que, bien qu'on puiiTe penfer à l'vne, fans auoir aucune attention à l'autre, on ne puifTe touttefois la nier de cete autre, lorfq'u'on penfe à touttes deux. Carie voy clairement

i5 que l'idée de la figure eft ainfy iointe à 1 idée de l'ex- tenfion c^ de la fubflance, vu qu'il efl impofTible que ie conçoiue vne figure, en niant qu'elle ait vne extenlion, ny vne extenfion, en niant qu'elle foit l'extenfion d'vne fubflance. Mais l'idée d'vne fubflance eflenduë

20 & figurée efl complète, à caufe que ie la puis conce- uoir toutte feule, & nier d'elle touttes les autres chofes dont i'ay des idées. Or il efl, ce me femble, fort clair que l'idée que i'ay d'vne fubflance qui penfe, efl com- plète en cete façon, & que ie n'ay aucune autre idée

25 qui la précède en mon efprit, & qui luy foit tellement iointe, que ie ne les puifTe bien conceuoir en les niant

I ce] fi ie ne l'en ay point auparauant, &, — ii foit] eft. —

tirée. — 3 plus ample] complète. 1 3 on ne] qu'on. — 14 toutes les

— 5 Ainly] Comme. — 6 l'exten- deux. — 17 ait vne] ait aucune,

fion] la quantité. — 9-1 1 feule... — 18 ny vne extenfion] &. —

moy] de quelqu'autre que i'ay eu 25 en mon efprit qui la précède.

�� � 4/6 Correspondance. 1,481-482.

l'vne de l'autre ; car s'il y en auoit quelqu'vne en moy qui fuft telle, ie deurois neceffairement laconnoiftre. |On dira peut eftre que la difficulté demeure encor, à caufe que, bien que ie conçoiue lame & le cors comme deux fubllances que ie puis conceuoir l'vne 5 fans l'autre, & mefme en niant l'vne de l'autre, ie ne fuis pas touttefois alTuré qu'elles font telles que ie les conçoy. Mais il en faut reuenir à la règle cy-deuant pofée, à fçauoir, que nous ne pouuons auoir aucune connoiifance des chofes, que par les idées que nous en 10 conceuons; & que, par confequent, nous n'en deuons iuger que fuiuant ces idées, l^ mefme nous deuons penfer que tout ce qui répugne à ces idées eft abfo- lument impoffible, & implicque contradidion. Ainfy nous n'auons aucune raifon pour aiTurer qu'il n'y a i5 point de montaigne fans vallée, fmon que nous voions que leurs idées ne peuuent eftre complètes, quand nous les confiderons l'vne fans l'autre, bien que nous puiffions, par abftradion, auoir l'idée d'vne montai-

��1-2 s'il... connoiftrej il ne peut y en auoir de telle en moy, que ie ne la connoiffe. St{it toute une longue phrase omise dans la copie MS. : Et enfin ce ne font que les modes feuls, dont les idées font rendues non com- plètes par l'abftraclion de nolhe efprit, lors que nous les confi- derons fans la chofe dont ils font modes; car pour les fubftances, elles ne peuuent n'eltre pas com- plètes; & mefme il eft impoilible de conceuoir aucune de ces qua-

��litez qu'on nomme réelles, que, par cela feul qu'on les nomme réelles, onne lesconçoiuecomme complètes ; ce qui j fait auffi qu'on auoue qu'elles peuuent eflre fe- parées de la fubftance, finon naturellement, au moins fur- naturellement, ce qui fuffit. — 5 que... conceuoir] qui peu- uent ertre. — 6 &... l'autre omis. — 7 font] foient. ~- 8 con- çoy] croy. — (2 nous deuons omis. — i h après aucune] autre ajoute'.

�� � 1,483-483. CCLXII. — 19 Janvier 1642. 477

gne, ou d"vn lieu qui va en montant de bas en haut, fans confiderer qu'on peut aufly defcendre par le mefme de haut en bas.Ainfy nous pouuons dire qu'il implicque contradiction, qu'il y ait des atomes, ou 5 des parties de matière qui avent de l'extenfion & tout- tefois qui foient indiuifibles, à caufe qu'on ne peut auoir l'idée d'vne chofe eftenduë, qu'on ne puifle auoir aufly celle de fa moitié, ou de fon tiers, ny, par con- fequent, fans qu'on la conçoiue diuifible en 2 ou en ^ .

10 < Car, de cela feul que ie confidere les deux moitiez d'vne > " partie de matière, tant petite qu'elle puifl^e eftre, comme deux fubftances complètes, c<: quarum idece non redduntur a me inadequatce per abjïraclionem ïntelleclûs, ie conclus certainement qu'elles font reel-

i5 lement diuifibles. Et fi on me difoit que, nonobftant que ie les puifl!e conccuoir^, ie ne fçay pas, pour cela, fi Dieu ne les a point vnies ou iointes enfemble d'vn lien fi eftroit, qu'elles foient entièrement infeparables, & ainfv que ie n'ay pas raifon de le nier ; ie refpon-

20 drois que^ de quelque lien qu'il puifle les auoir iointes, ie fuis aflîiré qu'il peut aullV les dei oindre de façon qu'abfolument parlant, iay raifon de les nommer di-

iqui... montant] par lequel conceuoii" l'vne lans l'autre

on monte. — 4 implicque] m'ex- ajoute. — 17 enfemble^ l'vne à

plique. — 7 d'vne. . . puilTe] l'autre. — 19 le nier' l'allurer.

d'aucune extenfion, fans. — — 21 après quW les ajouté. —

9 qu'on la conçoiue] la conce- 21-22 auHy... qu'^ leparer, &.

uoir comme. — en deux ou en ainfi. — 22 j i, p. 47S, i'av. . .

trois. — lo-i I l'air la note a ci- diuifibles' qu'elles peuuent eftre

dessous. — i5firon. — i6a/?/vs feparées.

a. Une ligne a été passée ici dans la copie .\IS.,que complète heureuse- ment rimprimé de Clerselier. Parties avait été écrit d'abord au pluriel, comme se rapportant à trois: puis l'.v a été barré.

�� � 478 Correspondance. i, 483.

uifibles, puis qu'il m'a donné la faculté de les conce- uoir comme telles. Et ie dis tout le mefme de l'ame & du corps, & generallement de touttes les chofes dont nous auons des idées diuerfes & complètes, à fçauoir qu'il implicque contradidion qu'elles foient infepa- 5 râbles. Mais ie ne nie pas pour cela qu'il ne puiffe y auoir dans l'ame ou dans le corps plufieurs propriétés dont ie n'ay aucunes idées ; ie nie feulement qu'il y en ait aucune qui répugne aux idées que l'en ay e^, entre autres, à celle que i'ay de leur diflindion; car autre- 10 ment Dieu feroit trompeur, & nous n'aurions aucune règle pour nous afTurer de la vérité.

La raifon pour laquelle ie croy que l'ame penfe touf- iours, eft la mefme qui me fait croire que la lumière luit toufiours, bien qu'il n'y ait point d'yeux qui la !5 regardent; que la chaleur eft toufiours chaude, < bien qu'on ne s'y chauffe point > ; que le cors, ou la fub- ftance eftenduë, a toufiours de l'extenfion; & general- lement, que ce qui conftituë la nature d'vne chofe eft toufiours en elle, pendant qu'elle exifte; en forte qu'il 20 me feroit plus aifé de croire que l'ame cefferoit d'exi- fter, quand on dit qu'elle ceffe de penfer, que non pas de conceuoir qu'elle fuft fans penfée. Et ie ne voy icy aucune difficulté, finon qu'on iuge fuperflus de croire qu'elle penfe, lors qu'il ne nous en demeure

2 telles] feparées. — 4-6 à i g après chok] y ajouté. — 20 en

fçauoir. . . inleparables omis. elle omis. — 21 après leroit]

— 7 propriétés] chofes. — 8 en bien ajouté. — 21-22 exiiter]

omis. — 9 aucune] rien. — 9- eftre. — 23 fuft] foit. — 24 finon]

10 &. . . diftindion omis. — qu'à caufe. — 25 demeure] refte.

a. Incidente donnée par Clerselier.

�� � 1, 48?-484- CCLXII. — 19 Janvier 1642. 4-9

aucun fouuenir par après. Mais II on conlidere que nous auons touttes les nuits mille penlees, cl mefme en veillant que nous en auons eu milb depuis vne heure, dont il ne nous relte plus aucune trace en la 5 mémoire, ^<: dont nous ne voions pas mieux Ivtilité, que de celles que nous pouuons auoir eues auant que de naiftre, on aura bien moins de peine ix fe le per- fuader qu'à iuger qu'vne fubftance dont la nature eft de penfer, puille exifter, ^1 touttefois ne penfer point.

10 le ne vov aulîl aucune difficulté à entendre que les facultés d'imaginer 0^ de Tentir appartiennent à l'ame, à caufe que ce font des efpeces de penfées ; & neant- moins n'appartiennent qu'a lame en tant qu'elle eft iointe au cors, à caufe que ce font des fortes de

1 5 penfées, fans lefquelles on peut conceuoir Famé toutte pure.

Pour ce qui efl: des animaux, nous remarquons jbien en eux des mouuemens femblables à ceux qui fuiuent de nos imaginations ou fentimens, mais non

20 pas pour cela des imaginations ou fentimens. Et au contraire, ces mefmes mouuemens fe pouuant aulTy faire fans imagination, nous auons des raifons qui preuuent qu'ils fe font ainfy en eux, comme iefpere faire voir clairement, en defcriuantpar le menu toutte

25 Tarchitedure de leurs membres, & les caufes de leurs mouuemens.

3 qu'en veillant nous. — 4 plus — 21 auiXy omis. — 22-23 des...

omis. — 4-.^ en la mémoire ow/5. preuuentj lailbn de croire que

— i3 ai'ant n'appartiennent] c'ert ainfi. — 23 ainlV omis. — elles ajouté. — qu'à l'ame" à comme" ainfi que. — 2b leurs l'ame qu'. — 14 fortes] efpeces. membres] leur cors. — 26 mou-

— 17 remarquons] connoilfons. uemens] Fin de la copie MS,

�� � 480 Correspondance. i, 4»4.

Mais ie crains que ie ne vous aye déjà ennuyé par la longueur de cette lettre ; ie me tiendray tres-heu- reux û vous me continuez l'honneur de voftre bien- ueillance & la faueur de voflre protedion, comme à celuy qui eft, &c.

CCLXIII.

Descartes a Mersenne.

[Endegcestl, 19 janvier 1642. Autographe, Bibliothèque \ictor Cousin, n:' i3.

Variantes d'après le texte de Clerselier. t. III, lettre ii4,p. 60g- 611. L'exemplaire de l'Institut marque que cette lettre est la 45' [chiffres corrigés sur 3() barrés) des MSS. de La Hire. Elle porte d'ailleurs la cote 3g C, et c'est Justement aussi le n" {3g) du classc- ment de dom Poirier.

Mon Reu"^ Père,

le vous enuoye ma refponfe au R. P. Gibieuf '; ie t'ay fermée feulement par bienfeance, car il n'y a rien que tout le monde ne puilTe voir, & fi vous tefmoignez auoir enuie de fçauoir ce que ie refpons au R. P. de la Barde, ie ne doute point qu'il ne vous la monflre.

Pour les lefuites, ie ne voy point encore de fran- chife en leur fait ; i'ay receu les billets du P. Bourdin*-",

6 Reuerend. — 7 et 10 Reue- i'3 de franchile] bien clair. — rend Père. — 11 la] le. — 1-2- i3 Père.

a. Lettre CCLXII ci-avant, p. 472.

b. Voir ci-avant, p. 474, 1. 9, à p. 479, 1. 26.

c. En réponse à la lettre CCLIX ci-avant, p. 464.

��10

�� � m, 609-610. CCLXIII. — 19 Janvier 1642. 481

qui monftrent qu'ils ne cherchent que des voyes indi- redes, & pendant qu'ils n'agiront auec moy que par luy, ie ne croyray pas qu'ils veuillent la paix ; aufTy ne fuis ie pas refolu de taire au public ce qui fe paf-

5 fera entre eux & moy. Vous pouuez bien leur donner parole que ie n'ay aucun deffein defcrire contre eux, c'eft a dire d'vfer d'iniures & de calomnies pour taf- cher a [les decrediter, ainfy que le Père Bourdin a cy deuant fait contre moy ; mais ie vous prie de ne leur

10 pas donner parole que ie ne prendray point vn de leurs cours de Philofophie" pour en monftrer les erreurs; car, au contraire, ie veux bien qu'ils fçachent que ie le feray, fi ie le iuge vtile a faire connoiftre la vérité, & qu'ils ne le doiuent aucunement trouuer mauuais,

i5 s'ils préfèrent la vérité a la vanité de vouloir eflre efli- mez plus fçauans qu'ils ne font. Mais i'attens leurs obiedions pour déterminer ce que i'en feray. M"" de Zuylichem ne m'a encore rien enuoyé ; ie luy efcriray dans 4 ou ^ iours^, pour le prier de ne retarder pas

20 entre fes mains les obiedions des lefuites.

Pour le calcul touchant le mouuement d'vne boule de mail*^, frapée plufieurs fois de mefme force, vous Tauez fort bien pris; car au i" coup elle reçoit 4 de la

1-2 que... indirectes] pas vn 17-18 Monfieur de Zuitliciiem. accommodement. — 8-9 ainfy... — 19 quatre ou cinq. — 23 pre- mpy omis. — 14 qu'ils] ils. — mier. — vn tiers.

a. Voir ci-avant p. 1 85, 1. 5; p. 25 1, 1. i3; et p. 470, 1. 2 à 10.

b. Descartes écrivit-il en effet? Voir, à ce sujet, lettre CCLXVII ci- après, à Huygens, du 3i janvier 1642 (p. 523, 1. 6). A cette date, Descartes dit avoir reçu, depuis quatre ou cinq jours, l'écrit du P. Bour- din, qu'il intitulera Objectiones septiir.œ (voir ci-avant p. 465, note b).

c. Ci-avant p. 450, 1. 21.

Correspondance. UI. 61

�� � 482 Correspondance. m, 610.

force du mail, au 2"'^ ^, au j" -'-, au 4"^ ^, & ainfy a Tin- fini. Vous auiez feulement laiffé couler vne erreur de plume, a fçauoir que le tiers de ij eft 4^, au lieu que c'eft 4^, ce qui vous auoit empefché de trouuer le conte iufte. 5

le nay point d'heures de refte pour penfer a la rou- lete de M' de Roberual ; & après luy en auoir cy de- uant donné les tangentes, qu'il auoit confefTé ne pouuoir trouuer", il auroit, ce me femble, mauuaife grâce a fe vanter d'auoir trouué quelque chofe de plus, 'o & dire que ie ne fçaurois le trouuer. Et c'efl a fçauoir s'il a rien trouué; il s'en vante peuteflre, affin de m'inciter a le chercher & luy aprendre ; mais ce n'en efl pas le moyen, bien que ie ne croy pas que ce qu'il propofe foit fort difficile. '5

Pour ce que M' Vitus* m'obieéle touchant la rare- fadion de l'eau, quand elle fe change en vapeur, di- fant : Sed ei primo declarandiim cjl vnde ta lis il le motus competat, & quœ necejjitas tantam violentiam ij's expri- mens ; deinde in vacuovel in plenofit hœc voliitatio &c., 20 ie refpons que cete force ou violence de mouuement eft communiquée aux parties de l'eau par la matière fubtile, & qu'elle remplift auffy tout Fefpace qu'elles n'occupent pas, & ainfy que leur mouuement fe fait

I fécond vn neufiéme. — troi- & vn tiers. — 6-1 5 le... diffi-

fiéme vn vingt-fepticme. — qua- cile omis. — 16 Monfieur. —

triéme vn 81. — 3 treize. — 19-20 imprimens. quatre & vn quart. — 4 quatre

a. Voir t. II, p. 3 12, I. 7, et Véclaircissement, p. 338. — La nouvelle question, posée par Roberval sur la cycloide, était probablement celle du solide autour de l'axe (cf. plus haut, p. 8, 1. i3).

�� � m, 6io-6ii. CCLXIII. — iç Janvier 1642. 48;

in pleno. Mais ie ne trouue pas eflrange que cela luy femble difficile ; car ie n'ay pas encore alTez expliqué la nature de cete matière fubtile. le tafcheray de le faire cy après en fon lieu, & i ay ouy faire telle eftime 5 de M' Vitus par M"^ D'Igby, que ie me promets de Tauoir de mon cofté.

L'inuention du point de reflexion daîis fpeculo, oculo & obïeélo, eu. vn problème folide que Vitellion a re- folu auec | vne hyperbole touchant les miroirs con-

10 uexes ; & il n'y a point plus de difficulté pour les con- caues, de façon que cela ne vaut pas la peine d'eftre cherché; & il y a plus de 20 ans que ie Tay trouué, mais ie ne m'en fouuiens plus.

Il a neigé icy quelque peu, & après gelé 4 ou 5 iours

i5 la femaine paffée ; & le plus froid fut le dimanche 12 de lan(uier). Depuis il a fait vn air de prim- tems, comme il auoit fait auffy auparauant. Voyla refponfe a tout ce que i'ay receu de vous en ces j voyages^.

20 Au refte, i'ay efprouué ces iours vn moyen de pefer l'air qui m'a reuffi ; car ayant vne petite fiole de verre, fort légère & foufflée a la lampe, de la figure que vous la voyez icy peinte, de la groffeur d'vne petite baie de ieu de paume, & n'ayant qu'vne petite ouuerture, a

25 pafTer vn cheueu, en l'extrémité de fon bec B, ie I'ay

b Monfieur deux fois. — 20 après iours] palTez ajouté. 10 point] pas. — 12 vingt. — — 21 après m'a] affez bien 14-1911 a... voyages, omis. — ajouté.

a. Le si^ne d'accentuation, sur l'a remplace évidemment la lettre s qui le suivrait dans l'orthographe ordinaire de Descanes : voyasge. Cf. t. I, Introduction, p. xciv, note i .

�� � �484 Correspondance. 111,611.

pefee dans vne balance très exade, & eftant froide elle pefoit 78 l grains. Apres cela, ie Tay chauffée fur des charbons ; puis, la remetant dans la balance en la iituation qu elle eft icy peinte, c'eft a dire le bec en

bas, i'ay trouué qu'elle pefoit a peine 5 78 grains. Puis, plongeant le bec B dans de l'eau, ie l'ay laifle ainfy rafroi- dir, & l'air fe condenfant a mefure quelle fe refroidiflbit^, il eft entré de- dans autant d'eau que la chaleur en 10 auoit chafTé d'air auparauant. Enfin, la pefant avec toute cete eau, i'ay trouué qu'elle pefoit 72 ^ grains plus que deuant ; d'où ie con- clus que l'air, qui en auoit efté chaflé par le feu, eft a l'eau qui eftoit rentrée en fa place, comme i a 72 ^, ou 1 5 bien comme vn a 14^. Mais ie me puis eftre trompé en cecy, car il eft malayfé d'y eftre iufte ; feulement fuis ie aiTuré que le pois de l'air eft fenfible en cete façon, & i'ay mis icy mon procédé tout au long, affin que, fi vous auez la curiofité d'en faire l'efpreuue, 20 vous la puifîiez faire toute femblable.

le n'ay receu aucuns exemplaires de Soli ^, & fi vous luy parliez ou faifiez parler, ie croy qu'on le pourroit auertir que ie l'empefcheray de iouir de mon priui- lege, puis qu'il n'a pas fatisfait aux conditions pour 25

2 : 78 grains & demy. — i eft à. — 21 après femblable.] 7 laiffée. — i3 : 72 grains & le fuis, et la lettre fuit ici. demy. — 1 5 a] eft à. — 16 vn a]

a. Descartes avait d'abord écrit rafroidissoit, puis il a corrigé l'a en e. Il n'a point fait cette correction deux lignes plus haut, rafroidir.

b. Voir ci-avant p. 448, 1. 20.

�� � CCLXIV. — Janvier 1642. 485

lefquelles ie luy ay donné, & que i'ay, par efcrit figné de fa main. le fuis,

Mon R" Père,

Voftre très obeiflant & 5 très obligé feruiteur,

DESCARTES.

Du 19 lan. 1642.

Mandez moy qui eft maintenant ^

General de l'Oratoire*.

Paee4,82 1. 16 - « M. Vitus «, c'est-à-dire Thomas White, appelé aussi Thomas Anglus, ou Momieur Thomas, ou Monsieur Blanc Ce nom se retrouve dans une lettre d'un Minime, le P. Durel (ou Du Relie), écrite de Rouen, le 26 février 1642, à Mersenne," qui en dit un mot a Descartes (lettre CCLXXIII ci-après, éclaircissement). Thomas White avait publié trois dialogues du Monde, à savoir de sa matière, de sa forme et de ses caum. dont deux exemplaires furent envoyés à Huygens. un pour lui, 1 autre pour Descartes; voir lettre CCLXXXIV ci-après, du i3 octobre 1642.

Page 485 1 9 — Le P. Charles de Condren, élu Général de l'Ora- toire, le ?o octobre .629 (voir t. I. page 3;, éclaircissement), était mort le 7 janvier 1642. Son successeur, le P. François Bourgoing, ne fut élu qu'en avril suivant.

CCLXIV.

Descartes a Regius.

[Endcgeest, janvier 1642?]

Texte de Clerselier, tome I, lettre 91, p. 4'8-

Non datée dans Clerselier; mais Descartes s' attendait à une visite de Re^us {cf. ci-avaut, p. 462, note a), sans doute aux vacances du nouvel an, et ne l'a point reçue; en outre, il fait allusion au.x ennuts

�� � 486 Correspondance. i,4>8.

de celui-ci, sans doute à la suite des Thèses de Voetius, soutenues le 18 et le 24 décembre 1641; enfin, une phrase de cette lettre [ci-des- sous, l. i2-i5) ressemble singulièrement à une autre de la lettre CCLXII ci-avant [p. 4']3, l. 14-iy), du i g janvier 1642, comme si elles avaient été écrites à peu près en même temps. Nous nous arrê- terons donc à la date de janvier 1642. (C. A.) — Cependant il con- vient de remarquer qu aucune mesure effective touchant l'enseigne- ment de Regius ne fut prise avant le ig février; voir, plus loin, lettre CCLXX. Il avait seulement dû différer une disputatio préparée pour les derniers jours de décembre ; voir ci-après lettre CCLXV.ÇT.)

Vir Clariffime,

Hîc te ab aliquot diebus expedaui ; iam autem ali- quid audio quod, etfi non videatur effe vllius momenti, vereor tamen ne forte tuum iter tardauerir ; & ego econtra tanto magis tecum loqui exopto, vt quid fuper 5 hac re agendum fit, communibus confilijs videamus. Nempe audio tuos aduerfarios tandem viciffe, atque effeciffe, vt tibi interdiceretur, ne noftra amplius do- ceres. Quo animo iftud feras,. nefcio ; fed, fi mihi cre- dis, plané irridebis & contemnes, tamque apertam 10 inuidiam tibi magis gloriofam effe exiftimabis, quàm imperitorumapplaufus. Neque profedo mirandum ell, quod in re, in quâ vocum pluralitas locum habet, tu folus, cum veritate paucifque fautoribus, aduerfario- rum multitudini refiflere non potueris. Si hoc folo rifu i5 & filentio vlcifci velis, atque otium fequi, non dehor- tabor ; fin minus, quantum in me erit, tibi non deero. Intérim rogo vt, vel voce vel litteris, tui me inftituti quamprimùm facias certiorem. Vale & me ama.

Si hue venias, rogo vt quamplurimas ex aduerfarij 20 tui thefibus tecum afferas. Vale.

�� � CCLXV. — 24 Janvier 1642. 487

��CCLXV.

Regius a Descartes.

[Utrecht], 24 janvier 1642. [A. Baillet], La Vie de Mous. Des-Cartes, tome II, p. 146, 147-8 et 148-9.

Cette lettre, la j5' MS. de Regius à Descartes, contenait sans doute le récit de tout ce qui s'était passé à Utrecht après les thèses du 8 dé- cembre {voir ci-avant, lettre CCLVIII, p. 45 g à 464). Baillet y entremêle, en effet, des passages traduits de la version officielle, publiée par les soins de l'Université d' Utrecht, et que nous donne- rons in extenso d'après l'original latin.

Voici d'abord trois corollaires que Voetius Jît ajouter à des thèses soutenues le 18 et le 24 décembre, en réponse à celles de Regius, du 8 décembre.

COROLLARIA,

Quce ad nece'ssariam prœmonitionem studiosorum Theologiœ , prœhabito judicio et consensu Facultatis Theologicce, séria et Scholasticè ventilanda proponimus iS et rursum 24 Decemh., horis et loco solitis.

I. Assertio 7tac,a5o?o>,oYoii Tai rflli {qiiem Atheum MeJicum vocabant Theologi Heidelbergenses, in judicio sua de Vorstii tractatu, de Deo,

perscripto ad députâtes Synodi Hollandicœ anno 16 10) in Triumpho Phi- losophiœ, in prœmissis axiom. D. 4, et D. 5, quant imprudentid juvenili ex illd adoptare voluit popularis noster David Gorleus, tune temporis in Theologiâ, oui sludere cœperat, aut cujus studio destinatus crat, vertigi- nem patiens et vacillans, in Exercit. Philosoph., Exerc. i4.pag. 26y, qud statuitur : Hominem ex anima et corpore compositum esse Ens et unum per accidens, non verô per se ; incurrit in veritatem non tantùm Physicam [quam Pkysicis explicandam relinquimus) sed et Metaphysi- cam, Pneumatologicam, et Theologicam. Monemus ergo studiosos nostros videant, ne uno absurdo temerè dato, multa alla' sequantur, et error par- vus in principio,fiat magmts in fine.

II. Rotatin Terrœ diilrnaet annua (quamnostrâœtate Keplerus, aliique nonnulli Mathematici ex oblivionis tenebris eruerunt) veritati divinœ sacris literis revelatœ directe et evidenter répugnât; nec convenit cum rationibus luminis Naturalis qtias sana sobriaque Philosophia hactenus affatim sug-

�� � 488 Correspondance.

gessit. Dubia quœdam, ut et conjecturée partim incertœ pariim absurdœ, quœ contra adjerri soient, nullam solidam Philosophiam, in qud mens veritatis avida acquiesçât, fundare queunt. Hactenus ergo reverentia scrip- turœ, et rationis ac luminis tiaîuralis prœjudicata qucedam, quietem terrée nobis reliuquant ; saltem à contrarii assertione avertant, moderatisque ingeniis suadeant è-tté/civ ac docte ignorare.

III. Negativa Philosophia de stibstantialibus rerum formis earumque prporiis ac specificis facultatibus, seu qualitàtibus actit>is, et consequenter specificis rerum et distinctis naturis [quant Taurellus, Gorlœus, elBassonis in sccnam nastrd hdc œtate reducere conati),non aatis cum Physicd Mo- saïcâ et sacra hactenus conciliari passe videtur. Consulant sludiosi nostri Danœum, Zanchium, Commentatores in Genesin etc., scholasticos ad Lom- bardum et Thomam. Deinde, quicqiiid sit de summd rei, quam Philoso- phorum disquisitioni reiinquimus, hoc untim saltem hypomnema studiosis nosîris sitbjicimus : Achillœi istius argumenti, quo formas explodere co- nantur, consequentiam suspectam habeant. Quœ hcec est : ijegatur Essen- tia et Existentia formarum, quiaearum origo seu modiis originis incertus est, aut explicari non potest, sic ut patroni formarum et sibi et aliis in eo satisfaciant. Hoc periculoio axiomate semel hausto, proclive erit vanitati, scepticismo, et petulantiœ humani ingenii, disputare non dari animam. rationalem, nec generationem et conceptionem hominis in utero matris^ nec ventum, nec lumen, nec processionem divinarum personarum, nec assum- tionem carnis et unionem hypostaticam in Christo, nec peccatum originale, nec miracula, nec prophetias, nec illapsus Dei in mentem et voluntatem hominis, nec regenerationem hominis per gratiam Dei, nec Energemata dcemonum intra corpus hominis, aut circa ejus mentem etc., quod modus originis istorum, teste experientid, et scripturà de nonnullis [Psal. i3g. Eccles. I, 10, 3. etc.], sic explicari nequeat, ut doctissimi non cogantur doctam ignorantiam profiteri, et mentes eorum quiescere si non evidentia veritatis inspectée, saltem altitudine veritatis occultée. (P. 28-3o, Testi- monium Acad. Vitr., et Narrât. Hist. etc.,Rheno-Trajecti, ex typographiâ Wilhelmi Strickii, 1643.)

« Ces corollaires, fuivis d'une appendice, avec les théfes Théolo- giques fur le Jubile' Romain, dévoient être publiquement foutenus les XVIII, XXIII & XXIF jours de Décembre. Mais le dejfein de Voetius était de les faire figner par avance aux autres Profejfeurs en Théo- logie, & même à tous les Théologiens qui étaient Miniflres ou Prédi- cateurs, & de députer enfuite quelques-uns de fes collègues vers le Magiflrat, pour hij' donner avis que le Médecin, c'eft-à-dire M. Re- gius, aurait été condamné d'hérefie par un Canfiflaire ou un Concile ^ccléftafîique & mis au rang de Taurellus £■ Gorlceus [en marge : Lettr. i5 de Reg. MS.], & que par ce moyen le Magiflrat ne pût fe difpenfer honnêtement de Voter de la chaire. » (Baillet, II, 146.)

�� � CCLXV. — 24 Janvier 1642. 489

« Medicus [Regius] nescio quo indicio aut conjectura odoratus disputa- » tioni Theologic£e de Jubilaso nunc propemodum excusae corollaria non- » nuUa subjicienda, quœ ipsius paradoxa langèrent, omnimodo par suos » inquisivit in Typographeio in dicta Corollaria; praeterea querelis ac )• cursitationibus nuUum non lapidem movit, ut disputationem (saltem » quod ad Corollaria) impediret. Eaque ab eo factitata privatâ autoritate, » consilio suo, nec cum Theologo {Voetio), Academias Rectore et disputa- » tionis prasside, nec cum Senatu Academico, nec cum Facultate Theoto- n gicâ~(quos hoc negotium tangebat) prius communicato. Quœ autoritas » ab illo usurpata, nunquam tamen in ipsius paradoxas disputationes à » Rectore aut Senatu Academico exercita, non poterat non Professoribus » graviter displicere. n

« Tantum vero Medicus effecit, ut scheda continens Corollaria ad alte- » rum ex Nobiliss. et Ampliss. D. D. 'Coss. {Van der Hoolck) à Typogra- » pho sit delata : qui, lectis corollariis, intercessit apud Theologum, ut in » gratiam Medici, re ipsà manente, modus et forma proponendi paululum » mutaretur; utpote cujus spem et existimationem putabat hâc ratione, » imprimis prxscripto Corollariis titulo Facultatis Théologie», plané » supplantatum et ad incitas redactum iri. »

« Addebat Ampliss. D. Cos. se Medicum seriô monuisse de hàc temeri- » tate. Insuper spondebat eum posthac cautioreni /ore, seque effecturum, » ut in posterum intra termines suos se continendo à talibus paradoxis ab- » stineret, quin et die proximo Facultatem Theologicam accederet, eique » coram in omnibus satisfaceret. Atque hœc acta i6 Decemb. »

« Theologus Ampliss. D. Cos. (cujus meritis in Academiam et in se ni- " hil non dandum putabat) operam suam pollicitus, postridie 17 Decemb. » ad octavam conventu Facultatis indicto, postulatum Ampliss. D. Con- » sulis, et promissum nomine Medici prxstitum ibidem exposuit. »

« Stitit se in eodem conventu sub horam nonam Medicus, ac testatus se » ignorasse assertiones suas (quibus Corollaria erant opposita, et nomina- » tim de unione animœ et corporis humani) Theologiam tangere, aut » periculosas esse ; pollicitus est se nolle Theologiam vel minimum » lœdere, aut in eam incurrere. »

« Theologi amicè eum hortati sunt, ut à periculosis et litigiosis illis pa- » radoxis Academiam turbaturis abstineret, ac potius spartam suamsedulo » et fideliter ornaret. Obtulerunt porro, Ut indicaret, quae verba in Corol- » lariis (quorum proba, uti vocant, à Tvpographo exhibita, ad manum » erat) mutari aut induci vellet : quo facto, plura ipsi induxerunt, quàm » designarat, testati se oninia in ipsius gratiam facturos, modo securifati » juventutis fidei sua: commissa;, et Theologiœ ac conscientis suœ cautum » esset. Petiit insuper Medicus consilium à Theologis, an satius esset dis- » putationem, quam secundum Ordinem CoUegii paratam habebat, pro- " ponere anie ferias, an vero differre, atcjue ad tempus à disputationibus " abstinere, donec recenti perturbatione paulatim evanescente, occasio et >) rerum vices aliud ferrent. »

Correspondance. III. 62

�� � 490 Correspondance.

a Ipse satis ostendebat hoc sibi non inconsultum videri, si quidem » Theologi ita suaderent : quod factum. »

« Hœc ita acta Ampliss. D. Cos. ilicô relata sunt à Theologo, Academiae » Rectore et disput. prseside, qui respondebat sibi omnia perplacere. » (p. 3o-3i, Testim. Acad. Vitrai, et Narrât. Hist.]

« On reforma donc les Corollaires; on ôta de leur titre le nom de la Faculté Théologiqne, & on corrigea ce qui poiivoit regarder per- fonnellement M. Regius & M. De/cartes. Mais comme les endroits des thé/es, oîi l'un & l'autre étoient nomme-[ ou déftgne\ par leurs e'crits ou leurs opinions, étoient déjà imprime-, la précaution du Conful fut inutile pour ce point, et Voetius Je crut fort heureux d'avoir ce prétexte pour couvrir fa dés-obétffance & fa mauvaife volonté. ))

« Les théfes furent foutenuës le XVIII de Décembre pour la pre- mière difpule, continuées durant les deux Jours qui précédaient la fête de Noël. Le Repondant , qui étoit lefieur Lambert Vanden Watcrlaet [en marge : Gemerthanus], sf fignala autant que Jon Préfident [en marge : Epist. i5 Reg. MS. ad Cart. & Epist. Cart. ad P. Dinet.], par la chaleur qu'on y fit paraître contre les opinions nouvelles, foutenuës avec une ardeur égale par les .Oppofans, qui étaient prefque tous écoliers de M. Regius. »

« Le Préfident trouvant qu'on, n'y parlait pas a[fe\ de Monfieur Defcartes chercha fur la fin de la difpute quelque que/lion très-difficile , pour embarraffer l'un de ces Oppofans dans la réponfe, fans avoir néanmoins intention de l'écouter favorablement. C'eflpourquoy voyant que l'Oppafant fe mettait en devoir de le fat isf aire fur la quejlion par des réponfes conformes aux Principes de la Philofophie nouvelle, il l'interrompit brufquement pour dire que ceux qui ne s'accommodaient pas de la manière ordinaire de philo fopher, en attendaient une autre de M. Defcartes, comme les Juifs attendent leur Elie qui doit leur apprendre toute vérité. <> (Baillet, II, 147-148.)

(c M. Regius . . . prit le party de répandre par écrit aux théfes de Voetius. Il en écrivit à M. Defcartes le 24 Jour de Janvier de l'année fuivante pour l'informer de tout ce qui s'était pajfé, et luy demander avis sur l'avenir [en marge : Lettr. i5 MS. de Reg.] // luy marqua combien les efpriis s' ai griffaient contre luy, & comment le party de Voetius fe fortifiait de Jour en Jour; ajoutant que M. le Conful Vander-Hoolck leur prateâeur étoit d'avis qu'il gardât le Jîlence, ou qu'il calât la voile en traitant Voetius d' les autres Profejfeurs avec le plus ,'e douceur & de refpecl qu'il luy ferait pojjible. Il luy envoya en

�� � 1,40.. CCLXVI. — Janvier 1642. 491

même téms la RéponJ'e qu'il avait préparée contre les thé/es de Voe- tius, afin qu'il l'examinât avec le même droit qu'il avoitfur fes autres écrits. » (Baillet, II, 148-1 41).)

Voir la réponse de Descartes, lettre suivante.

��CCLXVI. Descartes a Regius.

[Endegeest, janvier i(Î4'>.l Texte de Clerselier, tome 1, lettre Sg, p. 401-410.

Sans date dans Clerselier. Mais il est question d'une réponse à /'Appendice et aux Corollaires de Voelius, réponse qui paraîtra le 16 février 1642. D'autre part. Descartes conseille de la faire pa- raître arant la fin des vacances s'il est possible {p. 5og, l. 26); or les vacances durèrent jusqu'au i"' février (« feriis hybernis exactis adkal. tebruar. », p. S3, Testim. Acad. Vltr. et Narr. Hist.); cette lettre est donc de janvier 1642 ; elle répond à la précédente. — Sur une difficulté relative à la page finale de cette longue lettre, voir le dernier éclaircissement.

Vir Clariffime,

Habui hic toto pomeridiano tempore praeftantiffi- mum viriim D. Al(phonfum), qui multa mecum de rébus Vltraiedinis amicilîimè ac prudentiffimè diffe-

5 ruit*. Plané cum iplo lentio, tibi ad aliquod tempus à publicis difputationibus effe abftinendum, & fum- moperè cauendum, ne vil os in te verbis afperioribus irrites. Vellem etiam quammaximè, vt nullas vnquam nouas opiniones proponeres, fed antiquis omnibus

10 nomine tenus retentis, nouas tantùm rationes afferres: quod nemo pollet reprehendere ; «^ qui tuas rationes

�� � 4Q2 Correspondance. 1,401-40».

redè caperent, fponte ex ijs ea quse velles intelligi, concluderent. Vt;, de ipfis Formis Subftantialibus & Qualitatibus Realibus, quid opus tibi fuit eas palam reijcere ? Nunquid meminifti me, in Meteoris pag. 164 [editionis gallicse], expreffiffimis verbis monuiffe 5 ipfas nullomodo à me reijci aut negari, fed tantum- modo non requiri ad rationes meas explicandas ? Quod idem fi fuiffes fecutus, nemo tamen ex tuis au- ditoribus non illas reieciflet, cum nuUum eanim vfum effe perfpexiflet, nec intérim in tantam collega- 10 rum tuorum inuidiam incidifles. Sed quod faélum eft, infedum fieri nequit. Nunc curandum eft, vt quae- cumque vera propofuifti, quàm modefliflimè deffen- das, & fi quse minus vera, vel tantùm minus apte dida, elapfa fmt, abfque vllâ pertinaciâ emendes, putefque i5 nihil efle in philofopho magis laudandum quàm libe- ram errorum fuorum confeffionem. Vt in hoc, quod homojît eus per accidens,\ic\o te nihil aliud intellexifle quàm quod alij omnes admittunt, nempe illum effe compofitum ex duabus rébus realiter diftindis; fed 20 quia verbum, ens per accidens, eo fenfu non vfurpatur in fcolis, idcirco longé melius eft (fi forte vti non poffis explicatione, quam prsecedentibus meis litteris fuggefferam ^ : vîdeo enim te ab illâ nonnihil deflec- tere, necdum fcopulos fatis vitare in tuo vltimo fcrip- 2 5 to), vt apertè fatearis te illum fcolae terminum non redè intellexiffe, quàm vt malè diffimules ; ideoque^ cum de re plané idem quod alij fentires, in verbis

a. Editionis gallicœ, addition de Clerseiier, les Essais de 1637 n'ayant pas encore, à cette date de 1642, d'autre édition que la française.

b. Ci-avant, p. 460, 1. 4.

�� � i,4<'»-4"3- CCLXVI. — Janvier 1642. 495

tantum difcrepaffe. Atque omnino vbicumque occur- retoccafio, tampriuatim quàm publiée, debes profiteri te credere hominem effe verum ensperfe, non autemper accidens, & mentem corpori realiter & fubftantialiter 5 effe vnitam, non per fitum aut difpofitionem, vt habes in tuo vltimo fcripto (hoc enim rurfus reprehenfioni obnoxium eft, & meo iudicio non verum), fedper ve- rum modum vnionis, qualem vulgo omnes admittunt, etfi nulli^ qualis fit, explicent, nec ideo etiam teneris 10 explicare ; fed tamen potes, vt ego in Metaphyficis^, per hoc, quod percipiamus fenfus doloris, aliofque omnes, non effe puras cogitationes mentis à corpore diflinâ:ae, fed confufas illius realiter vnitae percep- tiones : fi enim Angélus corpori humano ineffet, non i5 fentiretvt nos, fed tantum perciperet motus quicau- farentur ab obiedis externis, & per hoc à vero homine diflingueretur.

Quantum ad tuuri fcriptum, etfi non videam quid eo facere velis, mihi videtur, vt ingénue & candide 20 fatear quod fentio, nec ad rem propofitam, nec ad for- tunam huius' temporis fatis effe accommodatum ; multa enim in eo nimis dura, & non fatis apertè ra- tiones explicas, quibus bona caufa deffenditur, adeo vt in eo fcribendo, ex taedio forfan atque indigna- is tione, ingenium tuum languiffe videatur. Excufabis, vt confido, libertatem meam; & quia mihi effet difR- cilius, de fmgulis quœ fcripfifli monere quid fentiam, quàm aliquod taie fcri