Académie des sciences – Séance hebdomadaire/10

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15 septembre 1873 22 septembre 1873 29 septembre 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 22 septembre 1873. — Présidence de M. Bertrand.

Le double deuil qui a frappé la science cette semaine est connu de tout le monde avant que M. le président informe officiellement l’Académie de la mort de M. Nélaton et de M. Coste. Aussi la proposition faite par M. Larrey de lever la séance immédiatement, après le dépouillement de la correspondance, reçoit-elle un silencieux acquiescement de toute l’assistance. Il faut donc nous borner aujourd’hui à ce que renfermait la correspondance, mais ce ne sera pas renoncer à tout intérêt, grâce au retour de M. Dumas et au détail dans lequel entre, au sujet de plusieurs pièces, M. le secrétaire perpétuel.

Projet de communication avec les habitants de Vénus. — Un jeune savant qui s’est déjà signalé par plusieurs travaux marqués au coin de l’originalité la plus remarquable, M. Charles Cros, pense que le prochain passage de Vénus serait une occasion favorable pour savoir s’il y a des habitants dans cette planète, et, dans ce cas, pour entrer en relation avec eux. Comme le fait remarquer M. Cros, « il est possible que Vénus soit habitée ; il est possible qu’il y ait des astronomes parmi ses habitants, il est possible que ces astronomes jugent que le passage de leur planète sur le disque solaire peut attirer notre curiosité ; il est enfin possible que ces savants essayent, à l’aide de moyens particuliers, de nous envoyer des signaux, précisément à l’instant où ils peuvent supposer que beaucoup de télescopes sont braqués sur leur planète. » Nous nous permettrons une seule observation tirée surtout des conversations se rattachant à l’observation sidérale : c’est qu’il y aurait, suivant toute probabilité, avantage à renverser les rôles, en remplaçant Vénus par Mars : c’est-à-dire qu’il faudrait saisir le moment d’un passage de la terre par rapport à Mars et essayer de faire des signaux aux habitants supposés de cette planète. Tout porte à croire, en effet, que les habitants de Mars doivent être plus avancés que nous sous tous les rapports et à l’inverse des habitants de Vénus, planète plus jeune ; ils peuvent donc être mieux préparés à saisir nos tentatives de correspondance, d’autant plus que, parmi eux, un autre Charles Cros a pu faire une proposition relative à la terre, mais toute analogue à celle que l’Académie reçoit au sujet de Vénus.

Traînée persistante d’un bolide. — Les récents travaux de M. Nordenskiold ont donné un nouvel intérêt à l’observation des traînées de bolides. M. Chapelas en signale une qui, à la suite du passage du globe lumineux, a persisté le 20 septembre pendant plus de dix minutes. Cette traînée phosphorescente a montré, dans une lunette, qu’elle était animée d’un mouvement ondulatoire causé très-certainement par l’action du vent qui l’entraînait.

Proportion de l’acide carbonique de l’air à diverses altitudes. — On admet, en général, d’après les mesures de Saussure et d’autres savants, que l’air contient normalement 4 dix-millièmes d’acide carbonique pendant la nuit et 3 dix-millièmes et demi pendant le jour. Cependant plusieurs chimistes allemands, tels que M. Schultz, ont trouvé récemment des nombres différents : suivant eux, la proportion diurne est égale à 4 dix-millièmes au lieu de 3. M. Truchot, chargé d’expériences à la station agronomique du centre à Clermont-Ferrand, montre que le désaccord n’est qu’apparent et tient à ce que les diverses mesures ont été faites à des altitudes différentes. Ainsi, Clermont-Ferrand, le sommet du puy de Dôme, et le sommet du pic de Sancy étant en gros à 1 000, 1 500 et 1 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, la quantité d’acide carbonique en dix-millièmes s’y est trouvée respectivement et toutes choses égales d’ailleurs : 3,13, 2 et 1,72. On voit que cette proportion décroît très-régulièrement quand l’altitude augmente et on explique aisément que Paris puisse fournir le nombre 4.

Observation sur le phylloxéra ailé. — Jusqu’ici le phylloxéra ailé a été considéré comme une rareté. En prenant 10 000 œufs d’insectes, on en voyait éclore 1 ayant des ailes. M. Cornu, à qui l’on doit déjà tant d’observations sur ce sujet, montre qu’en choisissant les points, on peut sur 30 ou 40 œufs obtenir 30 ou 40 phylloxéra ailés. Pour cela, il faut recueillir les insectes, non pas sur les grosses racines, mais à l’extrémité couverte de nodosités des plus fines radicelles. Ce fait prend une très-grande signification pratique quand on remarque que les vignobles attaqués les premiers sur une région présentent avant tout l’altération des radicelles ; elle est causée évidemment par les insectes qui, grâce à leurs ailes, ont pu parvenir dans le pays. Ces phylloxéra ailés pondent, en général, très-peu d’œufs : trois tout au plus, et ces œufs donnent naissance aux insectes aptères, dont la fécondité est, au contraire, si grande et si désastreuse.

Stanislas Meunier.