Adolescence (trad. Bienstock)/Chapitre 24

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Traduction par J.-Wladimir Bienstock.
L'Enfance, L'AdolescenceStockŒuvres complètes, volume 1 (p. 321-322).


XXIV

MOI


Il ne me reste que quelques mois avant l’entrée à l’Université. J’étudie bien, et non seulement j’attends sans peur mes professeurs, mais je trouve même un certain plaisir aux leçons.

C’est pour moi un plaisir d’exposer clairement et nettement la leçon apprise. Je me prépare pour entrer à la faculté des sciences mathématiques, et à vrai dire ce choix tient uniquement à ce que les mots : sinus, tangente, différentiel, intégrale, etc., me plaisent beaucoup.

Je suis beaucoup plus petit que Volodia, large d’épaules et trapu. Je suis resté laid, et comme avant, je m’en désole. Je tâche de paraître original ; la seule chose qui me console, c’est qu’une fois papa a dit de moi, que j’ai un museau intelligent, et je le crois fermement. Saint-Jérome est content de moi, me loue, et non seulement je ne le déteste pas, mais quand il dit parfois : qu’avec mes capacités et mon intelligence, c’est une honte de ne pas faire ceci ou cela, il me semble même que je l’aime.

Mes observations dans la chambre des bonnes ont cessé depuis longtemps, j’ai honte de me cacher derrière les portes et, en outre, la conviction de l’amour de Macha pour Vassili m’a, je l’avoue, refroidi un peu. Le mariage de Vassili pour lequel, sur sa prière, j’ai demandé la permission à papa, m’a guéri définitivement de cette passion malheureuse.

Quand les jeunes mariés, portant des bonbons sur le plateau, sont venus chez papa pour le remercier, et que Macha, en bonnet à rubans bleu ciel, nous remercia tous pour quelque chose en embrassant chacun sur l’épaule, je ne sentis que l’odeur de la pommade rose de ses cheveux et pas la moindre émotion.

En général, je commence à me débarrasser peu à peu de mes défauts de l’adolescence, sauf cependant du principal, qui me nuira beaucoup dans la vie : de ma disposition à raisonner.