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Ah ! t’es rien… bon !

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 114-115).



AH ! T’ES RIEN… BON !



Au citoyen E. Museux (Coup de Feu).


De quoi ! dit Filoche à Guguste,
Ton père est un vieux ramolli,
De quoi ! nous déformer le buste
Des douze heures à l’établi ?
Vois donc les choses par toi-même,
Suer, ça donne des fraîcheurs.
Les rupins vivent dans la flême,
Et le pouic est pour les bûcheurs.

Ohé ! Guguste, ah ! t’es rien… bon !
De t’atteler à leur carrosse ;
Traité par eux comme une rosse,
T’iras crever à Montfaucon.
Ohé ! Guguste, ah ! t’es rien… bon !

Il n’a pas Rothschild dans sa poche,
Ton auteur, le papa Dubreuil,
Pourtant, c’est vissé dans la pioche,
Ça boit, quand il lui tombe un œil.
N’empêche qu’étant à la veille
D’être perclus ; son capital
— S’ils ont un lit de trop, ma vieille —
C’est de claquer à l’hôpital.


Et le gros pacha de l’usine,
Millionnaire, celui-là,
Cocher poudré, chef de cuisine,
A-t-il travaillé pour cela ?
Sait-il ce que c’est qu’une enclume ?
Tâche ! il hérita tout gamin,
Et l’on ferait un lit de plume
Des poils qu’il vous a dans la main.

Dans la besogne, tu te vautres,
T’as le chicotin, moi le suc ;
Pour faire travailler les autres
Va falloir que je pince un truc.
Je m’abouche à la haute pègre,
À la Bourse, dans leurs bazars ;
Va, feignant, masser comme un nègre,
Je suis du parti des lézards.

Ohé ! Gugusse, ah ! t’es rien… bon
De t’atteler à leur carrosse ;
Traité par, eux comme une rosse,
T’iras crever à Montfaucon.
Ohé ! Gugusse, ah ! t’es rien… bon !


Paris, 1883.