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Aline et Valcour/Lettre LIII

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Chez la veuve Girouard (Tome 4p. 137-139).

LETTRE LIII.


Déterville à Valcour.

Ce 13 février.


J’ai été deux fois chez toi ce matin, sans te trouver, mon cher Valcour. Je prends donc le parti de laisser une lettre à ta porte, en recommandant qu’elle te soit remise avec le plus grand empressement aussitôt que tu rentreras… Prends des précautions… Tiens-toi sur tes gardes… Évite d’être seul d’ici à quelque temps ; le président te tend des embuches, on n’a pu encore me dire de quelle sorte sont les dangers que tu dois redouter ; mais ils sont incontestablement funestes sitôt qu’un tel monstre s’en mêle ; réfléchis à tous les motifs qui le guident,… à son caractère,… à ses richesses,… à l’impunité où ces vils frippons croyent vivre, et frémis ; je vais tout employer pour te découvrir ce qu’il trame, en attendant tu dois à toi et à tes amis de prendre tes sûretés. Quand tu voudras de moi pour ton second, fais-moi dire un mot et j’accourerai…

Eh bien ! ces scélérats séviront contre les plus légers délits, ils déshonoreront, ils flétriront, ils assassineront pour des misères les meilleurs citoyens de l’état, tandis qu’eux, qui en sont la lie, eux qui ne le servirent jamais, eux enfin qui le troublèrent ou le trahirent toujours à l’abri du glaive que leurs méprisables mains soutiennent, se rendent dignes d’en être à tout instant frappés…

Ô comme je suis tenté d’aller vivre avec des ours ! quand je réfléchis à cette multitude d’abus dangéreux, et à cette foule d’inconséquences intolérables, et dont, avec quelques opéra comiques et des chansons, on n’a pas même l’air de se douter.