Altercacion, en forme de dialogue

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Altercacion, en forme de dialogue, de l’Empereur Adrian et du Philosophe Épictète


françois français

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AU TRÈS ILLUSTRE,

TRÈS BON,

ET

TRÈS VERTUEUX PRINCE,

François de Valois, Roi d’Ecosse, et

Dauphin de France

Jean de Coras, Docteur es droits. Et Con-

seiller du Roi au Parlement de

Toulouse, en très humble

affection, désire

perpétuelle

félicité.


SUR le mois d’Octobre dernier, (Sire) que la contagion de peste, s’échauffait plus cruellement en cette ville de Toulouse : je me retirai, quelques jours aux champs. ou revoyant mes livres rustiques, se présenta de bonne fortune, un Dialogue Latin, de l’Empereur Adrien, & du Philosophe Épictète contenant soixante treize questions, et autant de réponces que j’estimai digne de notre vulgaire[1], et des annotations néce∫∫aires tant pour

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la richesse de l’argument, fruit, & utilité, du sujet : élégance de paroles, & gravité de sentences, plaines de toute érudition : que pour autant aussi,qu’on y peut aprendre beaucoup d’honnêtes exhortations, pour bien, vertueusement, et saintement vivre. Ce que j'ai bien osé entreprendre (Sire) sous votre nom, et la protection de votre grandeur — en laquelle, Dieu par son infinie bonté,a ia fait reluire, ses graces, émerveillables, et grandes — non seulement pour l’illustre exrraxion votre, de vous avoir fait ißir, & naître, du plus puissant, et digne Roi du monde : et de la plus sainte, et vertueuse princesse de la terre : mais encore, pour avoir ensemencées en vous, tant de rares, excellentes, et recommandables vertus, qui font à chacun justement espérer, que vous ne forlignerez point, de l'immortelle vertu, de ce grand Roi FRANCOIS, votre aïeul, & parrin — ni des ornemens paternels de cet invincible Roi HENRI, votre très honoré père, et mon sovuerain Seigneur. Lesquels Dieu vous a proposés, pour miroirs, et exemples. À fin qu'en contemplant leurs hauts, héroïques, et admirables faits, puissiez (comme par la grâce de Dieu, avez heureusement com-

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mencé) vous dresser, former, & conduire, à toute excellence, et perfection. vous montrant plutôt successeur, et participant, des vertus de leur majesté, que de la couronne. à laquelle, comme aussi aux autres biens terrestres, la Loi, ni la coutume, ne permettent hériter les enfans, avant la mort du père. mais aux vertus (souverains biens de ce monde) l’enfant doit dès son jeune âge, participer, prendre, & ardemment embrasser, un si opulent, et riche héritage. Ce que jusques ici (Sire) vous avez si bien, et dignement fait : qu’il n’est rien si grand, ni si haut, qu’on n’attende de vous. pour voir éterniser la mémoire, de votre grandeur, et renommée, au sacré temple, d’honneur, et de vertu. Je ne suis toutefois si plain de moi-même, que je ne confesse, librement, avoir par trop entrepris. m’ingérant de mettre une offrande si humble, et un don si petit, sur un autel si grand, si haut, et si honorable. S’il ne vous plaît (Sire) couvrir bénignement, ma trop courageuse entreprise, du manteau de votre humanité. et à l’exemple de notre bon Dieu, qui si humainement reçut le quadrin, de la pauvre veuve : n’esti-

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mer pas tant les riches, & superbes trésors, de ce monde, que les ardantes, et dévocieuses a∫∫ections, à vous rendre perpétuellement, très humble service, Plaise vous donques (Sire) de votre royale, et naïve bonté, recevoir ce petit mien labeur. Lequel, étant de soi fort imparfait & manque, s’il est si heureux d’être publié, sous l’enseigne de ce grand, et immortel nom de VALOIS, il se resentira, à l’aventure quelque peu, du fruit de cette immortalité. Et s’il y avait (par disgrace mienne) quelques mots épineux, et grossièrement rudes, sentant par trop le ramage de ma patrie. il vous plaira (Sire) les excuser, et prendre mon affectionnée volonté, en si bonne part, que de toutes les forces de mon esprit, je supplie le bon Dieu, vouloir conserver en vous les grâces, desquelles il vous a si largement doué. icelles augmenter, et acroître, à son honneur. les promouvoir, à sa gloire : et élever, à votre grandeur :

me faisant demeurer à jamais,
Votre très humble, et
très obéissant
serviteur De
Toulouse
ce 15 Mai. 1550


françois français

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ALTERCATION

EN FORME DE DIALOGUE,

DE L'EMPEREUR ADRIEN,

ET DU PHILOSOPHE

ÉPICTÈTE :

RENDU DE LATIN

EN FRANÇAIS.

AU LECTEUR.

PARTANT qu'il m'a semblé (ô Lecteur

débonnaire) conférer beaucoup, à l'intelligence

des questions proposées par Adrien, et répon-

ces du philosophe Épictète, connaître quelque

chose de leur vie. Je l'ai voulu ici sommaire-

ment discourir, & par là détraquer ma

plume : le tout pour te soulager , qui

prendras (s'il te plaît) ma volon-

té, en si bonne part, que j’ai

toute ma vie désiré, par

mes travaux, pro-

fiter au publique,

à tes étu-

des, &

honnêtes affections.

À RAISON CEDE.



  1. français