Amours, Délices et Orgues/Abaissement du prix du gaz

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Paul Ollendorff (p. 87-90).



ABAISSEMENT DU PRIX DU GAZ


Les Parisiens sont bien bêtes de payer leur gaz six sous le mètre cube, quand ils peuvent s’en procurer d’excellent, à Londres, pour moins d’un penny.

Et le transport ? m’objecterez-vous.

Le transport, le transport, c’est là où je vous attendais ! Quand vous avez dit le transport, vous avez tout dit.

— Eh bien ! tas de serins, non seulement le transport ne coûterait rien, mais il rapporterait.

Vous ouvrez de grands yeux, lecteurs, et de non moins grandes oreilles.

Je vous le répète : non-seulement le transport ne coûterait rien, mais il rap-por-te-rait !

Une telle assertion mérite un brin d’explique.

Les Compagnies de chemins de fer, comme d’ailleurs les Messageries maritimes et autres, font payer le transport des marchandises, selon le poids desdites denrées.

Or, je vous prie, que pèse le gaz d’éclairage ?

Ne se contentant pas de peser rien du tout, il pousse la coquetterie jusqu’à peser moins que rien, en vertu du principe d’Archimède.

(Une courte parenthèse, si vous avez un instant : avez-vous remarqué qu’on parle toujours du principe d’Archimède et non de ses principes, dont il était, d’ailleurs, dénué à ce point, que sortant du bain il se promenait tout nu dans les plus fréquentées artères de Syracuse, pour se sécher, disait-il ?)

Il arriverait donc qu’en bonne logique, les Compagnies devraient remettre, au lieu de les percevoir, des sommes pour le transport de cette marchandise à poids négatif.

Les choses se passeraient-elles ainsi dans la pratique ? Je ne crois pas.

Les administrations feraient intervenir la question, peu négligeable, j’en conviens, du volume, et en profiteraient pour exiger des argents énormes.

C’est alors que j’offre la ressource de l’aérostat.

Et là, encore, c’est du gratuit trimballage, ou à peu près.

Car rien ne nous empêcherait, mes bons amis, de profiter du ballon pour rapatrier en sa nacelle le linge blanchi à Londres de stupides mais rémunérateurs snobs.

Il suffirait que cinquante ou soixante mille commerçants parisiens missent mon idée à exécution, pour voir la toute-puissante Compagnie du Gaz baisser un peu ses prix.

Oui, mais voilà : en France, on est fort pour crier, mais dès qu’il s’agit d’attacher le grelot, il n’y a plus personne !

Pauvre France !