Arrêt du Conseil d’État du Roi

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Arrêt du Conseil d’État du Roi sur la suppression des deux premiers volumes de l’Encyclopédie
Traduction par François-André Isambert.
Paris : Belin-Le-Prieur (22p. 250-251).

N° 675. — Arrêt du conseil qui ordonne que les deur premiers volumes de l’ouvrage intitulé : Encyclopédie, ou Journal raisonné des Sciences, Arts et Métiers, etc., seront supprimés.


Versailles, 7 février 1752. (Archiv.)


Le Roi s’étant fait rendre compte de ce qui s’est passé au sujet d’un ouvrage intitulé, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts & des Métiers, par une Société de gens de Lettres, dont il n’y a encore que deux volumes imprimés ; Sa Majesté a reconnu, que dans ces deux volumes on a affecté d’insérer plusieurs maximes tendantes à détruire l’autorité royale, à établir l’esprit d’indépendance & de révolte, &, sous des termes obscurs & équivoques, à élever les fondements de l’erreur, de la corruption des mœurs, de l’irréligion & de l’incrédulité : Sa Majesté, toujours attentive à ce qui touche l’ordre public & l’honneur de la religion, a jugé à propos d’interposer son autorité, pour arrê-ter les suites que pourraient avoir des maximes si pernicieuses répandues dans cet ouvrage ; à quoi voulant pourvoir.

Ouï le rapport, LE ROI ÉTANT EN SON CONSEIL, de l’avis de Monsieur le chancelier, a ordonné & ordonne que les deux premiers volumes de l’ouvrage intitulé, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, Arts & Métiers, par une Société de gens de Lettres, seront & demeureront supprimés.

Fait très expresses inhibitions & défenses à tous imprimeurs, libraires & autres, de réimprimer ou faire réimprimer lesdits deux volumes ; comme aussi de vendre, débiter, ou autrement distribuer les exemplaires imprimés qui leur restent, à peine de mille livres d’amende, & de telle autre peine qu’il appartiendra ; même en ce qui concerne les imprimeurs & libraires, à peine de déchéance & de privation de la maîtrise. Et sera le présent arrêt, lu, publié & affiché partout où besoin sera.

Fait au Conseil d’État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le sept février mil sept cent cinquante-deux. Signé M. P. de Voyer d’Argenson.