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Au Pays de Rennes/Remparts et Portes

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Hyacinthe Caillière (p. 90-96).
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REMPARTS ET PORTES


Un travail extrêmement sérieux, et fort peu connu, a été fait en 1882 par M. Ch. Jailliard sur les fortifications de notre ville et son étendue depuis le IXe jusqu’au XVe siècle.

Il nous a paru intéressant d’analyser ce travail exécuté au moyen du plan de 1616 annexé à l’histoire de Bretagne de d’Argentré, du plan de 1665 dressé par Hévin et du plan de la ville de Rennes telle qu’elle est aujourd’hui.

Ainsi qu’on le verra, la population toujours croissante de Rennes fit agrandir trois fois ses remparts.

La vieille ville romaine, dit M. Jailliard, détruite en 824 par Louis Le Débonnaire, fut rebâtie sur le bord de la Vilaine et ne comprit d’abord, dans son enceinte, qu’une très petite surface autour de la cathédrale Saint-Pierre.

Nominoë, en 850, détruisit ces fortifications qui protégeaient mal les habitants et édifia la première enceinte régulière autour de Rennes.

En 1084, Alain Fergent reconstruisit sur le même emplacement la majeure partie de ces remparts, dans l’espace compris entre la Vilaine et la porte Saint-Michel. Il en reste deux vestiges : les portes Mordelaises et un bout de muraille rue Rallier, dans la cour de l’Hôtel de la Rivière.

Cette enceinte partait de la Vilaine, rive droite, près de la place actuelle de la croix de la Mission, s’en allait au nord, inclinait à l’est, arrivait aux portes Mordelaises, passait à travers les Lices où sont présentement les halles, puis derrière les maisons qui occupent le haut de la place et rejoignait la porte Saint-Michel, porte fortifiée qui se trouvait à l’endroit dont nous venons de parler et qu’on voit encore au sud du bazar parisien.

De la porte Saint-Michel les remparts se dirigeaient vers la rue de Toulouse — le milieu à peu près — la rue Châteaurenault, la rue Du Guesclin, la rue Beaumanoir, la rue de Rohan, la rue du Cartage, le quai Saint-Yves et arrivaient à la croix de la Mission.

Ces murs ne traversaient pas la Vilaine et renfermaient l’espace que l’on a appelé la Cité.

Cette nouvelle ville fut bientôt trop petite pour donner asile à sa population et des faubourgs surgirent en dehors des fortifications vers le Champ-Jacquet et la mairie d’abord, puis du côté de Saint Germain, du Palais de justice, de Saint-Georges et des bords de la Vilaine.

Les habitants de ces nouveaux quartiers réclamèrent le droit de cité et l’on se vit obligé de le leur accorder. Il fallut donc recommencer de nouveaux travaux.

On conserva les murailles de pierres existant depuis la place de la Croix de la Mission jusqu’à la porte Saint-Michel et on détruisit les autres. Des fossés larges et profonds furent creusés et la terre qui en fut extraite servit à entourer les faubourgs d’une levée palissadée et flanquée de tours en bois nommées bastilles. Plus tard des constructions plus solides remplacèrent ces travaux provisoires.

L’enceinte, tracée par Alain Fergent, ne fut réellement exécutée que de 1422 à 1440, (sous le duc Jehan V).

Les fortifications nouvelles partaient de la porte Saint-Michel, se dirigeaient vers le nord-est, coupaient la rue Leperdit, passaient derrière le champ Jacquet et arrivaient à la rue Pont-aux-Foulons.

Là, à l’entrée de la rue Motte-Fablet s’éleva une porte fortifiée appelée Porte-aux-Foulons.

La nouvelle enceinte s’en allait ensuite vers l’est, coupait la rue Bertrand, la rue Saint-François, rejoignait le Contour-de-la-Motte, descendait vers le Sud à l’encoignure de la rue Louis-Philippe, où fut construite une porte fortifiée qui prit le nom de porte Saint-Georges.

Ces remparts faisaient ensuite le tour de la caserne Saint-Georges, passaient à l’encoignure de la rue de Viarmes et revenant vers l’Ouest en suivant la rive droite de la Vilaine, rejoignaient toujours la vieille muraille de la Croix de la Mission.

La partie de la ville ainsi agrandie s’appela Ville-Neuve.

Dès 1449, la ville fortifiée fut insuffisante pour recevoir les nombreuses familles normandes qui, chassées par la guerre, vinrent se réfugier chez nous.

Si la Bretagne avait été durement éprouvée au XIVe siècle par la guerre de succession, le XVe siècle fut au contraire pour elle, une période de paix et de prospérité ; alors que le reste de la France, la Normandie en particulier, était le théâtre de luttes acharnées entre Français et Anglais, Armagnacs et Bourguignons, le duc Jean V restant sagement à l’écart de ces querelles, accueillit en Bretagne les fugitifs des provinces envahies, leur concédant immunités et privilèges, si bien que la population de Rennes doubla en 20 ans, et que commerce et industrie prospérèrent bientôt, faisant oublier aux Bretons les malheurs des luttes passées.

De nombreuses habitations s’élevèrent au-delà des portes Mordelaises, autour des Lices, rue Saint-Louis, rue Basse, autour de la place Sainte-Anne où se tenait alors le marché au bois.

Des faubourgs, en plus grand nombre encore, s’étendirent sur la rive gauche de la Vilaine. De ce côté ils étaient protégés par un bras de la Vilaine qui occupait alors le boulevard de la Liberté et offrait un obstacle aux incursions ennemies.

Ces habitants ne tardèrent pas, eux non plus, à réclamer le droit de Cité et les avantages acquis aux habitants intra-muros.

C’est alors qu’on créa la troisième enceinte.

Toutes les fortifications de la rive droite de la Vilaine depuis la place de la Croix de la Mission jusqu’à la rue de Viarmes furent conservées.

De la rue de Viarmes, la nouvelle enceinte s’en alla vers le Sud suivant le parcours de l’avenue de la gare, jusqu’à l’angle Nord-Ouest de la Manutention militaire. Elle obliquait ensuite vers le Sud-Ouest, arrivait près de la caserne Kergus, et suivait le boulevard de la Liberté pour aller rejoindre la rive gauche de la Vilaine, en face de la place de la Croix de la Mission.

Ces fortifications commencées en 1449 furent seulement achevées en 1456.

Au bout de la rue Saint-Thomas, — qui existait déjà à cette époque — se dressait une porte connue sous le nom de porte Blanche. À l’entrée de la rue Tronjolly il en existait une autre appelée porte Toussaints.

En 1852, on voyait encore au bout de la rue du Champ-de-Mars, les restes des travaux de la troisième enceinte et qui formaient une promenade appelée les Murs.

Les fortifications de Rennes restèrent à peu près intactes, de 1456 au 18 Juin 1602, époque à laquelle Henri IV signa un édit ordonnant que toutes les tours des remparts de Rennes seraient démantelées à l’exception des Portes-Mordelaises.

En 1636, Louis XIII permit à la ville « de vendre tous les fossés, bastions, contrescarpes et remparts pour être le produit employé à faire venir l’eau dans la ville. »

Tous les vieux murs furent rasés et c’est à peine si dans quelques propriétés particulières il en a été conservé quelques vestiges.

Au siècle suivant, en 1720, un incendie immense allumé par l’imprudence d’un homme ivre détruisit en grande partie notre ville, mais contribua à son embellissement.

On la reconstruisit sur un plan régulier, de grandes lignes furent tracées et des hôtels superbes remplacèrent les maisons de bois et les échoppes.

La construction des quais changea l’aspect de la ville ; des promenades s’élevèrent à l’Est et à l’Ouest, et Rennes devint promptement une des plus jolies villes de France.

Sa population augmente sans cesse, puisqu’elle a atteint en 1891 le chiffre énorme de 68 000 âmes, et sa quatrième enceinte qui n’est peut-être pas la dernière, est aujourd’hui représentée par les boulevards extérieurs, boulevard de l’Ouest, boulevard de l’Est, boulevard du Nord.

Au Sud, des faubourgs nouveaux s’élèvent chaque jour derrière la gare.

Des lignes de chemins de fer relient Rennes à toutes les villes environnantes.

L’eau a été amenée, à grand frais, de l’arrondissement de Fougères dans notre ville. On s’occupe en ce moment, de l’éclairage à l’électricité, et lorsque nous aurons des tramways il ne nous restera plus rien à envier aux autres grands centres.

Mais revenons à la Croix de la Mission, notre point de départ, et avant de diriger nos pas vers la promenade du Mail, allons jeter un regard sur les ruines d’une tour des anciens remparts, qui se trouve située dans la cour d’une maison de la rue Nantaise, au no 10, derrière l’école d’artillerie, Elle s’appelait autrefois la Tour du Chesne. Des fortifications de la vieille ville, c’est la seule tour qui subsiste. Elle mérite encore l’attention des archéologues et des artistes.