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Au Pays de Rennes/Saint-Cyr

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Hyacinthe Caillière (p. 102-109).


SAINT-CYR


Au-delà du Mail, sur la crête d’un coteau, apparaît l’immense couvent des repenties de St-Cyr. La petite rivière d’Ille coule à ses pieds.

Un ancien monastère, dédié à Saint-Cyr, existait jadis à la porte de Rennes dominant la rivière d’Ille. Il fut détruit par les Normands au commencement du XIe siècle.

Vers l’an 1032, Gaultier, évêque de Rennes, donna à son demi-frère Mainguené, seigneur de la Guerche, les ruines de ce monastère qui faisait partie du domaine épiscopal.

Mainguené de la Guerche fit relever le vieux couvent et y créa un prieuré dépendant de l’abbaye de Tours. Plusieurs moines s’y installèrent. Il donna à ces religieux tout le territoire appelé l’Ile, avec ses prairies, ses vignes, ses bestiaux, ses hommes vilains et métayers.

Un autre évêque ajouta plus tard à la donation précédente, le champ appelé Polieu, situé entre la rivière d’Ille et les murs de Rennes.

L’acte fut signé à Saint-Cyr le 25 Mai 1037.

Au commencement du XIIe siècle, l’évêque Marbode revendiqua la propriété du prieuré de Saint-Cyr comme faisant partie du domaine épiscopal. Une transaction eut lieu entre les intéressés et fut signée en 1105 dans la cathédrale de Rennes en présence d’un grand nombre de chanoines, de religieux et de laïques distingués.

À part quelques difficultés avec Geffroy, seigneur de la Guerche, les religieux de Saint-Cyr vécurent en paix jusqu’au XVe siècle, époque à laquelle leur prieuré tomba en commende.

Vers 1630, les religieuses bénédictines de la Congrégation du Calvaire, désirant s’établir à Rennes, demandèrent à occuper le monastère de Saint-Cyr. Le prieur commendataire Clément Aumaistre accueillit leur demande et mit à leur disposition la chapelle priorale, un vieux logis y joignant, la cour s’étendant au devant, un petit jardin à côté, deux autres jardins, et un verger, le tout contenant troix journaux de terre, mais à la condition que les bénédictines construiraient un monastère et y résideraient. Un traité définitif fut passé à cet effet le 21 Octobre 1638.

Après la construction du monastère, le prieuré de Saint-Cyr, en 1680, se composait comme suit :

« Un logis prioral et une grange, pouvant contenir cent charretées de foin, deux jardins, une fuie, un endroit appelé la Garenne où l’on tire de la pierre et du sable, cinq près le long de la rivière, 45 journaux de terre labourable, parmi lesquels se trouve le champ de la justice, un droit de pêche dans les rivières de Vilaine et d’Ille depuis le moulin du Comte jusqu’aux ponts du bourg l’Évêque. »

La vieille chapelle priorale du XIe siècle menaçant de tomber en ruines, il en fut construit une autre en 1670.

Les bénédictines du Calvaire restèrent à St-Cyr jusqu’à la Révolution. À ce moment le gouvernement s’empara de cet établissement pour en faire une caserne.

En 1808, cet établissement fut donné à la mère Eugènie, religieuse de la maison de la Trinité, pour servir d’asile aux filles de mauvaises mœurs.

En 1821, la Congrégation des filles de la Charité consentit à se charger de la maison de Saint-Cyr et y installa plusieurs religieuses du monastère de Caen. Elle obtint du gouvernement des sommes importantes pour faire des réparations.

Il ne reste de l’ancien monastère, qu’un vieux bâtiment avec cloître et l’église conventuelle.

Des constructions immenses ont été édifiées depuis plusieurs années. Cette communauté comprend une maison de refuge pour les repenties et une maison de préservation pour les jeunes filles orphelines et abandonnées. Les sœurs leur donnent les premières notions de l’instruction et s’efforcent surtout de leur apprendre divers travaux manuels pour les mettre en état de gagner honorablement leur vie. Il y a 90 religieuses, 250 pénitentes et 200 préservées qui n’ont aucun contact avec les autres. Elles suivent les règles de la vie religieuse et se consacrent entièrement au cloître.

Nous rentrerons en ville par le faubourg de Brest dont une partie s’est appelée longtemps la Perrière et le Bourg l’Évêque.

La perrière était une carrière de mauvaise pierre qui servit longtemps à la construction des maisons de Rennes.

C’est là nécessairement une des causes pour laquelle Rennes ne possède aucun vieux monument remarquable. Les voies de communication ne permettaient pas naguère, d’aller au loin chercher du granit, la Vilaine n’était pas navigable, le canal d’Ille-et-Rance n’existait pas, et l’on était forcé de se servir des matériaux que fournissait le pays.

C’est la mauvaise qualité de la pierre de la Perrière qui amena rapidement la ruine des tours et plus tard de l’ancienne cathédrale toute entière.

L’autre dénomination de Bourg-l’Évêque provenait de ce que la rue et le faubourg de Brest faisaient jadis partie du domaine temporel des évêques de Rennes.


Intérieur d’une cour rue de Brest, 22 (cour des 4 nations)

Ce faubourg a perdu beaucoup de son originalité par la reconstruction des vieux ponts et le percement de nouvelles lignes. Toutefois il a conservé des coins pittoresques sur les bords de l’Ille aux endroits où quelques vieilles maisons de bois se mirent dans les eaux de la rivière qui, à l’époque de la domination Romaine, s’appela Isola, puis en français Isole et enfin Isle et Ille.

Parmi les cinq ou six cents chansons populaires que nous avons recueillies dans le département d’Ille-et-Vilaine, l’une des plus drôles nous vient du bourg l’Évêque. Elle nous fut chantée autrefois par notre regretté ami Théophile Delys qui habitait ce quartier. Elle trouve tout naturellement sa place ici.


EMPÊCHOUS LES GENS D’AIMER


Lorsque j’étions petit fille,
        À la maison,

bis.

On allait garder les vaches
        Et les moutons.
Empêchous les gens d’aimer,
        Ma dondaine,
Les v’lez-vous garder d’aimer,
        Ma dondé !


On allait garder les vaches
        Et les moutons ;

bis.

Mais j’allions druger au bois
        Ô les garçons.
Empêchous les gens d’aimer,
          Ma dondaine,
Les v’lez-vous garder d’aimer,
         Ma dondé !


Mais j’allions druger au bois
        Ô les garçons.

bis.

Ma mère n’a pas pris fourche,
        A pris bâton.
Empêchous les gens d’aimer,
        Ma dondaine,
Les v’lez-vous garder d’aimer,
        Ma dondé !

Ma mère n’a pas pris fourche,
        A pris bâton ;

bis.

Oh ! tout beau, tout beau, ma mère,
        À la raison.
Empêchous les gens d’aimer,
        Ma dondaine,
Les v’lez-vous garder d’aimer,
        Ma dondé !


Oh ! tout beau, tout beau, ma mère,
        À la raison ;

bis.

Vous frappez dessus les os,
        Ils pourriront.
Empêchous les gens d’aimer,
        Ma dondaine,
Les v’lez-vous garder d’aimer,
        Ma dondé !


Vous frappez dessus les os,
        Ils pourriront ;

bis.

Vous n’frappez point su le cœur,
        Où l’z’amours sont !
Empêchous les gens d’aimer,
        Ma dondaine,
Les v’lez-vous garder d’aimer,
        Ma dondé !

Nous nous rendrons à la cathédrale par la porte Mordelaise ; mais en passant devant l’église Saint-Étienne, nous y entrerons voir les quelques belles œuvres qui s’y trouvent :

Deux statues de Barré, un Christ à la colonne et une Magdeleine au désert. Cette dernière statue a obtenu une médaille d’or à l’Exposition de 1843. Une Sainte-Anne également de Barré et une copie de Saint-Pierre existant dans la basilique de Saint-Pierre de Rome. Un tableau représentant la multiplication des pains par Jourjon, peintre Rennais. Il forme le fond de l’autel de la Providence. Et enfin, aux fenêtres, de très belles verrières exécutées dans les ateliers de MM. Claudius Lavergne et fils à Paris.